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Articles avec #mardiconseil catégorie

2023-01-24T07:00:00+01:00

Les Enfants endormis d’Anthony PASSERON

Publié par Tlivres
Les Enfants endormis d’Anthony PASSERON

Editions Globe

 

Nouvelle découverte de mes cadeaux de Noël conseillés par l’équipe de la librairie Richer, merci ! Le premier roman d’Anthony PASSERON, « Les Enfants endormis » aux éditions Globe est absolument fascinant.

 

Il y a cette famille d’artisans bouchers, de pères en fils, des gens connus de tout le village, des gens qui se tuent au travail. Alors, quand le fils aîné, Désiré, se destine à des études, un nouvel élan souffle sur la lignée. C’est le fils cadet qui, lui, sera soumis à la relève, lui n’aura pas le choix de son avenir professionnel. Mais avec les études, Désiré découvre la vie en ville. Il côtoie des jeunes qui n’ont que faire du modèle ancestral. Ce qu’ils veulent, eux, c’est vivre. Dès lors, ils repoussent les limites, bravent tous les dangers. Désiré lâche l’école. Direction Amsterdam. Quand il en reviendra, plus rien ne sera pareil. La drogue fait partie de sa vie, la drogue dure, l’héroïne. Il se pique, lui et ses amis de l’époque. Ils partagent les mêmes seringues, celles-là mêmes qui véhiculent le VIH. Mais le virus est à cette époque loin d’être maîtrisé. Ce ne sont que les balbutiements de la recherche médicale dans le domaine, le début d’un des plus grands combats scientifiques du XXème siècle. 

 

Ce roman, c’est d’abord un roman social, celui d’une époque, les années 1980 à 2000. Il y a la vie du village rythmée par celle des commerces dont le modèle économique se perpétue depuis la nuit des temps, le modèle familial agit, lui, comme un déterminisme sur tous.


C’était souvent le cas dans les fratries de la vallée, le premier des garçons était plus choyé que les autres, il bénéficiait d’un statut à part, comme si l’attention exclusive qu’on lui avait portée avant l’arrivée de ses frères et soeurs ne s’était jamais dissipée. Emile reproduisait simplement le modèle de ses parents. P. 45

La révolte de 68 a pourtant commencé à l’égratigner. Avec les années 1980, le baccalauréat se veut porteur d’espoir, celui d’une nouvelle ascension sociale. Les parents en rêvent mais leurs adolescents peinent à franchir la frontière entre les classes sociales.


Notre démarche, nos manières, notre vocabulaire et nos expressions, tout finissait par nous trahir. P. 118

Derrière le rêve, la réalité, le drame humain de cette époque, les années sida. Anthony PASSERON brosse avec sensibilité le portrait de sa famille meurtrie, à jamais hantée par « Les enfants endormis ».

 

Jeune encore, je me souviendrai toujours de ces visages émaciés sur l’écran de télé, de corps décharnés rongés par le virus. 

 

Anthony PASSERON relate l’histoire contemporaine de la recherche médicale, la concurrence entre les chercheurs, les pays aussi. Il dénonce l’inégalité financière entre les laboratoires. L’auteur rend hommage à Willy ROZENBAUM, infectiologue, qui a fait preuve d’une incroyable ténacité pour sortir de l’approche réductrice des 4 « H », les « héroïnomanes, homosexuels, hémophiles, Haïtiens ». 

 

J’ai été frappée par le parallélisme établi entre cette famille et la recherche, toutes deux confrontées à l’omerta, le regard de la société porté sur les victimes de l’épidémie, des parias. 

 

Que la démarche d’Anthony PASSERON soit louée.


Ce livre est l’ultime tentative que quelque chose subsiste. P. 11

Ce premier roman est on ne peut plus prometteur, la plume est brillante, la construction ingénieuse, le propos puissant. 

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2023-01-03T07:00:00+01:00

Quand tu écouteras cette chanson de Lola LAFON

Publié par Tlivres
Quand tu écouteras cette chanson de Lola LAFON

Éditions Stock

Une lecture coup de poing pour démarrer l'année, une référence du Book club pour démarrer 2023 avec un texte fort.

Vous connaissez peut-être la Collection "Ma nuit au musée", une série de livres qui lient admirablement l'art et l'Histoire dans le murmure du temps. Vous vous souvenez peut-être de ma première découverte de "Comme un ciel en nous" de Jakuta ALIKAVAZOVIC

J'ai rechuté avec "Quand tu écouteras cette chanson" de Lola LOFAN, un texte EXTRAordinaire.

D'abord, Lola LAFON a choisi un lieu sur lequel la Shoah a marqué son empreinte comme le tatouage sur le bras gauche des hommes et des femmes, juifs, dans les camps de concentration. L'Annexe du Musée est le lieu où la famille Frank a vécu clandestinement pendant 25 mois, 40 mètres carré pour 760 jours de survie, à l'abri des regards et des oreilles du peuple hollandais, lui, qui, en 1940, capitule et s'astreint à appliquer les mesures anti-juives. Otto et son épouse Edith, Margot et Anne leur deux filles, hébergeront quatre autres des leurs jusqu'au 4 août 1944, ce jour où la Gestapo accède au troisième étage de l'immeuble de bureaux d'Opekta.

Et puis, le temps d'une nuit, Lola LAFON, l'écrivaine de talent, va cohabiter avec une absente, celle qui a fait de l'écriture son alliée pour s'évader de ces 40 mètres carrés, celle dont le texte a depuis été spolié à des fins commerciales et politiques. Abject ! A travers ce récit, Lola LAFON s'attache à restituer l'authenticité de la prose de la jeune adolescente pour en assurer la postérité.


Transformer le Journal en un texte sentimental ! P. 114

Lola LAFON excelle dans les liens tissés entre les destins brisés des deux jeunes femmes, le sien et celui d'Anne FRANK, toutes deux intimement liées par leur judéité. L'histoire de leurs familles suit malheureusement les mêmes dramatiques itinéraires à l'exception près que les ancêtres de Lola LAFON ont survécu aux exterminations, assurant ainsi une descendance, hantée aujourd'hui par les fantômes des disparus, croulant sous le fardeau de ce passé. 


L’exil - perdre racine - est un mal dont les symptômes me sont familiers. […] Je sais les désordres de ceux qui ont du se défaire de leur prénom, de leur langue, de leur pays, de leur maison, de leurs parents, de leurs désirs. P. 156

L'écrivaine explore au scalpel le sujet de l'identité et philosophe autour du rôle et du pouvoir de l'écriture.


Écrire n’est pas tout à fait un choix : c’est un aveu d’impuissance. On écrit parce qu’on ne sait par quel biais attraper le réel. P. 89

J'ai été touchée en plein coeur par ce texte qui navigue entre les registres de la littérature, l'histoire romancée d'une page de la vie d'une adolescente devenue célèbre malgré elle, le récit de vie personnelle de l'écrivaine, la médiation culturelle d'un des lieux les plus visités des Pays-Bas.

La plume est profondément émouvante. Elle vous serre le coeur du mal qui ronge les générations, de l'ignominie humaine qui fait front. Quant à dire plus jamais ça, la chute est foudroyante.

S'il n'était qu'un brin d'espoir, retenons que l’appartement des Frank de Merwedeplein soit devenu un lieu de résidence d'écrivains persécutés, un lieu de création, un lieu de vie, quoi !

"Quand tu écouteras cette chanson" est lauréat du Prix Décembre 2022 et du Prix Les Inrockuptibles.

Retrouvez toutes les références du Book club :

"Ultramarins" de Mariette NAVARRO 
 
"Consolation" de Anne-Dauphine JULLIAND
 
 
"Malgré tout" de Jordi LAFEBRE
 
"Sidérations" de Richard POWERS
 
"Hamnet" et "I am I am I am" de Maggie O'FARRELL
 
 "Les enfants sont rois" de Delphine DE VIGAN
 
"Au-delà de la mer" de David LYNCH

"Le messager" de Andrée CHEDID 

"L’ami" de Tiffany TAVERNIER

"Il n’est pire aveugle" de John BOYNE,

"Les mouches bleues"» de Jean-Michel RIOU,

"Il fallait que je vous le dise" de Aude MERMILLIOD, une BD,

"Le roi disait que j'étais diable" et "La révolte" de Clara DUPONT-MONOD, 

"Un jour ce sera vide" de Hugo LINDENBERG

"Viendra le temps du feu" de Wendy DELORME,

"Il n'est pire aveugle" de John BOYNE...

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2022-12-27T07:00:00+01:00

Le principe de réalité ouzbek de Tiphaine LE GALL

Publié par Tlivres
Le principe de réalité ouzbek de Tiphaine LE GALL

La Manufacture de Livres

Pour se baigner dans la culture ouzbek, vous pouvez aller visiter les expositions qui lui sont actuellement consacrées sur Paris, au Louvre et à l’Institut du monde arabe, ou bien rester délicatement installé.e dans votre salon avec le second roman de Tiphaine LE GALL, « Le principe de réalité ouzbek ».

Tout commence avec une réponse négative reçue par la narratrice à la candidature qu’elle a déposée pour un poste de professeur de français et de philosophie au lycée de Tachkent, capitale de l’Ouzbékistan. Plutôt que de la classer, elle décide de prendre son crayon et d’annoncer à la Directrice de l'établissement son arrivée avec mari et enfants pour la rentrée scolaire prochaine. Dès lors, tous les arguments sont bons !

La singularité du roman repose dans la manière de s’approprier le sujet. Habituellement, les lettres nous annonçant ne pas retenu pour un poste sont archivées sans autre forme d’intérêt. Là, l’écrivaine nous propose un sursaut !

Au fil d’une correspondance à une voix, celle d’une femme brestoise, Tiphaine LE GALL nous offre un voyage à destination de l’Asie Centrale et nous fait visiter un pays bordé par l’Afghanistan, le Kirghizistan, le Kazakhstan et le Turkménistan, un pays bordant la mer d’Aral.

La géographie du territoire aujourd’hui est liée à son histoire. Souvenez-vous, l’Ouzbékistan était sous domination russe jusqu’en décembre 1991, période de dissolution de l’U.R.S.S.. Ses frontières sont le fruit des accords d’Alma-Ata, tout comme l’Ukraine.

Et puis, il est un autre voyage, celui de l’intime. Dans cette longue lettre écrite à la première personne du singulier, la narratrice se dévoile. Elle nous relate ses souvenirs, son enfance, sa jeunesse, et puis la vie à deux, la naissance de leurs enfants. Elle nous explique le pourquoi de cette candidature, cette volonté farouche d’en découvre avec son existence et d’écrire une nouvelle page de sa vie, cette envie irrépressible de découverte.


A chaque étape initiatique, j’ai dû composer avec la peur, me suis retrouvée nue face à elle ; j’essaie de l’apprivoiser. De m’en accommoder. Il faut passer outre. Je l’ai appris avec le temps : il faut la laisser venir, la regarder gonfler comme une vague, ne pas céder à sa tentative d’intimidation, et la laisser passer sans bouger. Derrière se trouve l’expérience, la porte, la révélation peut-être. P. 136

Elle explore le sujet de l’amour et fait l’éloge du désir.


Le désir est un mouvement, libre, sans concession. Le désir est une courtisane. Il faut l’accepter. Choisir de suivre la vague, être emportée sur sa crête, et accepter la peur, la chute, la blessure ; ou la laisser passer, attendre qu’elle nous recouvre, puis qu’elle disparaisse. P. 167

Ce roman, il me fait penser à l’œuvre de Luca IZZO, « Introspection ».

Je me suis laissée porter et surprendre par la confession de cette femme. Tiphaine LE GALL nous offre un récit rythmé et fascinant.

Merci aux éditions La Manufacture de livres de m’avoir offert cette jolie lecture. C'est mon #mardiconseil.

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2022-12-06T07:00:00+01:00

Place Médard de Roland BOUDAREL

Publié par Tlivres
Place Médard de Roland BOUDAREL
Ce que je vais vous proposer est une première fois sur le blog. Vous dites jamais, vous ? Moi, jamais !
 
C’est une requalification d’un roman, « Place Médard » de Roland BOUDAREL entre dans la catégorie des coups de cœur de l’année ! Avouez qu’accompagné de « Love » de Botero, il prend une toute autre dimension, non ?
 
Ce roman je l’ai lu en version numérique et je crois que c’est bien là ma plus grande erreur. Ce que je vous dis ne remet absolument pas en cause mes remerciements à la Maison d'éditions Librinova qui m’en a proposé sa lecture. Elle m’a fait un formidable cadeau, me mettre sur la voie d’une plume éminemment romanesque. Je peux allègrement mettre « Place Médard » de Roland BOUDAREL sur un même pied d’égalité que « Hamnet » de Maggie O’FARRELL, « Miniaturiste » de Jessie BURTON, vous voyez le genre !
 
Faute avouée à demi pardonnée mais je vous dois quelques explications complémentaires pour achever de vous séduire :
 
  • les petites histoires et la grande vont se côtoyer à la même table des invités ; Roland BOUDAREL nous livre une fresque sur un peu plus d’un siècle, ponctuée de grands événements passés inaperçus dans la version académique. J’ai cru un temps avoir été absente de tous les cours d'histoire à l'école !
  • Il y a l’art aussi, le dessin en particulier. Tout commence avec le peintre Gibus qui réalise des dessins de la vie quotidienne et magnifie la laitière de la Place Médard avec un portrait que l’on devine éblouissant. Ce roman est d’ailleurs dédié à l’illustratrice quimpéroise, Marguerite Marie CHABAY.
  • Il y a les personnages, hauts en couleurs, des femmes exceptionnelles dont la condition va avoir un impact sur leur parcours. Si les tâches domestiques sont le berceau de la vie des petites filles depuis des siècles et des siècles, que la maternité fait aussi partie du fardeau du genre, il est d’autres éléments cristallisant leur condition: leurs seins. Vous vous souvenez peut-être de « La tresse » de Laëtitia COLOMBANI qui liait des histoires de femmes à travers les âges et les continents par le biais des cheveux. Là, Roland BOUDAREL tisse le fil d’Ariane des seins.


Couvrez ce sein, que je ne saurais voir.
Par de pareils objets les âmes sont blessées.
Et cela fait venir de coupables pensées".

  • Si Molière y faisait référence par le biais de Tartuffe vis-à-vis de Dorine, j’étais loin de tout ce que j’allais découvrir dans ce que les seins ont toujours revêtu de fantasmes, de cruauté aussi, de malédictions enfin.
  • Il y a la narration, celle très rythmée d’une épopée à travers les générations, un roman choral où résonnent les voix entre elles. « Place Médard », c’est aussi une invitation au voyage à travers quelques pays.
  • Il y a la plume enfin, romanesque je l’ai dit mais aussi foisonnante. Outre le nombre de pages, presque 400, un détail que l’on ne daigne pas regarder quand on lit sur la liseuse mais qui aurait pris une autre dimension dans mes mains s'il n'avait été de papier. De ce livre, chacun en gardera les souvenirs qu’il voudra, chacun aura le choix.
  • Enfin, je murmurerai bien à un réalisateur de cinéma de se pencher comme une fée sur le berceau du bébé, les descriptions en feraient un excellent scénario, j’en suis persuadée.
 
Je pourrais vous en dire beaucoup plus, à quoi bon ? Je crois qu’il vous faut le lire.
 
« Place Médard » n’a pas bénéficié en tant que premier roman des projecteurs des 68 Premières fois. Peut-être même n’est-il jamais arrivé jusqu’à elles... Pour autant, je me devais, modestement mais sûrement, d’assurer sa promotion.
 
« Place Médard » est un très grand roman, c’est un coup de cœur !

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2022-11-15T19:17:00+01:00

Qui sait de Pauline DELABROY-ALLARD

Publié par Tlivres
Qui sait de Pauline DELABROY-ALLARD
Après « Ça raconte Sarah », un premier roman édité chez Les éditions de Minuit, Pauline DELABROY-ALLARD nous revient avec « Qui sait » chez Gallimard.
 
Dans une auto fiction, Pauline, la narratrice, prend conscience de son identité, celle qui figure sur ses documents administratifs alors qu'elle réalise une démarche dans la perspective d’un « heureux événement » mais voilà, d’évènement, il y aura une tragédie qui se produira un jour blanc. Pauline ne peut toutefois plus arrêter la machine qui s'est mise à fonctionner à plein régime dans son esprit, dans sa chair aussi. Pourquoi ces prénoms, Jeanne, Jérôme et Ysé ? De ses parents, elle ne peut rien attendre. Alors, la jeune trentenaire va chercher ailleurs des explications, glaner des informations, se lancer à corps perdu dans une enquête sur ses origines pour fuir le vide abyssal qui l’assaille comme un instinct de SURvie.
 
Après un hymne à la passion incandescente dans son premier roman, l’autrice confirme son talent. Quelle puissance, quelle force dans le propos !
 
J'ai adoré le ton des premières pages. Qui ne se retrouverait pas dans la montée improbable d'une toile de tente ? J’ai ri. 
 
J’ai été profondément troublée aussi par son émotion devant les peintures rupestres de la grotte de Pech Merle…


Mais ma peau a gardé les frissons trouvés sous terre, et je suis sonnée, poursuivie par la vision des mains rouges sur la paroi de la grotte. J’aurais voulu mettre ma main sur celle de la roche. Toucher l’autre femme à travers les âges, traverser le temps. P. 30

Et puis, il y a ce drame qu’elle va vivre et qui constitue l’onde de choc, l’effet de rupture dans un quotidien empreint d’amour, de fantaisie et d’humour. Ce qui pouvait paraître banal avant devient obsessionnel après, un irrésistible besoin d’en découdre avec son histoire familiale, une lignée de femmes qui semble marquée par le destin comme une prédisposition au malheur.
 
Le rapport au corps est une nouvelle fois largement exploré dans ce qu’il a de plus viscéral mais aussi le mouvement et la chorégraphie. Comme j’ai aimé les scènes de danses contemporaines et de natation, autant de manières de se réapproprier ce qui, un temps, lui a échappé.
 
Ce roman, c’est plus largement la quête d'une forme de résilience, d'une certaine REnaissance. Comment vivons-nous à 30 ans après l’accouchement d’un bébé mort ? Comment imaginer une vie après ? Si le sujet n’est évoqué qu’en introduction du livre, le plus important me semble-t-il repose dans ce que Pauline donne à voir de son propre parcours, personnel et singulier, unique forcément. L’approche du deuil est complexe. Là, elle repose dans ce que la narratrice réalise. Si sa démarche est une bouteille à la mer, vous prendrez bien alors quelques notes de fleur d’orange… vous comprendrez tout en lisant ce roman.
 
C’est en référence aux trois questions de métaphysique de KANT que Pauline DELABROY-ALLARD structure son roman :
Que puis-je savoir ?
Que dois-je faire ?
Que m’est-il permis d’espérer ? 
 
et nous offre un titre, "Qui sait", qui résonne comme une affirmation de soi. 
 
La plume de Pauline DELABROY-ALLARD est éminemment romanesque. Elle nous raconte une histoire ponctuée de rencontres avec des personnages aussi mystérieux qu’envoûtants. Elle nous émeut aux larmes, elle nous fait vibrer.
 
Est-ce la réalité ou une fiction ? Peu importe, non ? L'autrice a cette formule...


Sans doute que c’est dans les histoires qu’on existe vraiment, que c’est dans la fiction que se dissimule la vérité, qu’il n’y a pas d’autre endroit où vivre. P. 148

La dernière scène est tellement théâtrale, un feu d’artifice entre réalité et imaginaire. Elle y jette ses dernières forces comme un ultime combat. Chapeau !

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2022-11-08T15:47:05+01:00

Lalalangue (prenez et mangez en tous) de Frédérique DORUZ

Publié par Tlivres
Lalalangue (prenez et mangez en tous) de Frédérique DORUZ

Frédérique VORUZ est une artiste. Elle a plusieurs cordes à son arc. Elle est comédienne, metteuse en scène, chanteuse. 
 

Elle joue son seule-en-scène autobiographique Lalalangue – Prenez et mangez-en tous, mis en scène par Simon ABKARIAN, la première est annoncée aujourd’hui au Théâtre du Rond-Point

 

A défaut de voir le spectacle, je lis le livre tiré de la pièce et publié aux éditions Harpercollins, dans la collection Traversée, proposé dans le cadre d’une Masse critique de Babelio.

 

Quand sa mère était jeune, elle était passionnée d’alpinisme comme son mari. Enceinte de jumeaux, elle fait une chute d’escalade, perd une jambe et ses deux garçons. Le père des enfants se sort de l’accident avec « seulement » un bras cassé. Quand la mère de Frédérique sort du coma et découvre l’état du chaos, elle se jure de se venger sur ses enfants. Elle en aura 7 qu’elle meurtrira, plus ou moins, la dernière subira toute sa haine, c’est Frédérique !

 

Ce récit de vie est terrifiant, on peine à croire qu’une mère ait tant d’aversion pour ses enfants, le fruit de sa chair, et pourtant…

 

Frédérique décrit un quotidien des plus sombres et pourtant… 

 

Et pourtant, l’autrice est sur les planches !

 

Ce qui m’a beaucoup plus c’est sa quête du pourquoi, pourquoi tant de ressentiment, pourquoi ce bannissement systématique de toute forme de féminité.

 

Dans un récit ponctué par des dialogues de Frédérique VORUZ avec sa psychiatre, une perle cette femme, on est amené à faire un pas de côté et prendre soudainement conscience de ce qui se trame. 

 

Il y a aussi des dessins qui nous éclairent plus encore sur ce qui se joue dans le cercle familial. Frédérique VORUZ fait la démonstration que les enfants qui y sont élevés sont conditionnés par l’éducation qu’ils reçoivent. Pour être soi-même, REnaître, il faut pouvoir s’en libérer, s’en émanciper, s’envoler du nid n’a jamais été aussi bien illustré que par l’itinéraire de Frédérique VORUZ.

 

La préface de Simon ABKARIAN nous met sur la voie avec cette courte phrase : « Parfois, écrire est un art de la survie. » Je puis vous assurer qu’elle résonnera beaucoup plus fort quand vous terminerez votre lecture !

 

Frédérique VORUZ nous livre une leçon de vie et la preuve d’un immense amour. J’ai maintenant une irrésistible envie de voir la pièce 😃 

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2022-10-11T05:30:00+02:00

L'Archiviste d'Alexandra KOSZELYK

Publié par Tlivres
L'Archiviste d'Alexandra KOSZELYK

Aux Forges de Vulcain

Retrouver la plume d’Alexandra KOSZELYK devient pour moi presque un rituel, l’assurance de vibrer aux confins de ce que l’Homme peut offrir de plus beau comme du plus ignoble. Ce roman est de nouveau un coup de ❤️ Comme j'aime retrouver "Love" de  Botero Pop !

K est une jeune femme, l’Archiviste. Sa sœur Mila est photographe et journaliste. Leur mère a fait une attaque cérébrale quelques jours avant l’invasion russe en Ukraine. Elle a passé un temps dans le coma. Depuis son réveil, son ouïe reste atrophiée. Alors que K se trouve dans une galerie souterraine et assure la conservation des œuvres du chaos, elle reçoit la visite d’un commanditaire qui lui confie une mission, revisiter les créations d’artistes dissidents, les falsifier, réorienter leur propos au service de la propagande. Il a un moyen de pression sur K, une photo de sa sœur Mila, prisonnière de guerre. Elle n’a d’autre choix que de se soumettre pour éviter à sa sœur une mort certaine.

Avec ce roman, Alexandra KOSZELYK décline le verbe RÉSISTER sous toutes ses formes.

Il y a la guerre en Ukraine, celle qui occupe tous les médias aujourd’hui, mais qui puise sa source dans la grande Histoire. De tout temps, le régime soviétique s’est attaché à museler ce peuple, l’affamer, l’exterminer aussi. Ce roman est l’opportunité d’explorer le passé de l’Ukraine et des événements qui ont marqué sa vie, de voir que le peuple ukrainien a dû RÉSISTER à l’envahisseur, l’assaillant russe, pour être ce qu’il est aujourd’hui. Comme j’aime que la littérature comble mes faille…

Derrière le front, les combats, il est d’autres armes plus insidieuses, moins visibles et pourtant tout aussi puissantes, celles qui touchent au patrimoine culturel pour le réduire en miettes, le détruire, à moins de pousser la perversité jusqu’à l’instrumentaliser à des fins politiques, pour les siècles des siècles. L’art, comme composante de l’identité du peuple ukrainien, devient la cible à abattre. Alexandra KOSZELYK donne à voir l’itinéraire de quelques artistes dont les trajectoires se sont heurtées au pouvoir en place. Il y a Pavlo TCHOUBYNSKY, Alla HORSKA, Maria PRIMATCHENKO, GOGOL, Lessia OUKRAÏNKA,  Marko VOVTCHOK,  Sonia DELAUNAY... comme autant d’invitations à s’intéresser à leurs registres personnels.


K aidait son pays avec ses armes, loin du front, mais pour les générations futures, elle faisait en sorte que la bataille culturelle ne soit jamais perdue, que la guérilla du détail l’emporte à terre sur la trahison des formes plus imposantes. P. 183

L'écrivaine concourt tout en beauté à la mémoire d’hommes et de femmes qui, à la force de leurs mots, leurs toiles, leur expression artistique ont su RÉSISTER.

Si à l’évocation des guerres, les hommes sont souvent en première place, pour le meilleur comme pour le pire, Alexandra KOSZELYK choisit là de brosser des portraits de femmes qui elles aussi vouent ce qu’il reste de leur vie à RÉSISTER. Rien n’y est laissé au hasard. Au fil des incarnations de K, vous allez vous immerger dans une autre époque, vivre une autre vie, porter un autre costume, mesurer les enjeux du verbe EXISTER. 


Elle s’était résignée à rester à l’arrière et avait cherché à mettre de l’ordre dans les galeries souterraines : telle serait sa façon de lutter, de prêter main forte. P. 16

Une seule lettre suffit à l’autrice pour nommer un personnage, lui donner le corps et l’âme d’une résistante, c’est dire l’immensité de son talent. La fin est grandiose et le message d’espoir intact. Le peuple ukrainien reste debout. 

Enfin, L’Archiviste est la façon très singulière mais aussi très puissante et personnelle d’Alexandra KOSZELYK de RÉSISTER, le pouvoir de « sa plume et son clavier ». Les mots sont à la fois sensibles et percutants. Elle signe là un acte militant, un acte politique fort. Touchée en plein ❤️

Le rythme est soutenu, oppressant. Le foisonnement de la narration, un pur régal. 

Alexandra KOSZELYK continue de tisser sa toile d’écrivaine, ponctuant ce dernier roman de l’évocation des précédents.

C’est du grand ART mis au service de la postérité du peuple ukrainien, quel plus beau dessein ! 

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2022-09-20T06:42:55+02:00

Miniaturiste de Jessie BURTON

Publié par Tlivres
Miniaturiste de Jessie BURTON
 
Traduit de l’anglais par Dominique LETELLIER
 
Je ne connaissais pas encore la plume de Jessie BURTON, l’écrivaine britannique. C’est ma grande fille qui m’a mise sur la voie de son premier roman, « Miniaturiste », bonne pioche.
 
Nella Oortman a 18 ans. Elle est originaire d’Assendelft. Son père, le Seigneur Oortman, est décédé il y a 2 ans, laissant la famille criblée de dettes. Sa mère ne réussit plus à subvenir aux besoins de ses enfants. Nella a un frère, Carel, et une soeur, Arabella. Nella, l'aînée, accepte un mariage prometteur, un mariage qui réduira le nombre de bouches à nourrir. Elle arrive à Amsterdam avec son perroquet Peebo chez son mari, Johannes Brandt, un homme d’affaires hollandais. Elle rencontre Marin, sa sœur, Cornelia, servante, et Otto, un homme noir, serviteur du frère de Marin. Elle reçoit de son mari un cadeau extraordinaire, un cabinet, une maison de poupées que Nella va s’attacher à décorer avec les soins d’un Miniaturiste, un artisan d'art. Elle ne sait pas encore qu’une première commande lui réservera bien des surprises.
 
A travers des personnages de fiction, Jessie BURTON restitue la vie d’un riche marchand du XVIIème siècle. Dans le style littéraire de l’époque, éminemment romantique, elle nous livre des descriptions fascinantes de la vie quotidienne d’hommes et de femmes des Pays Bas au temps de la Compagnie néerlandaise des Indes Orientales. Le pays se distingue à l’époque dans la conquête du monde, l’écrivaine fait du commerce du sucre un objet de convoitises mais il y a aussi les épices, les tissus… qui naviguent à travers mers et océans.
 
« Miniaturiste », c’est un roman d’atmosphère. L’autrice met tous nos sens en éveil.
 
L’écrivaine brosse le portrait d’une femme moderne qui n’a que faire des us et des coutumes. Intelligente, elle voit bien qu’il se passe quelque chose d’anormal avec son mari. Jessie BURTON s’inspire de la maison de poupée exposée au Rijksmuseum d’Amsterdam et fait de la décoration du cabinet de Nella un prétexte à sortir d’une maison parfaitement orchestrée. Hors des murs, la vie publique s’offre à Nella, elle, la jeune femme pauvre de la campagne, pour le meilleur comme pour le pire.
 
Dans un roman profondément ancré dans la vie quotidienne d’Amsterdam, elle réussit à glisser une part de mystère venant déstabiliser l’ensemble de l’édifice. Nella va découvrir des secrets très bien gardés et une histoire familiale rocambolesque. Le roman est haletant.
 
Et puis, il y a l’art. Si le XVIIème siècle correspond à l’âge d’or de la peinture néerlandaise, il est un art moins connu mais tout aussi EXTRAordinaire, celui de la miniature, une discipline qui nécessite un talent fou de minutie, un registre qui fait appel à des compétences singulières et oblige à des pratiques exceptionnelles. 
 
La plume est savoureuse, le jeu de l’écriture fascinant. Ce roman, je l’ai dévoré !

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2022-09-13T12:31:31+02:00

La sauvagière de Corinne MOREL DARLEUX

Publié par Tlivres
La sauvagière de Corinne MOREL DARLEUX

Éditions Dalva

 

La rentrée littéraire réserve bien des surprises. Comme j’aime me laisser porter par les conseils d’une libraire (ici Sonia de la Librairie Contact 😉), ajouter un livre dit « À découvrir » à la pile que je viens de choisir 😉 Je parle du premier roman de Corinne MOREL DARLEUX publié par une maison d’édition dédiée aux voix de femmes.

 

La narratrice a été élevée par sa mère, aujourd’hui décédée. Elle a eu un accident de moto. Elle ouvre les yeux dans une maison forestière. Là, y vivent Stella, souffrant de crises clastiques, et puis Jeanne. Entre hallucinations et réalité, son cœur balance, son corps tout entier aussi !

 

Ce premier roman pourrait bien faire de l’œil aux fées des 68 Premières fois 🍀

 

Il y a dans ce conte onirique un rapport au corps tout à fait exceptionnel. Meurtri par l’accident, endolori, ankylosé, il cherche la voie d’une SURvie. On mesure à travers le personnage de fiction de la narratrice dont on ne connaît ni le nom ni les origines qu’un corps, la chair, les organes… ont leur propre rythme, leur propre existence. Ne parlons-nous pas de mort cérébrale ? Ce premier roman, c’est une invitation à faire une pause, se recentrer sur son corps, y puiser la lumière, l’énergie, la vie, quoi !

 

Et puis, il y a la force de l’environnement, une nature profonde, la forêt, les montagnes, une forme de refuge, autant d’éléments propices à la reconstruction psychique. 


Il faut que je sorte. Depuis que je suis ici, le paysage m’a toujours permis de me rincer le regard et l’âme, du vallon à la montagne. La maison est mon abri mais c’est dehors, dans l’air mordant de l’hiver, que mon esprit se désengourdit. Que mes sens s’affûtent, que je me sens résolument en vie. P. 115

Comme j’ai aimé que l’écrivaine aille puiser dans une autre langue que la nôtre pour y trouver un terme tellement approprié pour décrire ce que le vent peut apporter de puissant, de force et d’allégresse, l'effervescence des sens.


Alors que je m’extasiais un jour de grand vent des bourrasques qui manquaient m’envoyer à terre, me coupant le souffle et me gonflant d’allégresse, ces hôtes de passage m’avaient appris, amusés, qu’ils possédaient un terme pour ça : s’enventer, littéralement aller avec le vent. Je m’étais sentie vivifiée jusqu’aux poumons par l’idée qu’il existe un mot pour décrire ce sentiment qui vous fait courir en bord de la mer ou en forêt, vous fondre dans le grand vent qui revigore et apporte la consolation. P. 114

Cet hymne à la nature ne serait rien sans les mots, et le pouvoir de la contemplation.

 

Enfin, dans ce monde alternatif à l’urbain, il y a aussi les animaux. 


Cette petite vie souple qui appuie légèrement contre mes côtes est incroyablement bienfaisante. P. 124

Ce roman, c’est encore une invitation à observer et se nourrir de ce qu’ils  peuvent nous apporter de réconfort, une certaine forme de substitut à la frénésie qui nous entoure. Ils ont cette sensibilité qui permet à l’individu de prendre conscience de son humilité. S’il s’agissait là d’une voie pour sauver l’humanité…

 

Ce premier roman écrit dans une plume poétique, délicate et sensuelle, nous propose de faire corps avec la nature, d’entrer en fusion avec ce qu’elle a de vivant. Le dessin de la première de couverture, sublime, une œuvre d’art réalisée par Pedro TAPA, le dévoile à elle seule.

 

« La sauvagière » est « À découvrir », je confirme ! C'est une lecture enivrante. 

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2022-09-06T06:00:00+02:00

La nuit des pères de Gaëlle JOSSE

Publié par Tlivres
La nuit des pères de Gaëlle JOSSE
La rentrée littéraire a sonné, l'heure d'un nouveau rendez-vous avec Gaëlle JOSSE : « La nuit des pères » chez Notabilia éditions, un texte d'une violence inouïe, pas celle des poings, non, celle des mots. 
 
Isabelle est sur le point d’arriver dans la région de Chambéry à la maison familiale, celle de son enfance. Ça fait longtemps qu’elle n’y est plus revenue. Mais là, elle n’avait pas vraiment le choix. Son frère, Olivier, le lui a demandé. Leur père de 80 ans, veuf, montre les premiers symptômes de la « maladie de l’oubli ». Il a besoin d’elle. Ce n’est pourtant pas de gaieté de coeur. Ce père, il ne l’a jamais aimée, c’est ce qu’elle se dit, il l’a fait souffrir, terriblement, et puis il y avait ce cri… nocturne ! Mais ce séjour bref, quelques jours, pourrait bien lui réserver quelques surprises…
 
Après « Ce matin-là » qui sort tout juste en version poche, « Une longue impatience » aussi, Gaëlle JOSSE nous propose un nouveau roman de l’intime, une histoire familiale marquée par des relations père/fille compliquées. Avec la fin de vie qui  s'annonce, la sensibilité est exacerbée, les sentiments douloureux et les émotions décuplées.


Te voilà à l’orée de l’oubli, de tous les oublis, te voilà au seuil de la pénombre, je suis ta fille absente, ta fille invisible et pourtant je tremble à l’idée qu’un jour tu ne connaîtras plus ni mon nom ni mon visage. Aurais-je traversé toute ta vie comme une ombre ? P. 35

C’est la voix d’Isabelle qui résonne dans les premières pages avec ce semblant de conversation qu’elle tiendrait avec son père. Ses interpellations sont déchirantes, le tutoiement, un uppercut, une manière de réduire les distances entre deux êtres que tout a toujours éloigné. L’écho n’en est que plus fort. Il m'a laissée un temps abasourdie. 
 
Isabelle ne va pas rester seule avec ses fantômes. Dans ce roman choral, d’autres personnages, tous de fiction, vont prendre place et donner de la voix.
 
Gaëlle JOSSE a ce talent d'imaginer des psychologies ciselées d'êtres qui au fil du temps, des épreuves de la vie, se sont construits, avec leurs forces et leurs faiblesses. A l'heure du bilan, le passé est terrifiant et le fardeau lourd à porter. 
 
Si Isabelle connaît son père à travers ses propres souvenirs d’enfance et d’adolescence, son existence à lui ne saurait en être réduite. Comme j'ai aimé découvrir cette période de l'existence qui l'a marqué, lui, à vie, une période au cours de laquelle la grande Histoire est venue perturber un itinéraire qu'il croyait tout tracé. Là, mon coeur a fait boum.
 
Avec Gaëlle JOSSE, si le fond est rempli de surprises, la forme est elle aussi profondément étonnante. Si j’avais pensé me retrouver en pleine tragédie grecque construire en cinq parties, c’était sans compter sur la capacité de l’écrivaine à faire un pas de côté, une originalité permise grâce à une grande maîtrise de l’exercice narratif. Chapeau Madame !
 
Les pages se tournent, les confidences se font, les secrets de famille se dévoilent comme autant d’effets de rupture qui donnent à l'écriture une puissance et un rythme foudroyant.
 
Comme tous les romans de Gaëlle JOSSE, celui-là est court, mais quel choc. Les mots sont savamment choisis, les phrases claquent !
 
Au moment de refermer le livre, j'ai pris conscience de mon apnée. J’avais tout simplement oublié de respirer ! Ce roman, c'est une lecture coup de poing, un texte inoubliable.
 
Je suis une fidèle de la plume de l'écrivaine, retrouvez :
 
 
De la rentrée littéraire de septembre 2022, laissez-vous séduire aussi par le dernier roman de Gilles MARCHAND
 

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2022-08-31T20:29:26+02:00

Lorsque le dernier arbre de Michael CHRISTIE

Publié par Tlivres
Lorsque le dernier arbre de Michael CHRISTIE

Cette nouvelle lecture, je l'ai puisée dans la PAL de ma grande fille. Après :

"Les cerfs-volants" de Romain GARY

"Mon ghetto intérieur" de Santiago H. AMIGORENA,

"Colette et les siennes" de Dominique BONA, 

"La cause des femmes" de Gisèle HALIMI,

"Les grandes oubliées" de Titiou LECOQ...

nouvelle pépite, le premier roman de Michael CHRISTIE : "Lorsque le dernier arbre" aux éditions Albin Michel.

Nous sommes en 2038. Jake est orpheline d’une mère musicienne de l’orchestre symphonique de Los Angeles tuée dans un accident de train. Elle est dendrologue, botaniste de formation, c’est une spécialiste des arbres. Depuis 9 ans, elle travaille comme guide de la Cathédrale de Greenwood, une île de la Colombie-Britannique sur laquelle subsiste la dernière forêt primaire que les gens riches viennent visiter comme de précieux vestiges. Partout ailleurs, les arbres ont disparu, c'est le Grand Dépérissement. Les sols s’assèchent. La surface de la planète est recouverte d’une couche de poussière asphyxiante. Lors d'une visite, elle repère deux pins brunis, deux arbres appelés "Doigt d'honneur de Dieu" dont les aiguilles décolorées lui donnent à penser qu'ils sont menacés. Si leur vie est en danger et que le public le découvre, toute la forêt sera abattue. C'est à ce moment-là qu'elle apprend qu'elle pourrait être l'héritière de Harris Greenwood, un grand propriétaire de bois au passé sombre. Dès lors, sa vie bascule !

La littérature s'empare de l'environnement en perdition comme sujet de prédilection. On ne va bientôt plus compter le nombre de romans écologiques mais celui-là, bien sûr, est unique.

Il l'est d'abord, parce qu'il évoque la vie des arbres, ces êtres vivants à l'ombre desquels on aime tant se reposer, quand on ose pas s'aventurer à y grimper. Il est question de leur SURvie Ce ne sont pas les fortes chaleurs estivales, les incendies de forêts records en France de 2022, qui viendront démentir l'auteur. Ce patrimoine millénaire est menacé. Le propos est militant bien sûr, il tend à nous faire prendre conscience de l'urgence à agir, tout de suite, maintenant !


Mais pourquoi attendons-nous de nos enfants qu’ils mettent un terme à la déforestation et à l’extinction des espèces, qu’ils sauvent la planète demain, quand c’est nous qui, aujourd’hui, en orchestrons la destruction ? P. 498

La projection en 2038 est tout simplement effroyable. Souhaitons que l'écrivain joue l'oiseau de mauvais augure mais ni vous, ni moi, ne croyons désormais que nous échapperons à cette fin certaine. Ce n'est plus qu'une affaire de temps.

Il l'est ensuite parce que Michael CHRISTIE, tout au long de ce roman, va se risquer à tisser le fil d'un parallèle entre les arbres et les êtres humains. L'écrivain commence par montrer qu'en surface, ils fonctionnent de la même manière...


L’écorce d’un arbre remplit les mêmes fonctions que la peau d’un être humain : elle empêche les intrus d’entrer et les nutriments de sortir […]. P. 23

Après l'extérieur, la partie visible, Michael CHRISTIE, va explorer l'intérieur.

Peut-être vous êtes vous déjà arrêté.e.s à observer les restes d'un tronc d'arbre, vous savez, la souche qui donne à voir les cernes du bois développés à partir du coeur, ces cercles concentriques dans un nuancier de marron étourdissant. Et bien l'auteur va s'attacher à démontrer qu'ils sont les marques du temps, un peu comme des strates qui se superposeraient tout au long de la vie, mais au lieu de se pratiquer à la verticale, c'est à l'horizontal que les événements laissent leur empreinte.


Le temps, Liam le sait, n’est pas une flèche. Ce n’est pas non plus une route. Le temps ne va pas dans une direction donnée. Il s’accumule, c’est tout - dans le corps, dans le monde -, comme le bois. Couche après couche. Claire, puis sombre. Chacune reposant sur la précédente, impossible sans celle d’avant. Chaque triomphe, chaque désastre inscrit pour toujours dans sa structure. P. 534-535

Et puisque Michael CHRISTIE examine les similitudes entre les arbres et les êtres humains, il va s'appuyer sur une fresque familiale s'échelonnant sur un peu plus d'un siècle pour démontrer que les individus d'aujourd'hui sont le fruit des générations précédentes dont les traces constituent leur patrimoine charnel. Le dessein est audacieux, le défi relevé avec brio.

Et quelle fresque familiale, une véritable saga, avec des personnages de fiction hauts en couleur et profondément attachants. Vous allez vivre au rythme des événements de la vie, certains heureux - des naissances, des histoires d'amour, des mariages -, d'autres moins - des accidents, des disparitions, des abandons, des décès. Michael CHRISTIE est un jeune romancier canadien, il a dans sa plume cette capacité des auteurs du nord américain à vous embarquer dans de formidables épopées. Chapeau !

Ce qui m'a marquée plus que tout, c'est la dynamique de RESISTANCE qui anime chacun.e d'entre eux. Qu'il s'agisse de se confronter à la maladie, au handicap, aux addictions, à un frère, à la société tout entière, aux magnats du pouvoir, qu'il s'agisse d'une action individuelle ou communautaire, qu'il s'agisse encore de lutter contre une certaine forme d'autorité, peu importe, ils tracent leur voie, exploitent leur marge de liberté pour avancer, y compris au péril de leur vie. Les péripéties rythment le roman qui devient rapidement un pageturner, vous n'aurez bientôt plus envie de le lâcher.

Enfin, ce roman ne serait rien sans sa narration. La structuration ne suit aucune chronologie, les voix résonnent entre elles, et pourtant, jamais, non jamais vous ne perdrez le fil. Du grand art !

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2022-08-23T06:00:00+02:00

La porte du voyage sans retour ou les cahiers secrets de Michel ADANSON de David DIOP

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La porte du voyage sans retour ou les cahiers secrets de Michel ADANSON de David DIOP

Vous connaissiez peut-être la plume de David DIOP, notamment pour son roman "Frère d'âme", Prix Goncourt des Lycéens 2018, moi pas. "La porte du voyage sans retour", c'est une nouvelle référence du Book club ! Impossible de passer à côté aujourd'hui, c'est la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition.

Michel Adanson est un naturaliste français. Six mois avant de mourir, il écrit une longue lettre à sa fille pour lui raconter sa vie. Nous sommes en 1806. Il se souvient de sa mission au Sénégal pour répertorier les espèces. Il se souvient aussi de Maram, une jeune femme, noire. Surnommée la revenante, il se devait de découvrir son secret, une esclave noire n’est jamais revenue au pays !

David DIOP relate les quelques années passées par Michel ADANSON au Sénégal, un homme un peu plus ouvert que les colons en mal d’esclavage.
 
L’auteur nous livre un roman haletant. La vie de Michel ADANSON est à de nombreuses reprises mise en danger. C’est un roman d’aventure, une véritable épopée.
 
J’ai personnellement aimé le regard moderne de cet homme. Son altruisme et son approche de l'interculturalité faisaient de lui un homme hors du commun.
 
Michel ADANSON prêtait une attention toute particulière à celles et ceux qui étaient différents de lui. Il savait prendre du recul, analyser ce qui fait de nous l’humanité. 
 
L’auteur nous livre un roman salutaire dans une plume inspirante. Revenir sur Michel ADANSON, c’est assurer à ses travaux la postérité. C’est aussi inscrire la mémoire  du peuple noir du Sénégal dans le grand livre de notre Histoire.

Vous aimerez peut-être les autres références du Book club...

"Consolation" de Anne-Dauphine JULLIAND

"Malgré tout" de Jordi LAFEBRE

"Sidérations" de Richard POWERS

"Hamnet" de Maggie O'FARRELL

 "Les enfants sont rois" de Delphine DE VIGAN

"Au-delà de la mer" de David LYNCH

"Le messager" de Andrée CHEDID

"L’ami" de Tiffany TAVERNIER

"Il n’est pire aveugle" de John BOYNE,

"Les mouches bleues"» de Jean-Michel RIOU,

"Il fallait que je vous le dise" de Aude MERMILLIOD, une BD,

"Le roi disait que j'étais diable" et "La révolte" de Clara DUPONT-MONOD, 

"Un jour ce sera vide" de Hugo LINDENBERG

"Viendra le temps du feu" de Wendy DELORME,

"Il n'est pire aveugle" de John BOYNE...

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2022-08-16T17:30:00+02:00

Socrate médecin pour temps de crises et catastrophes de Jean-Louis CIANNI

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Socrate médecin pour temps de crises et catastrophes de Jean-Louis CIANNI

Éditions Le Relié

A celles et ceux qui continuent de dire que c'était mieux avant, je leur propose la lecture de cet essai, "Socrate médecin pour temps de crises et catastrophes" de Jean-Louis CIANNI que j'ai eu la chance de découvrir grâce à la Masse Critique de Babelio (un grand merci aux organisateurs et à la maison d'éditions !). C'est mon #Mardiconseil.

Ainsi, cinq siècles avant Jésus-Christ, Athènes était en crise :
⦁   la guerre du Péloponnèse 
⦁    l'épidémie de peste
⦁    le pouvoir oligarchique des Trente Tyrans
et s'exposait à sa pure perte.

Socrate, fils d’une sage-femme, condamné à la peine capitale par un tribunal populaire 
pour impiété et corruption de la jeunesse, portait un regard critique sur la société qui l'entourait et s'évertuait à formuler des propositions, qui, n'ont, de fait pas pris une ride.

Les guerres continuent de sévir à travers le monde, il suffit d'ouvrir un journal ou d'écouter les médias pour s'en rendre compte. 

L'épidémie de Covid a généré un confinement, une mise sous cloche des êtres humains, privés de nombreuses libertés. Elle continue de rendre malade des populations à l'échelle internationale.

Quant à la perte de l'humanité, les premiers effets du réchauffement climatique se font cruellement sentir. Et même si l'essai est sorti des presses en mai 2022, la sécheresse estivale, la pénurie d'eau et le développement de terribles incendies en France, ne viendront pas démentir le propos du philosophe et journaliste.

Notre santé mentale et physique est en jeu.

Peut-être pourrions-nous regarder dans le rétroviseur et s'inspirer de ce que disait Socrate à ses jurés. Il les invitait à prendre soin d'eux, avouons que la proposition est séduisante, non ?

En premier lieu, ce que privilégie Socrate c'est notre regard critique, notre capacité à nous questionner. Il nous invite à cultiver notre "sidération". Plus notre étonnement sera grand, plus nous stimulerons notre esprit.


Il se compare à un taon qui pique et stimule un attelage. P. 73

Et puis, Socrate rappelle que l'être humain ne peut vivre seul et s'auto-satisfaire, il doit donc se penser au coeur d'une société, d'un environnement avec lequel il interréagit. C'est donc dans la cité que l'Homme peut assurer sa survie. C'est notamment là qu'il pourra confronter sa propre liberté à celle des autres, ce qui lui donne un sens, tout simplement.


La liberté individuelle veut s’imposer, elle a besoin de s’opposer à d’autres libertés pour exister et s’affirmer. P. 255

Si certains pensent que l'être humain est un individualiste, Socrate montre ô combien il est aussi capable d'être solidaire. Il semble bien que cette valeur ait perduré malgré les siècles. En marge de la lecture de l'essai, je lis dans la presse que les agriculteurs de Baugé ont prêté main forte aux pompiers pour arrêter le feu de la forêt et les habitants du village proposé d'héberger les sinistrés. Voilà qui peut donner un peu de baume au coeur pour l'avenir.


Chaque catastrophe suscite un sentiment de compassion générale qui est la marque de l’humain. P. 250

Enfin et surtout, Socrate nous invite à plus de sagesse :


L’homme juste sera celui qui pourra en toute situation tempérer ses désirs et ses ardeurs et viser à une sagesse à hauteur d’homme. P. 282

J'aime beaucoup l'image qu'avaient Socrate/Platon d'un attelage de deux chevaux, l'un noir correspondant au désir, l'autre blanc pour l'énergie, l'ensemble tenu de main de maître par un cocher. 

La philosophie faisait partie de mes matières préférées en classe de terminale, je n'avais malheureusement pas replongé depuis. Honte sur moi ! Cette expérience orchestrée par Jean-Louis CIANNI est un petit bonheur, une invitation à prendre de la distance par rapport au brouhaha ambiant et à me construire mon avis sur des questions philosophiques qui sont aussi, il faut bien le dire, des questions de vie quotidienne, facteur d'un bien-être à portée de main, pourquoi s'en priver ?

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2022-08-09T06:00:00+02:00

Maikan de Michel JEAN

Publié par Tlivres
Maikan de Michel JEAN

Toutes les occasions sont bonnes pour revenir sur un roman EXTRAordinaire, "Maikan" de Michel JEAN aux Éditions Dépaysage. Aujourd'hui, c'est la journée internationale des peuples autochtones.

Nouvelle lecture largement recommandée par la team de « Varions Les Éditions en Live » (Vleel). Vous vous souvenez peut-être de

"Tu parles comme la nuit" de Vaitiere ROJAS MANRIQUE aux éditions Rivages

ou bien "Un jour ce sera vide" de Hugo LINDENBERG aux éditions Christian BOURGOIS,

ou encore "Viendra le temps du feu" de Wendy DELORME aux Editions Cambourakis

et bien, une nouvelle fois, je me suis laissée porter par ses références, et j'ai sacrément bien fait.

"Maikan" de Michel JEAN est une lecture coup de poing, un CRI !

Audrey Duval, Avocate, se voue chaque année à une cause solidaire. Loin des milieux huppés qu’elle fréquente habituellement, elle se retrouve en quête d’une vieille femme, Marie Nepton, dont elle souhaite percer le jour. Elle a disparu de tous les radars alors que le gouvernement lui doit une indemnité pour se faire « pardonner » de ce que le régime, de concert avec le clergé, a causé à son peuple, les Innus de Mashteuiatsh, des Amérindiens. Nous sommes en 1936 quand les politiques décident d’assimiler des « sauvages », les éduquer, mais là commence une autre histoire.

J’ai été subjuguée, je dois bien le dire, par la beauté des premières pages, des descriptions tout à fait fascinantes de la nature, mais aussi des us et coutumes des Innus, peuple nomade, qui, au fil des saisons, migrait pour chasser et ainsi se nourrir, se vêtir… J'ai été fascinée par la transmission de savoirs entre générations. Chez lui, nul besoin de mettre des mots sur les gestes... 


Pour la première fois, Charles allait diriger sa propre embarcation, sans sa mère pour le guider. Mais il savait déjà comment le manier, même dans les eaux tumultueuses de la crue printanière. Il n’avait qu’à imiter les gestes qu’il l’avait vue répéter au fil du temps. Des gestes qui, sans qu’il s’en rende compte, faisait partie de lui désormais. P. 92

Mon CRI d'indignation a été d'autant plus grand quand j'ai vu les enfants des Innus arrachés à leurs familles, sous peine de représailles, pour les civiliser. Ils avaient entre 6 et 16 ans. Mais de quel droit ? Et quand j'ai découvert à quel point ils étaient humiliés, maltraités, violés... par les religieux, de l'indignation, je suis passée à la colère. S'il ne suffisait pas de leur faire oublier tout ce qui constituait leurs origines culturelles, il fallait encore qu'ils les violentent à outrance. Qui étaient les sauvages ?

Des pensionnats comme Fort George, il y en a eu 139 au Canada, 4 000 enfants y sont morts. Avec ce roman, "Maikan" qui veut dire les loups, Michel JEAN assure la mémoire des Amérindiens sacrifiés au titre d'une politique ignoble.

Vous comprenez maintenant pourquoi je ne pouvais pas passer à côté, aujourd'hui en particulier ! C'est mon #mardiconseil.

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2022-08-02T17:00:00+02:00

Trois jours et une vie de Pierre LEMAITRE

Publié par Tlivres
Trois jours et une vie de Pierre LEMAITRE

Éditions Albin Michel

 

L'été, j'ai l'habitude de choisir mes lectures dans la PAL de ma fille, "des bijoux" m'a-t-elle dit.

 

J'y ai découvert quelques perles, à l'image de "Mon ghetto intérieur" de Santiago H. AMIGORENA, ou de "Colette et les siennes" de Dominique BONA...

 

Place au roman "Trois jours et une vie" de Pierre LEMAITRE, que nous avions rencontré ensemble au Salon du Livre de Paris. C'est mon #mardiconseil !

 

À Beauval, les familles Courtin et Desmedt sont voisines. Antoine Courtin a 12 ans, il vit avec sa mère, son père les a quittés il y a 6 ans quand il est parti travailler en Allemagne. En face, vivent les Desmedt. Il y a le père, un homme rustre, ouvrier chez Weiser jouets en bois (le patron de l’entreprise est aussi le maire de Beauval), une mère au foyer, une fille de 15 ans, Valentine, apprentie coiffeuse, et un garçon de 6 ans, Rémi. Les Desmedt ont aussi un chien, Ulysse. Quand un enfant du village se voit offrir une Play station, tous les copains sont invités chez lui à jouer, ce que refuse la mère d’Antoine. Le garçon passe son temps dans les bois près de chez lui à construire une cabane, il fait d’Ulysse un ami, un confident. Quand il y a le chien, il y a aussi souvent le petit Rémi. Et puis, un jour, c’est le chaos. Le chien se fait renverser par une voiture. Ce n’est là qu’un premier événement d’une longue série qui hantera chacun jusqu’à la fin de sa vie.

 

Pierre LEMAITRE est un conteur hors pair. Dès les premières pages, il plante le décor d’un village où tout n’est que labeur, où la vie est dure avec les hommes, les femmes, où la menace du chômage pèse lourd sur l'avenir. C’est dans un environnement économique précaire et socialement pauvre que le roman noir va prendre racine. Autour de la disparition d’un enfant, chacun va choisir ses armes pour se défendre. Antoine, aussi :


Antoine finit par croire lui-même à cette fiction ; lorsqu’il la racontait, il la voyait, il y était, son histoire prenait à ses propres yeux comme à ceux de ses interlocuteurs une densité qui peu à peu approchait la vérité. P. 82

Avec ce roman, Pierre LEMAITRE tisse le fil de la culpabilité, un sentiment qui ronge les esprits comme les corps. Il montre s’il en était nécessaire, que peu importe le temps qui passe dans ce domaine, rien ne change, voire tout s'aggrave.

 

La pression de la peur s’exerce avec une force qui va décupler avec les années, exerçant une tension sans merci.


La terreur, en fait, ne lâchait jamais prise. Elle sommeillait, s’endormait, et elle revenait. Antoine vivait avec la conviction que, tôt ou tard, ce meurtre le rattraperait et ruinerait sa vie. P. 187

Là où l’écrivain a une force de frappe puissante, c’est qu’il va nourrir l'histoire principale d’histoires secondaires, une manière de semer le trouble pour mieux serrer le lecteur dans l’étau de la fiction.

 

L’intrigue est parfaitement maîtrisée, la chute magistrale. Impossible de vous en dire plus, un seul conseil, lisez-le. 

 

Une nouvelle fois, ma fille a fait mouche avec cette référence !

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2022-07-12T06:00:00+02:00

Une princesse modèle de David BRUNAT

Publié par Tlivres
Une princesse modèle de David BRUNAT

Les Éditions Héloïse d’ORMESSON, je les aime pour leur ton, leur sensibilité, je les aime passionnément pour leur approche de l’art. Il y a eu "Baisers de collection" de Annabelle COMBES, "Ma double vie avec Chagall" de Caroline GRIMM, je découvre maintenant avec admiration la vie d’Hélène GALITZINE, modèle du peintre Henri MATISSE, sous la plume de David BRUNAT : « Une princesse modèle », un premier roman.

Si Hélène GALITZINE a du sang princier dans les veines, elle vivra surtout l’effondrement de tout un empire. A 8 ans, son père décède du typhus dans les geôles de l’armée rouge, laissant sa veuve seule pour élever une fratrie de quatre enfants. La famille s’exile en Allemagne puis en Italie. Elle s’installe à Arco près du Lac de Garde, là où sa mère s’emploiera à tenir une pension de famille. Hélène est une enfant qui aime la vie, éprise de liberté dont l’éducation sera confiée à des religieuses. Sa mère décédée, un nouveau départ est envisagé avec sa tante. Cette fois, c’est Nice qui devient le lieu de vie de la famille, c’est là qu’elle va se marier, avoir deux filles, travailler dans la haute couture et rencontrer le peintre, le maître du fauvisme avec qui elle va vivre des moments d’une intense complicité, une nouvelle vie s’offre désormais à Hélène GALITZINE.

Dès les premières lignes du roman, David BRUNAT nous fait part de sa démarche et des espaces de liberté qu’il s'est accordés pour évoquer l’itinéraire d’une femme dont la postérité est aujourd’hui assurée par la voie des toiles peintes de Henri MATISSE.


Mais après tout, un romancier peut affabuler à sa guise et n’a pas de comptes à rendre à la vérité. Ce n’est pas un historien, mais un faiseur d’histoires. Pas un mémorialiste, mais un machiniste des sentiments. Pas un moraliste, mais un conteur et un marionnettiste. P. 26

L'auteur s'approprie la voix d'Hélène GALITZINE  elle-même pour retracer un itinéraire aussi chahuté que rocambolesque. Il brosse le portrait d'une femme "modèle", une femme qui a su s'adapter aux circonstances de la vie, à moins que son existence relève d'une autre puissance. David BRUNAT nous fait ainsi toucher du doigt les contours du destin, un sujet universel et intemporel. De tous temps, l’homme s’est intéressé à la force suprême ou au hasard des coïncidences pour justifier le fil de son existence.

A partir de l'histoire singulière d'une famille d'immigrés, russes, David BRUNAT évoque un large mouvement migratoire ayant donné lieu à une implantation massive dans le sud de la France, notamment sur Nice. Il s'en saisit aussi pour retracer une fresque historique sur une quarantaine d'années, donnant à voir une page de la grande Histoire.

Enfin, et là c'est un autre sens du mot "modèle" que va explorer David BRUNAT pour nous faire entrer dans l'atelier du peintre Henri MATISSE. Hélène GALIT fut l'une des muses du grand maître du fauvisme. C'est à travers les confidences d’Hélène GALITZINE que l’on découvre les centres d’intérêt du peintre, ses sources d’inspiration. Elle rencontrera Lydia DELECTORSKAYA, modèle également, qui, à la mort de l’artiste, vouera sa vie à une juste reconnaissance de la grandeur de son art.

Si la question de l'immortalité transcende le roman, l'art peut assurément devenir le canal de la postérité, c'est le fil que va tisser David BRUNAT. Que le peintre du bonheur, comme ses modèles, en soient assurés, plus jamais je ne regarderais une toile de l'artiste comme avant.

Plus confidentielle et pourtant, la maternité peut elle aussi offrir une certaine forme de postérité. Je ne l'avais jamais abordée de cette manière...


Mais l’expérience de la maternité constitua, à sa façon, une révélation spinoziste. […] Une descendance est une forme d’immortalité ou du moins d’existence continuée. P. 77-78

C'est aussi pour ça que j'aime la littérature, porter un nouveau regard sur les choses de la vie. 

Dans un exercice narratif à deux voix, David BRUNAT pose des questions existentialistes et philosophiques, la cerise sur le gâteau d'un roman historique et artistique. Un premier roman prometteur sachant que l'homme a déjà fait ses preuves en matière d'écriture, il est homme de lettres et a déjà écrit des récits de vie sur Steve JOBS, Giovanni FALCONE, et puis un livre sur l'histoire du Titanic.

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2022-06-28T15:32:09+02:00

Le prix de nos larmes de Mathieu DELAHOUSSE

Publié par Tlivres
Le prix de nos larmes de Mathieu DELAHOUSSE

Les Éditons de L’Observatoire, je les apprécie pour leurs romans, souvent des coups de ❤️ à l’image de ceux de Thibault BERARD, « Il est juste que les forts soient frappés » et « Les enfants véritables », celui d’Anaïs LLOBET « Au café de la ville perdue », ou encore de Marie CHARREL « Les danseurs de l’aube », et de Withney SCHARER « L’âge de la lumière », mais aussi de Sébastien SPIZTER « Ces rêves qu’on piétine », et d’Odile D’OULTREMONT « Les déraisons ».

 

 

Je ne les connaissais pas sur le registre des essais, c’est aujourd’hui chose faite avec « Le prix de nos larmes » de Mathieu DELAHOUSSE que j’avais entendu au micro de Léa SALAME sur France Inter. Il a exploré ces deux dernières années les rouages du fonds d’indemnisation des victimes d’attentats. 

 

Que savons-nous de son organisation quand nous n’y sommes pas confrontés ?

 

C’est grâce à cet essai que j’ai découvert les fondements juridiques, d’abord une loi de 1982, dite Badinter, reconnaissant le statut de victime, et puis en 1986, la création d’un fonds de garantie pour les victimes d’actes terroristes, une exception française, européenne, voire mondiale. Ce n’est qu’en 1990 que les victimes du terrorisme seront reconnues victimes civiles de guerre avec pour conséquence, notamment pour les enfants de victimes, d’être déclarés pupilles de la Nation.

 

C’est aussi sous la plume de Mathieu DELAHOUSSE que j’ai compris le mode de financement du fonds, 5,90 euros prélevés sur chaque contrat d’assurance de biens immobiliers, un fonds financés par les Français sans qu’ils le sachent vraiment.

 

En qualité de journaliste, Mathieu DELAHOUSSE va accéder aux audiences qui caractérisent les préjudices subis et fixent les indemnisations. C’est là que se confrontent deux filtres de lecture des attentats :


Plusieurs fois durant ces journées dans la petite salle blanche, des cas similaires affleurent et, dans une danse macabre, on chaloupe entre les critères stricts du fonds et ceux, plus souples et imparfaits, de la vie. P. 79

Aux chiffres, aux critères d’évaluation, sont opposés la peine, le deuil d’un amour perdu, d’une mère, d’un père, d’un enfant… 

 

Et cette question posée en boucle, quel est le prix d’une vie ? La réparation passe-t-elle par l’argent ?

 

Bien sûr, à l’image de notre société, certains passent au-delà du chagrin et voient dans le fonds l’opportunité de gagner de l’argent sur le dos de blessés à vie, de morts, c’est juste indécent.

 

Le comble de la mascarade, c’est bien sûr l’usurpation d’identité, se faire passer pour une victime, s’imaginer une vie… jusqu’à se croire sur parole. Les cas sont rares mais diaboliques.


On ne se résout pas vraiment à imaginer que, parfois, des diables soufflent à ces âmes perdues que « qui ne tente rien n’a rien ». Et sur ces pauvres innocents s’y accrochent. P. 80

Cet essai, porté par une plume pudique et bienveillante, est très intéressant. Il donne à voir un microcosme de la justice française.

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2022-06-21T06:00:00+02:00

Consolation de Anne-Dauphine JULLIAND

Publié par Tlivres
Consolation de Anne-Dauphine JULLIAND

Ce récit de vie, peut-être qu’il n’aurait jamais croisé mon existence s’il n’y avait eu le Book club. Nouvelle référence et pas des moindres : « Consolation » de Anne-Dauphine JULLIAND publié initialement chez Les Arènes Eds et maintenant chez J'ai lu.

Vous n’allez pas tarder à découvrir le drame qui l’a fauchée, il se décline en réalité au pluriel, et malgré la tragédie qu’ils recouvrent, ils tiennent en une seule phrase, la première du livre. Plus précisément, ils tiennent en quatre mots :


J’ai perdu mes filles.

 

quatre mots comme le fil rouge du livre, profondément lumineux malgré la douleur, la souffrance, le deuil…
 
En parlant de la mort de deux enfants, deux filles, Thaïs et Azylis, toutes les deux de la même maladie dégénérative, la leucodystrophie métachromatique, Anne-Dauphine JULLIAND, leur mère, nous parle de la vie, des sentiments, des émotions qui l’ont traversée et le font encore, certains jours avec tendresse et délicatesse, certains instants avec violence et fracas à l’image d’un éléphant qui entrerait dans un magasin de porcelaine, broyant tout sur son passage, foulant du pied tout ce qui a été précieusement construit.
 
Dans ce récit de vie, autobiographique, l’écrivaine brosse le portrait de la « Consolation », toujours avec beaucoup de poésie…


La consolation est une histoire d’amour écrite à l’encre des larmes. P. 11

Anne-Dauphine JULLIAND explore les tréfonds de son âme et nous livre son regard, personnel, sur les épreuves qu’elle a vécues. Elle nous apprend à les décrypter, les apprivoiser, les faire sienne, et à les partager. Les taire serait d’infliger une double peine.


Le silence donne l’illusion de tenir la réalité à distance. Ce qui n’est pas dit ne prend pas corps, ni pour les autres ni pour soi-même. P. 113

L’autrice nous livre son chemin, certains diront de croix.
 
Si j’appréhendais cette lecture, j’en ressors grandie. Elle m’a fait toucher du doigt tout ce qui devient subtil lorsque vous êtes éprouvé, toutes ces manifestations d’humanité qui font battre plus vite le cœur. J’ai fondu devant la présence de cette infirmière avec ces seuls mots, « je suis là », ou bien encore ces funérailles avec les ongles vernis rouges de toutes les personnes qui se joignaient à sa peine. Pleurer, pourquoi m’en cacher ?


Pleurer, c’est avoir confiance dans le monde. P. 80

Et j’ai confiance en vous !
 
J'ai pris l'habitude avec les 68 d'accompagner mes lectures de musique. Là, elle s'est imposée à moi. Le livre terminée, je suis partie me promener. Les écouteurs sur les oreilles, j'ai commencé par zapper sur les différentes radios et puis, j'ai entendu ses notes... et enfin, ses paroles ! Comme une évidence, je vous propose "Save your tears" de The Weeknd.

Retrouvez toutes les références du Book club :

"La porte du voyage sans retour ou les cahiers secrets de Michel ADANSON" de David DIOP

"Malgré tout" de Jordi LAFEBRE

"Sidérations" de Richard POWERS

"Hamnet" de Maggie O'FARRELL

 "Les enfants sont rois" de Delphine DE VIGAN

"Au-delà de la mer" de David LYNCH

"Le messager" de Andrée CHEDID

"L’ami" de Tiffany TAVERNIER

"Il n’est pire aveugle" de John BOYNE,

"Les mouches bleues"» de Jean-Michel RIOU,

"Il fallait que je vous le dise" de Aude MERMILLIOD, une BD,

"Le roi disait que j'étais diable" et "La révolte" de Clara DUPONT-MONOD, 

"Un jour ce sera vide" de Hugo LINDENBERG

"Viendra le temps du feu" de Wendy DELORME,

"Il n'est pire aveugle" de John BOYNE...

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2022-06-14T06:00:00+02:00

Le lac de nulle part de Pete FROMM

Publié par Tlivres
Le lac de nulle part de Pete FROMM
Commencer une semaine de vacances, passer à la La Librairie Contact, se laisser séduire par le voyage proposé par Pete FROMM avec "Le lac de nulle part" aux éditions Gallmeister.
 
Trig et Al sont des jumeaux de 27 ans, lui est parti en Californie, elle vit à Denver. Les parents sont divorcés. Depuis leur tendre enfance, leurs vacances étaient dédiées à des aventures. Ils sont de véritables rangers. Alors, quand leur père, Bill, leur envoie un sms pour leur proposer une dernière aventure. Même s’ils sont un brin intrigués, ils répondent par l’affirmative. Il y a bien eu ces doutes à l’aéroport autour des bagages qui auraient disparu. Et puis, l’absence d’itinéraire précis. Mais ils sont en confiance. Ils ne savent pas encore que cette expédition se fera au péril de leur vie.
 
Avec ce roman, vous allez embarquer sur deux canoës pour visiter les lacs canadiens. Vous allez faire connaissance avec la faune du pays, découvrir la flore aussi. Mais plus que tout, vous allez vivre comme des trappeurs, allumer le feu, le nourrir pour qu’il reste allumer, vous allez pêcher pour manger et naviguer, encore et toujours.
 
Ce roman, c’est un voyage au cœur de Dame Nature. Vous allez vous émerveiller des aurores boréales :


Ce n’est pas la fin du monde, juste la planète qui la ramène, histoire de nous montrer ce dont elle est capable, au lieu de se contenter d’exister, ainsi qu’elle le fait d’habitude, une petite rodomontade au crépuscule pour nous rappeler que nous ne sommes pas le centre de la Terre, mais un détail mineur condamné à errer à sa surface. P. 122

Comme j’ai aimé leur combat, à la vie à la mort, comme j’ai soutenu le moindre de leurs efforts devant la puissance des éléments. Ce roman, vous allez le vivre dans votre chair. Vous allez avoir froid, vous allez sentir chacun de vos membres se frigorifier, vos lèvres gercer…
 
Et puis, ce qui m’a profondément touchée, c’est ce lien indéfectible entre les jumeaux, Trig et Al, deux être que rien ne pourrait séparer, deux individus de 27 ans unis comme deux gamins. Les souvenirs de vacances ensemble, de rituels, vont ranimer leurs joies enfantines. Il y a de l’humour dans le propos :


L’adolescence fondait sur nous telle une locomotive, un cheminot balançait pelletée après pelletée d’hormones dans les flammes. P. 41

Ce roman est lent mais rythmé par le suspens de la (sur)vie. Vous allez vivre au rythme du lever et du coucher du soleil, plus rien d’autre n’aura d’importance que d’imaginer le lieu d’installation de votre prochain campement.
 
Je voudrais saluer non seulement la plume de Pete FROMM mais aussi la traduction réalisée par Juliane NIVELT, une prouesse de 444 pages.
 
Les romans d’auteurs américains ont cette capacité à nous transporter, comme une signature singulière, un genre particulier. Ils nous livrent des romans d'aventure captivants. Comme j’aime sombrer en aux troubles sous le joug de leurs mots.
 
Faites comme moi, laissez vous embarquer !
 
Avec celui-ci, ou bien encore ceux-là...
 
"Une maison parmi les arbres" de Julia GLASS
"Ces montagnes à jamais" de Joe WILKINS
 

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2022-06-07T06:00:00+02:00

Celle qui fut moi de Frédérique DEGHELT

Publié par Tlivres
Celle qui fut moi de Frédérique DEGHELT

Editions de L'Observatoire

A celles et ceux qui cherchent toujours à savoir si un roman est inspiré d’une histoire vraie, là, pas de mystère. Tout est dit, ou presque !
 
Frédérique DEGHELT, une autrice dont j’admire la plume, se met, le temps d’un livre, à la disposition d’une femme, Sophia L (nom d’emprunt pour assurer son anonymat), que l’on devine actrice, pour relater un moment de sa vie… son autre vie serait sans doute plus adapté.
 
Sophia L traverse une période difficile de son existence. Elle a récemment divorcé et subit de sa mère, malade d’Alzheimer depuis deux années, son agressivité grandissante, un symptôme bien connu de la pathologie. Perdue dans ses pensées, elle confie à sa propre fille qu’elle appelle « Mademoiselle », ses tourments. Elle se souvient de sa fille évoquant dans sa plus tendre enfance son autre maman, "une belle et grande femme aux yeux verts", vivant dans un pays exotique. Ses dessins étaient inspirés de décors insulaires un brin tropicaux, tout en couleurs. Si les propos de l’enfant avaient à l’époque le don de la mettre en colère, remettant chaque jour en question sa filiation maternelle, il semble que cette histoire lui devienne aujourd’hui insupportable. Il faut dire que cette femme avait choisi d’abandonner sa famille bourgeoise et une carrière promise aux plus riches pour vivre une histoire d’amour avec un modeste fils d’immigré italien, une histoire aussi improbable que rocambolesque. La maternité lui avait longtemps résisté au point d’imaginer recourir à l’adoption. Et puis, il y avait eu deux naissances, à un an d’intervalle, une fille d’abord, l’ingrate, un garçon ensuite, le préféré des deux, vivant désormais en Australie et se contentant de subvenir financièrement aux besoins de sa mère. Alors que Sophia L prend de plus en plus en charge sa mère, elle ressent un besoin irrépressible d’en découdre avec son passé, l’histoire de sa vie, à moins que ça ne soit de celle d’avant…
 
Une nouvelle fois, Frédérique DEGHELT m’a captivée de bout en bout avec ce roman aux portes de la religion et du mysticisme. 
 
Comme dans "Sankhara", l’avant-dernier roman publié que vous pouvez trouver en version poche dans la collection Babel, il y a dans le parcours de Sophia L la croisée des chemins, la nécessité de sauver sa vie et trouver une forme d’équilibre…


Les temps s’annonçaient donc plus durs. Malgré tout, se faire du bien quand la vie vous fait du mal est une balance nécessaire qui calfeutre l’écrin du quotidien. P. 14

Comme j’ai aimé suivre au bras de Sophia L cette (en)quête d’identité à travers les continents. Frédérique DEGHELT invite au voyage, à la découverte des traditions, à vivre les émotions en levant le voile de ce qui nous construit en terme de culture. J'ai une appétence toute particulière pour les questions d'origines, inutile de vous dire que là, j'ai été gâtée !
 
A travers l’image du kintsugi, l’art japonais de réparer les céramiques cassées avec laque et poudre d’or, Frédérique DEGHELT explore les failles de l’intime comme autant de richesses humaines…


J’ai compris qu’au-delà des résiliences qu’engendrent nos faux pas, l’or de notre vie et son apparence si peu fluide disent encore autre chose. Nos manques, nos désirs évanouis ne sont pas seulement des forces vives qui alimentent notre expérience ; ils engendrent aussi notre acceptation de l’imperfection. P. 99

Cet art est purement et simplement sublimé par les gestes de Seiji, affairé à réparer une urne funéraire. J'ai succombé devant le charme de la scène et les descriptions qui en sont faites de l'écrivaine, mais aussi la sensibilité qui s'en dégage. Un pur bonheur littéraire.
 
Le roman prend la dimension d’un thriller psychologique au fil des évocations aux lisières de la magie et du spiritisme. Confrontée à la réalité de certaines images longtemps apparues sans explication dans son esprit, Sophia L éprouve la sensation oppressante de toucher du doigt sa vie d’avant. Et  Frédérique DEGHELT de poser incessamment la question : « Qu’est-ce qu’un être humain ? ». De tout temps, l’Homme s’est interrogé sur une vie après la mort. Dans ce roman, il est question d’incarnation et de réincarnation.
 
Je suis sortie de ma lecture une nouvelle fois subjuguée par la beauté de la prose de l’autrice et envoûtée par le sens des mots. Combien de fois me suis-je interrogée moi-même sur l’existence du destin ? Ce roman a fait résonner ma profonde sensibilité.
 
Impossible de vous quitter sans un petit mot sur la première de couverture d’un raffinement extraordinaire. Les livres des éditions de L’Observatoire sont assurément de beaux objets. C’est ici la création de Harshad MARATHE, illustrateur. Frédérique DEGHELT le dit elle-même : "Cette image, c’est exactement mon livre". Je confirme en tous points !

De cette écrivaine, vous aimerez peut-être aussi... 

La grand-mère  de Jade "

La vie d'une autre "

La nonne et le brigand "

Les brumes de l'apparence "

"Agatha"

"L'oeil du prince"

"Sanhkara".

Les éditions de L'Observatoire, je les aime tout particulièrement, elles m'ont fait vivre tellement de coups de coeur...

"Au café de la ville perdue" de Anaïs LLOBET

"Les nuits bleues" de Anne-Fleur BURTON

"Il est juste que les forts soient frappés" et "Les enfants véritables" de Thibault BERARD

"Simone" de Léa CHAUVEL-LEVY

"Les danseurs de l'aube" de Marie CHARREL

"Le poids de la neige" de Christian GUAY-POLIQUIN

"Juste une orangeade" de Caroline PASCAL

"Les déraisons" d'Odile D'OULTREMONT

"L'âge de la lumière" de Whitney SHARER

"Ces rêves qu'on piétine" de Sébastien SPITZER

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