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Articles avec #coup de poing catégorie

2023-01-27T07:00:00+01:00

Hors d'atteinte de Frédéric COUDERC

Publié par Tlivres
Hors d'atteinte de Frédéric COUDERC

Ma #Vendredilecture, c'est un roman sorti très récemment en librairie : "Hors d'atteinte" de Frédéric COUDERC, une lecture coup de poing. Je remercie tout spécialement les éditions Les Escales qui m'ont permis de le lire en avant-première.

Paul est écriviain. Son père est décédé quand il était adolescent. Son grand-père, Viktor Breitner, est sa seule famille. Il vit à Blankenese, un quartier donnant sur l’Elbe, à Hambourg. A 92 ans, le vieillard est victime d'une attaque cérébrale qui le fait tomber dans la dépendance. Paul, qui s'est toujours intéressé à l'histoire de son grand-père sans jamais obtenir de confidences, décide de mener l'enquête. Il découvre un lien établi avec un criminel nazi, Horst SCHUMANN, mais lequel ? Son grand-père a-t-il participé aux crimes de guerre ? Dès lors, pour l'écrivain comme le petit-fils, impossible de résister à la tentation. Paul Breitner ne sait pas encore que ses découvertes vont bouleverser sa vie.

Ce roman historique, vous vous dites peut-être, encore un sur la Shoah. Et bien, le livre refermé, je peux vous dire qu'il s'agit d'un roman très original et qu'il mérite vraiment d'être lu.

D'abord, il y a le procédé narratif, ce roman, c'est un livre dans un livre, le livre que Paul souhaite écrire sur la vie de son grand-père trouve sa place dans le roman qu'écrit Frédéric COUDERC. Ce nom vous dit peut-être quelque chose. J'ai lu de lui "Yonah ou le chant de la mer" aux éditions Héloïse d'Ormesson. Il évoquait alors le conflit israelo-palestinien et s'inspirait d'une histoire vraie, celle d'Abie NATHAN impliqué dans Voice of peace. Il concourait au devoir de mémoire. Frédéric COUDERC est dans la même démarche, là, à ceci près que le personnage historique qu'il va approcher est loin d'être recommandable.

Il y a donc un personnage. A l'organisation de l'extermination massive des Juifs, tziganes et autres personnes que les nazis estimaient être des dégénérés, il y avait des hommes. Si beaucoup se sont expatriés, notamment en Amérique du Sud, d'autres ont pris la direction de l'Afrique. De tous, certains ont été retrouvés et présentés à la justice pour être jugés, d'autres comme Horst SCHUMANN réussiront toujours à passer à travers les mailles du filet. Alors, à défaut d'un jugement rendu par les organisations internationales, c'est Frédéric COUDERC qui va s'y consacrer et croyez-moi, Horst SCHUMANN, vous ne l'oublierez jamais.

Et puis, il y a ces différentes pages de la grande Histoire que je ne connaissais pas encore. L'écrivain réussit à travers l'itinéraire de Viktor à nous emmener sur les côtés danoises, et puis à Sonnenstein, là où le régime nazi faisait ses armes.

Le témoignage de Génia OBOEUF-GOLDGICHT, survivante du camp de Birkenau, est bouleversant.


J’ai essayé pendant des années, mais non, je ne trouve pas le vocabulaire. Je comprends très bien le suicide de Primo Levi. Il a dû se poser cette question que je me pose encore ; comment ça a été possible, comment expliquer des trains entiers avec des populations entières, dont il ne reste plus de traces, avec cette rapidité, cette industrialisation, cette organisation ? P. 292

Il y a encore l'histoire de la famille Breitner, des personnages de fiction, une famille attachante aux destins meurtris par la seconde guerre mondiale. Comme j'ai aimé accompagner Viktor sur les traces de sa soeur, Vera, morte à l'âge de 12 ans, une enfant qui aimait passionnément la musique, le piano.

Le tout est porté par une plume qui lie allègrement la fiction et la réalité. Elle se joue des codes et navigue entre les registres, le romanesque, l'enquête, le récit historique, le témoignage. Frédéric COUDERC confirme son talent dans le genre. Chapeau !

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2023-01-03T07:00:00+01:00

Quand tu écouteras cette chanson de Lola LAFON

Publié par Tlivres
Quand tu écouteras cette chanson de Lola LAFON

Éditions Stock

Une lecture coup de poing pour démarrer l'année, une référence du Book club pour démarrer 2023 avec un texte fort.

Vous connaissez peut-être la Collection "Ma nuit au musée", une série de livres qui lient admirablement l'art et l'Histoire dans le murmure du temps. Vous vous souvenez peut-être de ma première découverte de "Comme un ciel en nous" de Jakuta ALIKAVAZOVIC

J'ai rechuté avec "Quand tu écouteras cette chanson" de Lola LOFAN, un texte EXTRAordinaire.

D'abord, Lola LAFON a choisi un lieu sur lequel la Shoah a marqué son empreinte comme le tatouage sur le bras gauche des hommes et des femmes, juifs, dans les camps de concentration. L'Annexe du Musée est le lieu où la famille Frank a vécu clandestinement pendant 25 mois, 40 mètres carré pour 760 jours de survie, à l'abri des regards et des oreilles du peuple hollandais, lui, qui, en 1940, capitule et s'astreint à appliquer les mesures anti-juives. Otto et son épouse Edith, Margot et Anne leur deux filles, hébergeront quatre autres des leurs jusqu'au 4 août 1944, ce jour où la Gestapo accède au troisième étage de l'immeuble de bureaux d'Opekta.

Et puis, le temps d'une nuit, Lola LAFON, l'écrivaine de talent, va cohabiter avec une absente, celle qui a fait de l'écriture son alliée pour s'évader de ces 40 mètres carrés, celle dont le texte a depuis été spolié à des fins commerciales et politiques. Abject ! A travers ce récit, Lola LAFON s'attache à restituer l'authenticité de la prose de la jeune adolescente pour en assurer la postérité.


Transformer le Journal en un texte sentimental ! P. 114

Lola LAFON excelle dans les liens tissés entre les destins brisés des deux jeunes femmes, le sien et celui d'Anne FRANK, toutes deux intimement liées par leur judéité. L'histoire de leurs familles suit malheureusement les mêmes dramatiques itinéraires à l'exception près que les ancêtres de Lola LAFON ont survécu aux exterminations, assurant ainsi une descendance, hantée aujourd'hui par les fantômes des disparus, croulant sous le fardeau de ce passé. 


L’exil - perdre racine - est un mal dont les symptômes me sont familiers. […] Je sais les désordres de ceux qui ont du se défaire de leur prénom, de leur langue, de leur pays, de leur maison, de leurs parents, de leurs désirs. P. 156

L'écrivaine explore au scalpel le sujet de l'identité et philosophe autour du rôle et du pouvoir de l'écriture.


Écrire n’est pas tout à fait un choix : c’est un aveu d’impuissance. On écrit parce qu’on ne sait par quel biais attraper le réel. P. 89

J'ai été touchée en plein coeur par ce texte qui navigue entre les registres de la littérature, l'histoire romancée d'une page de la vie d'une adolescente devenue célèbre malgré elle, le récit de vie personnelle de l'écrivaine, la médiation culturelle d'un des lieux les plus visités des Pays-Bas.

La plume est profondément émouvante. Elle vous serre le coeur du mal qui ronge les générations, de l'ignominie humaine qui fait front. Quant à dire plus jamais ça, la chute est foudroyante.

S'il n'était qu'un brin d'espoir, retenons que l’appartement des Frank de Merwedeplein soit devenu un lieu de résidence d'écrivains persécutés, un lieu de création, un lieu de vie, quoi !

"Quand tu écouteras cette chanson" est lauréat du Prix Décembre 2022 et du Prix Les Inrockuptibles.

Retrouvez toutes les références du Book club :

"Ultramarins" de Mariette NAVARRO 
 
"Consolation" de Anne-Dauphine JULLIAND
 
 
"Malgré tout" de Jordi LAFEBRE
 
"Sidérations" de Richard POWERS
 
"Hamnet" et "I am I am I am" de Maggie O'FARRELL
 
 "Les enfants sont rois" de Delphine DE VIGAN
 
"Au-delà de la mer" de David LYNCH

"Le messager" de Andrée CHEDID 

"L’ami" de Tiffany TAVERNIER

"Il n’est pire aveugle" de John BOYNE,

"Les mouches bleues"» de Jean-Michel RIOU,

"Il fallait que je vous le dise" de Aude MERMILLIOD, une BD,

"Le roi disait que j'étais diable" et "La révolte" de Clara DUPONT-MONOD, 

"Un jour ce sera vide" de Hugo LINDENBERG

"Viendra le temps du feu" de Wendy DELORME,

"Il n'est pire aveugle" de John BOYNE...

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2022-09-06T06:00:00+02:00

La nuit des pères de Gaëlle JOSSE

Publié par Tlivres
La nuit des pères de Gaëlle JOSSE
La rentrée littéraire a sonné, l'heure d'un nouveau rendez-vous avec Gaëlle JOSSE : « La nuit des pères » chez Notabilia éditions, un texte d'une violence inouïe, pas celle des poings, non, celle des mots. 
 
Isabelle est sur le point d’arriver dans la région de Chambéry à la maison familiale, celle de son enfance. Ça fait longtemps qu’elle n’y est plus revenue. Mais là, elle n’avait pas vraiment le choix. Son frère, Olivier, le lui a demandé. Leur père de 80 ans, veuf, montre les premiers symptômes de la « maladie de l’oubli ». Il a besoin d’elle. Ce n’est pourtant pas de gaieté de coeur. Ce père, il ne l’a jamais aimée, c’est ce qu’elle se dit, il l’a fait souffrir, terriblement, et puis il y avait ce cri… nocturne ! Mais ce séjour bref, quelques jours, pourrait bien lui réserver quelques surprises…
 
Après « Ce matin-là » qui sort tout juste en version poche, « Une longue impatience » aussi, Gaëlle JOSSE nous propose un nouveau roman de l’intime, une histoire familiale marquée par des relations père/fille compliquées. Avec la fin de vie qui  s'annonce, la sensibilité est exacerbée, les sentiments douloureux et les émotions décuplées.


Te voilà à l’orée de l’oubli, de tous les oublis, te voilà au seuil de la pénombre, je suis ta fille absente, ta fille invisible et pourtant je tremble à l’idée qu’un jour tu ne connaîtras plus ni mon nom ni mon visage. Aurais-je traversé toute ta vie comme une ombre ? P. 35

C’est la voix d’Isabelle qui résonne dans les premières pages avec ce semblant de conversation qu’elle tiendrait avec son père. Ses interpellations sont déchirantes, le tutoiement, un uppercut, une manière de réduire les distances entre deux êtres que tout a toujours éloigné. L’écho n’en est que plus fort. Il m'a laissée un temps abasourdie. 
 
Isabelle ne va pas rester seule avec ses fantômes. Dans ce roman choral, d’autres personnages, tous de fiction, vont prendre place et donner de la voix.
 
Gaëlle JOSSE a ce talent d'imaginer des psychologies ciselées d'êtres qui au fil du temps, des épreuves de la vie, se sont construits, avec leurs forces et leurs faiblesses. A l'heure du bilan, le passé est terrifiant et le fardeau lourd à porter. 
 
Si Isabelle connaît son père à travers ses propres souvenirs d’enfance et d’adolescence, son existence à lui ne saurait en être réduite. Comme j'ai aimé découvrir cette période de l'existence qui l'a marqué, lui, à vie, une période au cours de laquelle la grande Histoire est venue perturber un itinéraire qu'il croyait tout tracé. Là, mon coeur a fait boum.
 
Avec Gaëlle JOSSE, si le fond est rempli de surprises, la forme est elle aussi profondément étonnante. Si j’avais pensé me retrouver en pleine tragédie grecque construire en cinq parties, c’était sans compter sur la capacité de l’écrivaine à faire un pas de côté, une originalité permise grâce à une grande maîtrise de l’exercice narratif. Chapeau Madame !
 
Les pages se tournent, les confidences se font, les secrets de famille se dévoilent comme autant d’effets de rupture qui donnent à l'écriture une puissance et un rythme foudroyant.
 
Comme tous les romans de Gaëlle JOSSE, celui-là est court, mais quel choc. Les mots sont savamment choisis, les phrases claquent !
 
Au moment de refermer le livre, j'ai pris conscience de mon apnée. J’avais tout simplement oublié de respirer ! Ce roman, c'est une lecture coup de poing, un texte inoubliable.
 
Je suis une fidèle de la plume de l'écrivaine, retrouvez :
 
 
De la rentrée littéraire de septembre 2022, laissez-vous séduire aussi par le dernier roman de Gilles MARCHAND
 

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2022-08-10T19:36:34+02:00

Le parfum des cendres de Marie MANGEZ

Publié par Tlivres
Le parfum des cendres de Marie MANGEZ

Parce que je ne lis plus les quatrièmes de couverture des livres depuis belle lurette, dans le cadre de l'édition estivale #jamaissansmon68, je vous propose de découvrir les premières lignes d'un roman de la #selection2022 des 68 Premières fois : "Le parfum des cendres" de Marie MANGEZ aux Éditions Finitude, une immersion dans les profondeurs de l’âmeune lecture coup de poing.

 

Tout commence avec une scène aussi éblouissante que saisissante. Bernadette est sur son lit de mort. Sylvain, 37 ans, thanatopracteur depuis 9 ans, lui apporte les derniers soins, sous les yeux d’Alice, anthropologue, observatrice, qui prépare une thèse sur le sujet. La Grande Faucheuse est passée par là. Sylvain réalise les dernières volontés des défunts. Il donne la touche finale, éminemment gracieuse, à des corps apaisés sur qui le rideau du théâtre est tombé. Mais lui, Sylvain, comment en est-il arrivé là… un choix ou une pure foudroyante tragédie ?

Il y a des métiers plus que d’autres qui suscitent la curiosité, à moins que ça ne soit de la répugnance. La pratique de la thanatopraxie nécessite une expertise technique, la profession d’embaumeur depuis la nuit des temps requiert de la précision, de la minutie, dans les soins apportés aux défunts, de ceux qui redonnent au corps un semblant de vie. Avouons que dans le genre, Sylvain, personnage de fiction, va assumer son rôle à la  perfection.

Dès les premières lignes, avec les soins apportés au corps de Bernadette, j’ai été happée par le caractère solennel de la cérémonie à laquelle Sylvain se prête, comme un rituel ponctué par l’évocation d’arômes subtiles. 

Et pour prendre un peu de recul, qui mieux qu'Alice avec son énergie et sa fantaisie ? Le contraste des personnalités est croustillant à l'envi.  

Ce roman est éminemment sensoriel, du tactile, en passant par le visuel et l’olfactif, jusqu’au gustatif, comme autant d’opportunités de vibrer. Je ne suis pas prête d’oublier l’uppercut. La plume est glaçante comme les macchabés, éminemment poétique comme peut l’être un dernier souffle de vie, profondément lumineuse aussi.

Si vous aussi prônez un été #jamaissansmon68, vous pouvez aussi opter pour...

 

"Faire corps" de Charlotte PONS

"Aux amours" de Loïc DEMEY,

 "Les nuits bleues" de Anne-Fleur MURTON,

"Furies" de Julie RIOCCO,

"Les maisons vides" de Laurine THIZY, découvrez les premières lignes

"Ubasute" d’Isabel GUTIERREZ,

"Les envolés" d'Etienne KERN,

"Les enfants véritables" de Thibault BERARD, un coup de , découvrez les premières lignes

"Une nuit après nous" de Delphine ARBO PARIENTE

"Blizzard" de Marie VINGTRAS,

"Saint Jacques" de Bénédicte BELPOIS,

 "Les confluents" de Anne-Lise AVRIL,

"Le parfum des cendres" de Marie MANGEZ,

"Jour bleu" de Aurélia RINGARD

"Debout dans l'eau" de Zoé DERLEYN,

"La fille que ma mère imaginait" de Isabelle BOISSARD...

#68premieresfois #68premieresfoisetplussiaffinité #68premieresfois2022 #litteraturefrancaise #premiersromans #68unjour68toujours
#bookstagram #jamaissansmon68 #selection2022 #premierroman #7anscasefete #onnarretepasles68 #un68sinonrien #touchepasamon68 #jepensedoncje68 #leparfumdescendres #mariemangez

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2022-07-27T06:49:19+02:00

Les Maisons vides de Laurine THIZY

Publié par Tlivres
Les Maisons vides de Laurine THIZY

Parce que je ne lis plus les quatrièmes de couverture des livres depuis belle lurette, dans le cadre de l'édition estivale #jamaissansmon68, je vous propose de revenir sur un roman de la #selection2022 des 68 Premières fois : "Les maisons vides" de Laurine THIZY aux Éditions de L’Olivier, lauréat du Prix du roman Marie-Claire et du Prix Régine DEFORGES du premier roman. 

Le rapport au corps est le fil rouge de ce premier roman orchestré d’une main de maître. Depuis ses premiers jours, Gabrielle a dû apprendre à dompter ce corps, inachevé du prématuré, mal formé par l’infirmité, maîtrisé par la pratique sportive qui ne manque pas de reprendre ses droits dès le premier effort abandonné. C’est le jeu d’équilibre d’une vie qui, chez Gabrielle, prend une dimension toute particulière.

Laurine THIZY aborde les sujets de la maladie, la mort et la religion, pour ne citer que ceux-là.

Quelle plume, la main de fer dans un gant de velours,

Quelle construction narrative, une alternance de chapitres méticuleusement rythmés,

Quel premier roman, une lecture coup de poing, tout simplement.

J'en suis sortie K.O., bravo !

Si vous aussi prônez un été #jamaissansmon68, vous pouvez aussi opter pour...

"Les enfants véritables" de Thibault BERARD

"Aux amours" de Loïc DEMEY,

 "Les nuits bleues" de Anne-Fleur MURTON,

"Furies" de Julie RIOCCO,

 

"Ubasute" d’Isabel GUTIERREZ,

"Les envolés" d'Etienne KERN,

"Blizzard" de Marie VINGTRAS,

"Saint Jacques" de Bénédicte BELPOIS,

 "Les confluents" de Anne-Lise AVRIL,

"Le parfum des cendres" de Marie MANGEZ,

"Jour bleu" de Aurélia RINGARD

"Debout dans l'eau" de Zoé DERLEYN,

"La fille que ma mère imaginait" de Isabelle BOISSARD...

#68premieresfois #68premieresfoisetplussiaffinité #68premieresfois2022 #litteraturefrancaise #premiersromans #68unjour68toujours
#bookstagram #selection2022 #premierroman #7anscasefete #onnarretepasles68 #un68sinonrien #touchepasamon68 #jepensedoncje68  #lesmaisonsvides #laurinethizy

 

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2022-05-31T06:02:56+02:00

Et mes jours seront comme tes nuits de Maëlle GUILLAUD

Publié par Tlivres
Et mes jours seront comme tes nuits de Maëlle GUILLAUD

Editions Héloïse d’ORMESSON

Lecture coup de poing de cette rentrée littéraire de janvier 2022, le tout dernier roman de Maëlle GUILLAUD aux éditions Héloïse d’Ormesson, « Et mes jours seront comme tes nuits ».
 
Hannah est une jeune femme, musicienne, elle joue de la flûte traversière depuis l’âge de 6 ans. Elle avait pris l’engagement auprès de ses parents, si elle commençait, de poursuivre jusqu’à ses 20 ans. Leur mort dans un crash aérien n’y fera rien. Hannah a fait de sa passion son activité professionnelle. Sa vie quotidienne est toutefois désormais rythmée par l’activité du jeudi, rendre visite à Juan, l’homme qu’elle aime, incarcéré. En 3 ans, elle n’a jamais failli un seul jeudi. Le manque a beau la tenailler, la douleur l'écraser, elle ne peut s’y résigner. Entre les souvenirs déchirants du passé et la souffrance du présent, Hannah résiste. Mais si tout ça n’était qu’illusion ?
 
Ce roman est un véritable page-turner, impossible de le lâcher une fois les premières lignes découvertes. Le décor est rapidement planté. Je me suis immédiatement retrouvée aux côtés d’Hannah dans ce RER qui la mène en périphérie, hors champs, là où les familles des détenus se côtoient. Si Hannah ne s’y reconnaît pas, elle en fait, malgré elle, partie. J’ai été frappée par ce qu’elle incarne de la réussite sociale qui, là, ne lui est d’aucune utilité. Au gré de toutes ces années, de ces allées et venues hebdomadaires, de ces immersions dans l'univers carcéral, elle va apprendre les codes, apprendre à se comporter, faire de cette journée du jeudi une parenthèse, dépouillée, mise à nu.
 
De Maëlle GUILLAUD, vous vous souvenez peut-être de « Lucie ou La vocation », son premier roman découvert avec les 68 Premières fois. Il y était déjà question d’enfermement...
 
Et puis, ce qui m’a bouleversée dans ce roman, c’est le rapport au corps. Celui d’Hannah est torturé.


Dans les moindres plis de sa peau, la douleur s’est incrustée, comme des sédiments de crasse. […] Le malheur plante ses crocs dans sa chair. P. 64

Les mots sont ciselés, les phrases coupantes, la langue tranchante. Tout y est douleur, blessure, déchirure.
 
Hannah cumule les tragédies depuis sa tendre enfance. Marquée par la vie qui la prive de tous ses êtres chers, la jeune femme endure les épreuves du deuil.
 
Quand son corps s’apaise, son esprit, empreint de tous ces chagrins, prend le relais pour la tourmenter. Alors, pour continuer à se tenir debout, RESISTER, elle convoque les souvenirs…


Les souvenirs, c’est comme les rêves, on peut s’y lover et le reste n’existe plus. P. 68

Hannah puise aussi dans l’Art la force d'avancer.
 
Comme dans un jeu d'équilibre, l'écrivaine va décrire la musique avec grâce et raffinement. Maëlle GUILLAUD use d’un vocabulaire envoûtant pour nous offrir des respirations bienfaisantes. Il y a des passages sublimes et merveilleux, transcendants.


Les yeux rivés sur sa partition, elle pense à Samuel, à sa gestuelle qui fait ressortir les ombres et la lumière de l’œuvre. Par le magnifique rayonnement de sa conviction, il distille en elle les émotions qu’il attend, il ordonne le chaos de sa vie intérieure. P. 71

Juan aussi aimait l’art, lui peignait, une autre discipline, une autre manière aussi de l'exploiter !
 
Ce roman m’a profondément touchée, je suis sortie KO de cette lecture, sous le choc de la beauté de la plume, de la parfaite maîtrise de l'intrigue, coup de maître, chapeau !
 
Le personnage d’Hannah est absolument fascinant, ce livre un formidable cri d'amour. Quant à la chute, juste prodigieuse. Quel talent !

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2022-05-07T12:20:45+02:00

Le parfum des cendres de Marie MANGEZ

Publié par Tlivres
Le parfum des cendres de Marie MANGEZ

Éditions Finitude

Le bal des 68 Premières fois se poursuit.

Après :

 "Les nuits bleues" de Anne-Fleur MURTON

"Les maisons vides" de Laurine THIZY,

"Furies" de Julie RIOCCO,

"Ubasute" d’Isabel GUTIERREZ,

"Les envolés" d'Etienne KERN,

"Blizzard" de Marie VINGTRAS,

"Saint Jacques" de Bénédicte BELPOIS

 "Les confluents" de Anne-Lise AVRIL

place au premier roman de Marie MANGEZ « Le parfum des cendres », une immersion dans les profondeurs de l’âme.

Tout commence avec une scène aussi éblouissante que saisissante. Bernadette est sur son lit de mort. Sylvain, 37 ans, thanatopracteur depuis 9 ans, lui apporte les derniers soins, sous les yeux d’Alice, anthropologue, observatrice, qui prépare une thèse sur le sujet. La Grande Faucheuse est passée par là. Sylvain réalise les dernières volontés des défunts. Il donne la touche finale, éminemment gracieuse, à des corps apaisés sur qui le rideau du théâtre est tombé. Mais lui, Sylvain, comment en est-il arrivé là… un choix ou une pure foudroyante tragédie ?

 

Il y a des métiers plus que d’autres qui suscitent la curiosité, à moins que ça ne soit de la répugnance. La pratique de la thanatopraxie nécessite une expertise technique, la profession d’embaumeur depuis la nuit des temps requiert de la précision, de la minutie, dans les soins apportés aux défunts, de ceux qui redonnent au corps un semblant de vie. 
 

Ce premier roman de Marie MANGEZ, « Le parfum des cendres », c’est une lecture coup de poing.

 

Dès les premières lignes, avec les soins apportés au corps de Bernadette, j’ai été happée par le caractère solennel de la cérémonie à laquelle Sylvain se prête, comme un rituel ponctué par l’évocation d’arômes subtiles. Là :


Groseille, oui. C’était bien ça. Cette fragrance piquante et fruitée. Une ville écarlate qui éclate en jus acide, très acide sous ses dehors pimpants, pas du genre à enrober le palais de douceur sucrée, la groseille, plutôt du genre à le picoter délicatement - avec, de temps à autre, l’éclair d’amertume des minuscules grains qui cèdent sous la dent… P. 8

Il y a dans la scène le paradoxe de la mort, froide, blafarde, le corps sans vie, et les tableaux brossés de couleurs vives nourris par une vive gourmandise suscitant l’évocation des sens, tout ce qui fait le sel de la vie comme le disait si bien Françoise HÉRITIER.

 

Comme elle, Alice est anthropologue. Elle explore ce champ d’activités avec curiosité. 

 

Comme j’ai aimé le contraste des personnalités. Alice est aussi pétulante et dynamique que Sylvain est calme et abattu.

 

Et puis, derrière les corps dans vie, il y a des familles meurtries, le deuil, la douleur qui ne réduit pas le temps, les tripes qui vrillent, le cœur qui s’emballe, l’air qui manque jusqu’à l’asphyxie. J’ai tressailli avec Sylvain, suis sortie KO de ses combats.

 

Et puis, les parenthèses offertes par la musique, une playlist de folie, aussi éclectique que les corps à embaumer sont divers et variés. Comme j’ai aimé saisir l’opportunité de morceaux proposés par Alice comme autant d’opportunités de se ressourcer, se ressaisir pour se reconstruire, au bout du tunnel peut-être la voie de la résilience…

 

Ce roman est éminemment sensoriel, du tactile, en passant par le visuel et l’olfactif, jusqu’au gustatif, comme autant d’opportunités de vibrer. Je ne suis pas prête d’oublier l’uppercut. La plume est glaçante comme les macchabés, éminemment poétique comme peut l’être un dernier souffle de vie, profondément lumineuse aussi.

 

Impossible de ne pas terminer en musique 🎶 je vous propose «  Gone with the wind » 

http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/05/gone-with-the-wind-de-axel-rudi-pell.html

http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/05/gone-with-the-wind-de-axel-rudi-pell.html

#68premieresfois #68premieresfoisetplussiaffinité #68premieresfois2022 #litteraturefrancaise #premiersromans #68unjour68toujours
#bookstagram #jamaissansmon68 #selection2022 #premierroman #7anscasefete #onnarretepasles68 #un68sinonrien #touchepasamon68 #jepensedoncje68 #leparfumdescendres #mariemangez

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2022-04-08T06:00:00+02:00

La décision de Karine TUIL

Publié par Tlivres
La décision de Karine TUIL

Karine TUIL nous revient dans cette rentrée littéraire de janvier 2022 avec "La décision", un roman vertigineux publié aux éditions GALLIMARD.

Je me souvenais de l'uppercut de "L'insouciance", ce gros pavé découvert avec l'équipe de PriceMinister Rakuten dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire. Je m'en souviens comme à la première heure, c'est dire si l'histoire comme la plume m'avaient scotchée.

Et puis, il y a eu les Entretiens Littéraires organisés à la Collégiale Saint-Martin d'Angers par le Département de Maine-et-Loire, et cette rencontre dédicace avec l'autrice, un moment inoubliable avec une femme d'une profonde humilité.

J'ai rechuté. Bien m'en a pris. Ce roman, c'est un tour de force, un thriller psychologique de haute volée.

Alma Revel, la narratrice, a 47 ans. Alma est née dans une famille aux origines communistes. Son père s'est notamment investi dans la guérilla vénézuélienne en 1968. Il a été incarcéré pendant 11 ans avant de mourir. Sa mère est partie pour le sud, elle s'est remariée et vit dans les montagnes du Valgaudemar. Alma est mariée avec Ezra Halevi, écrivain juif pratiquant, depuis 25 ans. Ils sont en procédure de divorce. Elle est mère de trois enfants, Milena, Marie et Elie (des jumeaux). Dans la vie professionnelle, elle est juge anti terroriste au Palais de Justice de Paris. Elle encadre 11 magistrats et coordonne l'action des policiers. Comme une philosophie, dans son bureau est affichée une phrase de Marie CURIE : « Dans la vie, rien n’est à craindre, tout est à comprendre. » C'est ce qu'Alma s'attache à faire notamment quand elle reçoit dans son bureau des personnes emprisonnées de retour de Syrie dont elle va devoir décider, soit du maintien en prison, soit d'une libération sous contrôle judiciaire. Dans sa vie personnelle comme sa vie professionnelle, elle est à la croisée des chemins, pour le meilleur comme pour le pire !

Commence alors un roman haletant raconté à la première personne du singulier, ce qui renforce intensément le lien établi, par la voie de la lecture, avec cette femme en prise aux doutes.

Alma, je l'ai accompagnée dans sa vie quotidienne à un rythme effréné, largement inspiré d'histoires vraies. Elle est joignable sur son téléphone portable 24h sur 24h, 7j sur 7. Elle ne se déconnecte jamais des réalités professionnelles à la portée nationale, voire pire encore. Tout ce qu'elle décide, comme le sort d'Abdeljalil Kacem, peut être lourd de conséquences. Au-delà de la justice, ses décisions sont à coloration idéologique, elles révèlent une adhésion à certaines valeurs.


Juger est aussi un acte politique. P. 25

Le procédé narratif est ingénieux. Karine TUIL alterne les chapitres avec les interrogatoires du jeune homme. Peut-il gagner sa confiance ? A-t-il le droit à une deuxième chance ? J'ai vécu les séances de confrontation la peur au ventre. 


Souvent, j’ai eu peur ; mais au bout d’un certain temps, la peur, on finit par la dominer. P. 23

Ce roman, c’est une prise de conscience du poids qui pèse sur les épaules d’individus en prise directe avec la menace djihadiste en France et qui veillent incessamment sur notre sécurité.

Alma a accédé à un poste des plus hautes responsabilités, c’est une femme aussi, tiraillée entre sa vie personnelle et sa vie professionnelle. Entre les deux s’exercent des jeux de pouvoir. Alma le sait, les relations qu'elle entretient avec un avocat pénaliste très médiatisé risquent de la fragiliser. Quand lui joue la carte de la défense...


Plaider c’est convaincre et, pour convaincre il faut être éloquent, c’est-à-dire plaire et émouvoir. P. 94

elle se surexpose. Karine TUIL l'avait évoqué lors de sa venue à Angers, elle aime particulièrement explorer les moments de fracture, de perte de contrôle. Alma, c'est un personnage de fiction que la passion amoureuse rend vulnérable. Il y a la femme publique, il y a la femme de l'intimité, deux faces d'un être pluriel que l’on ne saurait juger, encore moins condamner.

Et puis, il y a le rapport à la religion. J'ai beaucoup aimé le fil savamment tissé autour de la judéité, la transmission entre les générations par la voie des mères, le sursaut de la foi à des moments que nul ne peut anticiper, les ressentiments avec les musulmans...

Karine TUIL nous livre un roman poignant, tout en tension. La plume est nerveuse, le suspens à son comble, l'intrigue parfaitement maîtrisée jusqu'à cette chute... effroyable. Elle nous fait une nouvelle fois la  démonstration de son immense talent d'écrivaine. Chapeau !

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2022-03-31T17:30:00+02:00

Furies de Julie RUOCCO

Publié par Tlivres
Furies de Julie RUOCCO

Nouvelle lecture coup de poing, un premier roman époustouflant de la #selection2022 des fées des 68 Premières fois, "Furies" de Julie RUOCCO chez Actes Sud.

Bérénice est archéologue de formation. Elle part en mission. Elle a pris l’habitude de faire l’aller-retour. Elle recèle des antiquités. Mais arrivée à Kilis, une ville turque à la frontière avec la Syrie, au moment où elle doit choisir les bijoux qu’elle rapportera en France, une voiture explose. C’est un attentat suicide. Sonnée, elle s’enfuie avec le sac ensanglanté. Elle trouve refuge chez sa logeuse. Lors d’une sortie, près du grillage de la frontière, une mère lui confie son enfant. Une petite fille. Bérénice dont la vie est en danger assume cette nouvelle responsabilité. Elle doit rentrer en France avec elle mais pour ça, un passeport est nécessaire. Elle s’adresse à un homme qui fait de faux papiers. Il fait revivre tous ceux de son village, assassinés, en transmettant leurs noms à ceux qui cherchent encore à sauver leur vie. Avec lui et l’enfant, Bérénice va laisser s’étirer le temps, à la vie, à la mort.

Ce roman, c’est une claque, un roman puissant qui parle de la guerre. Julie RUOCCO revisite les événements à travers des personnages de fiction.

Il y a cette femme, Bérénice, cette française, une occidentale, qui se retrouve étrangère, en terre inconnue, au Moyen-Orient, en Syrie, dans un pays en guerre.

Et puis, il y a Asim, un homme né en Syrie. Il y avait sa famille, connaissait ses voisins, il les a tous vus mourir... ou presque, et tente de faire revivre leurs âmes.

Il y a encore Taym, la sœur d’Asim, une « Furie » en référence aux Erinyes, les filles de Gaïa et Ouranos, qui, dans la mythologie grecque, poursuivaient les criminels. Taym alerte l’opinion internationale. Un temps dans la rue à manifester, maintenant recluse, elle résiste en publiant tout ce qu’elle découvre, un jour justice sera rendue.

Julie RUOCCO fait de la guerre un objet littéraire, une tragédie. Dans un récit rythmé par les explosions, elle a cette capacité à faire émerger de la torpeur et l’hébétude des instants de grâce, des moments aussi précieux que fulgurants comme autant de ponts dressés entre les hommes que plus rien ne retient...

Julie RUOCCO nous livre un roman percutant, c'est de la bombe.

Cette publication est l'occasion d'un petit clin d'oeil à Julien LECLERC qui a eu la chance de s'entretenir avec l'écrivaine dans le cadre de ses "Balades artistiques", un podcast à écouter... absolument !

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2022-03-26T07:00:00+01:00

Furies de Julie RUOCCO

Publié par Tlivres
Furies de Julie RUOCCO

Nouvelle lecture coup de poing, un premier roman époustouflant de la #selection2022 des fées des 68 Premières fois, "Furies" de Julie RUOCCO chez Actes Sud.

Bérénice est archéologue de formation. Elle part en mission. Elle a pris l’habitude de faire l’aller-retour. Elle recèle des antiquités. Mais arrivée à Kilis, une ville turque à la frontière avec la Syrie, au moment où elle doit choisir les bijoux qu’elle rapportera en France, une voiture explose. C’est un attentat suicide. Sonnée, elle s’enfuie avec le sac ensanglanté. Elle trouve refuge chez sa logeuse. Lors d’une sortie, près du grillage de la frontière, une mère lui confie son enfant. Une petite fille. Bérénice dont la vie est en danger assume cette nouvelle responsabilité. Elle doit rentrer en France avec elle mais pour ça, un passeport est nécessaire. Elle s’adresse à un homme qui fait de faux papiers. Il fait revivre tous ceux de son village, assassinés, en transmettant leurs noms à ceux qui cherchent encore à sauver leur vie. Avec lui et l’enfant, Bérénice va laisser s’étirer le temps, à la vie, à la mort.

Ce roman, c’est une claque, un roman puissant qui parle de la guerre. Alors que celle de l’Ukraine a envahi depuis un mois les médias, qu’elle détruit tout sur son passage, qu’elle pousse les femmes et les enfants hors des frontières, qu’elle garde en son sein des hommes condamnés à mourir… au nom de la démocratie, comment rester indifférent à la guerre en Syrie, une guerre civile engagée depuis 2011. Souvenez-vous, soufflait alors l’élan du Printemps arabe !

Julie RUOCCO revisite les événements à travers des personnages de fiction.

Il y a cette femme, Bérénice, cette étrangère qui se retrouve en terre inconnue, en guerre.

Et puis, il y a Asim, un homme né en Syrie. Il y avait sa famille, connaissait ses voisins, il les a tous vus mourir. Dans les ruines des bâtiments et la fosse commune, il continue à chercher ce qu’il y a encore de vivant. Mais autour de lui, tout n’est que décombre et désolation.


La chaîne des générations avait été brisée, sa mémoire s’évaporait par toutes les fenêtres, par tous les pores du pays. À ce rythme, il n’y aurait bientôt plus de vivants sur la terre, à peine des vestiges. P. 125

Il consacre ses journées à donner à chacun un semblant de dignité.

Il y a encore Taym, la sœur d’Asim, une « Furie » en référence aux Erinyes, les filles de Gaïa et Ouranos, qui, dans la mythologie grecque, poursuivaient les criminels. Taym alerte l’opinion internationale. Un temps dans la rue à manifester, maintenant recluse, elle résiste en publiant tout ce qu’elle découvre, un jour justice sera rendue.


Même devant le constat de la défaite imminente, sa détermination restait intacte, comme si son courage s’était mué en quelque chose d’autre, une forme de devoir, une nécessité impérieuse de tirer du sens de toute cette folie pour qu’elle ne se reproduise plus jamais. P. 52

Il en est d’autres, des « Furies », ces femmes qui résistent au joug des hommes, ces femmes guerrières peshmergas.

Julie RUOCCO fait de la guerre un objet littéraire, une tragédie. Dans un récit rythmé par les explosions, elle a cette capacité à faire émerger de la torpeur et l’hébétude des instants de grâce, des moments aussi précieux que fulgurants comme autant de ponts dressés entre les hommes que plus rien ne retient...


À son contact, Bérénice découvrait l’orgueil fou d’être une femme au bord du précipice, la surprise perpétuelle de se relever au-delà du silence et des entraves, même si c’était la dernière chose qu’elle faisait, surtout si c’était la dernière chose qu’elle faisait. P. 225

Julie RUOCCO nous livre un roman percutant, une bombe… à retardement.

 »Furies », c’est aussi l’occasion d’un petit clin d’œil au Book Club, merci Gwen de ce prêt 😉

Parce qu'il n'y a pas de livre sans musique au bal des 68, après 

"Jolene" de Dolly PARTON pour "Les nuits bleues" de Anne-Fleur MURTON

"Fear of the dark" d'Iron Maiden pour "Les maisons vides" de Laurine THIZY,

j'ai choisi un nouveau morceau de hard rock, je vous propose de rester dans le dur, le fort, le puissant avec "Civil War" des Guns N'Roses, le groupe de hard rock américain. Allez, maintenant, musique !

http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/03/civil-war-de-slash.html

http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/03/civil-war-de-slash.html

#68premieresfois #68premieresfoisetplussiaffinité #68premieresfois2022 #litteraturefrancaise #premiersromans #68unjour68toujours
#bookstagram #jamaissansmon68 #selection2022 #premierroman #7anscasefete #onnarretepasles68 #un68sinonrien #touchepasamon68 #jepensedoncje68  #furies #julieruocco

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2022-03-19T10:20:17+01:00

Les maisons vides de Laurine THIZY

Publié par Tlivres
Les maisons vides de Laurine THIZY

Le bal des 68 continue. Après l'air de country de "Jolene" de Dolly PARTON pour accompagner "Les nuits bleues" de Anne-Fleur MURTON, je vous proposerai tout à l'heure quelques notes pour bercer "Les maisons vides" de Laurine THIZY.

 
Le rapport au corps est le fil rouge de ce premier roman orchestré d’une main de maître. Depuis ses premiers jours, Gabrielle a dû apprendre à dompter ce corps, inachevé du prématuré, mal formé par l’infirmité, maîtrisé par la pratique sportive…


La finesse de sa musculature est redessinée par des courbes qui surgissent en quelques semaines. Tout se passe comme si ses formes adultes, comprimées depuis tant d’années par un travail incessant de domestication sportive, explosaient au grand jour. P. 129

qui ne manque pas de reprendre ses droits dès le premier effort abandonné. C’est le jeu d’équilibre d’une vie qui, chez Gabrielle, prend une dimension toute particulière.
 
Et puis, il y a ces parenthèses des clowns à l’hôpital, des moments aussi fugaces que bouleversants, aussi rapides que l’éclair, aussi puissants que le tonnerre. Au fil des saynètes, les artistes s’approprient chaque situation et proposent au malade de jouer, lui aussi, un rôle dans le spectacle, celui de la spontanéité, la sincérité, le fruit d’un lâcher prise dans sa plus profonde intimité.


Le jeune père ferme les siens. Les larmes qu’il n’a pas pleurées, l’harmonica en fait une cascade de son, qui tinte en gouttelettes langoureuses. P. 152

Il y a encore le rapport à la religion. Comme j’ai aimé le parcours initiatique de Gabrielle aux côtés de Maria, la vieille espagnole, celle qui a fuit la guerre civile de son pays, celle qui est arrivée en France en franchissant les montagnes des Pyrénées, celle qui est veuve mais d’une sagacité incroyable, et qui comprend mieux que personne la sensibilité de son arrière-petite-fille.


C’est son séisme intérieur, sa première explosion, la découverte intime d’une émotion qui n’existe pas ailleurs que dans l’amour. Une foi sauvage, indomptée par les mots, de met à battre contre son cœur. P. 174

Il y a enfin le rapport à la mort, celle-là même qui vous saute à la gorge dès les premières pages et qui ne va pas manquer de vous menacer tout au long du roman. Là aussi, un jeu d’équilibre que Laurine THIZY termine en apothéose.
 
Quelle plume, la main de fer dans un gant de velours, quelle construction narrative, une alternance de chapitres méticuleusement rythmés, quel premier roman, une lecture coup de poing, tout simplement. J'en suis sortie K.O., bravo !
 
Et maintenant, si on dansait.
 
J’aurais pu retenir les quelques notes d’harmonica proposées par Laurine THIZY mais le blues n’aurait pas été à la hauteur de la puissance du propos. Non, je crois que "Fear of the dark" d'Iron Maiden conviendra beaucoup mieux. Allez, maintenant, musique !
http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/03/fear-of-the-dark-d-iron-maiden.html

http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/03/fear-of-the-dark-d-iron-maiden.html

#68premieresfois #68premieresfoisetplussiaffinité #68premieresfois2022 #litteraturefrancaise #premiersromans #68unjour68toujours
#bookstagram #jamaissansmon68 #selection2022 #premierroman #7anscasefete #onnarretepasles68 #un68sinonrien #touchepasamon68 #jepensedoncje68  #lesmaisonsvides #laurinethizy

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2022-03-04T07:10:42+01:00

La fille de la grêle de Delphine SAUBABER

Publié par Tlivres
La fille de la grêle de Delphine SAUBABER

Vous savez comme j’aime lire des premiers romans, parfois guidée par les 68 Premières fois, parfois seule à sortir des sentiers battus, à tendre vers l’inconnu. C’est ainsi que j’ai découvert la plume de Delphine SAUBABER. Je me suis délectée de « La fille de la grêle » publié chez Lattès.

 

Marie a 80 ans. C’est décidé. Pour elle, il n’y aura pas une année de plus. Elle est une vieille femme et n’a d’autre espoir que de partir pour renaître. Avant de tout quitter, elle écrit à fille, Adèle, elle-même mère d’un petit Raphaël. Elle lui dévoile son enfance à la ferme des Glycines, élevée par des paysans dont le seul dessein de toute une vie reposait dans le labeur, acharnés qu’ils étaient à se confronter chaque jour aux aléas de Dame Nature. Et puis, il y a eu un frère, Jean, né deux ans après elle, un enfant différent, un enfant sourd, diagnostiqué tard. Avec elle qui perdait son temps à lire des livres et lui qui ne comprenait rien, Joseph et Madeleine n’étaient pas aidés ! 

 

Ce premier roman, c’est une lecture coup de poing, un livre qui résonne d’une puissante justesse avec la vie d’agriculteurs qui pourraient avoir 80 ans aujourd’hui.

 

Il y a ce rapport au travail, jour et nuit, ils ne font qu’un avec leur vie professionnelle. Leur maison même est nichée au cœur des bâtiments de la ferme, impossible de ne pas se lever le matin sans s’y consacrer. Cette vie-là a ses codes, ses références, son univers, ses exigences, dont les loisirs et les vacances sont exclus, à moins que ça ne soit les hommes !

 


Mes parents n’avaient pas le même rapport au désir - ce mot de toute façon imprononçable, ou alors à voix basse. P. 91/92

Ils se nourrissent des fruits de leur terre, d’un bouillon de légumes qu’ils égaient de quelques vermicelles ! Il y a ces flashs tellement vrais, tellement humains. Delphine SAUBABER honore le monde paysan, pauvre et précaire, dans une société où la rupture entre les CSP est fracassante. 


Avec quelle liberté, quelle légèreté les riches parlaient, vivaient, devisaient sur l’état du monde, se moquaient, étaient ce qu’ils étaient ! P. 91

Et puis, il y a le rapport au handicap, un enfant né dans un monde qui n’a pas de temps à lui consacrer, des gens qui sont éloignés et ignorent les services de santé, une mère désarmée quand un père laisse sa colère s’exprimer. Là, la force de la fratrie m’a bouleversée, l’immense amour qu’offre cette sœur à son frère est profondément émouvante.

 

Dans le registre des émotions, il y a aussi le parcours de Marie, devenue grande, devenue mère. Là, c’est une longue confession. Au fil des mots, elle délivre ce qu’elle avait caché, les secrets d’une vie, les sacrifices, les erreurs aussi, et demande à sa fille de lui pardonner.


Alors la seule chose que je demande est que l’on respecte, que tu respectes, mon dernier acte de liberté. Qui sera sans doute le seul de toute ma vie. P. 177

J’ai été touchée par ce qui pourrait être, un jour, légalisé en France, le suicide assisté pour les personnes âgées, celles dont la vie a été longue et qui redoutent l’année de trop qui leur fera perdre la raison. Ce premier roman aide à avancer dans ses réflexions personnelles sur le sujet. 

 

A méditer aussi pour notre rapport à la nature. Là, elle est décrite dans son éblouissante beauté, mais aussi ses grandes colères. Si nous avions cru, nous les hommes modernes, pouvoir un jour la maîtriser, il n’en est rien !

 

La plume de Delphine SAUBABER oscille entre la poésie d’une formidable lettre d’amour d’une mère à sa fille et la justesse d’un foudroyant manifeste.

 

Ce premier roman, ce ne sont que quelques 200 pages, et pourtant il m’en reste encore tant à dire !

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2022-01-07T18:00:00+01:00

La maison des solitudes de Constance RIVIÈRE

Publié par Tlivres
La maison des solitudes de Constance RIVIÈRE

Éditions Stock

 

Elisabeth, la narratrice, est la fille de Anne, comédienne, en rupture avec ses parents. Sa grand-mère maternelle est accueillie à l’hôpital dans un état critique, son mari est décédé 9 mois plus tôt. En plein confinement, Elisabeth réussit à rester en salle d’attente. En 1995, les grands-parents s’étaient installés dans une maison familiale. C’est là qu’Elisabeth a passé de nombreuses vacances. Des souvenirs, elle en a plein la tête, y compris ses tentatives d’en découdre avec des secrets trop bien gardés.

 

Constance RIVIÈRE. Vous vous souvenez peut-être de son premier roman « Une fille sans histoire », l’occasion d’un petit clin d’œil à l’équipe des 68 Premières fois.

 

L’écrivaine creuse le sillon de l’exploration des traumatismes psychologiques. Si je ne peux pas vous en dire beaucoup plus sans déflorer l’histoire, je peux toutefois évoquer le fait que Constance RIVIÈRE prenne, une nouvelle fois, appui sur un fait de société pour s’élancer. Hier les attentats du Bataclan, aujourd’hui le confinement lié au Covid avec les drames humains générés chez les proches dans l’incapacité de se porter au chevet des malades hospitalisés. C’est un peu comme si chacun avait besoin d’un événement, un uppercut, pour ouvrir les vannes et libérer la pression qui l’assaille.

 

Il y a les petits maux et les grands bouleversements. Si chacun réussit à avancer en surmontant ses fragilités...


Mon père appliquait de l’or sur ses plaies, il connaissait sans l’avoir appris l’art japonais du kintsugi, regardant ses brisures et ses cicatrices comme des imperfections sans lesquelles il ne saurait y avoir de grande beauté. P. 69

Il est d’autres épreuves quand il s’agit de cataclysme ! Mais si en réalité il s'agissait d'un mal pour un bien...

 

Ce roman pourrait être terne, il est au contraire profondément lumineux dans la possibilité qu’il offre à chacun de mettre sens dessus dessous les fondations de sa vie pour accéder à une certaine forme de sérénité :


Rendre les armes et m’incliner. Je ne connaîtrai pas la paix de l’oubli tant que je ne saurai pas ce que je dois oublier. P. 99

Constance RIVIÈRE entretient un rapport singulier au temps. Quand Augustin TRAPENARD fait l'éloge de "La lenteur" en citant Milan KUNDERA, là, chaque seconde compte !


Deux jours de pure attente angoisse panique. 48 heures, 2 880 minutes, 172 800 secondes. Vous sentez le poids de la seconde quand vous faites la planche ou que vous essayez de faire le poirier, cette seconde qui s’éternise […]. P. 14

Quand il est question de SURvie, il y a urgence à agir !

 

Cette lecture est profondément troublante. Constance RIVIÈRE réussit une nouvelle fois un tour de force dans une plume acérée où chaque mot est terriblement pesé. Lecture coup de poing de ce début d’année.

 

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2021-09-07T21:47:38+02:00

Enfant de salaud de Sorj CHALANDON

Publié par Tlivres
Enfant de salaud de Sorj CHALANDON

Éditions Grasset

Je referme « Enfant de salaud », le 10ème roman de Sorj CHALANDON, et suis sous le choc d’une telle prose, d’une telle mise en abîme de deux trajectoires.

Tout commence avec la visite de la Maison d’Izieu dans l’Ain, celle qui a accueilli une colonie d’enfants, celle qui les as vus raflés le 6 avril 1944 par la Gestapo. 44 enfants ont été déportés avec les adultes qui s’occupaient d’eux. Le narrateur, journaliste, ressent au plus profond de son corps les vibrations de cette maison. Il repart avec plus de mystères à élucider que de réponses aux questions qu’il se posait à son arrivée. Peut-être que le procès de Klaus BARBIE lèvera le voile sur son lot ignoble de la grande Histoire, à moins que ça ne soit les confrontations avec son propre père qui finissent par l’éclairer…

Sorj CHALANDON fait de son histoire familiale, une nouvelle fois, le sujet d’un roman. La littérature lui permet de jouer avec les temporalités et d’orchestrer la synchronisation de deux formes de procès. Il y a celui qui est grand public, en 1987, devant la Cour d’Assises de Lyon. Il y a celui qui se passe au sein d’un microcosme familial. Dans les deux cas, l’auteur est en quête de vérité, qu’il s’agisse de son cadre professionnel comme de l’intime.

Les premières pages sont absolument glaçantes. Elles permettent à l’auteur d’honorer la mémoire des déportés d’Izieu, de laisser une trace pour les générations à venir. Qu’on se le dise. Tous ont été transférés vers les camps de la mort parce qu’ils portaient une étoile jaune.

Mais très vite, le roman se focalise sur le père de l’auteur, un mythomane, un affabulateur, un usurpateur. Le journaliste professionnel mandaté pour couvrir le procès de Klaus BARBIE découvre un être porté par un dessein abject.


Être anonyme, ta vie entière s’est construite autour de cette menace. P. 144

J’ai été frappée tout au long de cette lecture, coup de poing, par l'omniprésence de la fuite.

La fuite du père qui s’est toujours sorti d’affaire, changeant de camp comme de chemise, portant indifféremment la Croix de Lorraine et la croix gammée. Il n’a ni honte, ni honneur, c’est le salaud tel que Sorj CHALANDON le définit :


Le salaud, c’est l’homme qui a jeté son fils dans la boue. Sans traces, sans repères, sans lumière, sans la moindre vérité.

L’auteur se dit trahi par son père. Depuis sa plus tendre enfance, depuis la révélation de son grand-père :


Ton père pendant la guerre, il était du mauvais côté. P. 32

il n’a eu d’objectif que de découvrir les activités de son père pendant la seconde guerre mondiale. 

La fuite, c’est aussi la voie empruntée par celui qui sera condamné à perpétuité. Klaus BARBIE a usé du droit français pour échapper lors de son procès au regard de ses victimes, aux témoignages des actes de tortures qu'il avait ordonnés.

La narration à la seconde personne du singulier est d'une force redoutable, les mots tranchants, les silences assourdissants, la fin magistrale.

Les jurés du Prix Goncourt ne s’y sont pas trompés. Il s’agit là d’un nouveau coup de maître de l’auteur, il figure dans la première sélection. Haut les cœurs pour ce grand homme de la littérature !

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2021-09-03T06:00:00+02:00

Maikan de Michel JEAN

Publié par Tlivres
Maikan de Michel JEAN

Éditions Dépaysage

Nouvelle lecture largement recommandée par la team de « Varions Les Éditions en Live » (Vleel). Vous vous souvenez peut-être de

"Tu parles comme la nuit" de Vaitiere ROJAS MANRIQUE aux éditions Rivages

ou bien "Un jour ce sera vide" de Hugo LINDENBERG aux éditions Christian BOURGOIS,

ou encore "Viendra le temps du feu" de Wendy DELORME aux Editions Cambourakis

et bien, une nouvelle fois, je me suis laissée porter par ses références, et j'ai sacrément bien fait.

"Maikan" de Michel JEAN est une lecture coup de poing, un CRI !

Audrey Duval, Avocate, se voue chaque année à une cause solidaire. Loin des milieux huppés qu’elle fréquente habituellement, elle se retrouve en quête d’une vieille femme, Marie Nepton, dont elle souhaite percer le jour. Elle a disparu de tous les radars alors que le gouvernement lui doit une indemnité pour se faire « pardonner » de ce que le régime, de concert avec le clergé, a causé à son peuple, les Innus de Mashteuiatsh, des Amérindiens. Nous sommes en 1936 quand les politiques décident d’assimiler des « sauvages », les éduquer, mais là commence une autre histoire.

Alors que le Canada est aujourd’hui largement plébiscité pour les modalités de participation de ses citoyens,  j’étais loin d’imaginer qu’il était, dans une histoire récente, l’auteur d’un génocide culturel. La révélation qu’en fait Michel JEAN dans "Maikan" m’a touchée en plein coeur, c'est un CRI qu'il hurle lui-même, il dédie effectivement son roman à "plusieurs membres de sa famille qui ont fréquenté le pensionnat de Fort George".

J’ai été subjuguée, je dois bien le dire, par la beauté des premières pages, des descriptions tout à fait fascinantes de la nature, mais aussi des us et coutumes des Innus, peuple nomade, qui, au fil des saisons, migrait pour chasser et ainsi se nourrir, se vêtir… J'ai été fascinée par la transmission de savoirs entre générations. Chez lui, nul besoin de mettre des mots sur les gestes... 


Pour la première fois, Charles allait diriger sa propre embarcation, sans sa mère pour le guider. Mais il savait déjà comment le manier, même dans les eaux tumultueuses de la crue printanière. Il n’avait qu’à imiter les gestes qu’il l’avait vue répéter au fil du temps. Des gestes qui, sans qu’il s’en rende compte, faisait partie de lui désormais. P. 92

Mon CRI d'indignation a été d'autant plus grand quand j'ai vu les enfants des Innus arrachés à leurs familles, sous peine de représailles, pour les civiliser. Ils avaient entre 6 et 16 ans. Mais de quel droit ? Et quand j'ai découvert à quel point ils étaient humiliés, maltraités, violés... par les religieux, de l'indignation, je suis passée à la colère. S'il ne suffisait pas de leur faire oublier tout ce qui constituait leurs origines culturelles, il fallait encore qu'ils les violentent à outrance. Qui étaient les sauvages ?


Même une longue vie comme la sienne ne suffit pas à apaiser la colère qui brûle le cœur de l’Innue quand elle évoque le jour du départ pour Fort George. P. 175

Des pensionnats comme Fort George, il y en a eu 139 au Canada, 4 000 enfants y sont morts. Avec ce roman, "Maikan" qui veut dire les loups, Michel JEAN assure la mémoire des Amérindiens sacrifiés au titre d'une politique ignoble. Il donne de l'écho aux procédures juridiques toujours en cours contre l'Etat pour les indemnisations des familles. La narration qui fait se croiser fiction et réalité avec des personnages de femmes remarquables, Audrey et Marie, permet aussi de créer du lien entre deux périodes, les années 1930 d'une part, les années 2010 d'autre part. Le procédé est ingénieux et parfaitement réussi.

La plume est d'une très grande sensibilité, elle est soignée comme la qualité des première et quatrième de couverture, bravo. 

Ce roman, c'est un CRI du coeur pour ce qu'il dévoile de la grande Histoire, qu'on se le dise. Plus jamais ça (si seulement on pouvait encore l'espérer...) !
 

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2021-08-18T06:00:00+02:00

Un tesson d'éternité de Valérie TONG CUONG

Publié par Tlivres
Un tesson d'éternité de Valérie TONG CUONG
Lattès
 
Valérie TONG CUONG nous revient avec un nouveau roman, un thriller psychologique de haute volée : "Un tesson d'éternité", sa rentrée littéraire promet d'être fracassante !
 
Anna et Hugues habitent une villa surplombant la mer, ils font partie de ces gens privilégiés, à l'abri de tous soucis financiers, bien intégrés dans les sphères de pouvoir des CSP+. Ils ont un fils, Téo, de 18 ans, qui vient d'être accepté dans une école de commerce prestigieuse. Il s'apprête à passer son bac quand il est interpellé et mis sous les verrous pour agression et coups portés à un agent de police lors d'une manifestation. Les réseaux sociaux s'emballent. Ils médiatisent l'événement qui se retrouve sur les grandes chaînes de télévision. Léo devient le héros d'un mouvement de rébellion contre les forces de l'ordre dont les parents se seraient bien passés. Anna est pharmacienne dans le Village. Hugues est sur un nouveau poste, à la culture, à la mairie. Dès lors, c'est, pour tous les trois, une nouvelle page de leur histoire qui s'écrit...
 
Avec les années, et les différents romans déjà publiés, je me suis quelque peu habituée à la force de frappe de Valérie TONG CUONG mais là, croyez-moi, elle bat tous les records.
 
D'abord, l'écrivaine a un talent fou pour planter le décor en quelques mots et vous prendre à la gorge dès les premières lignes.


La voici au sommet d’une pente vertigineuse, du savon sous les semelles. À cet instant, elle pense encore pouvoir en contrôler la descente. P. 50

Je le sais, et pourtant, je me suis retrouvée piégée par les événements et l'ambiance incandescente. Valérie TONG CUONG ne desserrera l'étau qu'à la toute dernière ligne du livre, vous voilà prévenu.e.s.

Ensuite, il y a la focale posée par l'autrice sur Anna, le personnage principal de ce roman, une femme dont les origines et la vie d'adolescente ressurgissent dans ce qu'elles ont de plus misérables. Par la voie d'une alternance des chapitres, tantôt au présent, tantôt au passé, Valérie TONG CUONG réussit à tisser un fil ténu mais terriblement solide entre le destin de la mère et son fils. Anna va jouer la libération de son fils, à moins que ça ne soit la sienne…


D’où Anna venait, le monde n’était pas régi par des règles mais par la loi du plus fort, et le plus fort contrôlait par la peur. P. 189

Et puis, il y a la relation de couple qui va être explorée minutieusement par l'écrivaine, une relation mise à mal bien sûr par l'incarcération de leur fils et la pression sociale exercée.


Mais cette distance, cette absence de corps, de mots, ce vide en somme, c’est une gangrène qui les grignote une seconde après l’autre. P. 102

Avec ce roman, Valérie TONG CUONG explore des sujets d'actualité comme les manifestations des gilets jaunes et autres mouvements de foule contre tout ce qui représente l'autorité, le racket et le harcèlement scolaire… Mais elle ne saurait s'en contenter, non, ce qu'elle va scruter, c'est la hiérarchie, la colonne vertébrale de notre société, le déterminisme de nos origines dans ce qu'ils disent de nos comportements d'adulte... Par la voie d'Anna mais aussi d'une autre femme qu'elle va régulièrement croiser dans sa « nouvelle » vie, quand les masques tombent, les réalités vont éclabousser les persoen pleine figure.

Celle qui m'a captivée tout au long du roman, c'est Anna, une femme qui, derrière les apparences, s'attache à colmater les brèches. Quand elle se rend compte que l'édifice se fissure, elle se lance corps et âme dans le combat, elle n'a rien à perdre, ou presque.

J'ai été totalement fascinée par son rôle de mère et l'évolution de sa psychologie au fil des actualités qui l'assaillent. Valérie TONG CUONG avait déjà montré son talent dans ce registre avec "Les guerres intérieures", mais là, croyez moi, c'est de la haute volée, un coup de maître, une lecture coup de poing, quoi !

Le roman est haletant, le rythme soutenu, la fin vertigineuse, un thriller psychologique dans toute sa splendeur.

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2021-03-06T07:00:00+01:00

Ce qu’il faut de nuit de Laurent PETITMANGIN

Publié par Tlivres
Ce qu’il faut de nuit de Laurent PETITMANGIN

Jamais 2 sans 3 ! Nouvelle lecture coup de poing de l'édition 2021 du bal des 68 Premières fois. Après, 

"Nos corps étrangers" de Carine JOAQUIM

"Avant elleJohanna KRAWCZYK

me voilà de nouveau à terre !

Fus est un jeune garçon passionné de football et reconnu pour ses qualités sportives dans le club du village. Son père l'accompagne aux matches le dimanche matin. C'est le rendez-vous, un lieu de rencontre des copains, comme un rituel qui tient toute sa place dans une journée de collégien qui se poursuit avec la visite de la moman à l'hôpital. Elle est malade d'un cancer. Trois années durant, Fus et son père seront au chevet d'une femme battue par la maladie. Quand elle s'éteint, Fus s'occupe de son jeune frère, Gillou, pendant que leur père travaille de nuit à la SNCF. Le premier été suivant la mort de la moman, les trois garçons partent en vacances en camping. Il n'y aura qu'une année tous ensemble. Fus grandit, il a de nouveaux copains, d'autres plans. Et puis rapidement, c'est l'engrenage, la distance prise avec Jérémy, son pote d’enfance,  un retour à la maison avec un bandana affichant une croix celtique, et puis, l’impossibilité à communiquer d'homme à homme, et puis, l’extrême, l’irréparable... 

La narration de ce roman est à la première personne du singulier.

Derrière le je, il y a un homme, un Français du 54, un employé de la SNCF, un supporter du FC Metz, qui s'exprime dans une langue un brin populaire, qui dévoile ses états d'âme comme une confession. Le texte est au présent, un peu comme si le narrateur nous dévoilait son journal intime au fil des années.

Derrière le je, il y a un veuf. Sa femme est décédée. Elle l'a laissé seul. Il n'y a pas eu d'élan de tendresse, de complicité amoureuse, de gestes passionnés. Elle est partie comme elle a enduré la maladie, avec fatalisme. Il s'évertue pourtant à penser qu'elle serait fière de lui...


La moman m’habitait dans ces moments, je pense qu’elle était contente de la façon dont je gérais l’affaire. P. 95

Derrière le je, il y a un père, un être qui se sent responsable, en charge de deux garçons. C'est quelqu'un qui gère le quotidien avec ses armes. Les mots et les grands discours, c'est pas son truc, mais quelle preuve d'amour ! Bien sûr, s'il n'avait pas été directement concerné par l'affaire, il aurait pris de la distance, il se serait peut-être même exprimé, mais là... c'est un peu comme une déferlante qui s'abat sur lui. Il est tétanisé par la gravité des faits et rongé par un sentiment de culpabilité.


Un réflexe de vieux, poussif à ne plus en pouvoir, mais j’avais agi en père dont le fils était en danger. P. 10

A travers cet itinéraire familial, c'est un roman social, celui de la désillusion d'une famille, de la mort d'une industrie, d'une région aussi. 

Laurent PETITMANGIN, à défaut de comprendre, tente d'expliquer, par l'exemple, la montée du populisme, l'adhésion à une idéologie de haine, l'expression par les poings.

A la naissance, tous les bébés se ressemblent, leurs destins seront pourtant fondamentalement différents. C'est aussi la paternité qui est explorée dans une famille monoparentale, la jeunesse d'un enfant bafouée, le deuil, l'adolescence, cette période de toutes les prises de risques, de vulnérabilité aussi.


Que toutes nos vie, malgré leur incroyable linéarité de façade, n’étaient qu’accidents, hasards, croisements et rendez-vous manqués. Nos vies étaient remplies de cette foultitude de riens, qui selon leur agencement nous feraient rois du monde ou taulards. P. 171

Je me suis rapidement retrouvée piégée par le jeu d'écriture de l'auteur. La pression a monté, mon indignation aussi. J'ai senti mon coeur se serrer et puis la digue a lâché. Je me suis retrouvée à fondre en larmes sur les toutes dernières pages, la chute est magistrale.

La plume, je l'ai dit, elle est un brin populaire, ça ne l'empêche pas d'être empreinte d'une tendresse profonde et d'une force inouïe.

Chapeau Monsieur PETITMANGIN pour le contenu de l'histoire, la qualité du scénario.

Chapeau aussi à La Manufacture de livres, il fallait oser.

"Ce qu'il faut de nuit" de Laurent PETITMANGIN

tout juste lauréat du Prix Libr'à nous,

également le grand gagnant des Prix Stanislas et Femina des Lycéens,

est en lice pour le Prix Saint-Georges du Premier roman organisé par la Librairie de Pithiviers avec

"Avant elleJohanna KRAWCZYK

"Le premier Homme" de Raphaël ALIX

Que le meilleur gagne !

 

Au bal des 68 Premières fois, "Ce qu'il faut de nuit" de Laurent PETITMANGIN succède à :

"Avant elle" de Johanna KRAWCZYK

"Tant qu'il reste des îles" de Martin DUMONT
"Les coeurs inquiets" de Lucie PAYE

"Nos corps étrangers" de Carine JOAQUIM

on reste dans le registre du hard rock. Je vous propose "Demon Fire" du groupe AC/DC...

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2021-02-27T07:00:00+01:00

Avant elle de Johanna KRAWCZYK

Publié par Tlivres
Avant elle de Johanna KRAWCZYK

Il y a des romans dont les premiers signes sont avant-coureurs.
 
"Avant elle" commence avec cette citation 
 
"Nous portons tous en nous une maison effondrée, tu ne crois pas ! Dis-moi ce qui te manque, cave ou grenier, quelle paroi vacille en toi, quel plancher, où se planquent tes termites et tes araignées, tes lézardes et ton salpêtre, où sont tes débarras, tes issues de secours et tes portes condamnées, ta chambre obscure, tu la connais ? Et ta pièce vide ?"
 
extraite de "La Folie Elisa" de Gwenaëlle AUBRY, un livre dont la lecture m'avait terrassée ; je ne pouvais qu'en sortir K.O., non ?
 
Carmen