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Articles avec #mes lectures catégorie

2023-02-03T07:00:00+01:00

Regarde le vent de Marie-Virginie DRU

Publié par Tlivres
Regarde le vent de Marie-Virginie DRU

Après la lecture #coupdepoing du roman de Frédéric COUDERC aux éditions Les Escales, "Hors d'atteinte", difficile de rebondir bien sûr.

J'ai pourtant réussi à trouver quelque chose d'intéressant...

Ma #Vendredilecture, c'est le second roman de Marie-Virginie DRU, "Regarde le vent" aux éditions Albin Michel que je remercie pour ce cadeau de rentrée littéraire.

Camille a la quarantaine. Elle est mariée avec Raphaël avec qui elle a eu deux filles, Jeanne et Louise de 12 et 14 ans. Elle est guide conférencière à Paris. Sa grand-mère, Annette, est décédée il y a trois mois. Elle a une irrépressible envie de se mettre à écrire. Comme une adolescente, elle commence à rédiger en cachette. Raphaël est un être torturé et violent. Il met la main sur ce qui apparaît comme le journal intime de sa femme, elle qui s'évertue à remonter le fil des générations passées, des histoires de femmes. Dès lors, tout peut arriver.

Ce roman, je l'ai lu avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Dès les premières pages, Marie-Virginie DRU réussit à instaurer un climat de tension à l'image d'une présence perverse qui s'insinuerait dans la vie de cette famille, telle un prédateur. Elle réussit un tour de force qui va aller en se décuplant. Je dois vous le dire, je n'en ai fait qu'une bouchée. Impossible de lâcher ce page-turner bien après minuit tellement le suspens était à son comble !

Et puis, il y a la thématique. Je suis toujours fascinée par la mémoire intergénérationnelle, ce que nous transmettent inconsciemment nos ancêtres. A la lecture de la citation de Delphine HORVILLEUR en introduction, 


"La buée des existences passées ne s'évapore pas :

elle souffle dans nos vies et nous mène là où nous ne pensions jamais aller."


j'ai plongé !

Marie-Virginie DRU brosse aussi des portraits de femmes fortes, des résistantes, des femmes marquées par des histoires douloureuses, voire dramatiques, de maternité, un peu comme une malédiction qui se transmettrait de mère en fille. 


Sa maman lui a toujours dit qu’une fois mère, on n’était plus jamais tranquille. P. 164 Camille

Enfin, il y a l'objet de toutes les convoitises, le livre familial. Associé aux articles 311 et 312 du Code Pénal qui dit :

"Il y a abus de confiance quand une personne s'approprie un bien que lui a confié sa victime. [...]

Aucune poursuite légale ne pourra être engagée pour l'abus de confiance entre époux."

vous comprendrez que l'enjeu est de taille !

Cerise sur le gâteau : le propos de Marie-Virginie DRU est ponctué de mille et une références culturelles, un petit bijou. Il y a des chansons, des poèmes, des sculptures, etc. Autant de merveilles qui résonnent entre elles. 

Dernier point, la plume, une découverte pour moi. Elle est foisonnante. Les personnages sont de fiction mais Marie-Virginie DRU réussit formidablement bien à leur donner corps. Les descriptions et les vies trépidantes de celles qu'elle décrit sont autant d'invitations à s'identifier à elles. Pari réussi du second roman !

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2023-01-27T07:00:00+01:00

Hors d'atteinte de Frédéric COUDERC

Publié par Tlivres
Hors d'atteinte de Frédéric COUDERC

Ma #Vendredilecture, c'est un roman sorti très récemment en librairie : "Hors d'atteinte" de Frédéric COUDERC, une lecture coup de poing. Je remercie tout spécialement les éditions Les Escales qui m'ont permis de le lire en avant-première.

Paul est écriviain. Son père est décédé quand il était adolescent. Son grand-père, Viktor Breitner, est sa seule famille. Il vit à Blankenese, un quartier donnant sur l’Elbe, à Hambourg. A 92 ans, le vieillard est victime d'une attaque cérébrale qui le fait tomber dans la dépendance. Paul, qui s'est toujours intéressé à l'histoire de son grand-père sans jamais obtenir de confidences, décide de mener l'enquête. Il découvre un lien établi avec un criminel nazi, Horst SCHUMANN, mais lequel ? Son grand-père a-t-il participé aux crimes de guerre ? Dès lors, pour l'écrivain comme le petit-fils, impossible de résister à la tentation. Paul Breitner ne sait pas encore que ses découvertes vont bouleverser sa vie.

Ce roman historique, vous vous dites peut-être, encore un sur la Shoah. Et bien, le livre refermé, je peux vous dire qu'il s'agit d'un roman très original et qu'il mérite vraiment d'être lu.

D'abord, il y a le procédé narratif, ce roman, c'est un livre dans un livre, le livre que Paul souhaite écrire sur la vie de son grand-père trouve sa place dans le roman qu'écrit Frédéric COUDERC. Ce nom vous dit peut-être quelque chose. J'ai lu de lui "Yonah ou le chant de la mer" aux éditions Héloïse d'Ormesson. Il évoquait alors le conflit israelo-palestinien et s'inspirait d'une histoire vraie, celle d'Abie NATHAN impliqué dans Voice of peace. Il concourait au devoir de mémoire. Frédéric COUDERC est dans la même démarche, là, à ceci près que le personnage historique qu'il va approcher est loin d'être recommandable.

Il y a donc un personnage. A l'organisation de l'extermination massive des Juifs, tziganes et autres personnes que les nazis estimaient être des dégénérés, il y avait des hommes. Si beaucoup se sont expatriés, notamment en Amérique du Sud, d'autres ont pris la direction de l'Afrique. De tous, certains ont été retrouvés et présentés à la justice pour être jugés, d'autres comme Horst SCHUMANN réussiront toujours à passer à travers les mailles du filet. Alors, à défaut d'un jugement rendu par les organisations internationales, c'est Frédéric COUDERC qui va s'y consacrer et croyez-moi, Horst SCHUMANN, vous ne l'oublierez jamais.

Et puis, il y a ces différentes pages de la grande Histoire que je ne connaissais pas encore. L'écrivain réussit à travers l'itinéraire de Viktor à nous emmener sur les côtés danoises, et puis à Sonnenstein, là où le régime nazi faisait ses armes.

Le témoignage de Génia OBOEUF-GOLDGICHT, survivante du camp de Birkenau, est bouleversant.


J’ai essayé pendant des années, mais non, je ne trouve pas le vocabulaire. Je comprends très bien le suicide de Primo Levi. Il a dû se poser cette question que je me pose encore ; comment ça a été possible, comment expliquer des trains entiers avec des populations entières, dont il ne reste plus de traces, avec cette rapidité, cette industrialisation, cette organisation ? P. 292

Il y a encore l'histoire de la famille Breitner, des personnages de fiction, une famille attachante aux destins meurtris par la seconde guerre mondiale. Comme j'ai aimé accompagner Viktor sur les traces de sa soeur, Vera, morte à l'âge de 12 ans, une enfant qui aimait passionnément la musique, le piano.

Le tout est porté par une plume qui lie allègrement la fiction et la réalité. Elle se joue des codes et navigue entre les registres, le romanesque, l'enquête, le récit historique, le témoignage. Frédéric COUDERC confirme son talent dans le genre. Chapeau !

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2023-01-24T07:00:00+01:00

Les Enfants endormis d’Anthony PASSERON

Publié par Tlivres
Les Enfants endormis d’Anthony PASSERON

Editions Globe

 

Nouvelle découverte de mes cadeaux de Noël conseillés par l’équipe de la librairie Richer, merci ! Le premier roman d’Anthony PASSERON, « Les Enfants endormis » aux éditions Globe est absolument fascinant.

 

Il y a cette famille d’artisans bouchers, de pères en fils, des gens connus de tout le village, des gens qui se tuent au travail. Alors, quand le fils aîné, Désiré, se destine à des études, un nouvel élan souffle sur la lignée. C’est le fils cadet qui, lui, sera soumis à la relève, lui n’aura pas le choix de son avenir professionnel. Mais avec les études, Désiré découvre la vie en ville. Il côtoie des jeunes qui n’ont que faire du modèle ancestral. Ce qu’ils veulent, eux, c’est vivre. Dès lors, ils repoussent les limites, bravent tous les dangers. Désiré lâche l’école. Direction Amsterdam. Quand il en reviendra, plus rien ne sera pareil. La drogue fait partie de sa vie, la drogue dure, l’héroïne. Il se pique, lui et ses amis de l’époque. Ils partagent les mêmes seringues, celles-là mêmes qui véhiculent le VIH. Mais le virus est à cette époque loin d’être maîtrisé. Ce ne sont que les balbutiements de la recherche médicale dans le domaine, le début d’un des plus grands combats scientifiques du XXème siècle. 

 

Ce roman, c’est d’abord un roman social, celui d’une époque, les années 1980 à 2000. Il y a la vie du village rythmée par celle des commerces dont le modèle économique se perpétue depuis la nuit des temps, le modèle familial agit, lui, comme un déterminisme sur tous.


C’était souvent le cas dans les fratries de la vallée, le premier des garçons était plus choyé que les autres, il bénéficiait d’un statut à part, comme si l’attention exclusive qu’on lui avait portée avant l’arrivée de ses frères et soeurs ne s’était jamais dissipée. Emile reproduisait simplement le modèle de ses parents. P. 45

La révolte de 68 a pourtant commencé à l’égratigner. Avec les années 1980, le baccalauréat se veut porteur d’espoir, celui d’une nouvelle ascension sociale. Les parents en rêvent mais leurs adolescents peinent à franchir la frontière entre les classes sociales.


Notre démarche, nos manières, notre vocabulaire et nos expressions, tout finissait par nous trahir. P. 118

Derrière le rêve, la réalité, le drame humain de cette époque, les années sida. Anthony PASSERON brosse avec sensibilité le portrait de sa famille meurtrie, à jamais hantée par « Les enfants endormis ».

 

Jeune encore, je me souviendrai toujours de ces visages émaciés sur l’écran de télé, de corps décharnés rongés par le virus. 

 

Anthony PASSERON relate l’histoire contemporaine de la recherche médicale, la concurrence entre les chercheurs, les pays aussi. Il dénonce l’inégalité financière entre les laboratoires. L’auteur rend hommage à Willy ROZENBAUM, infectiologue, qui a fait preuve d’une incroyable ténacité pour sortir de l’approche réductrice des 4 « H », les « héroïnomanes, homosexuels, hémophiles, Haïtiens ». 

 

J’ai été frappée par le parallélisme établi entre cette famille et la recherche, toutes deux confrontées à l’omerta, le regard de la société porté sur les victimes de l’épidémie, des parias. 

 

Que la démarche d’Anthony PASSERON soit louée.


Ce livre est l’ultime tentative que quelque chose subsiste. P. 11

Ce premier roman est on ne peut plus prometteur, la plume est brillante, la construction ingénieuse, le propos puissant. 

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2023-01-20T12:40:00+01:00

Au long des jours de Nathalie RHEIMS

Publié par Tlivres
Au long des jours de Nathalie RHEIMS

Editions Léo SCHEER


La narratrice, Nathalie RHEIMS voue une passion aux mots. Au lycée, elle aspire à des cours de théâtre. Quand son père lui lance le défi :


Si tu réussis à entrer au Conservatoire, je t'autorise à arrêter le lycée.

elle redouble d’effort. Elle se souviendra toujours de cette audition rue Blanche. Ils étaient 600, ils finiront à 17, elle en fera partie. Avec cette activité professionnelle, c'est un peu comme tisser le fil d'une nouvelle vie, plus rien ne se passera comme avant. Elle va entrer dans un nouvel univers, celui de la scène, d'une vie nocturne, de la fréquentation d'hommes et de femmes célèbres. Et puis, alors qu'elle joue un petit rôle dans "La Mante Polaire" aux côtés de la grande Maria CASARÈS dans le rôle principal, Christiane, une figurante, lui présente l'homme (secret de polichinelle, il figure sur la première de couverture, c'est Marcel MOULOUDJI) qui va bouleverser sa vie. Elle a 18 ans, lui 37 ans de plus. Dès lors commence une folle histoire d'amour.

Je ne suis pas une fan des autofictions mais je remercie les éditions Léo SCHEER de m'avoir permis de lire "Au long des jours", il se révèle être un très joli cadeau.

Je ne suis pas une fan des petits secrets des "people", mais comme je ne connaissais pas Nathalie RHEIMS avant, j'avoue, j'étais loin d'imaginer ce qui m'attendait et c'est très bien ainsi, c'est en réalité le meilleur qu'il puisse m'arriver.

Ce roman, parce que c'est un roman, je l'ai lu comme un roman.

Ce qui m'a séduit, c'est le parcours initiatique d'une jeune fille avec tout ce que cela recouvre de grisant et hasardeux. N'est-ce pas quand nous sommes jeunes que nous bravons tous les dangers ? Elle vit ses premières aventures dans beaucoup de domaines, dont le théâtre. Là, j'avoue avoir été piquée. Je me souviens très bien avoir accompagné une cousine de quelques années mon aînée qui suivait des cours de théâtre avec le rêve d'en faire carrière. Tout ce que relate Nathalie RHEIMS, je l'ai vécu, cette jeunesse éprise des mots qui n'en a que faire de la mode, des Beatles qui révolutionnent la musique, non, elle, ce qui l'émerveille, ce sont les titres des chansons des années 1950-1960.


J'avais fini par le considérer, contrairement aux idées toutes faites, comme un art majeur, parmi les plus difficiles, car il fallait, pour une chanson réussie, la conjonction miraculeuse d'un texte, d'une mélodie, la personnalité et la voix d'un interprète, le tout ramassé en un temps très court.
En moins de trois minutes, une chanson devait raconter une histoire, au même titre qu'un roman, une pièce de théâtre ou un film, et laisser, à celui qui l'écoutait, un souvenir indélébile.

Dès lors, Nathalie RHEIMS nous livre mille et une références de chansons et de poèmes. Parce que Nathalie RHEIMS est follement amoureuse d'un homme qui a vécu sa jeunesse dans les années 1930-1940, elle décrit l'effervescence artistique de l'époque, le bouillonnement intellectuel qui fait vibrer le tout Paris, les cercles très prisés du groupe Octobre,


C’était à la fois un laboratoire de l’avant-garde, un club de rencontre et un hôtel de secours pour les miséreux. p. 47

du clan Sartre. Comme j'ai aimé là aussi la voir nous citer des poèmes inoubliables de Jacques PREVERT et autres grands hommes de lettres, militants aussi.

Outre l'amour des mots, il y a l'amour porté à un homme. Nathalie RHEIMS décrit la passion amoureuse dans ce qu'elle a de plus enivrant. Cette histoire, c'est celle d'une jeune fille en fleur séduite par un homme qui accumule les conquêtes féminines. Il est marié, il va contraindre son amante à une relation clandestine. Nathalie RHEIMS va vivre cette page de sa vie entre parenthèses. Elle n'a alors personne avec qui la partager. Sa mère, son frère et sa soeur, se sont envolés du nid familial. Elle vit sous le même toit d'un père, lui aussi volage.

Ce roman, je vous en parle parce que la plume est magnifique, les phrases éminemment poétiques et d'une profonde sensibilité. 

Peu importe les origines et le statut social de Nathalie RHEIMS et Marcel MOULOUDJI, au fond. Non, peu importe puisqu'il s'agit là du talent d'écrivaine dont je veux parler. Je découvre qu'il s'agit de son 23ème livre, que de réjouissances à venir de retrouver ses mots.

Mais si vous, votre intérêt se porte sur la connaissance d'une page de la vie de célébrités. C'est votre choix, je le respecte. Commencez donc alors par écouter le chanteur fredonner "Au long des jours". Le titre du roman est aussi celui de l'une de ses chansons !

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2023-01-04T07:00:00+01:00

Les Mangeurs de nuit de Marie CHARREL

Publié par Tlivres
Les Mangeurs de nuit de Marie CHARREL

Marie CHARREL nous revient avec "Les Mangeurs de nuit" aux éditions de L'Observatoire que je remercie pour ce très beau cadeau. L'année 2023 promet d'être belle ! Nous sommes le 4 janvier, premier coup de ❤️, l'occasion d'un petit clin d'oeil à Aleksandra SOBOL.

Nous partons pour le Canada revisiter son Histoire à travers des personnages aussi attachants que mystérieux. Il y a Hannah, une femme qui vit recluse depuis une dizaine d'année dans une maison en haute montagne. Elle porte en elle les traces de sa famille meurtrie par un courant migratoire croyant en l'eldorado mais qui, en posant le pied en terre américaine, révéla à Aika Tamura la grossière erreur de croire en un mariage arrangé. Elle fit partie en 1926 de ces "picture bride", des japonaises qui, en l'absence d'avenir dans leur pays, consentirent à une union sur photographies avec un étranger. Aika n'avait que 17 ans, lui, Kuma, 45. Et puis, il y a Jack, un creekwalker, l'un des 150 hommes recrutés pour veiller sur les cours d'eau et compter les saumons de la Colombie-Britannique. Il passe sa vie avec ses deux chiens. Hannah et Jack ont tous deux été bercés par des contes pour enfants. La réalité s'est chargée de leur faire vivre un tout autre destin. 

Vous vous souvenez peut-être du premier roman de Marie CHARREL, "Les Danseurs de l'aube", un coup de ❤️, déjà.

Dans ce roman, il y a tout ce que j'aime, que dis-je, j'adore !

Il y a d'abord la grande Histoire, celle à laquelle je n'ai pas accédé sur les bancs de l'école et qui me manque tant. La littérature me permet heureusement de combler ces failles.

A l'ouest du Canada, donc, il y a eu l'installation de Japonais, des hommes, à la fin du XIXème siècle et au début du XXème. Ils se lancent dans la pêche. Et puis, en 1907, éclatent des émeutes à leur encontre. Les Japonais perdent leurs licences professionnelles, ce n'est que le début de la déchéance de leurs droits de citoyens. C'est pourtant là que des femmes les rejoignent, notamment les "picture bride". Tous sont promis à une vie dans des camps. Ils vont devoir SURvivre.

C'est aussi dans ces années-là que des enfants amérindiens sont retirés de leurs familles pour les "éduquer".

L'écrivaine creuse le sillon de l'interculturalité, de la mixité des populations, du rapport dominants/dominés.

Dans ce roman, il y a encore l'aventure. Les parcours de vie de personnages très attachants sont chahutés, la vengeance un plat qui se mange froid. Le souffle romanesque de la plume de Marie CHARREL donne du rythme et tient le lecteur en haleine jusqu'à cette révélation... 

Et puis, dans "Les Mangeurs de nuit", la nature occupe une très grande place. Marie CHARREL nous offre de magnifiques descriptions et nous dévoile les secrets de la biodiversité.


L’avenir de la forêt dépend des saumons : « Les nutriments des arêtes s’enfoncent lentement dans le sol qu’elles fertilisent, irriguant de leurs bienfaits cèdres rouges, épicéas, pins tordus, pruches à l’ombre desquels les buissons de baies s’épanouissent au printemps, buffet des orignaux, des chèvres et des ours, attendant le retour du poisson béni. Sans le saumon, la forêt disparaît. P. 26-27

Quel plaisir de retrouver l'écriture de Marie CHARREL, elle est prodigieuse. Je ne suis d'ailleurs pas la seule à le penser. L'écrivaine fait une entrée remarquée dans la rentrée littéraire. "Les Mangeurs de nuit" font partie des dix romans de la première sélection du prestigieux Grand Prix RTL Lire – Magazine Littéraire 2023. Je lui souhaite le meilleur !

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2023-01-03T07:00:00+01:00

Quand tu écouteras cette chanson de Lola LAFON

Publié par Tlivres
Quand tu écouteras cette chanson de Lola LAFON

Éditions Stock

Une lecture coup de poing pour démarrer l'année, une référence du Book club pour démarrer 2023 avec un texte fort.

Vous connaissez peut-être la Collection "Ma nuit au musée", une série de livres qui lient admirablement l'art et l'Histoire dans le murmure du temps. Vous vous souvenez peut-être de ma première découverte de "Comme un ciel en nous" de Jakuta ALIKAVAZOVIC

J'ai rechuté avec "Quand tu écouteras cette chanson" de Lola LOFAN, un texte EXTRAordinaire.

D'abord, Lola LAFON a choisi un lieu sur lequel la Shoah a marqué son empreinte comme le tatouage sur le bras gauche des hommes et des femmes, juifs, dans les camps de concentration. L'Annexe du Musée est le lieu où la famille Frank a vécu clandestinement pendant 25 mois, 40 mètres carré pour 760 jours de survie, à l'abri des regards et des oreilles du peuple hollandais, lui, qui, en 1940, capitule et s'astreint à appliquer les mesures anti-juives. Otto et son épouse Edith, Margot et Anne leur deux filles, hébergeront quatre autres des leurs jusqu'au 4 août 1944, ce jour où la Gestapo accède au troisième étage de l'immeuble de bureaux d'Opekta.

Et puis, le temps d'une nuit, Lola LAFON, l'écrivaine de talent, va cohabiter avec une absente, celle qui a fait de l'écriture son alliée pour s'évader de ces 40 mètres carrés, celle dont le texte a depuis été spolié à des fins commerciales et politiques. Abject ! A travers ce récit, Lola LAFON s'attache à restituer l'authenticité de la prose de la jeune adolescente pour en assurer la postérité.


Transformer le Journal en un texte sentimental ! P. 114

Lola LAFON excelle dans les liens tissés entre les destins brisés des deux jeunes femmes, le sien et celui d'Anne FRANK, toutes deux intimement liées par leur judéité. L'histoire de leurs familles suit malheureusement les mêmes dramatiques itinéraires à l'exception près que les ancêtres de Lola LAFON ont survécu aux exterminations, assurant ainsi une descendance, hantée aujourd'hui par les fantômes des disparus, croulant sous le fardeau de ce passé. 


L’exil - perdre racine - est un mal dont les symptômes me sont familiers. […] Je sais les désordres de ceux qui ont du se défaire de leur prénom, de leur langue, de leur pays, de leur maison, de leurs parents, de leurs désirs. P. 156

L'écrivaine explore au scalpel le sujet de l'identité et philosophe autour du rôle et du pouvoir de l'écriture.


Écrire n’est pas tout à fait un choix : c’est un aveu d’impuissance. On écrit parce qu’on ne sait par quel biais attraper le réel. P. 89

J'ai été touchée en plein coeur par ce texte qui navigue entre les registres de la littérature, l'histoire romancée d'une page de la vie d'une adolescente devenue célèbre malgré elle, le récit de vie personnelle de l'écrivaine, la médiation culturelle d'un des lieux les plus visités des Pays-Bas.

La plume est profondément émouvante. Elle vous serre le coeur du mal qui ronge les générations, de l'ignominie humaine qui fait front. Quant à dire plus jamais ça, la chute est foudroyante.

S'il n'était qu'un brin d'espoir, retenons que l’appartement des Frank de Merwedeplein soit devenu un lieu de résidence d'écrivains persécutés, un lieu de création, un lieu de vie, quoi !

"Quand tu écouteras cette chanson" est lauréat du Prix Décembre 2022 et du Prix Les Inrockuptibles.

Retrouvez toutes les références du Book club :

"Ultramarins" de Mariette NAVARRO 
 
"Consolation" de Anne-Dauphine JULLIAND
 
 
"Malgré tout" de Jordi LAFEBRE
 
"Sidérations" de Richard POWERS
 
"Hamnet" et "I am I am I am" de Maggie O'FARRELL
 
 "Les enfants sont rois" de Delphine DE VIGAN
 
"Au-delà de la mer" de David LYNCH

"Le messager" de Andrée CHEDID 

"L’ami" de Tiffany TAVERNIER

"Il n’est pire aveugle" de John BOYNE,

"Les mouches bleues"» de Jean-Michel RIOU,

"Il fallait que je vous le dise" de Aude MERMILLIOD, une BD,

"Le roi disait que j'étais diable" et "La révolte" de Clara DUPONT-MONOD, 

"Un jour ce sera vide" de Hugo LINDENBERG

"Viendra le temps du feu" de Wendy DELORME,

"Il n'est pire aveugle" de John BOYNE...

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2022-12-30T07:00:00+01:00

I am, I am, I am de Maggie O'FARRELL

Publié par Tlivres
I am, I am, I am de Maggie O'FARRELL

Belfond
Traduit de l’anglais par Sarah TARDY

Le Book club a encore frappé ! C'est à lui que je dois cette nouvelle lecture d'un roman de Maggie O'FARRELL cette année. Après "Hamnet", place au roman autobiographique de l'écrivaine britannique : "I am, I am, I am".

La narratrice est depuis sa plus tendre enfance éprise de liberté. Mais depuis toujours, son corps s'est mis en tête d'entraver son itinéraire. Victime d'une encéphalite, elle a vécu un an en fauteuil roulant. A 18 ans, elle plaque tout. Elle vit dans une caravane et travaille à l'hôtel de montagne. Lors d 'une pause, elle décide de randonner près du lac noir. Elle y rencontre un homme, étrange. Elle aura le réflexe de retirer immédiatement la lanière des jumelles qu'il vient de lui passer au tour du coup. Elle doit sa survie à ce geste instantané, ce réflexe presque animal d'échapper à un prédateur. Deux semaines plus tard, une jeune femme de 22 ans y sera retrouvée morte, violée, étranglée et enterrée dans un fossé.
Cette histoire date de 1990. C'est la première relatée par Maggie O'FARRELL mais elle s'inscrit dans une série de 17. Tout au long du roman, vous allez vibrer avec elle, vivre des moments de peur intense, souffrir dans votre chair, frissonner, et puis, apprécier ce soulagement de voir que la vie continue. 

Maggie O'FARRELL raconte 17 périodes de sa vie où tout aurait pu basculer et choisit de prendre la plume pour les décrire :


L’expression qui est apparue sur son visage était celle d’un choc si profond, si viscéral, que j’ai su alors que plus jamais de ma vie je ne la raconterais, du moins oralement. P. 28

En numérologie, le nombre 17 fait partie de vos alliés. En chinois, il est dit comme chanceux, porteur d'espoir. C'est aussi un nombre qui représente la force, la confiance en soi. Nul doute que Maggie O'FARRELL est née sous une bonne étoile pour avoir résisté à toutes les agressions de ce corps qu'elle nous apprend à minutieusement décrypter. Comme j'ai aimé l'aborder d'un point de vue clinique et le voir mis à l’épreuve. Ce roman, c’est un hymne à la vie.

Ce livre, c'est aussi une oeuvre d'art. Il y a la première de couverture que je trouve sublime, ce papier glacé bleu turquoise sur lequel est dessiné un coeur, rouge, puissant, avec des vaisseaux sanguins représentés comme des plantes, une branche avec des feuilles, rouges aussi, une fleur d'oeillet, un arbre mort. Vous découvrirez dans le roman une continuité, en monochrome cette fois. Chaque chapitre est associé au nom d'une partie du corps et fait l'objet d'un dessin d’anatomie. 

Revenons à la couleur rouge, souvent associée au sang, la matrice, la source de la vie. Disons que ce roman a une signification particulière pour moi, il résonne avec une réalité toute personnelle. Le titre, "I am, I am, Iam", une expression monosémique (j'ai découvert le terme !), empruntée à Sylvia PLATH et extraite de "La Cloche de détresse" résume à elle-seule l'année 2023 qui s'annonce comme une année de tranmission... 

Enfin cette phrase qui résume tout ce que j'aimerais crier à la terre entière :


Je n’étais mère que depuis dix minutes lorsque j’ai rencontré cet homme, mais il m’a appris, par un simple geste, l’une des choses les plus importantes sur le rôle de parent : qu’il faut de la gentillesse, de l’intuition, du toucher, et que, parfois, il n’y a même pas besoin de mots. P. 89

Un immense merci au Book club pour cette référence. Retrouvez toutes les autres...

"Ultramarins" de Mariette NAVARRO
 
"Consolation" de Anne-Dauphine JULLIAND

"La porte du voyage sans retour ou les cahiers secrets de Michel ADANSON" de David DIOP

"Malgré tout" de Jordi LAFEBRE

"Sidérations" de Richard POWERS

"Hamnet" de Maggie O'FARRELL

 "Les enfants sont rois" de Delphine DE VIGAN

"Au-delà de la mer" de David LYNCH

"Le messager" de Andrée CHEDID

"L’ami" de Tiffany TAVERNIER

"Il n’est pire aveugle" de John BOYNE,

"Les mouches bleues"» de Jean-Michel RIOU,

"Il fallait que je vous le dise" de Aude MERMILLIOD, une BD,

"Le roi disait que j'étais diable" et "La révolte" de Clara DUPONT-MONOD, 

"Un jour ce sera vide" de Hugo LINDENBERG

"Viendra le temps du feu" de Wendy DELORME,

"Il n'est pire aveugle" de John BOYNE...

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2022-12-29T07:00:00+01:00

En Compagnie des Indes de Catherine MALARD

Publié par Tlivres
En Compagnie des Indes de Catherine MALARD

Éditions du Petit Pavé

Ce roman, je l'avais dans ma bibliothèque depuis le 12 janvier 2022, cette soirée où Catherine MALARD changea de rôle, elle qui habituellement questionne les auteurs avec la complicité de Christine pour animer les soirées des Bouillons, là, elle était interrogée sur ses propres livres.

Vous comprendrez que je ne pouvais décemment pas laisser retentir le gong de la fin de l'année sans lui consacrer quelques heures et j'ai sacrément bien fait !

"En Compagnie des Indes" est son cinquième ouvrage.

La narratrice s'apprête à repartir en Inde. Il y a 40 ans, elle y réalisa un premier séjour, contre l'avis de son père, lui qui lisait à qui voulait l'entendre les récits de grands explorateurs sans avoir jamais quitté son garage de la banlieue nantaise. Elle s'envola avec Koweït Airways et le soutien de sa mère. Après une escale à Abou Dabi, direction Bombay, puis quelques mois plus tard, Poona. Elle se souvient avoir flâné dans les ruelles de la capitale, s'étonnant de tout ce qu'elle découvrait. Il y avait ces parfums qui saisissaient ses narines et puis, cette couleur jaune, celle du curcuma, qui s'imprégnait dans les ridules de ses doigts pour y laisser son empreinte à jamais.

Nous sommes en 2014 quand la narratrice reprend l'avion. Mais ce séjour dont elle nous livre un carnet de voyage éminemment sensoriel date en réalité des années 1970. Ce roman, c'est un condensé d'émotions aux saveurs subtiles, qu'il s'agisse des parfums des fleurs des jardins comme des épices et de la cuisine, je m'en suis délectée. 

Outre les parfums, ce sont aussi les couleurs qui sont partout présentes dans les descriptions de Cather MALARD. Et puis, cerise sur le gâteau, cette confrontation avec une langue nouvelle dès lors que vous posez le pied en terre étrangère. L'écrivaine se plaît à parsemer sa prose de mots indiens, histoire de faire résonner à nos oreilles leur musicalité si singulière.

Par la voix d'un personnage fictif, Sajiv, un Indien avec qui la narratrice va entretenir une relation amoureuse, l'écrivaine nous fait découvrir l'organisation de la société indienne, la hiérarchie des castes. Nulle part ailleurs le déterminisme social n'a été aussi fort.


J'imaginais Mrs Pawar extirpant d'une énorme caisse un dieu immense aux membres démontables, dont le bras droit, selon les lois imparables de la verticalité, orchestrait tranquillement la naissance heureuse d'un corps social. Un corps social fort bien pourvu et doté de rôles non réversibles. On nageait dans un monde idéal où chacun, sans barguigner, ne pouvait que se sentir à sa place. Mais au moins on vit en paix. C'est très simple. P. 73

Je reconnais bien là son trait d'humour !

Et pour lier les deux époques, rien de tel que la résurgence des souvenirs enfouis dans la mémoire qu'un parfum suffirait à débusquer...


L'hôtesse m'apporte un verre d'eau ; je ferme les yeux, aspire ce parfum de jasmin qu'elle traîne derrière elle. Il éveille en moi des fragrances entêtantes qui s'exhalaient du jardin de Sarasbagh sur lequel ma chambre ouvrait à Poona : alors, les contours flous de visages familiers se réveillent ; voici que s'animent ces gens croisés dans les villages, les marchés, sur les trottoirs des villes, sur les ghâts, là où de longs métrages de tissus sèchent au soleil brûlant. P. 16-17

Avec "En Compagnie des Indes", jeu de mots s'il vous plaît pour donner à son roman le cachet historique qui ne saurait lui manquer, je découvre la beauté de la plume de Catherine MALARD, des phrases un brin grandiloquentes mais tellement charmantes.

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2022-12-27T07:00:00+01:00

Le principe de réalité ouzbek de Tiphaine LE GALL

Publié par Tlivres
Le principe de réalité ouzbek de Tiphaine LE GALL

La Manufacture de Livres

Pour se baigner dans la culture ouzbek, vous pouvez aller visiter les expositions qui lui sont actuellement consacrées sur Paris, au Louvre et à l’Institut du monde arabe, ou bien rester délicatement installé.e dans votre salon avec le second roman de Tiphaine LE GALL, « Le principe de réalité ouzbek ».

Tout commence avec une réponse négative reçue par la narratrice à la candidature qu’elle a déposée pour un poste de professeur de français et de philosophie au lycée de Tachkent, capitale de l’Ouzbékistan. Plutôt que de la classer, elle décide de prendre son crayon et d’annoncer à la Directrice de l'établissement son arrivée avec mari et enfants pour la rentrée scolaire prochaine. Dès lors, tous les arguments sont bons !

La singularité du roman repose dans la manière de s’approprier le sujet. Habituellement, les lettres nous annonçant ne pas retenu pour un poste sont archivées sans autre forme d’intérêt. Là, l’écrivaine nous propose un sursaut !

Au fil d’une correspondance à une voix, celle d’une femme brestoise, Tiphaine LE GALL nous offre un voyage à destination de l’Asie Centrale et nous fait visiter un pays bordé par l’Afghanistan, le Kirghizistan, le Kazakhstan et le Turkménistan, un pays bordant la mer d’Aral.

La géographie du territoire aujourd’hui est liée à son histoire. Souvenez-vous, l’Ouzbékistan était sous domination russe jusqu’en décembre 1991, période de dissolution de l’U.R.S.S.. Ses frontières sont le fruit des accords d’Alma-Ata, tout comme l’Ukraine.

Et puis, il est un autre voyage, celui de l’intime. Dans cette longue lettre écrite à la première personne du singulier, la narratrice se dévoile. Elle nous relate ses souvenirs, son enfance, sa jeunesse, et puis la vie à deux, la naissance de leurs enfants. Elle nous explique le pourquoi de cette candidature, cette volonté farouche d’en découvre avec son existence et d’écrire une nouvelle page de sa vie, cette envie irrépressible de découverte.


A chaque étape initiatique, j’ai dû composer avec la peur, me suis retrouvée nue face à elle ; j’essaie de l’apprivoiser. De m’en accommoder. Il faut passer outre. Je l’ai appris avec le temps : il faut la laisser venir, la regarder gonfler comme une vague, ne pas céder à sa tentative d’intimidation, et la laisser passer sans bouger. Derrière se trouve l’expérience, la porte, la révélation peut-être. P. 136

Elle explore le sujet de l’amour et fait l’éloge du désir.


Le désir est un mouvement, libre, sans concession. Le désir est une courtisane. Il faut l’accepter. Choisir de suivre la vague, être emportée sur sa crête, et accepter la peur, la chute, la blessure ; ou la laisser passer, attendre qu’elle nous recouvre, puis qu’elle disparaisse. P. 167

Ce roman, il me fait penser à l’œuvre de Luca IZZO, « Introspection ».

Je me suis laissée porter et surprendre par la confession de cette femme. Tiphaine LE GALL nous offre un récit rythmé et fascinant.

Merci aux éditions La Manufacture de livres de m’avoir offert cette jolie lecture. C'est mon #mardiconseil.

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2022-11-15T19:17:00+01:00

Qui sait de Pauline DELABROY-ALLARD

Publié par Tlivres
Qui sait de Pauline DELABROY-ALLARD
Après « Ça raconte Sarah », un premier roman édité chez Les éditions de Minuit, Pauline DELABROY-ALLARD nous revient avec « Qui sait » chez Gallimard.
 
Dans une auto fiction, Pauline, la narratrice, prend conscience de son identité, celle qui figure sur ses documents administratifs alors qu'elle réalise une démarche dans la perspective d’un « heureux événement » mais voilà, d’évènement, il y aura une tragédie qui se produira un jour blanc. Pauline ne peut toutefois plus arrêter la machine qui s'est mise à fonctionner à plein régime dans son esprit, dans sa chair aussi. Pourquoi ces prénoms, Jeanne, Jérôme et Ysé ? De ses parents, elle ne peut rien attendre. Alors, la jeune trentenaire va chercher ailleurs des explications, glaner des informations, se lancer à corps perdu dans une enquête sur ses origines pour fuir le vide abyssal qui l’assaille comme un instinct de SURvie.
 
Après un hymne à la passion incandescente dans son premier roman, l’autrice confirme son talent. Quelle puissance, quelle force dans le propos !
 
J'ai adoré le ton des premières pages. Qui ne se retrouverait pas dans la montée improbable d'une toile de tente ? J’ai ri. 
 
J’ai été profondément troublée aussi par son émotion devant les peintures rupestres de la grotte de Pech Merle…


Mais ma peau a gardé les frissons trouvés sous terre, et je suis sonnée, poursuivie par la vision des mains rouges sur la paroi de la grotte. J’aurais voulu mettre ma main sur celle de la roche. Toucher l’autre femme à travers les âges, traverser le temps. P. 30

Et puis, il y a ce drame qu’elle va vivre et qui constitue l’onde de choc, l’effet de rupture dans un quotidien empreint d’amour, de fantaisie et d’humour. Ce qui pouvait paraître banal avant devient obsessionnel après, un irrésistible besoin d’en découdre avec son histoire familiale, une lignée de femmes qui semble marquée par le destin comme une prédisposition au malheur.
 
Le rapport au corps est une nouvelle fois largement exploré dans ce qu’il a de plus viscéral mais aussi le mouvement et la chorégraphie. Comme j’ai aimé les scènes de danses contemporaines et de natation, autant de manières de se réapproprier ce qui, un temps, lui a échappé.
 
Ce roman, c’est plus largement la quête d'une forme de résilience, d'une certaine REnaissance. Comment vivons-nous à 30 ans après l’accouchement d’un bébé mort ? Comment imaginer une vie après ? Si le sujet n’est évoqué qu’en introduction du livre, le plus important me semble-t-il repose dans ce que Pauline donne à voir de son propre parcours, personnel et singulier, unique forcément. L’approche du deuil est complexe. Là, elle repose dans ce que la narratrice réalise. Si sa démarche est une bouteille à la mer, vous prendrez bien alors quelques notes de fleur d’orange… vous comprendrez tout en lisant ce roman.
 
C’est en référence aux trois questions de métaphysique de KANT que Pauline DELABROY-ALLARD structure son roman :
Que puis-je savoir ?
Que dois-je faire ?
Que m’est-il permis d’espérer ? 
 
et nous offre un titre, "Qui sait", qui résonne comme une affirmation de soi. 
 
La plume de Pauline DELABROY-ALLARD est éminemment romanesque. Elle nous raconte une histoire ponctuée de rencontres avec des personnages aussi mystérieux qu’envoûtants. Elle nous émeut aux larmes, elle nous fait vibrer.
 
Est-ce la réalité ou une fiction ? Peu importe, non ? L'autrice a cette formule...


Sans doute que c’est dans les histoires qu’on existe vraiment, que c’est dans la fiction que se dissimule la vérité, qu’il n’y a pas d’autre endroit où vivre. P. 148

La dernière scène est tellement théâtrale, un feu d’artifice entre réalité et imaginaire. Elle y jette ses dernières forces comme un ultime combat. Chapeau !

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2022-11-08T15:47:05+01:00

Lalalangue (prenez et mangez en tous) de Frédérique DORUZ

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Lalalangue (prenez et mangez en tous) de Frédérique DORUZ

Frédérique VORUZ est une artiste. Elle a plusieurs cordes à son arc. Elle est comédienne, metteuse en scène, chanteuse. 
 

Elle joue son seule-en-scène autobiographique Lalalangue – Prenez et mangez-en tous, mis en scène par Simon ABKARIAN, la première est annoncée aujourd’hui au Théâtre du Rond-Point

 

A défaut de voir le spectacle, je lis le livre tiré de la pièce et publié aux éditions Harpercollins, dans la collection Traversée, proposé dans le cadre d’une Masse critique de Babelio.

 

Quand sa mère était jeune, elle était passionnée d’alpinisme comme son mari. Enceinte de jumeaux, elle fait une chute d’escalade, perd une jambe et ses deux garçons. Le père des enfants se sort de l’accident avec « seulement » un bras cassé. Quand la mère de Frédérique sort du coma et découvre l’état du chaos, elle se jure de se venger sur ses enfants. Elle en aura 7 qu’elle meurtrira, plus ou moins, la dernière subira toute sa haine, c’est Frédérique !

 

Ce récit de vie est terrifiant, on peine à croire qu’une mère ait tant d’aversion pour ses enfants, le fruit de sa chair, et pourtant…

 

Frédérique décrit un quotidien des plus sombres et pourtant… 

 

Et pourtant, l’autrice est sur les planches !

 

Ce qui m’a beaucoup plus c’est sa quête du pourquoi, pourquoi tant de ressentiment, pourquoi ce bannissement systématique de toute forme de féminité.

 

Dans un récit ponctué par des dialogues de Frédérique VORUZ avec sa psychiatre, une perle cette femme, on est amené à faire un pas de côté et prendre soudainement conscience de ce qui se trame. 

 

Il y a aussi des dessins qui nous éclairent plus encore sur ce qui se joue dans le cercle familial. Frédérique VORUZ fait la démonstration que les enfants qui y sont élevés sont conditionnés par l’éducation qu’ils reçoivent. Pour être soi-même, REnaître, il faut pouvoir s’en libérer, s’en émanciper, s’envoler du nid n’a jamais été aussi bien illustré que par l’itinéraire de Frédérique VORUZ.

 

La préface de Simon ABKARIAN nous met sur la voie avec cette courte phrase : « Parfois, écrire est un art de la survie. » Je puis vous assurer qu’elle résonnera beaucoup plus fort quand vous terminerez votre lecture !

 

Frédérique VORUZ nous livre une leçon de vie et la preuve d’un immense amour. J’ai maintenant une irrésistible envie de voir la pièce 😃 

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2022-11-04T07:00:00+01:00

Mesure 217 de Françoise LHOIR

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Mesure 217 de Françoise LHOIR

Collection Évasion des éditions Academia distribuée par les éditions L'Harmattan

Les premiers romans, quand ce ne sont pas les 68 Premières fois qui les proposent, ils viennent à moi comme « Mesure 217 » de Françoise LHOIR proposé dans le cadre d’une Masse Critique de Babelio. Une nouvelle fois, bonne pioche !

Marie est violoncelliste dans l’Orchestre National de Belgique. Elle est mariée avec Beaudouin, enseignant, le père de leurs deux enfants, Jérôme et Odile. Marie a une sœur, Béatrice, son aînée de 4 ans, partie vivre aux Etats-Unis. Elle est mariée avec Scott avec qui elle a eu une fille, Morgane, adolescente, dont l’itinéraire personnel est chahuté. Béatrice demande à Marie d’accueillir Morgane chez elle pour lui offrir une pause. C’est aussi à ce moment-là qu’un garçon, Sacha (son nom de scène), prodige, l'un des cinq très jeunes talents, est accueilli par l’Orchestre National de Belgique. Il est aussi « différent ». Il ne manquait plus que Caroline, la grande amie de Marie, un brin fantasque, pour offrir un nouvel horizon à tout ce petit monde.

Françoise LHOIR, autrice belge, nous propose un premier roman trépidant. Le récit est ponctué de péripéties qui donnent du rythme à la narration, un petit bijou.

Je ne vais pas pouvoir vous le cacher bien longtemps, la musique est un personnage à part entière de ce roman délicat et grisant à la fois.


On croirait voir les personnages tourner lentement sur eux-mêmes en se destinant force courbettes, comme dans les boîtes à musique anciennes. Le chef, métamorphosé à son tour en prince des salons galants, choisit de laisser la danse onduler jusqu’au dernier point d’orgue, pour ne pas ternir le bal. P. 41

J’avais eu le nez fin de me lancer dans un Mooc sur L’orchestre, quelle bonne idée ! Je me suis délectée de la plume de Françoise LHOIR pour illustrer l’organisation très structurée et hiérarchisée d’un orchestre. C’est aussi grâce à l’écrivaine que j’ai pu mettre le doigt sur le registre musical et la discipline de travail quotidienne des artistes.

Et puis, il y a aussi et surtout la capacité de la musique à vous embarquer et vous enivrer, en premier lieu les musiciens bien sûr, les hommes et les femmes qui lui vouent leur vie professionnelle, mais aussi le public, vous, moi.

Enfin, il y a le rapport à la musique pour des enfants/ados contraints et forcés par leurs parents à faire de cette discipline leur violon d’Ingres (sans jeu de mot !). Outre le fameux solfège dont beaucoup témoignent de leur martyre dans leurs jeunes années d’apprentissage, là, il y a la musique sclérosée par tout un système, depuis les auditions jusqu’aux prestations, formatées depuis la nuit des temps. Que de frustrations !


Après le premier mouvement, la partition est abandonnée, et les jeunes gens, sans se concerter, poursuivent la même évocation en improvisant, comme de coutume, abandonnant progressivement la gravité du début pour laisser exploser une folle exubérance. P. 184

Mais il n’y a pas que la musique qui soit abordée par ce roman d’une profonde sensibilité. Non, il y a d’abord le rapport des enfants avec leurs parents, et vice et versa, à la période de l’adolescence, et cette incapacité parfois, à échanger sur des sujets qui touchent à l’intimité.

Il y a encore l’approche de ce que l’on appelle maintenant communément les « enfants différents » sans bien savoir ce que ça peut vouloir dire. Ne sommes-nous pas tous singuliers, donc tous différents ? Bref, à travers deux personnages de fiction, celui de Morgane et celui de Sacha (Jacques dans la vie), Françoise LHOIR montre la difficulté à « s’intégrer » dans une communauté d’âges, en particulier lorsqu’un jeune souffre du syndrome d’Asperger. Le mot est lâché. En plus de lire « La différence invisible », la BD de Mademoiselle Caroline et Julie DACHEZ, je vous conseille absolument de lire ce roman qui explore les comportements qui y sont liés, une acculturation tout en douceur pour des symptômes qui ne le sont pas moins.

Dans une narration s'étalant sur 9 mois, l'écrivaine offre la voie d'une REnaissance. Dans une danse qui pourrait se jouer en 4 mouvements, là, 4 chapitres aux doux titres, depuis le rocambolesque jusqu'au rationnel.

Vous l’avez compris, ce roman m’a fait vibrer. Il est à lire sans modération, par les adultes comme les jeunes, un excellent roman passerelle.

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2022-10-11T05:30:00+02:00

L'Archiviste d'Alexandra KOSZELYK

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L'Archiviste d'Alexandra KOSZELYK

Aux Forges de Vulcain

Retrouver la plume d’Alexandra KOSZELYK devient pour moi presque un rituel, l’assurance de vibrer aux confins de ce que l’Homme peut offrir de plus beau comme du plus ignoble. Ce roman est de nouveau un coup de ❤️ Comme j'aime retrouver "Love" de  Botero Pop !

K est une jeune femme, l’Archiviste. Sa sœur Mila est photographe et journaliste. Leur mère a fait une attaque cérébrale quelques jours avant l’invasion russe en Ukraine. Elle a passé un temps dans le coma. Depuis son réveil, son ouïe reste atrophiée. Alors que K se trouve dans une galerie souterraine et assure la conservation des œuvres du chaos, elle reçoit la visite d’un commanditaire qui lui confie une mission, revisiter les créations d’artistes dissidents, les falsifier, réorienter leur propos au service de la propagande. Il a un moyen de pression sur K, une photo de sa sœur Mila, prisonnière de guerre. Elle n’a d’autre choix que de se soumettre pour éviter à sa sœur une mort certaine.

Avec ce roman, Alexandra KOSZELYK décline le verbe RÉSISTER sous toutes ses formes.

Il y a la guerre en Ukraine, celle qui occupe tous les médias aujourd’hui, mais qui puise sa source dans la grande Histoire. De tout temps, le régime soviétique s’est attaché à museler ce peuple, l’affamer, l’exterminer aussi. Ce roman est l’opportunité d’explorer le passé de l’Ukraine et des événements qui ont marqué sa vie, de voir que le peuple ukrainien a dû RÉSISTER à l’envahisseur, l’assaillant russe, pour être ce qu’il est aujourd’hui. Comme j’aime que la littérature comble mes faille…

Derrière le front, les combats, il est d’autres armes plus insidieuses, moins visibles et pourtant tout aussi puissantes, celles qui touchent au patrimoine culturel pour le réduire en miettes, le détruire, à moins de pousser la perversité jusqu’à l’instrumentaliser à des fins politiques, pour les siècles des siècles. L’art, comme composante de l’identité du peuple ukrainien, devient la cible à abattre. Alexandra KOSZELYK donne à voir l’itinéraire de quelques artistes dont les trajectoires se sont heurtées au pouvoir en place. Il y a Pavlo TCHOUBYNSKY, Alla HORSKA, Maria PRIMATCHENKO, GOGOL, Lessia OUKRAÏNKA,  Marko VOVTCHOK,  Sonia DELAUNAY... comme autant d’invitations à s’intéresser à leurs registres personnels.


K aidait son pays avec ses armes, loin du front, mais pour les générations futures, elle faisait en sorte que la bataille culturelle ne soit jamais perdue, que la guérilla du détail l’emporte à terre sur la trahison des formes plus imposantes. P. 183

L'écrivaine concourt tout en beauté à la mémoire d’hommes et de femmes qui, à la force de leurs mots, leurs toiles, leur expression artistique ont su RÉSISTER.

Si à l’évocation des guerres, les hommes sont souvent en première place, pour le meilleur comme pour le pire, Alexandra KOSZELYK choisit là de brosser des portraits de femmes qui elles aussi vouent ce qu’il reste de leur vie à RÉSISTER. Rien n’y est laissé au hasard. Au fil des incarnations de K, vous allez vous immerger dans une autre époque, vivre une autre vie, porter un autre costume, mesurer les enjeux du verbe EXISTER. 


Elle s’était résignée à rester à l’arrière et avait cherché à mettre de l’ordre dans les galeries souterraines : telle serait sa façon de lutter, de prêter main forte. P. 16

Une seule lettre suffit à l’autrice pour nommer un personnage, lui donner le corps et l’âme d’une résistante, c’est dire l’immensité de son talent. La fin est grandiose et le message d’espoir intact. Le peuple ukrainien reste debout. 

Enfin, L’Archiviste est la façon très singulière mais aussi très puissante et personnelle d’Alexandra KOSZELYK de RÉSISTER, le pouvoir de « sa plume et son clavier ». Les mots sont à la fois sensibles et percutants. Elle signe là un acte militant, un acte politique fort. Touchée en plein ❤️

Le rythme est soutenu, oppressant. Le foisonnement de la narration, un pur régal. 

Alexandra KOSZELYK continue de tisser sa toile d’écrivaine, ponctuant ce dernier roman de l’évocation des précédents.

C’est du grand ART mis au service de la postérité du peuple ukrainien, quel plus beau dessein ! 

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2022-09-20T06:42:55+02:00

Miniaturiste de Jessie BURTON

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Miniaturiste de Jessie BURTON
 
Traduit de l’anglais par Dominique LETELLIER
 
Je ne connaissais pas encore la plume de Jessie BURTON, l’écrivaine britannique. C’est ma grande fille qui m’a mise sur la voie de son premier roman, « Miniaturiste », bonne pioche.
 
Nella Oortman a 18 ans. Elle est originaire d’Assendelft. Son père, le Seigneur Oortman, est décédé il y a 2 ans, laissant la famille criblée de dettes. Sa mère ne réussit plus à subvenir aux besoins de ses enfants. Nella a un frère, Carel, et une soeur, Arabella. Nella, l'aînée, accepte un mariage prometteur, un mariage qui réduira le nombre de bouches à nourrir. Elle arrive à Amsterdam avec son perroquet Peebo chez son mari, Johannes Brandt, un homme d’affaires hollandais. Elle rencontre Marin, sa sœur, Cornelia, servante, et Otto, un homme noir, serviteur du frère de Marin. Elle reçoit de son mari un cadeau extraordinaire, un cabinet, une maison de poupées que Nella va s’attacher à décorer avec les soins d’un Miniaturiste, un artisan d'art. Elle ne sait pas encore qu’une première commande lui réservera bien des surprises.
 
A travers des personnages de fiction, Jessie BURTON restitue la vie d’un riche marchand du XVIIème siècle. Dans le style littéraire de l’époque, éminemment romantique, elle nous livre des descriptions fascinantes de la vie quotidienne d’hommes et de femmes des Pays Bas au temps de la Compagnie néerlandaise des Indes Orientales. Le pays se distingue à l’époque dans la conquête du monde, l’écrivaine fait du commerce du sucre un objet de convoitises mais il y a aussi les épices, les tissus… qui naviguent à travers mers et océans.
 
« Miniaturiste », c’est un roman d’atmosphère. L’autrice met tous nos sens en éveil.
 
L’écrivaine brosse le portrait d’une femme moderne qui n’a que faire des us et des coutumes. Intelligente, elle voit bien qu’il se passe quelque chose d’anormal avec son mari. Jessie BURTON s’inspire de la maison de poupée exposée au Rijksmuseum d’Amsterdam et fait de la décoration du cabinet de Nella un prétexte à sortir d’une maison parfaitement orchestrée. Hors des murs, la vie publique s’offre à Nella, elle, la jeune femme pauvre de la campagne, pour le meilleur comme pour le pire.
 
Dans un roman profondément ancré dans la vie quotidienne d’Amsterdam, elle réussit à glisser une part de mystère venant déstabiliser l’ensemble de l’édifice. Nella va découvrir des secrets très bien gardés et une histoire familiale rocambolesque. Le roman est haletant.
 
Et puis, il y a l’art. Si le XVIIème siècle correspond à l’âge d’or de la peinture néerlandaise, il est un art moins connu mais tout aussi EXTRAordinaire, celui de la miniature, une discipline qui nécessite un talent fou de minutie, un registre qui fait appel à des compétences singulières et oblige à des pratiques exceptionnelles. 
 
La plume est savoureuse, le jeu de l’écriture fascinant. Ce roman, je l’ai dévoré !

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2022-09-13T12:31:31+02:00

La sauvagière de Corinne MOREL DARLEUX

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La sauvagière de Corinne MOREL DARLEUX

Éditions Dalva

 

La rentrée littéraire réserve bien des surprises. Comme j’aime me laisser porter par les conseils d’une libraire (ici Sonia de la Librairie Contact 😉), ajouter un livre dit « À découvrir » à la pile que je viens de choisir 😉 Je parle du premier roman de Corinne MOREL DARLEUX publié par une maison d’édition dédiée aux voix de femmes.

 

La narratrice a été élevée par sa mère, aujourd’hui décédée. Elle a eu un accident de moto. Elle ouvre les yeux dans une maison forestière. Là, y vivent Stella, souffrant de crises clastiques, et puis Jeanne. Entre hallucinations et réalité, son cœur balance, son corps tout entier aussi !

 

Ce premier roman pourrait bien faire de l’œil aux fées des 68 Premières fois 🍀

 

Il y a dans ce conte onirique un rapport au corps tout à fait exceptionnel. Meurtri par l’accident, endolori, ankylosé, il cherche la voie d’une SURvie. On mesure à travers le personnage de fiction de la narratrice dont on ne connaît ni le nom ni les origines qu’un corps, la chair, les organes… ont leur propre rythme, leur propre existence. Ne parlons-nous pas de mort cérébrale ? Ce premier roman, c’est une invitation à faire une pause, se recentrer sur son corps, y puiser la lumière, l’énergie, la vie, quoi !

 

Et puis, il y a la force de l’environnement, une nature profonde, la forêt, les montagnes, une forme de refuge, autant d’éléments propices à la reconstruction psychique. 


Il faut que je sorte. Depuis que je suis ici, le paysage m’a toujours permis de me rincer le regard et l’âme, du vallon à la montagne. La maison est mon abri mais c’est dehors, dans l’air mordant de l’hiver, que mon esprit se désengourdit. Que mes sens s’affûtent, que je me sens résolument en vie. P. 115

Comme j’ai aimé que l’écrivaine aille puiser dans une autre langue que la nôtre pour y trouver un terme tellement approprié pour décrire ce que le vent peut apporter de puissant, de force et d’allégresse, l'effervescence des sens.


Alors que je m’extasiais un jour de grand vent des bourrasques qui manquaient m’envoyer à terre, me coupant le souffle et me gonflant d’allégresse, ces hôtes de passage m’avaient appris, amusés, qu’ils possédaient un terme pour ça : s’enventer, littéralement aller avec le vent. Je m’étais sentie vivifiée jusqu’aux poumons par l’idée qu’il existe un mot pour décrire ce sentiment qui vous fait courir en bord de la mer ou en forêt, vous fondre dans le grand vent qui revigore et apporte la consolation. P. 114

Cet hymne à la nature ne serait rien sans les mots, et le pouvoir de la contemplation.

 

Enfin, dans ce monde alternatif à l’urbain, il y a aussi les animaux. 


Cette petite vie souple qui appuie légèrement contre mes côtes est incroyablement bienfaisante. P. 124

Ce roman, c’est encore une invitation à observer et se nourrir de ce qu’ils  peuvent nous apporter de réconfort, une certaine forme de substitut à la frénésie qui nous entoure. Ils ont cette sensibilité qui permet à l’individu de prendre conscience de son humilité. S’il s’agissait là d’une voie pour sauver l’humanité…

 

Ce premier roman écrit dans une plume poétique, délicate et sensuelle, nous propose de faire corps avec la nature, d’entrer en fusion avec ce qu’elle a de vivant. Le dessin de la première de couverture, sublime, une œuvre d’art réalisée par Pedro TAPA, le dévoile à elle seule.

 

« La sauvagière » est « À découvrir », je confirme ! C'est une lecture enivrante. 

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2022-09-09T07:34:41+02:00

L'inventeur de Miguel BONNEFOY

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L'inventeur de Miguel BONNEFOY

Editions Rivages

Après 

Le voyage d'Octavio

Sucre noir

Héritage

 

place à "L'inventeur".

Augustin MOUCHOT, vous en avez entendu parler ? Moi pas ! L'homme est né en avril 1825 dans l'atelier de serrurerie de ses parents. L'enfant a cumulé toutes les maladies possibles et imaginables. Chétif, il a pourtant réussi à passer son bac de lettres en 1845. Après une première expérience dans l'enseignement dans la région de Dijon, une Chaire de mathématiques à Alençon, il dépose son premier brevet pour un heliopompe. Puis il poursuit ses travaux d'exploration d'une marmite solaire. Il passera du temps en Algérie et représentera même le pavillon du pays africain à l’Exposition Universelle de 1878. Il sera pourtant détrôné dans son parcours par les moteurs à explosion et l'énergie fossile. Si le monde lui avait donné raison à cette époque, nous n'en serions peut-être pas là en termes d'environnement !

Retrouver la plume de Miguel BONNEFOY est toujours un plaisir, surtout quand il s'agit de redorer le blason d'un inventeur qui, à défaut, serait tombé dans l'oubli. 

L'écrivain est attiré par l'invention en général. Vous vous souvenez peut-être de Margot dans "Héritage", cette enfant qui voulait devenir aviatrice et qui montait de drôles de machines à Valparaiso au Chili. Il y a quelque chose d'inspirant dans l'écriture de Miguel BONNEFOY, une invitation à créer et à aller au bout de ses rêves, des personnalités tenaces qui, contre vents et marées, vont lutter pour convaincre le monde de les suivre dans leurs aventures.

Augustin MOUCHOT ne partait pourtant pas avec tous les atouts. De santé fébrile, d'un naturel timide, ce n'était pas chose aisée pour lui que de monter au front, il l'a pourtant fait. 

Il y a des passages magnifiques avec de très belles descriptions du Mont Chélia en Algérie...


Là-haut, un empire de chênes noirs, c’était un autre monde. Vieux de six cents ans, droits, loyaux, ténébreux, des cèdres prodigieux s’élevaient tels des demi-dieux, des géants, des titans, des cathédrales, des créatures divines, plantant leurs racines directement dans la roche, tout un peuple à la fois céleste et monstrueux. P. 153

Si Augustin MOUCHOT n'avait pas d'illustres personnages dans sa famille, susceptibles de lui laisser un héritage (tiens tiens, encore un sujet du précédent roman !), il s'inspirait de Dame Nature pour voir grand.
Ce roman, il est historique, d'aventure, et il concourt à la mémoire d'un inventeur.

Si la première partie est un peu terne à mon goût, dans la seconde, j'ai pris plaisir à retrouver l'élan du romanesque auquel Miguel BONNEFOY nous avait habitués et là, pas la peine d'y connaître grand chose en mécanique !

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2022-09-06T06:00:00+02:00

La nuit des pères de Gaëlle JOSSE

Publié par Tlivres
La nuit des pères de Gaëlle JOSSE
La rentrée littéraire a sonné, l'heure d'un nouveau rendez-vous avec Gaëlle JOSSE : « La nuit des pères » chez Notabilia éditions, un texte d'une violence inouïe, pas celle des poings, non, celle des mots. 
 
Isabelle est sur le point d’arriver dans la région de Chambéry à la maison familiale, celle de son enfance. Ça fait longtemps qu’elle n’y est plus revenue. Mais là, elle n’avait pas vraiment le choix. Son frère, Olivier, le lui a demandé. Leur père de 80 ans, veuf, montre les premiers symptômes de la « maladie de l’oubli ». Il a besoin d’elle. Ce n’est pourtant pas de gaieté de coeur. Ce père, il ne l’a jamais aimée, c’est ce qu’elle se dit, il l’a fait souffrir, terriblement, et puis il y avait ce cri… nocturne ! Mais ce séjour bref, quelques jours, pourrait bien lui réserver quelques surprises…
 
Après « Ce matin-là » qui sort tout juste en version poche, « Une longue impatience » aussi, Gaëlle JOSSE nous propose un nouveau roman de l’intime, une histoire familiale marquée par des relations père/fille compliquées. Avec la fin de vie qui  s'annonce, la sensibilité est exacerbée, les sentiments douloureux et les émotions décuplées.


Te voilà à l’orée de l’oubli, de tous les oublis, te voilà au seuil de la pénombre, je suis ta fille absente, ta fille invisible et pourtant je tremble à l’idée qu’un jour tu ne connaîtras plus ni mon nom ni mon visage. Aurais-je traversé toute ta vie comme une ombre ? P. 35

C’est la voix d’Isabelle qui résonne dans les premières pages avec ce semblant de conversation qu’elle tiendrait avec son père. Ses interpellations sont déchirantes, le tutoiement, un uppercut, une manière de réduire les distances entre deux êtres que tout a toujours éloigné. L’écho n’en est que plus fort. Il m'a laissée un temps abasourdie. 
 
Isabelle ne va pas rester seule avec ses fantômes. Dans ce roman choral, d’autres personnages, tous de fiction, vont prendre place et donner de la voix.
 
Gaëlle JOSSE a ce talent d'imaginer des psychologies ciselées d'êtres qui au fil du temps, des épreuves de la vie, se sont construits, avec leurs forces et leurs faiblesses. A l'heure du bilan, le passé est terrifiant et le fardeau lourd à porter. 
 
Si Isabelle connaît son père à travers ses propres souvenirs d’enfance et d’adolescence, son existence à lui ne saurait en être réduite. Comme j'ai aimé découvrir cette période de l'existence qui l'a marqué, lui, à vie, une période au cours de laquelle la grande Histoire est venue perturber un itinéraire qu'il croyait tout tracé. Là, mon coeur a fait boum.
 
Avec Gaëlle JOSSE, si le fond est rempli de surprises, la forme est elle aussi profondément étonnante. Si j’avais pensé me retrouver en pleine tragédie grecque construire en cinq parties, c’était sans compter sur la capacité de l’écrivaine à faire un pas de côté, une originalité permise grâce à une grande maîtrise de l’exercice narratif. Chapeau Madame !
 
Les pages se tournent, les confidences se font, les secrets de famille se dévoilent comme autant d’effets de rupture qui donnent à l'écriture une puissance et un rythme foudroyant.
 
Comme tous les romans de Gaëlle JOSSE, celui-là est court, mais quel choc. Les mots sont savamment choisis, les phrases claquent !
 
Au moment de refermer le livre, j'ai pris conscience de mon apnée. J’avais tout simplement oublié de respirer ! Ce roman, c'est une lecture coup de poing, un texte inoubliable.
 
Je suis une fidèle de la plume de l'écrivaine, retrouvez :
 
 
De la rentrée littéraire de septembre 2022, laissez-vous séduire aussi par le dernier roman de Gilles MARCHAND
 

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2022-08-31T20:29:26+02:00

Lorsque le dernier arbre de Michael CHRISTIE

Publié par Tlivres
Lorsque le dernier arbre de Michael CHRISTIE

Cette nouvelle lecture, je l'ai puisée dans la PAL de ma grande fille. Après :

"Les cerfs-volants" de Romain GARY

"Mon ghetto intérieur" de Santiago H. AMIGORENA,

"Colette et les siennes" de Dominique BONA, 

"La cause des femmes" de Gisèle HALIMI,

"Les grandes oubliées" de Titiou LECOQ...

nouvelle pépite, le premier roman de Michael CHRISTIE : "Lorsque le dernier arbre" aux éditions Albin Michel.

Nous sommes en 2038. Jake est orpheline d’une mère musicienne de l’orchestre symphonique de Los Angeles tuée dans un accident de train. Elle est dendrologue, botaniste de formation, c’est une spécialiste des arbres. Depuis 9 ans, elle travaille comme guide de la Cathédrale de Greenwood, une île de la Colombie-Britannique sur laquelle subsiste la dernière forêt primaire que les gens riches viennent visiter comme de précieux vestiges. Partout ailleurs, les arbres ont disparu, c'est le Grand Dépérissement. Les sols s’assèchent. La surface de la planète est recouverte d’une couche de poussière asphyxiante. Lors d'une visite, elle repère deux pins brunis, deux arbres appelés "Doigt d'honneur de Dieu" dont les aiguilles décolorées lui donnent à penser qu'ils sont menacés. Si leur vie est en danger et que le public le découvre, toute la forêt sera abattue. C'est à ce moment-là qu'elle apprend qu'elle pourrait être l'héritière de Harris Greenwood, un grand propriétaire de bois au passé sombre. Dès lors, sa vie bascule !

La littérature s'empare de l'environnement en perdition comme sujet de prédilection. On ne va bientôt plus compter le nombre de romans écologiques mais celui-là, bien sûr, est unique.

Il l'est d'abord, parce qu'il évoque la vie des arbres, ces êtres vivants à l'ombre desquels on aime tant se reposer, quand on ose pas s'aventurer à y grimper. Il est question de leur SURvie Ce ne sont pas les fortes chaleurs estivales, les incendies de forêts records en France de 2022, qui viendront démentir l'auteur. Ce patrimoine millénaire est menacé. Le propos est militant bien sûr, il tend à nous faire prendre conscience de l'urgence à agir, tout de suite, maintenant !


Mais pourquoi attendons-nous de nos enfants qu’ils mettent un terme à la déforestation et à l’extinction des espèces, qu’ils sauvent la planète demain, quand c’est nous qui, aujourd’hui, en orchestrons la destruction ? P. 498

La projection en 2038 est tout simplement effroyable. Souhaitons que l'écrivain joue l'oiseau de mauvais augure mais ni vous, ni moi, ne croyons désormais que nous échapperons à cette fin certaine. Ce n'est plus qu'une affaire de temps.

Il l'est ensuite parce que Michael CHRISTIE, tout au long de ce roman, va se risquer à tisser le fil d'un parallèle entre les arbres et les êtres humains. L'écrivain commence par montrer qu'en surface, ils fonctionnent de la même manière...


L’écorce d’un arbre remplit les mêmes fonctions que la peau d’un être humain : elle empêche les intrus d’entrer et les nutriments de sortir […]. P. 23

Après l'extérieur, la partie visible, Michael CHRISTIE, va explorer l'intérieur.

Peut-être vous êtes vous déjà arrêté.e.s à observer les restes d'un tronc d'arbre, vous savez, la souche qui donne à voir les cernes du bois développés à partir du coeur, ces cercles concentriques dans un nuancier de marron étourdissant. Et bien l'auteur va s'attacher à démontrer qu'ils sont les marques du temps, un peu comme des strates qui se superposeraient tout au long de la vie, mais au lieu de se pratiquer à la verticale, c'est à l'horizontal que les événements laissent leur empreinte.


Le temps, Liam le sait, n’est pas une flèche. Ce n’est pas non plus une route. Le temps ne va pas dans une direction donnée. Il s’accumule, c’est tout - dans le corps, dans le monde -, comme le bois. Couche après couche. Claire, puis sombre. Chacune reposant sur la précédente, impossible sans celle d’avant. Chaque triomphe, chaque désastre inscrit pour toujours dans sa structure. P. 534-535

Et puisque Michael CHRISTIE examine les similitudes entre les arbres et les êtres humains, il va s'appuyer sur une fresque familiale s'échelonnant sur un peu plus d'un siècle pour démontrer que les individus d'aujourd'hui sont le fruit des générations précédentes dont les traces constituent leur patrimoine charnel. Le dessein est audacieux, le défi relevé avec brio.

Et quelle fresque familiale, une véritable saga, avec des personnages de fiction hauts en couleur et profondément attachants. Vous allez vivre au rythme des événements de la vie, certains heureux - des naissances, des histoires d'amour, des mariages -, d'autres moins - des accidents, des disparitions, des abandons, des décès. Michael CHRISTIE est un jeune romancier canadien, il a dans sa plume cette capacité des auteurs du nord américain à vous embarquer dans de formidables épopées. Chapeau !

Ce qui m'a marquée plus que tout, c'est la dynamique de RESISTANCE qui anime chacun.e d'entre eux. Qu'il s'agisse de se confronter à la maladie, au handicap, aux addictions, à un frère, à la société tout entière, aux magnats du pouvoir, qu'il s'agisse d'une action individuelle ou communautaire, qu'il s'agisse encore de lutter contre une certaine forme d'autorité, peu importe, ils tracent leur voie, exploitent leur marge de liberté pour avancer, y compris au péril de leur vie. Les péripéties rythment le roman qui devient rapidement un pageturner, vous n'aurez bientôt plus envie de le lâcher.

Enfin, ce roman ne serait rien sans sa narration. La structuration ne suit aucune chronologie, les voix résonnent entre elles, et pourtant, jamais, non jamais vous ne perdrez le fil. Du grand art !

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2022-08-27T06:00:00+02:00

Felis Silvestris de Anouk LEJCZYK

Publié par Tlivres
Felis Silvestris de Anouk LEJCZYK

Éditions du Panseur

Le bal des 68 Premières fois  se poursuit avec un premier roman, "Felis Silvestris" de Anouk LEJCZYK.

Ce roman, c’est une plongée au cœur de la nature, une immersion en pleine forêt.

Depuis toujours, elle a entretenu une certaine distance avec les autres. Ça ne l’a pas empêchée de réussir à l’école, de trouver un travail mais pour avancer, elle s’est fait accompagner d’un psy. Et puis un jour, tout ça a explosé. Elle a tout quitté, rencontré une personne, s’est laissée porter, vers un territoire nouveau, là où la liberté se décline dans toutes ses formes, là où la vie a un sens, RÉSISTER.

Dans un roman choral, Anouk LEJCZYK, primo-romancière, déroule le fil de la vie d’une famille, Papa, Maman et les deux filles. Enfin, ça, c’était avant, parce que depuis que l’aînée a fui la maison, toutes les fondations de l’édifice se sont écroulées.
L’écrivaine brosse les portraits d’une mère angoissée, d’un père obsédé par la maladie de Lyme, et de deux sœurs à travers leurs confessions. La sœur cadette tente, tant bien que mal, de sauver le navire qui tangue.

J’ai profondément aimé les passages décrivant la nature, c’est vivant, c’est beau, c’est d’une effroyable fragilité.


Petit à petit, des oiseaux se mettent à chanter, timidement d’abord, puis de plus en plus nombreux, de plus en plus fort. Ils se répondent d’un bout à l’autre du bois, chacun y allant de son tempo, de sa mélodie - assemblée générale avant le lever du jour, cartographie musicale du territoire à défendre. P. 166

Ce roman, c’est un plaidoyer en faveur de la protection de l’environnement.


Oui, aurais-tu ajouté, les humains font ça : ils volent toutes les ressources d’une terre et la laissent éventrée, les tripes minérales à l’air, dessinant son propre cimetière. P. 11

A l’heure où les fortes chaleurs sévissent sur la France, il n’a jamais été aussi précieux que de varier les formes d’expression d’un même discours.

"Felis Silvestris", ou le pseudo de la sœur aînée dans sa forêt, tient un propos militant à bien des égards. Il y a bien sûr l’alerte donnée aux humains et la nécessité de protéger ce qui peut encore l’être, mais c’est aussi la possibilité de vivre autrement, de faire société dans une communauté. Elle trace la voie d’un monde… alternatif.


Certaines et certains restent un jour, deux semaines, une saison, puis s’en vont, souvent sans rien dire, ça fait partie du jeu. P. 80

C’est un très beau premier roman, une cure de jouvence portée par une narration au genre nouveau, dans laquelle les voix résonnent entre elles, une belle métaphore de ce que nous donne à voir Dame Nature. 

Et si on se quittait en musique... avec "Pierpoljak" par PIERPOLJAK !

http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/08/pierpoljak-par-pierpoljak.html

http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/08/pierpoljak-par-pierpoljak.html

Retrouvez les autres références de la #selection2022 :

"Laissez-moi vous rejoindre" d'Amina DAMERDJI

"Une nuit après nous" de Delphine ARBO PARIENTE

"Les enfants véritables" de Thibault BERARD

"Ubasute" d’Isabel GUTIERREZ,

"Les envolés" d'Etienne KERN,

"Faire corps" de Charlotte PONS

"Blizzard" de Marie VINGTRAS,

"Saint Jacques" de Bénédicte BELPOIS,

 "Les confluents" de Anne-Lise AVRIL,

"Le parfum des cendres" de Marie MANGEZ,

"Jour bleu" de Aurélia RINGARD

"Debout dans l'eau" de Zoé DERLEYN,

"La fille que ma mère imaginait" de Isabelle BOISSARD.

J'en ai abandonné trois : "Décomposée" de Clémentine BEAUVAIS, "Revenir fils" de Christophe Perruchas et "Aulus" de Zoé COSSON, mais les 68 Premières fois en parlent très bien.

Il me reste à lire : "Le voyant d'Etampes" d'Abel QUENTIN

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