Quel livre, mais quel livre !
Le Book Club me transporte, m'émeut, me bouleverse, me happe... Là, le premier roman de Bérénice PICHAT : "La Petite Bonne".
Nous sommes dans les années 1930. "La Petite Bonne" travaille entre autres chez la famille Daniel. Elle est courageuse et digne de confiance. Madame Daniel accepte l'invitation d'une amie. Elle part 3 jours en Normandie. Elle confie son mari, un blessé de guerre, aux soins de la jeune femme. Cette parenthèse, un moment de répit pour elle, un lent apprentissage pour eux, va se révéler pleine de surprises d'une profonde humanité.
Je ne savais absolument pas à quoi m'attendre en choisissant ce livre sur la table des références littéraires si ce n'est une forme originale.
C'est effectivement le premier contact avec la narration qui est saisissant. Bérénice PICHAT excelle dans le jeu de l'écriture à plusieurs voix, deux en vers libres, l'une alignée à gauche, l'autre à droite, une troisième en prose. J'ai été happée par le rythme des vers libres. Si je crois parfois manquer de sensibilité devant la poésie, là, j'ai été séduite de bout en bout. Je me suis prise au jeu d'une lecture tantôt accélérée, tantôt ralentie, par des mots ou des groupes de mots, savamment choisis et parfaitement orchestrés. L'absence totale de ponctuation oblige à trouver la cadence à l'image d'une danse, à s'adapter, à vivre. L'exercice est prodigieux, le résultat magistral.
Et puis il y a l'histoire, la petite qui incarne la grande. Derrière le personnage de Monsieur Daniel se cachent toutes les "gueules cassées" de la première guerre mondiale.
Le huis clos dans lequel se retrouvent, pendant trois jours, un homme blessé, mutilé, handicapé, avec une bonniche comme elle s'appelle elle-même, une jeune femme que les épreuves de la vie ont façonnée, est absolument jubilatoire.
L'écrivaine cadence les événements pour progressivement en faire croître l'intensité. Le suspense est à son comble à trois pages de la fin. Juste vertigineux.
Et puis, Bérénice PICHAT ponctue les 267 pages de moments d'une pure beauté, des moments de grâce absolument sublimes.
La plume éminemment descriptive de Bérénice PICHAT se prêterait parfaitement au 7e art, les images, je les ai vues passer sous mes yeux. Le décor de cette maison, les scènes de grande proximité, de complicité aussi, je les ai à l'esprit. Elles sont ancrées (encrées aussi) dans ma mémoire.
Vous l'aurez compris, il y est question de la condition des femmes, modestes, au service des bourgeois, exposées aux risques des plus forts, dans leur vie privée aussi parce que femmes. Il y est évoqué aussi le sort de ces hommes qui sont allés au front pour sauver leur patrie. Ils sont rentrés des tranchées, mutilés. Rien, pas même les médailles, ne saurait leur rendre leur statut d'avant. Et, cerise sur le gâteau, il y est abordé le pouvoir et la puissance de la musique.
Ce livre est une lecture coup de poing. J'en sors K.O.. Je suis littéralement tombée sous le charme. Chapeau Madame PICHAT pour ce chef d'œuvre.
Enfin, un petit mot du bandeau du roman édité chez Les Avrils. Il montre le visage d'une femme, de profil, les yeux clos, une main tenant son front. Il s'agit d'une oeuvre d'Aristide MAILLOL qui orne aussi la version publiée par Le Livre de Poche, en librairie depuis le 2 janvier 2026. A offrir sans modération.