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Articles avec #prix litteraire catégorie

2026-03-24T22:36:30+01:00

La mangue et le papillon d'Anne-Christine TINEL

Publié par Tlivres
La mangue et le papillon d'Anne-Christine TINEL
 
Nouvelle référence du Book Club, nouvelle lecture coup de poing.
 
Nous partons pour La Hure en Lozère. Là, vit une famille de quatre enfants, Lucie, Claire, et les jumeaux, Jacques et Stéphane. Les parents sont agriculteurs. Lucie, l'aînée, entretient avec Claire une relation fusionnelle malgré les sept années qui les séparent. Lucie aide ses parents et s'occupe des plus petits. Et puis, un jour, sans aucun signe avant-coureur, elle est partie. 
 
Ce roman, c'est déjà un très bel objet, il est créé par la maison d'éditions Elyzad. Sa première de couverture est teintée de bleu et de jaune. Il est orné de rabats représentant des mosaïques, une création artistique d'Héla CHELLI.
 
Vous l'aurez compris, au cœur de cette famille, le secret des origines de Lucie fragilise l'ensemble de l'édifice jusqu'à la rupture, un départ inexpliqué qui génère chez Claire tous les fantasmes. Ni sa mère ni son père ne lui donnent un quelconque indice.
 
Il y avait bien eu une première histoire autour de la couleur de peau de Lucie dont Claire n'avait jamais pris conscience avant que quelqu'un ne le lui fasse remarquer.
 
Ce court roman de 103 pages est d'une puissance incroyable. Il revient sur un pan de l'Histoire de France, des événements qui se sont produits dans les années 1960. C'était hier pour les gens de mon âge. Comment avons-nous pu leurrer les Réunionnais et leur voler leurs enfants pour repeupler et donner des bras à la Creuse ? Indicible.


Dans les yeux brillaient des ascenseurs, à l'image des avions emportant des enfants, là-haut, tout là-haut, dans l'univers de la réussite et de l'opulence, dans l'univers d'un bon métier, d'un bon costume. P. 62

Et puis il y a l'itinéraire de Claire qu'on suit sur quelques décennies.

Depuis son enfance jusqu'à ce qu'elle soit mère à son tour, le fantôme de Lucie ne cessera de la hanter. Elle mènera des recherches qui lèveront une partie du voile.

Mais ce qui m'a intéressée aussi, c'est l'abandon de son environnement familial, social, culturel... à l'adolescence, comme un acte de résistance.


À quinze ans elle les a reniées, ces odeurs charnues. Sous le tee-shirt, sa respiration est plus courte. Se déprendre d'un monde. Sa main écrase une larme. Elle se revoit. Se désolidariser. Ne pas vouloir en être. Ah ça non. Je ne suis pas des votres. Pas comme vous. Jamais. P. 94

Ce qui m'a beaucoup émue, c'est aussi la séparation d'une fratrie et les conséquences.
 
Dans une narration composée de courts paragraphes, les phrases claquent, percutent, mettent KO. 
 
J'ai maintenant l'irrésistible envie de lire les précédents romans d'Anne-Christine TINEL.

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2026-01-06T07:00:00+01:00

La Petite Bonne de Bérénice PICHAT

Publié par Tlivres
La Petite Bonne de Bérénice PICHAT
 
Quel livre, mais quel livre !
 
Le Book Club me transporte, m'émeut, me bouleverse, me happe... Là, le premier roman de Bérénice PICHAT : "La Petite Bonne".
 
Nous sommes dans les années 1930. "La Petite Bonne" travaille entre autres chez la famille Daniel. Elle est courageuse et digne de confiance. Madame Daniel accepte l'invitation d'une amie. Elle part 3 jours en Normandie. Elle confie son mari, un blessé de guerre, aux soins de la jeune femme. Cette parenthèse, un moment de répit pour elle, un lent apprentissage pour eux, va se révéler pleine de surprises d'une profonde humanité.
 
Je ne savais absolument pas à quoi m'attendre en choisissant ce livre sur la table des références littéraires si ce n'est une forme originale.
 
C'est effectivement le premier contact avec la narration qui est saisissant. Bérénice PICHAT excelle dans le jeu de l'écriture à plusieurs voix, deux en vers libres, l'une alignée à gauche, l'autre à droite, une troisième en prose. J'ai été happée par le rythme des vers libres. Si je crois parfois manquer de sensibilité devant la poésie, là, j'ai été séduite de bout en bout. Je me suis prise au jeu d'une lecture tantôt accélérée, tantôt ralentie, par des mots ou des groupes de mots, savamment choisis et parfaitement orchestrés. L'absence totale de ponctuation oblige à trouver la cadence à l'image d'une danse, à s'adapter, à vivre. L'exercice est prodigieux, le résultat magistral.
 
Et puis il y a l'histoire, la petite qui incarne la grande. Derrière le personnage de Monsieur Daniel se cachent toutes les "gueules cassées" de la première guerre mondiale.
 
Le huis clos dans lequel se retrouvent, pendant trois jours, un homme blessé, mutilé, handicapé, avec une bonniche comme elle s'appelle elle-même, une jeune femme que les épreuves de la vie ont façonnée, est absolument jubilatoire.
 
L'écrivaine cadence les événements pour progressivement en faire croître l'intensité. Le suspense est à son comble à trois pages de la fin. Juste vertigineux.
 
Et puis, Bérénice PICHAT ponctue les 267 pages de moments d'une pure beauté, des moments de grâce absolument sublimes.
 
La plume éminemment descriptive de Bérénice PICHAT se prêterait parfaitement au 7e art, les images, je les ai vues passer sous mes yeux. Le décor de cette maison, les scènes de grande proximité, de complicité aussi, je les ai à l'esprit. Elles sont ancrées (encrées aussi) dans ma mémoire.
 
Vous l'aurez compris, il y est question de la condition des femmes, modestes, au service des bourgeois, exposées aux risques des plus forts, dans leur vie privée aussi parce que femmes. Il y est évoqué aussi le sort de ces hommes qui sont allés au front pour sauver leur patrie. Ils sont rentrés des tranchées, mutilés. Rien, pas même les médailles, ne saurait leur rendre leur statut d'avant. Et, cerise sur le gâteau, il y est abordé le pouvoir et la puissance de la musique.
 
Ce livre est une lecture coup de poing. J'en sors K.O.. Je suis littéralement tombée sous le charme. Chapeau Madame PICHAT pour ce chef d'œuvre.
 
Je ne suis pas la seule à le dire. Les libraires l'ont couronné de leur prix en 2025, comme le furent précédemment Eric CHACOUR pour "Ce que je sais de toi", Gilles MARCHAND pour "Le soldat désaccordé", Marie VINGTRAS pour "Blizzard", Miguel BONNEFOY pour "Héritage", Franck BOUYSSE pour "Né d'aucune femme", Gaëlle NOHANT pour "Légende d'un dormeur éveillé"... et bien d'autres encore. Quelle plus belle récompense pour ce premier roman !
 
Enfin, un petit mot du bandeau du roman édité chez Les Avrils. Il montre le visage d'une femme, de profil, les yeux clos, une main tenant son front. Il s'agit d'une oeuvre d'Aristide MAILLOL qui orne aussi la version publiée par Le Livre de Poche, en librairie depuis le 2 janvier 2026. A offrir sans modération. 

 

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2025-12-02T18:11:06+01:00

La maison vide de Laurent MAUVIGNIER

Publié par Tlivres
La maison vide de Laurent MAUVIGNIER
 
S'engager dans la lecture d'un roman de Laurent MAUVIGNIER c'est assurément embarquer pour quelques heures (que dis-je, quelques dizaines d'heures), s'immerger dans la vie quotidienne de personnages dont les sentiments et les émotions sont savamment détaillés, se laisser porter par des phrases fleuves, se faire percuter par des événements dont la portée rayonne au-delà de ce que l'on est prêt à lire.
 
Tout commence avec cette commode située dans la maison familiale dont un angle est brisé. Étrange cette marque d'un passé inconnu ! Le narrateur, qui n'est rien d'autre que Laurent MAUVIGNIER lui-même, ne peut toutefois pas interroger son père. Il s'est suicidé d'une balle dans la tête quand son fils avait 16 ans. Il n'en faut pas plus pour un auteur de cette dimension pour se lancer dans l'écriture d'un pavé, 750 pages s'il vous plaît, pour rétracer l'histoire de quatre générations.


C'est parce que je ne sais rien ou presque rien de mon histoire familiale que j'ai besoin d'en écrire une sur mesure, à partir de faits vérifiés, de gens ayant existé, mais dont les histoires sont tellement lacunaires et impossibles à reconstituer qu'il faut leur créer un monde dans lequel, même fictif, ils auront eu chacun une existence. P. 616

Tout est axé autour des femmes. Il y a Ernestine dont une partie de l'enfance se passe au couvent. Il s'agit de bien l'éduquer pour lui assurer un bon mariage avec un riche notable ! C'est là qu'elle va apprendre à jouer du piano et poursuivre ses apprentissages auprès de Florentin dont elle va tomber éperdument amoureuse. Sa passion relève pourtant de l'interdit, il est déjà marié. La vie de Marie-Ernestine sera marquée à jamais par cette déception amoureuse, la sienne ainsi que celle de sa descendante : Marguerite, la grand-mère de l'auteur.
 
Ce roman aurait pu en être quatre, un pour décrire chacune des quatre générations dont l'histoire devient à elle-seule un roman social. Laurent MAUVIGNIER sait, comme personne d'autre, décrire une époque dans un foisonnement de détails tout en mettant du rythme pour ne pas ennuyer son lecteur.
 
Avec, en toile de fond la grande Histoire, notamment deux guerres mondiales, l'auteur confronte les destins de gens ordinaires aux conditions de vie du moment, les us et coutumes, le contexte économique, politique....
 
La condition des femmes est minutieusement traitée dans cette saga familiale pour donner à voir son évolution au fil du XXe siècle et en mesurer les impacts sur les enfants, petits-enfants, arrières petits-enfants... dont lui-même, Laurent MAUVIGNIER, cherche à libérer la parole, dévoiler des secrets dans ce qu'il y a de plus intime.
 
Comme j'ai aimé ces personnages grandissant dans l'univers de cette maison. J'ai entendu le silence, j'ai respiré la poussière des vieilleries. J'étais dedans, prise au collet par une plume éminemment brillante. Rien de compliqué ou d'élitiste, non, juste des mots qui vous vont droit au cœur, des mots qui nourrissent un récit, des mots qui resteront gravés à jamais dans ma mémoire.
 
Bravo Monsieur MAUVIGNIER pour le #PrixGoncourt qui vient honorer la qualité de votre écriture, ce roman et les autres. C'est aussi l'occasion d'un petit clin d'oeil à La Cohue et l'association Les Bouillons de Cube.

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2025-09-23T18:04:34+02:00

Mon vrai nom est Elisabeth d'Adèle YON

Publié par Tlivres
Mon vrai nom est Elisabeth d'Adèle YON
 
Nouvelle bonne pioche du Book club, que dis-je, coup de cœur ! C'est mon #Mardiconseil Merci ma chère Hélène de m'avoir mise sur sa voie.
 
Tout commence avec ce mail adressé à 3 personnes qui sonne comme un au revoir. L'expéditeur est sur le point de se jeter du balcon du 7e étage de son appartement parisien. Le geste est prémédité, il est organisé depuis des mois, depuis la vente de sa maison. Objectif : mourir quand il en est encore temps. Nous sommes le 4 janvier 2023. Derrière l'histoire de Jean-Louis se cache celle d'Elisabeth, sa mère. Leur point commun, un pied dans le vide !
 
Ce livre qui transcende les genres (thèse, récit, correspondances, fiction...), je ne pouvais que l'aimer.
 
Il faut dire que des fées se sont penchées sur son berceau, à commencer par Laurence TARDIEU, l'autrice des romans : 
dans lequel elle disait :


Les choses que tout le monde ignore et qui ne laissent pas de trace n'existent pas.

ainsi que
"Nous aurons été vivants", l'un de mes coups de coeur de l'anée 2019,

et Adrien BOSC, l'éditeur (peut-être vous souvenez-vous de "Capitaine" duquel j'avais extrait une citation :


Car ce n’est pas ce qu’est l’archive qui importe, mais ce qu’elle désigne : un passé.

Mais ça, je ne le découvrirais que dans les remerciements. C'est la cerise sur le gâteau, la sensibilité qu'il faut pour rendre le livre aussi fascinant que bouleversant. Je sors de cette lecture sous le choc, en pleurs sur l'itinéraire de cette femme, en colère sur les méthodes psychiatriques de la 2e partie du XXe siècle.
 
Parce que ce livre, c'est tout ça et beaucoup plus encore.
 
C'est une histoire familiale d'abord, aux origines bourgeoises, dans laquelle les femmes doivent se conformer aux injonctions d'un ordre social, être de bonnes épouses et de bonnes mères. Celles qui comme Élisabeth aspirent à s'en émanciper tomberont sous le joug de la médecine.
 
C'est là que de l'individuel on passe au collectif. Adèle YON, en enquêtant sur l'itinéraire de cette aïeule, relate les méthodes employées et déconstruit les modèles de la psychiatrie. Elle va notamment se focaliser sur la lobotomie, cette opération chirurgicale qui vise à extraire le lobe frontal du cerveau pour supprimer ce que ces femmes auraient en trop !
 
Le mot "femme" est prononcé. Ce livre se veut aussi le témoin de ce que les hommes, les pères, les maris, les frères, les médecins, imposaient au "sexe faible". En lisant Adèle YON, vous verrez à quel point cette expression prend tout son sens dans les pratiques d'une époque et explique les violences faites aux femmes, l'incarnation de la domination masculine, patriarcale, à commencer par la maternité.
 
Ce qui est terrifiant, c'est de voir à quel point la jeune génération est encore imprégnée du passé. Adèle YON révèle qu'elle-même a été élevée avec la crainte d'être fragile comme Elisabeth. C'est parce qu'elle risque de devenir folle qu'elle se lance dans les recherches qui lui permettront d'écrire cette thèse. La filiation, la transmission de génération en génération, est terrifiante. Son livre n'en est que plus puissant.
 
Je pourrais en écrire des pages, tellement il regorge de détails, il est foisonnant et captivant. Il est déjà lauréat de nombreux prix littéraires : Le Grand Prix des Lectrices Elle, le Prix Régine Deforges, le Prix Littéraire du Nouvel Obs, le Prix Essai France Télévisions...
 
Lire un livre, c'est planter un décor, poser des images sur des personnages, parfois inspirées du cinéma. Vous comprendrez que le visage de Virginie EFIRA se soit imposé à moi. Dans "En attendant Bojangles" de Régis ROINSARD, elle interprète divinement bien comment pouvait être traitée la maladie mentale dans les années 1960. 
 
Ce livre fait partie de ceux que je n'oublierai jamais. C'est à ça que je reconnais les coups de coeur !
 
Retrouvez ceux de l'année 2025 :
"Les braises de Patagonie" de Delphine GROUES.

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2025-09-12T06:00:00+02:00

Où les étoiles tombent de Cédric SAPIN-DEFOUR

Publié par Tlivres
Où les étoiles tombent de Cédric SAPIN-DEFOUR
 
La rentrée littéraire, ce ne sont pas que des romans, il y a des essais aussi à l'image de cette lecture #coupdepoing : "Où les étoiles tombent" de Cédric SAPIN-DEFOUR. Elle figure dans la première sélection du Prix Renaudot 2025.
 
"Où les étoiles tombent" est l'histoire bien réelle d'un couple, passionné de montagne, d'ascension, et de parapente. Habituellemt, Mathilde, s'envole la première, Cédric la suit. Là, il part le premier. Quand il se retourne, il ne voit plus de voile, elle est écrasée au sol. C'est le 12 août 2022 que l'accident s'est produit dans la région de Bolzano en Italie, laissant Mathilde entre la vie et la mort.
 
Longtemps Cédric SAPIN-DEFOUR pensera que Mathilde est morte. À tellement l'anticiper, le cerveau a mémorisé l'information au point d'avoir des difficultés à l'effacer.
 
Le jour du 12 août 2022 rayonne à l'image du faisceau lumineux d'un phare. C'est un repère dans le temps à partir duquel est balisée l'existence de Mathilde, depuis sa naissance jusqu'à sa réparation. Le temps est un élément majeur de la prose de Cédric SAPIN-DEFOUR. Il peut être un allié comme un ennemi.


À la fois j'entreprends tout vite pour accélérer vers toi, à la fois il me fait occuper chaque interminable minute, quoi que je choisisse je me trompe d'allure. P. 34

Cédric SAPIN-DEFOUR restitue, comme dans un journal intime, de façon chronologique, les différentes phases de la reconstruction de son épouse. Il y a des faits rapportés de façon presque clinique, il y a aussi des ressentis, des sentiments que seuls ceux qui sont passés tout près de la mort peuvent éprouver. Sans pathos, il y a bien sûr des questions existentielles. Là, l'écrivain prend de la distance par rapport aux réalités qui l'assaillent pour s'interroger sur ce qui faisait, fait, et pourrait faire sens dans sa vie aux côtés ou sans Mathilde. Le propos prend alors une dimension philosophique. 
 
Cet essai va vous faire vivre un véritable ascenseur émotionnel... vous allez évoluer au rythme des réflexions de l'auteur.


Avant de t'endormir, tu m'as dit deux phrases, la première m'a fait quitter le sol de bonheur, la seconde m'y a rabattu violemment.
"On va y arriver."
"Je voudrais que tu restes." P. 182

L'écriture permet d'entretenir la mémoire. L'écrivain dresse un formidable portrait de son épouse, une battante, de ces femmes que rien ne saurait arrêter.
 
L'écriture exorcise aussi les angoisses. Au service de Cédric SAPIN-DEFOUR, l'exercice permet de résister, un verbe dont la dimension impacte le quotidien d'un homme, pétri de douleur, de culpabilité et de souffrance devant l'état de santé de son épouse.
 
L'écriture permet encore de panser les plaies de Cédric SAPIN-DEFOUR. Au fil de l'essai, l'écrivain chemine dans l'appropriation des faits et de leurs impacts sur leur vie à tous les deux.
 
La narration propose d'ailleurs un chassé-croisé de deux temporalités, celle de la reconstruction de Mathilde bien sûr mais celle aussi du fil de cette journée du 12 août 2022 que Cédric SAPIN-DEFOUR s'attache à redérouler. Ce n'est qu'à la fin du récit que vous retrouverez l'analyse de ce qui s'est passé aux environs de 22 heures de cette journée vertigineuse. Ingénieux et parfaitement mené. 
 
Ce livre est lumineux, c'est un hymne à la vie, à la beauté, notamment des montagnes. C'est un essai qui va vous donner envie de croquer votre vie à pleine dents.
 
C'est aussi un livre hérisson, un livre dans lequel j'ai relevé une multitude de citations. J'aurais pu, en réalité, noter chacune des phrases de l'auteur, c'est vous dire si j'ai vibré.
 
Ça sera, en plus des prix littéraires, l'opportunité pour moi de venir régulièrement vous en parler !
 
Aujourd'hui, c'est ma #VendrediLecture.

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2025-07-25T06:00:00+02:00

Camera obscura de Gwenaëlle LENOIR

Publié par Tlivres
Camera obscura de Gwenaëlle LENOIR

Editions Julliard

Et de 4 dans le bal 2025 des 68 Premières fois avec "Camera obscura" de Gwenaëlle LENOIR, un premier roman.

En littérature, il y a mille et une façons d'aborder la guerre. Gwenaëlle LENOIR, journaliste, spécialiste de l'Afrique Subsaharienne, le Moyen et le Proche Orient, choisit de partir de faits réels de l'Histoire contemporaine pour dévoiler les actes de torture commis sur le peuple d'un pays vivant sous régime dictatorial. Vous connaîtrez ce pays en vous documentant, l'écrivaine dévoilant quelques indices. 
 
Le narrateur est marié et père de deux enfants. L'emploi qu'il occupe, c'est celui que lui a trouvé son beau-père ayant fait carrière dans un ministère du pays. Il est photographe à l'hôpital militaire, enfin plus précisément à la morgue de l'hôpital militaire. C'est là qu'arrivent dans des "fourgons rouillés" les corps de ceux tombés sous les coups de la répression. Le motif : ils seraient des terroristes.
 
Cette mission, c'est l'Etat qui la lui confie.


Tu prends les terroristes en photo. Tu es le gardien des preuves. P. 151

Il s'agit pour le président de conserver des preuves de ce que les terroristes commettent pour faire tomber son régime, un moyen de se justifier des exactions réalisées par sa milice.

Mais la mission d'un photographe dans un pays en guerre relève d'autres ambitions, notamment celle de partager au monde entier des faits, témoigner de réalités, en laisser une trace pour les générations à venir.

Si ce dessein n'est pas apparu immédiatement comme un besoin irrépressible chez le narrateur, il l'est devenu. Gwenaëlle LENOIR retrace l'itinéraire d'un homme ordinaire devenu, au fil de ses journées de travail, un résistant.


Le président pouvait tuer la moitié de son peuple, il n'empêcherait pas l'autre moitié de faire semblant de lui obéir pour mieux tromper ses sbires. P. 160

Alors, chaque matin, le narrateur part travailler, incarner son "rôle de composition" avec le risque de tomber sous le joug des "pantalons de tergal et cheveux gominés", les miliciens du régime.

J'ai été profondément touchée par les descriptions des corps bien sûr, on le serait à moins, mais aussi par le cheminement psychologique du narrateur.

Avec ce roman, je comprends mieux aujourd'hui ce que l'on entend, à qui veut bien prêter l'oreille, des iraniens privés de cette capacité à faire tomber le régime par l'opération américaine « Midnight Hammer » en Iran dans la nuit du 21 au 22 juin 2025. Si l'objectif de tous reste le même, les moyens sont différents. Les insurgés ont un besoin irrépressible de se libérer de leurs bourreaux à la force de leurs armes, là la photographie. Le propos prend un caractère universel et intemporel.

Ce roman rend hommage à celui dont le nom de code est César. Peut-être serait-il tombé dans l'oubli, ou pire encore, n'aurait jamais été cité. Avec ce roman, Gwenaëlle LENOIR assure sa postérité.

C'est une lecture coup de poing, une lecture nécessaire, saluée par le Prix Relay des voyageurs 2024 qui vient notamment honorer les qualités de la plume de Gwenaëlle LENOIR. Il est sorti en poche aux éditions Pocket.

Bien sûr j'aurais pu trouver dans le hard rock une chanson associée pour poursuivre le bal 2025 mais j'ai choisi celle de France GALL, sortie en 1981, "Résiste". Vous pourrez danser sur ses notes de musique, vous pourrez aussi lever un poing serré ✊

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2024-04-05T06:00:00+02:00

La Colère et l’Envie d’Alice RENARD

Publié par Tlivres
La Colère et l’Envie d’Alice RENARD

Éditions Héloïse d’ORMESSON

 

J’aime faire confiance aux premiers romans, par principe. Vous vous souvenez bien sûr de toutes ces années de lectures partagées avec les 68 Premières fois.

 

De passage à la Librairie L’étincelle d’Angers, dans la rentrée littéraire de septembre 2023, j’avais choisi « Ce que je sais de toi » d’Eric CHACOUR, bonne pioche, et « La Colère et l’Envie » d’Alice RENARD, un roman qui m’a émue aux larmes. Je vous explique.

 

Dans un couple naît une enfant, Isor, dont les comportements semblent… différents. Si les parents ont tout d’abord pensé à une surdité l’empêchant d’entendre son environnement et d’interagir avec lui, ils se sont rapidement rendus compte que leur fille souffrait de quelque chose de plus complexe que les médecins ne réussissaient d’ailleurs pas à identifier. Paradoxalement, Isor les surprenait avec des réalisations tout à fait inattendues. Ils décidèrent de rompre avec le système et de la prendre exclusivement en charge. Mais c’était sans compter sur ce dégât des eaux les obligeant à confier Isor à Lucien, leur voisin, une homme de plus de 70 ans. C’est là que commence, pour tous, une nouvelle vie.

 

J’ai été émue aux larmes par cette histoire écrite par une toute jeune femme, Alice RENARD. Souvenez-vous bien de son nom, elle va faire un tabac.

 

D’abord, il y a la narration, un exercice parfaitement réussi. Le roman est pour partie choral, pour partie construit comme une discussion, pour partie comme le récit à la première personne du singulier, pour partie encore sous forme de correspondance. Bref, le procédé est audacieux et montre à quel point Alice RENARD a talent.

 

Et puis, il y a l’histoire, faite d’intrigues. Les personnages d’Isor et Lucien recèlent à eux deux de profonds mystères qui rendent le roman haletant. 

 

J’ai été happée par la complicité de deux êtres que les générations séparent mais que la solitude unie. Il y a des moments de pure complicité si beaux. 


J’aimerais tout posséder pour pouvoir tout t’offrir.

Je dis ça alors que rien ne nous manque. Ou peut-être un orchestre privé ? Un tapis plus moelleux ? Ta tête sculptée huit fois en guise de pion sur un plateau de petits chevaux ? Un théâtre dans l’arrière-jardin avec des chaises à fleurs et à paillettes ? Des journées faites seulement d’après-midis et aucune nuit pour les séparer ? Que je sois un adolescent, pour qu’on ait un futur plus long que notre présent, et que je sois tout frêle et tout chétif, pour qu’à ton tour tu me prennes sur les genoux. Que l’on m’accorde un vœu pour souhaiter que tous les tiens se réalisent. Que tu aies des chaussures à grelots et que la maison soit pleine de couloirs pour étirer ces moments où je t’entends venir vers moi. P. 81

La relation établie entre Isor et Lucien repose sur des choses simples, tellement naturelles et spontanées. C’est beau et puissant.

 

Mais Alice RENARD ne saurait s’en contenter. Elle donne un ton lyrique à son histoire, de quoi vous transporter et vous étreindre le coeur.

 

Sans oublier la place faite à la musique…


Je me crée des listes de morceaux à écouter pour toutes les occasions. Par exemple « c’est le premier jour de l’hiver et il fait froid », ou bien encore « je perds mes clefs et j’ai besoin de me calmer ». Ce sont des listes au cas où, pour être consolé. Oui, très exactement, des lettres de consolation que je m’écris à l’avance. Un filet de sécurité. Et puis il y a les « listes mémoire », qui engravent mon souvenir d’un événement, d’une période, d’une année. P. 88-89

C’est juste éblouissant. 

Tout au long de cette lecture j’ai pensé à cet album jeunesse « Nous, les émotions » de Tina OZIEWICZ et Aleksandra ZAJAC, tellement à propos.

Bravo à Alice RENARD pour le Prix Méduse 2023, nul doute qu'elle sera honorée d'autres récompenses pour son magnifique premier roman.

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2024-04-02T06:00:00+02:00

Les filles du chasseur d’ours d’Anneli JORDAHL

Publié par Tlivres
Les filles du chasseur d’ours d’Anneli JORDAHL

Éditions de L’Observatoire

 

Ce roman entre sans conteste dans la catégorie du « Nature writing ». Je ne savais pas bien ce que ce genre nouveau révélait de spécificités avant d’être « Encabanée » par Gabrielle FILTEAU-CHIBA.

 

Maintenant, je sais à quel point vivre en immersion dans la nature fait vibrer tous nos sens !

 

Là, nous partons pour la Finlande à la rencontre d’une fratrie. Ce sont « Les Filles du chasseur d’ours » d’Anneli JORDAHL.

 

Les filles sont au nombre de sept. Elles vénèrent leur père, ce héros, pour ses tableaux de chasse. Leur mère, cette femme qui en l’absence de son mari, doit assurer le bon fonctionnement de la ferme, leur donne une éducation rustre et sans concession. Alors, quand leur père succombe sous les coups de l’ours le plus redoutable de la contrée, elles se retrouvent en perte de repères. Leur mère sombre dans la folie jusqu’à en mourir. C’est là qu’un choix déterminant va orienter la vie des filles, loin de la société, au coeur de la forêt, là où leur père élisait domicile quand il partait chasser.  Sauvageonnes, elles vont s’exercer à vivre de ce que Dame Nature est en mesure de leur offrir, pour le meilleur comme pour le pire.

 

Cette histoire c’est un conte des temps modernes, un récit inventé de toutes pièces par une écrivaine dont je découvre le talent. Si vous avez envie de vous déconnecter de votre réalité, je crois bien que ce livre est pour vous.

 

Il y a des passages avec des descriptions tout à fait exaltantes du rapport du corps à l’eau quand il s’immerge. Vous allez frissonner, de froid, à moins que ça ne soit d’ivresse.

 

Et puis, dans ce roman, il y a la sororité déclinée à l’échelle d’une fratrie de sept filles, sept êtres dont les comportements sont dictés par l’instinct de survie, sept individus aux réflexes primitifs de se défendre, se nourrir, se réchauffer, s’abriter.

 

Mais plus que tout, dans ce roman, ce qui m’a captivée ce sont les aspirations de deux d’entre elles, l’une, Simone, pour la spiritualité l’autre, Elga, pour la littérature.  Il y a quelque chose de transcendant, de l’ordre du dépassement de soi, c’est absolument fascinant.

 

Ce roman, un pavé, en lice pour le Prix des Lectrices Elle, est tout à fait original, une lecture qui relève de l’expérience.

 

Bravo à Anna GIBSON pour la qualité de la traduction. 

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2024-03-12T07:00:00+01:00

Ce que je sais de toi d’Eric CHACOUR

Publié par Tlivres
Ce que je sais de toi d’Eric CHACOUR

Éditions Philippe REY

 

Les premiers romans sont comme autant d’espoirs de renouveau. C’est un peu comme le printemps et toutes ses promesses… de beaux jours, de belles fleurs, de beaux fruits, de beaux arbres… 

 

Dès sa sortie en librairie en septembre 2023, « Ce que je sais de toi » d’Eric CHACOUR fut plébiscité. Il n’aura fallu qu’un passage à la Librairie L’Étincelle pour qu’il rejoigne ma PAL.

 

Nous partons pour Le Caire. Nous sommes en 1961. Deux enfants, un garçon de 12 ans. Tarek, une fille de 2 ans de moins, Nesrine, se promènent en ville en famille. Il y a un premier échange autour d’une voiture, puis d’un métier. Assez naturellement, l’aîné qui porte les mêmes initiales que son père, sera médecin comme lui. D’une banale discussion se concrétise un destin au sein de cette famille levantine, elle fait partie de la communauté des Chawams, des Chrétiens, des hommes et des femmes occidentalisés, des francophones. C’est dans ce microcosme égyptien que se construit Tarek. À la mort de son père en 1974, il a 25 ans. Il prend e relève de son père dans sa clinique. Mais ça ne saurait lui suffire.

 

 

Ce roman m’a happée dès les premières pages. C’est un excellent premier roman, j’ai vibré. Je ne suis d’ailleurs pas la seule puisqu’il a été honoré de très beaux prix littéraires, le Prix Première Plume (après Anthony PASSERON pour « Les enfants endormis »,  Victoria MAS pour « Le bal des folles », Adeline DIEUDENNE de pour « La vraie vie », Caroline LAURENT et Evelyne PISIER pour « Et soudain, la liberté ») et le Prix Femina des Lycéens. Qui disait que les jeunes ne lisent plus et qu’ils n’ont pas de goût ?

 

Dans ce roman, il y a le portrait dressé d’une Egypte plurielle, celle de cette communauté levantine, celle des bidonvilles (l’occasion d’un petit clin d’œil à Soeur Emmanuelle qui s’était installée là-bas et a beaucoup apporté à la population du  Moqattam), celle encore d’un pays dont le déclin est annoncé. Nombreux seront ceux à quitter le territoire notamment pour le Canada. Eric CHACOUR a puisé dans son histoire personnelle pour en dessiner les contours.

 

Comme j’ai aimé le traitement de la langue et ce qu’elle véhicule avec elle.


Ce langage semblait appartenir au monde des adultes, un continent lointain qu’il te restait à découvrir. Tu ignorais si l’on y échouait un jour, sans s’en apercevoir, pour trop avoir laissé l’enfance dériver, ou s’il s’agissait de terres qui se conquièrent dans la souffrance. P. 16

Et puis, il y a l’amour, lui aussi pluriel. Il y a celui, conventionnel, de Tarek avec Mira, une jeune femme avec qui il a passé de nombreuses années, cette histoire était écrite. Et puis, il en est une autre qui va faire exploser tous les carcans, celui des classes sociales, celui de la sexualité. A l’heure où Eric DUPONT-MORETTI présente les excuses de la France auprès des homosexuels discriminés de 1942 à 1982, il est d’autres territoires dans lesquels l’homosexualité est interdite.

 

Enfin, il y a la narration, parfaitement maîtrisée. Tout commence avec la 2ème personne du singulier, de quoi interpeller le lecteur, le prendre à témoin, le questionner. Lui, qu’en aurait-il pensé ? Comment aurait-il agit ? Pour la suite, vous comprendrez que sa lecture s’impose…

 

La plume d’Eric CHACOUR est absolument magnifique, à la fois grave et poétique, tellement captivante. J’ai savouré ce roman qui va rester longtemps gravé dans ma mémoire, comme ce chocolat, une délicate attention de petit Papa Noël. Je ne connaissais pas le concept « Le chocolat de poche ». L’essayer c’est l’adopter 😉

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2023-03-25T15:28:48+01:00

Mémoire de fille d'Annie ERNAUX

Publié par Tlivres
Mémoire de fille d'Annie ERNAUX

Nouvelle référence du Book club, "Mémoire de fille" d'Annie ERNAUX, roman publié initialement chez Gallimard et maintenant disponible chez Folio, vient cocher la 5ème case du challenge de Flo and Books #marsaufeminin.

Mémoire de fille d'Annie ERNAUX

Je n'avais encore jamais lu Annie ERNAUX, dont l'oeuvre a été honorée du Prix Nobel de Littérature 2022, honte sur moi.

Ce roman autobiographique retrace une page de l'existence de l'écrivaine, cette année de la découverture de la fougue amoureuse, de la sexualité, de la liberté d'être une adolescente et de laisser libre cours à la passion.

Annie DUCHESNE est née dans un milieu ouvrier, catholique, c'est la fille de l'épicière d'Yvetot. Elle est passionnée de littérature. Accueillie dans un pensionnat religieux de filles exclusivement, le départ comme monitrice d'une colonie de vacances est la voie royale pour s'émanciper et assouvir ses désirs, notamment charnels.

Annie ERNAUX partage son parcours initiatique sur deux années, mais le plus intense, le plus puissant, le plus fort est ce premier été passé loin de chez elle à découvrir une nouvelle dimension.


Cette euphorie de tout l'être comme si notre jeunesse était démultipliée par celle des autres - l'ébriété communautaire. P. 72

Si je n'ai pas été transportée par la plume de l'autrice, il n'en demeure pas moins qu'elle a su entretenir le suspense d'une jeunesse repoussant les limites au risque d'être prise pour une idiote, une fille facile, l'énième à succomber au charme d'un garçon qui multiplie les conquêtes et se joue de son amour.

Cet été est celui de tous les dangers, c'est aussi celui des fondations d'une vie d'adulte, d'une vie de femme.

Il témoigne d'une époque aussi. Nous sommes en 1958, une dizaine d'années avant que la jeunesse ne batte le pavé pour un changement de société.

C'est le peu de souvenirs que me laissera ce roman en tête. Peut-être pas le meilleur de l'écrivaine... 

Retrouvez toutes les références passées du Book club :

Futur.e.s, comment le féminisme peut sauver le monde de Lauren BASTIDE

Les étoiles s'éteignent à l'aube de Vincent TURHAN

"L'heure des oiseaux" de Maud SIMONNOT

"Quand tu écouteras cette chanson" de Lola LAFON

"Ultramarins" de Mariette NAVARRO 

"Consolation" de Anne-Dauphine JULLIAND
 
"Malgré tout" de Jordi LAFEBRE
 
"Sidérations" de Richard POWERS

"Hamnet" et "I am I am I am" de Maggie O'FARRELL

"Les enfants sont rois de Delphine DE VIGAN
"Au-delà de la mer de David LYNCH

"Le messager" de Andrée CHEDID 

"Le messager" de Andrée CHEDID 

"L’ami" de Tiffany TAVERNIER

"Il n’est pire aveugle" de John BOYNE

"Les mouches bleues"» de Jean-Michel RIOU

"Il fallait que je vous le dise" de Aude MERMILLIOD, une BD

"Le roi disait que j'étais diable" et "La révolte" de Clara DUPONT-MONOD

"Un jour ce sera vide" de Hugo LINDENBERG

"Viendra le temps du feu" de Wendy DELORME

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2023-02-24T07:00:00+01:00

Les abeilles grises de Andreï KOURKOF

Publié par Tlivres
Les abeilles grises de Andreï KOURKOF

Liana Levi

Traduit du russe (Ukraine) par Paul LEQUESNE

En ce triste anniversaire de l’invasion russe en Ukraine, je fais acte de résistance, à ma manière, en honorant un écrivain né à Kiev, Andreï KOURKOF, lauréat du Prix Médicis étranger 2022 avec son 10e roman publié en France : « Les abeilles grises ».

Nous partons pour le village de Mala Starogradivka du Dombass situé en « zone grise » du conflit russo-ukrainien. Là continuent de vivre deux survivants, deux ennemis de toujours, maintenant retraités, Pachka Kmelenko et Sergueïtch Sergueï. Pour tenir malgré le froid qui sévit et les obus qui tombent sur les maisons en ruine des alentours, ils se rendent ponctuellement visite, histoire de partager un verre. C’est aussi un bon moyen de surveiller l’autre et de s’informer de l’état de son réseau. La nuit, tous les chats sont gris ! Sergueïtch voue une passion sans borne à ses ruches. Il veille sur ses abeilles et ne recule pas devant les passages de frontières pour leur offrir une prairie fleurie à butiner, mais là commence une nouvelle histoire.

Nous sommes en 2017 mais vous l’aurez compris, fiction et réalité ne font qu’une depuis le 24 février 2022. 

J’ai profondément aimé accompagner Sergueïtch Sergueï dans ses tribulations. Le personnage est éminemment romanesque. Lui, alors que la guerre gronde, fait montre de fantaisie pour résister.


Et ils étaient partis. Parce qu’ils craignaient pour leur vie plus que pour leurs biens et qu’entre deux peurs, ils avaient choisi la plus forte. P. 9

Il se lance dans des actions aussi folles que dangereuses comme le changement de plaques dans les rues du village. C’est vrai quoi, pourquoi ne pas renommer la rue Staline par la rue Taras Chevtchenko ? 

Et puis, il y a ce voyage. Les descriptions sont si précises, presque cinématographiques, que tout au long du périple je l’ai vu à bord de sa voiture, sa Tchetviorka verte, franchir les check-points, aussi terrifié par la réalité


Il éprouvait cependant toujours la même tension. Une peur le travaillait, qui se transmettait dans ses doigts par un tremblement, si bien qu’il serrait le volant plus fort, les yeux rivés sur la route devant lui, sur les bas-côtés de laquelle, dans un sens comme dans l’autre, des gens marchaient, chargés de sacs et valises, tirant ou poussant des chariots. Il les dépassait et captait toutes sortes de regards posés sur lui, du suppliant au compatissant. P. 242

qu’émerveillé par la perspective de nouveaux horizons.

Bien sûr, Sergueïtch Sergueï va faire des rencontres, des belles, et puis d’autres qui vont l’obliger, un temps, à oublier sa propre condition pour tenter de sauver des vies plus exposées que la sienne. Le personnage est empreint d’un humanisme naturel. Il nous ferait presque aimer l’Homme alors qu’il est si ignoble.

Quant à la nature, elle occupe une très belle place dans les 400 pages du roman.


La sagesse de la nature, voilà ce qui enchantait Sergueïtch. P. 364

Je n’avais encore rien lu d’Andreï KOURKOV, c’est une belle découverte, une plume fascinante et lumineuse. Le sujet est grave, il traite de la guerre du terrain. Il sait y mettre une dose d’humour, une manière comme une autre de se confronter au conflit aux portes de l'Europe, une manière plus qu'une autre d'y entrer par la grande porte, la littérature.

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2023-01-03T07:00:00+01:00

Quand tu écouteras cette chanson de Lola LAFON

Publié par Tlivres
Quand tu écouteras cette chanson de Lola LAFON

Éditions Stock

Une lecture coup de poing pour démarrer l'année, une référence du Book club pour démarrer 2023 avec un texte fort.

Vous connaissez peut-être la Collection "Ma nuit au musée", une série de livres qui lient admirablement l'art et l'Histoire dans le murmure du temps. Vous vous souvenez peut-être de ma première découverte de "Comme un ciel en nous" de Jakuta ALIKAVAZOVIC

J'ai rechuté avec "Quand tu écouteras cette chanson" de Lola LOFAN, un texte EXTRAordinaire.

D'abord, Lola LAFON a choisi un lieu sur lequel la Shoah a marqué son empreinte comme le tatouage sur le bras gauche des hommes et des femmes, juifs, dans les camps de concentration. L'Annexe du Musée est le lieu où la famille Frank a vécu clandestinement pendant 25 mois, 40 mètres carré pour 760 jours de survie, à l'abri des regards et des oreilles du peuple hollandais, lui, qui, en 1940, capitule et s'astreint à appliquer les mesures anti-juives. Otto et son épouse Edith, Margot et Anne leur deux filles, hébergeront quatre autres des leurs jusqu'au 4 août 1944, ce jour où la Gestapo accède au troisième étage de l'immeuble de bureaux d'Opekta.

Et puis, le temps d'une nuit, Lola LAFON, l'écrivaine de talent, va cohabiter avec une absente, celle qui a fait de l'écriture son alliée pour s'évader de ces 40 mètres carrés, celle dont le texte a depuis été spolié à des fins commerciales et politiques. Abject ! A travers ce récit, Lola LAFON s'attache à restituer l'authenticité de la prose de la jeune adolescente pour en assurer la postérité.


Transformer le Journal en un texte sentimental ! P. 114

Lola LAFON excelle dans les liens tissés entre les destins brisés des deux jeunes femmes, le sien et celui d'Anne FRANK, toutes deux intimement liées par leur judéité. L'histoire de leurs familles suit malheureusement les mêmes dramatiques itinéraires à l'exception près que les ancêtres de Lola LAFON ont survécu aux exterminations, assurant ainsi une descendance, hantée aujourd'hui par les fantômes des disparus, croulant sous le fardeau de ce passé. 


L’exil - perdre racine - est un mal dont les symptômes me sont familiers. […] Je sais les désordres de ceux qui ont du se défaire de leur prénom, de leur langue, de leur pays, de leur maison, de leurs parents, de leurs désirs. P. 156

L'écrivaine explore au scalpel le sujet de l'identité et philosophe autour du rôle et du pouvoir de l'écriture.


Écrire n’est pas tout à fait un choix : c’est un aveu d’impuissance. On écrit parce qu’on ne sait par quel biais attraper le réel. P. 89

J'ai été touchée en plein coeur par ce texte qui navigue entre les registres de la littérature, l'histoire romancée d'une page de la vie d'une adolescente devenue célèbre malgré elle, le récit de vie personnelle de l'écrivaine, la médiation culturelle d'un des lieux les plus visités des Pays-Bas.

La plume est profondément émouvante. Elle vous serre le coeur du mal qui ronge les générations, de l'ignominie humaine qui fait front. Quant à dire plus jamais ça, la chute est foudroyante.

S'il n'était qu'un brin d'espoir, retenons que l’appartement des Frank de Merwedeplein soit devenu un lieu de résidence d'écrivains persécutés, un lieu de création, un lieu de vie, quoi !

"Quand tu écouteras cette chanson" est lauréat du Prix Décembre 2022 et du Prix Les Inrockuptibles.

Retrouvez toutes les références du Book club :

"Ultramarins" de Mariette NAVARRO 
 
"Consolation" de Anne-Dauphine JULLIAND
 
 
"Malgré tout" de Jordi LAFEBRE
 
"Sidérations" de Richard POWERS
 
"Hamnet" et "I am I am I am" de Maggie O'FARRELL
 
 "Les enfants sont rois" de Delphine DE VIGAN
 
"Au-delà de la mer" de David LYNCH

"Le messager" de Andrée CHEDID 

"L’ami" de Tiffany TAVERNIER

"Il n’est pire aveugle" de John BOYNE,

"Les mouches bleues"» de Jean-Michel RIOU,

"Il fallait que je vous le dise" de Aude MERMILLIOD, une BD,

"Le roi disait que j'étais diable" et "La révolte" de Clara DUPONT-MONOD, 

"Un jour ce sera vide" de Hugo LINDENBERG

"Viendra le temps du feu" de Wendy DELORME,

"Il n'est pire aveugle" de John BOYNE...

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2022-08-12T06:00:00+02:00

Ultramarins de Mariette NAVARRO

Publié par Tlivres
Ultramarins de Mariette NAVARRO
 
"Ultramarins", c’est le premier roman de Mariette NAVARRO. Je l'ai découvert grâce au Book club, une nouvelle référence, un coup de coeur, l'occasion d'inviter une nouvelle fois en quelques jours mon ami Botero Pop
 
Elle est Commandante de navire depuis 3 ans. D’elle, on ne sait presque rien, sauf que son père, avant elle, faisait ce même métier. Ce que l’on sait toutefois, c’est qu’elle est respectée pour la qualité de son travail. Elle s’est fait un nom dans le métier. Les marins veulent désormais faire partie de son équipage. Sur son cargo, tout est réglé comme du papier à musique jusqu’au jour où elle répond par l’affirmative à une question tellement improbable, se baigner en pleine mer. A partir de ce moment-là, plus rien ne se passera comme il se doit lors de la traversée de l’Atlantique.
 
Ce roman est une pépite.
 
D'abord, il m'a touchée par l’éloge du travail au féminin. A celles et ceux qui douteraient encore de la capacité des femmes à assurer des métiers, par le passé, dits d'hommes, je ne peux que leur conseiller cette lecture, c'est un hymne au professionnalisme des femmes.


Depuis qu’elle est celle qui donne les ordres et décide de la carrière des autres, on ne dit plus rien, le féminin a fait son chemin dans les esprits, est entré dans les histoires comme le surnom d’autres marins célèbres. P. 15

Et puis, il y a quelque chose d’exceptionnel dans ce roman, c’est le rapport au corps. Je me suis laissée surprendre par cette dimension alors que je m’imaginais m'immerger au cœur d’un univers technique,  mécanique, un brin militaire, froid et insensible. C'est tout autre chose que nous propose Mariette NAVARRO, notamment avec l’évocation du corps de la femme, la commandante, en fusion totale avec celui de la machine, le cœur de l’animal, grandiose.


Le cargo, quand elle ferme les yeux, c’est son corps à elle, stable et droit. À en oublier les vagues. P. 16

Mais il y a aussi et surtout ce moment d’ivresse des hommes, nus, la cure de jouvence que procure ce bain en plein océan. Il y a l'entrée des corps dans l'élément naturel, le choc des températures, et très vite, l'effervescence des sens. Mariette NAVARRO décrit formidablement bien le lâcher prise pour laisser place à une certaine forme de (re)naissance.


Ils naissent adultes et de leur plein gré, les pieds en avant, les bras le long du corps, et dans la gorge un chant retenu, un cri débutant. P. 23

Cette baignade clandestine, radars coupés, agit comme un instant de rupture dans le roman. Alors que le décor était planté, que tout semblait parfaitement maîtrisé, il y a cette demande, tellement incongrue, et la commandante qui répond "D'accord".
 
Dès lors, les hommes aguerris s'exposent à la perte totale de leurs repères, s'aventurant aux confins de leur zone de confort, là où la prise de risques est la plus grande. Jamais, non jamais, ils n’ont plongé dans les profondeurs de l’océan. Passée la période d'euphorie, ils prennent conscience de leur vulnérabilité. Comme j'ai vibré avec eux, imaginant que le navire puisse les laisser choir, là. Ils nagent en eaux troubles, dans la plus grande détresse.
 
Et puis, Mariette NAVARRO explore le besoin irrépressible qu’ont certains êtres humains de devoir quitter la terre ferme pour naviguer, aller jouer avec l’horizon, passer de l’autre côté… N'est-ce pas une question que vous vous posez ? Pourquoi ?
 
Mais ce roman ne serait rien sans le mystère de la présence d’un vingt-et-unième homme à bord du canot de sauvetage. Qui est-il ? D’où vient-il ? L'écrivaine va exercer une tension sur les esprits qu'elle va entretenir jusque dans les dernières pages. "Ultramarins" devient un thriller psychologique. Dès lors, les êtres sont capables de tout !
 
Enfin, la plume est un pur délice, une écriture tout en poésie :


Elle sait qu’on n’est pas toujours les bienvenus sur le dos des océans, qu’on ne peut pas impunément s’agripper à leur crinière. P. 39

La chute est profondément émouvante. Ce roman est original, un inclassable. Les membres du jury de l'Académie Hors Concours ne s'y sont pas trompés, les lecteurs et les lectrices l'ont élu roman de l'année 2021.
 
Pour moi, c'est un coup de coeur !
 
Voilà une nouvelle référence très surprenante du Book Club, une excellente surprise. Vous aimerez peut-être aussi :
 
"Consolation" de Anne-Dauphine JULLIAND

"La porte du voyage sans retour ou les cahiers secrets de Michel ADANSON" de David DIOP

"Malgré tout" de Jordi LAFEBRE

"Sidérations" de Richard POWERS

"Hamnet" de Maggie O'FARRELL

 "Les enfants sont rois" de Delphine DE VIGAN

"Au-delà de la mer" de David LYNCH

"Le messager" de Andrée CHEDID

"L’ami" de Tiffany TAVERNIER

"Il n’est pire aveugle" de John BOYNE,

"Les mouches bleues"» de Jean-Michel RIOU,

"Il fallait que je vous le dise" de Aude MERMILLIOD, une BD,

"Le roi disait que j'étais diable" et "La révolte" de Clara DUPONT-MONOD, 

"Un jour ce sera vide" de Hugo LINDENBERG

"Viendra le temps du feu" de Wendy DELORME,

"Il n'est pire aveugle" de John BOYNE...

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2022-06-24T06:00:00+02:00

La carte postale de Anne BEREST

Publié par Tlivres
Photographie des éditions Grasset

Photographie des éditions Grasset

Le roman de Anne BEREST, "La carte postale" était lauréat du Prix Renaudot des Lycéens et du Goncourt version américaine, le roman est une nouvelle fois honoré avec le Grand Prix des Lectrices Elle 2022.

Vous vous souvenez peut-être que l'année dernière, c'était Claire BEREST qui avait remporté le même prix avec "Rien n'est noir" célébrant l'artiste Frida KAHLO.

Claire et Anne sont soeurs dans la vie.

Anne puise dans leur histoire familiale pour nous livrer un roman exceptionnel, un coup de coeur, le 80ème du blog.

Tout commence au petit matin. La neige a tombé dans la nuit. La mère de Anne BEREST, Lélia, va, en chaussons, cigarette à la bouche, faire le relevé du courrier. L'année 2003 commence tout juste. Au pied de la boîte aux lettres toute disloquée, parmi les cartes de voeux, gît une carte postale avec, au recto, une photographie de l'Opéra Garnier, au verso, quatre prénoms : 
Ephraïm
Emma
Noémie
Jacques
Aussi obscure et impénétrable soit-elle avec ces seuls prénoms comme repères, ceux des grands-parents, oncle et tante de Lélia, "La carte postale" a été rangée au fond d'un tiroir après avoir suscité quelques brefs échanges lors du repas familial. Une bonne dizaine d'années plus tard, alors que Anne BEREST est enceinte et doit se reposer pour sa fin de grossesse, elle prend le chemin de la maison familiale et demande à Lélia de lui raconter la vie de ses ancêtres. Là commence toute l'histoire... ou presque. Si Lélia a fait beaucoup de recherches pour remonter le fil de l'existence des Rabinovitch, "La carte postale", elle, reste une énigme. Quelques années plus tard, elle deviendra une obsession. 
 
"La carte postale", c'est une enquête menée par Anne BEREST, elle-même, écrivaine, réalisatrice. De bout en bout, j’ai été captivée par la recomposition du puzzle familial. Ce roman est empreint d’un mystère jamais résolu qui, sous le feu de son action, prend un nouveau tournant. 
 
Sous la plume de Anne BEREST, la petite histoire, celle de ses ascendants, résonne cruellement avec la grande, celle qui porte un H majuscule, si douloureuse. Elle concourt ainsi non seulement à la mémoire de sa famille, mais aussi à celle de tous les juifs exterminés dans les camps de la mort.
 
Ce qui m’a profondément touchée aussi dans cette lecture, c’est la relation établie par Anne BEREST avec sa mère, Lélia, sans qui rien n'aurait été possible. 
 
"La carte postale", c’est la révélation de moult secrets de familles, parfois sciemment cachés, parfois totalement subis par une génération qui va pouvoir, désormais, s’émanciper de ce poids trop lourd à porter. Mais c'est aussi une démarche intellectuelle autour du sens du mot "juif". 
 
Un roman historique, un roman d'aventure, un roman jubilatoire, des personnages éminemment romanesques, tout y est, de la grande littérature comme je l'aime.
 
Anne BEREST a été interviewée par l'équipe de VLEEL (Varions les éditions en live) le 28 octobre dernier. Vous pouvez visionner l'émission.

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2022-04-28T22:38:24+02:00

Furies de Julie RUOCCO

Publié par Tlivres
Furies de Julie RUOCCO

Ma #citationdujeudi est l'occasion de revenir sur une lecture conseillée par le Book club, mais aussi de la #selection2022 des 68 Premières fois et tout juste récompensée par le Prix Saint-Georges de la Librairie Gibier de Pithiviers. Toutes mes félicitations à Julie RUOCCO pour son #premierroman, "Furies", publié chez Actes Sud.

Bérénice est archéologue de formation. Elle part en mission. Elle a pris l’habitude de faire l’aller-retour. Elle recèle des antiquités. Mais arrivée à Kilis, une ville turque à la frontière avec la Syrie, au moment où elle doit choisir les bijoux qu’elle rapportera en France, une voiture explose. C’est un attentat suicide. Sonnée, elle s’enfuie avec le sac ensanglanté. Elle trouve refuge chez sa logeuse. Lors d’une sortie, près du grillage de la frontière, une mère lui confie son enfant. Une petite fille. Bérénice dont la vie est en danger assume cette nouvelle responsabilité. Elle doit rentrer en France avec elle mais pour ça, un passeport est nécessaire. Elle s’adresse à un homme qui fait de faux papiers. Il fait revivre tous ceux de son village, assassinés, en transmettant leurs noms à ceux qui cherchent encore à sauver leur vie. Avec lui et l’enfant, Bérénice va laisser s’étirer le temps, à la vie, à la mort.

Ce roman, c’est une claque, un roman puissant qui parle de la guerre. Alors que celle de l’Ukraine a envahi depuis un mois les médias, qu’elle détruit tout sur son passage, qu’elle pousse les femmes et les enfants hors des frontières, qu’elle garde en son sein des hommes condamnés à mourir… au nom de la démocratie, comment rester indifférent à la guerre en Syrie, une guerre civile engagée depuis 2011. Souvenez-vous, soufflait alors l’élan du Printemps arabe !

Julie RUOCCO revisite les événements à travers des personnages de fiction.

Il y a cette femme, Bérénice, cette étrangère qui se retrouve en terre inconnue, en guerre.

Et puis, il y a Asim, un homme né en Syrie. Il y avait sa famille, connaissait ses voisins, il les a tous vus mourir. Dans les ruines des bâtiments et la fosse commune, il continue à chercher ce qu’il y a encore de vivant. Mais autour de lui, tout n’est que décombre et désolation.

Julie RUOCCO fait de la guerre un objet littéraire, une tragédie. Dans un récit rythmé par les explosions, elle a cette capacité à faire émerger de la torpeur et l’hébétude des instants de grâce, des moments aussi précieux que fulgurants comme autant de ponts dressés entre les hommes que plus rien ne retient !

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2021-09-29T18:10:52+02:00

Saint Phalle Monter en enfance de Gwenaëlle AUBRY

Publié par Tlivres
Saint Phalle Monter en enfance de Gwenaëlle AUBRY

L'essai de Gwenaëlle AUBRY "Saint Phalle Monter en enfance" publié aux éditions Stock fait partie de la sélection du Prix Renaudot, formidable nouvelle.

C'est l'occasion de revenir sur un magnifique livre sur une grande dame de l'art contemporain, Niki de Saint Phalle.

Au fil de XII chapitres, dont les titres sont choisis parmi les vingt-deux cartes du jeu, les Arcanes majeurs, Gwenaëlle AUBRY propose une forme de médiation artistique singulière autour de l’œuvre de Niki de SAINT PHALLE, le Jardin des Tarots réalisé sur la colline de Garavicchio en Toscane.

 

Elle déroule le fil de l’existence d’une artiste hors norme. La vie avait bien mal commencé pour elle avec ce viol incestueux à l’âge de 11 ans, l’été des serpents. A l’instar de sa mère qui voulait tout cacher, Niki de SAINT PHALLE montre tout, elle se joue de tout pour mieux se venger. Elle se marie avec Harry MATHEWS comme les règles de la bourgeoisie l’y obligent. C’est avec lui qu’elle a deux enfants mais ils ne sauraient la retenir au foyer familial. L’appel de l’art est trop fort. Elle rencontre Jean TINGUELY avec qui elle va jouir de l’existence. Lui est un passionné de Formule 1. Tous deux me font penser au couple formé par « Gabriële » BUFFET et PICABIA. Ils sont fougueux, ils croquent la vie à pleines dents, enivrés par la vitesse de leur bolide comme des événements.

Leur amour, Niki de SAINT PHALLE le qualifie d’une


amplification l'un de l'autre. P. 111

Niki de SAINT PHALLE et Jean TINGUELY ont ce point commun d’être des victimes de violence de leur père, à eux deux, ils en feront une force, un élan de création. Il y a, à partir de 1961, les tirs de carabine. Dans un contexte géopolitique des plus explosifs, elle tire sur les hommes, son père, sa mère, les institutions, l’Eglise… donnant naissance à des coulées de couleurs primaires, puis noires, sur des tableaux blancs faits de plâtre et mille et un objets collés, souvent coupants, tranchants… Il y aura ensuite les mariées, et puis, naîtra Hon, en 1966 à Stockholm.

 

Dès lors, plus rien ne peut les arrêter. En référence au roman de Ralph ELLISON « L’Homme invisible » sorti en 1952, Niki de SAINT PHALLE créera sa première Nana en 1966, Black Rosy en hommage à Rosa Parks.

De là à imaginer la création du Jardin des Tarots, il n’y a qu’un pas que les artistes franchiront main dans la main.

Dans une narration à la première personne du singulier, Gwenaëlle AUBRY prête sa plume tantôt à la voix de Niki de SAINT PHALLE, tantôt à sa démarche personnelle. J’ai beaucoup aimé le croisement des trajectoires et le concept de « Monter en enfance ».

Je suis totalement fascinée par le personnage, la femme, la féministe, l’artiste.

Je sors enivrée de l'avoir accompagnée tout au long de ces 278 pages.

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