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2017-07-13T11:00:00+02:00

Simone, éternelle rebelle de Sarah BRIAND

Publié par Tlivres
Simone, éternelle rebelle de Sarah BRIAND

Nous sommes le 13 juillet 2017, aujourd'hui Simone VEIL aurait eu 90 ans.

Elle est à la une de tous les magazines, elle s'est éteinte le 30 juin dernier.

Simone, éternelle rebelle de Sarah BRIAND

Parce qu'il s'agit d'une grande Dame, j'ai souhaité l'honorer comme il se doit. J'ai suivi les conseils de Valérie et je me suis lancée dans sa biographie écrite par Sarah BRIAND, journaliste et réalisatrice de documentaires. Une pure merveille.

Tout commence avec l'extrait du discours de réception de Simone VEIL à l'Académie Française prononcé par Jean d'Ormesson, nous sommes en 2010, mais ce moment de consécration ne saurait cacher son passé douloureux dont elle s'est attachée à assurer la mémoire. Le numéro 78651 figure sur son bras à l'encre bleue, il fut longtemps sa seule identité. Déportée alors qu'elle n'avait que 16 ans, Simone VEIL a survécu à la Shoah.

Le 22 décembre 2004, par un froid glacial, elle retrouve le camp d'Auschwitz Birkenau, elle est accompagnée de ses enfants et petits-enfants, un moment d'une très grande intensité.

Simone a toujours été rebelle, c'est peut être ce qui lui a permis de survivre à l'indicible et à mener une existence toute entière dédiée à la défense de causes d'intérêt général.

Elève brillante, Simone va suivre les conseils de sa mère :
 


Faire des études pour pouvoir travailler et être indépendante financièrement. P. 61

Elle ne sait pas encore que l'homme qu'elle épouse en 1946 s'opposera à sa volonté, mais c'est son compter sur la personnalité de Simone, rebelle, elle l'est, y compris dans son propre foyer.

En 1957, elle entre au Ministère de la Justice, elle est magistrate. Elle travaille à la direction de l'Administration pénitentiaire, elle doit inspecter les prisons françaises. Son indignation devant l'état des geôles va la pousser à faire valoir les droits des prisonniers notamment en matière de santé. C'est d'ailleurs pour ce ministère qu'en 1974 le tout nouveau Premier Ministre Jacques Chirac la nommera.

Sa carrière politique ne fera que commencer, elle sera sur le devant de la scène le 26 novembre de la même année pour prononcer son discours en faveur de la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse, l'un des engagements de campagne pris par le Président de la République, Valéry Giscard d'Estaing.

Ces éléments biographiques sont largement relatés depuis une quinzaine de jours dans les médias, mais ce qui m'a beaucoup intéressée dans cette version de Sarah BRIAND, c'est le côté profondément humain de cette femme qui avait un charisme à toute épreuve. Simone était une épouse, elle fut également une mère, une grand-mère et même une arrière-grand-mère. J'ai adoré les passages sur sa tribu et notamment l'imaginer préparer le déjeuner du samedi devenu un rituel.

Cette femme n'a pas été épargnée par les épreuves de la vie, il y a eu des décès d'êtres chers. Depuis le tout dernier,  celui de son mari, elle ne sortait plus pour des événements publics.

Sarah BRIAND a su montrer une femme "ordinaire" avec ses forces, elle en avait beaucoup, et ses faiblesses.

J'ai adoré les passages sur sa complicité avec Marceline LORIDAN et Paul SCHAFFER, ses deux amis connus en déportation avec lesquels elle entretiendra une relation incommensurable.

C'est un portrait pluriel que nous brosse Sarah BRIAND :


L'adolescente qui aimait lire, la jeune déportée qui n'a cessé de lutter, l'épouse, la mère, la grand mère, l'amie, la ministre, la présidente du Parlement européen, la discrète, la combattante, la passionnée, l'éternelle rebelle, est accueillie sous la Coupole. P. 167

Elle évoquait bien sûr celle de l'Académie française. Une autre coupole lui est aujourd'hui acquise, à elle et son mari, Antoine, celle du Panthéon, une consécration pour une femme EXTRA-ordinaire.

Magnifique biographie.

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2017-07-11T21:15:07+02:00

Le coeur à l'aiguille de Claire GONDOR

Publié par Tlivres
Le coeur à l'aiguille de Claire GONDOR

Editions Buchet et Chastel


Ce roman-là, j'aurais bien pu passer à côté, moi qui avais remercié les fées des 68 Premières fois en croyant que l'édition hiver 2017 était achevée, sacrilège !


Les premières pages s'ouvrent avec une prise de vue sur une femme, une mariée. Le photographe cherche l'angle parfait, la  qualité de la lumière et l'harmonie des couleurs dans un décor choisi avec goût pour donner au cliché la dimension de l'exceptionnel. Et puis, subitement, ses yeux, rivés sur lui dans l'attente de son assentiment, donnent à son regard une puissance incommensurable, une scène d'une profonde intensité, d'une très grande sensualité. "La photo serait belle, assurément." Qu'en est-il du fiancé ? Invisible à cet instant, et plus encore... Leïla, c'est le prénom de la femme photographiée, elle va se lancer dans la réalisation d'une création, elle cout, non pas du tissu, mais  une cinquantaine de morceux de papier sur lesquels sont écrits des mots, signés de lui, comme autant de preuves de l'amour qu'il lui voue. Ce chantier, c'est un peu comme une thérapie pour panser ses plaies.


Dans la sélection des 68 Premières fois cette année, je dois bien avouer que les portraits de femmes sont hauts en couleur. Il y eu Sali au chevet de Lo Meo dans "La téméraire" de Marine WESTPHAL, , il y a désormais Leïla sous l'emprise de l'absence de Dan dont elle est profondément amoureuse.


Toutes les deux m'impressionnent par leur abnégation et la fantaisie de leurs projets pour s'offrir un moment de répit alors même qu'elles sombrent dans une profonde douleur. Quel courage, je suis ébahie. Là, la jeune femme, couturière, prend appui sur la technique qu'elle maîtrise depuis sa tendre enfance pour sortir la tête de l'eau et bénéficier d'une respiration. Elle se lance dans une formidable aventure, tout en beauté, un chantier qu'elle a mûri, pensé avant de le réaliser, impossible pour elle de se mettre en échec. La création, véritable instinct de survie !


Le grand projet de sa vie de femme, passé au filtre de ces heures, de ces jours, de ces mois en suspens, avait longtemps infusé en elle, avait poussé comme l'ancolie au milieu de la friche. En pareilles circonstances, elle n'avait pas le droit à l'erreur. On ne se lance pas à l'improviste dans un tel projet, c'était le chef-d'oeuvre de sa vie, le parachèvement de ses talents de couturière. P. 15

Alors qu'elle s'attache à localiser avec soin chaque petit morceau de papier qui la lie encore à son amoureux, Leïla se souvient de tous ces moments de passion partagés avec Dan. Tous les sens sont convoqués, le regard, le toucher, l'odorat aussi avec une intensité décuplée la faisant tressaillir jusque dans son intimité la plus profonde :
 


Elle n'avait jamais imaginé qu'un parfum pût l'émouvoir à ce point, qu'il pût l'appeler tout entière, la mettre en mouvement, faire tressaillir son ventre. Son odeur comme un coup de sifflet la convoquant sur-le-champ. P. 48

J'ai été très sensible à la qualité des silences et leur pouvoir fusionnel entre les êtres. Il y a bien sûr ceux venant ponctuer la relation de Leïla et Dan, mais il y a aussi et surtout ceux entretenus par Fawzia avec sa nièce.


Mais plus encore, ce qui m'a beaucoup émue, c'est l'expression de l'exil et de tout ce qu'il peut recouvrir comme douleur liée au déracinement. Celles et ceux qui me connaissent de près savent à quel point je suis sensible à l'itinéraire des hommes et des femmes contraints de quitter leur pays pour sauver leur peau. Alors, quand le prénom de Fawzia apparaît simultanément dans le livre et sur mon téléphone avec le même pays d'origine, l'Afghanistan, l'émotion est à son comble. Touchée je le suis par leur force mais aussi par l'amour qu'ils portent à un territoire, celui qui les a vus naître et qui gardera toujours dans leur coeur la première place :


Ces fêtes improvisées étaient surtout l'occasion pour la petite communauté d'exilés de renouer avec le fil de leur histoire interrompue. Tous avaient fui, les familles s'étaient dispersées en Allemagne, au Danemark, aux Etats-Unis, les parents et les tantes de Leïla avaient atterri en France, mais tous gardaient au coeur la nostalgie de ce bleu éternel. [...] qu'il vente ou qu'il neige, il faisait toujours beau, disaient-ils. Le ciel bleu éclairait les vergers, illuminaient les avenues. Dans les jardins, dans les cours sombres, pas un recoin qui n'échappe à ce bleu. L'été, ciel d'azur. Par -20°C, bleu encore. P. 59

La qualité de cette écriture, je ne suis pas prête de l'oublier. Elle me rappelle beaucoup celle de Cécile BALAVOINE dans "Maestro", une plume délicate d'un charme envoûtant que l'on ne voudrait jamais quitter. Je suis tombée sous le charme de la prose de Claire GONDOR, son écriture est d'une telle poésie, gracieuse à l'envi et ô combien artistique, de la très grande littérature je vous l'assure, qui plus est dans un roman très court, moins de 95 pages auront suffi à me conquérir.


Vous l'aurez compris, ce roman relève du coup de coeur, quelque chose d'indéfinissable mais qui fait de lui l'un des meilleurs de ces derniers temps. 

 

Merci encore une fois les fées pour cette très belle sélection 2017 !

 

Le coeur à l'aiguille de Claire GONDOR

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2017-07-09T19:54:48+02:00

Je me suis tue de Mathieu MENEGAUX

Publié par Tlivres
Je me suis tue de Mathieu MENEGAUX

Découvrir l'univers littéraire de Mathieu MENEGAUX, c'est l'adopter et en redemander.


A l'image de la plume de Delphine BERTHOLON, celle de Mathieu MENEGAUX fait partie de celles que l'on n'oublie pas. Dans un cas comme dans l'autre, je sors de mes lectures complètement sonnée, tant par l'histoire dont l'intrigue est parfaitement maîtrisée, que par les itinéraires des protagonistes, ponctués de choix, qui, une fois pris, prennent un caractère irréversible dans une spirale devenue infernale. Avec ces deux auteurs, il y a la forme et le fond ! Leurs thrillers psychologiques font subitement irruption dans nos vies et les marquent à jamais.

 

Pour "Je me suis tue", le 1er roman de Mathieu MENEGAUX, je vais essayer de vous donner l'envie de le lire mais sans trop vous en dire pour préserver le secret qui entoure toute cette histoire.


Claire est incarcérée à la maison d'arrêt des femmes à Fresnes. A l'origine, c'était une femme "sans histoire", une femme qui vivait en couple depuis plusieurs années. Elle avait tout pour être heureuse, un mari avec lequel elle vivait le grand amour, un travail épanouissant comme elle l'avait souhaité, un très bel appartement parisien qui suscitait l'envie de leurs amis... Mais, derrière les apparences se cachait une profonde douleur. Claire et Antoine ne pouvaient avoir d'enfant. Lui souffrait d'une pathologie, l'asthénospermie, ses spermatozoïdes n'étaient pas suffisamment vigoureux pour permettre une éventuelle fécondation. Elle, était rongée par ses 40 ans, elle voyait son horloge biologique s'accélérer et son ventre resté "sec". Un soir, ils sont invités à dîner par une famille avec enfants, comme elles le sont presque toutes dans leurs connaissances. Cette soirée est un passage obligé pour la carrière d'Antoine, elle s'y soumet. Après quelques heures passées autour d'un repas, fatiguée, Claire propose à Antoine de rester, elle va rentrer seule, elle va prendre un taxi. C'est cette soirée-là que sa vie à elle, à lui aussi, va basculer !  


Ce roman m'a pris à la gorge dès les premières pages, peut-être à cause de l'enfermement de cette femme dans une cellule qui l'oppresse, peut-être aussi parce qu'il s'agit du 2ème roman de Mathieu MENEGAUX que je lis (vous vous souvenez de "Un fils parfait") et que je reconnais, dès les premières lignes, cette manière à lui, bien singulière, de serrer, serrer, serrer encore l'étau qui se referme sur sa victime.


Très vite, le.a lecteur.rice prend connaissance de la démarche de la narratrice. Emprisonnée, elle décide d'écrire, c'est donc sa prose à elle qui va composer ce roman. Claire va lentement dérouler le fil de son existence 


L'écriture est la dernière étape de mon chemin de croix. P. 6

J'écris pour moi, pour m'évader, non pas en paix, ce serait impossible, mais soulagée du poids de mon silence. P. 7

et nous donner sa version à elle des faits. Mais pourquoi cette démarche ? Et bien, parce que là aussi, dès les premières pages, elle nous dit à quel point elle savait qu'elle ne serait pas écoutée :
 


Tout ce beau monde, face à moi, m'a condamnée dès que je me suis installée dans le box, avant même la lecture de l'acte d'accusation. Je suis entrée dans ce procès sans aucune chance d'en sortir libre. P. 4

Les premières pierres de l'édifice sont posées, il ne reste plus qu'à se laisser porter.


Bien sûr, il s'agit d'une affaire de femme, là, pas de suspense. Elle est incarcérée et parle à la 1ère personne. Mais plus encore, le sujet va tourner autour de la féminité, de la maternité aussi. Elle évoque la pression sociale qui pèse sur les femmes françaises aujourd'hui. Par choix ou par défaut, celles qui n'ont pas d'enfant à 40 ans sont regardées de façon particulière.
 


Ne pas avoir d'enfant, à quarante ans, c'est contraire à un certain nombre de Commandements tacites ou explicites de notre société moderne. Alors à quarante ans, sans enfant, dans le regard des Autres, on est une sorte de demi-femme, on vit une misérable vie sans accomplissement, sans héritage, sans autre perspective que la triste certitude de retourner en poussière. P. 28

J'ai l'impression de relire l'essai d'Elisabeth BADINTER "Le conflit, la femme et la mère" et de découvrir une illustration parfaite du propos tenu. Est-ce qu'un jour notre société s'émancipera de ses sacro-saints principes ? Si elle ne le fait pas naturellement en prenant en compte l'évolution du féminisme de ces dernières années (petit clin d'oeil à Adeline FLEURY et son "Femme absolument"), qu'elle le fasse en mesurant la gravité immense des conséquences qu'elle induit.


Et puis, tout à coup, un flash ! Alors même que tous les médias sont rivés sur elle, que sa voix résonne sur toutes les radios, que des documentaires envahissent la télévision, que la presse écrite retrace son parcours, Claire nous parle aussi d'elle :
 


Et je me disais que nous n'avions pas rendu suffisamment hommage à Simone Veil, qui avait porté quasiment seule cette loi. Il lui en avait fallu de la détermination. Dans notre pays, l'avortement a été considéré comme criminel dans la période qui a suivi la Première Guerre mondiale, parce qu'il fallait repeupler la France. Ensuite il a été qualifié de "crime contre l'Etat français" par Vichy, en 1942, et passible de la peine capitale. Peine que le Maréchal n'hésita pas à faire appliquer à Marie-Louise GIRAUD, la plus célèbre "faiseuse d'anges", décapitée en 1943, pour l'exemple. P. 40

Simone VEIL bien sûr ! Je suis toujours surprise par les concours de circonstances, celui-là est de taille et l'effet est encore décuplé. 


Comme quoi, le féminisme est un combat qui commence à dater et qui a encore de beaux jours devant lui. Impossible de rester insensible devant l'affaire de Claire et se dire que tout est acquis, que le droit français a déjà fait beaucoup et qu'il ne peut pas encore évoluer. Le combat ne cible pas les mêmes objets mais il tourne toujours autour de ce que la femme a de plus que les hommes, le pouvoir de donner la vie. 


Vous l'aurez compris, l'atmosphère est lourde, l'ambiance oppressante, mais c'est sans compter sur le talent de Mathieu MENEGAUX pour offrir quelques ponctuations source de légèreté. Il égrène effectivement tout au long du récit de cette femme des titres et extraits de chansons. Claire s'en souvient, ils lui permettent de pallier la solitude dans laquelle elle est plongée, le.a lecteur.rice s'en souvient aussi, et là, une prise de conscience, Claire est humaine, elle pourrait être moi, ou bien une copine, une voisine, une relation, bref, cette affaire, nous aurions chacune pu la vivre aussi !


Ce roman, un seul conseil, ne passez pas à côté. Il est écrit par un homme qui a tout compris des femmes, voire plus encore...


 

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2017-07-06T22:00:37+02:00

Tea Time à New Delhi de Jean-Pol HECQ

Publié par Tlivres
Tea Time à New Delhi de Jean-Pol HECQ

Editions Luce Wilquin


Une fois n'est pas coutume ces derniers temps, je viens de me délecter avec un second roman, celui de Jean-Pol HECQ, journaliste et responsable du Centre d'Action Laïque de Bruxelles.


C'est Babelio qui m'a mis sur la voie avec sa dernière Masse Critique.


Je profite toujours de ces événements pour me laisser guider vers des lectures que je n'aurais peut être pas choisies autrement. Là, c'est la couverture qui m'a tout de suite interpellée, le très médiatique Che Guevara, révolutionnaire cubain, coiffé de son incontournable béret, barbe de quelques jours, associé à une femme indienne que je soupçonne être Indira Gandhi. Plus encore, le titre : "Tea time à New Delhi". Imaginer Che Guevara en tenue de militaire à boire un thé, avouez que la situation pourrait relever de l'insolite, non ? Passionnée par les romans historiques, je me suis laissée tentée et j'ai très bien fait. Merci Babelio !


Ernesto Guevara de la Serna, dit le Che, d'origine argentine et naturalisé cubain, atterrit à New Delhi le 30 juin 1959. Nehru est au pouvoir depuis une douzaine d'années, il a 70 ans et occupe le poste de 1er Ministre. Le contexte politique est à haut risque, la décolonisation de l'Occident est en marche et le bloc communiste menace d'une guerre nucléaire. Le Che est en mission, il est venu négocier l'achat de sucre de canne pour permettre à Cuba de s'émanciper de l'emprise américaine. Mais c'est sans compter sur la rencontre avec Indira, la fille unique de Nehru qui assure, elle, la Présidence du Congrès. 


Ce livre entre tout naturellement dans la catégorie des exofictions, ces récits inspirés de personnages et faits historiques réels et nourris de l'imaginaire de l'auteur(e) pour la dimension romanesque.


Jean-Pol HECQ nous offre une magnifique fresque historique et politique. J'ai particulièrement aimé me retrouver en Inde dans les années 1950 alors même qu'elle cherche sa voie de développement. L'épisode de la vache, animal sacré, couchée sur la voie ferrée, immobilisant l'ensemble de la ville en interdisant la circulation du tramway a quelque chose de pittoresque.

 
Dans un autre registre, la condition féminine et sa relation au pouvoir est abordée :
 


Seule au milieu d'un aréopage d'hommes rompus à toutes les roueries du pouvoir, elle a réussi en peu de temps à se faire un prénom. Très rares sont les femmes qui s'engagent en politique dans ce pays où le simple fait d'en être une est encore une marque d'infamie. P. 20 et 21

Mais, ce qui m'a littéralement transportée, c'est la relation qui s'est  établie entre le Che et Indira Gandhi. Lui était aux côtés de Fidel CASTRO pour mener la révolution cubaine, elle vivait un mariage raté, trompée par son mari, et exerçait le pouvoir dans l'ombre de son père. Ces deux personnages partageaient alors un point commun, celui d'être de second rang, si je peux m'exprimer ainsi. Ils cherchaient leur place, aspiraient à devenir quelqu'un, portés par des espoirs mais conscients aussi de leurs limites.


Plus encore, le Che et Indira GANDHI parlent tous les deux le français et s'intéressaient tout particulièrement à la littérature et plus largement, à l'art. C'est donc cette rencontre entre deux grands de ce monde et les échange en milieu protégé, à l'abri des regards et des oreilles, lui conférant un côté mystérieux, que Jean-Pol HECQ va nous relater avec brio. 


Ce qui est profondément touchant, c'est le côté humain donné à cette conversation entre un homme et une femme autour de sujets empreints de sensibilité. 
 


[...] malgré mon indifférence aux religions dans ce qu'elles ont de plus conventionnel, je reconnais qu'elles véhiculent malgré tout, et parfois malgré elles, une certaine sagesse. En tout cas, une perception du monde qui échappe aux catégories usuelles de la matérialité. C'est ce qu'on peut appeler la spiritualité, je crois. P. 206

Leurs préoccupations autour du système, du pouvoir, et leur quête de vérité m'a beaucoup captivée :
 


L'important est de percevoir ce qui est, sans être prisonnier des entraves du passé, de la pensée et de la causalité. Etant illimitée, inconditionnée, inapprochable par quelque voie que ce soit, la vérité ne peut être organisée. P. 208

C'est un roman historique très fouillé écrit dans une très belle plume, ne passez pas à côté !
 

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2017-07-01T12:11:00+02:00

Quand un mois laisse sa place à un autre...

Publié par Tlivres

Le mois de juin, je le dédie aux femmes, d'abord, parce qu'une icône vient de nous quitter.
Le 30 juin 2017 s'est éteinte Simone VEIL,
 

Quand un mois laisse sa place à un autre...

cette grande Dame, survivante de la Shoah et qui a fait de la cause féminine l'un de ses nombreux combats.


Souvenons-nous de son discours du 26 novembre 1974, elle était alors Ministre de la Santé et prônait la légalisation de l'Interruption Volontaire de la Grossesse (I.V.G.) pour mettre fin aux avortements clandestins.

Souvenons-nous de ce jour où seulement douze femmes étaient alors Députées à l'Assemblée Nationale.


Mais, il serait très réducteur aussi de ne lui rendre hommage que pour cette cause, aussi précieuse soit-elle. Nous-mêmes, les femmes, ne tombons pas dans le piège de ne promouvoir les femmes que lorsqu'elles parlent de questions de femmes.


Non, Simone VEIL a mené d'autres combats politiques, elle a contribué ardemment à la construction européenne, elle était persuadée qu'il s'agissait là de la voie pour éviter une 3ème guerre mondiale, ce qu'elle redoutait le plus au monde.


Souvenons-nous de cette femme Présidente du Parlement Européen, c'était en 1979, elle venait d'être élue et c'était une 1ère qu'une femme puisse accéder à cette fonction dans l'histoire de l'institution !


Enfin, cette femme pour moi, c'est aussi une voix.


Je suis née en 1969, toute mon enfance et ma jeunesse ont été bercées par le ronronnement de la télévision qui venait d'entrer dans nos maisons. Quand j'entends sa voix aujourd'hui, je me souviens de toutes ces années où cette FEMME POLITIQUE prenait la parole pour des causes d'intérêt général. C'est avec un plaisir non dissimulé que je partage avec vous cette interview menée par Isabelle MORIZET et diffusée pour la 1ère fois le 23 avril 2006.

Savourez tout simplement !
 

Quand un mois laisse sa place à un autre...

Et puis, plus modestement, en juin 2017, le blog avait aussi contribué, à sa toute petite dimension, à faire valoir la cause des femmes avec les essais de Adeline FLEURY "Femme absolument" et de Nathalie LOISEAU "Choisissez tout" qui ont donné lieu au plus grand nombre de consultations. C'est donc que le féminisme intéresse toujours et que, même si les voix changent, les débats changent, les sujets changent, les modalités d'intervention changent, il a toujours lieu d'agir !

 

C'est en juin aussi que j'ai fait une très belle découverte avec le 1er roman de Oscal LALO "Les contes défaits" et visité une très belle exposition, celle de Lionel SABATTE au Musée Joseph-Denais de Beaufort-en-Vallée.


Le blog a été peu dynamique ce mois-ci, je vous l'accorde, il faut dire que je me suis offert une escapade en terre italienne pendant une quinzaine de jours, mais le mois de juillet me permettra de me rattraper, je vous le promets ! 
 

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2017-06-25T11:14:12+02:00

Lionel SABATTE au Musée Joseph-Denais de Beaufort-en-Vallée

Publié par Tlivres
Lionel SABATTE au Musée Joseph-Denais de Beaufort-en-Vallée

Comme le dit le proverbe, jamais 2 sans 3 ! Les Dames de la D.A.M.M. ont voulu le respecter à la lettre et elles ont parfaitement réussi. 


Après l'exposition "Sisyphe Six Artistes" au Musée Jules-Desbois de Parçay-les-Pins, il y a eu "Bidules, machins, trucs ?!" au Musée de Baugé, et puis vendredi 23 juin avait lieu le vernissage de Mirabilia, celle dédiée à Lionel SABATTE au Musée Joseph-Denais de Beaufort-en-Vallée.

 

J'avoue que l'on termine en beauté cette trilogie.


Lionel SABATTE, c'est un homme qui partage sa vie entre Paris et Los Angeles, un Artiste pluriel, il sculpte, il dessine et il peint. Jusque là, peut-être rien de très original me direz-vous ? Et vous aurez certainement raison, beaucoup d'hommes et de femmes à l'esprit créatif aiment à naviguer entre les genres, s'essayer dans des disciplines diverses, repousser les limites de l'art toujours plus loin, c'est d'ailleurs un peu pour ce motif que les Musées sont fréquentés. 

 

Mais dans le travail de Lionel SABATTE, il y a deux originalités majeures.


La première repose dans le fil qui conduit inlassablement ses créations : l'exploration du vivant. L'Artiste aime partir sur les traces de l'humain et en garder la mémoire. A l'image de "Sourire", cette tête créée à partir de moutons de poussière laissés par les visiteurs au Musée Judaïque de Paris. Cette oeuvre est exposée en modèle unique mais elle fait, en réalité, partie d'une trilogie, l'une est installée sur le lieu même de la collecte et l'autre au domicile de l'Artiste.

 

Lionel SABATTE au Musée Joseph-Denais de Beaufort-en-Vallée

L'autre, vous l'aurez peut-être repérée, réside dans les matériaux. Les moutons de poussière, avouons que ce n'est pas si fréquent, il semble même qu'il soit le seul à les travailler. C'est d'ailleurs avec ce matériau qu'il s'est fait repérer et son oeuvre "La Meute" exposée dans le cadre de la FIAC de Paris en 2011 à La Ménagerie du Jardin des Plantes. Il avait alors constitué son stock de poussière à la Station de Métro Châtelet les Halles, station parisienne où l'affluence y est importante.


Mais il ne travaille pas que la poussière ! Il s'attache à créer à partir de collections comme celle des pièces de 1 centime d'euro par exemple. Un peu à l'image de Joana VASCONSELOS, il aime à sculpter des oeuvres aérées avec un même objet utilisé autant de fois que nécessaire. J'ai particulièrement aimé, je l'avoue, "Le K", ce poisson composé de métal et de toutes ces petites pièces orangées qui lui donnent un côté chaleureux. Il y a une certaine énergie qui se dégage de cet animal.

 

Lionel SABATTE au Musée Joseph-Denais de Beaufort-en-Vallée

Mais le top du top en matière d'originalité, c'est je crois "Branche". 

Lionel SABATTE au Musée Joseph-Denais de Beaufort-en-Vallée

A première vue, il s'agit d'une branche de bois mort et de bourgeons à la couleur blanchâtre, crème. De quel matériau peut-il s'agir ? Et bien, de résidus humains. Lionel SABATTE travaille effectivement les fragments d'ongles et autres scories que l'homme s'attache à laisser traîner sur Dame planète. Des peaux mortes pour annoncer le renouveau de Dame Nature ! Autant d'autres sculptures m'inspirent tristesse, douleur, souffrance, et malgré ce qu'en dit l'Artiste lui-même (j'ai pu effectivement échanger avec lui, c'est un Artiste très agréable, accessible et qui parle avec beaucoup de passion de son art, assurément une très belle rencontre !), témoignent d'une vie âpre et difficile, autant celle-ci m'a complètement fascinée pour cet élan d'optimisme qu'elle génère.

 

Et ce n'est pas tout, non ! Cette oeuvre est aussi particulièrement esthétique, d'une très grande élégance, d'un immense raffinement. Le résultat est absolument bluffant, bravo !

 
Si vous suivez mes chroniques régulièrement, vous savez à quel point j'aime à découvrir des sites insolites et des expositions hors norme, peu médiatisées et pourtant d'une qualité artistique remarquable. Mirabilia au Musée Joesph-Denais est tout simplement une exposition d'exception dans un site d'exception, ce Musée entre dans la catégorie des Cabinets de Curiosités. C'est une véritable caverne d'Ali Baba qui regorge d'une diversité incroyable d'oeuvres.

 
Très sincèrement, ce site mérite pleinement une visite. Pour les familles, les enfants y sont aussi les bienvenus avec des animations adaptées et Mirabilia y est en résidence jusqu'au 5 novembre.

 

Je crois que vous n'avez plus aucun motif de ne pas y aller !

 

Impossible de terminer ce billet sans féliciter le travail des Dames de la D.A.M.M.. Vous nous avez offert un spectacle extraordinaire en 2017, on attend déjà avec impatience la programmation 2018 !

 

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2017-06-24T15:47:20+02:00

Les contes défaits de Oscar LALO

Publié par Tlivres
Les contes défaits de Oscar LALO

Editions Belfond


Quand je suis allée aux Journées nationales du livre et du vin de Saumur le 13 mars dernier, j'avais un objectif bien précis : faire la rencontre de Mathieu MENEGAUX. J'avais tellement lu de chroniques exaltées par la qualité et la puissance de son écriture, il m'était devenu impossible de le laisser passer à quelques dizaines de kilomètres de chez moi.


Il y a eu un premier passage devant sa table, personne, puis un deuxième, toujours personne. Je me suis dit qu'il arriverait plus tard et me suis laissée porter par le flux des visiteurs au Dome. Le pas un brin lymphatique (oui, ça peut m'arriver !), les yeux survolant les tables l'espace, le regard fixe quand même sur les couvertures des livres, leurs titres et les noms des auteurs (je ne suis quand même pas tout à fait déconnectée !), je me laisse interpeller par une femme qui me vante succinctement la prose de l'auteur d'un premier roman, Oscar LALO. Depuis que vous me suivez, vous savez certainement que les premiers romans me fascinent, n'est-ce pas les 68 premières fois ? Elle m'évoque un itinéraire douloureux et la voie de la  résilience. Là, ça y est, je suis prise au piège, je le sens. Je suis consentante et me laisse séduire !


"Les contes défaits", c'est le titre du roman.


Le narrateur et son frère prennent le train. La séparation avec les parents est traumatisante. Le coeur serré, ils s'en vont vers le home d'enfants. Pendant tout l'été, ils vont y passer leurs vacances. Les parents leur vantent le mérite qu'ils ont, eux, de pouvoir faire leurs valises et s'offrir de nouveaux horizons. Mais les enfants, eux, savent ce qu'ils vont y vivre. Tous les ans, ils s'y retrouvent, et tous les ans, ce sont les mêmes actes terribles qu'ils y subissent. Bienvenue au camp des menaces et "baisers trompettes".


Oscar LALO, pour un premier roman, n'a pas choisi un sujet simple, c'est certain. Mais il a su mettre les mots sur des actes ignobles qui marqueront à jamais la vie de jeunes garçons.  


Il décrit la vie quotidienne au home d'enfants qui aurait pu être un petit coin de paradis mais se révèle, en réalité, être un lieu d'enfermement où les prédateurs ont leurs proies à leur merci. Sous couvert de payer cher ces vacances, Madame la Directrice et son mari mettent en place une stratégie machiavélique et aveuglent les familles. 

 


Le home nous apprit très tôt que si l'argent ne fait pas le bonheur, il étouffe le malheur. P. 47

Oscar LALO use de phrases courtes mais ô combien percutantes. Elles sont cinglantes comme le fouet et permettent en quelques mots de prendre conscience de la gravité des faits.


Oscar LALO, c'est un magicien des mots, il arrive à décrire des silences, exprimer un profond sentiment de solitude et traduire des moments d'errements aussi. Il instille une tension extrême avec la description minutieuses des instants qui précèdent le passage à l'acte, l'installation de l'homme sur le lit et son étalement progressif pour maîtriser parfaitement sa victime. 


Mais plus que tout encore, c'est cette description de l'état suivant de l'enfant de déconnexion totale avec son environnement extérieur qui m'a bouleversée.

 


Quand un enfant avait les yeux dans le vide, c'est que l'homme était passé par lui. P. 82

Le poids des mots aurait pu devenir insoutenable et rendre la lecture totalement inabordable mais là encore, c'est sans compter le talent de l'auteur. Oscar LALO use d'une plume poétique à l'envi pour évoquer l'indicible. Il donne quelques respirations pour rythmer le roman :


Ils ressemblaient tous à des nuages. Mais des nuages d'un genre particulier. De ceux qui ne pleuvent jamais. P. 83

Comment surmonter de tels sévices ? Comment imaginer un avenir serein à des enfants maltraités à ce point ?


Et bien le narrateur, lui, se ressourcera dans la voie de l'écriture. C'est en écrivant que les vannes s'ouvriront et que le flot d'amerture, de haine, de rancoeur s'évacuera. Là aussi, avec les mots de Oscar LALO, il est aisé de mesurer à quel point elle va permettre au narrateur de se libérer :


Réflexe oblige, ma première pensée fut d'effeuiller ce bloc et d'en faire des avions. Puis mon regard arrêté sur la plume comprit qu'elle seule m'aiderait à prendre mon envol. Et c'est ainsi qu'en calligraphiant la laideur, j'ai tracé des lignes de vie que je ne connaissais pas. P. 190

De nombreux romans parlent de la résilience, de cette capacité de l'individu à surmonter un terrible traumatisme, tracer une voie pour continuer son chemin. Mais Oscar LALO a sa manière à lui, toute singulière :


[...] je réalise que réparer mon monde, ce n'est ni plus ni moins qu'apprendre à vivre. P. 198

Avec ce roman, l'auteur nous offre une magnifique leçon de vie, il met un peu de lumière dans ce qui n'est qu'horreur, souffrance et douleur. Sa plume est remarquable et la voie des contes pour enfants, pris pour cible, est une idée ingénieuse pour montrer à quel point une enfance peut être bafouée.


Juste sublime !


Quelle belle idée Mathieu MENEGAUX a eu d'arriver plus tard à son stand de dédicace !

 

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2017-06-22T11:00:00+02:00

Femme absolument de Adeline FLEURY

Publié par Tlivres
Femme absolument de Adeline FLEURY

Parce que, comme le disait Simone de Beauvoir : "[...] il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question."


Parce que quelqu'un, ou plutôt quelqu'une, qui se reconnaîtra j'en suis sûre, a assuré mon "éducation" au féminisme et que j'ai fait mienne cette cause universelle,


Parce que je suis maman d'une fille et que je suis attentionnée à son avenir,


Parce que le monde change, qui aurait pensé qu'à l'Assemblée Nationale nous passerions de 155 à 223 femmes députées ?


Parce que la jeune génération porte un regard nouveau sur la vie en société, la condition féminine en particulier,


Parce que Adeline FLEURY a sû me séduire avec "Rien que des mots", son 1er roman découvert dans le cadre des 68 premières fois, publié aux éditions François BOURIN 

je me suis laissée séduire par "Femme absolument", son essai publié aux éditions Lattès et que j'avais rapporté du Salon du Livre de Paris, mais attention, c'est du sérieux, et là il s'agit de choisir le moment.


Dimanche dernier, il m'a fait de l'oeil, j'ai répondu à son invitation et j'ai bien fait.


Pour faire court, je suis plutôt réfractaire à la catégorisation des publics, aux entrées un peu trop ciblées qui passent finalement à côté des réalités, et bien là, aucun risque, l'écrivaine le dit très humblement, elle a puisé dans son intimité pour en extraire peut-être quelque chose de plus universel, elle ne détient pas la vérité, mais une vérité.


Adeline FLEURY est une jeune femme de 38 ans, maman, divorcée, je ne vous en dis pas plus, ce portrait rapidement brossé dévoile quelques traits de caractères de la famille d'aujourd'hui, le modèle "papa maman et les enfants" a largement explosé pour donner naissance à de tous nouveaux schémas.


Alors, être femme aujourd'hui, c'est quoi ? Adeline FLEURY lui attribue quelques qualificatifs : 


Séductrice, maladroite, ambitieuse, bûcheuse, oisive, insolente, fragile, forte, drôle, mélancolique, capricieuse, colérique, ultrasensible, tout ça dans la même personne. Complexe et singulière." P. 12

Cette approche de l'humain finalement, le multifacettes, a tout pour me plaîre. J'aime à penser qu'un individu, femme ou homme d'ailleurs, puisse avoir différents visages selon les émotions, les circonstances de la vie... et accepter qu'une personne puisse être tout ça à la fois, c'est déjà un grand pas vers l'interculturalité, enfin je crois.


J'ai beaucoup apprécié l'approche de l'auteure au gré des grandes périodes de la vie : l'enfance, l'adolescence, la jeunesse, la maternité, la renaissance, la maturité.  


Si chacune d'entre nous, peu importe l'âge, peut assurément se retrouver dans les anecdotes enfantines de Adeline FLEURY, il en est d'autres qui résonneront peut-être un peu moins. Personnellement, et malgré une dizaine d'années de plus que l'auteure, je ne vous cache pas que je me suis délectée à retrouver Vic de "La Boum" et plus encore Valentine de "L'Etudiante" formidablement interprétée par Sophie Marceau aux côtés de Vincent Lindon, toute une époque n'est-ce pas ? "J’ai envie d’un vrai baiser de cinéma ici dans la voiture, tout de suite." vous vous en souvenez ? non ?


Plus sérieusement, et plus gravement aussi, l'écrivaine aborde une épreuve de sa vie, aucun intérêt de vous la dévoiler maintenant mais si vous avez lu "Les corps fragiles" de Delphine BERTHOLON, vous en aurez sûrement une petite idée ! Le traumatisme qu'elle a vécu, c'est celui que redoute toute mère quand elle voit sa fille lentement s'émanciper, vivre cette période de la vie où l'insouciance et la soif de liberté sont les fils conducteurs de l'existence. 
 
Mais là, il ne s'agit pas d'une fiction, non, il s'agit d'un fait réel qui marquera à jamais le corps de l'écrivaine. Ce corps justement qu'elle habite pleinement et qui fait d'elle ce qu'elle est, ce corps qu'elle a appris avec l'âge à aimer. Bien sûr, il y a eu la maternité qui l'a fait brusquement évolué mais il y a eu aussi, après, cette période de plénitude qu'elle a savouré avec gourmandise.


La sexualité est un sujet largement abordé dans cet essai. Il donne à voir les différentes expériences qui s'offrent à la génération du XXIème siècle, la quête d'une certaine identité. J'avoue avoir été très sensible à sa définition du désir. Mais oui, qu'est-ce que le désir ? Un beau sujet de philosophie, non ? 

 


Le désir s'appréhende d'abord au creux de soi, se construit lentement dans l'exploration, l'écoute et la reconnaissance que l'on s'accorde, puis vient le plaisir et enfin l'acceptation de sa condition de femme désirante et jouissante." P. 149

Là, il s'agit du regard porté par une femme mâture, de celles qui ont une certaine expérience de la vie, un brin de recul pour se recentrer sur soi et identifier ses propres sources de plaisir. Nul doute que les femmes de mon âge, et plus, se retrouveront dans le propos !


Ce qui m'a aussi intéressée dans cet essai, c'est l'approche d'un phénomène qui, s'il n'est pas nouveau, est de plus en plus dévoilé par les femmes et donne à voir une réalité juste insupportable. HDR, ça vous dit quelque chose ? Le harcèlement de rue, peut-être un peu plus ? Les hommes semblent pouvoir aborder les femmes dans la rue comme une simple marchandise et avec des propos on ne peut plus abjectes. C'est un fléau qui entrave la liberté des femmes et contre lequel il nous faut absolument lutter.


Adeline FLEURY tire une conclusion qui résonne totalement avec mes impressions :


Une femme n'est jamais totalement sereine. Sa vie est un tourbillon perpétuel. P. 158

Tiraillée entre ses différents statuts, elle peine à trouver l'apaisement.


Le livre à peine refermé, je suis tombée de ma chaise quand, au lendemain des élections législatives, j'ai entendu à la radio un député sortant doutant que la femme qui allait lui succéder ait "le temps de faire sa lessive et d'emmener ses enfants à l'école". Quelle vision réductrice du rôle de la femme dans la société et de ses aspirations !

 

Nul doute qu'il soit encore nécessaire d'écrire sur le sujet pour continuer d'avancer !

 

S'appuyant sur de très nombreuses références, Adeline FLEURY permet au singulier d'évoluer vers le collectif et ainsi de dresser le portrait du féminisme du XXIème siècle. Avec "Femme absolument", l'écrivaine réalise un acte militant, elle participe à l'écriture d'une nouvelle page de l'Histoire de la condition féminine française, c'est peut-être notre Elisabeth BADINTER de demain !

 

Pour qu'une cause soit audible toutefois, il convient de la diffuser. Et là, la balle est dans notre camp. Si l'on veut faire évoluer les perceptions, rompre avec le sexisme, il serait très intéressant, je crois, de mettre cet essai dans toutes les mains, qu'elles soient jeunes et moins jeunes (nous avons aujourd'hui la chance d'avoir une espérance de vie de 4 générations, c'est dire la résonance possible !), féminines et masculines bien sûr, et d'en échanger pour confronter les points de vue et tendre vers une vision universelle de la chose !

 

1, 2, 3, partez ! 

 

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2017-06-17T10:23:02+02:00

Ma Reine de Jean-Baptiste ANDREA

Publié par Tlivres
Ma Reine de Jean-Baptiste ANDREA

Au retour de mes vacances en Italie, j'ai eu la très belle surprise de découvrir que je faisais partie des 80 Grands Lecteurs (excusez du peu !) tirés au sort par les Editions Iconoclaste pour découvrir en avant-première leur rentrée littéraire 2017.

 

Je viens tout juste de recevoir "Ma Reine" le 1er roman de Jean-Baptiste ANDREA et même le jardin est en émoi : il est accueilli au Palais Royal !
 

Je crois que c'est de bon augure, non ? 

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2017-06-02T09:00:00+02:00

Quand un mois laisse sa place à un autre...

Publié par Tlivres

Le mois de mai a été marqué par la découverte de belles plumes... 

Quand un mois laisse sa place à un autre...

Je ne connaissais pas Mathieu MENEGAUX, il m'aura fallu une rencontre sur les Journées Nationales du Livre et du Vin de Saumur pour tomber sous le charme de sa plume. Il faut dire que son roman "Un  fils parfait" vous prend à la gorge dès les premières pages et ne lâchera pas son étreinte avant la toute dernière page. Magistral !

J'ai aussi découvert des premiers romans avec les 68 premières fois, l'heure de la fin de la sélection de l'hiver 2017 a sonné, j'ai terminé le challenge en beauté avec "La tresse" de Laëtitia COLOMBANI. J'avais également beaucoup apprécié ce livre hors catégorie de Maryam MADJIDI "Marx et la poupée" et puis "Outre-mère" de Dominique COSTERMANS malgré un nombre de personnages important et quelques difficultés à s'y retrouver.

Assurément une très belle sélection, et comme l'année dernière, j'ai adoré tous les échanges qu'elle a produit !

Ce mois-ci, je me suis aussi délectée avec la découverte d'un roman graphique : "Collaboration horizontale" de Navie et Carole MAUREL, tellement beau, tellement puissant !

Quand un mois laisse sa place à un autre...

Mais force est de constater que j'ai fait quelques infidélités à la littérature pour m'intéresser un peu plus à la peinture et à la sculpture !

J'ai visité de très belles expositions avec la découverte du talent de Anne AUGUSTE, Simon PAVEC et David RIOU, des artistes locaux qui se sont pliés au jeu de revisiter le mythe du "Rocher de Sisyphe" et exposent encore aujourd'hui au Musée Jules Desbois de Parçay-les-Pins

J'ai accueilli avec grand plaisir le retour de "L'Arbre-serpents" de Niki de Saint-Phalle dans la cour du Musée des Beaux Arts d'Angers. 

Enfin, j'ai découvert le travail de Nathalie DUBOIS, artiste accueillie en résidence au CHU d'Angers et qui a produit des oeuvres magnifiques à partir de matériel médical. Ses chardonnerets en radiographies sont juste sublimes !

Le mois de mai 2017 sera donc marqué par son côté éclectique. J'espère que vous y trouverez votre bonheur !

Quand un mois laisse sa place à un autre...

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