Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

2017-06-25T11:14:12+02:00

Lionel SABATTE au Musée Joseph-Denais de Beaufort-en-Vallée

Publié par Tlivres
Lionel SABATTE au Musée Joseph-Denais de Beaufort-en-Vallée

Comme le dit le proverbe, jamais 2 sans 3 ! Les Dames de la D.A.M.M. ont voulu le respecter à la lettre et elles ont parfaitement réussi. 


Après l'exposition "Sisyphe Six Artistes" au Musée Jules-Desbois de Parçay-les-Pins, il y a eu "Bidules, machins, trucs ?!" au Musée de Baugé, et puis vendredi 23 juin avait lieu le vernissage de Mirabilia, celle dédiée à Lionel SABATTE au Musée Joseph-Denais de Beaufort-en-Vallée.

 

J'avoue que l'on termine en beauté cette trilogie.


Lionel SABATTE, c'est un homme qui partage sa vie entre Paris et Los Angeles, un Artiste pluriel, il sculpte, il dessine et il peint. Jusque là, peut-être rien de très original me direz-vous ? Et vous aurez certainement raison, beaucoup d'hommes et de femmes à l'esprit créatif aiment à naviguer entre les genres, s'essayer dans des disciplines diverses, repousser les limites de l'art toujours plus loin, c'est d'ailleurs un peu pour ce motif que les Musées sont fréquentés. 

 

Mais dans le travail de Lionel SABATTE, il y a deux originalités majeures.


La première repose dans le fil qui conduit inlassablement ses créations : l'exploration du vivant. L'Artiste aime partir sur les traces de l'humain et en garder la mémoire. A l'image de "Sourire", cette tête créée à partir de moutons de poussière laissés par les visiteurs au Musée Judaïque de Paris. Cette oeuvre est exposée en modèle unique mais elle fait, en réalité, partie d'une trilogie, l'une est installée sur le lieu même de la collecte et l'autre au domicile de l'Artiste.

 

Lionel SABATTE au Musée Joseph-Denais de Beaufort-en-Vallée

L'autre, vous l'aurez peut-être repérée, réside dans les matériaux. Les moutons de poussière, avouons que ce n'est pas si fréquent, il semble même qu'il soit le seul à les travailler. C'est d'ailleurs avec ce matériau qu'il s'est fait repérer et son oeuvre "La Meute" exposée dans le cadre de la FIAC de Paris en 2011 à La Ménagerie du Jardin des Plantes. Il avait alors constitué son stock de poussière à la Station de Métro Châtelet les Halles, station parisienne où l'affluence y est importante.


Mais il ne travaille pas que la poussière ! Il s'attache à créer à partir de collections comme celle des pièces de 1 centime d'euro par exemple. Un peu à l'image de Joana VASCONSELOS, il aime à sculpter des oeuvres aérées avec un même objet utilisé autant de fois que nécessaire. J'ai particulièrement aimé, je l'avoue, "Le K", ce poisson composé de métal et de toutes ces petites pièces orangées qui lui donnent un côté chaleureux. Il y a une certaine énergie qui se dégage de cet animal.

 

Lionel SABATTE au Musée Joseph-Denais de Beaufort-en-Vallée

Mais le top du top en matière d'originalité, c'est je crois "Branche". 

Lionel SABATTE au Musée Joseph-Denais de Beaufort-en-Vallée

A première vue, il s'agit d'une branche de bois mort et de bourgeons à la couleur blanchâtre, crème. De quel matériau peut-il s'agir ? Et bien, de résidus humains. Lionel SABATTE travaille effectivement les fragments d'ongles et autres scories que l'homme s'attache à laisser traîner sur Dame planète. Des peaux mortes pour annoncer le renouveau de Dame Nature ! Autant d'autres sculptures m'inspirent tristesse, douleur, souffrance, et malgré ce qu'en dit l'Artiste lui-même (j'ai pu effectivement échanger avec lui, c'est un Artiste très agréable, accessible et qui parle avec beaucoup de passion de son art, assurément une très belle rencontre !), témoignent d'une vie âpre et difficile, autant celle-ci m'a complètement fascinée pour cet élan d'optimisme qu'elle génère.

 

Et ce n'est pas tout, non ! Cette oeuvre est aussi particulièrement esthétique, d'une très grande élégance, d'un immense raffinement. Le résultat est absolument bluffant, bravo !

 
Si vous suivez mes chroniques régulièrement, vous savez à quel point j'aime à découvrir des sites insolites et des expositions hors norme, peu médiatisées et pourtant d'une qualité artistique remarquable. Mirabilia au Musée Joesph-Denais est tout simplement une exposition d'exception dans un site d'exception, ce Musée entre dans la catégorie des Cabinets de Curiosités. C'est une véritable caverne d'Ali Baba qui regorge d'une diversité incroyable d'oeuvres.

 
Très sincèrement, ce site mérite pleinement une visite. Pour les familles, les enfants y sont aussi les bienvenus avec des animations adaptées et Mirabilia y est en résidence jusqu'au 5 novembre.

 

Je crois que vous n'avez plus aucun motif de ne pas y aller !

 

Impossible de terminer ce billet sans féliciter le travail des Dames de la D.A.M.M.. Vous nous avez offert un spectacle extraordinaire en 2017, on attend déjà avec impatience la programmation 2018 !

 

Voir les commentaires

2017-06-24T15:47:20+02:00

Les contes défaits de Oscar LALO

Publié par Tlivres
Les contes défaits de Oscar LALO

Editions Belfond


Quand je suis allée aux Journées nationales du livre et du vin de Saumur le 13 mars dernier, j'avais un objectif bien précis : faire la rencontre de Mathieu MENEGAUX. J'avais tellement lu de chroniques exaltées par la qualité et la puissance de son écriture, il m'était devenu impossible de le laisser passer à quelques dizaines de kilomètres de chez moi.


Il y a eu un premier passage devant sa table, personne, puis un deuxième, toujours personne. Je me suis dit qu'il arriverait plus tard et me suis laissée porter par le flux des visiteurs au Dome. Le pas un brin lymphatique (oui, ça peut m'arriver !), les yeux survolant les tables l'espace, le regard fixe quand même sur les couvertures des livres, leurs titres et les noms des auteurs (je ne suis quand même pas tout à fait déconnectée !), je me laisse interpeller par une femme qui me vante succinctement la prose de l'auteur d'un premier roman, Oscar LALO. Depuis que vous me suivez, vous savez certainement que les premiers romans me fascinent, n'est-ce pas les 68 premières fois ? Elle m'évoque un itinéraire douloureux et la voie de la  résilience. Là, ça y est, je suis prise au piège, je le sens. Je suis consentante et me laisse séduire !


"Les contes défaits", c'est le titre du roman.


Le narrateur et son frère prennent le train. La séparation avec les parents est traumatisante. Le coeur serré, ils s'en vont vers le home d'enfants. Pendant tout l'été, ils vont y passer leurs vacances. Les parents leur vantent le mérite qu'ils ont, eux, de pouvoir faire leurs valises et s'offrir de nouveaux horizons. Mais les enfants, eux, savent ce qu'ils vont y vivre. Tous les ans, ils s'y retrouvent, et tous les ans, ce sont les mêmes actes terribles qu'ils y subissent. Bienvenue au camp des menaces et "baisers trompettes".


Oscar LALO, pour un premier roman, n'a pas choisi un sujet simple, c'est certain. Mais il a su mettre les mots sur des actes ignobles qui marqueront à jamais la vie de jeunes garçons.  


Il décrit la vie quotidienne au home d'enfants qui aurait pu être un petit coin de paradis mais se révèle, en réalité, être un lieu d'enfermement où les prédateurs ont leurs proies à leur merci. Sous couvert de payer cher ces vacances, Madame la Directrice et son mari mettent en place une stratégie machiavélique et aveuglent les familles. 

 


Le home nous apprit très tôt que si l'argent ne fait pas le bonheur, il étouffe le malheur. P. 47

Oscar LALO use de phrases courtes mais ô combien percutantes. Elles sont cinglantes comme le fouet et permettent en quelques mots de prendre conscience de la gravité des faits.


Oscar LALO, c'est un magicien des mots, il arrive à décrire des silences, exprimer un profond sentiment de solitude et traduire des moments d'errements aussi. Il instille une tension extrême avec la description minutieuses des instants qui précèdent le passage à l'acte, l'installation de l'homme sur le lit et son étalement progressif pour maîtriser parfaitement sa victime. 


Mais plus que tout encore, c'est cette description de l'état suivant de l'enfant de déconnexion totale avec son environnement extérieur qui m'a bouleversée.

 


Quand un enfant avait les yeux dans le vide, c'est que l'homme était passé par lui. P. 82

Le poids des mots aurait pu devenir insoutenable et rendre la lecture totalement inabordable mais là encore, c'est sans compter le talent de l'auteur. Oscar LALO use d'une plume poétique à l'envi pour évoquer l'indicible. Il donne quelques respirations pour rythmer le roman :


Ils ressemblaient tous à des nuages. Mais des nuages d'un genre particulier. De ceux qui ne pleuvent jamais. P. 83

Comment surmonter de tels sévices ? Comment imaginer un avenir serein à des enfants maltraités à ce point ?


Et bien le narrateur, lui, se ressourcera dans la voie de l'écriture. C'est en écrivant que les vannes s'ouvriront et que le flot d'amerture, de haine, de rancoeur s'évacuera. Là aussi, avec les mots de Oscar LALO, il est aisé de mesurer à quel point elle va permettre au narrateur de se libérer :


Réflexe oblige, ma première pensée fut d'effeuiller ce bloc et d'en faire des avions. Puis mon regard arrêté sur la plume comprit qu'elle seule m'aiderait à prendre mon envol. Et c'est ainsi qu'en calligraphiant la laideur, j'ai tracé des lignes de vie que je ne connaissais pas. P. 190

De nombreux romans parlent de la résilience, de cette capacité de l'individu à surmonter un terrible traumatisme, tracer une voie pour continuer son chemin. Mais Oscar LALO a sa manière à lui, toute singulière :


[...] je réalise que réparer mon monde, ce n'est ni plus ni moins qu'apprendre à vivre. P. 198

Avec ce roman, l'auteur nous offre une magnifique leçon de vie, il met un peu de lumière dans ce qui n'est qu'horreur, souffrance et douleur. Sa plume est remarquable et la voie des contes pour enfants, pris pour cible, est une idée ingénieuse pour montrer à quel point une enfance peut être bafouée.


Juste sublime !


Quelle belle idée Mathieu MENEGAUX a eu d'arriver plus tard à son stand de dédicace !

 

Voir les commentaires

2017-06-22T11:00:00+02:00

Femme absolument de Adeline FLEURY

Publié par Tlivres
Femme absolument de Adeline FLEURY

Parce que, comme le disait Simone de Beauvoir : "[...] il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question."


Parce que quelqu'un, ou plutôt quelqu'une, qui se reconnaîtra j'en suis sûre, a assuré mon "éducation" au féminisme et que j'ai fait mienne cette cause universelle,


Parce que je suis maman d'une fille et que je suis attentionnée à son avenir,


Parce que le monde change, qui aurait pensé qu'à l'Assemblée Nationale nous passerions de 155 à 223 femmes députées ?


Parce que la jeune génération porte un regard nouveau sur la vie en société, la condition féminine en particulier,


Parce que Adeline FLEURY a sû me séduire avec "Rien que des mots", son 1er roman découvert dans le cadre des 68 premières fois, publié aux éditions François BOURIN 

je me suis laissée séduire par "Femme absolument", son essai publié aux éditions Lattès et que j'avais rapporté du Salon du Livre de Paris, mais attention, c'est du sérieux, et là il s'agit de choisir le moment.


Dimanche dernier, il m'a fait de l'oeil, j'ai répondu à son invitation et j'ai bien fait.


Pour faire court, je suis plutôt réfractaire à la catégorisation des publics, aux entrées un peu trop ciblées qui passent finalement à côté des réalités, et bien là, aucun risque, l'écrivaine le dit très humblement, elle a puisé dans son intimité pour en extraire peut-être quelque chose de plus universel, elle ne détient pas la vérité, mais une vérité.


Adeline FLEURY est une jeune femme de 38 ans, maman, divorcée, je ne vous en dis pas plus, ce portrait rapidement brossé dévoile quelques traits de caractères de la famille d'aujourd'hui, le modèle "papa maman et les enfants" a largement explosé pour donner naissance à de tous nouveaux schémas.


Alors, être femme aujourd'hui, c'est quoi ? Adeline FLEURY lui attribue quelques qualificatifs : 


Séductrice, maladroite, ambitieuse, bûcheuse, oisive, insolente, fragile, forte, drôle, mélancolique, capricieuse, colérique, ultrasensible, tout ça dans la même personne. Complexe et singulière." P. 12

Cette approche de l'humain finalement, le multifacettes, a tout pour me plaîre. J'aime à penser qu'un individu, femme ou homme d'ailleurs, puisse avoir différents visages selon les émotions, les circonstances de la vie... et accepter qu'une personne puisse être tout ça à la fois, c'est déjà un grand pas vers l'interculturalité, enfin je crois.


J'ai beaucoup apprécié l'approche de l'auteure au gré des grandes périodes de la vie : l'enfance, l'adolescence, la jeunesse, la maternité, la renaissance, la maturité.  


Si chacune d'entre nous, peu importe l'âge, peut assurément se retrouver dans les anecdotes enfantines de Adeline FLEURY, il en est d'autres qui résonneront peut-être un peu moins. Personnellement, et malgré une dizaine d'années de plus que l'auteure, je ne vous cache pas que je me suis délectée à retrouver Vic de "La Boum" et plus encore Valentine de "L'Etudiante" formidablement interprétée par Sophie Marceau aux côtés de Vincent Lindon, toute une époque n'est-ce pas ? "J’ai envie d’un vrai baiser de cinéma ici dans la voiture, tout de suite." vous vous en souvenez ? non ?


Plus sérieusement, et plus gravement aussi, l'écrivaine aborde une épreuve de sa vie, aucun intérêt de vous la dévoiler maintenant mais si vous avez lu "Les corps fragiles" de Delphine BERTHOLON, vous en aurez sûrement une petite idée ! Le traumatisme qu'elle a vécu, c'est celui que redoute toute mère quand elle voit sa fille lentement s'émanciper, vivre cette période de la vie où l'insouciance et la soif de liberté sont les fils conducteurs de l'existence. 
 
Mais là, il ne s'agit pas d'une fiction, non, il s'agit d'un fait réel qui marquera à jamais le corps de l'écrivaine. Ce corps justement qu'elle habite pleinement et qui fait d'elle ce qu'elle est, ce corps qu'elle a appris avec l'âge à aimer. Bien sûr, il y a eu la maternité qui l'a fait brusquement évolué mais il y a eu aussi, après, cette période de plénitude qu'elle a savouré avec gourmandise.


La sexualité est un sujet largement abordé dans cet essai. Il donne à voir les différentes expériences qui s'offrent à la génération du XXIème siècle, la quête d'une certaine identité. J'avoue avoir été très sensible à sa définition du désir. Mais oui, qu'est-ce que le désir ? Un beau sujet de philosophie, non ? 

 


Le désir s'appréhende d'abord au creux de soi, se construit lentement dans l'exploration, l'écoute et la reconnaissance que l'on s'accorde, puis vient le plaisir et enfin l'acceptation de sa condition de femme désirante et jouissante." P. 149

Là, il s'agit du regard porté par une femme mâture, de celles qui ont une certaine expérience de la vie, un brin de recul pour se recentrer sur soi et identifier ses propres sources de plaisir. Nul doute que les femmes de mon âge, et plus, se retrouveront dans le propos !


Ce qui m'a aussi intéressée dans cet essai, c'est l'approche d'un phénomène qui, s'il n'est pas nouveau, est de plus en plus dévoilé par les femmes et donne à voir une réalité juste insupportable. HDR, ça vous dit quelque chose ? Le harcèlement de rue, peut-être un peu plus ? Les hommes semblent pouvoir aborder les femmes dans la rue comme une simple marchandise et avec des propos on ne peut plus abjectes. C'est un fléau qui entrave la liberté des femmes et contre lequel il nous faut absolument lutter.


Adeline FLEURY tire une conclusion qui résonne totalement avec mes impressions :


Une femme n'est jamais totalement sereine. Sa vie est un tourbillon perpétuel. P. 158

Tiraillée entre ses différents statuts, elle peine à trouver l'apaisement.


Le livre à peine refermé, je suis tombée de ma chaise quand, au lendemain des élections législatives, j'ai entendu à la radio un député sortant doutant que la femme qui allait lui succéder ait "le temps de faire sa lessive et d'emmener ses enfants à l'école". Quelle vision réductrice du rôle de la femme dans la société et de ses aspirations !

 

Nul doute qu'il soit encore nécessaire d'écrire sur le sujet pour continuer d'avancer !

 

S'appuyant sur de très nombreuses références, Adeline FLEURY permet au singulier d'évoluer vers le collectif et ainsi de dresser le portrait du féminisme du XXIème siècle. Avec "Femme absolument", l'écrivaine réalise un acte militant, elle participe à l'écriture d'une nouvelle page de l'Histoire de la condition féminine française, c'est peut-être notre Elisabeth BADINTER de demain !

 

Pour qu'une cause soit audible toutefois, il convient de la diffuser. Et là, la balle est dans notre camp. Si l'on veut faire évoluer les perceptions, rompre avec le sexisme, il serait très intéressant, je crois, de mettre cet essai dans toutes les mains, qu'elles soient jeunes et moins jeunes (nous avons aujourd'hui la chance d'avoir une espérance de vie de 4 générations, c'est dire la résonance possible !), féminines et masculines bien sûr, et d'en échanger pour confronter les points de vue et tendre vers une vision universelle de la chose !

 

1, 2, 3, partez ! 

 

Voir les commentaires

2017-06-17T10:23:02+02:00

Ma Reine de Jean-Baptiste ANDREA

Publié par Tlivres
Ma Reine de Jean-Baptiste ANDREA

Au retour de mes vacances en Italie, j'ai eu la très belle surprise de découvrir que je faisais partie des 80 Grands Lecteurs (excusez du peu !) tirés au sort par les Editions Iconoclaste pour découvrir en avant-première leur rentrée littéraire 2017.

 

Je viens tout juste de recevoir "Ma Reine" le 1er roman de Jean-Baptiste ANDREA et même le jardin est en émoi : il est accueilli au Palais Royal !
 

Je crois que c'est de bon augure, non ? 

Voir les commentaires

2017-06-02T09:00:00+02:00

Quand un mois laisse sa place à un autre...

Publié par Tlivres

Le mois de mai a été marqué par la découverte de belles plumes... 

Quand un mois laisse sa place à un autre...

Je ne connaissais pas Mathieu MENEGAUX, il m'aura fallu une rencontre sur les Journées Nationales du Livre et du Vin de Saumur pour tomber sous le charme de sa plume. Il faut dire que son roman "Un  fils parfait" vous prend à la gorge dès les premières pages et ne lâchera pas son étreinte avant la toute dernière page. Magistral !

J'ai aussi découvert des premiers romans avec les 68 premières fois, l'heure de la fin de la sélection de l'hiver 2017 a sonné, j'ai terminé le challenge en beauté avec "La tresse" de Laëtitia COLOMBANI. J'avais également beaucoup apprécié ce livre hors catégorie de Maryam MADJIDI "Marx et la poupée" et puis "Outre-mère" de Dominique COSTERMANS malgré un nombre de personnages important et quelques difficultés à s'y retrouver.

Assurément une très belle sélection, et comme l'année dernière, j'ai adoré tous les échanges qu'elle a produit !

Ce mois-ci, je me suis aussi délectée avec la découverte d'un roman graphique : "Collaboration horizontale" de Navie et Carole MAUREL, tellement beau, tellement puissant !

Quand un mois laisse sa place à un autre...

Mais force est de constater que j'ai fait quelques infidélités à la littérature pour m'intéresser un peu plus à la peinture et à la sculpture !

J'ai visité de très belles expositions avec la découverte du talent de Anne AUGUSTE, Simon PAVEC et David RIOU, des artistes locaux qui se sont pliés au jeu de revisiter le mythe du "Rocher de Sisyphe" et exposent encore aujourd'hui au Musée Jules Desbois de Parçay-les-Pins

J'ai accueilli avec grand plaisir le retour de "L'Arbre-serpents" de Niki de Saint-Phalle dans la cour du Musée des Beaux Arts d'Angers. 

Enfin, j'ai découvert le travail de Nathalie DUBOIS, artiste accueillie en résidence au CHU d'Angers et qui a produit des oeuvres magnifiques à partir de matériel médical. Ses chardonnerets en radiographies sont juste sublimes !

Le mois de mai 2017 sera donc marqué par son côté éclectique. J'espère que vous y trouverez votre bonheur !

Quand un mois laisse sa place à un autre...

Voir les commentaires

2017-05-25T17:43:27+02:00

La tresse de Laëtitia COLOMBANI

Publié par Tlivres
La tresse de Laëtitia COLOMBANI

Editions Grasset


Ce roman fait partie de la sélection des 68 premières fois pour son édition 2017, il clôture cette rentrée littéraire de janvier 2017 et je crois bien pouvoir dire qu'il le fait en beauté.


Je vous explique.


Smita vit en Inde. Mariée, elle a une fille Lalita. Elle fait partie des Intouchables, de ces êtres qui ne sont bons qu'à ramasser les excréments des autres, sa mère le faisait avant elle, chaque jour elle prend son panier de jonc pur débarrasser les riches de ces matières pestilentielles dont l'odeur s'incruste jusque dans les pores de sa peau. Non, Lalita ne fera pas ce métier. Elle l'a décidé et va commencer par envoyer sa fille à l'école. Giulia, elle, a une vingtaine d'années. Sicilienne, elle travaille dans l'atelier de son père à la fabrication de postiches. Passionnée de littérature, elle rêve d'épouser par amour. Non, Giulia n'épousera pas un homme choisi par ses parents. Sarah, enfin, vit à Montréal. Avocate, elle est carriériste, elle vise le sommet. Elle a déjà divorcée deux fois. Elle a 3 enfants qu'elle dont elle n'assure la garde que le week-end. Non, elle ne se laissera pas abattre.


3 femmes, 3 pays, 3 trajectoires distinctes et pourtant un point commun, leur condition de femme. Chacune va, sous la plume d'une écrivaine de talent, trouver la force de dire "non", de lutter contre sa condition, cette prédisposition à un avenir écrit d'avance, par des hommes bien sûr. Outre le fait de partager des prénoms qui se terminent tous par la lettre A (tiens, étrange, celui de l'auteure aussi se termine par un A, Laïtitia !), toutes ces femmes vont un jour trouver quelque chose qui va les raccrocher à la vie, qui va les alléger et les porter pour un nouvel avenir qu'elles vont décider de construire, elles-mêmes, en phase avec leur propre personnalité. 


Le procédé est ingénieux, audacieux même. Laëtitia COLOMBANI va créer un lien entre Smita, Giulia et Sara, un lien ténu aussi fin qu'un cheveu. Le roman est ainsi ponctué d'un texte en italique, rédigé comme un poème avec une narration à la 1ère personne du singulier. On comprend que cette 4ème femme travaille à la réalisation d'un ouvrage. Je ne vous en dirai pas plus, c'est là l'un des charmes de ce roman... mais je vais toutefois partager avec vous quelles lignes qui me paraissent d'une grande sensibilité :

 


Parfois, mon esprit s'échappe de cet atelier,
Et m'entraîne
Vers des contrées lointaines,
Vers des vies inconnues,
Dont les voix me parviennent
Comme un écho ténu,
Et se mêlent à la mienne.
P. 63

Bien sûr, il y a de la fragilité, il y a des périodes de doute, de crainte, mais il y a surtout de l'optimisme, une force incroyable, une puissance qui se dégage de ces pages, comme un hymne au pouvoir des femmes. A l'image de la couverture de ce roman teintée d'un jaune ô combien lumineux, c'est toute la condition féminine qui rayonne avec ce livre. 


Je me souviens très bien encore de la lecture de l'essai de Nathalie LOISEAU "Choisissez tout", le propos est là sensiblement le même mais transposé dans une fiction très bien menée et par qui, dites moi, une femme bien sûr !


Bravo à Laëtitia COLOMBANI pour ce très beau 1er roman, c'est certain, cette écrivaine est promise à un très bel avenir.

 

Celle lecture s'inscrit dans le cadre de la sélection des 68 premières fois pour son édition 2017 :

La tresse de Laëtitia Colombani *****

Marx et la poupée de Maryam Madjidi *****

Elle voulait juster marcher tout droit de Sarah Barukh ****

Outre-mère de Dominique Costermans ****

Maestro de Cécile Balavoine *****

Marguerite de Jacky Durand *****

La plume de Virginie Roels ****

Mon ciel et ma terre de Aure Atika *****

Nous, les passeurs de Marie Barraud *****

Principe de suspension de Vanessa Bamberger *****

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie Kalfon ****

Presque ensemble de Marjorie Philibert ***

Ne parle pas aux inconnus de Sandra Reinflet *****

La téméraire de Marine Westphal *****

La sonate oubliée de Christiana Moreau ****

Voir les commentaires

2017-05-25T13:42:59+02:00

Bidules, machins, trucs ?!

Publié par Tlivres

Dans les expositions temporaires, il y en a pour tous les goûts.

Celle du Musée Jules Desbois de Parçay-les-Pins convoque la mythologie avec "Le Rocher de Sisyphe" revisité par des artistes locaux qui jouent avec les matières.

Celle-ci, clairement, affiche son côté ludique. Le titre suffit à donner le ton de cette exposition qui vient d'ouvrir. Ce sont les D.A.M.M. qui ont encore frappé, entendez bien sûr les 4 dames qui oeuvrent au quotidien pour offrir au public l'objet de ses convoitises, ou bien, plus institutionnelle, la Direction Associée des Musées Municipaux !

Courrier de l'Ouest du 20 05 2017

Courrier de l'Ouest du 20 05 2017

Là, typiquement, c'est le jeune public qui est visé, celui qui va participer à un jeu de pistes et découvrir les usages des objets de la vie quotidienne.

Mais attention, vous ne trouverez pas de téléphone portable, ni de tablette, non, mais des objets ancestraux que nous ne sommes d'ailleurs plus très nombreux à connaître.

C'est donc une découverte pour tous qui s'offre à vous.

Allez, on visite. Qu'est-ce que c'est que ce bidule ?

Bidules, machins, trucs ?!

Vous séchez ? Et bien reportez vous au tableau noir installé à cet effet !

Il vous dévoilera le nom et l'époque de l'objet en question !

Et oui, les 4 dames sont allées jusque-là, pas de tableau blanc numérique, celui qui envahit toutes les classes de nos chères têtes blondes aujourd'hui, non, elles ont installé le bon vieux tableau noir qui siégeait dans les classes de nos parents et grands-parents ! Il est d'époque !

Bidules, machins, trucs ?!

Vous imaginez le temps qu'il fallait pour faire du sucre glace pour saupoudrer les gaufres !

Allez, peut-être un peu plus facile... qu'est-ce que c'est que ce truc ?

 

 

 

Bidules, machins, trucs ?!

Une couronne de mariée ! Si vous pénétrez dans la chambre de votre arrière-grand-mère, il est bien possible que vous trouviez la même chose trônant sur une commode.

Et puis ce machin, c'est quoi ?

Bidules, machins, trucs ?!

J'avoue que c'est mon préféré. Il allie la raffinement, la beauté et l'utilité...

Allez, vous brûlez... 

Bidules, machins, trucs ?!

Original, non ?

Donc, si vous avez envie de vous amuser en famille, direction Baugé-en-Anjou pour une petite visite. Non seulement, vous pourrez voir l'exposition temporaire jusqu'au 17 septembre, mais vous pourrez aussi accéder au Château, celui du Roi René, et profiter d'une mise en scène théâtralisée pour encore plus s'amuser !

Bidules, machins, trucs ?!

Franchement, à Baugé, c'est le pied !

Bidules, machins, trucs ?!

Et il est de taille !

Ah, j'allais oublier. En faisant ma visite, j'ai vaguement saisi une information à la volée, un scoop, quoi !

Il paraît que le proverbe qui dit : "jamais 2 sans 3" sera très bien illustré d'ici la fin du mois de juin. Le Musée de Joseph Denais de Beaufort-en-Anjou sera mis sous les projecteurs avec une exposition très très insolite.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, c'est sûr, je me tiens prête ! 

Voir les commentaires

2017-05-20T21:02:34+02:00

Un fils parfait de Mathieu MENEGAUX

Publié par Tlivres
Un fils parfait de Mathieu MENEGAUX

Editions Grasset

Une fois n'est pas coutume, il ne s'agit pas d'un 1er roman mais du 2ème de Mathieu MENEGAUX que j'ai eu la chance de rencontrer sur les Journées Nationales du Livre et du Vin de Saumur.


En fait, il y a des romans du Salon du Livre de Paris qui attendent encore leur heure. Je ne sais pas pourquoi, celui-là m'attirait tout particulièrement, il leur a volé la place ! Ce  roman, c'est juste un page-turner, un thriller psychologique qui vous prend à la gorge dans les toutes premières pages et vous tiendra captivé(e) jusqu'à la dernière. Je vous explique.


Nous assistons à la cérémonie du mariage de Daphnée, la narratrice, avec Maxime. Diplômée de l'ESSEC et lui de Polytechnique, ce sont deux personnes cultivées qui s'engagent pour le meilleur et pour le pire. Très vite, quelques allusions au passé montrent que le couple n'a pas résisté à la vie en famille. Deux filles sont nées de cette union, Claire, hypocondriaque, dont la petite enfance a été particulièrement chahutée par ses névroses, et Lucie, beaucoup plus facile à élever. Après la naissance des petites, Daphnée a repris son activité professionnelle. Elle a un poste à responsabilité qui l'oblige à  de fréquents déplacements, elle est absente 3 à 4 nuits par semaine. C'est Maxime qui prend alors le relais dans l'éducation des enfants. Mais, voilà, un jour, l'une des filles laisse échapper une phrase qui sème le doute dans l'esprit de Daphnée. Et si Maxime abusait de ses filles en son absence ?


La petite bombe explose à la page 57 du roman. Ensuite, tout n'est que précipice. C'est une spirale infernale qui emmène Daphnée vers les tréfonds de sa personnalité. Face à la déclaration de sa  fille,  comment va-t-elle surmonter la foudre qui vient de s'abattre sur elle ? Parler à Maxime ? Quitter le foyer ? Trouver une amie à qui se confier ? C'est peut-être un peu de tout ça et bien d'autres choses encore que vous êtes loin d'imaginer, Mathieu MENEGAUX maîtrise parfaitement l'intrigue !


Je me suis retrouvée au coeur de cette famille en fusion, en perte de repères aussi. J'ai lu ce roman en apnée totale. Quand on est mère, c'est l'un des pires scénarios qui puissent exister, des abus sexuels au sein même de la famille, ce cocon sensé protéger chacun de l'extérieur, et pourtant. Quant au personnage du père, il rivalise d'ingéniosité pour sauver sa peau, machiavélique à l'envi.


Ce roman est parfaitement construit. Il se présente comme une lettre adressée par la narratrice à sa belle-mère pour lui donner SA version des faits. Le procédé est ingénieux et totalement réussi.


Mathieu MENEGAUX traite ainsi d'un fléau qui ronge notre société en l'explorant de l'intérieur avec le témoignage de cette mère tout en le ponctuant de statistiques nationales pour lui donner une résonnance collective. Il se sert également de faits largement médiatisés pour montrer les failles de notre système judiciaire et ainsi dénoncer les travers d'une organisation qui protège plus l'auteur des faits que ses victimes. 


Un exercice périlleux mais parfaitement mené dans une plume agréable à lire, un livre parfait, oh, pardon, c'est "Un fils parfait" !


J'ai maintenant très envie de découvrir "Je me suis tue", le tout premier roman de Mathieu MENEGAUX, dont les critiques sont toutes élogieuses. 

 

Voir les commentaires

2017-05-20T13:56:38+02:00

Marx et la poupée de Maryam MADJIDI

Publié par Tlivres
Marx et la poupée de Maryam MADJIDI

Editions Le Nouvel Attila


Ce roman de Maryam MADJIDI, je l'attendais avec impatience, d'abord parce que le collectif des 68 premières fois l'encense, pour beaucoup, il est LE coup de coeur de cette édition 2017, et puis parce que j'ai eu la chance aux côtés de Sabine et de Delphine de rencontrer l'écrivaine sur le Salon du Livre de Paris, une jeune femme ravissante pleine de fougue, d'enthousiasme, à la voix qui porte annonciatrice d'une femme qui sait où elle va, remarquable par sa personnalité. Elle fait partie de celles qui me fascinent.


Marx et la poupée était bien en vu dans ma PAL. Mais je voulais lui faire une place de choix, lui offrir un moment privilégié pour une lecture que j'imaginais un peu spéciale. Après coup, je confirme qu'elle est bien : spéciale !


C'est l'histoire d'une famille iranienne. Tout commence en 1980. Elle vit à Téhéran. C'est la révolution. La femme a 20 ans. Elle est enceinte de 7 mois. Elle décide de prendre part à la manifestation qui gronde dans la rue. Rien ne peut l'arrêter. Elle se retrouve pourtant dans les murs de l'Université, découvre sous ses yeux le viol d'une jeune fille. Elle prend peur. Poursuivie elle-même, elle se retrouve devant une fenêtre et décide de sauter, du 2ème étage !


Voilà, vous vous retrouvez de plein fouet parachuté dans un pays qui vit une révolution aux côtés de cette femme. Peu importe son avenir personnel, celui de son bébé, ce qui la guide à l'instant présent, c'est d'être là, de participer à une action d'intérêt général.
 

 


Elle se rassure : je combats pour ces femmes, pour qu'elles puissent avoir des droits, oui, pour qu'elles soient libres, fortes, je lutte pour elles, pour leur vie, tant pis pour moi, moi c'est rien, ça ne compte plus. P. 39

Que va-t-elle devenir ? et le bébé ? C'est ce que vous allez découvrir tout au long de cette lecture.


De ce roman, il n'en est pas en réalité. Enfin, peut-être, pendant quelques pages. En réalité, c'est un livre qui sort systématiquement du cadre, il est tantôt un conte qui commence comme le veut la tradition par "Il était une fois", tantôt il revêt le costume d'un récit de vie, tantôt il est donc autobiographique, le bébé n'est autre que Maryam MADJIDI. Bref, c'est un jubilé de différents genres littéraires, un peu à l'image de l'écrivaine elle-même, cette femme née à Téhéran qui a passé sa jeunesse en France et puis, a pris l'habitude de s'expatrier, 2 ans en Chine, ou ailleurs... c'est le portrait d'une femme que l'on pourrait dire multiculturelle dans le sens où elle a beaucoup voyagé, par choix ou par obligation, et qui aujourd'hui ne serait pas ce qu'elle est sans toutes ses aventures vécues à travers le monde.


J'ai été profondément touchée par l'exil de cette famille d'intellectuels qui a décidé de fuir son pays malgré tout l'attachement qu'elle lui voue et leur idéologie. Les parents de Maryam MADJIDI ont quitté l'Iran en 1986 pour la France où ils obtiendront le statut de réfugiés politiques. Ils vivront à Paris dans le XVIIIème arrondissement. Cette terre qu'ils chérissaient ne leur offrait pas d'autres choix que celui de partir. Cette histoire donne à voir ce que vivent aujourd'hui de nombreux migrants, déchirés par l'abandon de leurs origines.


Parmi tout ce qu'ils doivent quitter, il y a cette parenthèse sur les livres qui en dit long sur l'état d'oppression que vivaient au quotidien les Iraniens :


Vas-y, apporte les livres, moi je creuse le trou.
Et la mère dépose dans ce trou Marx, Engels, Lénine, Makarenko, Che Guevara et tous les autres ; le père les recouvre de terre humide.
La petite fille est là. Elle les observe debout sur le perron. Elle se dit que ce jardin contient désormais beaucoup de choses : ses jouets à elle, et maintenant les livres interdits de son père. P. 43

C'est joliment dit mais ô combien révélateur de la dictature et de ses codes habituels. Pour brider l'émancipation du peuple, il faut lui interdire l'accès à la culture, à d'autres horizons possibles, les livres sont les premiers à être combattus. 


Les parents de Maryam MADJIDI prendront une nouvelle voie, celle de l'exil. Ce roman explore le statut d'étranger dans le pays où il arrive. J'ai tout particulièrement aimé ce passage où elle et sa mère s'assoient sur un banc et regardent ce nouvel univers  sous leurs yeux, quant à s'y intégrer, c'est autre chose...


Contempler le monde qui nous entoure. C'est toi qui m'a appris ça. Les heures que nous avons passées dans ce square, puis plus tard dans les cafés parisiens où on fumait un paquet de clopes, assises sur des bouts de trottoirs, sur des bancs dans les parcs, sur des bords de hutongs à Pékin, sur les rives du Bosphore, dans les allées sinueuses du grand bazar de Téhéran, juste ça, regarder et commenter ce qui nous entoure : les gens, les attitudes, les démarches, les allures et les silhouettes, les chiens, les chats et les oiseaux, le végétal, les immeubles, les objets derrière les vitrines, les enseignes, les engins roulants, tout passait dans notre grand laboratoire-observatoire de la vie. P. 101

Maryam MADJIDI essaie de comprendre son père. Ainsi, l'histoire de ce petit déjeuner en dit long sur la volonté qu'il avait de s'approprier les traditions françaises...


Je regarde ces croissants posés tristement sur la table, vierges de souvenir, sans saveur familière, que ma mère et moi boudons obstinément. P. 97

mais sur la difficulté aussi pour des étrangers de s'accommoder dès l'arrivée dans le pays de toutes ces habitudes qui ne sont pas encore les leurs, et qui le ne le seront peut-être jamais. Et puis, ce sursaut, incompréhensible pour la petite fille qu'est Maryam quand il lui impose des cours de persan comme la préservation du dernier fil qui lie encore sa fille à son pays d'origine.

J'ai été profondément touchée par le portrait dressé de sa mère, cette femme qui a déjà dû abandonner son pays où elle menait le combat de la liberté et qui ne trouve pas tout à fait sa place dans celui d'adoption.


Déjà en Iran, les rêves de la mère disparaissaient peu à peu. En France, le peu qu'il restait tombait évanoui, un par un, sur la moquette de la chambre, juste en dessous de sa chaise. P. 103

Enfin, ce roman en dit long sur l'histoire de la langue. La partie qui lui est dédiée est tellement belle. Construite comme un conte, elle use de métaphores pour illustrer à quel point il est difficile de passer de l'une à l'autre et vice-et-versa.


Le persan, assis un peu à l'écart sur un banc, les regarde s'éloigner. Vieille femme pensive, encerclée d'une épaisse solitude, balayant du bout de sa canne quelques feuilles et déchets et les vieux rêves du passé. P. 142

Alors, quand Maryam MADJIDI évoque l'apprentissage de la langue, le français pour des non-francophones, le ton de la colère nous imprègne. Elle dénonce ces classes spéciales qui l'ont accueillies un temps mais qui la révulsaient. Pourquoi ne pas permettre à ces enfants d'être accueillis dans des classes ordinaires ? Pour faciliter leur intégration ? L'Education Nationale aurait sûrement beaucoup à apprendre de ce témoignage, peut-être que les institutions, dans un souci d'agir, le font maladroitement, voire inefficacement... faisant subir à ces enfants de nouvelles souffrances. 


Plus fort encore est le propos de la double culture. Il est de bon ton aujourd'hui de parler des apports de deux pays. Maryam MADJIDI, elle, en souffre. C'est une charge, très voire trop, lourde. Elle est prête à nous la donner...


Tu sais ce que ça fait d'être nulle part chez soi ? En France, on me dit que je suis iranienne. En Iran, on me dit que je suis française. Tu la veux ma double culture ? Je te la donne, va vivre avec et tu viendras me dire si c'est une "belle richesse" ou pas. P. 156

Ce livre, ce sont les prémices d'une longue, très longue, conversation que j'aimerais avoir avec l'écrivaine pour aller plus loin encore dans tout ce qu'elle a à nous apprendre. C'est un écrit formidable pour découvrir par la voix de celle qui l'a vécu ce qu'est l'exil, le déracinement, le retour au pays... à l'image des 3 naissances qui le structurent.


Marx et la poupée vient d'être couronné par le Prix Goncourt du Premier roman, ce n'est pas celui que je lui aurais décerné pour tenir compte de la navigation de l'écriture entre différents registres, mais à bien y réfléchir, je n'en ai pas d'autres à lui offrir, alors bravo Maryam MADJIDI.

Celle lecture s'inscrit dans le cadre de la sélection des 68 premières fois pour son édition 2017 :

Elle voulait juster marcher tout droit de Sarah Barukh ****

Outre-mère de Dominique Costermans ****

Maestro de Cécile Balavoine *****

Marguerite de Jacky Durand *****

La plume de Virginie Roels ****

Mon ciel et ma terre de Aure Atika *****

Nous, les passeurs de Marie Barraud *****

Principe de suspension de Vanessa Bamberger *****

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie Kalfon ****

Presque ensemble de Marjorie Philibert ***

Ne parle pas aux inconnus de Sandra Reinflet *****

La téméraire de Marine Westphal *****

La sonate oubliée de Christiana Moreau ****

Cette lecture participe aussi au Challenge de la Rentrée Littéraire MicMelo de janvier 2017 ! 

Elle voulait juster marcher tout droit de Sarah Barukh ****

Outre-mère de Dominique Costermans ****

Vermeer, entre deux songes de Gaëlle Josse *****

Maestro de Cécile Balavoine ***** Coup de coeur

Marguerite de Jacky Durand *****

Les indésirables de Diane Ducret ***** Coup de coeur

Mon ciel et ma terre de Aure Atika *****

Nous, les passeurs de Marie Barraud *****

Pour que rien ne s'efface de Catherine LOCANDRO *****

Principe de suspension de Vanessa BAMBERGER ****

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie KALFON ****

Coeur-Naufrage de Delphine BERTHOLON ***** Coup de coeur

Presque ensemble de Marjorie PHILIBERT ***

La baleine thébaïde de Pierre RAUFAST ****

L'article 353 du code pénal de Tanguy VIEL ****

Ne parle pas aux inconnus de Sandra REINFLET ****

La téméraire de Marine WESTPHAL *****

Par amour de Valérie TONG CUONG ***** Coup de coeur

La société du mystère de Dominique FERNANDEZ ****

L'abandon des prétentions de Blandine RINKEL ****

La sonate oubliée de Christiana MOREAU ****

Voir les commentaires

2017-05-17T20:01:34+02:00

Niki de Saint-Phalle et son "Arbre-serpents"

Publié par Tlivres
Niki de Saint-Phalle et son "Arbre-serpents"

Impossible de passer à côté du retour de l'oeuvre de Niki de SAINT-PHALLE "L'Arbre-serpents" dans la cour du Musée des Beaux Arts d'Angers sans rédiger une chronique sur cette artiste franco-américaine extraordinaire.

Sa petite-fille et gestionnaire de la Niki charitable art foundation, Bloum CARDENAS s'est déplacée pour l'événement. Elle a salué le travail réalisé par les restaurateurs pour offrir une nouvelle vie à cette sculpture exposée à tous les temps.

Elle dit de sa grand-mère que "c'était une bombe dans tous les sens du terme !". Niki de SAINT-PHALLE, c'est une artiste que j'aime beaucoup et depuis une belle vingtaine d'années maintenant. Elle s'affiche d'ailleurs dans la bannière du blog comme une signature depuis son tout premier jour !

Bien sûr, comme beaucoup, je l'ai découverte avec ces Nanas, ces femmes aux formes généreuses qui, dans les années 1960, affichaient le charme des rondeurs comme un contre-pouvoir exercé face aux canons de la beauté revendiqués par les professionnels de la mode. Elle savait d'ailleurs tout particulièrement de quoi elle parlait puisqu'elle fut elle-même mannequin ! Il y avait avec Niki de SAINT-PHALLE l'affirmation d'un acte militant, un acte féministe montrant une autre voie possible.

Elle était provocatrice aussi. J'en veux pour preuve sa Nana couchée, Hon, créée en 1966 avec son mari, Jean TINGUELY, et dans laquelle le public pouvait entrer par le vagin pour assister à une mise en scène artistique.

Niki de Saint-Phalle et son "Arbre-serpents"

Elle était exceptionnelle aussi dans les dimensions qu'elles donnait à ses oeuvres. Monumentales elles étaient. Hon mesurait 28 mètres de long.

Elles ont trouvé un écrin majestueux dans le Jardin des Tarots situé en Toscane. Inspirée du Parc Güell de Barcelone pour les oeuvres de GAUDI, Niki de SAINT-PHALLE y a mis beaucoup de ténacité pour mener à bien ce projet fantastique.

Ce que j'aime beaucoup dans son oeuvre, c'est le mélange des matières avec ses mosaïques composées de petites pierres, de morceaux de miroir, brillants et réfléchissants, ce sont ses couleurs aussi, chatoyantes à l'envi, gaies, lumineuses. 

Elle créait des oeuvres originales et tellement suggestives à l'image de "La Justice" par exemple. Insolite, non ?

Niki de Saint-Phalle et son "Arbre-serpents"

Niki de SAINT-PHALLE, c'était une femme qui allait jusqu'au bout de ses idées, de son art. Elle s'affranchissait des limites qui pouvaient entraver sa création, elle croyait en ses capacités de devenir une héroïne.

Sa philosophie, j'ai envie de la relayer partout autour de moi. Elle n'a pas pris une ride avec le temps. Il conviendrait même de la crier haut et fort quand les droits des femmes peuvent être un brin fragilisés.

Que toutes les petites filles, les jeunes filles, les jeunes femmes, et les autres, croient en cet horizon des possibles ! 

Niki de Saint-Phalle et son "Arbre-serpents"

Niki de SAINT-PHALLE, assurément, "c'était une bombe !".

Voir les commentaires

Girl Gift Template by Ipietoon Blogger Template | Gift Idea - Hébergé par Overblog