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2017-04-28T21:43:37+02:00

Vermeer, entre deux songes de Gaëlle JOSSE

Publié par Tlivres
Vermeer, entre deux songes de Gaëlle JOSSE

Comme vous le savez, je suis une inconditionnelle de la plume de Gaëlle JOSSE. Il y a les romans bien sûr, et notamment les plus récents dont vous avez certainement entendu parler : Le dernier gardien d'Ellis Island et L'ombre de nos nuits qui sont extraordinaires.

Mais Gaëlle JOSSE est une femme qui expérimente également de nouvelles formes d'écritures. De vives voix par exemple est un essai autour de la voix qu'elle dissèque avec brio.

Cette fois-ci, nous sommes de nouveau sur une forme atypique publiée aux éditions Invenit qui elles ont l'habitude de dédier de petits ouvrages à la perception d'un artiste.

Ainsi, Gaëlle JOSSE, que j'ai eu la chance de rencontrer au Salon du Livre de Paris justement sur le stand de cette maison d'édition, s'est pliée avec plaisir à l'exercice proposé.

Avec ce tout petit ouvrage de seulement 50 pages, elle va nous faire partager ses émotions autour de l'oeuvre énigmatique "La jeune fille assoupie" de Vermeer, ce peinte néerlandais du XVIIème siècle.

Elle se retrouve au Metropolitan Museum de New York face au tableau qu'elle nous décrit dans les moindres détails qui ne manquent pas de susciter des interrogations, des émotions. 

Elle exprime ce que lui évoque l'oeuvre, non pas qu'elle prétende vouloir l'imposer, loin de là. 


Une multiplication du sens, des possibles, des ouvertures, sans qu'aucune interprétation puisse prétendre prévaloir sur une autre. P. 12

J'ai beaucoup aimé retrouver la plume de cette écrivaine dont la qualité s'illustre dans des livres courts. Chaque mot est juste, il vient à point nommé et nous transporte.


L'exercice de cette contemplation m'a séduite. C'est un peu comme une parenthèse, courte mais intense, qui rappelle à chacun le pouvoir de l'art. Magique !

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2017-04-28T20:42:59+02:00

Maestro de Cécile BALAVOINE

Publié par Tlivres
Maestro de Cécile BALAVOINE

Editions Mercure de France

 

Maestro, c'est le 1er roman de Cécile BALAVOINE tout juste sorti des presses et immédiatement sélectionné par les fées des 68 premières fois, tout ça est de très bon augure.


Oh, surprise, à la première page, il est écrit : "A vous.". Ce roman m'intrigue, il s'adresse à moi ? lectrice ? Ma curiosité est attisée, je plonge et n'en ressorts qu'en fermant la toute dernière page ! Un roman sublime.


Je vous explique :


Cécile, une femme journaliste, est sur le point de réaliser une interview par téléphone, celle d'un Chef d'Orchestre, reconnu mondialement. Elle est dans une chambre d'hôtel à New–York. Elle finalise ses questions. Le rendez-vous téléphonique est sur le point de se concrétiser. Elle décroche le combiné, compose le numéro, la sonnerie retentit et puis, sa voix, à lui, cette voix qui la renvoie immédiatement dans sa plus tendre enfance, alors même qu'elle chérissait un mort. Mais pas n'importe lequel, non, Mozart. Excusez du peu ! Alors même qu'elle n'était qu'une petite fille, son cocon familial se désagrégea avec l'arrivée d'un bébé. Une petite soeur allait lui voler les attentions et le regard de Papa et Maman. Pour atténuer sa peine, elle hait cette petite soeur a priori, ses parents lui offrent un piano, rien qu'à elle. Il est installé dans sa propre chambre et sera le moyen de nourrir cette passion pour la musique.


Vous l'aurez compris, le "Vous" s'adresse à ce Chef d'Orchestre, cet homme que la narratrice va interviewer et qui va la replonger dans son passé. Cécile BALAVOINE va ainsi alterner les paragraphes dédiés à cet entretien téléphonique et aux flash-backs qui vont permettre progressivement de découvrir d'où remonte cette passion pour un virtuose qui a vécu au XVIIIème siècle.


J'ai beaucoup aimé découvrir comment la musique avait réussi à trouver lentement sa place dans la vie de cette enfant. 


Je sais seulement qu'il y a la partition sur le piano et qu'il suffit de l'ouvrir, de la lire et de bouger les doigts pour que la chambre vibre, danse, pour arriver dans un ailleurs très lointain et faire surgir Volfgangamadéoussemozare. [...] Mes mains apprennent à se placer, se déplacer sur le clavier, elles tracent les notes du plus grand musicien de tous les temps. P. 16

Et mesurer la puissance artistique de la musique sur les mélomanes...


Vos yeux s'animent, dans un mouvement rapide, vos sourcils se relèvent, ils expriment l'intensité et la beauté de la musique. P. 193

J'ai été profondément touchée par le pouvoir du père et cette personnalité qui anéantit toute expression de l'enfant. 


Mais tout à coup, debout devant papa, je me mets à douter. Tout à coup, cela me traverse, c'est fulgurant. ...] Je sens dans ma poitrine la peur de décevoir papa. P. 17

Cette perception, je l'ai récemment lue dans le roman de Marie BARRAUD "Nous, les passeurs". Les deux écrivaines, toutes jeunes, en disent long sur cet ancrage encore très marqué du chef de famille incarné par le père. A croire que nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir pour espérer un jour une égalité hommes/femmes !

 

Ce roman, c'est aussi celui de la vie de Wolfgang Amadeus Mozart, ce musicien au talent incommensurable. Cécile BALAVOINE fait référence à son oeuvre en ponctuant régulièrement le roman de morceaux. L'un résonne d'une tonalité toute singulière tout au long de ce livre : Verklärte Nacht. Je ne résiste pas à vous le faire écouter ! 
 

Mais plus encore, ce roman se concentre sur la passion, celle de la musique bien sûr, on en a parlé, celle d'un musicien mort il y a quelques centaines d'années maintenant et que la narratrice continue de chérir, et puis, enfin, celle qu'elle voue à un homme, fait de chair et d'os, celui-là. Ce livre, c'est la reconnaissance de l'amour dans ses dimensions les plus intenses, Cécile BALAVOINE décrit très bien la violence de la passion et la fulgurance des sentiments qui transcendent toutes les frontières :


Et c'est ainsi que je vivais ces moments avec vous, en me disant qu'il fallait s'engouffrer dans ce temps hors du temps, jouer en virtuoses notre passion. P. 202

J'ai été littéralement subjuguée par la qualité de l'écriture de cette écrivaine dont c'est le premier roman. J'ai lu "Maestro" avec une profonde intensité. Dès les premières lignes, j'ai été séduite par cette plume remarquable, tellement fine, juste, sensible à l'envi. Evoquer l'art avec une telle qualité de français est un immense plaisir, je l'ai savouré sans modération. Le jeu de la construction très réussi n'a fait qu'amplifier mon ardeur. Quant à son bandeau, il ne fait que renforcer encore la beauté du livre, assurément un très bel objet.


Indéniablement, pour moi, c'est aujourd'hui l'un des meilleurs de la sélection des  68 premières fois pour son édition 2017 :

 

Marguerite de Jacky Durand *****

Mon ciel et ma terre de Aure Atika *****

Nous, les passeurs de Marie Barraud *****

Principe de suspension de Vanessa Bamberger *****

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie Kalfon ****

Presque ensemble de Marjorie Philibert ***

Ne parle pas aux inconnus de Sandra Reinflet *****

La téméraire de Marine Westphal *****

La sonate oubliée de Christiana Moreau ****

Cette lecture participe aussi au Challenge de la Rentrée Littéraire MicMelo de janvier 2017 ! 

Marguerite de Jacky Durand *****

Les indésirables de Diane Ducret ***** Coup de coeur

Mon ciel et ma terre de Aure Atika *****

Nous, les passeurs de Marie Barraud *****

Pour que rien ne s'efface de Catherine LOCANDRO *****

Principe de suspension de Vanessa BAMBERGER ****

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie KALFON ****

Coeur-Naufrage de Delphine BERTHOLON ***** Coup de coeur

Presque ensemble de Marjorie PHILIBERT ***

La baleine thébaïde de Pierre RAUFAST ****

L'article 353 du code pénal de Tanguy VIEL ****

Ne parle pas aux inconnus de Sandra REINFLET ****

La téméraire de Marine WESTPHAL *****

Par amour de Valérie TONG CUONG ***** Coup de coeur

La société du mystère de Dominique FERNANDEZ ****

L'abandon des prétentions de Blandine RINKEL ****

La sonate oubliée de Christiana MOREAU ****

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2017-04-27T14:11:12+02:00

Les indésirables de Diane Ducret

Publié par Tlivres
Les indésirables  de Diane Ducret

Editions Flammarion

La plume de Diane Ducret, j'en avais beaucoup entendu parler mais je ne l'avais encore jamais lue. Et puis, il y a eu un Salon du Livre sur Paris, une rencontre avec Dominique, en chair et en os, et une proposition d'intégrer le Club des Explorateurs. Avec Joëlle, on décide de se lancer dans le duo sans connaître le titre du livre ni son auteur, et là, quelle chance, il s'agit du dernier roman de Diane Ducret justement !


Cette auteure s'est notamment fait connaître avec "Femmes des dictateurs", un best-seller. Je n'ai donc pas été très étonnée de découvrir une photo ancienne en page de couverture. Nous voilà parti.e.s pour un roman historique.


Nous sommes en mai 1940. La guerre déploie ses tentacules et touche Paris, cette capitale où bon nombre d'Allemands ont trouvé refuge depuis 1933, cette année où 150 000 personnes sont descendues dans les rues de Berlin pour scander des discours nationalistes. Eva, aryenne, est pianiste, elle a quitté Munich pour rejoindre la France. C'est là qu'elle rencontrera Louis, un résistant, dont elle tombera amoureuse, une promesse de mariage est faite mais leur avenir sur fond de guerre devient incertain. Lise, elle, est fille d'une modiste, Frieda. Toutes les deux ont pris la route pour fuir l'oppression des juifs. Un long périple via la Hongrie, la Tchécoslovaquie, l'Italie, pour rejoindre la terre promise. Eva et Lise font partie de ces "indésirables", cités par l'avis à la population signé le 12 mai 1940 par le Général Héring, Gouverneur militaire de Paris :


Les ressortissants allemands, sarrois, dantzikois et étrangers de nationalité indéterminée, mais d'origine allemande, résidant dans le département de la Seine.

Dès lors, un rassemblement est organisé. Les femmes célibataires et mariées sans enfants sont attendues au Vélodrome d'Hiver 3 jours plus tard. Les regards de Lise et Eva se croisent, une relation s'instaure, pour le meilleur et pour le pire.


Dès les premières pages, les émotions m'ont prises à la gorge. Peut-être cela a-t-il à voir avec l'actualité politique, les élections présidentielles, et tous les discours populistes ambiants. Lire ce roman revient à mettre un visage et un nom sur un public ciblé, une certaine catégorie d'immigrés, et rend l'injustice du traitement insupportable.


Ces femmes "indésirables" parquées dans un équipement sportif ne tardent pas à perdre toute dignité humaine. Hébergées pendant une dizaine de jours, elles baignent dans leurs propres excréments. Sous-alimentées, les premières forces commencent à céder. La promiscuité devient insoutenable.


Respecter l'espace vital de l'autre si l'on ne veut pas être mordu, la règle du monde animal s'applique aussi aux hommes et aux femmes dont l'humanité est mise à rude épreuve. P. 83

Autant dire que le scénario est dramatique et qu'il ne fait que commencer, leur transfert est organisé par voie ferrée. Elles rejoindront les Pyrénées, le Camp de Gurs très précisément. Là‐bas, les conditions de vie ne seront pas meilleures, les latrines inconfortables, le froid cinglant... et elles devront lutter contre des hommes tentés d'user, voire d'abuser de leur pouvoir.


Ce qui m'a profondément touchée dans cette tragédie humaine, c'est le sursaut collectif de quelques femmes de vouloir se sauver, non pas de s'évader du camp, mais d'éviter de sombrer dans la folie. Et là, elles trouvent, je l'avoue une voie particulièrement originale, celle de l'art. L'idée de produire un cabaret relève du surnaturel et pourtant ! Je ne vous en dirai pas plus, parce c'est un passage qui offre une parenthèse de fantaisie et ouvre de nouveaux horizons.


J'ai été aussi troublée par les trajectoires individuelles qui viennent composer une à une l'histoire collective de ces "indésirables". Il y a cette cicatrice mystérieuse sur un ventre qu'il conviendra de protéger des regards, la source d'une fraternité incommensurable entre deux femmes. 


Rien de plus précieux en ce monde que le sentiment d'exister pour quelqu'un. P. 113

J'ai été subjuguée enfin par des portraits de femmes époustouflantes de courage, de volonté, de générosité, alors que tout leur environnement n'est que ruine. 


Elle incarne ce qu'il peut y avoir de miraculeux dans l'existence humaine et qui défie toutes les lois : l'espoir. P. 238

Je ne peux m'empêcher de murmurer les paroles de la chanson de Gérard Goldman : "Né en 17 à Leidenstadt".


Les notes de piano résonnent... tellement appropriées ! Qu'aurais-je fait moi-même si j'avais été en 1940 dans ce Camp de Gurs ?


Je ne peux pas terminer cette chronique sans dire un mot sur le travail formidable réalisé par ces romanciers qui s'attachent à assurer  la mémoire de pages méconnues de la grande Histoire. J'ai lu récemment Par amour de Valérie TONG CUONG, Un paquebot dans les arbres de Valérie GOBY, et puis maintenant Les indésirables de Diane DUCRET. Je ne leur serai jamais assez reconnaissante de nous enseigner ce qui ne l'est pas dans les manuels scolaires, de nous éclairer sur notre passé pour mieux affronter l'avenir dans notre costume de citoyen.

Immense coup de coeur pour ce roman,

qu'on se le dise !  

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2017-04-26T21:00:07+02:00

Rencontre avec Lenka Horňáková Civade

Publié par Tlivres
Rencontre avec Lenka Horňáková Civade

Lenka Horňáková Civade,

vous vous en souvenez peut-être, c'est l'auteure des "Giboulées de soleil", ce coup de coeur 2016 que j'ai découvert grâce aux fées des 68 premières fois.

Il y avait eu cette 1ère rencontre en décembre dernier sur Paris et puis là, l'écrivaine était de passage sur Angers dans le cadre du Prix du Roman Cezam InterCE, invitée par l'antenne de Maine-et-Loire en partenariat avec Espace Femmes. Impossible de ne pas être à cette soirée, vous me comprenez bien sûr !

 

Donc, Lenka, permettez moi cette intimité, arrive, rayonnante, vêtue de rouge, le regard lumineux et chaleureux.

Elle se lance en évoquant ses premiers écrits, des correspondances entretenues avec une amie, Anne Delaflotte Mehdevi, entre 1993 et 2011, et publiées sous le titre "Entre Seine et Vltava". Lenka venait de Tchécoslovaquie, elle s'installait en France, Anne quittait la France pour vivre en Tchécoslovaquie. Pendant toutes ces années, elles ont échangé sur leurs perceptions de leur pays d'adoption, leurs sentiments, leurs vies de famille aussi.

Ces écrits parlent de l'exil bien sûr mais une des caractéristiques de Lenka, c'est qu'elle est née dans un pays qui n'existe plus. Comment vivre ce deuil ? Comment surmonter cette perte ô combien traumatisante ?

Lenka a trouvé sa voie, celle de la littérature, une manière de

 


souffler sur les plaies pour qu'elles fassent moins mal.

"Giboulées de soleil", c'est donc l'Histoire de son pays, des années 1940 jusqu'à la construction de la République Tchèque, à travers 4 générations.

Ce roman,

- c'est celui de 3 voix : celles de Magdalena, la fille, Libuse, la petite-fille, et Eva, l'arrière petite-fille,

- c'est aussi celui de 4 femmes parce qu'il faut ajouter Marie, la mère, qui va tracer le chemin de cette lignée familiale,

- c'est enfin celui de 5 personnages, en comprenant la Tchécoslovaquie, ce territoire qui a suscité tellement de convoitises depuis le début du siècle dernier.

Lenka évoque le rapport à la langue, un sujet tout naturel pour une personne immigrée. Ce roman, elle a choisi de l'écrire dans sa langue d'adoption, enfin, choisi, le terme est peut-être inadapté. La langue française s'est imposée d'elle-même. Impossible pour Lenka d'imaginer d'écrire cette histoire dans sa langue maternelle, celle des caresses, des larmes, du toucher, du souffle...

Quelle belle expression elle a utilisé pour évoquer cette liberté donnée par les mots :


C'était un square, je pouvais y jouer.

Assurément, elle l'a fait avec brio, pour notre plus grand plaisir. Les lycéens ne s'y sont d'ailleurs pas trompés, ils lui ont décerné le Prix Renaudot 2016.

Grâce à ce succès, des perspectives de traduction ont rapidement germé, je vous laisse imaginer la suite, "Giboulées de soleil" existe désormais en version tchèque. Une toute nouvelle aventure commence !

Lenka rentre d'un séjour en République Tchèque où elle a accompagné la sortie de son roman intitulé là-bas : "Marie a Magdalény", devant des visages familiers et des inconnus aussi. 

Dans son roman, Lenka évoque les moments de grâce. Elle nous en a offert un avec la lecture d'un passage dans cette langue que nous ne connaissons pas mais qui suscite, chez nous, déjà des émotions.

Rencontre avec Lenka Horňáková Civade

Une version allemande est également en projet.

Alors, si vous ne l'avez pas encore lu, je ne peux que vous conseiller de le faire au plus vite avant que le monde entier n'en parle !

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2017-04-22T06:31:44+02:00

Marguerite de Jacky DURAND

Publié par Tlivres
Marguerite de Jacky DURAND

Carnets Nord Editions

Marguerite, c'est le prénom d'une femme qui est bannie par la société.


Pensez donc, elle a couché avec les Allemands, Marguerite. C'est écrit sur son front et ses joues : trois croix gammées peintes avec le trait épais et gras du goudron encore tout frais. Et puis on lui a tracé aussi une moustache d'officier d'opérette qui lui donne un air de Mardi Gras.

Nous sommes en août 1944, le débarquement a eu lieu, la France est libérée de l'occupant, l'heure est au règlement de comptes entre Français.

Mais qu'était la vie de Marguerite avant d'être humiliée devant ses concitoyens ?


Jacky DURAND nous propose de dérouler le fil de son existence et de  repartir 5 ans en arrière. Nous sommes en août 1939, elle vit le parfait amour avec Pierre. Elle l'épouse avant qu'il ne soit appelé au Front. Il y aura bien ce Noël 1939 avec des moments de bonheur intenses mais fugaces, mais surtout ces longues années pendant lesquelles Marguerite va se battre pour survivre en rêvant de à amour improbable.


Il nous montre une femme pleine de  fantaisie :

 


Ils prennent tous leur repas en tête à tête. Marguerite convoque dans ces instants-là des mises en scène qui n'en finissent pas d'étonner Pierre.

Ils ne sont pas bien riches mais peu importe, Marguerite rivalise d'ingéniosité, enfin rivalisait. Parce qu'avec le départ au Front de Pierre, la vie a changé.  


J'ai été profondément séduite par le portrait de femme que dresse Jacky DURAND, une femme courageuse qui luttera de toutes ses forces pour préserver sa liberté, son indépendance. Alors, quand elle se retrouve seule, son énergie, elle la voue à surmonter les épreuves de la vie où le froid est omniprésent, comme si la nature elle-même était en quête d'une place dans ce conflit.


Son chemin est semé d'embûches. Les hommes restés au village deviennent les plus grands prédateurs. Quand ils ne collaborent pas avec l'occupant, ils revendiquent leurs droits de mâle.


Ce roman concourt, à sa mesure, à la mémoire de ces femmes qui ont pris la place des hommes et ont relevé le défi de permettre à leur nation de survivre.


Marguerite, c'est aussi une femme qui a choisi le silence comme meilleur allié :

 


Le silence est la plus supportable des complicités.


Jamais pesant, plutôt bienveillant !

 

Marguerite s'est accommodée de la solitude et choisit les êtres qui méritent sa confiance. J'ai été profondément émue devant les relations établies avec la famille d'André, ce gitan repoussé avec sa roulotte aux confins de la forêt. Quant à ces moments partagés avec Germaine, la vieille voisine, ils sont juste d'une profonde humanité.


C'est un très beau roman, empreint d'une grande sensibilité, signé de la plume d'un homme, le seul aujourd'hui a être sélectionné par les 68 premières fois comme l'a signalé à juste titre Joëlle, bravo à lui.

 

Cette lecture s'inscrit donc dans cette sélection 2017 des 68 premières fois

 

Mon ciel et ma terre de Aure Atika *****

Nous, les passeurs de Marie Barraud *****

Principe de suspension de Vanessa Bamberger *****

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie Kalfon ****

Presque ensemble de Marjorie Philibert ***

Ne parle pas aux inconnus de Sandra Reinflet *****

La téméraire de Marine Westphal *****

La sonate oubliée de Christiana Moreau ****

Elle participe aussi au Challenge de

la Rentrée Littéraire MicMelo de janvier 2017 ! 


Mon ciel et ma terre de Aure Atika *****

Nous, les passeurs de Marie Barraud *****

Pour que rien ne s'efface de Catherine LOCANDRO *****

Principe de suspension de Vanessa BAMBERGER ****

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie KALFON ****

Coeur-Naufrage de Delphine BERTHOLON ***** Coup de coeur

Presque ensemble de Marjorie PHILIBERT ***

La baleine thébaïde de Pierre RAUFAST ****

L'article 353 du code pénal de Tanguy VIEL ****

Ne parle pas aux inconnus de Sandra REINFLET ****

La téméraire de Marine WESTPHAL *****

Par amour de Valérie TONG CUONG ***** Coup de coeur

La société du mystère de Dominique FERNANDEZ ****

L'abandon des prétentions de Blandine RINKEL ****

La sonate oubliée de Christiana MOREAU ****

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2017-04-20T21:03:58+02:00

Mon ciel et ma terre de Aure ATIKA

Publié par Tlivres
Mon ciel et ma terre de Aure ATIKA

Fayard


Ce livre, autant vous le dire tout de suite, il m'a fait vibrer, voire plus encore... Il faut dire que le roman commence très fort, avec une petite fille de 4 ans en pleurs, elle est seule, elle cherche sa maman. 


Dès les premières lignes, je suis émue, et je vais le rester tout au long de ce très beau roman.
Cette petite fille partage sa vie avec sa mère, elle est seule elle aussi ! C'est une femme fantasque, bohème, qui veut rester libre même quand elle n'a pas d'argent, se lasse vite de ses amants. Elle construit sa vie autour de sa fille et chérit ce microcosme familial. Tantôt la mère s'occupe de sa fille, tantôt les rôles sont inversés. La mère est fragile, elle se laisse aller aux plaisirs de la drogue, et contraint sa fille très tôt à assurer leur survie, à toutes les deux. A l'adolescence, la fille demande à rencontrer son père, cet homme qu'elle n'a pas connu, de nouveaux liens s'établissent mais l'amour de sa mère est plus  fort que tout jusqu'au moment où... mais là je ne vous raconte pas !


Aure ATIKA nous livre un 1er roman d'une immense sensibilité.


Il y a de très beaux passages sur la solitude que chacune ressent jusque dans son corps :

 


L'absence de maman s'impose subitement comme un personnage trop envahissant. Je ne sais comment respirer sous cette vague de solitude. Je n'en veux pas. Je veux me refondre dans ses jupons. P. 9

Alors pour pallier le manque, la fille se ressource dans les livres, ces bons vieux livres  :


Ils m'accueillent, me font voyager, m'accompagnent, je les tiens par la main et c'est bon de les sentir dans la mienne. Ils sont à la fois un refuge et une évasion. P. 103/104

Et puis il y a ces moments de communion quand elles sont toutes les deux, que les yeux se posent tendrement sur l'autre, que leur présence envahit l'espace. La fille se sait alors protégée.


Les colères étaient pour les autres, pour le cafetier qu'elle avait vu toucher avec son doigt sale le pot de vanille-fraise que j'avais commandé, contre ses amants quand elle en avait marre ou contre l'administration française. Moi, je n'ai eu droit qu'à son sourire et à ses regards aimants. P. 126

Jeune adulte, elle s'offre quelques parenthèses, un peu comme des respirations, loin de cette mère dont l'amour est exigeant. Elle trouve dans la plongée une activité pour se libérer des pressions, de la responsabilité qui l'assaille.


Sous l'eau, j'évolue dans une autre dimension. Plus légère. Il y a du silence et de l'oubli. [...] J'étire le temps sous l'eau. Parfois je lève la tête. La surface vingt mètres plus haut forme un tapis lumineux, lointain. Là où l'on se doit d'avoir les pieds sur terre. P. 181

Et puis il y aura le retour avec la résurgence de cette complicité naturelle qu'elles auront appris à dompter. Là, les gestes sont affectueux, des gestes qui pourraient paraître anodins mais qui sont en réalité très précieux :


Je me lève pour débarrasser et, quand je me glisse derrière elle, elle passe sa main dans mon dos. [...] Ce geste marque la reconnaissance de notre place à toutes les deux. Un respect, une distance, un amour." P. 188

J'ai été profondément bouleversée par ce roman.


Il est singulier par la narration à la première personne mais à deux voix, celle de l'enfant et celle de la femme qu'elle est devenue. Cette alternance de temporalité rythmée par un changement de police de caractères vient encore renforcer les liens qui unissent mère et fille, un peu comme une projection en accéléré des événements vécus pendant l'enfance et l'adolescence. Un procédé subtil qui exige une parfaite maîtrise. Aure ATIKA le réussit à merveille.


Dans les 68 premières fois pour cette rentrée littéraire de janvier 2017, il y a eu un hymne à l'amour d'un père rédigé par sa fille, Marie BARRAUD avec "Nous, les passeurs". Il y a maintenant un ode à sa mère, "tout un poème", écrit par une plume remarquable, celle de Aure ATIKA avec "Mon ciel et ma terre". Magnifique. 

 

Cette lecture s'inscrit donc dans cette sélection 2017 des 68 premières fois

 

Nous, les passeurs de Marie Barraud *****

Principe de suspension de Vanessa Bamberger *****

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie Kalfon ****

Presque ensemble de Marjorie Philibert ***

Ne parle pas aux inconnus de Sandra Reinflet *****

La téméraire de Marine Westphal *****

La sonate oubliée de Christiana Moreau ****

Elle participe aussi au Challenge de

la Rentrée Littéraire MicMelo de janvier 2017 ! 

Nous, les passeurs de Marie Barraud *****

Pour que rien ne s'efface de Catherine LOCANDRO *****

Principe de suspension de Vanessa BAMBERGER ****

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie KALFON ****

Coeur-Naufrage de Delphine BERTHOLON ***** Coup de coeur

Presque ensemble de Marjorie PHILIBERT ***

La baleine thébaïde de Pierre RAUFAST ****

L'article 353 du code pénal de Tanguy VIEL ****

Ne parle pas aux inconnus de Sandra REINFLET ****

La téméraire de Marine WESTPHAL *****

Par amour de Valérie TONG CUONG ***** Coup de coeur

La société du mystère de Dominique FERNANDEZ ****

L'abandon des prétentions de Blandine RINKEL ****

La sonate oubliée de Christiana MOREAU ****

 

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2017-04-17T11:51:50+02:00

#MARTYRSFRANÇAIS de Alexis DAVID-MARIE

Publié par Tlivres

Dans 7 jours, le 1er tour des élections présidentielles sera passé, nous en serons à un nouvel épisode de l'histoire démocratique de la France. Si vous ne savez pas encore pour qui voter, il est urgent de choisir avec minutie vos lectures pour avoir un regard de citoyen éclairé lors du vote.


Bien sûr, il y a les médias... mais il y a aussi d'autres supports qui peuvent contribuer à votre culture sur le sujet. Des professionnels de l'édition oeuvrent en ce sens au quotidien. Certains se sont même fixés les objectifs de vous "instruire" et "changer la figure du monde". "Aux Forges de Vulcain", je crois que vous êtes à la bonne adresse.


Reste à choisir ensuite le type d'ouvrage, et là, je crois bien que le roman a un rôle à jouer. Il en est un sorti des presses en décembre 2016 qui pourrait bien vous intéresser... #Martyrs français, le 2ème roman de Alexis DAVID-MARIE.


Je vous raconte en quelques mots :


Le narrateur reçoit un appel téléphonique de son frère, Jérôme. Leur père, André, âgé de 56 ans, "a été poignardé dans les locaux de l'Assistance Catholique à Créteil pour laquelle il était bénévole. Le suspect, ressortissant du Bangladesh, a été interpellé. Les policiers font état d'une éventuelle histoire de jalousie conjugale. Une enquête a été ouverte." La famille est plongée dans le deuil, les deux garçons aident leur mère à préparer les funérailles mais bientôt, ils se font rattraper par un acte porté par une nièce du défunt, Louise, qui lance sur les réseaux sociaux un "Tombeau virtuel" pour honorer la mémoire de son oncle et le canoniser, rien que ça ! C'est un saint et elle a bien l'intention de le faire savoir au monde entier. Louise est une militante de la fachosphère. Commence alors une toute nouvelle histoire...


Nous voilà plongé.e.s au coeur d'un roman policier pensez-vous. Et bien, c'est beaucoup plus compliqué que ça. Ce roman, il fait partie des inclassables, de ces livres déroutants ! C'est d'ailleurs, sans doute, la première réussite de son auteur, déstabiliser le.a lecteur.rice pour qu'il.elle tire sa propre interprétation du propos.


Et le défi à relever est grand, le risque élevé, il suffit de lire l'incipit pour s'en convaincre :


A mesure que les citoyens deviennent plus égaux et plus semblables, le penchant de chacun à croire aveuglément un certain homme ou une certaine classe diminue. La disposition à en croire la masse augmente, et c'est de plus en plus l'opinion qui mène le monde.

A mesure que les citoyens deviennent plus égaux et plus semblables, le penchant de chacun à croire aveuglément un certain homme ou une certaine classe diminue. La disposition à en croire la masse augmente, et c'est de plus en plus l'opinion qui mène le monde.


C'est une citation de Alexis de TOCQUEVILLE extrait de son essai : "De la démocratie en Amérique". Il date de 1840 et semble prendre toute sa dimension aujourd'hui, quelques jours avant le scrutin présidentiel français.


Nous deviendrions donc des moutons au fur et à mesure de la croissance du sentiment d'égalité entre les citoyens. La couverture y fait largement allusion, mais c'est sans compter sur la déflagration qui va résonner dans votre esprit avec la lecture de ce roman. Impossible de ne pas choisir votre camp, vous êtes piégé.e.s !


Justement, "revenons à nos moutons" !


Le narrateur est enseignant en maternelle, en grande section plus précisément, cet emploi est temporaire, il préparer une thèse sur le roman du XVIIème siècle. Avec ce meurtre, il va se retrouver projeter dans des réalités inconnues.


D'abord, celle qui relève de l'émotion. Son père vient d'être tué. Il est bien malgré lui plongé dans un immense chagrin ponctué par les funérailles catholiques. L'auteur décrit avec beaucoup de justesse les sentiments éprouvés au gré des différents rites religieux. Il sème aussi les premières graines de ce qui pourrait bien relever d'un conflit culturel.


Le travail de deuil ne fait que commencer. Il y a un très beau passage sur la relation père-fils et ce que peut révéler l'absence :


Il avait fallu que mon père disparaisse pour que je réalise qu'il était pour moi comme un pont reliant le passé au futur. P. 28

La prise de conscience est douloureuse, déchirante, mais heureusement, le narrateur peut se reposer sur une grand-mère bienveillante, ouverte d'esprit. Il y a cette complicité et une affaire de transmission entre les générations, quelque chose de très important pour commencer à trouver de nouveaux repères dans la perspective d'une nouvelle vie qui commence.
Les carnets d'André, ses journaux intimes, permettront au narrateur de découvrir une autre facette de la personnalité de son père et ne manqueront pas de le nourrir dans son parcours initiatique. 


Ensuite, il y a celle de la religion. En réalité, il ne connaissait effectivement rien de la vie de son père au sein de cette organisation catholique, il savait juste qu'il portait assistance à des migrants et qu'il assistait à la messe dominicale. Il va partir à la découverte du Père Sanjali, un prêtre venu du Pondichéry en Inde. Il va apprendre à connaître les rouages d'une organisation parfaitement maîtrisée. 


Il ne vous aura pas échappé que le titre fait référence à un terme aujourd'hui associé à l'envi à la religion musulmane, celui de "martyr" et pourtant... le Larousse définit le "martyr" comme une "personne qui a souffert la mort pour sa foi religieuse" et le terme était initialement utilisé pour décrire les chrétiens, une bien belle manière de renvoyer les religions dos à dos et de montrer à quel point l'opinion peut être instrumentalisée. 


Enfin, il y a celle de la politique qui s'invite dans la vie d'une famille ordinaire. Nous sommes au XXIème siècle, les armes sont virtuelles, les organisations se cachent derrière des pages internet à coup de croisillons, hasthags pour les anglophones ! Ce signe typographique est bien connu et de longue date des milieux informatiques, mais il a pris ces toutes dernières années une dimension particulière dans notre environnement quotidien. Il permet, lorsqu'il est associé à un mot judicieusement choisi, de créer des communautés, de permettre à des hommes et des femmes du monde entier d'être fédérés autour d'une cause. Certaines sont louables, d'autres un peu moins. Le risque d'une instrumentalisation des esprits est grand, et quand il s'agit de politique, il pourrait bien devenir haut ! L'auteur n'a bien sûr pas choisi par hasard le fait que le meurtrier soit un migrant.Venu du Bangladesh, il emmène avec lui les étrangers et autres immigrés, ceux qui constituent aujourd'hui le fonds de commerce des partis politiques de l'extrême droite.


Ce roman est particulièrement intéressant pour l'exploration qu'il mène des questions d'origine, d'identité, de culture, de frontières... Alexis DAVID-MARIE use d'une plume un brin poétique pour l'aborder : 


La question politique de l'identité est une falaise abrupte que la pluie acide de l'agressivité et de la haine rend toujours plus glissante. [...] Les lectures et les auteurs seraient les piolets qui me ramèneraient en haut, prêt à affronter la tempête qui nous avons jetés en bas. P. 129

Mais plus encore, il porte un regard croisé, celui de Louise et celui du narrateur, il permet ainsi à chacun de se faire sa propre idée des causes des mouvements migratoires d'aujourd'hui, de la subjectivité des discours tenus et des conséquences pour l'avenir de notre société. Il faut bien l'avouer, le procédé est ingénieux et très réussi, alors même que le sujet est régulièrement galvaudé et se prête à de nombreuses polémiques. Quant à la chute, elle est vertigineuse !

C'est un excellent roman qui donne à méditer, bienvenu dans ce contexte d'actualité où la citoyenneté prend un sens tout particulier.

Je vous le conseille, urgemment !

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2017-04-10T06:00:00+02:00

La plume de Virginie ROELS

Publié par Tlivres

Cette lecture, je l'ai réalisée dans le cadre du Prix du Roman Version Femina, j'ai effectivement eu la chance d'être sélectionnée pour le "Coup de coeur des lectrices" du mois de mars, merci aux organisateur.rice.s de ce prix !

C'est un roman tout à fait en phase avec l'actualité nationale, entendez par-là en lien avec les élections présidentielles. La publication ne pouvait pas mieux tomber ! Nous sommes au soir d'un 2 mai, je vous laisse deviner l'année !


Viriginie ROELS explique en deux mots le contexte. Elle est journaliste, elle se retrouve sur le plateau de télévision lors d'un débat avec le Président de la République, elle lui décèle un regard singulier, elle tire le fil et découvre une affaire politique, une affaire d'Etat, qui va donner lieu à la rédaction de ce 1er roman.


Le décor est planté, il ne va plus lui rester qu'à mener l'enquête pour trouver l'origine du trouble du Président de la République. On se retrouve 6 mois avant, David Joli vient d'apprendre son recrutement comme chargé de mission auprès de Philippe Schummer, fraîchement nommé Ministre de l'Education Nationale. Une nouvelle aventure commence pour lui dans cet univers où les egos sont exacerbés. Parallèlement à sa toute nouvelle activité ministérielle, il poursuit ses interventions à l'université, c'est là qu'il va croiser un étudiant brillant, Julien Le Dantec, dont il va utiliser la plume (tiens donc, ne s'agirait-il pas du titre du livre ?), un peu malgré lui... mais là commence une toute autre histoire !


Virginie ROELS nous offre une plongée dans l'univers politique, celui qui est largement médiatisé aujourd'hui, et pour cause, les élections présidentielles de 2017 interviendront dans moins de 2 semaines maintenant... Elle nous fait entrer dans les méandres des ministères, nous dévoile les codes d'un microcosme sociétal narcissique à l'envi et les moyens d'y réussir en début de carrière :

 


Percer en politique implique de se construire un réseau, rien de tel que d'entamer la conversation autour d'un petit-four. P. 51

Elle met des mots sur cette guerre largement nourrie d'affaires qui opposent les hommes (terme générique) de pouvoir et les journalistes. Ces derniers sont tantôt traités "d'abrutis", tantôt de "chiens de journaleux". On entre avec pertes et fracas dans la lutte qui s'exerce entre deux univers en quête de pouvoir. Le scoop est l'affaire de tous, il peut vous porter aux nues ou bien vous offrir une chute vertigineuse. Tout va très vite... il suffit de lire le roman de Virginie ROELS pour se rendre compte à quel point chaque minute peut être décisive dans la carrière d'un politique, il faut être réactif pour gagner, bienvenue dans le domaine de la compétition où tous les coups sont permis.  


Et pendant que les grands de ce monde passent leur temps dans des guerres personnelles, il en est d'autres qui se développent dans l'ombre mais qui revêtent, elles, des dimensions collectives. Il s'agit notamment du phénomène de radicalisation et de l'essor du mouvement djihadiste. Julien Le Dantec, aussi intelligent soit-il, va se laisser séduire par un discours, celui-là même qui sait résonner avec les aspirations de jeunes adultes en quête d'un sens à leur vie.

 


Cet homme avait trouvé les mots, cerné cette noirceur qui le cloue au sol, cette incapacité à se rêver un avenir tant il sait que les murs qui se dressent devant lui ne sont pas que de béton. P. 135

Virginie ROELS montre à quel point il est facile aujourd'hui de tomber dans le piège tendu par des organisations très bien rodées.


Il faut dire que la société est en souffrance et qu'il est parfois difficile d'imaginer un avenir à la hauteur de ses ambitions, en lien notamment avec les stéréotypes qui ne manquent pas de freiner une certaine jeunesse dans son élan. Il suffit d'une remarque du ministre pour s'en convaincre :

 


La banlieue, ça vous parle, non ? Pauvre con, qu'est-ce qu'il croit ? Qu'en sortant du ministère j'enfile un jogging pour aller faire du rap dans une cave ? [...] son ministre l'avait rabaissé d'un claquement de langue à un banlieusard lambda. Dégueulasse. P. 72-73

Cette phrase qui peut paraître anodine en réalité ne l'est pas. Elle renvoie l'individu dans sa condition d'origine, comme s'il en était gravé à jamais et dans l'incapacité de s'en émanciper.


David craint de passer pour un rustre, redoute de trahir ses origines modestes, comme si celles-ci pouvaient se révéler à chacun de ses gestes. P. 140

Malheureusement, ce sont des sujets largement traités aujourd'hui dans les médias, il suffit de lire la presse, d'écouter la radio ou de regarder la télévision pour remarquer leur récurrence et risquer de tomber toujours plus bas dans le manque de respect de la dignité humaine. S'il n'y avait eu que cela, je crois que j'aurais laisser tomber ce roman assez rapidement mais non, ce qui est intéressant c'est le traitement de l'affaire, du "vertige du mensonge, l'étendue de ses conséquences...". Il est très vite devenu un page-turner, très bien écrit, fluide, dans lequel le.a lecteur.rice trouve rapidement ses repères et se fond dans un monde où les limites sont à jamais repoussées.


Après l'avoir refermé, une question me taraude bien sûr : fiction ou réalité ? Vous, vous en pensez quoi ?

Les fées des 68 premières fois ont aussi eu l'idée d'ajouter ce titre dans la sélection de la rentrée littéraire de janvier 2017...
 

Nous, les passeurs de Marie Barraud *****

Principe de suspension de Vanessa Bamberger *****

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie Kalfon ****

Presque ensemble de Marjorie Philibert ***

Ne parle pas aux inconnus de Sandra Reinflet *****

La téméraire de Marine Westphal *****

La sonate oubliée de Christiana Moreau ****

Cette lecture participe au Challenge de

la Rentrée Littéraire MicMelo de janvier 2017 ! 

 

Nous, les passeurs de Marie Barraud *****

Pour que rien ne s'efface de Catherine LOCANDRO *****

Principe de suspension de Vanessa BAMBERGER ****

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie KALFON ****

Coeur-Naufrage de Delphine BERTHOLON ***** Coup de coeur

Presque ensemble de Marjorie PHILIBERT ***

La baleine thébaïde de Pierre RAUFAST ****

L'article 353 du code pénal de Tanguy VIEL ****

Ne parle pas aux inconnus de Sandra REINFLET ****

La téméraire de Marine WESTPHAL *****

Par amour de Valérie TONG CUONG ***** Coup de coeur

La société du mystère de Dominique FERNANDEZ ****

L'abandon des prétentions de Blandine RINKEL ****

La sonate oubliée de Christiana MOREAU ****

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2017-04-06T22:50:01+02:00

Nous, les passeurs de Marie BARRAUD

Publié par Tlivres

Ce roman fait partie de la sélection des 68 premières fois pour la rentrée littéraire de janvier 2017.


Autant vous le dire tout de suite, j'ai été bouleversée par la lecture de ce magnifique 1er roman.


Dès l'incipit, je suis happée :


Seuls ne meurent vraiment que ceux que l'on oublie.

Nous voilà au Château des Arts à Talence en Gironde. Là, le Docteur Albert Barraud et son épouse élevèrent leurs enfants, deux garçons, Max aujourd'hui kiné et le père de la narratrice, dentiste. Sur fond de 2ème guerre mondiale, une voix résonne au château "Maman, maman, papa a été arrêté !" Dès lors, la vie de la famille Barraud ne sera plus jamais la même. Le Chef de famille deviendra Directeur du Service de Santé de l'Organisation Civile et Militaire (O.C.M.), il sera ensuite déporté en 1944 à Neuengamme et mourra au large de Lübeck à bord d'un navire, le Cap Arcona. L'histoire de cet homme sera cachée jusqu'à ce que la narratrice, Marie, la petite fille d'Albert Barraud, se mette en quête de l'itinéraire de son grand-père.


Ce roman m'a profondément touchée tout d'abord je crois, par l'initiative prise par une petite fille qui veut comprendre ce qui s'est passé, et à travers l'histoire de son grand-père, découvrir qui elle est, d'où elle vient. Elle savait ne pas pouvoir compter sur son propre père qui restait muet sur la génération d'avant, marquée à jamais par l'absence de cet homme, et qu'elle ne savait pouvoir affronter, un peu comme si le respect et l'amour qu'elle vouait à son père l'empêchaient de pouvoir échanger avec lui.  


Il est le seul adulte avec qui je ne sais pas être adulte. Je ne parviens pas à me défaire de cette parole sacrée et remets systématiquement en question mes opinions quand elles lui sont opposées. P. 22

Marie Barraud sait que sa vie dépend de ce passé dont le secret devient trop lourd à porter, elle mesure à quel point sa vie à elle s'inscrit dans les pas des deux hommes, son père et avant lui son grand-père :


Notre vie peut prendre chaque jour la forme de nos folies, mais elle reste finalement, le prolongement des vies de ceux qui nous ont précédés. P. 74

Avec cette quête, Marie Barraud focalise sur les souvenirs et leur fragilité. Elle va rencontrer un survivant du camp de Neuengamme qui va l'aider à découvrir le rôle de son grand-père dans cette grande guerre. Elle va mesurer avec cette rencontre à quel point il est difficile d'assurer ce devoir. Le fardeau de ceux qui ont vécu les événements et en sont revenus pourrait bien être aussi lourd à porter que celui de ne pas s'avoir et de s'évertuer à le découvrir.


Il semblait s'être promie de ne jamais oublier. Rien. Pas le moindre détail. Au nom de tous ceux restés là-bas. P. 87

Mais plus encore, en cherchant à découvrir le passé de son grand-père, Marie Barraud va apprendre, un peu malgré elle, beaucoup de la vie des deux enfants, son père et son frère, les rivalités entretenues entre les 2 garçons pendant leur plus tendre enfance et qui ne manqueront pas de s'accroître avec les années. Elle va ainsi apprendre à cerner ce personnage qu'elle vénère tant aujourd'hui et à qui elle va dédier ce livre qui se trouve à la limite entre un roman et un récit de vie. Elle offre une profonde marque d'amour à ce père et espère pouvoir le libérer d'un poids dont lui-même n'a jamais voulu ou pu s'émanciper, rongé qu'il était par les regrets.


Enfin, grâce à cette initiative, la narratrice va aussi créer des ponts avec son propre frère, Benjamin, qui va lui aussi jouer un rôle aux côtés de Marie, une bien belle manière de donner du sens à ce que peut représenter une fratrie.


Les dernières pages sont d'une très grande émotion. D'ailleurs, en parlant d'émotions, je trouve que la plume de Marie Barraud sait décrire avec les mots justes les sentiments et cette incapacité de l'individu à pouvoir maîtriser leur expression :


Mais la plus belle comme la plus sombre des émotions ne peut être saisie par des mains, même les plus courageuses. P. 124

Ce livre témoigne s'il en était encore nécessaire que le simple fait de pouvoir poser des mots sur ce que l'on ressent peut être un premier pas vers un mieux-être, une meilleure santé psychique.


Parce que cette douleur n'a jamais été soulagée par des mots, elle s'est exprimée par des maux qui, sans ton intervention, auraient hanté encore ta descendance. P. 183

S'agissant d'un livre, nous pourrions bien parler là de bibliothérapie, non ?

 

Quant à évoquer les 68 premières fois, quelle aventure, et quelle qualité !

 

Principe de suspension de Vanessa Bamberger *****

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie Kalfon ****

Presque ensemble de Marjorie Philibert ***

Ne parle pas aux inconnus de Sandra Reinflet *****

La téméraire de Marine Westphal *****

La sonate oubliée de Christiana Moreau ****

Cette lecture participe au Challenge de

la Rentrée Littéraire MicMelo de janvier 2017 ! 

Pour que rien ne s'efface de Catherine LOCANDRO *****

Principe de suspension de Vanessa BAMBERGER ****

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie KALFON ****

Coeur-Naufrage de Delphine BERTHOLON ***** Coup de coeur

Presque ensemble de Marjorie PHILIBERT ***

La baleine thébaïde de Pierre RAUFAST ****

L'article 353 du code pénal de Tanguy VIEL ****

Ne parle pas aux inconnus de Sandra REINFLET ****

La téméraire de Marine WESTPHAL *****

Par amour de Valérie TONG CUONG ***** Coup de coeur

La société du mystère de Dominique FERNANDEZ ****

L'abandon des prétentions de Blandine RINKEL ****

La sonate oubliée de Christiana MOREAU ****

 

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2017-04-03T06:00:00+02:00

Pour que rien ne s'efface de Catherine LOCANDRO

Publié par Tlivres
Pour que rien ne s'efface de Catherine LOCANDRO

Il est des livres qui s'imposent d'eux-mêmes, celui-là en fait partie ! A peine "Coeur-Naufrage" de Delphine BERTHOLON terminé, je découvre sur facebook que l'auteure recommande "Pour que rien ne s'efface" de Catherine LOCANDRO, une écrivaine dont je n'ai encore rien lu... et voilà qu'une bloggeuse passionnée de littérature comme moi (elle se reconnaîtra !) m'en propose le prêt (je la remercie au passage), impossible de résister, je pense que vous me comprenez.

Pour autant, ce roman, je ressentais comme une hantise à le chroniquer, entendez par-là qu'il est d'une telle densité que je craignais de le dénaturer.


Aujourd'hui, je crois que je suis prête à restituer mes émotions. Vous me direz ce que vous en pensez...


Lila Beaulieu est décédée dans son appartement du 9ème arrondissement de Paris en 2014. La date précise de sa mort ne pourra être déclarée que par le médecin légiste qui réalisera l'autopsie, le corps ayant été retrouvé en décomposition. Cette femme vivait-elle seule ? Avait-elle de la famille ? Des amis ? Etait-elle connue dans le quartier ? Vous trouverez les réponses à vos questions en lisant ce thriller psychologique extrêmement réussi, je dois bien le  dire.


Catherine LOCANDRO, dont je ne connaissais absolument pas la plume, harponne le.a lecteur.rice dès les premières pages pour ne plus le.a lâcher, un peu à la manière de Delphine BERTHOLON d 'ailleurs. Je me suis ainsi laissée porter par le compte à rebours lancé par l'écrivaine à partir de la mort de Liliane Garcia, Lila Beaulieu étant son nom de scène, pour lentement dérouler le fil de la vie de cette femme jusqu'à sa plus tendre enfance. Liliane Garcia était actrice, elle avait tourné dans "La chambre obscure", elle n'avait alors que 18 ans. Depuis, seuls quelques rôles de figurant lui avaient été proposés. Après avoir joué la starlette au festival de Cannes, son avenir cinématographique se révéla rapidement compromis.


Avec ce roman, Catherine LOCANDRO focalise sur un mal qui ronge notre société contemporaine, celui de l'isolement. Comment une femme de 65 ans pourrait-elle mourir seule et que personne ne s'étonne de sa disparition avant quelques semaines ? Cette situation paraît surréaliste et pourtant... il suffit de lire les journaux ou d'écouter la radio pour se rendre compte malheureusement de la banalité de ce type de fait divers. A chaque événement, le grand public s'interroge, s'indigne devant la vulnérabilité de l'être humain et son incapacité à s'ancrer dans la vie :

 


Comme si elle avait traversé cette vie sans laisser de traces dans aucune mémoire. P. 43

En réalité, les choses sont beaucoup plus compliquées qu'elles n'en n'ont l'air. Il est si difficile de connaître les gens... et c'est souvent devant la mort que les langues se délient, les frustrations s'expriment, les regrets aussi, et que les secrets se dévoilent.


Ce roman choral nous propose un regard croisé sur cette femme. 13 personnes vont tour à tour prendre la parole pour faire part de leurs moments partagés avec Liliane Garcia pour les uns, Lila Beaulieu pour les autres. Catherine LOCANDRO construit un puzzle d'une grande densité avec des destins qui s'entremêlent, des parcours de vie chahutés qui laissent des traces chez des êtres à jamais écorchés.


J'ai été profondément touchée par le personnage d'Eva, cette jeune femme née d'un père immigré espagnol. Très jeune confrontée au problème de l'alcoolisme, elle savait repérer les symptômes de la maladie dans son environnement. Elle avait ainsi décelé chez Liliane Garcia quelques signes qui ne l'avaient pas trompée : 


Elle appartenait à ce groupe d'habitués un peu trop fidèles, qui portaient leur misère sur leurs traits épaissis par le vin et la bière bon marché, et dont les doigts s'agrippaient aux verres. P. 44

Ce personnage est très lumineux aussi, c'est un très beau portrait de femme qui a su assumer ses choix et aller au bout de ses projets.


Dans un tout autre registre, j'ai été émue à la lecture du chapitre dédié à Lucie, la petite-fille de Liliane Garcia. Son initiative pour retrouver sa grand-mère et sa complicité m'ont particulièrement troublée. Avec ce personnage, Catherine LOCANDRO aborde le besoin irrépressible de connaître ses origines, la nécessité pour chacun de savoir d'où il vient pour savoir où il va. Avec Lucie, c'est aussi le domaine artistique de la photographie que j'ai approché et là, j'avoue avoir été séduite par la dimension professionnelle du regard et cette manière singulière de voir les autres à travers un objectif :


Cette façon qu'elle avait de saisir la solitude, sur les visages de ces inconnus croisés dans les Lavomatique. [...] Lucie avait porté sur sa grand-mère le même regard, dénué de préjugés, qu'elle adressait aux personnes qu'elle photographiait. P. 110

Ce roman parle aussi du deuil, des souvenirs qui s'étiolent et de l'incapacité de l'être humain à préserver intacte la qualité des images dans le temps. 


La mémoire était si décevante, si petite. P. 82

Le titre du roman résume très bien, à lui seul, le combat que chacun peut avoir à mener contre l'oubli de ses proches disparus.


Je vais me rappeler longtemps de cette Lila aussi, sans le y certes mais ô combien fascinante. La plume de Catherine LOCANDRO est remarquable. Elle risque bien de me hanter comme celle de Delphine BERTHOLON ! Je crains qu'elle ne soit, elle aussi, un brin addictive !    

Cette lecture participe au Challenge de

la Rentrée Littéraire MicMelo de janvier 2017 ! 

Pour que rien ne s'efface de Catherine LOCANDRO *****

Principe de suspension de Vanessa BAMBERGER ****

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie KALFON ****

Coeur-Naufrage de Delphine BERTHOLON ***** Coup de coeur

Presque ensemble de Marjorie PHILIBERT ***

La baleine thébaïde de Pierre RAUFAST ****

L'article 353 du code pénal de Tanguy VIEL ****

Ne parle pas aux inconnus de Sandra REINFLET ****

La téméraire de Marine WESTPHAL *****

Par amour de Valérie TONG CUONG ***** Coup de coeur

La société du mystère de Dominique FERNANDEZ ****

L'abandon des prétentions de Blandine RINKEL ****

La sonate oubliée de Christiana MOREAU ****

 

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