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Articles avec #rl2019_septembre catégorie

2021-03-02T18:45:00+01:00

Mars au féminin, tapis rouge pour Fatou DIOME

Publié par Tlivres
Mars au féminin, tapis rouge pour Fatou DIOME

Dans les pas de Moonpalaace, et pour commencer cette édition 2021 du mois de #marsaufeminin, j'ai choisi de dérouler le tapis rouge pour Fatou DIOME.

Son tout dernier roman  : « Les veilleurs de Sangomar », publié chez Albin Michel, disponible chez Le Livre de poche, un très beau livre qui honore la mémoire des disparus du naufrage du 26 septembre 2002 au large de Dakar. Le Joola accueillait ce jour-là environ 2 000 passagers, soit un peu plus de 4 fois le nombre prévu. C’est un roman sur le deuil et l’incantation des morts, c’est aussi une magnifique preuve d’amour d’une femme à son défunt mari.

Je vous en livre les premières lignes :


Gospel ou fado ? Seigneur, quel chant ramène les morts ? Le coeur de Coumba ne murmurait plus que lamento. Mais à quoi bon réveiller le maestro Bach ? Même son violoncelle ne saurait tout dire du manque ! Alors, silence. Surtout pas d'oratorio, trêve de prières ! Combien de maréees faut-il à Neptune pour rendre ceux qu'il retient loin des leurs ? Les bras de Coumba réclamaient Bouba.

Avec « Les veilleurs de Sangomar », j’ai découvert la plume de Fatou DIOME, éminemment romanesque, délicate, tout en pudeur, qui par la voie du conte trouve un très beau terrain de jeu philosophique. 

Fatou DIOME était hier l'invitée d'Augustin TRAPENARD dans Boomerang sur France Inter, l'occasion de nous parler de la sortie demain d'un recueil de nouvelles : « De quoi aimer vivre » et de tout un tas d'autres choses, un moment d'une rare beauté.

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2021-02-24T18:47:58+01:00

Opus 77 d’Alexis RAGOUGNEAU

Publié par Tlivres
Opus 77 d’Alexis RAGOUGNEAU

Parce que la rentrée littéraire se fait aussi en poche, place aujourd'hui à "Opus 77" d'Alexis RAGOUGNEAU publié initialement chez Viviane HAMY et maintenant disponible dans la collection du Livre de Poche.

Ce roman, c'est une pépite.

Je vous livre quelques mots de l'histoire :

Tout commence lors des funérailles de Claessens, bien connu en sa qualité de Chef d'Orchestre de la Suisse romande. Sa fille,  Ariane s'installe au piano. Soliste internationale d'un peu plus de 25 ans, elle s'apprête à jouer la marche funèbre pour honorer son père. Elle surprend l'assistance en faisant résonner, dans la basilique, les premières notes de l'Opus 77, le concerto du compositeur russe, Dimitri CHOSTAKOVITCH. La présence de la famille de Claessens se résume à celle d'Ariane. Son frère, David, de 2 ans son aîné, n'est pas présent. Pourquoi ? C'est là que commence réellement toute l'histoire.  

Dès les premières lignes, Alexis RAGOUGNEAU fait du lecteur un spectateur, un voyeur pourrait-on dire. Devant lui, s'étalent les lambeaux d'une vie de famille. Je ne vous en dirai pas beaucoup plus pour ne pas déflorer l'histoire, c'est là tout le suspens du roman ! Simplement vous dire toutefois que le froid qu'inspire la première scène, celle du dernier hommage rendu au père, va vous glacer le sang.

J'ai été fascinée par la puissance de la musique, le pouvoir d'enivrement, la jouissance et l'abandon de soi.

Ce roman est puissant par l'atmosphère qu'il propose et dans laquelle est plongé son lecteur,  condamné, lorsqu'il a commencé la lecture de L'Opus 77, à le lire d'une traite, en apnée totale. Il est absolument remarquable aussi pour la qualité de la plume. 

Et pour que la boucle soit bouclée, quittons-nous en musique s'il vous plaît avec "Opus 77".

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2020-11-14T07:00:00+01:00

Avant que j'oublie de Anne PAULY

Publié par Tlivres
Avant que j'oublie de Anne PAULY

Editions Verdier

Ce roman autobiographique, c’est ma grande fille qui me l’a conseillé, comme autant d’instants de complicité autour d’un livre. Je ne connaissais pas la plume de Anne PAULY, et pour cause, il s’agit d’un premier roman ! Mais de cette écrivaine, je crois qu’il va falloir mémoriser son nom, elle a un formidable talent.

Autour d’un sujet dramatique, la mort d’un père, elle relate avec beaucoup d’humour l’existence d’un unijambiste, alcoolique, qui en a bien fait baver à tous, à ses enfants, à sa femme aussi. A l’époque, les termes de violences conjugales n’étaient pas encore prononcés, nous en étions bien là pourtant.

Partagée entre le ton de la dérision et la gravité des événements, je me suis pourtant surprise à rire. J’ai adoré la scène de l’entrée dans l’église, bras-dessus bras-dessous avec son amoureuse, Félicie !

Il y a de la distance quand elle prépare les funérailles.


Heureusement, je m’étais préparée : l’enfant en moi, je l’avais envoyé dans sa chambre avec interdiction de sortir jusqu’au soir, quant à la pleureuse, j’avais dilué un Lexomil dans son café. Elle flottait là, près de moi, comme un fantôme, avec une certaine indifférence. P. 76

Il y a de la colère quand elle évoque son dernier souffle.

Malgré le fait que Anne PAULY ait souffert d’une enfance sacrifiée, c’est bien elle qui, ces dernières années, a toujours couru au chevet de cet homme, veuf, devenu fragile et vulnérable.

Elle parle de la vieillesse, de la maladie, du corps douloureux.

Elle montre la face cachée, l’intimité, ces petits riens qui composaient le tout de son existence, à lui.

Et puis, il y a l’immense chagrin d’une fille devenue orpheline. Sa mère, dont tout le monde louait sa générosité, était partie la première. Avec le décès de son père, il se joue autre chose dans le coeur, et le corps, de Anne PAULY.


L’esprit et le corps rejetaient les nouvelles données. P. 31

Il y a des moments d’une immense tristesse, vécus dans la plus grande solitude. Là, le coeur se serre.

Et puis, il y a d’immenses bouffées de tendresse. J’ai adoré ces passages avec une certaine Juliette. Son père, Jean-Pierre, était un peu son « Roméo », à elle.

Enfin, il y a cette scène délicieuse autour de la calligraphie chinoise du mot amour, un petit bijou.

Avant que j'oublie de Anne PAULY

Si l’exercice de l’écriture a offert à Anne PAULY une certaine forme de catharsis, c’est là tout le bien que je lui souhaite, ce roman n’en revêt pas moins un caractère universel. Nul doute qu’il saura vous émouvoir.

Les jurés du Prix du Livre Inter 2020 ne s’y sont pas trompés. Ils ont succombé au charme de cette formidable preuve d’amour d’une fille à son père. C’est un livre original, sans langue de bois, il a tout pour plaire.

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2020-06-23T06:00:00+02:00

Rien n'est noir de Claire BEREST

Publié par Tlivres
Rien n'est noir de Claire BEREST
Pour l'édition 2020, les jurées du #GrandPrixdesLectricesElle ont choisi dans la catégorie "Roman" "Rien n'est noir" de Claire BEREST aux éditions Stock. Autant vous dire que je suis ravie. 
 
#Mardiconseil est l'occasion, pour moi, de revenir sur un coup de coeur.
 

Claire BEREST nous emmène à la rencontre de Frida KAHLO, un portrait tout à fait saisissant.

Nous sommes en 1928. Alors que l’artiste Diego RIVERA réalise une fresque murale monumentale pour le Ministère de l'Education, Frida, l’effrontée de 20 ans sa cadette, l’interpelle et lui demande de descendre de son échafaudage pour lui montrer quelque chose. Elle a, avec elle, deux tableaux. Elle veut son avis. Il lui donne rendez-vous le dimanche suivant avec une nouvelle toile. C’est ainsi qu’une relation passionnelle va s’engager entre deux personnages hauts en couleur : Diego RIVERA dont la qualité du travail artistique va grandissante, Frida KAHLO promise dès son plus jeune âge à un parcours atypique (à 15 ans, elle fait partie des premières filles à entrer à la Prépa) et ambitieux (passionnée d’anatomie et de biologie, elle veut être médecin). C’est à 18 ans que Frida KAHLO a un terrible accident de bus avec de multiples blessures qui la clouent à un lit d’hôpital pendant 3 mois et l’obligent à une nouvelle intervention chirurgicale l’année suivante. C’est alors que Frida demande à son père, allemand d’origine, photographe de formation, passionné de piano, de lui apporter un chevalet, des pinceaux et de la peinture. Grâce à l’installation judicieuse d’un miroir au sommet de son lit à baldaquin, Frida commence à peindre, bien qu’alitée. Une nouvelle page de sa vie s’ouvre alors...
 
Avec « Rien n’est noir », vous plongez au coeur de l’Histoire du Mexique et du streetart 


La peinture est devenue monumentale, accessible et édifiante, elle donne aux analphabètes le droit de lire leur histoire nationale, aux pauvres, le droit de vibrer gratis, à tous, leurs racines indiennes sublimées. P. 31

À travers l’itinéraire d’une femme éminemment romanesque,  Claire BEREST égrène, comme autant de bijoux dont se pare Frida KAHLO, des souvenirs historiques qui font que le monde est ce qu’il est aujourd’hui. Vous visitez le monde et côtoyez les hommes, capitalistes, en quête de montrer ô combien leur pouvoir est grand. 
 
"Rien n'est noir", c’est aussi une histoire d’amour, ardente, bouillonnante, impétueuse, entre deux artistes, mais aussi deux personnalités totalement débridées. Rien ne saurait les arrêter ! Diego RIVERA ose faire un pied de nez au commanditaire de l’oeuvre du RCA Building en y ajoutant effrontément une figure de Lénine comme la touche finale d’une création artistique devenue militante. Le ton est donné. Vous imaginez bien que la vie de ces deux-là ne va pas être un long fleuve tranquille. Ils vont s’aimer passionnément, se haïr aussi ! A leur séparation, Frida KAHLO s’offre tous les hommes qu’elle peut, ils subliment tous Diego RIVERA dans ce qu’ils ont de faible, fragile, et elle en jouit. 
 

Claire BEREST honore la mémoire d’une grande Dame de la peinture.


Peindre est une facette d’elle-même parmi d’autres, un trait de sa personnalité, comme de jurer constamment, de collectionner les poupées ou de se méfier des gens qui se prennent au sérieux. P. 209


Parce qu'aucun détail n'est laissé au hasard, l'écrivaine intitule ses chapitres des couleurs primaires utilisées par Frida KAHLO et donne la signification de la nuance évoquée, initiant ainsi le lecteur au symbolisme des couleurs, les associations mentales, les fonctions sociales et les valeurs morales qui y sont liées.

La narration est foisonnante, à l’image de la vie de l’artiste célébrée et Claire BEREST maintient un rythme ahurissant qui donne à cette lecture une vivacité et un dynamisme absolument remarquables. J’en suis sortie envoûtée !
 
Ne passez pas à côté de "Rien n'est noir" de Claire BEREST. Je ne suis pas la seule à le dire, elles sont 120 lectrices à l'avoir choisi, bravo Mesdames !

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2020-03-03T17:45:00+01:00

Le Ghetto intérieur de Santiago H. AMIGORENA

Publié par Tlivres
Le Ghetto intérieur de Santiago H. AMIGORENA

Editions P.O.L.

 

Ce roman, c'est ma fille qui me l'a conseillé. Elle a sacrément bien fait et je l'en remercie très chaleureusement !

 

Je vous dis quelques mots de l'histoire.

 

Vicente a quitté Varsovie en 1928. Après un long parcours, il s’installe finalement à Buenos Aires. Il rencontre Rosita avec qui il a trois enfants. Il succède à son beau-père dans la gestion du magasin de meubles, héritage familial. Tous habitent un appartement à quelques centaines de mètres de l'entreprise. La vie pourrait être un long fleuve tranquille, et pourtant... Si Vicente, en quittant sa mère, lui a fait la promesse de lui écrire régulièrement, il n’a en réalité pas tenu son engagement. Il n'a pas nourri l’échange épistolaire alimenté exclusivement par elle pendant toutes ces années. Et puis, en 1938, les lettres se font plus rares, elles lui dévoilent à demi-mots la condition des juifs enfermés dans le Ghetto de Varsovie. C’est alors que les origines de Vicente resurgissent cruellement et le conduisent progressivement à se murer dans le silence. Là commence une toute nouvelle histoire...

 

Ce roman de Santiago H. AMIGORENA, dont je ne connaissais pas la plume, est inspiré de la vie familiale de l'écrivain. Vicente n'est autre que son grand-père. Il aurait pu en faire un récit, il a choisi la fiction, la littérature permet de donner à des personnes dites ordinaires l'étoffe de héros éminemment romanesques. Je me suis plongée avec grand plaisir dans cette histoire singulière au rythme soutenu et au suspens intense. 

 

Des livres qui racontent la persécution du peuple juif pendant la seconde guerre mondiale, il y en a beaucoup, et pourtant, celui là est EXTRA-ordinaire.

 

Son originalité repose, je crois, dans la métaphore du ghetto. Si Vicente, lui, a quitté suffisamment tôt son pays pour s'assurer une existence à l'abri de l'oppression nazie, si Vicente, lui, n'a pas été encerclé par les murs du Ghetto de Varsovie, il s'emmure, seul, dans un Ghetto intérieur. A force de nourrir son sentiment de culpabilité à l'égard de sa mère, de ses frère et soeur aussi, son impuissance à les aider d'une quelconque manière qu'elle soit, Vicente se referme sur lui-même, il se réfugie dans le mutisme. Il prend progressivement de la distance vis-à-vis de ses proches, hanté par ses démons. Il laisse choir l'amour que tente désespérément sa femme de lui prouver, il ne répond pas interpellations de ses enfants, Martha, Ercillia et Juan José, comme autant de bouées de sauvetage lancées à un homme en train de se noyer. Il RESISTE au naufrage et c'est ce que Santiago H. AMIGORENA explore avec minutie dans ce roman. 


Les mots se précipitaient les uns contre les autres, et si parfois ils composaient des phrases qu’il arrivait à comprendre, des pensées qu’il arrivait à suivre, le plus souvent ils se battaient et tombaient défaits sur le trottoir, formant de petites tâches sombres comme des cafards qui se mêlaient aux déjections claires ou verdâtres des pigeons. P. 92

User des mots, jouer avec eux, c'est l'apanage des écrivains. Dans la démarche de Santiago H. AMIGORENA, peut-être y a-t-il quelque chose de l'ordre de la résilience. Ecrire ce roman n'est-il pas la voie qu'il s'est choisi, lui, le petit-fils, homme des mots justement, pour RESISTER aux drames vécus par la génération de ses grands-parents et qui continuent de l'affecter. Nul doute que Caroline CAUGANT aimerait profondément réfléchir à la question !

 

Outre les événements qui, malheureusement, relèvent de l'ignominie humaine et qui pourraient être universalisés, il y un sujet qui m'a beaucoup frappée dans ce roman, c'est la puissance de la condition juive.


Être juif, pour lui, n’avait jamais été si important. Et pourtant, être juif, soudain était devenu la seule chose qui importait. P. 70

Avec le personnage de Vicente, une nouvelle fois, il nous est prouvé que nous sommes empreints, que nous le voulions ou non, que nous l'acceptions ou non, de nos origines. Mais "Etre juif", c'est encore plus fort que la simple réminiscence d'une éducation religieuse, c'est aussi et surtout tout ce qui va avec. Dans "Où vivre", Carole ZALBERG décrit parfaitement l'indéfectible lien qui unit une communauté. Peu importe aujourd'hui sa diversité, son interculturalité, peu importe aujourd'hui son pays d'adoption, "Etre juif" se perpétue à travers les générations. Il en est une qui portait dans sa chair le numéro de sa déportation, il y a toutes les autres qui porteront comme un inlassable fardeau les marques laissées à jamais dans leur esprit.

 

Vous l'aurez compris, Santiago H. AMIGORENA, auteur contemporain, fait se croiser subtilement la trajectoire d'une famille avec celle de la grande Histoire et nous livre un roman tout à fait saisissant. Quant à sa plume, elle est tout en sensibilité, profondément bienveillante, comme un baume pour panser des plaies ouvertes à jamais.

 

Une nouvelle lecture coup de poing de ce début d'année !

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2020-02-21T17:58:21+01:00

Alexis RAGOUGNEAU à Angers

Publié par Tlivres
Alexis RAGOUGNEAU à Angers

ll y a une semaine, j'ai eu l'immense chance de participer à une rencontre-dédicace organisée dans le cadre du Prix du roman Cezam. Alexis RAGOUGNEAU, l'auteur de "Opus 77" publié aux éditions Viviane HAMY, a passé 3 jours dans la région, il était notamment à l'ENSAM jeudi midi, un pur moment de bonheur.

Il nous a relaté son parcours. S'il a suivi des études universitaires dans le commerce, il a quitté ce registre rapidement pour s'orienter vers le théâtre, d'abord avec des cours en amateur et puis à temps plein. Il a ressenti le besoin de vivre, lui-même, y compris physiquement, les ressorts du théâtre. Il n'y avait ensuite qu'un pas à franchir pour se lancer dans l'écriture de pièces, il l'a fait.

Le roman, s'il lui faisait de l'oeil, il le craignait. Alexis RAGOUGNEAU a donc choisi de se lancer en littérature par la voie du policier qui correspond à un propos organisé, structuré, et donc rassurant. Sont publiés en 2014 "La Madone de Notre-Dame" et en 2016 "Evangile pour un gueux". 

Fort du bel accueil réservé par les lecteurs, il choisit de faire le grand saut et d'entrer dans le genre romanesque avec "Niels" et puis récemment avec "Opus 77", tous deux sélectionnés par le jury du Prix Goncourt.

Personnellement, c'est avec "Opus 77" que j'ai découvert la plume d'Alexis RAGOUGNEAU, une pure merveille. Ce roman, c'est d'abord une histoire familiale, celle de Claessens, un chef d'orchestre dont l'auteur taira le prénom, un chef d'orchestre qui use de son pouvoir, tant dans le registre professionnel qu'à la maison, un chef de famille dominant qui a oppressé son épouse, de 20 ans sa cadette, et ses deux enfants, David et Ariane.

Mais ce roman, c'est aussi une formidable opportunité de découvrir la musique, les exigences de l'élitisme, de l'interprétation, la quête du dépassement de soi, de l'excellence et de la perfection.

Alexis RAGOUGNEAU construit avec cette discipline artistique un véritable personnage de roman, il la fait exister ! Pour l'incarner, il choisit le concerto du compositeur russe, Dimitri CHOSTAKOVITCH. Sous la plume de l'écrivain, rien n'est choisi au hasard. Si j'avais pu le soupçonner avec cette lecture, la rencontre me l'a bien confirmé. Dimitri CHOSTAKOVITCH a été interdit de jouer sa musique par Staline en personne, celui-là même qui au lendemain d'un spectacle déclarera : "C'est un petit jeu qui va très mal finir". "Opus 77", c'est un roman de l'enfermement, sujet parfaitement traité. 

J'ai beaucoup aimé aller plus loin dans le roman avec cette rencontre précieuse avec l'auteur mais aussi partager un moment avec un homme d'une très grande sensibilité. Il choisit d'écrire sur des registres qu'il connait bien. Celui de la musique résonne avec sa propre vie familiale et ça se sent. S'il écrit divinement bien, il assure également parfaitement le rôle de VRP Il nous a offert un joli moment de complicité, merci à lui pour sa venue et aux organisatrices de cette pause déjeuner hors du commun.

Et puisque l'écrivain, Alexis RAGOUGNEAU, nous a invités à poursuivre la découverte de l'Opus 77 avec l'interprétation de Dvorak. Nous nous quittons en images et en musique, s'il vous plaît !

Pour mémoire, retrouvez la sélection 2020 du Prix du roman Cezam

et mes premières chroniques :

Né d'aucune femme de Franck BOUYSSE, lauréat du Prix des Lectrices Elle 2019

La petite conformiste d'Ingrid SEYMAN

Vigile d'Hyam ZAYTOUN

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2020-02-13T08:31:54+01:00

Opus 77 d'Alexis RAGOUGNEAU

Publié par Tlivres
Opus 77 d'Alexis RAGOUGNEAU

Ma #citationdujeudi est extraite d'un très beau roman de la #RL2019 de septembre : "Opus 77" d'Alexis RAGOUGNEAU publié aux éditions Viviane HAMY.

Dans ce roman,  j'ai été fascinée par la puissance de la musique, le pouvoir d'enivrement, la jouissance et l'abandon de soi qu'elle procure.

Je me réjouis de voir "Opus 77" dans la sélection du Prix du roman Cezam 2020 en lice avec : 

Né d'aucune femme de Franck BOUYSSE, lauréat du Prix des Lectrices Elle 2019

La petite conformiste d'Ingrid SEYMAN

Vigile d'Hyam ZAYTOUN

 

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2020-02-11T07:00:00+01:00

La petite conformiste d'Ingrid SEYMAN

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La petite conformiste d'Ingrid SEYMAN

Allez, c'est parti pour une nouvelle aventure, celle du Prix du roman Cezam 2020.

Après :

Né d'aucune femme de Franck BOUYSSE, lauréat du Prix des Lectrices Elle 2019,

Opus 77 d'Alexis RAGOUGNEAU

Vigile de Hyam ZAYTOUN

place à "La petite conformiste" d'Ingrid SEYMAN, un premier roman haut en couleurs publié aux éditions Philippe REY.

Qu'il est bon, le temps d'une lecture, de retrouver son âme d'enfant, sa spontanéité, sa liberté de parole,

Qu'il est bon, le temps d'une lecture, de regarder les adultes se confronter à leurs propres contradictions, et d'en rire !

Dans la famille, je demande la fille. Bonne pioche. C'est Esther, elle est née à Marseille dans les années 1970.

Je demande le frère. Bonne pioche. Voilà Jérémy, le fils cadet, hyperactif, qui vit avec un sparadrap sur un verre de lunette. Il est roux, un brin décalé avec le reste de la famille, et tous les autres enfants de son âge aussi.

Je demande la mère. Bonne pioche. Babeth est secrétaire de Mairie, une fonctionnaire soixante-huitarde. 

Je demande le père. Bonne pioche. Patrick, Juif, pied-noir, il est originaire d'Algérie. Il pallie l'angoisse d'une shoah bis à coup de listes qui pourrissent littéralement toute la vie de famille. Ah, une précision, dans cette maison, tout le monde vit nu. L'effet 68 !

Je demande la grand-mère. Bonne pioche. Fortunée elle s'appelle, une vraie prédisposition à la richesse construite avec un magasin de confection à Souk-Ahras.

Je demande le grand-père. Bonne pioche. Isaac, lui s'efface derrière l'exubérance de son épouse.

Voilà un joli portrait de famille qui ne va pas manquer d'être éclaboussé par l'entrée d'Esther à l'école privée. Oui, oui, vous avez bien compris, celles et ceux qui interdisent d'interdire, qui se fichent de la religion, vont finalement inscrire leur fille dans une école catholique, la faute au petit Jérémy que l'école publique ne saurait calmer !

La narration à la première personne à travers les yeux d’Esther est un jubilé de fraîcheur et de vivacité. La petite n'a pas sa langue dans sa poche, elle qui est la seule "conformiste" de la maison et qui questionne tous les faits et gestes des parents et grands-parents, mais aussi ceux des parents de ses amies, des bourgeois capitalistes, un virage à 180° avec l'éducation qu'elle a reçue.


Les engueulades entre eux surgissaient donc comme par magie, à la manière d'un film d'action qu'on aurait pris en cours de route. P. 77

Derrière le côté drôle et ingénu se cache pourtant une face beaucoup plus grave.

Il y a bien sûr le passé lourd de la famille, l'exil lié à la guerre d'Algérie et l'arrivée de cette famille en France. Il y a aussi l'antisémitisme et la crainte absolue de voir de nouveaux faits perpétrés.

Ingrid SEYMAN, dans ce premier roman, croque les clichés à pleines dents et nous livre rien de moins qu’une satire de notre société parfaitement déguisée. La prose est attendrissante et le rythme palpitant. 

L'intérêt des Prix littéraires, c'est bien de nous emmener en dehors des sentiers battus. Pari réussi avec cette petite cure de jouvence qui a le mérite de remettre les points sur les i et les barres au t !

 

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2020-02-06T18:45:34+01:00

Vaincre à Rome de Sylvain COHER

Publié par Tlivres
Vaincre à Rome de Sylvain COHER

Ma #citationdujeudi est extraite d'un roman de la rentrée de septembre 2019 qui continue de m'habiter. Il s'agit de "Vaincre à Rome" de Sylvain COHER chez Actes Sud

Imaginez... sur la ligne de départ : 69 coureurs de 35 nationalités. 11 sont africains et vous en faites partie. Vous êtes éthiopien. 11, c’est aussi le numéro de votre dossard ! Vous faites 55 kilos. Vous êtes chrétien orthodoxe (ça vous semble un détail mais, on ne sait jamais, la foi et le spiritualisme pourraient vous être utiles !). Vous vous apprêtez à vous lancer dans une performance sportive, mais pas que. Au fil des 42,195 kilomètres (c’est long !), vous allez porter les couleurs de tout un peuple assailli 25 ans plus tôt par les troupes de Mussolini lancées contre le fléau noir.

Ce roman, juste prodigieux, assure la mémoire du sacre d'Abebe BIKILA, ce marathonien qui a restauré l’honneur des siens en passant le premier sous l’Arc Constantin, le symbole des ambitions coloniales du fasciste italien, lors des Jeux Olympiques de 1960.

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2020-01-17T07:52:13+01:00

Murène de Valentine GOBY

Publié par Tlivres
Murène de Valentine GOBY
 
Depuis la rentrée de septembre 2019, je languissais de découvrir le dernier roman de Valentine GOBY, certainement mon dernier coup de cœur de l’année 2019.
 
Nous sommes dans les années 1950. François a 22 ans. Ses parents sont couturiers, ils tiennent un atelier. Sa mère, Jane, est d’origine anglaise, naturalisée française. Il entretient avec sa sœur Sylvia une relation de complicité. Ce qui n’est plus le cas avec son père, Robert, depuis que le fils a fait voler en éclat la carrière d’ingénieur rêvée par le père pour son fils. François accumule maintenant les petits boulots. Une mission vient de lui être promise dans les Ardennes, la neige est tombée sur la France, réduisant toutes activités. Là-bas, ils ont besoin d’hommes comme lui. Sur le chemin, le camion qui l’emmène tombe en panne. Ils sont en rase campagne, il faut aller chercher des secours. François part à pied vers l’inconnu. Dans un champ de Bayle, il découvre un wagon de train. Il monte au sommet et là, un arc électrique le foudroie, le projetant à terre, brûlé à 30 pour cents. Il serait mort s’il n’y avait eu cette enfant à la recherche de son renard. Sauvé in extremis mais à quel prix ?
 
Valentine GOBY est une formidable conteuse, elle raconte des histoires avec un immense talent mais plus que ça, ce qui fait son originalité c’est, une nouvelle fois, de s’inspirer d’histoires vraies.
 
Comme dans « Un bateau dans les arbres », l’écrivaine choisit le domaine de la santé comme territoire d’exploration. Après le traitement des tuberculeux au sanatorium d'Aincourt, elle revisite les progrès de la médecine en matière de prothèses pour les hommes et les femmes amputés. Initialement prévues pour les blessés de guerre, elles sont banalisées pour les civils. Avec le personnage de François, qui pourrait être vous, votre frère, votre voisin, Valentine GOBY dévoile la vie de handicapés moteur au quotidien, la souffrance du corps bien sûr et là, ne comptez pas sur elle pour être bienveillante, elle le fait avec franchise et nous dévoile une effroyable réalité.


La nécessité n’allège pas l’horreur du geste. P. 40

Elle nous fait toucher du doigt aussi les aléas de leur santé psychique, la force de caractère dont il faut faire preuve chaque matin pour surmonter les obstacles qui ne manquent pas de se présenter dans la journée, et puis tout ce qu’il faut d’ingéniosité pour contrer les lois de la gravitation.


Appareiller, il l’enseigne, c’est tenter de rapprocher les mouvements extérieurs des mouvements intimes, raccorder le désir et la technique. P. 114

Mais, bien sûr, le défi n’aurait pas été suffisant à relever pour Valentine GOBY qui déroule comme un tapis rouge le handisport comme la voie de la résilience, celle qui permettra d’espérer un retour à la dignité humaine. Monter sur la plus haute marche d’un podium devient rapidement l’objectif à atteindre. Pourquoi se contenter du plaisir offert par le sport, du bien-être, quand il peut vous apporter une reconnaissance, nationale, internationale, quand il peut vous faire devenir un champion ?

Par le jeu de l’écriture, Valentine GOBY fait se croiser le destin de François, un personnage de fiction, avec celui de celles et ceux qui se sont battus pour qu’ aujourd’hui les disciplines sportives para-olympiques soient ce qu’elle sont. L’écrivaine assure la mémoire de Ludwig GUTTMANN, juif allemand, exilé en Angleterre, qui, dans les années 1930, est à l’origine du projet de pratiquer du sport après une blessure de guerre. En 1948, quand commencent les Jeux Olympiques de Londres, à l'hôpital de Stoke-Mandeville, il lance des jeux pour paraplégiques. Elle rend hommage à l'Amicale sportive des mutilés de France créée le 7 mai 1954, c'est la première association française de handisport. Ce roman est non seulement le travail d’une plume éminemment prodigieuse mais c’est aussi une masse colossale de recherches pour retracer notre Histoire, celle d’une certaine forme de différence qui finit par susciter les applaudissements d’une majorité médusée devant les records battus par des hommes et des femmes.


L’opportunité est plus belle que la nécessité, elle admet l’espérance en plus de l’instinct, le pari que la mutation incarne une chance et non une planche de salut. P. 156

J'ai beaucoup aimé aussi dans ce roman, l'éloge du travail artisanal, celui des couturiers. C'est tout en beauté et en sensualité qu'elle nous dévoile un univers professionnel hors du commun, là où se côtoient les matières, là où la précision et la finesse des actes sont rois. Un petit joyau qui pourrait susciter des vocations...


n ajuste des aubes et des robes anciennes, on coud du blanc, les tissus crissent et moussent comme une eau de torrent, tulle, crêpe, organdi, mousseline, satins, dentelles et soies doux et frais à la vue, au toucher. P. 73

Enfin, elle consacre des pans entiers à la nature comme la source d'un renouveau, celle qui peut permettre à des hommes et des femmes de se reconstruire, d'y puiser la force, l'énergie, la puissance d'affronter ce qui les assaille. C'est elle aussi qui suscite la méditation par la voie de l'observation. Elle loue la nécessité d'oublier le temps qui passe pour s'imprégner du silence, se poser et REGARDER.


Il voit à ras de sol, lichens qui tracent sur la roche d’étranges continents, bouquets de gentianes bleu vif à calice renflé, parterres de myrtilles et de fraises des bois, carlines aux pétales d’argent. P. 121

Je sors de cette lecture profondément émue. Si je me suis plongée tête baissée dans l'itinéraire de François, j'ai aussi pleuré toutes les larmes de mon corps sur ce roman. Il y a des moments d'une éblouissante émotion. Je pense notamment aux lectures assurées par l'infirmière, Nadine, des lettres de la mère de François, empêchée de voir son fils. Il y a aussi les passages consacrés à Sylvia, la soeur de François, qui va mettre tout son coeur à nourrir un ficus effeuillé pour assurer sa survie, jolie métaphore du corps de son frère.

Valentine GOBY, une nouvelle fois, nous livre un roman d'une densité extraordinaire. Il est incroyablement lumineux !

Enorme coup de coeur. Une nouvelle fois, le graff de Banksy accompagne merveilleusement bien ce roman, "There's always hope" !

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2020-01-16T07:00:00+01:00

Une joie féroce de Sorj CHALANDON

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Une joie féroce de Sorj CHALANDON

Il y a des romans qui restent très présents dans votre esprit, même quelques mois après leur lecture.

Il en est un qui m'a particulièrement marquée, c'est "Une joie féroce" de Sorj CHALANDON aux éditions Grasset, sorti en septembre dernier.

La force inouïe qui transcende ce livre me laisse à penser que l'Homme a cette capacité à puiser, tout au fond de lui, y compris dans les conditions les plus dramatiques, l'énergie et la vigueur de se rebeller, se battre, se défendre, affronter la réalité qui l'oppresse.

Ce roman vous fait cruellement aimer la vie. Qu'on se le dise !

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2020-01-14T07:02:33+01:00

Murène de Valentine GOBY

Publié par Tlivres
Photo de Valentine GOBY Editions Iconoclaste

Photo de Valentine GOBY Editions Iconoclaste

Mon #mardiconseil, c'est le tout dernier roman de Valentine GOBY : "Murène" publié chez Actes Sud lors de la #RL2019 de septembre.

De Valentine GOBY, j'ai lu "Un paquebot dans les arbres", un immense coup de coeur. Il y a eu aussi "Le rêve de Jacek" et "Le cahier de Leïla".

Et puis, je me souviendrais toute ma vie de cette rencontre formidable à la Médiathèque de Mazé, La Bulle, un moment inoubliable.

Je vous en livre aujourd'hui les premières lignes :

"La nuit plaque des rectangles noirs aux vitres de la piscine. Face au bassin se tient François, très droit, immobile, pieds nus écartés sur le carrelage froid, dans l'odeur du chlore et le fracas d'un plongeon. Il fixe son reflet tordu par les remous. Il vient ici pour la première fois. Il n'est jamais entré dans une piscine. De l'eau à ciel fermé, à angles droits, au périmètre apprivoisable, 25 mètres par 12,5 bordés de céramique, toutes contraintes qui le rassurent comme le rassure l'heure tardive, il n'y a plus personne pour le voir même dans les coursives, sauf le maître nageur et son fils qui plonge côté profond."

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2019-11-16T10:19:04+01:00

Après la fête de Lola NICOLLE

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Après la fête de Lola NICOLLE

Les Escales

Nous sommes le vendredi 13 novembre 2015 à Paris. Après cette date, plus rien ne sera pareil. Raphaëlle et Antoine étaient dans un bar quand l'attentat du Bataclan a été perpétré. Une partie de la nuit, ils furent seuls au monde, comme en suspension. Leurs proches pensaient qu’ils étaient morts. Mais, le fait d'avoir vécu ensemble cette nuit de terreur et d'être toujours vivant ne pourra seul retenir leurs deux existences. Quand la relation se distend, que les regards finissent par manquer de complicité pour se porter sur d’autres, sur l'extérieur... il est parfois nécessaire de combler le vide pour trouver la voie de la résilience.

C’est le chemin que prend Raphaëlle en livrant comme une confession le récit de cet immense amour entre deux êtres qui ne faisaient qu'un. 

Sur fond d'études universitaires, dans l’intimité de leur appartement, ils vécurent des moments de grâce, de ceux qui sont empreints de bienveillance, de douceur et d’ivresse. À l’intérieur des murs s’ouvrait le champ des possibles. C’est là qu’ils s’émerveillaient l’un de l’autre et qu’ils construisaient jour après jour une relation nourrie de passion. Les livres comblaient leur quotidien, chacun dans leur registre, c'est certain, mais peu leur importait alors. Leur cocon les préservait de l'environnement, des pressions extérieures tout simplement. C'était la fête, quoi !


Tomber amoureux, verbe du premier groupe. Avoir la sensation que la conversation avec une autre personne est illimitée, et souhaiter que la discussion, sans cesse, se poursuive. Apprécier les silences, les chérir. P. 60

L’histoire de Raphaëlle et Antoine est composée de 58 chapitres comme autant de petits cailloux ponctuant l’itinéraire d’un couple dans le grand Paris. Malheureusement pour leur union, l'un a roulé dans la chaussure, rendant les premiers pas douloureux et très vite, le fait de continuer à vivre ensemble impensable. S'ils avaient réussi jusque-là à surmonter leurs différences, bientôt elles s'édifièrent devant leur couple comme une frontière impossible à franchir. 

Entre Raphaëlle et Antoine, il y avait une affaire de territoire, d'abord. Elle est née dans un quartier bourgeois, lui dans une cité à la périphérie. Le ver est dans le fruit.


Car le lieu induisait l’acte. C’était la géographie qui accusait. La cité qui, d’emblée, montrait du doigt. P. 97

Ils ont bien essayé de faire fi de leurs origines, de s’affranchir de ce déterminisme géographique mais il était beaucoup plus que ça. Il relevait aussi du social. Ils n’ont tout simplement pas reçu la même éducation.


Acculturation, nom féminin : processus par lequel un individu apprend les modes de comportement, les modèles et les normes d’un groupe de façon à être accepté dans ce groupe et à participer sans conflit. P. 101

Quand l’argent n’était pas un problème chez elle, voire qu’il solutionnait tout problème, il manquait chez lui et devenait le pilier incontournable de toute une vie, parasitant à jamais l’existence d’Antoine, hanté par la misère de ses parents.


C’est lorsque les projets n’ont de sens que pour ceux qui les conçoivent qu’on peut voir une complicité se nouer, un monde intime s’ériger. P. 50

Difficile dans ces circonstances de monter des projets à deux. Si l’on sait dès les premières lignes que Raphaëlle et Antoine se sont séparés, Lola NICOLLE réussit à conter une relation envoûtante, elle y traite de la passion amoureuse, de ces moments de fol espoir, et puis ponctue le récit d’étapes de la vie pour lesquelles on finit par oublier l’issue, mêlant suspense et frénésie. 

Mais « Après la fête » porte bien son titre, c'est un roman social, grinçant, caustique, qui porte un regard désabusé sur notre société, cloisonnée, du XXIème siècle, la disgrâce, la voilà. Il témoigne de toutes ses fractures, aggravées lors du passage des études supérieures au monde professionnel mais ce n'est pas le problème de fond, non, juste un révélateur ! Et même si les soucis, l'inquiétude, l'angoisse de l'avenir succèdent à l'insouciance d'avant dans un laps de temps court, un moment de rupture fugace, j'ai vu dans cette lecture la révélation des fondements de nos vies comme autant de freins à sortir de notre univers familial, un peu comme si notre enfance nous conditionnait à vie. Nous ne naissons pas tous égaux, non ! Je sors de cette lecture avec une terrible gueule de bois, un peu comme un lendemain de fête.

J'ai adoré explorer avec Lola NICOLLE les enjeux du dedans et du dehors, du in et du out. D'ailleurs, la photographie de première de couverture témoigne bien de cette absence de porosité entre les deux univers. Tout est flou. Et même si l'on peut présumer d'une vie, de l'autre côté de la vitre, de points lumineux aussi, impossible de les décrypter. 

J’ai été frappée, avec ce roman, par la capacité de Lola NICOLLE à décrire des scènes de la vie avec une profonde minutie. « Après la fête » est un roman d’atmosphère, j'ai vu Raphaëlle et Antoine, j'ai entendu leurs voix, j'ai ressenti leurs émotions. Mais ce n'est pas que ça, non, ce roman il est aussi écrit dans une plume éminemment poétique :


Tu avais compris ma grammaire et me traduisais à l’aide d’un alphabet qui te permettait de composer des phrases à chaque fois différentes. P. 40

Une nouvelle fois, les qualités de l'écriture sont remarquables. Bravo les fées des 68 Premières fois pour cette révélation.

 

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2019-11-12T19:30:18+01:00

Après la fête de Lola NICOLLE

Publié par Tlivres
Après la fête de Lola NICOLLE

Parce que cette #RL2019 de septembre est particulièrement riche en émotions et que les fées des 68 Premières fois savent repérer le talent de primo-romanciers, mon #mardiconseil est celui de Lola NICOLLE « Après la fête » publié aux éditions Les Escales.

Je vous en livre les premières lignes... 


13 novembre. Balafre dans le calendrier.


C’est un anniversaire. Nous sommes dans un bar du dix-huitième arrondissement. Quelque chose se passe. Dans la nuit, une onde traverse Paris. Ni toi ni moi n'avons de batterie. Les autres doivent être inquiets. On hésite entre rentrer, rester là ; on ne comprend pas grand-chose. Et puis, on se décide. L'appartement n'est qu'à vingt minutes à pied. Il ne peut vraisemblablement rien nous arriver. Dans la rue, tu commences à pleurer. On marche vite. On grimpe au cinquième étage en courant, on met la clef dans la serrure, on se précipite à l'intérieur, on trouve nos chargeurs, nos téléphones, des prises, on allume l'ordinateur, on allume la radio, on allume toutes les lampes. Des dizaines de messages nous parviennent enfin.


Cela fait quelques heures que nous sommes potentiellement portés disparus. Pour la première fois en France depuis longtemps, sans nouvelles d'un proche, on peut supposer sa mort. Et on attend.

Ne vous y trompez pas, il ne s'agit pas d'un énième roman sur les attentats du 13 novembre 2015 à Paris mais d'une toile de fond, d'un contexte historique dans lequel les dimensions du dedans et du dehors vont être déclinées avec une minutie remarquable par une écrivaine en herbe dont la plume est éminemment poétique. Ce roman est celui de la (dis)grâce !

Rendez-vous samedi pour la chronique.

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2019-11-09T07:00:00+01:00

Un été à l’Islette de Géraldine JEFFROY

Publié par Tlivres

 


 

Arléa

Avec ce premier roman, Géraldine JEFFROY remonte le fil du temps. Nous sommes en 1892. Eugénie, fille unique d’artisans-commerçants, sans distinction particulière au grand damne de sa mère, part passer l’été au service de Madame Courcelle, une châtelaine, veuve, qui agit en maître sur le château de l’Islette. Nous sommes dans la vallée de l’Indre. Là, Marguerite, passe l’été chez sa grand-mère. Elle n’a que 6 ans. Et puis, arrivent dans les lieux, deux artistes, RODIN et Camille CLAUDEL qui y installent depuis plusieurs années leur atelier d'été. C’est là que prirent forme La Valse et La Petite Châtelaine de Camille CLAUDEL. C’est aussi là que RODIN esquissa Balzac. C’est cet été-là enfin que Claude DEBUSSY composa L’Après-midi d’un faune, le musicien  et ami avec qui Camille CLAUDEL entretient un échange épistolaire.

Ce roman est narré par la voix de la jeune femme, tout émerveillée de découvrir non seulement une famille mais aussi de côtoyer l’art dans ce qu’il a de plus majestueux. C'est dans ce Château qu'elle aura la chance, le jour, de s'introduire avec la petite Marguerite dans l'atelier de Camille CLAUDEL, elle entendra aussi, la nuit, tout un tas de bruits liés, soit à la sculpture, soit aux colères et autres scènes de ménage entretenues avec RODIN.

Géraldine JEFFROY fait toucher du doigt les exigences de la création artistique et nous livre un passage d'une profonde sensualité dans le rapport établi entre Camille CLAUDEL et la matière :


Elle semblait vouloir prolonger la joie tactile des premières caresses, elle était avec sa terre comme une mère réanimant son petit frigorifié. Les narines palpitantes, elle la reniflait comme on renifle une peau aimée, l’odeur de lait du nourrisson, puis elle s’éloignait, étourdie, elle ouvrait grand la fenêtre et respirait l’air pur le visage tourné vers les arbres. P. 77

Si Géraldine JEFFROY relate une histoire d’amour tumultueuse entre Camille CLAUDEL et RODIN, j’ai personnellement beaucoup apprécié les lettres échangées entre la sculptrice et le musicien, une correspondance où le naturel reprend ses droits. Sur le ton de la confession, Camille CLAUDEL lui livre ses doutes, ses états d'âme :


Ici, ma Valse mûrit doucement à force de recherches, d’essais heureux ou malheureux. Le drapé sur les jambes de ma danseuse a fini par trouver sa forme et le haut des corps m’a donné quelques peines. Le mouvement des bras, l’impression de leur courbe, l’opposition des mains, l’inclinaison des têtes, l’expression des visages, tout cela fut soumis à de longues réflexions qui m’ont laissée exsangue. P. 80/81

Un été à l’Islette de Géraldine JEFFROY

Souvenons-nous qu'à cette époque, Camille CLAUDEL n'a pas trente ans.

Inspiré de l'histoire vraie de Camille CLAUDEL, le propos est éminemment romanesque. La plume est belle et délicate, le jeu narratif intéressant mais il en faudrait bien plus que 119 pages pour me satisfaire. Géraldine JEFFROY a tout juste réussi à m'ouvrir un immense appétit. Si d'aventure vous connaissez d'autres romans autour de l'artiste Camille CLAUDEL, c'est avec un très grand plaisir que je m'y plongerai.

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2019-11-02T07:00:00+01:00

La chaleur de Victor JESTIN

Publié par Tlivres
La chaleur de Victor JESTIN

Il y a des romans qui s'imposent à vous ! 

Celui-là, je l'avais reçu dans le cadre des 68 Premières fois, il était sur la chaise qui me sert de chevet, là où un extrait de ma PAL siège, il attendait son heure. Il s'est en réalité fait une place, très tôt. Réveil difficile à 4h30, 1/2 heure à tourner sans espoir de me rendormir. Je m'en suis saisie, je l'ai lâché après avoir parcouru la chute, et quelle chute, à 7h30 !

Tout commence avec une scène funèbre, le suicide d'Oscar, un jeune garçon, avec les cordes d'une balançoire pour enfants. Nous sommes sur un terrain de camping des Landes, en plein été. Léonard a 17 ans, il y passe sa dernière nuit, le lendemain sera le jour du départ de la famille. Il n'arrive pas à dormir, quitte sa toile de tente et se met à déambuler de nuit. C'est là qu'il assiste au spectacle macabre. Tétanisé par le regard hagard de l'adolescent, incapable d'agir, il reste là à attendre le dernier souffle d'Oscar. Pris de panique, il l'enterre dans le sable de la dune en espérant que le cadavre ne soit jamais découvert. A partir du lever du soleil, implacable, une nouvelle histoire commence !

Ce roman, je l'ai pris en pleine figure dès les premières lignes, happée par la scène, questionnée par les motivations des adolescents, l'un de mettre fin à ses jours, l'autre de monter un scénario imprévisible. Je ne l'ai plus lâché parce qu'il faut bien le dire, le tout jeune écrivain, Victor JESTIN, sait tenir en haleine son lecteur.

Si l’alternative du corps enseveli ne tient pas, ce qui est fascinant c'est la force de caractère dont fait preuve Léonard face à celles et ceux qui l'entourent la journée suivante. Il y a ses parents bien sûr, il y a la mère d'Oscar, il y a aussi une jeune fille, celle dont il a rêvé pendant toutes les vacances. Saura-t-il la séduire au moment où sa vie paraît la plus fragile, lui, le jeune homme timide, qui n'aime pas les fêtes, se plaît seul, loin de tous, ne supportant pas le simple principe de devoir afficher le bonheur d'être en vacances alors même qu'il est malheureux comme les pierres, ne trouve pas sa place, ne sait comment approcher les filles ? Quant à passer à l'acte... sexuel, ça reste encore un sujet difficile pour lui.

Avec "La chaleur", on ressent jusque dans les pores de la peau les tribulations d'un corps pubère qui se cherche dans ses dimensions d'adulte, la testostérone débordante, le désir jubilatoire de la première fois, l'ivresse...

Avec cette journée EXTRAordinaire, il y a quelque chose qui relève de la transition, du corps bien sûr mais aussi de la vie plus  généralement, le passage de l’adolescence à l’adulte, de l’avant et de l’après première fois...

A l’image des « Vingt-quatre heures de la vie d’une femme » de Stefan ZWEIG, il y a maintenant les vingt-quatre heures de la vie de Léonard, celles qui vont tout changer, taraudées par un sentiment de culpabilité, assaillies par une température caniculaire, empreintes d’une faille qui ouvre la voie de tous les possibles... 

Ce roman, je l'ai lu d'une traite, en apnée totale. Je n'ai pas pris le temps de noter une citation, c'est dire !

En fait, Victor JESTIN a beaucoup de talent, une plume à suivre, c'est certain.

Retrouvez d'autres primo-romanciers :

A crier dans les ruines d'Alexandra KOSZELYK

L'homme qui n'aimait plus les chats d'Isabelle AUPY

Tous tes enfants dispersés de Beata UMUBYEYI MAIRESSE

L'imprudence de Loo HUI PHANG

Ceux que je suis d'Olivier DORCHAMPS

Une fille sans histoire de Constance RIVIERE

J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi de Yoan SMADJA

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2019-10-25T07:31:08+02:00

Vaincre à Rome de Sylvain COHER

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Vaincre à Rome de Sylvain COHER

Actes Sud

Lecteurs que vous êtes, je suis sûre que vous avez toujours rêvé de courir un marathon EN LISANT.

Et bien, c’est maintenant possible ! Votre rêve devient réalité grâce à l’initiative de Sylvain
COHER.

Imaginez... sur la ligne de départ : 69 coureurs de 35 nationalités. 11 sont africains et vous en faites partie. Vous êtes éthiopien. 11, c’est aussi le numéro de votre dossard ! Vous faites 55 kilos. Vous êtes chrétien orthodoxe (ça vous semble un détail mais, on ne sait jamais, la foi et le spiritualisme pourraient vous être utiles !). Vous vous apprêtez donc à vous lancer dans une performance de haut niveau. Non seulement vous allez courir 42,195 kilomètres (c’est long !) mais encore, vous allez essayer d’arriver le premier (c’est à dire monter sur la plus haute marche du podium !) et pour couronner le tout (je ne sais pas vraiment comment vous l’annoncer !), vous allez courir pieds nus (oubliez donc les marques de chaussures high-tech, tout ça n’est que futilité quand vous avez un mental de gagnant !). Ah oui, j’oubliais, nous sommes à Rome et en 1960 (elle est bien cette épreuve sportive, vous venez de gagner presque 60 ans rien qu’en ouvrant le livre (vous n’étiez d’ailleurs pas nés pour nombre d’entre vous !). Vous vous appelez Abebe BIKILA. 1, 2, 3, partez !

Ce roman est tout à fait original. J’avais bien lu « Autoportrait de l’auteur en coureur de fond » de Haruki MURAKAMI. Nous étions en 2012... à J-7 de ma course à pied, un marathon justement ! J’avais beaucoup aimé la préparation réalisée par l’auteur, son humilité et sa modestie devant le défi à relever. A l’époque, ça m’avait fait du bien !

Là, rien de tout ça. Vous êtes venu pour gagner, vous allez gagner. Vous êtes coaché par un suédois, il croit en vous, rien ne peut vous arrêter... à condition de respecter quelques règles, notamment de ne pas jouer avec le feu dès le début de la course mais bien d’attendre le bon moment pour vous échapper... sans craindre d’être rattrapé !

Sylvain COHER va égrener les chapitres au rythme des kilomètres parcourus et des temps réalisés. Si vous focalisez le regard sur votre chrono, votre ami le plus cher le temps de la course, vous allez aussi ressentir chaque muscle. Là, il n’est pas utile de réfléchir ! Votre corps va se rappeler à vous. L’écrivain décrit formidablement bien les tensions du sportif de haut niveau. Il évoque les 20 premières minutes comme donnant le ton de l’épreuve. Il parle aussi des 30ème et 40ème kilomètres comme autant de repère dans la vie de votre organisme. Attention, la réserve de glycogène s’épuise, vous risquez de passer dans le rouge !

Ce roman, c’est aussi un itinéraire éminemment touristique. Vous allez avoir la chance de visiter Rome comme personne ne l’a jamais fait avant vous. Vous allez, certes à vive allure, découvrir le Colisée Trastevere, L’Obélisque d’Aksoum, les thermes de Caracalla, la route de Christophe Colomb, la
Place des Nations Unies, la Place du 25 Mars 1957, Le Cielo, La porte Saint-Sébastien, L’arc de Drusus, Le parc des Scipioni, La rue Saint-Grégoire et terminer avec l’Arc de Constantin. Vous allez repérer aussi la végétation : les cyprès, les chênes verts, les pins parasols...

Mais tout cela ne sera rien si vous n’aviez une revanche historique à prendre. Cette course relève du registre guerrier :


C’est la guerre, admet la Petite Voix. C’est la guerre contre la guerre et je reste dans le tracé de ma tranchée pour les trente-cinq kilomètres que je dois encore parcourir. P. 38

Souvenez-vous, 25 ans plus tôt, Mussolini lançait ses troupes pour contrer le fléau noir éthiopien. Abebe BIKILA veut prendre sa revanche, il veut représenter son pays et conquérir Rome. Il veut restaurer l’honneur des siens en passant le premier sous l’Arc Constantin, le symbole des ambitions coloniales du fasciste italien. Avec cette course, Sylvain COHER revient sur une page de la grande Histoire, souvent méconnue. Pour éviter qu’elle ne tombe dans l’oubli collectif, l’auteur en assure la mémoire. Rien que pour ça, bravo !
 


Aller contre la montre est un travail de mémoire puisque la mémoire seule peut nous rendre ce que l’on croyait perdu. P. 95

L’auteur fait d’Abebe BIKILA un héros, l’un de ces sportifs qui va « vaincre » les soldats. Peu importent les armes !


Ce que l’on perd à la guerre on le reprend autrement ; les militaires et les sportifs sont toujours là pour satisfaire ce besoin qu’à l’humanité de se confronter à elle-même. P. 159

Ce roman est prodigieux. Il allie de façon tout à fait audacieuse deux registres très éloignés l’un de l’autre et nous livre un roman à la première personne dans une plume profondément humaine. Quant au rythme, vous allez finir votre lecture essoufflé, mais peut-être rien de plus, en réalité ! Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une bonne récupération !

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2019-10-24T06:50:46+02:00

Opuss 77 d'Alexis RAGOUGNEAU

Publié par Tlivres
Opuss 77 d'Alexis RAGOUGNEAU

Ma #citationdujeudi est extraite d'un très beau roman de la #RL2019 de septembre : "Opus 77" d'Alexis RAGOUGNEAU publié aux éditions Viviane HAMY.

Dans ce roman,  j'ai été fascinée par la puissance de la musique, le pouvoir d'enivrement, la jouissance et l'abandon de soi qu'elle procure.

J'ai aussi été captivée par l'analyse faite par l'écrivain de l'interprétation musicale, cette manière, chaque fois singulière, de s'approprier l'oeuvre d'autrui.

"Opus 77" a d'ailleurs beaucoup résonné à ce titre avec "La nature exposée" d'Erri DE LUCA dans lequel le propos tourne autour d'une sculpture et de sa rénovation, là aussi, deux êtres confrontés à la création artistique. 

Cette citation est toute teintée de rose en soutien à l'opération #Octobrerose. Le #rubanrose a 25 ans. #tousunispourunememecouleur et contre le #cancerdusein.

 

 

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2019-10-19T05:41:12+02:00

Une fille sans histoire de Constance RIVIERE

Publié par Tlivres
Une fille sans histoire de Constance RIVIERE

Editions Stock

Tout commence avec une scène de tribunal, le jugement est sur le point de tomber. Adèle est prisonnière de son corps qui ne réussit pas à expulser le mot qui ferait toute la différence, celui qui lui offrirait la voie de la résilience, à elle et aux personnes qu'elle a trompées, abusées, manipulées. Les premiers faits remontent au 13 novembre 2015, le jour des attentats du Bataclan à Paris. Adèle habite au-dessus de la salle de spectacles. Adèle dort le jour, vit la nuit. Du bord de sa fenêtre, elle observe les hommes, les femmes, ceux qui sont à l'extérieur. Elle s'imagine une vie à travers eux. Alors, quand elle allume son poste de télévision pour comprendre le pourquoi des voitures de police, d'ambulances au bas de chez elle, qu'elle découvre le portrait d'une femme brandissant une photo de son fils, disparu, Matteo, le jeune homme qu'Adèle connaît, elle sort de chez elle et se rend à l'Ecole militaire, là où des équipes s'affairent à accueillir les proches des victimes dans l'attente de nouvelles. C'est à cet endroit qu'Adèle commence à semer les premières graines de ce qui sera bien plus qu'une affaire d'usurpation d'identité !

Dans chaque sélection des 68 Premières fois, il y a une lecture coup de poing. Je n'en suis qu'à la moitié mais je crois que ce premier roman de Constance RIVIERE va allègrement pouvoir endosser ce costume parfaitement ajusté.

Dès les premières pages, le ton est donné, cinglant, percutant. Chaque mot est terriblement pesé. Tel un uppercut, ce livre va vous couper le souffle et vous tenir en haleine tout au long des 183 pages. Vous ne retrouverez un rythme cardiaque normal qu'une fois la lecture achevée.

A travers Adèle, l'écrivaine décrypte le phénomène absolument incroyable et pourtant bien réel d'une terrible imposture, celle du statut de victime d'un attentat. Le scénario, imaginé par Constance RIVIERE, est implacable. Chaque carte est  délicatement posée sur un château qui aurait pu ne pas s'écrouler, mais... le lecteur le sait dès le début, le jugement est tombé.


[...] une fausse victime ne valait pas mieux qu’un terroriste, sacrifiant sa part d’humanité au besoin d’exister, prêt à tout écraser pour un quart d’heure de gloire [...]. P. 132

J'ai été littéralement happée par le personnage d'Adèle, subjuguée par une construction qui, dès la naissance, tournait autour du sujet de l'identité. Et puis, avec l'âge, les conséquences des traumatismes n'ont fait que s'accentuer jusqu'à autoriser une jeune femme à se mettre dans la peu d'une autre pour EXISTER.


Elle était devenue quelqu’un, toute seule, en quelques semaines, avec une identité qui lui serait bientôt propre. P. 128

Dans ce roman choral où tour à tour, Saïd, le bénévole de La Croix Rouge, Francesca, la mère de Matteo, vont prendre la parole pour exprimer leur perception des choses, ces petits détails qui ont induit, peu à peu, le doute, la confusion. Le lecteur mesure les moments effroyables auxquels chacun a été confronté. J'ai personnellement été très touchée par le rapport au corps, il y a une approche d'une hypersensibilité des impacts des événements. Là, pas de balles, mais des mots,  des paroles, des postures qui dévoilent à l'extérieur le chambardement dans lequel sombre chacun à l'intérieur.


Mais dedans, c’était fini, le chaos imposé par une douleur innommable, une douleur qui n’a pas de nom, dans aucune langue. P. 73-74

La plume, j'en ai déjà parlé, l'histoire, je ne vous en dirai pas plus, mais un seul conseil, lisez ce premier roman, une prouesse littéraire. 

Merci les fées des 68 Premières fois pour cette nouvelle très belle découverte.

Retrouvez mes chroniques :

A crier dans les ruines d'Alexandra KOSZELYK

L'homme qui n'aimait plus les chats d'Isabelle AUPY

Tous tes enfants dispersés de Beata UMUBYEYI MAIRESSE

L'imprudence de Loo HUI PHANG

Ceux que je suis d'Olivier DORCHAMPS

 

 

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2019-10-15T06:00:00+02:00

Une fille sans histoire de Constance RIVIERE

Publié par Tlivres
Une fille sans histoire de Constance RIVIERE

Parce qu'il y a des romans de cette #RL2019 de septembre qui nous éclairent sur des comportements humains absolument glaçants, inimaginables et pourtant... je vous livre les premières lignes aujourd'hui du premier roman de Constance RIVIERE : "Une fille sans histoire", publié aux éditions Stock et découvert avec les 68 Premières fois :


Il ne faisait pas particulièrement froid pour une nuit de presque hiver, mais ça ne changeait pas grand-chose pour elle, qu'il pleuve ou qu'il vente, chaque soir, Adèle ouvrait grand sa fenêtre. Elle avait peur de l'air vicié qui s'installe si vite dans les petits espaces, de la poussière, des microbes, ennemis invisibles mais puissants, qui contaminent et détruisent l'organisme insidieusement. Enfant déjà, son père lui avait appris à laisser les fenêtres de sa chambre ouvertes toute la journée et, dès qu'il faisait un peu chaud et humide, à mettre ses peluches au frigo pour tuer les acariens. Elle s'était parfois dit que ça aurait pu lui faire des amis, ces animaux minuscules, mais elle obéissait toujours à son père. Puis c'était devenu une habitude.

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