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Articles avec #mardiconseil catégorie

2021-11-16T07:00:00+01:00

S'adapter de Clara DUPONT-MONOD

Publié par Tlivres
S'adapter de Clara DUPONT-MONOD

Stock éditions

La plume de Clara DUPONT-MONOD, je l'ai découverte très récemment avec un roman historique, "Le roi disait que j'étais diable" qui relate une partie de la vie d'Aliénor d'Aquitaine.

Là, changement de registre, son tout dernier roman couronné des Prix Landerneau et Fémina 2021, est autobiographique.

Il était une fois... c'est avec cette formule que commencent habituellement les contes de fées. Si la phrase n'est jamais prononcée dans le roman de Clara DUPONT-MONOD, c'est pourtant bien dans ce registre littéraire que l'autrice va nous plonger le temps d'une lecture.

Prêtant sa voix à des pierres cévenoles, l'occasion de personnifier Dame Nature qui occupe là une très grande place, Clara DUPONT-MONOD nous livre l'histoire d'une famille qui, après l'aîné et la cadette, voit naître un enfant différent, un enfant condamné à rester allongé et dont l'espérance de vie est comptée. Dans un cocon familial protégé, sous le regard attendri d'un grand frère attentionné et à distance d'une grande soeur révoltée, il se laisse porter. 

Cette fratrie, elle se bat avec ses armes. Dans une narration en trois parties, chacune dédiée à l'un des autres enfants de la famille, il y a cette manière d'aborder le handicap, de le vivre au quotidien, de "S'adapter" toujours, tous les jours. Clara DUPONT-MONOD nous offre un regard croisé.

J'ai beaucoup aimé ce roman pour l'éveil des sens. Il y a de magnifiques passages sur la fusion de l'aîné avec son frère handicapé, tout accaparé à le faire vibrer...


« Il ouvrait doucement les petites mains toujours fermées pour les poser sur une matière. Du collège, il rapporta de la feutrine. De la montagne, des petites branches de chêne vert. » P. 33

Tout est en réalité affaire de communication. Il y a celle des hommes avec la nature, la fusion avec les éléments, tout particulièrement en montagne. Il y a celle établie entre les enfants, il y a celle des religieuses de la structure qui accueillent l’enfant différent…


Des années plus tard, il comprendrait que ces femmes, elles aussi, étaient arrivées à un niveau inouï d’infralangage, capables d’échanger sans mots ni gestes. P. 51

Mais là où la littérature fait son oeuvre, c'est quand elle magnifie la relation du petit dernier avec un être, un brin fantomatique. Je ne vous en dis pas plus, juste que cette partie est écrite tout en beauté et montre le talent de l'écrivaine.

Au fil de ma lecture, je me suis interrogée sur l'usage de noms communs pour désigner les personnages du livre. Il y a l'aîné, la cadette, le dernier. Cette question me taraude d'autant plus que je sors de la lecture du roman de Jean-Baptiste DEL AMO "Le fils de l'homme", salué par le Prix Fnac 2021, qui lui aussi emprunte ce vocabulaire pour désigner les membres de la famille, un peu comme si leur statut les enfermait dans un rôle singulier.

Pour ce roman qui relève d'une promesse faite par Clara DUPONT-MONOD, je me prends à penser qu'il s'agit là d'un moyen offert par le jeu de l'écriture pour se détacher d'une certaine forme de réalité trop lourde à porter, l'opportunité d'un pas de côté pour mieux... se « réparer ». Engagement tenu, qu'elle en soit félicitée.

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2021-11-09T18:44:37+01:00

Le fils de l’homme de Jean-Baptiste DEL AMO

Publié par Tlivres
Le fils de l’homme de Jean-Baptiste DEL AMO

Cette lecture s'inscrit dans le cadre de la Masse Critique de Babelio avec le concours de la Maison d'éditions Gallimard que je remercie.

En quelques mots, "l'homme" rentre à la maison après une longue absence. Il y retrouve son fils et sa femme, enceinte. Il décide de les emmener aux Roches, une maison familiale en pleine montagne. Là va s'écrire une nouvelle page de leur vie.

Je me suis plongée sans rien connaître de l'histoire. Si je savais que le roman était lauréat du Prix Fnac 2021 (toutes mes félicitations), je ne soupçonnais pas que j'allais, le  temps d'une lecture, cohabiter avec un prédateur et ses proies.

Jean-Baptiste DEL AMO, dont j'avais découvert les qualités de la plume avec son premier roman "Une éducation libertine", s'aventure dans le genre des violences familiales.

En guise d'introduction, une citation de Sénèque extraite de Thyeste : « Et la rage des pères revivra chez les fils à chaque génération. » Le ton est donné. L'homme a lui-même été maltraité dans son enfance, il va perpétuer le climat délétère d'une vie de famille endolorie par la sauvagerie d'un homme.

Tous les rouages sont parfaitement huilés, les mécanismes de l'emprise comme celui de l'isolement totalement maîtrisés.

Au fil des pages, ce qui m'a le plus troublée, c'est le paradoxe éloquent entre une nature protectrice dont les descriptions sont éminemment sensorielles et le trio d'êtres humains dont l'existence déshumanisée est absolument glaçante.

L'auteur désigne les personnages par une somme d'articles et de noms communs et creuse le sillon du registre animal. Il pourrait s'agir d'un chien ou d'un ours, rien n'y changerait. La peur réduit mère et fils à des comportements instinctifs, totalement irrationnels, des attitudes dictées par le doigt et l'oeil de l'homme, celui qui règne en chef de famille, jamais les termes n'ont révélé autant de force, de puissance et de pouvoir, à la vie, à la mort.


Quelque chose monte en elle pour la submerger, le sentiment d’un destin en train de se nouer malgré elle et dont elle ne saurait infléchir la course. P. 124

Je sors de ce livre hantée par la présence de l'homme. Jean-Baptiste DEL AMO nous livre un roman d'une profonde noirceur. Il exprime par la voie de la littérature ce que l'on ne voudrait jamais lire comme un fait divers.

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2021-10-19T20:52:31+02:00

Nos espérances de Anna HOPE

Publié par Tlivres
Nos espérances de Anna HOPE

Vous vous souvenez peut-être de ma lecture du roman de Anna HOPE, "Nos espérances", initialement publié chez Gallimard.

Nous sommes en 2004. Trois jeunes femmes de 29 ans, Hannah, Lissa et Cate, partagent une même maison le long du London Fields Park. Elle savourent avec gourmandise les petits plaisirs de la vie. Célibataires, elles ont la chance de vivre dans une maison et d'accéder à un poumon vert de "haute qualité environnementale". Elles mangent des produits sains. Elles se laissent porter par les opportunités de rencontres, de fêtes... loin des soucis logistiques que d'autres ont à surmonter. Elles rêvent de leur avenir. Quelques années plus tard, elles se retrouvent. Cate vit avec Sam, second dans un restaurant, dans le Kent. Mère d'un tout petit garçon, Tom qu'elle allaite encore, elle se morfond. Hannah, elle, partage le grand amour avec Nathan. Leur vie serait parfaite s'ils arrivaient à avoir un enfant, malheureusement, elle vit hantée par les échecs répétés d'ovulations. Leur projet se concrétisera-t-il un jour ? Quant à Lissa, elle, va de casting en casting. Elle rêve du rôle du grand soir. Réussira-t-elle à le décrocher ?

Le roman de Anna HOPE, c’est avant tout un livre sur l’amitié, une relation établie entre trois femmes, des Londoniennes, au début des années 2000, à un moment de leur vie où tout paraissait facile. 

Personnellement, j'ai été profondément touchée par un personnage que l'on pourrait qualifier de secondaire et pourtant... c'est la mère de Lissa. Elle a illuminé cette lecture avec sa manière à elle de mener sa vie, peut-être une affaire de sensibilité, à moins que ça ne soit une affaire d'âge !!! 

Les mots sont tendres, sans jugement, juste là pour montrer que nous sommes tous différents ! 

Ce roman de Anna HOPE, ce fut un beau moment de lecture, l'un de ceux qui semblent vouloir s'envoler au premier courant d'air et qui, pourtant, continuent après quelques semaines de m'interpeller. Plus que d'être femme, voire mère, ne serions-nous pas déterminées à devenir ce que nous sommes par notre enfance, notre éducation, notre milieu social... ? La question, une fois le livre fermé, continue de me tarauder. Je crois que le ver était déjà dans le fruit et que le roman de Anna HOPE n'a fait qu'aggraver la situation !

Ce roman, c'est mon #Mardiconseil. Il est sorti en poche chez Folio, réjouissez-vous.

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2021-10-05T17:26:13+02:00

Le jeune homme au bras fantôme de Hélène BONAFOUS-MURAT

Publié par Tlivres
Le jeune homme au bras fantôme de Hélène BONAFOUS-MURAT

Editions Le Passage

Vous cherchez un roman historique, une épopée fabuleuse ? Je crois que j'ai quelque chose pour vous !
Le dernier roman de Hélène BONAFOUS-MURAT vient de sortir.

Tout commence avec une scène terrible, rue Transnonain en 1834 à Paris. C'est là que le petit Charles, âgé de 6 ans, voit son père tomber sous les balles des soldats du régime de Louis-Philippe. Lui est touché, il perdra son bras. Manchot il vivra. Retiré de l'école, il se construira avec les imprimés de l'époque, le Charivari et autres journaux. Devenu adulte, il retrouvera son ami d'enfance, Francisque Bruneaux,  tourneur sur bronze de formation, devenu horloger, qui aura la très belle idée de lui réaliser une prothèse de bras. Fort de cette forme de réparation, Charles cherchera un emploi. C'est au Comptoir des annonces qu'il sera recruté. Là s'écrit une nouvelle page de sa vie.

Ce livre, c'est un véritable roman d'aventure dans le tout Paris de la première moitié du XIXème siècle dont les descriptions relèvent de la plus pure poésie.


Charles découvrit alors la vie sous les toits. Après deux pas dans le logement exigu, il pouvait ouvrir la lucarne et, dressé sur la pointe des pieds, contempler la mer de zinc émaillée de chapeaux de cheminées, de terrasses et de pots de fleurs. P. 45

Sous la plume de Hélène BONAFOUS-MURAT, les événements s'enchaînent dans l'euphorie du capitalisme naissant. Le commerce va bon train, le marché devient le terreau d'affaires en tous genres. 

Avec le Comptoir des annonces, l'écrivaine revisite l'histoire de la presse déjà financée en son temps par les petites annonces. Les bourgeois y publiaient leurs réclames pour tout ce qui se vendait, les pâtisseries, l'orfèvrerie et bien d'autres articles encore. C'est l'avènement des panneaux publicitaires et de la fameuse colonne Morris.

C'est aussi dans la presse que Charles, le personnage principal, y puisera ses connaissances. Quel plus beau parcours initiatique ?


Aujourd’hui où il renouait avec l’ambiance feutrée du cabinet de lecture, parmi les volumes aux couvertures craquantes, les pages de journaux qui se déployaient sur les tables comme des ailes d’oiseaux tenues par les lecteurs du bout des doigts, dans l’odeur de l’encre porteuse de savoir et de vérités infinies, il avait conscience de s’être départi de toute sa naïveté. P. 243

A travers le personnage de Norbert Estibal, qui a vraiment existé comme bon nombre de personnages, l'autrice montre ô combien le monde des affaires regorgeait d'hommes aventureux, appâtés par le gain, qui s'affranchissaient de la morale et la loyauté.

A côté des puissants, il y avait les gens populaires, ceux qui animaient les rues de la cité à l'image de Lisette, la femme de Charles, qui passe ses journées à tirer sa carriole et vendre légumes et fleurs.  Pour être reconnus à leur juste valeur, ceux-là se rapprochaient des républicains qui entretenaient, à l'abri des regards, le feu de la révolution. C'est au Café Momus qu'ils débattaient et trouvaient les moyens de refaire le monde.

Si l'écrivaine puise dans les archives son inspiration, elle ne se cache pas de jouer d'arrangements pour faire de cette histoire une épopée profondément romanesque. Les deux couples de Charles et Lisette comme Francisque et Pauline incarnent des personnages de labeur, d'artisans commerçants hauts en couleur.

J'ai beaucoup aimé ce roman pour ce qu'il relate de l'époque. Il m'a rappelé ceux que j'aimais lire adolescente, bercée par le romantisme d'histoires éblouissantes. J'y ai retrouvé le pouvoir de ces récits fascinants dont la richesse des détails en font des romans sociaux, culturels et politiques.  

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2021-09-28T06:00:00+02:00

Artifices de Claire BEREST

Publié par Tlivres
Artifices de Claire BEREST

Stock éditions

Retrouver la plume de Claire BEREST après "Rien n'est noir" et "Gabriële" est un petit bonheur. Là, changement de registre, l'écrivaine investit dans le champ du roman noir avec "Artifices".
Tout commence avec une scène de chaos, un bal du 14 juillet qui devient un bain de sang. Abel Bac voit ses nuits régulièrement perturbées par le même cauchemar. Quatre nuits par semaines, il donne libre cours à ses insomnies, se lève, s'habille et part déambuler dans les rues de Paris jusqu’à se perdre, jubile, et rentre. Abel Bac est flic, enfin, était. Il a été suspendu de ses fonctions il y a 8 jours. Il était lieutenant de police à la 1ère DPJ de Paris. Ses journées, il les passe seul, il s'occupe de ses quatre-vingt treize orchidées qu’il soigne avec une attention toute particulière. Et puis, comme personne ne le visite jamais... enfin, visitait, parce que la nuit dernière, la voisine du dessus, ivre morte, s'est trompée d'appartement. Cette intrusion dans son intimité le fait vaciller. Et puis, il y a ce journal, trouvé sur son paillasson, chaque jour, relatant la découverte d'un cheval blanc dans une bibliothèque de Beaubourg. Etrange, non ?

Dans le titre, "Artifices", il y a "Art". Une nouvelle fois, il est au coeur de l'histoire contée par Claire BEREST. Après le Centre Pompidou, d'autres établissements culturels verront en leur sein des mises en scènes pour le moins surprenantes. La partenaire d'Abel Bac, Camille, est chargée d'enquêter pour trouver qui se cache derrière ces performances artistiques. Au fil des rencontres du policier suspendu avec sa voisine, Elsa, étudiante en histoire de l'art, l'écrivaine nous éclaire sur l'acte de création artistique et la vie de l'oeuvre :


Donc, l’œuvre existe par son regard et même plus, son action subséquente. Rejet, destruction, sublimation, préservation, etc. P. 127

Claire BEREST ne saurait se contenter d'une toile ou d'une sculpture, non, elle emprunte la voie de la performance, en référence à l'artiste Marina ABRAMOVIC, pour explorer les formes d’expressions artistiques contemporaines.

Et puis, il y  a des personnages construits avec une incroyable minutie. L'autrice imagine des êtres torturés par des drames familiaux, hantés par les fantômes des disparus, des êtres poussés à changer d'identité. Si chacun avait imaginé être à l'abri de la résurgence du passé, il s'était trompé, au péril de tout ce qu'il avait construit depuis... et peu importent les "Artifices". Le roman endosse, alors, le costume du thriller psychologique. 


Il n’avait aucun goût pour l’analyse, mais les pensées sont des chauves-souris qui tournent, sifflent et se cognent dans le clocher de la tête. P. 59

Dans une plume énergique et haletante, Claire BEREST dévoile des liens restés dans l'ombre et gardés secrets. Si la vie ressemble parfois à un jeu, il n'y a que l'écrivaine qui en connaisse toutes les cartes. Suspense assuré !

Ce que j'aime avec Claire BEREST, c'est que rien n'est jamais laissé au hasard, pas même les prénoms des personnages, savamment choisis. Si les titres des chapitres de "Rien n'est noir" étaient extraits d'un nuancier de peinture, une bien jolie manière de ponctuer l'itinéraire de Frida KAHLO, là, c'est une fable de La Fontaine, "Le Renard, le Loup et le Cheval", qui structure cet excellent roman policier. 

L'écrivaine montre son talent dans un registre littéraire très codifié. Elle nous livre un véritable page-turner.

Je crois que rien ne peut décemment l'arrêter. Au fil d’une trainée de poudre, Claire BEREST fait des étincelles, les détonations ne tardent pas à se faire entendre. Elle nous offre dans les toutes dernières pages un puissant feu d'artifice. 

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2021-09-21T06:00:00+02:00

La femme et l’oiseau de Isabelle SORENTE

Publié par Tlivres
La femme et l’oiseau de Isabelle SORENTE
Après « Un tesson d’éternité » de Valérie TONG CUONG, une lecture coup de poing, les éditons Lattès font une rentrée littéraire remarquée avec le roman de Isabelle SORENTE, « La femme et l’oiseau », la découverte pour moi d’une très belle plume.
 
Thomas a 91 ans. Il vit dans les Vosges dont le quotidien s’organise autour de sa randonnée matinale, là haut dans la colline, son rendez-vous avec les oiseaux. Il leur parlerait, depuis son retour du camp de Tambov en Russie où il a été emprisonné pendant 2 ans après avoir été enrôlé de force dans l’armée allemande. Il était là bas avec son frère, Alex, lui n’en reviendra pas. Le vieil homme est hanté par ces fantômes et lutte contre ses démons par des voies mystérieuses. Mona lui fait ses courses, entretient la maison et lui prépare les repas. C’est alors qu’il reçoit un appel téléphonique de sa petite nièce, Elisabeth, Directrice d’une société cinématographique. Elle lui demande de l’accueillir avec sa fille, Vina, qui a agressé un jeune homme et qui est exclu de son établissement scolaire. Là commence une toute nouvelle histoire…
 
Je suis littéralement tombée sous le charme de l’écriture envoûtante de l’autrice, puissante, un brin mystique. Isabelle SORENTE plante lentement le décor et brosse minutieusement les portraits de ses trois personnages. Il y a l’effet de rupture bien sûr avec l’événement qui touche directement Vina mais qui va rayonner et venir fragiliser les châteaux de cartes de chacun. Les passés sont douloureux, les secrets lourds à porter.
 
La gestation pour autrui dont Vina est le fruit n’est, elle, pas un secret. Isabelle SORENTE relate une histoire, méconnue qui a pourtant permis à de nombreuses familles d’enfanter, grâce à des mères porteuses en Inde. Georges et Elisabeth sont restés dans ce pays pendant 9 mois. Ils sont rentrés à San Francisco avec leur bébé de quelques jours. Mais cette histoire de maternité n’est pas sans laisser de trace… et nous amène à réfléchir. Cette pratique n'est interdite en Inde que depuis 2019.
 
Je me suis retrouvée subjuguée par la complicité du vieil homme avec son arrière-petite-nièce. Ce séjour va être l’occasion pour l’un et l’autre d’apprendre à se connaître et s’apprivoiser. Tous deux partagent quelques points en commun qui ne vont pas manquer de nourrir leur relation. J’ai particulièrement aimé la mutation des hommes au gré des événements, des rencontres, des confessions, et du pardon.


Parce qu’on est si vulnérable quand on n’est pas celui qu’on était, mais pas encore celui qu’on va devenir. P. 256

Et puis, il y a ce lien aux arbres et aux oiseaux tout à fait singulier comme un baume pour soigner ses plaies. L’écrivaine explique le parcours méditatif depuis sa source jusqu’à sa maîtrise. Je me souviens très bien du roman de Frédérique DEGHELT, « Sankhara » publié chez Actes Sud, qui fait l’éloge du silence pour se REconstruire et avancer. Là, il y a le silence aussi, mais il y a aussi et surtout le partage,


Il avait lu un jour que toutes les espèces vivantes cherchent à communiquer. Mais que signifie communiquer, si ce n’est partager un secret ? P. 386

une transmission entre deux générations, de quoi mettre le pied à l’étrier de Vina qui va vivre un parcours initiatique en version accélérée auprès de Thomas.


Quand tu commences à changer de point de vue, c’est un peu comme si… comme si tu apprenais à marcher. Tu commences à voir le monde de plus haut, alors forcément tu vois des choses que tu ne voyais pas avant. P. 262

Lui a appris l’exercice d’une femme, il y a longtemps maintenant. Elle lui a ouvert les portes de la liberté, intérieure et spirituelle. Thomas est un rescapé du camp de Tambov. Personnage de fiction, il est largement inspiré des Malgré-Nous. Le livre prend, de fait, une dimension historique, celle que j’aime tant côtoyer avec la littérature.

Je sors de cette lecture totalement fascinée.

Ce roman, lumineux, est captivant ! Il est tout juste lauréat du Prix de la Feuille d'Or 2021 décerné par France Bleu, France 3 et L’Est Républicain. Souvenez-vous, l'année dernière, le lauréat était "Ce qu'il faut de nuit" de Laurent PETITMANGIN chez La Manufacture du livre. Souhaitons que le roman de Isabelle SORENTE vive le même succès !

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2021-09-14T20:14:37+02:00

Le Monde qui reste de Pierre VERGELY

Publié par Tlivres
Le Monde qui reste de Pierre VERGELY

Éditions Héloïse D’ORMESSON 

 

Le premier roman de Pierre VERGELY, c'est un coup de coeur, l'occasion d'un nouveau clin d'oeil à Marie MONRIBOT et son "Coeur gros".

 

Nous sommes au début de la seconde guerre mondiale, le 10 mars 1941. Tout commence avec cette arrestation. Charles Vergely, surnommé « Finch », a 18 ans. Il se rend pour épargner ses parents. Suivront des interrogatoires musclés. Il est transféré au Cherche Midi, puis au Fresne. Son quotidien est rythmé par les actes de torture mais il ne lâchera rien. Non, l'ennemi n'obtiendra pas le nom de celui qui a commandité cette lettre à partir pour Londres. Ni Charles VERGELY ne cèdera, pas même par les autres prisonniers de son réseau. Les 17 accusés pour espionnage, aide à l’ennemi, opinions gaullistes… seront condamnés à mort par le tribunal militaire installé à proximité du Crillon à Paris. Dès lors, la vie prend une toute nouvelle dimension.

 

Avec ce roman historique, Pierre VERGELY rend hommage à son père, un soldat, un résistant, un jeune homme dont la maturité est redoutable.


Hier, avec mes camarades, nous avons gagné le plus grand des procès : nous avons acquis le pouvoir d’être tués pour nos idées. P. 74

Il n’a que 18 ans et pourtant, quel amour pour la patrie, quel sens du devoir ! Loin de ses parents, confronté à la haine de ses bourreaux, il garde la tête haute. Il est absolument incroyable de courage. S'il est abattu par l'ennemi, il veut pouvoir le regarder en face. Le pire des châtiments serait pour lui de mourir les yeux bandés.

 

Et puis, il y a la place du beau. Alors que tout n’est que misère, déchéance et insalubrité… Charles VERGELY mène une quête insatiable.


En caressant la beauté, l’imaginaire m’offre d’échapper à la laideur du temps présent. P. 121

C’est assez incroyable et pourtant… il a cette volonté et cette témérité qui font de lui quelqu'un d'exceptionnel. Pour surmonter la torture dont il était victime chaque jour, il avait choisi sa voie. Comme j'ai aimé ce passage sur les objets qu'il s'amuse à détourner de leurs usages. Ils ne sont pas nombreux dans la cellule mais à chacun, il porte une attention toute particulière et fait fonctionner son imagination pour lui trouver une nouvelle vocation, belle ou drôle bien sûr. Tout cela n'est qu'un jeu, n'est-ce pas !

 

Enfin, il y a la place des livres. Je n'ai bien sûr pas pu m'empêcher de noter toutes ces références distribuées à l'envi. Quelle émotion devant l'ouverture d'un colis reçu de sa mère dans lequel il trouvera savon, chaussettes tricotées et... "Jérôme 60°" de Maurice BEDEL. Si là n'est pas l'essentiel...

 

Chez les VERGELY, il y avait de l'amour, c'est certain. La relation de couple entre père et mère est nourrie de cette force que rien ne pourrait détruire, et puis, il y a celle de Charles entretenue alternativement avec son père et sa mère. Là, juste vous dire que j'ai été bouleversée par la lecture de quelques moments de complicité. Impossibilité de se toucher, de s'étreindre au parloir, il n'y a que les regards, mais quelle puissance ! 

 

Dans une plume tendre et délicate, le fils fait de son père un personnage de roman. Il dresse un portrait éminemment honorable d’un résistant et assure la mémoire de celles et ceux qui ont donné leur vie pour leur pays. Pierre VERGELY réussit à traiter un sujet grave avec humour, c'est la preuve de son immense talent.

 

Ce roman, c’est une prouesse littéraire, un premier roman EXTRAordinaire. Il fait partie de la présélection des Talents Cultura 2021 !

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2021-09-07T21:47:38+02:00

Enfant de salaud de Sorj CHALANDON

Publié par Tlivres
Enfant de salaud de Sorj CHALANDON

Éditions Grasset

Je referme « Enfant de salaud », le 10ème roman de Sorj CHALANDON, et suis sous le choc d’une telle prose, d’une telle mise en abîme de deux trajectoires.

Tout commence avec la visite de la Maison d’Izieu dans l’Ain, celle qui a accueilli une colonie d’enfants, celle qui les as vus raflés le 6 avril 1944 par la Gestapo. 44 enfants ont été déportés avec les adultes qui s’occupaient d’eux. Le narrateur, journaliste, ressent au plus profond de son corps les vibrations de cette maison. Il repart avec plus de mystères à élucider que de réponses aux questions qu’il se posait à son arrivée. Peut-être que le procès de Klaus BARBIE lèvera le voile sur son lot ignoble de la grande Histoire, à moins que ça ne soit les confrontations avec son propre père qui finissent par l’éclairer…

Sorj CHALANDON fait de son histoire familiale, une nouvelle fois, le sujet d’un roman. La littérature lui permet de jouer avec les temporalités et d’orchestrer la synchronisation de deux formes de procès. Il y a celui qui est grand public, en 1987, devant la Cour d’Assises de Lyon. Il y a celui qui se passe au sein d’un microcosme familial. Dans les deux cas, l’auteur est en quête de vérité, qu’il s’agisse de son cadre professionnel comme de l’intime.

Les premières pages sont absolument glaçantes. Elles permettent à l’auteur d’honorer la mémoire des déportés d’Izieu, de laisser une trace pour les générations à venir. Qu’on se le dise. Tous ont été transférés vers les camps de la mort parce qu’ils portaient une étoile jaune.

Mais très vite, le roman se focalise sur le père de l’auteur, un mythomane, un affabulateur, un usurpateur. Le journaliste professionnel mandaté pour couvrir le procès de Klaus BARBIE découvre un être porté par un dessein abject.


Être anonyme, ta vie entière s’est construite autour de cette menace. P. 144

J’ai été frappée tout au long de cette lecture, coup de poing, par l'omniprésence de la fuite.

La fuite du père qui s’est toujours sorti d’affaire, changeant de camp comme de chemise, portant indifféremment la Croix de Lorraine et la croix gammée. Il n’a ni honte, ni honneur, c’est le salaud tel que Sorj CHALANDON le définit :


Le salaud, c’est l’homme qui a jeté son fils dans la boue. Sans traces, sans repères, sans lumière, sans la moindre vérité.

L’auteur se dit trahi par son père. Depuis sa plus tendre enfance, depuis la révélation de son grand-père :


Ton père pendant la guerre, il était du mauvais côté. P. 32

il n’a eu d’objectif que de découvrir les activités de son père pendant la seconde guerre mondiale. 

La fuite, c’est aussi la voie empruntée par celui qui sera condamné à perpétuité. Klaus BARBIE a usé du droit français pour échapper lors de son procès au regard de ses victimes, aux témoignages des actes de tortures qu'il avait ordonnés.

La narration à la seconde personne du singulier est d'une force redoutable, les mots tranchants, les silences assourdissants, la fin magistrale.

Les jurés du Prix Goncourt ne s’y sont pas trompés. Il s’agit là d’un nouveau coup de maître de l’auteur, il figure dans la première sélection. Haut les cœurs pour ce grand homme de la littérature !

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2021-08-31T18:21:15+02:00

Simone de Léa CHAUVEL-LEVY

Publié par Tlivres
Photo de Simone copyright de Man RAY 1927

Photo de Simone copyright de Man RAY 1927

 
J’aime profondément découvrir le Paris des années 1920-1930. Mais si des romans font aujourd’hui la part belle aux hommes et femmes célèbres, j’aime aussi sortir des sentiers battus. C’est précisément ce que nous offre Léa CHAUVEL-LEVY avec son premier roman, « Simone ».
 
Simone Rachel KAHN vient de subir un avortement clandestin. Nous sommes en 1920. Elle a 23 ans, 10 de plus que ce terrible jour où elle a été violée sur le chemin de la boulangerie. Ces deux faits resteront cachés des siens. La haute bourgeoisie ne saurait accepter ces mésaventures. Et puis, l’histoire d’amour avec Voldemar est sans lendemain. Il part six mois aux Amériques. Enfin, Simone, jeune femme cultivée, passionnée de littérature, est promise à un fils de bonne famille. C’est pourtant pour André qu’elle va vibrer, André BRETON, l’un des « trois mousquetaires » comme ils sont appelés à l’époque. BRETON, SOUPAULT et ARAGON sont les fondateurs de la revue Littérature dans laquelle des toiles de Jean BRAQUE, PICASSO… sont publiées, comme des textes de Jacques RIGAUT, l’ami de Simone. Il n’en faudra pas plus pour que ce petit monde se croise, s’apprécie, se séduise… et s’énamoure.
 
Dans un roman construit en trois parties, Léa CHAUVEL-LEVY retrace cette année de l’existence de Simone qui la prédisposera à un mariage SURREALISTE. L’acceptation de cet homme, sans argent, par la haute société, n’a pas été sans heurt mais Simone fera preuve de persévérance et de conviction.
 
Ce roman, c’est une ode à la complicité de femmes. Il y a l’amitié avec Bianca MAKLES, il y a aussi tous ces moments passés par Simone avec Janine, sa soeur, Denise, sa cousine, dans la région strasbourgeoise, sous l’oeil attendri d’une tante, plus moderne et plus ouverte d'esprit que sa mère avec qui les relations sont particulièrement tendues.
 
Et puis, il y a cette histoire d’amour avec André, enfin, une histoire… dont Simone ne soupçonne pas l’issue., une histoire différente de ce qu’elle a pu vivre par le passé. Peut-être est-ce ça, l’amour ?
 


L’amour possède une emprise stupéfiante sur le temps, qui semble, parfois, le faire reculer. P. 136

Vous ne vivrez pas la fougue de Gabriële BUFFET et PICABIA avec leurs départs en trombe en voiture décapotable. Non, avec Léa CHAUVEL-LEVY, vous allez vivre au rythme lent de l'apprivoisement entre deux êtres que tout oppose. Avouons le, c’est un peu le choc des cultures entre Simone et André, ça méritait bien que leur relation démarre tout en douceur... 
 
L’amour que partagent Simone et André est singulière, c’est d’abord l’amour des mots, l’amour de la langue, l’amour de la littérature…


C’était pour ces moments d’osmose avec un texte qu’elle aimait tant la littérature : lorsque les mots se posent si parfaitement sur un état. P. 107

Léa CHAUVEL-LEVY fait de Simone un personnage de roman dont le portrait est brossé dans une plume raffinée. Les mots sont tendres, les phrases délicates, c’est assurément un beau roman historique, un roman original qui rend à Simone ce que BRETON lui doit !

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2021-08-10T17:00:00+02:00

Là où nous dansions de Judith PERRIGNON

Publié par Tlivres
Là où nous dansions de Judith PERRIGNON

Rivages

Ce roman, c'est d'abord une rencontre à l'UCO d'Angers à l'initiative des Bouillons, un moment hors du temps à se laisser porter par la douce voix de l'écrivaine, Judith PERRIGNON, que je ne connaissais pas encore mais qui a su me captiver par son propos.

On part pour Détroit, aux Etat Unis.

Le 29 juillet 2013, un jeune homme vient d'être retrouvé mort au pied de tours abandonnées. Il a été assassiné d'une balle dans la tête. Sarah travaille dans les services de Police. Elle est chargée de trouver l'identité de ce corps dont la morgue regorge. Dans un territoire gangrené par la pauvreté (les familles n'ont même plus les moyens d'offrir des funérailles à leurs proches  et préfèrent les laisser là) et la délinquance (des crimes, il en arrive tous les jours), Sarah sait dès les premiers instants que celui-là n'est pas d'ici. Frat Boy, c'est comme ça qu'elle l'appelle, va rapidement devenir une obsession pour elle. Là commence une nouvelle histoire !

Mais que l'on ne s'y méprenne pas, ce roman n'est pas un policier à proprement parler. L'enquête, que va mener Sarah, est en réalité un prétexte pour relater l'Histoire foisonnante d'un territoire sur 7-8 décennies.

Il y a les années 1930 avec l'industrialisation de la région, la production d'automobile dans des entreprises monumentales qui sont la fierté des Etats-Unis, Ford, Chrysler et bien d'autres. C'est aussi à cette époque-là qu'est construit le Brewster projet, une vaste opération de construction de logements modernes pour les plus démunis en remplacement des taudis démolis. Eleanor ROOSEVELT, la première Dame des Etats Unis, en assure la promotion en 1935, avec son frère. Imaginez, dans chaque logement, une salle de bain...  C'est l'euphorie, chacun veut y avoir sa place. Malheureusement, la vie n'y sera pas toujours aussi rose et aboutira à la faillite en 2013 de Détroit, une ville exsangue, à l'agonie, dont la gestion est confiée à un manager parachuté là pour se substituer au Maire de la cité. Les rues ne sont plus éclairées la nuit. Les crimes racistes font l'actualité. Les animaux sauvages se réapproprient lentement les logements vidés de leurs occupants. 


Nous n’avons pas défendu le quartier, il a cédé la place comme un cœur brusquement s’arrête. C’est une attaque cardiaque massive. P. 117

Judith PERRIGNON met le doigt sur une certaine forme de déterminisme, celui des formes urbaines et du niveau de standing des logements. Si nous avons beaucoup parlé ces dernières années du déterminisme territorial, il en est un qui mute avec les années. A Détroit, c'est particulièrement vrai et la vague de gentrification engagée aujourd'hui est là pour nous en convaincre.

Parlons aussi des hommes et des femmes qui vivaient là. Dans les années 1930, il y avait des enfants qui allaient à l'école, des parents qui faisaient leur ravitaillement dans les magasins de Hastings Street, des familles qui se retrouvaient pour faire la fête... La musique y occupait une place privilégiée. C'est d'ailleurs là que naissent Les Supremes... Flo, Mary et Diane sont trois jeunes filles de Détroit. Par la voie de leur médiatisation, c'est tout l'honneur d'une cité qui vibre. Avec la Motown, c'est l'émergence de tout un tas de talents, à l'image de Marvin GAYE...


C’est une petite usine à tubes, cette Motown, pas une fabrique à divas, une entreprise noire-américaine éprise d’argent et de gloire, qui a choisi quelques enfants de la ville, peut-être les plus talentueux, en tout cas les plus chanceux, qui les as confiés aux soins de quelques génies de la mélodie et du rythme, pour son plus grand bénéfice. P. 110

Par la voie de la musique, c'est l'ascension d'une communauté à laquelle on assiste. Les Noirs se retrouvent au-devant de la scène...


On n’était plus des nègres, mais des artistes noirs, et ça changeait tout. P. 151

Et puis, il y a le street art, une expression artistique qui, dès les années 1930, y a trouvé sa place. Judith PERRIGNON évoque la fresque, les Detroit Industry Murals, réalisée par Diego RIVERA, un certain regard porté sur la condition ouvrière de l'époque par l'artiste mexicain, lui, le révolutionnaire, qui répondait à une commande du capitaliste, Henry FORD. Dans les années 1980, c'est la création de Tyree GUYTON, l'enfant du pays, qui est mise en lumière, le Heidelberg Projet. Et puis enfin, l'autrice honore la mémoire de Bilal BERRENI, alias Zoo Project, et contribue, par la voie de la littérature, à célébrer le dessein qu'il poursuivait à travers le monde, donner à voir les invisibles.


Elle pense aux visages lointains qu’il a croqués. Il y a les mêmes par ici, des gueules qui transportent toute l’histoire du monde dans leur regard. P. 314

Si vous avez envie d'aller plus loin, je vous invite à regarder le documentaire qui lui est dédié, réalisé par Antoine PAGE et Lilas CARPENTIER "C'est assez bien d'être fou".

Plus largement, il y a aussi des passages sur l'art qui trouve son berceau au Detroit Institute of Art, l'un des plus beaux musées américains qui réussira à garder la tête haute et renoncera à la vente d'oeuvres pour solder les dettes de la ville.

Dans une narration rythmée par les quatre saisons et à travers des personnages profondément attachants (Sarah, Jeff, Ira...), Judith PERRIGNON réussit le pari d'un roman fascinant. Passionnée par l'urbanisme et le street art, je me suis laissée captiver par sa plume empreinte d'humanité.

J'y ai puisé tout un tas de citations. Nul doute que je reviendrai régulièrement avec des extraits !

Un excellent roman, merci aux Bouillons et à la Librairie Contact de m'avoir mise sur sa voie.

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2021-08-03T06:00:00+02:00

Les somnambules de Gilda PIERSANTI

Publié par Tlivres
Les somnambules de Gilda PIERSANTI
Ces derniers mois, j’ai découvert la maison d’édition Le Passage et en redemande.
 
Après "La belle lumière" de Angélique VILLENEUVE, "Ce qu'il faut d'air pour voler" de Sandrine ROUDEIX, mais aussi "Le poison du doute" de Julien MESSEMACKERS, je replonge dans la collection Polar avec "Les somnambules" de Gilda PIERSANTI. C'est mon #mardiconseil.
 
Trois hommes qui se sont plus ou moins perdus de vue se retrouvent confrontés, 25 ans après, à un passé qu’ils s’étaient efforcés d’oublier. Massimo Caccia, qui habite une villa de Castel Gondolfo, est à la tête d’une entreprise florissante. Alors qu’il est en voiture arrêté à un feu rouge, il se fait percuter par une Range Rover. Lui reçoit le premier avertissement. Dario Damiani, Ministre de l’Intérieur, recevra le second, un pigeon ensanglanté atterrit sur la table d’honneur lors de sa soirée d’anniversaire. Quant à Gabriele, médecin de Dario, il sera touché en plein coeur avec l’enlèvement de sa fille Floria. Les ravisseurs ne tardent pas à formuler leur demande, des aveux publiés dans la presse et envoyés au Procureur de la République. C’est là que les châteaux de cartes construits sur des fondations fragiles vont vaciller, à la vie à la mort.
 
Bien sûr, je n’irai pas plus loin. Je peux juste vous dire que Gilda PIERSANTI a beaucoup de talent. L’intrigue est parfaitement menée avec un suspense haletant.
 
Ce n’est pas un roman policier mais bien un polar, de ceux dans lesquels certains croient pouvoir faire leur justice eux-mêmes, doubler les professionnels de l’enquête pour découvrir qui se cache derrière l’enlèvement de la jeune adolescente.
 
Gilda PIERSANTI met les relations d’amitié d’adolescents à rude épreuve. Au fil des pages, des vies professionnelles et de familles qui se sont structurées, les enjeux deviennent plus forts encore qu’à 18 ans, l’âge où tout vous paraît possible, même le plus ignoble.
 
Sur fond de politique et d’instrumentalisation, l’âme humaine se retrouve menacée par les intérêts de chacun,


Le pouvoir est une passion : si l’on fait quelque bien en l’exerçant, ce n’est la plupart du temps qu’un effet collatéral du plaisir qu’on éprouve à le détenir. P. 13

de quoi vous faire passer quelques heures difficiles et vivre des sueurs froides.
 
Ce qui est terriblement frustrant avec les chroniques de polars, c'est bien de devoir se restreindre pour ne pas en dire trop (je me fais violence, vous pouvez l'imaginer !), mais n'oublions pas que c'est pour votre plus grand plaisir !
 
Ce que je peux vous dire toutefois, c'est que ce roman est très réussi.
 
Dans une plume fluide et palpitante, Gilda PIERSANTI va vous en faire voir de toutes les couleurs !

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2021-07-27T17:48:18+02:00

L'Amour au temps des éléphants de Ariane BOIS

Publié par Tlivres
L'Amour au temps des éléphants de Ariane BOIS

Belfond

Mon #Mardiconseil est une lecture étourdissante. Il s'agit du tout dernier roman de Ariane BOIS. Je vous dis quelques mots de l'histoire.

Arabella Cox, rebelle, insoumise depuis sa plus tendre enfance, bercée par les histoires de sa grand-mère inspirées de sa propre expérience de missionnaire adventiste en Afrique australe, est fascinée par le cirque. Elle assiste, indignée, à l’effroyable spectacle, la mort d’un éléphant par pendaison. Nous sommes dans le Tennessee en 1916. Tous les journalistes sont là pour couvrir l’événement. Lors de la parade du cirque, la veille, dans les rues de Kingsport, l’éléphante Mary a tué son dresseur devant une foule apeurée. Arabella a profondément été affectée par l’assassinat du pachyderme. Elle poursuit sa vie d’adolescente sous le regard exigeant de son père, adventiste du 7ème jour. Et puis, il y aura une histoire de jeunesse, dénoncée par son frère. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, Arabella est renvoyée de la famille par son père. Elle part pour New-York où elle suit une formation d’infirmière, mais là ne sera qu’une première étape de son itinéraire à travers le monde.

Arabella est un personnage haut en couleurs, un très beau portrait de femme, c’est sans conteste l’héroïne du livre. Petite, elle ne faisait rien comme les autres enfants de son âge. Elle aura repoussé les limites jusqu’au point de rupture avec son père mais c’est sans doute là le plus beau cadeau qu’il ait pu lui faire, lui offrir la voie de la liberté. Et puis, Arabella est éminemment romanesque. Elle va vivre une histoire d’amour fougueuse...


Grâce de l’amour : chaque geste, comme le ressac d’un cœur libéré, est une offrande. P. 173

et une histoire d’amitié absolument magnifique, les deux intimement liées par une même allégresse.

« L’amour au temps des éléphants » est un brillant roman d’aventure. Avec Kid, elle va vivre l’émancipation d’un homme qui, comme elle, a fui les États-Unis. Lui a été lynché pour avoir bousculé une femme blanche alors qu’il se précipitait pour aller chercher du maïs pour sa famille. Son père a été tué, renversé par un automobiliste blanc. Il est menacé. Il doit partir, quitter ceux qu'il aime, c’est une question de vie ou de mort. Il arrive à New-York où il découvre la musique. Il part pour Paris avec James REESE EUROPE, celui qui avec son orchestre a été le premier à interpréter du jazz en Europe. Avec Kid, c’est l’euphorie des sous-sols parisiens dans lesquels les Noirs prennent le pouvoir, celui de faire danser les hommes et les femmes qui fréquentent les lieux branchés du moment.


Les Français semblaient colorblind, indifférents à la couleur de peau. D’ailleurs, des Noirs, il y en avait plein les rues, des Martiniquais, des Guadeloupéens, des Africains. On se saluait d’un coup d’oeil, les rires fusaient, les accents se mélangeaient, les corps aussi dans les dancings surpeuplés. P. 126

Plus que la seule musique, Ariane BOIS embrasse la culture toute entière des années folles. Elle fait se côtoyer dans son roman des personnages légendaires comme Kiki de Montparnasse, Gertrude STEIN, Ernest HEMINGWAY, Joséphine BAKER, Charles BAUDELAIRE…

Et puis, « L’Amour au temps des éléphants » est un foisonnant roman historique. Tout commence avec ce fait réel de la pendaison d’un pachyderme. Et puis, avec James REESE EUROPE, Ariane BOIS saisit l’occasion de mettre en lumière les Harlem Hellfighters, dont la bravoure du corps d’armée était particulièrement redoutée par les Allemands pendant la première guerre mondiale. Effectivement, avant d’être rendu célèbre pour sa musique, James REESE EUROPE était un lieutenant. L’autrice relate son assassinat, poignardé par un membre de son orchestre. Je ne savais pas qu’il fut le premier citoyen africain américain à bénéficier de funérailles publiques.

J’ai adoré accompagner Arabella dans sa vie de femme impétueuse et passionnée. Ce roman de Ariane BOIS est palpitant, les événements se succèdent à un rythme endiablé, nous transportant à travers les continents et les époques.

Avec « L’Amour au temps des éléphants », j’ai découvert la plume ardente de Ariane BOIS, une révélation.

Impossible de conclure sans quelques notes de musique suggérées par l'écrivaine : Mississipi Rag de William KRELL, vous voilà dans l'ambiance !

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2021-06-08T06:00:00+02:00

Ma double vie avec Chagall de Caroline GRIMM

Publié par Tlivres
Ma double vie avec Chagall de Caroline GRIMM
 
Il y a plusieurs manières de découvrir l’œuvre d’un artiste peintre : visiter les musées (en s’y déplaçant ou bien à distance), lire des ouvrages spécialisés, regarder des documentaires... Caroline GRIMM, elle, nous propose avec la maison d'édition de partir sur la voie de Chagall, cet artiste russe, avec un roman.
 
Chagall, c’est le peintre du plafond de l’Opéra Garnier, une commande qui lui est confiée par Malraux, Ministre de la culture. Il y rend hommage à quatorze compositeurs. Chagall a alors 77 ans. Il travaille gratuitement comme un cadeau fait à la France qui lui a tout donné. C’est le pays qui l’a accueilli, lui, Moïche Zakharovitch Chagalov, quand il a quitté son shtetl, son petit village biélorusse de Vitebsk pour se vouer à la peinture, faire fortune et rentrer demander la main de Bella ROSENFELD, la femme dont il est fou amoureux. Quand il arrive dans la capitale, il est accueilli par Victor MEKLER. Il a tout à apprendre. Il trouve de nouveaux maîtres, John SINGER SARGENT et Ignacio ZULOAGA. Il se nourrit des richesses parisiennes. Il s’installe dans un atelier rue de Vaugirard, la Ruche. Il se lie d’amitié avec Blaise CENDRARS sur fond de cubisme. Si les Français ne montrent pas d’intérêt particulier pour son art, les Allemands, eux, y sont sensibles. Il rentre chez lui, retrouve ses racines et Bella, elle qui croît en sa réussite et impose le mariage à sa famille bourgeoise. Malheureusement, leur vie amoureuse commence avec la guerre. Les frontières se ferment. Ainsi commence la vie de l’artiste qui va cumuler les rendez-vous manqués, avec le public, avec son pays...
 
Caroline GRIMM réussit la prouesse de relater une vie ponctuée de mille et une tribulations, tout en beauté. Chagall et Bella sont éminemment romanesques. En rupture avec leurs familles, ils vivent leur passion amoureuse et leur passion de l’art, contre tous. Ils sont beaux, ils sont fous, ils sont portés par l'allégresse des sentiments, des émotions, de tout ce qui fait vibrer deux coeurs à l'unisson. L'écrivaine s'est largement documentée pour restituer tout le piment d'une existence hors du commun.
 
J’ai beaucoup aimé aussi, j'avoue, les relations que nourrit Chagall avec d’autres artistes. Le couple des DELAUNAY est très présent dans la vie du peintre russe. « La femme enceinte », cette oeuvre réalisée en 1912-1913, est inspirée de la maternité de Sonia DELAUNAY.
 
Ce roman, c’est encore une formidable fresque historique sur une cinquantaine d’année, ancrant la vie de Chagall dans la grande Histoire avec la seconde guerre mondiale qui gronde et stoppe en plein vol le jeune fougueux.
 
Et puis, ce roman c’est un voyage à travers le monde. Vous allez vivre au rythme des étapes de l’itinéraire de Chagall, entre la Russie, le vieux continent et le nouveau monde. Le récit est foisonnant.
 
Quant au rythme, c'est de la pure folie, il est endiablé.
 
Cerise sur le gâteau : l’autrice égrène les chapitres comme autant d’œuvres d’art dont elle assure une prodigieuse médiation. Elle place la toile dans son contexte, explore chaque détail pour nous en délivrer les secrets. Faites-lui une petite place sur votre table de salon... quand vous n’aurez que quelques minutes, vous savourerez le plaisir de vous évader avec « Vue de la fenêtre », « Solitude », « La maison brûle », et bien d’autres encore... autant d'oeuvres d'art qui assurent la postérité de l'artiste !


La magie d’une œuvre d’art, c’est qu’elle agit sur nous comme la lumière venue des étoiles, elle nous éclaire encore bien des années après que l’astre est mort. P. 60

Un petit mot sur celle qui figure en première de couverture : « Double portrait au verre de vin » qui orne parfaitement le roman intitulé "Ma double vie avec Chagall", un titre que je ne décrypterai pas parce qu'il est le symbole d'une autres histoire... juste vous dire qu'il est annonciateur d'un procédé narratif audacieux tout à fait réussi. Bravo !

Ce roman, c'est un coup de ❤️. Vous avez reconnu bien sûr la sculpture de Marie MONRIBOT qui accompagne tous ceux qui, en 2021, m'ont foudroyée.

La plume de Caroline GRIMM, je la connaissais pour l'avoir découverte en 2014 avec la lecture de "Churchill m'a menti". Je me plais à parcourir ma chronique de l'époque... alors que "T Livres ? T Arts ?" n'existait pas encore. Imaginez, nous étions encore à l'époque de "L'Antre des Mots" ! Et devinez quoi... c'était déjà un coup de ❤️ !

Alors, comme le proverbe le dit si bien, jamais 2 sans 3, j'aimerais bien succomber une nouvelle fois. Vous me conseillez quoi : Vue sur mère ? Moi, Olympe de Gouges ? La Nuit Caroline ?

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2021-06-01T21:08:18+02:00

Les mouches bleues de Jean-Michel RIOU

Publié par Tlivres
Les mouches bleues de Jean-Michel RIOU

Plon éditions 

 

Définitivement, je crois que mon nouveau book club va être le lieu de profondes émotions. Après « L’ami » de Tiffany TAVERNIER, « Il n’est de pire aveugle » de John BOYNE, place maintenant à un roman historique : « Les mouches bleues » de Jean-Michel RIOU. 

 

Tout commence dans un train. Aleksander KULISIEWICZ, musicien, opposant politique, militant à l’Union de la jeunesse démocratique polonaise, fait partie du convoi à destination du camp d’Oranienbourg-Sachsenhausen géré par le SS Oberführer Hans Loritz. Dès son arrivée, il est confronté à l’ignominie. Mais, de ce lieu maléfique, Aleksander KULISIEWICZ va décider d’en faire un lieu subversif. Quoi de mieux que la musique pour résister ?

 

 

Bien sûr, vous vous dites qu’il s’agit d’un énième roman sur un sujet qui vous répugne. Mais celui-là est différent !

 

Tout le propos de Jean-Michel RIOU tend à honorer la personne d’Aleksander KULISIEWICZ, un être exceptionnel, un homme qui a vécu de 1918 à 1982, qui a réellement été transféré sur le camp de Sachsenhausen et qui, par la chanson, a offert aux autres déportés des parenthèses heureuses. L’oeuvre de Jean-Michel RIOU sublime la musique, le 4ème art, capable de faire oublier, le temps de la pratique, la misère humaine.


La musique peut-elle nous sauver ? Avec Rosebery d’Arguto, je n’en doute plus. Elle est bien un combat. P. 146

Et puis, comme le disait Germaine TILLION : « Au terme de mon parcours, je me rends compte combien l’homme est fragile et malléable. Rien n’est jamais acquis. Notre devoir de vigilance doit être absolu. Le mal peut revenir à tout moment, il couve partout et nous devons agir au moment où il est encore temps d’empêcher le pire. »


L’ogre ordinaire. Voilà le danger. P. 166

Ce roman, c’est aussi l’assurance de concourir à la mémoire de toutes celles et tous ceux qui ont été torturés et tués au profit d’une idéologie. Parce qu’un seul homme peut prendre le pouvoir et mener tout un peuple à la guerre, Jean-Michel RIOU revient sur cette page de l’Histoire qu’il ne faudra pour rien au monde oublier.

Et si vous vous interrogez encore sur le titre du roman, sur la métaphore des mouches bleues, l'auteur nous éclaire sur le sujet...


[...] peu d’espèces partagent la boulimie des fanatiques hitlériens pour la mort. C’est en cela qu’ils ressemblent aux mouches bleues. Les deux espèces cèdent à la même frénésie pour le sang et la chair fétide. P. 185

La narration à plusieurs voix est parfaitement réussie. Le « je » d’Aleksander KULISIEWICZ est ponctué par la prise de paroles de compagnons de route, ceux avec qui des liens indéfectibles se créent, Piotr, Nowak, le Cardinal, et puis, celle du camp d’Hitler, Baumkötter... Le jeu de l’écriture est tout à fait exceptionnel. Cerise sur le gâteau : les textes des chansons écrites par Aleksander KULISIEWICZ.

 

Les mots sont d’une éprouvante tendresse, la plume est délicate, empreinte de poésie, une certaine manière de RÉSISTER devant le tyran.

 

Ce roman est d’une profonde beauté. Merci Gwen de m'avoir mise sur sa voie !

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2021-05-18T18:45:38+02:00

Il n’est pire aveugle de John BOYNE

Publié par Tlivres
Il n’est pire aveugle de John BOYNE
 
Traduit par Sophie ASLANIDES
 
Avec ce nouveau book club, quelque chose me dit que je ne suis pas au bout de mes surprises. Il y a eu « L’ami » de Tiffany TAVERNIER et puis maintenant, « Il n’y a pas pire aveugle » de John BOYNE, un auteur irlandais que je ne connaissais pas encore, la révélation d’une très grande plume.
 
Odran Yates, le narrateur, est Irlandais. Dans sa plus tendre enfance, sa famille, catholique, est victime d’une tragédie. Sa mère, jeune veuve, décide que son dernier fils fera le séminaire à Clonliffe College. Il a la vocation se dit elle. Il y obtiendra sa licence de philosophie. Ordonné prêtre et après avoir passé quelques années à Rome, il est de retour à Dublin en 1978. Il est affecté à Terenure comme professeur d’anglais et d’histoire. Il y reste pendant 27 ans. Parallèlement, il essaie d’être le plus présent possible auprès de sa soeur, dont le mari, Kristian, décède jeune, lui aussi, et de ses neveux, Aidan et Jonas.
 
Ce livre, de plus de 400 pages, est éminemment romanesque.
 
D’abord, il y a le narrateur dont la vie constitue le prétexte d’une fresque d’une cinquantaine d’années, le temps nécessaire pour faire de ce personnage un compagnon de route. Odran Yates est confronté à un drame mystérieux dès son plus jeune âge. J’ai ressenti une profonde empathie pour le jeune garçon et les épreuves de sa vie d’adulte ne vont que conforter ce sentiment. Il va côtoyer des hommes et des femmes marqués par le destin et l’éprouver dans ce que la vie peut offrir de plus noir.
 
Il y a des pages d’une profonde sensibilité autour de la maladie de sa soeur par exemple, des moments d’une saisissante réalité.


Je me dis que c’était là l’aspect le plus cruel. Le degré de lucidité lorsque la maladie faisait une pause. C’était comme si rien n’allait mal. Mais cela changerait bien sûr. En un instant. En un battement de cils. P. 270

Mais Odran tient le cap. Il suit sa voie et s’attache à cultiver le Bien quand d’autres détruisent à jamais tout ce qu’ils touchent. Chaque mot est savamment posé sur le scandale de l’Eglise, celui de la pédophilie parfaitement incarné par le copain de chambre de Odran.
 
Après le personnage principal construit avec beaucoup de minutie, vous l’avez compris, il y a un sujet de société parfaitement traité par John BOYNE. Si l’Eglise est dénoncée dans ce qu’elle représente de plus abject en cachant des faits immondes, totalement inacceptables, si justice est rendue aux victimes des pédophiles, il est un angle beaucoup plus singulier, celui des prêtres, intègres, lynchés par la société civile pour ce qu’ils représentent.


Je supporterais les critiques acerbes. Je souffrirais les indignités. Je serais moi-même. P. 182

L’écrivain surprend en explorant ce camp-là des victimes et à travers Odran Yates, il offre une certaine forme de réparation pour les victimes d’une double peine, celle de ne pas avoir vu, soupçonné et dénoncé. Je trouve cette approche du sujet originale et brillante. A méditer sans modération.
 
Enfin, il y a la plume, je dirais plus, les plumes. Si dans le texte original, John BOYNE est reconnu pour son talent, il n’en demeure pas moins que Sophie ASLANIDES assure une parfaite maitrise de la langue. On ne salue pas assez la qualité du travail réalisé par ces professionnels du livre attachés à parfaire la traduction d’un texte. J’ai été profondément touchée par le choix des mots, la beauté de l'écriture, le jeu de la narration. J’ai littéralement savouré ces 400 pages. Merci Hélène !

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2021-05-11T19:43:26+02:00

L’ami de Tiffany TAVERNIER

Publié par Tlivres
L’ami de Tiffany TAVERNIER

Sabine WESPIESER

Hasard du calendrier, ou pas, c’est le jour de la médiatisation de la mort de Michel FOURNIRET que je publie ma chronique de « L’ami » de Tiffany TAVERNIER, un roman largement inspiré de l’histoire du violeur et tueur en série mais sous un angle tout à fait singulier.

Thierry vit avec sa femme, Elisabeth, dans une maison qu’il a totalement rénovée. Elle n’était pas très motivée pour habiter là, au fin fond de la campagne, en bordure de forêt, mais Thierry avait su la séduire en lui proposant un chien. Elle avait cédé. Depuis, elle s’était habituée. Et puis, il y a le travail, lui dans une usine occupé à la maintenance de machines, elle, infirmière. Depuis 4 ans, leur vie a changé avec l’arrivée de voisins. Guy et Chantal se sont installés dans la maison juste à côté de la leur, la seule maison, en fait. Ensemble, ils prennent du bon temps, ils mangent, ils jouent, ils s’entraident, les hommes font des travaux, creusent des trous, réparent des vitres quand ils ne se laissent pas absorber par le monde des insectes, une passion commune. Entre les femmes, la relations est plus distante, Chantal est sous médicament. Et puis, il y a ce réveil, en fanfare, des voitures de police entourant la maison des voisins, des policiers du GIGN partout. Que s’est-il passé ?

Ce roman, merci Laëtitia de m’avoir mise sur sa voie, quelle claque !

Tiffany TAVERNIER, j’en avais entendu parler avec « Roissy », son premier livre que je n’ai pas encore lu, j’avoue.

Cette plume, c’est de la grande littérature.

D’abord, il y a l’histoire, la découverte macabre qui va faire que la vie de Thierry et Elisabeth va basculer. En apparence, tout se passait bien jusqu'au coup de tonnerre, un tsunami dans la vie du couple déjà fragilisé, qui va pousser Thierry, le narrateur, à s’interroger.

Ensuite, il y a la psychologie du personnage. Tiffany TAVERNIER l’explore à la perfection. Quand certains ont une double personnalité et en joue allègrement, d’autres peinent à décrypter la leur. C’est le cas de Thierry qui, poussé par tous, va mener son introspection.


Puis, je démarre. Léger tout à coup. Enfin, je quitte le territoire hostile. Je peux redevenir celui que j’ai toujours été, allumer la radio, rêver au dessin incroyable des cheveux d’Elisabeth sur l’oreiller, contempler à perte de vue la beauté du ciel. P. 76

Si, dans les premières pages, l’écrivaine empreinte la voie royale du psychiatre pour effleurer les failles, elle va aller beaucoup plus loin avec le jeu de l’écriture. Le récit est foisonnant, orchestré à merveille avec des personnages qui ressurgissent du passé, des souvenirs qui envahissent l’esprit, des fantômes qui hantent les nuits. Quant aux émotions, cachées, mises sous silence depuis la nuit des temps, elles vont progressivement se faire une place dans un scénario impressionnant. Entre l’hébétude, la tristesse, la culpabilité, la haine, la rage, la violence, tout y passe avec des moments d’une profonde beauté et d’autres d’une grande cruauté.

Il y a aussi un rythme. Tout commence assez lentement avec des descriptions d’une vie « ordinaire » et puis, avec l’intervention de la police, le rythme s’emballe pour ne plus retrouver un apaisement que dans les toutes dernières pages. Thriller psychologique, ce roman est un véritable page-turner. 

Enfin, il y a la plume d’une qualité tout à fait remarquable avec des descriptions de Dame Nature enivrantes.


Plus je m’enfonce, plus la forêt se densifie. La lumière, de plus en plus étroite, gicle, obstinée, formant, là, sur les troncs, là, sur l’humus et les fougères, d’innombrables éclats qui me font penser à la beauté d’un paysage de songe. P. 199

La lecture évolue au gré de l’enquête policière, de la pression sociale, des épreuves auxquelles l’écrivaine va confronter le narrateur. Les mots sont forts, les phrases puissantes, le roman foudroyant, la chute bouleversante.

Ce roman, c'est un véritable uppercut. J'en suis sortie KO.

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2021-04-27T06:00:00+02:00

Les hommes blessés à mort crient de Jeanne HEON-CANONNE

Publié par Tlivres
Les hommes blessés à mort crient de Jeanne HEON-CANONNE

Hier, je vous parlais de l'exposition installée sur le Boulevard de la Résistance et de la Déportation juste devant l'Hôtel de Ville, exposition honorant 22 hommes et femmes dont le destin fut malheureusement tragique.

Je me suis souvenue d'un livre sur l'une des femmes dont le visage et le parcours sont exposés, Jeanne HEON-CANONNE.

C'est Aude LE CORFF dans  "L'importunqui m'avait mise sur la voie.

Vous savez à quel point j'aime les romans historiques, mais là, il s'agit d'un livre un peu particulier. Il s'agit du récit de l'itinéraire de cette femme remarquable dans un témoignage intitulé "Les hommes blessés à mort crient" et dans lequel figure une Lettre-préface d'Albert Camus. 

Tout commence le 20 juin 1944, le jour de leur arrestation, celle de son mari et de Jeanne HEON-CANONNE, tous deux médecins installés près de la Gare. Ils ont récemment transféré leur cabinet à leur domicile, Rue Paul Bert à Angers. Ils ont 3 enfants, elle est enceinte de 3 mois. Ils sont emprisonnés par la Police Allemande. Ils sont séparés et plongés dans un univers de torture. Alors qu'ils découvrent les messages écrits sur les murs de la Prison d'Angers par leurs précédents occupants, qu'ils entendent les cris de ceux qui subissent les pires châtiments, Jeanne HEON-CANONNE écrit :


Il faudra jusqu'à la mort protéger les camarades en liberté pour leur permettre de continuer le travail, même si je dois perdre Michel... P. 27


Pour moi, une seule ligne de conduite : tenir tête, résister à la terreur, résister à l'intimidation, résister à la panique, résister au désespoir, surtout résister au règlement. Veiller chaque jour à accomplir un acte positif de résistance, pour convaincre l'ennemi qu'il peut asservir nos corps, mais que nos esprits demeurent libres. P. 46

Son mari est soupçonné de participer au réseau des Cheminots Résistants, d'avoir fait évader des officiers des Hôpitaux d'Angers, des centaines de familles juives, de rédiger de faux certificats pour empêcher les transferts vers l'Allemagne...

Elle puise sa force dans la foi religieuse.

Elle craint plus que tout que la Gestapo s'en prenne à ses enfants. La Libération approche, elle craint que les Allemands ne se vengent sur leurs familles.

Ce documentaire, mon #mardiconseil, je ne peux que vous inviter à le lire.

 

Parce que, d'abord, c'est un très beau témoignage, intime dédié à ses enfants (Danielle, François, Annette), qui a trouvé la voie de la publication chez les éditions Regard et Voir et qui permet aujourd'hui de rendre hommage à tous ces hommes et toutes ces femmes qui ont lutté, se sont battus contre l'occupant, au péril parfois de leur vie et de celle de leurs proches.

Quelle abnégation ! Quand je lis ce type de témoignage, je ne peux m'empêcher de penser à la chanson de Jean-Jacques GOLDMAN : "Né en 17 à Leidenstadt". Moi qui est mariée, moi qui est 2 enfants, qu'aurais-je fais si j'avais été à sa place ?

Parce ce que, outre la présentation de ces hommes et de ces femmes, ce témoignage brosse le portrait de toute une région sous l'occupation. Découvrir l'Histoire qui s'est passée dans les rues d'Angers, de Saumur, sur les bords de Loire... me touchent profondément. Ce sont des lieux où j'aime me promener et je découvre, au gré de cette lecture, une page insoupçonnée.

Parce ce qu'enfin, nous ne savons malheureusement pas de quoi sera fait notre avenir... 

Je vous propose de terminer avec une citation d'Albert CAMUS, la 1ère phrase de sa Lettre-préface : "


Je n'ai pas besoin de vous dire que la vérité, quand elle a malheureusement ce visage-là, ne peut s'aborder ni se quitter sans la plus sincère des compassions. P. 7

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2021-04-20T06:00:00+02:00

Batailles de Alexia STRESI

Publié par Tlivres
Batailles de Alexia STRESI

Mon #Mardiconseil, c'est un coup de coeur (vous avez reconnu l'oeuvre de Marie MONRIBOT bien sûr), "Batailles" de Alexia STRESI.

Je ne connaissais pas encore cette plume. Alexia STRESI est l'autrice de "Looping" sorti en 2017, lauréat du Grand Prix de l'Héroïne Madame Figaro. J'avais laissé passé son premier roman, Lecteurs.com et les éditions Stock ont fait le reste. Un très grand merci pour ce joli cadeau.

Rose est sage-femme. Un jour, elle va rendre visite à sa mère et là, oh surprise. Elle découvre qu'elle n'habite plus dans son logement. Elle va voir la gardienne de la résidence qui lui remet une enveloppe laissée à son nom. Nous sommes en 2003. Sa mère est partie et souhaite que sa fille ne la recherche pas. Elle lui annonce qu'elle reviendra vite. Sous le choc, Rose tente de poursuivre sa vie mais il devient rapidement impossible pour elle de continuer à donner naissance à des bébés, et de nouveaux parents. Elle se réorientera professionnellement et deviendra cuisinière. Elle rencontrera Rémi. Ensemble, ils auront deux filles, Asia et India. Et puis, dix ans après, elle est interpellée par la mort d'un enfant de 15 à 18 mois de type africain, découvert mort sur la place de Berck sur Mer. Elle se joint à la marche funèbre. Cet événement va réveiller l'envie irrépressible de Rose de connaître ses origines. Là commence une toute nouvelle histoire...

Ce roman, je m'y suis plongée sans connaître le sujet. Dès les premières pages, il m'a happée. Il faut dire que Alexia STRESI sait très bien planter le décor, enfin, plusieurs décors en réalité. Elle va savamment mêler deux histoires qui a priori n'ont rien à voir l'une avec l'autre et pourtant...

La quête des origines est un sujet qui me fascine. Les romans, mais aussi la vie, me montrent chaque jour qu'il est des instants où le fait de savoir d'où l'on vient devient une nécessité, qui plus est lorsque l'histoire est ponctuée de silences, lorsque les familles ploient sous le poids de secrets, et ce n'est pas l'écrivaine qui me démentira.


Le passé n'aime pas qu'on le néglige. Arrivera toujours le moment où il se mettra à suinter. P. 194

Et puis, ce qui me captive plus encore, c'est quand la grande Histoire vient percuter la petite. La famille de Rose aurait pu rester dans le champ de la fiction, de l'imaginaire, mais Alexia STRESI a décidé de lui donner une autre portée, une dimension nationale. Les faits remontent aux années 1962-1984. Ils relèvent de la compétence de Michel DEBRE, alors Député de l'île de la Réunion. L'écrivaine relate rien de moins qu'une déportation, le déplacement de plus de 2000 enfants. Je ne vous en dis pas plus, juste que ce livre est à partager sans modération parce que la littérature a ce pouvoir de mettre en exergue des événements passés inaperçus dans l'enseignement académique. Je ne pouvais d'ailleurs pas l'apprendre à l'école puisqu'ils se déroulaient au moment même où j'étais sur les bancs. Aujourd'hui, il est temps d'en parler. Je me souviens de la citation de Simone DE BEAUVOIR : "Nommer c'est dévoiler, dévoiler c'est agir". Imaginez, des hommes et des femmes supportent encore aujourd'hui le fardeau de leur passé et puis, vous savez, ce n'est pas quand leur génération qu'il disparaîtra, non, il ne fera que décupler avec les années parce qu'il y a de la revendication là dessous.

Quand Rose échange avec sa belle-mère. 


Elle aussi ne se sent juive qu'en face des antisémites. P. 143

Alors quand il est en plus question de la couleur de peau, vous pouvez imaginer à quel point les hommes et les femmes ont besoin de savoir qui ils sont ? d'où ils viennent ? pour assumer leur condition et retrouver leur dignité.

Ce roman, c'est une bombe... à retardements. Outre le sujet (impossible de vous en dire plus au risque de spolier le livre tout entier), c'est la manière de l'écrire qui fait boum, boum, boum, et boum. J'ai noté dans mon petit carnet les coups de tonnerre. Il y a un premier impact page 110, et puis 244-245, ensuite le rythme s'accélère, pages 254 et 262. Alexia STRESI orchestre d'une main de maître l'intrigue, le tout dans une plume profondément humaine. J'en ai la chair de poule rien que d'y penser.

Ce roman, ne passez pas à côté.

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2021-03-09T18:00:00+01:00

Mars au féminin, tapis rouge pour Alexandra KOSZELYK

Publié par Tlivres
Mars au féminin, tapis rouge pour Alexandra KOSZELYK

Dans les pas de Flo and books, et pour cette édition 2021 du mois de #marsaufeminin, j'ai choisi de dérouler le tapis rouge à Alexandra KOSZELYK.

Il y a d'abord eu « À crier dans les ruines », un premier roman, un coup de coeur, tout simplement.

Et puis, récemment, toujours chez les éditions Aux forges de Vulcain, il y a eu "La dixième muse".

Florent est un jeune homme, amoureux de Louise. Il est appelé par son ami Philippe à l’accompagner dans une mission... un peu spéciale ! Ils arrivent au cimetière du Père Lachaise. Pour Florent, c’est la déferlante de souvenirs douloureux. Son père est décédé il y a six mois. Il se retrouve, un instant, devant la tombe de Guillaume APOLLINAIRE. Il n’en faudra pas plus pour qu’il fasse le lien avec ses études. Il sort d'une Agrégation d’allemand et consacre sa vie à une nouvelle année de formation. Il choisit donc d'explorer la vie du poète, Guillaume APOLLINAIRE, cet écrivain du 20ème siècle, né d'une mère expatriée de Pologne, sans famille, sans argent, contrainte de vendre son corps pour survivre. Cet enfant dont elle ne connaît pas le père lui pose plus de problème qu'il ne lui apporte de plaisir. Guillaume est élevé dans l'absence totale d'amour maternel. Devenu grand, il fréquente des femmes, artistes. On se souvient de Marie LAURENCIN avec qui il partage sa vie cinq années durant. Il vivra aussi quelques années avec son frère, Albert, à Stavelot. Il mourut aux côtés de son dernier amour, Jacqueline Kolb, sa dixième muse. Florent, au fur et à mesure de ses études, s'approprie la vie de l'artiste, l'apprivoise lentement mais sûrement, au point de la faire sienne. Bercé par un souffle d'illusions, il navigue bientôt entre rêve et réalité, c'est une nouvelle page de sa vie, personnelle celle-là, qu'il est en train d'écrire.

 

Ce qui m'a séduite, c'est la construction narrative et l’imbroglio savamment construit par l’écrivaine. Ce roman, ce sont, en réalité, deux histoires liées l’une à l’autre par le jeu de l’écriture, celle de Florent, un personnage de fiction, et celle de Guillaume, Apollinaire, rien de moins. C’est aussi une alternance entre deux époques, l’une présente, l’autre passée. Enfin, cerise sur le gâteau, ce roman c’est un voyage entre rêve et réalité. J’avoue que j’ai lâché prise et me suis laissée porter par le doux effet de balancier et la démarche engagée par Alexandra KOSZELYK, une formidable conteuse.

Ce roman, il a quelque chose de fabuleux. C'est mon #Mardiconseil.

 

Je crois qu'Alexandra KOSZELYK mérite bien son hashtag #femmesdelettresalhonneur (initié par Moonpalaace) tout comme

 Louise MEY

Catherine ROLLAND

Sandrine COLLETTE

Carole ZALBERG

Marie CHARVET

Angélique VILLENEUVE

Fatou DIOME

Adélaïde BON

 

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2021-03-02T07:00:00+01:00

Certains coeurs lâchent pour trois fois rien de Gilles PARIS

Publié par Tlivres
Certains coeurs lâchent pour trois fois rien de Gilles PARIS

Flammarion

« Tu ne vaux rien. Tu ne feras jamais rien de ta vie. Tu es une merde. » Voilà les mots que prononce le père de Gilles PARIS avant de le rouer de coups, de détruire l’intégralité de son appartement, et de l’abandonner au sol dans une mare de sang. Il y a des familles particulièrement exposées à la dépression, celle de Gilles PARIS en fait partie. Quant à dire qu’il s’agirait d’une question de transmission génétique, l’écrivain n’y croit pas, il faut dire que ses huit dépressions personnelles et celles de sa mère et de sa soeur peuvent trouver la cause dans leur vie familiale, sans aller jusqu’à chercher si dans leur ADN quelque chose les prédisposait à ces traumatismes psychiques. L’éducation des enfants est menée à la baguette, au martinet devrais-je tire, quand l’une utilise les lanières, l’autre prend le manche, à chacun sa méthode. Plus tard, quand le père de Gilles PARIS décide de divorcer, après avoir trompé sa femme toute sa vie maritale, les enfants sont majeurs, Gilles PARIS a 18 ans, sa soeur, partie vivre à Montréal, 21. Dès lors, tout va de mal en pis. Gilles PARIS sombre dans l’alcool, il se drogue aussi à la cocaïne. En 1992, il vit sa première dépression. Il est accueilli à la Clinique de Meudon. Les autres suivront. Il mettra entre trois mois et deux à se relever. Entre temps, son addiction s’est orientée vers les somnifères. Il vit un véritable chemin de croix.

Il y a des livres qui viennent à vous. Celui de Gilles PARIS en fait partie. Un récit que je redoutais un peu d’ouvrir je dois le dire, mais heureusement, l’écrivain mise sur les « éclats de lumière ».


Que serait en effet la vie sans magie et sans couleurs ? Un hôpital psychiatrique. P. 170

Gilles PARIS nous livre sa vie et tente de disséquer le mal qui le ronge.


Mais les dépressions sont en grande partie inexplicables, c’est ce qui les rend complexes. P. 129

Il partage avec nous ce qui le ronge de l’intérieur, ce qui le rend malade en réalité, comme sa mère et sa soeur ont également pu l’être.

Il nous propose un témoignage sur ce que sont les hôpitaux psychiatriques, le mode de vie, la régularité des horaires.

Il évoque aussi les zones blanches, les longs moments passés sur un banc à regarder le vide, ou ceux allongés à scruter le plafond.

Cette lecture m’a beaucoup rappelée « Encore vivant » de Pierre SOUCHON à ceci près que Gilles PARIS n’a pas de haine contre les institutions et la société, non, la haine, il la voue à son père, celui qui lui a confisqué une partie de sa vie.

J’ai découvert la plume de Gilles PARIS, émouvante et sensible, profondément humaine. En fait, je l’ai lu comme un livre éclairant sur la condition du malade relevant de la psychiatrie. Il nous permet de nous y initier et de mieux comprendre le rapport au temps, le rapport aux autres aussi.

Il aborde le sujet de l’homosexualité à travers une histoire d’amour, l’une de ses fondations.

Au final, l’écrivain nous livre une leçon de vie. « Certains coeurs lâchent pour trois fois rien », celui de Gilles PARIS est bien décidé à résister !

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