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Articles avec #mes lectures catégorie

2017-09-22T20:23:36+02:00

Luwak de Pierre DERBRE

Publié par Tlivres
Luwak de Pierre DERBRE

Alma éditeur


Comme vous le savez, je suis en sevrage des 68 premières fois mais parfois je rechute, nul n'est parfait ! L'un des 18 premiers romans sélectionnés par les fées sur les 581 publiés à la rentrée littéraire de septembre 2017 vient de croiser mon chemin et c'est un coup de coeur. Boum comme qui dirait...


Igor Kahn vient de déménager. Kristal, sa voisine, lui passe une barquette de fraises par-dessus la haie en guise de bienvenue. Igor vient d'emménager dans une maison d'artiste au bord de la Gironde. Il est à un tournant de sa vie. Il a longtemps travaillé dans une entreprise de sanitaires où il était affecté à la chaîne de production de bidets. Il menait alors une vie paisible très bien organisée. Il partageait son temps de loisirs entre ses constructions de maquettes d'avion, l'entretien de ses bonsaïs et sa passion pour l'art. Un jour, il apprend qu'il est muté à la production des baignoires à débordement permanent. L'entreprise s'adapte aux besoins de sa clientèle. Mais voilà, un jour, l'annonce du rachat de l'entreprise par une multinationale tombe, Igor Kahn aussi. Il est licencié. Le proverbe dit qu'un malheur ne vient jamais seul mais là, il est démenti. Dans les jours qui suivent, Igor Kahn gagne au loto la modique somme de 850 000 euros. Une toute nouvelle vie commence pour lui...


Dès les premières pages, je suis tombée sous le charme de Igor Kahn. Il faut dire qu'il est très séduisant. 


D'abord, c'est un homme passionné d'art, toutes les disciplines l'intéressent avec une place de choix laissée à la peinture toutefois. Un homme qui finit sa journée de si belle manière, avouez qu'il a du charme, non ? 


Le soir, il aimait s'endormir sur la vision d'une toile de maître ou l'oeuvre d'un illustre inconnu révélé par quelque revue avant-gardiste. P. 22

Comme moi, je suis persuadée que les fées des 68 premières fois se sont fait harponnées elles aussi à ce moment-là. Sortir des sentiers battus, ça leur parle, non ? Etre avant-gardistes en dénichant des pépites qui n'ont pas encore été révélées, c'est ce qu'elles font aussi non ? Bref, j'y ai décelé un brin de similitude qui m'a parlé et j'ai poursuivi ma lecture avec avidité. 


Ce roman, c'est un hymne à la contemplation. Il montre tous les bienfaits de l'observation, de la pensée, de la méditation. Et dans ce domaine, il faut bien dire que l'art y est propice :
 


Ne rien faire d'autre que laisser le cours de ses idées et de sa sensibilité l'emmener vers des chemins inconnus sur lesquels il laisserait ses propres traces. P. 51

Et Igor Kahn va plus loin. Il se focalise sur la finalité de l'art. Qu'apporte-t-il de plus, de différent ? Pierre DERBRE nous en propose une bien belle définition :
 


L'enjeu était là, tout simplement là : proposer une représentation personnelle et novatrice capable de susciter l'émerveillement, au moins le questionnement du public, un objet artistiquement intrinsèquement inédit, refusant par essence toute forme de mimétisme et ne cherchant en rien à se fondre dans des concepts établis. P. 70

Je crois que je ne l'aurais pas mieux formulé ! Les mots sont justes. L'art permet de transcender les limites, d'aller plus loin, d'imaginer autre chose, d'innover, d'inventer... bref, il y a un peu de tout ça dans la vocation artistique !


Mais la vie de Igor Kahn ne saurait être réduite à l'art. En fait, cet homme cultive une certaine philosophie de vie. Il puise dans la beauté de la nature quelque chose pour se ressourcer. Il fait l'éloge des rives de la Gironde qui offrent un panorama exceptionnel dans lequel il ira puiser bien sûr son inspiration pour peindre.  Mais il adore aussi la pêche, cette idée de rester des heures à attendre que le poisson s'intéresse à son hameçon colle très bien au personnage qui prend le temps de vivre.


Il savoure l'instant présent dans l'attente de son hapax existentiel, entendez par-là 
 


[...] une occurrence qui ne se produit qu'une seule fois, cette expérience unique et insolite qui partage de manière irrémédiable l'existence de celui qui l'éprouve entre un avant et un après." P. 90

Vous connaissiez cette notion ? Moi pas, mais j'avoue qu'elle m'intéresse tout particulièrement !


Je ne vais pas tourner bien longtemps autour du pot, je suis tombée amoureuse du personnage de Igor Kahn. Il a tout pour plaire, voire plus encore. Il faut dire qu'il est porté par une plume sublime, je ne la connaissais pas encore, et pour cause, il s'agit d'un premier roman, mais j'ai été subjuguée par son charme. Pierre DERBRE écrit magnifiquement bien. Il m'a rappelé celle de Cécile BALAVOINE avec son Maestro, c'est dire. Et quand vous découvrez dans son auto-portrait que


[...] l'écriture est un besoin vital, un refuge, une nécessité. P. 207

Vous avez juste envie de lui dire de ne surtout pas se retenir, qu'il laisse sa passion s'assouvir à l'envi, pour notre plus grand plaisir.

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2017-09-21T19:43:57+02:00

Quatorze appartements de Agnès KARINTHI

Publié par Tlivres
Quatorze appartements de Agnès KARINTHI

L'Astre bleu éditions


Après avoir dévoré goulûment le roman de Martine MAGNIN "Qu'importe le chemin...", un immense coup de coeur, j'ai souhaité creuser un peu plus le sillon de la maison d'édition L'Astre bleu (que je remercie vivement pour cette nouvelle lecture !) et c'est ainsi que j'ai découvert un roman susceptible de m'intéresser "Quatorze appartements" de Agnès KARINTHI.


Passionnée d'urbanisme, j'aime explorer l'hypothèse d'un éventuel conditionnement des comportements sociaux par les formes urbaines d'habitat. C'est donc assez naturellement que je me suis lancée dans cette lecture et une nouvelle fois, j'ai bien fait ! 


La narratrice est mère de famille, elle a 3 enfants. Elle partage sa vie avec Damien, son mari, qui un jour lui annonce un projet de mutation professionnelle. Rapidement, la décision est prise, la famille le suit, la narratrice cherchera un nouvel emploi là-bas. La ville de Lyon remplace celle de Nantes. La famille emménage dans un petit immeuble de 14 appartements. Une fois passées les préoccupations d'aménagement du nouveau nid familial, les premiers signes d'ennui font leur apparition. La narratrice commence à imaginer une voie d'intégration dans ce nouvel environnement via des relations de voisinage. C'est ainsi qu'elle va commencer à repérer les heures d'entrée et sortie de chacun, trouver un moyen de sortir elle aussi sur le créneau horaire convoité pour forcer un peu les choses. Mais 13 familles, ça fait beaucoup. Alors, elle va ouvrir un petit carnet, à l'image d'un journal intime, et prendre des notes sur chacun, qui vit avec qui ? etc. Si certains accueillent assez naturellement cette nouvelle relation, d'autres au contraire vont la fuir. C'est une toute nouvelle vie qui commence pour la narratrice, pour le meilleur et pour le pire !


Ce roman pose très rapidement la question de l'identité des territoires (ses codes, ses références, ses traditions...) :


Adieu bigorneaux, soles, crabes, plateaux de fruits de mer, mâche, Muscadet sur lie, hortensias, jonquilles et muguets de premier mai. Bonjour cochonailles, quenelles, tripes, cervelles de canut, Côtes du Rhône, pichets de Beaujolais, saucissons à cuire, grattons de toutes sortes. P. 37

Les plats régionaux comme les vins sont autant d'éléments culturels qui constituent le patrimoine des habitants d'un terroir. Autant ils relèvent de l'évidence quand on y baigne, autant ils peuvent paraître inaccessibles quand il s'agit de les faire siens. Un simple déménagement d'une région à une autre montre les fragilités de l'individu et sa perte de repères, on ose à peine imaginer les conséquences d'un exil, d'un déracinement quand les frontières d'un pays sont franchies. 


Ce roman pose aussi la question de l'intégration. Qu'est-ce qu'être intégré ? Si elle est régulièrement abordée aujourd'hui dans les médias à propos des migrants, ce roman, lui, parle d'une autre dimension de la migration, tout aussi traumatisante pour ceux qui la vivent. Pour la surmonter, le travail et la scolarité des enfants constituent de véritables leviers comme autant d'opportunités pour se lier à d'autres. 


Pour celles et ceux qui n'ont pas cette chance, les choses sont plus compliquées, à l'image du personnage d'Odile, cette S.D.F. qui va élire domicile quelques heures dans l'entrée de l'immeuble. Le logement, il y a celles et ceux qui en ont un permanent et d'autres qui n'ont que des solutions temporaires, les exposant à des cohabitations pleines de risques. C'est aussi l'un des visages de notre société d'aujourd'hui !


Le roman de Agnès KARINTHI se focalise sur les relations humaines et leurs subtilités, sur l'interculturalité aussi. 


Je n'avais plus qu'à ranger ma superbe, m'affaisser à mon tour et me laisser entraîner par sa douleur. Un peu d'empathie après l'indifférence. Je devais paraître incohérente en passant ainsi d'un extrême à l'autre. P. 185

Il montre avec quelles facilités elles peuvent parfois s'établir et avec quelles souffrances elles peuvent aussi se rompre. Il y a les relations de voisinage bien sûr, mais aussi les relations familiales, amicales, amoureuses... bref, tout ce qui lit les êtres humains entre eux, avec des bases plus ou moins bienveillantes, l'individu peut-être pervers aussi !


J'ai découvert avec beaucoup de plaisir la plume de Agnès KARINTHI, mais pas que. En fait, cette auteure est également une lectrice, et plus encore, une blogueuse. Je vous invite à lire ses chroniques, nul doute que vous y trouverez quelques références de lectures à venir.
 

Cette lecture participe aussi au Challenge de la Rentrée Littéraire MicMelo de janvier 2017 ! 

 

Quatorze appartements de Agnès KARINTHI ****

Les vérités provisoires de Arnaud Dudek ****

Un fils parfait de Mathieu Menegaux ***** Coup de coeur

Marx et la poupée de Maryam Madjidi ****

Elle voulait juster marcher tout droit de Sarah Barukh ****

Outre-mère de Dominique Costermans ****

Vermeer, entre deux songes de Gaëlle Josse *****

Maestro de Cécile Balavoine ***** Coup de coeur

Marguerite de Jacky Durand *****

Les indésirables de Diane Ducret ***** Coup de coeur

Mon ciel et ma terre de Aure Atika *****

Nous, les passeurs de Marie Barraud *****

Pour que rien ne s'efface de Catherine LOCANDRO *****

Principe de suspension de Vanessa BAMBERGER ****

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie KALFON ****

Coeur-Naufrage de Delphine BERTHOLON ***** Coup de coeur

Presque ensemble de Marjorie PHILIBERT ***

La baleine thébaïde de Pierre RAUFAST ****

L'article 353 du code pénal de Tanguy VIEL ****

Ne parle pas aux inconnus de Sandra REINFLET ****

La téméraire de Marine WESTPHAL *****

Par amour de Valérie TONG CUONG ***** Coup de coeur

La société du mystère de Dominique FERNANDEZ ****

L'abandon des prétentions de Blandine RINKEL ****

La sonate oubliée de Christiana MOREAU ****

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2017-09-19T06:58:49+02:00

Les Peaux rouges de Emmanuel BRAULT

Publié par Tlivres
Les Peaux rouges de Emmanuel BRAULT

Editions Grasset 

Comme vous le savez, j'ai laissé passer le train des 68 Premières fois pour la rentrée littéraire de septembre 2017 et voilà que je rechute pourtant avec un premier roman, à croire que j'y prends goût !

En fait, ce roman, c'est son titre qui m'a intriguée. Les Peaux rouges, ça m'a rappelé les westerns de mon enfance, ces Indiens qui se peignaient le visage et le corps et que les blancs avaient ainsi dénommés.  J'ai eu envie de creuser un peu le sujet et j'ai bien fait. 
Amédée Gourd est raciste, il ne s'en cache pas, lui. Je vous cite les premières lignes du roman pour vous en convaincre :
 


Les rouges. Tout un poème mais à l'envers. Je peux vous en parler, moi. Vous en faire un roman. Je sais pas d'où ils viennent. Leur dieu s'est tapé un délire en les peignant en rouge un soir de beuverie. Ou c'est leur Eve qui a mal tourné, elle a attrapé un truc louche et shplaf deux jumeaux rouges qu'elle a cachés dans la montagne. Et ils se sont reproduits, treize à la douzaine, vu que les mômes ça leur fait pas peur. Enfin, je sais pas trop, tout ce que je sais, c'est qu'ils sont nombreux dans les rues autour, partout, et qu'ils ont pas fini de nous faire chier. P. 9

Le ton est donné. Amédée travaille dans une usine, il est cariste chez Vinoveritas et travaille sur les quais de train de fret. Il vit avec sa grand-mère qui l'a élevé. Sa mère était alcoolique, elle a quitté le foyer quand il n'avait que 6 ans. Aujourd'hui, c'est lui qui s'occupe de sa Mémé, il fait les courses, prépare le repas et la couche le soir. Un matin, en allant au travail, il renverse une femme sur le trottoir, une Peau rouge avec ses enfants, elle hurle, il l'insulte au moment où une femme passe et voit la scène. A partir de ce jour-là, la vie d'Amédée va basculer.


Ce roman est une satire de notre société, de celle qui a mis les violences verbales et les actes à connotation racistes au sommet de la hiérarchie des délits. Alors qu'Amédée pensait que les choses allaient en rester là, il s'est très rapidement retrouvé, à son tour, stigmatisé par ses collègues. La nouvelle s'est rapidement répandue dans l'entreprise et Amédée est devenu persona non grata. Amédée a franchi la limite, ça ne se fait pas, il paiera pour son abus de faiblesse.


Ce qui m'a intéressé dans ce roman, ça a été de me mettre dans la peau (entendez par-là la tête) d'un homme raciste et de découvrir le pourquoi des choses. 


Emmanuel BRAULT dresse le portrait d'une population baignée dans l'ignorance et la peur de l'autre. Les comportements répondent à des sursauts d'angoissés.


Nous sommes dans un milieu ouvrier, masculin, faiblement rémunéré, un brin caricatural je vous l'accorde. Mais le plus intéressant finalement c'est la narration à la première personne. Amédée porte un regard sur lui, il explique lui-même pourquoi il en est arrivé là.
 


J'ai toujours été un faible. P. 18

Amédée, enfant, a eu une vie de famille chahutée, cabossée pourrait-on dire pour rester dans le registre du roman. Il a été élevé par sa grand-mère. Elle lui a transmis ce qu'elle pouvait mais en matière de règles de vie, il faut bien dire qu'Amédée manque un peu de repères, alors c'est la société qui va lui donner.


Côté vocabulaire, là aussi, il y a quelques soucis. Amédée prend un mot pour un autre, résultats, de nombreuses expressions revues et corrigées qui prêtent à rire bien sûr.
 


[...] t'es bête qu'elle dit en riant avec son petit ficus qui lui fait des fossettes dans ses joues ridées comme du papier chiffonné. P. 21

On imagine assez bien un Amédée isolé quand il était petit garçon, du côté de ceux qui n'ont rien ou qui sont les boucs émissaires et comme l'humain a un besoin irréspressible de trouver plus faible que soi, et bien Amédée a trouvé !


Derrière ces parenthèses qui donnent un peu de légèreté à un propos grave (la situation des Peaux rouges, les Indiens cette fois,  n'est toujours pas réglée, entre génocide et ethnocide, le coeur des anthropologues balance), il y a l'itinéraire d'un homme dont l'affaire va l'amener à côtoyer l'univers de la justice. Et là, c'est le choc des cultures, la lutte des classes éclabousse le visage d'Amédée. Lui se revoit petit garçon devant toutes les femmes qui vont croiser son chemin, elles, sont toutes des maîtresses d'école. Entre la juge qui va le responsabiliser pour ses faits et la psychologue qui va le contraindre à mettre des mots dessus, Amédée ne sait plus bien qui il est, il se sent étranger dans sa vie.


Je regarde les rues qui défilent comme un étranger. Ils sont dans leur vie tous ces gens et bientôt je serai de retour parmi eux, les blancs et les rouges, les gros et les maigres, les cons aussi. P. 121

La tendresse transmise par la grand-mère à son petit-fils n'y suffira pas, le fossé est trop grand pour être franchi par Amédée. Le regard porté sur notre société est noir. Mais c'est avec des romans comme ceux-là qu'il est possible d'avancer, encore faut-il être prêt à l'accepter ! Les éditions Grasset, que je remercie vivement pour cet envoi, en ont pris le pari, il est ambitieux mais mérite d'être relevé à l'heure où de nombreux migrants quittent leur pays d'origine pour un eldorado plus qu'incertain. Assurément, ce roman donne à réfléchir !
 

Cette lecture s'inscrit dans le cadre du Challenge 1% Rentrée littéraire organisé par Délivrer des livres après :

Les Peaux rouges de Emmanuel BRAULT ****

Le grand amour de la pieuvre de Marie BERNE ***

Mina Loy, éperdument de Mathieu TERENCE ****

Minuit, Montmartre de Julien DELMAIRE *****

Le jour d'avant de Sorj CHALANDON *****

Un funambule sur le sable de Gilles MARCHAND ***** Coup de coeur

Un dimanche de révolution de Wendy GUERRA ****

 

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2017-09-12T18:54:14+02:00

Le grand amour de la pieuvre de Marie BERNE

Publié par Tlivres
Le grand amour de la pieuvre de Marie BERNE

L'arbre Vengeur


Ce roman, je suis allée le chercher dans un lieu insolite, une librairie pas ordinaire. Elle s'appelle Myriagone et est tenue par un jeune homme qui "explore les creux", j'adore cette expression.


En gros, il va là où les autres ne vont pas. Il est curieux, c'est une affaire de famille et de culture m'a-t-il dit.


Alors que je lui évoquais les 68 premières fois, il m'a mis dans les mains un 1er roman justement, celui de Marie BERNE.


Je me suis laissée séduire !

Je vous en dis quelques mots :


Nous voilà plongé(e)s dans un aquarium en compagnie d'un céphalopode, entendez par-là une pieuvre. Elle voue un amour inconditionnel à un homme, un cinéaste qui a lui-même a dédié sa vie et son art au monde marin, Jean PAINLEVE. Il réalisait des films documentaires, des films scientifiques. Alors quand un mollusque doté de 3 coeurs, 8 bras et 9 cerveaux, est passionné, vous imaginez bien que le résultat est extra-ordinaire.


J'ai trouvé ce roman original. La narration à la 1ère personne donnant la voix à un mollusque marin est peu ordinaire, je crois que c'est le premier me concernant. Se retrouver dans la peau d'une telle bête enfermée dans un aquarium parce qu'elle est la protégée du cinéaste, avouez qu'il s'agit d'une situation insolite.


J'ai beaucoup aimé aussi le fait que ça soit l'animal auquel le cinéaste a consacré sa vie qui prenne la parole pour lui rendre hommage, fasse la part belle à l'oeuvre d'un homme qui avait choisi sa voie, celle des fonds marins. Comme vous peut-être, je suis un bébé des émissions de télévision de Cousteau, ça n'a jamais été ma tasse de thé, et pourtant, cet univers méconnu me fascine par la beauté des spécimens. Et puis, quand le 7ème art est vénéré par un mollusque doté de 7 tentacules, on se dit que la boucle est bouclé, non ?  


Ce roman est bien écrit, il joue avec les mots. La citation de Gaston BACHELARD en introduction représente bien la qualité de la plume je trouve : "Imaginer, c'est hausser le réel d'un ton". 


En plus, c'est un bel objet, il est illustré par François AYROLES qui lui donne une touche de fantaisie avec une faune marine dessinée au début et à la fin de l'ouvrage, le petit plus !


J'ai passé un bon moment à lire ce 1er roman. Promis, je retournerai chez Myriagone.

Cette lecture s'inscrit dans le cadre du Challenge 1% Rentrée littéraire organisé par Délivrer des livres après :

Le grand amour de la pieuvre de Marie BERNE ***

Mina Loy, éperdument de Mathieu TERENCE ****

Minuit, Montmartre de Julien DELMAIRE *****

Le jour d'avant de Sorj CHALANDON *****

Un funambule sur le sable de Gilles MARCHAND ***** Coup de coeur

Un dimanche de révolution de Wendy GUERRA ****

 

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2017-09-04T21:15:54+02:00

Mina Loy, éperdument de Mathieu TERENCE

Publié par Tlivres
Mina Loy, éperdument de Mathieu TERENCE

Editions Grasset


Quand la rentrée littéraire fait son apparition, il y a des livres qu'on attend de longue date comme "Un funambule sur le sable"  de Gilles MARCHAND, et puis, il y a ceux qui viennent à vous, comme "Mina Loy, éperdument". Je tiens à remercier les éditions Grasset de m'avoir offert ce moment d'évasion aux côtés d'une femme hors du commun.

 

Mina Loy, vous la connaissiez ? Moi, j'avoue que non mais j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir son itinéraire.


Tout commence en Angleterre dans la période victorienne. Mina naît à Londres d'une mère tyrannique. Très vite, elle va affirmer sa personnalité et revendiquer le droit d'aller étudier à l'étranger. Elle partira pour Munich, puis Paris, Florence, New-York. La vie amoureuse de Mina sera chahutée avec une grossesse non désirée et un enfant élevé par un homme qui n'en est pas le père. Malheureusement, la petite Olga décédera avant de souffler sa première bougie d'une méningite. Deux autres enfants suivront, Joëlla et Giles, mais l'univers de Mina est ailleurs. Elle abandonne ses enfants et part à la découverte du monde, des artistes en particulier. Elle va côtoyer des intellectuels, prendre la défense de la condition des femmes, s'émanciper par l'écriture. Elle ne sera toutefois que très peu éditée de son vivant. Elle va vivre une passion amoureuse avec Arthur Cravan, le "poète-boxeur", de courte durée toutefois, lui disparaîtra dans l'océan pacifique. Toute sa vie, elle se battra pour survivre. Elle s'éteindra à l'âge de 84 ans.


Ce destin de femme est tout à fait exceptionnel. Il est marqué par un besoin irrépressible de liberté qui lui offrira la possibilité de visiter le monde entier. Nous ne sommes qu'au tout début du XXème siècle. Si aujourd'hui, les grands voyages sont facilités par les nouvelles technologies, vous savez à l'avance de quelle couleur sera la lampe de chevet de votre chambre à coucher, on peut assez aisément imaginer qu'au tout début des années 1900, partir était beaucoup plus risqué. Seuls les aventuriers acceptaient de remettre en question leur zone de confort, portés par cet élan de la découverte. Je suis toujours époustouflée par la volonté de certaines femmes de marquer leur époque, transcender les limites. Mina Loy faisait partie de celles que rien n'arrêtait.


Plus encore, outre son combat pour assurer sa survie personnelle, elle a sombré dans une profonde misère dans l'attente de son amoureux, elle s'est battue pour une cause collective. Elle est l'auteure d'un manifeste "Psychodémocratie internationale", un texte qui lui vaudra plus tard de travailler pour la ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté en Suisse. C'est la fin de la 1ère guerre mondiale, elle croit en "une humanité juste et harmonieuse" :
 


Il est temps d'envisager un pacifisme constructif, de donner du pouvoir à l'imagination, seule façon de rendre de l'enthousiasme à l'action politique. P. 150

La littérature offrira de nouveaux horizons à Mina Loy. Dès son plus jeune âge, elle se réfugiera dans les livres :
 


ces petites portes qu'on ouvre sur l'infini. P. 30

Elle-même écrira, elle s'inscrira dans le registre de la poésie avec son recueil "Le Baedecker lunaire". Gertrude Stein, avec qui elle partagera une intense complicité, lui permettra d'être publiée aux Etats-Unis.


Artiste dans l'âme, elle se vouera aussi à la peinture, à la couture et à mille autres activités créatrices. Un brin fantasque, cette femme affichera son originalité jusqu'à sa mort :


Ce jour-là, elle porte des escarpins qu'elle a dorés elle-même. P. 23

Mina Loy fait partie de ces femmes éprises d'originalité, elle en mesurera toutes les limites : 


En société cela tourne au numéro de cirque, en vêtement au déguisement et au concours Lépine en art. P. 202

Mathieu TERENCE dont je ne connaissais pas la plume rend un vibrant hommage à cette femme exceptionnelle, de celles dont on on a envie, à la clôture de notre lecture, de découvrir l'oeuvre. Pari gagné ! 

Cette lecture s'inscrit dans le cadre du Challenge 1% Rentrée littéraire organisé par Délivrer des livres après :

- Minuit, Montmartre de Julien DELMAIRE *****

- Le jour d'avant de Sorj CHALANDON *****

- Un funambule sur le sable de Gilles MARCHAND ***** Coup de coeur

- Un dimanche de révolution de Wendy GUERRA ****

 

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2017-08-29T06:59:28+02:00

Minuit, Montmartre de Julien DELMAIRE

Publié par Tlivres
Minuit, Montmartre de Julien DELMAIRE

Editions Grasset


La rentrée littéraire nous réserve de très belles surprises, comme "Minuit, Montmartre" de Julien DELMAIRE, une plume que je ne connaissais pas encore et qui m'a totalement séduite.
Tout commence avec Vaillant, un chat, qui règne en maître sur tous les recoins de Montmartre, ce quartier de la capitale peuplé d'artistes. Théophile Alexandre Steinen fait partie de cette communauté, il est illustrateur, on lui doit la célèbre affiche "Tournée du Chat Noir" à l'effigie d'un cabaret du quartier.

Vaillant n'est autre que le chat du peintre qui vit là depuis une trentaine d'années. Veuf, il vit modestement, sombrant presque dans la misère. Mais c'est sans compter sur l'arrivée d'une femme noire, Masseïda. Venue d'Afrique, elle cherche une maison pour l'accueillir, elle lui propose d'être sa muse mais là commence une toute nouvelle histoire !
Je ne vais pas réussir à vous le cacher bien longtemps, ce roman est d'une très grande beauté, il est charmant comme tout ce qu'il décrit, à commencer par le quartier dont il brosse le portrait. Si vous aimez flâner aux abords du Sacré-Coeur, vous y retrouverez peut-être quelques rues que vous avez l'habitude de fréquenter.

 


Elle marchait rue Norvins. Au loin, des bosquets d'arbres, presque des sous-bois ; la terre était rouge, les rares pavés d'un gris sans tristesse, des draps et des linges bariolés séchaient à des fils tendus entre les façades. Des charrettes stationnaient sur les trottoirs, les sabots ferrés des chevaux résonnaient au lointain. Le chant des merles était plus sonore que n'importe où ailleurs dans Paris. P. 42

Vous l'aurez compris, Julien DELMAIRE parle de la singularité de ce territoire, et pour cela, il mobilise tous les sens. Montmartre pénètre tout votre corps jusqu'à le faire vibrer. Il rend hommage aussi à ces métiers aujourd'hui disparus, qui rythmaient la vie de ces parisiens, à l'image de l'allumeur de réverbères. Quand venait le soir, il faisait le tour des lanternes pour les éteindre, et donnait ainsi place à la nuit, et quelle nuit. Sous la plume de l'écrivain, elle devient un brin poétique :
 


La nuit était dense. Les étoiles dactylographiaient une ponctuation lumineuse, indéchiffrable aux yeux des hommes, limpide pour les bêtes et les esprits qui vagabondaient entre les branches des saules. P. 130

Julien DELMAIRE  parle de la fragilité de l'édifice et de la menace qui pèse sur ce quartier voué à un programme de rénovation. Certes il y a des bâtiments, mais dans cet environnement urbain vivent également des hommes et des femmes dont l'équilibre est remis en cause. Théophile Alexandre Steinen habite rue Caulaincourt où est installé son atelier, il vit péniblement ce projet des politiques qui, aggravé par le deuil de sa femme, va lui faire perdre le goût de dessiner, peindre. Quand Masseïda arrive dans sa vie, il ne sait pas encore que toute son histoire artistique va resurgir. Il y a plus de 30 ans, il peignait le corps de Miss Lala, une femme noire déjà. Julien DELMAIRE évoque ainsi l'évolution de l'oeuvre au fil de l'existence des artistes en fonction de leur maturité, leur expérience, leurs influences.


Mais, en abordant le sujet de la mémoire, le personnage de Masseïda ne sera pas en reste. Originaire du Royaume Mandingue, elle vit son exil comme un déchirement et la vie parisienne lui rappelle des souvenirs douloureux à l'image de cette sortie au cirque avec Théophile Alexandre Steinen et des animaux venus d'ailleurs. La condition noire du début du XXème siècle est abordée avec ce roman. Footit et Chocolat commencent à s'essouffler, la vie des étrangers est difficile et sombre régulièrement dans la prostitution pour survivre, de quoi nous donner à réfléchir avec l'actualité des migrants.


J'ai beaucoup aimé entrer dans l'intimité du peintre, vivre au sein de son atelier entouré de tous ces pigments colorés : 


Jaune de Naples, rouge cinabre, terres de Toscane et de Sienne, ombres brûlées et ocres rares. Toutes les couleurs imaginables. Un sourire éclairait son visage, tandis qu'il contemplait l'alignement parfait des tubes d'aluminium dans le coffre de bois. Il y avait même certaines nuances qu'il n'avait jamais utilisées, comme le bleu de cobalt, cette couleur dont les peintres de Montmartre vantaient l'incroyable profondeur. Il pressa délicatement le tube sur le bout de son doigt. Une coulée de ciel. Un miracle. P. 12

Je me suis laissée porter par la beauté du geste de l'artiste, la finesse du tracé. Il faut dire qu'il est servi par une plume délicate, raffinée, sensuelle aussi.


Ce roman est juste magnifique, je vous le conseille ! Je remercie vivement les éditions Grasset de m'avoir permis de le lire.
 

Cette lecture relève le challenge 1% Rentrée littéraire organisé par Délivrer des livres après :

- Le jour d'avant de Sorj CHALANDON *****

- Un funambule sur le sable de Gilles MARCHAND ***** Coup de coeur

- Un dimanche de révolution de Wendy GUERRA

 

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2017-08-25T20:08:13+02:00

Le Jour d'avant de Sorj CHALANDON

Publié par Tlivres
Le Jour d'avant de Sorj CHALANDON

Editions GRASSET


Après "Un dimanche de révolution" de Wendy GUERRA et "Un funambule sur le sable" de Gilles MARCHAND, je vous propose un nouveau roman de la rentrée littéraire de septembre 2017 : "Le jour d'avant" de Sorj CHALANDON.


De cet auteur, j'avais lu "Le quatrième mur", couronné par le Prix Goncourt des Lycéens en 2013. Je me souviens avoir été profondément touchée par la puissance émotionnelle du livre, et bien, je viens de renouveler l'expérience. Je sors complètement  "sonnée" de ce roman, c'est une claque magistrale que nous donne l'auteur sur la base d'un fait historique, méconnu mais ô combien révélateur de la vie de toute une partie de la population française.


Le 27 décembre 1974, 42 mineurs périssent dans la fosse 3 bis de Saint Amé de Liévin. Nous sommes dans le bassin houiller du Nord Pas de Calais. Joseph aurait dû assurer la relève de ses parents à la ferme mais il a été attiré comme les jeunes du village par la mine, cet univers industriel qui donnait du travail aux hommes, jeunes et moins jeunes, au péril de leur vie. Ceux qui ne mouraient pas d'un coup de grisou ne vivraient pas vieux, les poumons altérés par la poussière de charbon qui s'infiltrait partout, dans les tissus des vêtements comme dans les pores de la peau. Joseph était fier de son matricule 1916, de cette reconnaissance que lui offrait la mine. Il avait l'habitude de dire "C'est comme ça la vie", surtout quand il vivait des moments de grande complicité avec son frère, le narrateur, tous deux invincibles sur leur mobylette, le grand confiant le guidon au plus jeune de 16 ans. Ils en ont fait des tours, épris d'insouciance qu'ils étaient, comme la veille de l'accident.


Sorj CHALANDON décrit avec beaucoup de minutie l'univers de la mine et la vie les familles rythmée par l'activité de la fosse, les femmes préparant la gamelle, les hommes saluant les enfants comme s'ils se voyaient pour la dernière fois, le changement de vêtements à l'arrivée sur place, la descente à la mine, la remontée avec la relève des "pendus", les douches communes pour enlever le plus gros du charbon qui restait collé au corps des hommes, et puis l'offrande du pain d'alouette, le quignon de pain qui ayant accompagné le mineur pendant sa journée et remis  au bambin resté dans la rue pour signaler aux voisins le retour du père ou du frère, ce soir encore. J'ai été touchée par la description des conditions de vie de ces ouvriers qui ont marqué une page de l'Histoire de la France. Par le passé, les corons avaient été honorés par Pierre BACHELET dans une chanson, ils le sont aujourd'hui par Sorj CHALANDON dans un roman. 
 


Il pensait à un peuple à part. P. 5

Mais l'auteur va beaucoup plus loin, il revient sur un fait historique qui a laissé une empreinte à jamais dans le coeur des familles endeuillées ou meurtries par les blessures des mineurs descendus à la fosse 3 bis ce 27 décembre. C'était la reprise de l'activité de la mine après quelques jours de repos passé en famille à fêter Noël. Sorj CHALANDON tient un discours militant dans ce livre, il rend justice à des hommes victimes de l'absence de précautions suffisantes pour assurer leur sécurité. Cet événement aurait pu être évité et la vie de ces 42 hommes préservée. Il en assure la mémoire.


L'écrivain explore longuement la souffrance des familles, la peine des victimes collatérales de la mine avec le personnage du narrateur, le frère de Joseph, humainement très affecté par le décès de son frère. Toute son existence en sera marquée, il donnera un tournant à sa vie et partira pour la capitale pour devenir mécanicien, hanté par les fantomes des mineurs ayant péri ce 27 décembre. Il essaiera bien de construire sa vie mais sera malheureux en famille, accompagnant sa femme, malade, jusque dans les derniers instants.
 


J'ai fermé les yeux. Elle a ouvert les siens. J'ai senti sa présence derrière mes paupières. Je les ai ouvertes lentement, pour ne pas l'effrayer. Nous étions là, comme ça. Moi penché sur elle, elle tendue vers moi. P. 30

Sorj CHALANDON cherche la voie de la résilience pour un homme dont la vie est enkystée par le malheur et la présence de la mine. 


Mais ce qui m'a bouleversée le plus, c'est cette petite bombe lâchée par l'écrivain et dont la déflagration résonne comme l'explosion produite ce 27 décembre 1974. Il va générer un véritable séisme dont les secousses vont largement impacter la nation toute entière. Sorg CHALANDON a un talent fou, il assure un tour de force d'une puissance extraordinaire, chapeau bas.


Assurément, cette lecture qui s'inscrit dans le challenge 1% rentrée littéraire de Délivrer les livres est une lecture coup de poing, de celles qui envahissent votre mémoire et y laissent leur empreinte à jamais.
 

 

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2017-08-25T06:54:17+02:00

Les vérités provisoires de Arnaud DUDEK

Publié par Tlivres

 

 

Alma éditeur


Il est des livres que vous ouvrez presque les yeux fermés, de ceux dont vous soupçonnez de retrouver les qualités de la plume parce que vous avez déjà lu des romans de l'auteur.e, de ceux aussi dont vos amis vous ont parlé, en bien évidemment, et que vous êtes un brin conditionné.e par leur engouement, de ceux encore qui traitent d'un sujet qui vous intéresse tout particulièrement, de ceux enfin dont les premières lignes ou bien la 4ème de couverture vous ont tout simplement hameçonné.e... ou pour mille autre raisons encore dont vous voulez garder le secret !


Et puis, il y a des livres que vous ouvrez sans rien savoir d'eux, de ceux qui tissent le premier lien entre un.e écrivain.e et vous, de ceux aussi qui n'ont pas été médiatisés et pas ou peu relayés par la blogosphère, de ceux encore dont le titre ne vous dit absolument rien, voir sème le doute et l'entretient !


Et bien, "Les vérités provisoires" font partie de ceux-là. 


Ma seule confiance, je la devais à la Maison d'édition : Alma éditeur. N'oublions pas effectivement les Maisons d'édition, sans elles, pas d'auteur.e.s, pas de romans, pas de librairies... le monde ne serait alors pas ce qu'il est !


"Les vérités provisoires", avouez que le titre en lui-même n'est pas pour vous rassurer ! Des vérités, ah bon, il n'y en aurait pas une seule (je plaisante bien sûr !), provisoires, aïe, là, il est question de temporalité, rien n'est donc certain dans le temps. Associer des vérités au qualificatif provisoire relèverait presque du défi, et bien ni l'auteur, ni l'éditeur, n'ont reculé et ils ont bien fait.


Je vous livre quelques mots de l'histoire : 


Une jeune femme, Céline Carenti, 22 ans, étudiante, sans histoire, est disparue. Que dis-je ? Je n'en sais rien en fait ! Non, ce que je sais, c'est qu'elle a quitté son logement et qu'elle n'y est pas revenue, que son frère, Jules, après 2 ans et 3 mois sans nouvelle de sa soeur, a décidé d'investir son appartement pour mener son enquête à lui. Il veut explorer tous les objet et remonter le fil de leur histoire. Il veux trouver un indice qui le mettra sur la voie de Céline. C'est là que le roman commence !


Pour tout vous dire, j'ai aimé le temps d'un livre me laisser porter par le mystère suggéré par le titre de ce roman et ses premières lignes. J'ai aimé accompagner Jules dans sa quête. Nous ne sommes pas dans un roman policier, non, Sherlock Holmes n'est pas en vue. Nous sommes sur des recherches menées par un être affecté par l'absence de sa soeur, ça pourrait être moi, ça pourrait être vous.


J'ai apprécié l'approche des objets de cet appartement, comme autant de traces d'une vie passée dans une intimité préservée. Je ne m'étais jamais posé la question de ce que pourraient témoigner toutes ces choses qui font mon quotidien quand je ne serai plus là, mais effectivement, à bien y réfléchir, pour ceux qui restent, ils pourraient être les marques d'une vie menée avec passion.


Partout où les gens vivent le souvenirs s'accumulent, comme les sédiments dans le lit d'une rivière [...]. P. 16

J'ai été sensible à la notion d'oubli des êtres disparus. Dans le jours qui ont suivi la nouvelle, les proches se sont mobilisés, des inconnus aussi ont prêté main forte, et puis, très vite, d'autres disparu.e.s ont pris le relais dans les actualités, la disparition de Céline est devenue pour les services de police une parmi d'autres. Les proches ont chacun développé un instinct de survie, les parents étaient divorcé depuis 5 ans, la mère de Céline a décidé de quitter la terre nationale pour un autre territoire, cherchant dans l'exil le chemin de la résilience, le père, lui, a monté une association et a mené le combat pour retrouver sa fille, connaître la vérité, et puis, il y a eu l'initiative du frère. Avec ce roman, c'est le poids de l'absence, la douleur du manque, la souffrance liée au désespoir, la culpabilité aussi qui sont mis en lumière :


Il ne peut s'empêcher de se sentir coupable de l'oublier ne serait-ce que par bribes, le grain de la peau qui n'est plus aussi net, la couleur des yeux qui n'est plus aussi claire, comme si une sorte de loyauté envers sa soeur exigeait la plus grande précision. P. 59

Comment vivre, survivre, quand un drame de cet ordre vous frappe ? C'est aussi ça qui est abordé dans ce roman, il y a la version de Jules, comment lui-même voit la vie, évolue avec les autres, et puis il y a celle de Bérénice, la voisine de Céline qu'il va rencontrer lors d'une intervention des pompiers dans l'immeuble pour secourir un monsieur âgé. En fait, avec cette installation de Jules dans un nouvel appartement, celui de sa soeur, c'est non seulement le dedans qu'il va découvrir, mais aussi le dehors, ce qui constituait l'univers de sa soeur, son environnement urbain, social... ces changements ne vont pas manquer de faire évoluer sa vie. 


J'ai aimé ce roman de Arnaud DUDEK dont je découvrais la plume, fluide. J'ai été séduite aussi par le fait qu'il ne délivre pas tous les secrets et qu'il ne nous donne que quelques clés de compréhension pour se construire chacun son scénario. 
 

Cette lecture participe aussi au Challenge de la Rentrée Littéraire MicMelo de janvier 2017 ! 

 

Les vérités provisoires de Arnaud Dudek ****

Un fils parfait de Mathieu Menegaux ***** Coup de coeur

Marx et la poupée de Maryam Madjidi ****

Elle voulait juster marcher tout droit de Sarah Barukh ****

Outre-mère de Dominique Costermans ****

Vermeer, entre deux songes de Gaëlle Josse *****

Maestro de Cécile Balavoine ***** Coup de coeur

Marguerite de Jacky Durand *****

Les indésirables de Diane Ducret ***** Coup de coeur

Mon ciel et ma terre de Aure Atika *****

Nous, les passeurs de Marie Barraud *****

Pour que rien ne s'efface de Catherine LOCANDRO *****

Principe de suspension de Vanessa BAMBERGER ****

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie KALFON ****

Coeur-Naufrage de Delphine BERTHOLON ***** Coup de coeur

Presque ensemble de Marjorie PHILIBERT ***

La baleine thébaïde de Pierre RAUFAST ****

L'article 353 du code pénal de Tanguy VIEL ****

Ne parle pas aux inconnus de Sandra REINFLET ****

La téméraire de Marine WESTPHAL *****

Par amour de Valérie TONG CUONG ***** Coup de coeur

La société du mystère de Dominique FERNANDEZ ****

L'abandon des prétentions de Blandine RINKEL ****

La sonate oubliée de Christiana MOREAU ****

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2017-08-19T11:31:36+02:00

Un funambule sur le sable de Gilles MARCHAND

Publié par Tlivres
Un funambule sur le sable de Gilles MARCHAND

Aux Forges de Vulcain éditions

 

Quand on s'apprête à lire le 2ème roman d'un écrivain dont on a aimé la plume, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie... il y a toujours une petite appréhension. Est-ce que je vais retrouver la qualité de la prose, vivre des émotions fortes, bref, est-ce qu'il va me transporter ? 


Et bien, maintenant que je viens de le refermer, je peux vous l'assurer. "Un funambule sur le sable" est à la hauteur du 1er roman de Gilles MARCHAND "Une bouche sans personne", il est au sommet, tout simplement.


Je vous dis quelques mots de l'histoire :


Le narrateur est né avec un violon dans le cerveau, de ces différences qui font de vous un être à protéger. De quoi ? De tout ! Des autres, du regard des autres, des enfants, de l'école, de la société en général. Son quotidien est ponctué de visites à l'hôpital, le diagnostic est incertain, il faut faire des examens, encore et encore. Ses parents l'entourent de leur amour, l'étouffent même. Lui, il a envie de vivre comme tout le monde. Mais ce monde lui est inaccessible. Il va trouver quelques êtres qui vont adoucir sa vie, lui offrir une complicité, une compréhension, le traiter d'égal à égal. Il y a les oiseaux d'abord, les cordes de son violon s'en donnent à coeur joie, ils parlent le même langage. Et puis, il y a Max, cet autre enfant, différent lui aussi, il boite. Partager ce même statut, celui d'enfant différent, va nouer entre eux une relation. La musique va venir en consolider les fondations, l'amitié qui va s'établir entre eux sera d'une force inouIe, elle résistera au temps, aux années, aux épreuves de la vie, mais là, c'est encore une autre histoire !
Je ne vais pas vous en dire beaucoup plus, il faut que vous découvriez cette pépite par vous-même(s).


Laissez-vous porter par la beauté de la plume. Tantôt grave, tantôt tendre, humoristique aussi. Gilles MARCHAND joue avec les registres, naviguant entre tous, suscitant en permanence l'ascenseur émotionnel. Vous allez pleurer, vous aller rire. La littérature contemporaine offre assez peu de romans qui vous donnent le sourire aux lèvres, c'est donc suffisamment rare pour être remarqué.


Mais plus encore, la plume de Gilles MARCHAND se distingue par sa fantaisie, sa poésie. La 1ère partie de ce roman pourrait être un conte, elle vous plonge dans le monde de l'imaginaire, du fantastique, elle vous prend par la main pour vous émanciper de la société, ces tabous, elle vous porte au-delà des limites, elle les transcende. Certains parlent de Gilles MARCHAND comme du Boris VIAN du XIXème siècle, moi je le rapprocherai plutôt de Mathias MALZIEU. Chaque auteur est singulier et c'est bien là leur qualité. Mais j'ai retrouvé cette bienveillance, cette douceur, cette gentillesse, cette attention toute en délicatesse.

Mais que l'on ne s'y trompe pas, cette plume ne les empêche nullement d'aborder des sujets graves. Mathieu MALZIEU dans son récit de vie "Journal d'un vampire en pyjama" traitait de la maladie, du monde de l'hôpital, de la mort prête à frapper à chaque instant, Gilles MARCHAND aborde, lui, la différence. Elle peut prendre beaucoup de formes. Il y a celles qui se voient, à l'oeil nu, qui vont faire de vous l'être à part, le bouc-émissaire de toutes les cours d'écoles, et il y a celles qui ne se voient pas. Plus subtilement, elles vont aussi envahir votre vie, vous faire souffrir, vous éloigner des autres, ceux qui rentrent dans la case des gens ordinaires. J'ai beaucoup vibré pour la 1ère partie de ce roman qui dissèque les effets de la différence et met des mots là où il est parfois difficile d'exprimer les choses. Elle vous fait prendre conscience de la fragilité de la normalité. Ne sommes-nous pas le différent de quelqu'un d'autre ? ne sommes-nous pas le handicapé d'un autre ? De quoi nous laisser méditer quelques heures...


Ce roman, outre le fait qu'il soit bien écrit, il est beau, il est porteur d'espoir, d'optimisme. Ces enfants différents vont se rencontrer, établir une complicité, cette relation EXTRA-ordinaire va leur donner confiance, les porter tous les deux, leur permettre d'apprendre à mieux connaître leur corps, l'apprivoiser, le revendiquer pour mieux affronter le monde extérieur, grandir, tomber amoureux, vivre quoi !
 


A la nôtre et à nos corps étrangers. P. 212

Et puis, il y a enfin la place de la littérature dans la vie de cet enfant. Des livres, il va en lire beaucoup. Sa mère était  professeure de français, un environnement familial peut-être favorable, encore que... Gilles MARCHAND parle de la littérature qui met du baume sur les plaies, du pouvoir des livres, de la bibliothérapie, et quand on est différent, il s'agit là d'un véritable trésor, la voie de la liberté. Qui plus est, la force de la littérature, c'est qu'elle est "inépuisable".
 


C'était presque comme cela que je concevais la littérature pendant ces premières années de ma vie : une matière première qui s'était transformée en besoin vital. Privé d'école, privé de copains, les livres étaient devenus ma matière première. P 21

Quant à sa mère, je trouve qu'elle répondait magnifiquement bien à ses élèves qui lui demandaient si elle avait lu tous les livres de la bibliothèque :
 


[...] qu'elle ne les avait pas tous lus mais qu'elle avait lu des livres qui ne s'y trouvaient pas. P. 21

Toujours cette fantaisie chez Gilles MARCHAND, ce pas de côté, à l'image de ce que font les 68 Premières fois à chaque rentrée littéraire. Il y a les 15 romans dont tous les médias parlent, et puis les autres. Mais attention, nous pourrions avoir de belles surprises. "Un funambule sur le sable" est déjà sélectionné dans le cadre du Prix FNAC et Cultura. Il pourrait bien entrer dans le top 15 de cette rentrée littéraire de septembre 2017. 


Pour moi, c'est un coup de coeur, et je le partage ! 

 


 

C'est ma 2ème lecture dans le cadre du challenge 1% Rentrée littéraire avec Délivrer des livres !

 

après

"Un dimanche de révolution" de Wendy GUERRA, éditions Buchet Chastel ****

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2017-08-08T20:26:03+02:00

Un dimanche de révolution de Wendy GUERRA

Publié par Tlivres
Un dimanche de révolution de Wendy GUERRA

Editions Buchet Chastel


Traduit de l'espagnol (Cuba) par Marianne MILLON


Babelio et les éditions Buchet Chastel ont eu la formidable idée d'organiser une Masse critique estivale, avec un bon goût d'avant-première de la rentrée littéraire 2017. Je les en remercie vivement !


Impossible de passer à côté d'une telle opportunité de découvrir une nouvelle plume, celle de Wendy GUERRA, et de surfer sur cette vague qui nous grise toutes et tous !


Le roman "Un dimanche de révolution" ne sera disponible en librairie que le 24 août prochain, mais j'ai décidé de vous livrer ma chronique dès maintenant, histoire de vous mettre en appétit.


Allez, je vous emmène en voyage, nous partons pour Cuba !


Cléopatre Alejandra dite Cléo, la trentaine, est poétesse. Son recueil de poèmes "Avant le suicide" vient de recevoir le premier prix d'un concours de littérature espagnol. Elle pourrait être heureuse mais voilà, ses parents sont décédés dans un accident de voiture tout récemment, elle vit à la Havane et se sent terriblement seule. Son escapade à l'étranger pour recevoir son prix ne viendra que renforcer ce sentiment à son retour en terre cubaine où les amis prennent de la distance. Cléo ferait-elle partie des indésirables pour le citoyen cubain ? et pour le parti alors ?


J'ai lu, il n'y a pas très longtemps, "Tea time à New Delhi" de Jean-Pol HECQ qui m'a donné l'occasion, aux côtés du Che, de prendre le pouls de cette île à la sortie de la révolution. Nous étions en 1959.

Ce roman de Wendy GUERRA "Un dimanche de révolution" qui met en scène une jeune femme d'aujourd'hui, écrivaine, laisserait-il à penser que la révolution n'est pas finie ? C'est ce que nous propose d'explorer l'auteure en décrivant le quotidien de cette artiste, harcelée dans sa vie privée comme dans sa vie professionnelle, par le pouvoir en place. Tout est prétexte à une fouille, qu'il s'agisse de l'appartement comme du corps humain. Le régime en place se méfie de chaque citoyen et s'organise pour tout connaître de son intimité. Alors, quand le personnage principal est artiste et qu'il aspire à une liberté, sinon de mouvement, à tout le moins intellectuelle, les frustrations sont énormes.


Et quand vous imaginez que vos propres amis sont eux aussi acquis à la cause du régime et qu'ils risquent à tout moment de vous dénoncer pour un quelconque propos, une attitude qu'ils jugent suspectent, comment survivre ? Ce roman ne donne en rien une réponse, il pose lui-même de très nombreuses questions, le.a lecteur.rice se trouve de fait interpeller par l'itinéraire de cette jeune femme.


J'ai été particulièrement sensible à l'oppression des hommes et des femmes, au quotidien, par un régime dictatorial. Jusque dans la mode, les principes d'uniformité sont donnés, impossible à chacun d'avoir sa propre personnalité et de la revendiquer :
 


Ici, la mode, ces dernières années, a consisté à vivre le dos tourné à la mode. Il est politique correct de se montrer humble. On déconseille de porter quelque chose d'onéreux, bien coupé, extravagant, hors du commun, unique, se distinguant de la masse, qui rappelle qu'il existe une autre façon de vivre, on déconseille d'être unique. P. 53

Avec ce type de roman, il nous est rappelé ô combien notre liberté est précieuse. Ce qui pourrait paraître anodin dans le quotidien, comme la manière de s'habiller, ne vient que renforcer ce sentiment de harcèlement du régime jusque dans les moindres détails de votre quotidien.


Mais ce n'est finalement presque rien à côté de l'obsession d'être écouté :
 


En réalité, le véritable micro, quand tu as parlé tout bas pendant des années et renoncé à dire ce que tu penses, le véritable instrument, il vit en toi. P. 68

Ce qui m'a impressionnée dans ce roman, c'est cette mutation de l'individu dans un environnement qui l'assaille. J'ai entendu parler de ces animaux qui mutent et qui deviennent par exemple herbivores avec le temps, faute de trouver la chair sensée subvenir à leurs besoins. Les cubains sont à cette image. Ils ont tellement appris à être écoutés qu'ils renoncent tout simplement à l'expression. Wendy GUERRA démontre avec ce roman le degré d'aliénation de l'individu.


Alors, bien sûr, certains décident de quitter l'oppression et de partir pour les Etats-Unis. Mais là, vous serez étiqueté(e)s à jamais par le régime. Si un jour l'idée vous venait de rentrer sur cette terre de vos origines, il s'agirait d'un voyage à vos risques et périls.
 


Une fois que tu décides de vivre là-bas, tu n'es plus jamais considéré comme une personne de confiance ; tu deviens cette cible sur laquelle on nous a appris à tirer. On te suspectera, on te suspectera, on te suspectera, car tu n'es pas un simple touriste américain, non, tu es un déserteur cubain passé dans les rangs de l'exil. P. 61

Wendy GUERRA, elle-même écrivaine, choisit avec l'itinéraire de Cléo de parler des auteurs et du poids de la censure. Elle évoque à quel point il est difficile de s'abstraire du régime pour s'autoriser à poser des mots sur des pensées et ainsi permettre à la littérature de s'épanouir.
 


Il faut apprendre à survoler la carte littéraire et politique d'un pays et assainir son esprit pour écrire sans peur, mais cela ne s'obtient qu'en travaillant. P. 112

Ce roman a peut-être quelque chose d'autobiographique. C'est une des questions que j'aimerais poser à Wendy GUERRA si l'opportunité m'était donnée d'échanger avec elle.


"Un dimanche de révolution" est un roman qui donne à voir l'histoire contemporaine d'un territoire insulaire enkysté dans un passé dictatorial, salutaire assurément, de ceux qu'il convient de lire pour ouvrir les yeux sur une réalité d'aujourd'hui.

 

Le propos est puissant, la langue acérée. Si dans son pays, sa voix est écoutée, offrons lui nous la possibilité de rayonner hors de ses frontières et d'être chez nous entendue !

 

Cette lecture concourt au challenge lancé par Délivrer des livres, c'est ma première participation (c'est sa 8ème édition) et ma première chronique publiée. Et de 1 !
 

Un dimanche de révolution de Wendy GUERRA

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