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Articles avec #mes lectures catégorie

2022-06-25T06:00:00+02:00

La fille que ma mère imaginait de Isabelle BOISSARD

Publié par Tlivres
La fille que ma mère imaginait de Isabelle BOISSARD

Le bal des 68 Premières fois se poursuit. 

Après :

"Aux amours" de Loïc DEMEY

 "Les nuits bleues" de Anne-Fleur MURTON

"Les maisons vides" de Laurine THIZY,

"Furies" de Julie RIOCCO,

"Ubasute" d’Isabel GUTIERREZ,

"Les envolés" d'Etienne KERN,

"Blizzard" de Marie VINGTRAS,

"Saint Jacques" de Bénédicte BELPOIS

 "Les confluents" de Anne-Lise AVRIL

"Le parfum des cendres" de Marie MANGEZ

"Jour bleu" de Aurélia RINGARD

"Debout dans l'eau" de Zoé DERLEYN

place au premier roman de Isabelle BOISSARD : "La fille que ma mère imaginait" chez Les Avrils.

Il y a cet anniversaire avec un cadeau original, un atelier d’écriture, et puis un nouveau grand départ, le lot commun des expatriés, toujours entre deux avions. Après Limoges, en guise d’amuse-bouche, l’étranger, le grand saut. Après la Suède, l’Italie, place à Taïwan, l’Asie, changement d’environnement, de climat, de cuisine… une sacrée épreuve pour une conjointe-suiveuse, c’est comme ça qu’est appelée celle qui suit son mari qui travaille, celui qui entretient sa famille, mais tout ça ne serait rien encore sans un appel téléphonique des plus alarmants…
 
Au rythme d’un journal intime, alimenté au gré des émotions de la narratrice dont on devine qu’elles sont largement inspirées du parcours personnel de la primo-écrivaine, le roman dévoile le quotidien d’une femme en mal du pays, mal-être, mal tout court. 
 
Vendu comme ça, ce premier roman pourrait être un brin dissuasif mais surtout, ne reculez pas, non, ce roman c’est un ton, humoristique, caustique, vous allez rire, jaune !
 
La jeune femme, mère de deux enfants, mariée avec Pierre, sœur de deux garçons, fille d’un père décédé d’un cancer quand elle n’avait que 10 ans, et d’une mère… dont je vais taire le sort, elle a beaucoup de choses à dire sur sa vie… plurielle ! Ne vous attendez pas à de la bienveillance, non, la narratrice vous sert le tout à bâton rompu, en toute franchise, à bas le conformisme et autres arrangements raisonnables. Toutes vérités ne seraient pas bonne à dire, là, le venin est craché pleine figure !
 
Vous allez être poussé dans le mur. A vous de voir si vous avez envie d’être l’avocat du diable et l’inviter à modérer le propos…
 
Outre le fait de découvrir ce territoire méconnu qu’est Taïwan, ses tribulations politiques depuis la fin de l’occupation japonaise, j’ai beaucoup aimé l’humour qui traverse l’ensemble du roman


J’aimerais que le corps soit une chose extérieure que l’on puisse déposer devant soi. On pourrait passer son corps à la machine, le faire sécher, le recoudre, et pourquoi pas une fois trop usé, le jeter. Il suffirait alors de s’en acheter un nouveau. Neuf ou bien d’occasion, si on est écolo. Puisque tout le monde semble avoir un complexe, je suis convaincue qu’il aurait un marché incroyable pour troquer ou vendre son corps. www.leboncorps.com. P. 33

Et puis, il y a l’approche de la langue, cette partie visible de l’iceberg de ce qu’est chacun…


Le problème n’est pas d’appendre la langue, mais de comprendre toute une conception du monde. Il n’y a pas un filtre, mais de multiples interprétations. P. 71

Un élément incontournable de l’interculturalité. J’ai beaucoup pensé au père de l’ethnopsychiatrie, Tobie NATHAN, qui dit la même chose en d’autres mots.
 
Il y a encore cette analyse de ce que peut être une mère…


Une vraie mère courage. De celles qui se surpassent, qui se dépassent même. Mais se dépasser, c’est aussi prendre le risque de passer à côté de soi. P. 134

Il y a son regard sur ce qu’elle vit de sa relation avec ses filles et celui, surtout, posé sur celui de sa propre mère. 
 
Ce premier roman est très réussi, d’abord parce qu’il m’a fait rire. C’est suffisamment rare pour le préciser ! Je vais pouvoir préparer mon calendrier de l’ #Aventlitteraire sereinement ! Il est singulier aussi dans le regard posé sur le monde, cynique. A méditer sans modération !
 
Impossible de vous quitter sans quelques notes de musique. J’invite Rihanna à chanter son titre « Farewell »… savourez 🎶 
http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/06/farewell-de-rihanna.html

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#68premieresfois #68premieresfoisetplussiaffinité #68premieresfois2022 #litteraturefrancaise #premierroman #68unjour68toujours #bookstagram #jamaissansmon68 #selection2022 #premierroman #7anscasefete #onnarretepasles68 #un68sinonrien #touchepasamon68 #jepensedoncje68 #Lafillequemamereimaginait #Isabelleboissard

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2022-06-21T06:00:00+02:00

Consolation de Anne-Dauphine JULLIAND

Publié par Tlivres
Consolation de Anne-Dauphine JULLIAND

Ce récit de vie, peut-être qu’il n’aurait jamais croisé mon existence s’il n’y avait eu le Book club. Nouvelle référence et pas des moindres : « Consolation » de Anne-Dauphine JULLIAND publié initialement chez Les Arènes Eds et maintenant chez J'ai lu.

Vous n’allez pas tarder à découvrir le drame qui l’a fauchée, il se décline en réalité au pluriel, et malgré la tragédie qu’ils recouvrent, ils tiennent en une seule phrase, la première du livre. Plus précisément, ils tiennent en quatre mots :


J’ai perdu mes filles.

 

quatre mots comme le fil rouge du livre, profondément lumineux malgré la douleur, la souffrance, le deuil…
 
En parlant de la mort de deux enfants, deux filles, Thaïs et Azylis, toutes les deux de la même maladie dégénérative, la leucodystrophie métachromatique, Anne-Dauphine JULLIAND, leur mère, nous parle de la vie, des sentiments, des émotions qui l’ont traversée et le font encore, certains jours avec tendresse et délicatesse, certains instants avec violence et fracas à l’image d’un éléphant qui entrerait dans un magasin de porcelaine, broyant tout sur son passage, foulant du pied tout ce qui a été précieusement construit.
 
Dans ce récit de vie, autobiographique, l’écrivaine brosse le portrait de la « Consolation », toujours avec beaucoup de poésie…


La consolation est une histoire d’amour écrite à l’encre des larmes. P. 11

Anne-Dauphine JULLIAND explore les tréfonds de son âme et nous livre son regard, personnel, sur les épreuves qu’elle a vécues. Elle nous apprend à les décrypter, les apprivoiser, les faire sienne, et à les partager. Les taire serait d’infliger une double peine.


Le silence donne l’illusion de tenir la réalité à distance. Ce qui n’est pas dit ne prend pas corps, ni pour les autres ni pour soi-même. P. 113

L’autrice nous livre son chemin, certains diront de croix.
 
Si j’appréhendais cette lecture, j’en ressors grandie. Elle m’a fait toucher du doigt tout ce qui devient subtil lorsque vous êtes éprouvé, toutes ces manifestations d’humanité qui font battre plus vite le cœur. J’ai fondu devant la présence de cette infirmière avec ces seuls mots, « je suis là », ou bien encore ces funérailles avec les ongles vernis rouges de toutes les personnes qui se joignaient à sa peine. Pleurer, pourquoi m’en cacher ?


Pleurer, c’est avoir confiance dans le monde. P. 80

Et j’ai confiance en vous !
 
J'ai pris l'habitude avec les 68 d'accompagner mes lectures de musique. Là, elle s'est imposée à moi. Le livre terminée, je suis partie me promener. Les écouteurs sur les oreilles, j'ai commencé par zapper sur les différentes radios et puis, j'ai entendu ses notes... et enfin, ses paroles ! Comme une évidence, je vous propose "Save your tears" de The Weeknd.

Retrouvez toutes les références du Book club :

"La porte du voyage sans retour ou les cahiers secrets de Michel ADANSON" de David DIOP

"Malgré tout" de Jordi LAFEBRE

"Sidérations" de Richard POWERS

"Hamnet" de Maggie O'FARRELL

 "Les enfants sont rois" de Delphine DE VIGAN

"Au-delà de la mer" de David LYNCH

"Le messager" de Andrée CHEDID

"L’ami" de Tiffany TAVERNIER

"Il n’est pire aveugle" de John BOYNE,

"Les mouches bleues"» de Jean-Michel RIOU,

"Il fallait que je vous le dise" de Aude MERMILLIOD, une BD,

"Le roi disait que j'étais diable" et "La révolte" de Clara DUPONT-MONOD, 

"Un jour ce sera vide" de Hugo LINDENBERG

"Viendra le temps du feu" de Wendy DELORME,

"Il n'est pire aveugle" de John BOYNE...

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2022-06-18T06:00:00+02:00

Aux amours de Loïc DEMEY

Publié par Tlivres
Aux amours de Loïc DEMEY
Le bal des 68 Premières fois se poursuit.
 
Après :

 "Les nuits bleues" de Anne-Fleur MURTON

"Les maisons vides" de Laurine THIZY,

"Furies" de Julie RIOCCO,

"Ubasute" d’Isabel GUTIERREZ,

"Les envolés" d'Etienne KERN,

"Blizzard" de Marie VINGTRAS,

"Saint Jacques" de Bénédicte BELPOIS

 "Les confluents" de Anne-Lise AVRIL

"Le parfum des cendres" de Marie MANGEZ

"Jour bleu" de Aurélia RINGARD

"Debout dans l'eau" de Zoé DERLEYN

place à un roman aux allures de manège poétique, un tourbillon chimérique, une lente divagation...

Loïc DEMEY et les Éditions Buchet Chastel nous proposent un texte hors norme : « Aux Amours », une douce rêverie.
 
Le texte s’étire sur une centaine de pages, en une seule phrase, c’est là toute l’originalité, une tendre et délicate attention portée à une femme que le narrateur attend, espère, convoite, désire, fantasme… jusqu’à son dernier souffle.
 
On aurait pu imaginer que je m'y ennuie. En fait, cette lecture, je l’ai savourée.
 
Comme quoi, c'est bon de se laisser surprendre par la littérature, et dans le genre, les fées des 68 Premières fois savent y faire !
 
La plume est délicieuse, c’est une succulente friandise, un bonbon tendre, une gourmandise exquise.
 
Vous connaissiez peut-être "Je, d'un accident ou d'amour". Je me prends à penser que l'auteur fait de l'amour son sujet de prédilection, non ?
 
Pour l'accompagner, j'ai choisi le titre "Manège" de November Ultra, histoire de poursuivre l'enchantement...
http://tlivrestarts.over-blog.com/ 2022/06/manege-de-november-ultra.html

http://tlivrestarts.over-blog.com/ 2022/06/manege-de-november-ultra.html

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2022-06-17T06:00:00+02:00

La porte du voyage sans retour ou les cahiers secrets de Michel ADANSON de David DIOP

Publié par Tlivres
La porte du voyage sans retour ou les cahiers secrets de Michel ADANSON de David DIOP
 
Vous connaissiez peut-être la plume de David DIOP, notamment pour son roman "Frère d'âme", Prix Goncourt des Lycéens 2018, moi pas. "La porte du voyage sans retour", c'est une nouvelle référence du Book club !
 
Michel Adanson est un naturaliste français. Six mois avant de mourir, il écrit une longue lettre à sa fille pour lui raconter sa vie. Nous sommes en 1806. Il se souvient de sa mission au Sénégal pour répertorier les espèces. Il se souvient aussi de Maram, une jeune femme, noire. Surnommée la revenante, il se devait de découvrir son secret, une esclave noire n’est jamais revenue au pays !
 
David DIOP relate les quelques années passées par Michel ADANSON au Sénégal, un homme un peu plus ouvert que les colons en mal d’esclavage.
 
L’auteur nous livre un roman haletant. La vie de Michel ADANSON est à de nombreuses reprises mise en danger. C’est un roman d’aventure, une véritable épopée.
 
J’ai personnellement aimé le regard moderne de cet homme. Son altruisme et son approche de l'interculturalité faisaient de lui un homme hors du commun :


La langue wolof, parlée par les Nègres du Sénégal, vaut bien la nôtre. Ils y entassent tous les trésors de leur humanité : leur croyance dans l’hospitalité, la fraternité, leurs poésies, leur histoire, leur connaissance des plantes, leurs proverbes et leur philosophie du monde. [...] J’ai découvert ainsi, en racontant ma généalogie à Ndiak, que, lorsqu’on apprend une langue étrangère, on s’imprègne dans le même élan d’une autre conception de la vie qui vaut bien la nôtre. P. 55-56 et P. 110

Michel ADANSON prêtait une attention toute particulière à celles et ceux qui étaient différents de lui. Il savait prendre du recul, analyser ce qui fait de nous l’humanité. Il y a aussi ces passages sur la médecine, la manière qu'ont les guérisseurs de porter une attention particulière à leurs patients :


Elle m’a appris à écouter. Elle m’a souvent répété que les premiers remèdes sont à trouver dans les paroles mêmes de ceux qui exposent les symptômes de leur maladie. P. 173

Entre sorcellerie et traitement scientifique de la maladie, l’approche du soin par l’extériorisation du mal m’a toujours profondément intéressée, David DIOP me conforte.
 
L’auteur nous livre un roman salutaire dans une plume inspirante. Revenir sur Michel ADANSON, c’est assurer à ses travaux la postérité. C’est aussi inscrire la mémoire  du peuple noir du Sénégal dans le grand livre de notre Histoire.

Vous aimerez peut-être les autres références du Book club...

"Malgré tout" de Jordi LAFEBRE

"Sidérations" de Richard POWERS

"Hamnet" de Maggie O'FARRELL

 "Les enfants sont rois" de Delphine DE VIGAN

"Au-delà de la mer" de David LYNCH

"Le messager" de Andrée CHEDID

"L’ami" de Tiffany TAVERNIER

"Il n’est pire aveugle" de John BOYNE,

"Les mouches bleues"» de Jean-Michel RIOU,

"Il fallait que je vous le dise" de Aude MERMILLIOD, une BD,

"Le roi disait que j'étais diable" et "La révolte" de Clara DUPONT-MONOD, 

"Un jour ce sera vide" de Hugo LINDENBERG

"Viendra le temps du feu" de Wendy DELORME,

"Il n'est pire aveugle" de John BOYNE...

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2022-06-14T06:00:00+02:00

Le lac de nulle part de Pete FROMM

Publié par Tlivres
Le lac de nulle part de Pete FROMM
Commencer une semaine de vacances, passer à la La Librairie Contact, se laisser séduire par le voyage proposé par Pete FROMM avec "Le lac de nulle part" aux éditions Gallmeister.
 
Trig et Al sont des jumeaux de 27 ans, lui est parti en Californie, elle vit à Denver. Les parents sont divorcés. Depuis leur tendre enfance, leurs vacances étaient dédiées à des aventures. Ils sont de véritables rangers. Alors, quand leur père, Bill, leur envoie un sms pour leur proposer une dernière aventure. Même s’ils sont un brin intrigués, ils répondent par l’affirmative. Il y a bien eu ces doutes à l’aéroport autour des bagages qui auraient disparu. Et puis, l’absence d’itinéraire précis. Mais ils sont en confiance. Ils ne savent pas encore que cette expédition se fera au péril de leur vie.
 
Avec ce roman, vous allez embarquer sur deux canoës pour visiter les lacs canadiens. Vous allez faire connaissance avec la faune du pays, découvrir la flore aussi. Mais plus que tout, vous allez vivre comme des trappeurs, allumer le feu, le nourrir pour qu’il reste allumer, vous allez pêcher pour manger et naviguer, encore et toujours.
 
Ce roman, c’est un voyage au cœur de Dame Nature. Vous allez vous émerveiller des aurores boréales :


Ce n’est pas la fin du monde, juste la planète qui la ramène, histoire de nous montrer ce dont elle est capable, au lieu de se contenter d’exister, ainsi qu’elle le fait d’habitude, une petite rodomontade au crépuscule pour nous rappeler que nous ne sommes pas le centre de la Terre, mais un détail mineur condamné à errer à sa surface. P. 122

Comme j’ai aimé leur combat, à la vie à la mort, comme j’ai soutenu le moindre de leurs efforts devant la puissance des éléments. Ce roman, vous allez le vivre dans votre chair. Vous allez avoir froid, vous allez sentir chacun de vos membres se frigorifier, vos lèvres gercer…
 
Et puis, ce qui m’a profondément touchée, c’est ce lien indéfectible entre les jumeaux, Trig et Al, deux être que rien ne pourrait séparer, deux individus de 27 ans unis comme deux gamins. Les souvenirs de vacances ensemble, de rituels, vont ranimer leurs joies enfantines. Il y a de l’humour dans le propos :


L’adolescence fondait sur nous telle une locomotive, un cheminot balançait pelletée après pelletée d’hormones dans les flammes. P. 41

Ce roman est lent mais rythmé par le suspens de la (sur)vie. Vous allez vivre au rythme du lever et du coucher du soleil, plus rien d’autre n’aura d’importance que d’imaginer le lieu d’installation de votre prochain campement.
 
Je voudrais saluer non seulement la plume de Pete FROMM mais aussi la traduction réalisée par Juliane NIVELT, une prouesse de 444 pages.
 
Les romans d’auteurs américains ont cette capacité à nous transporter, comme une signature singulière, un genre particulier. Ils nous livrent des romans d'aventure captivants. Comme j’aime sombrer en aux troubles sous le joug de leurs mots.
 
Faites comme moi, laissez vous embarquer !
 
Avec celui-ci, ou bien encore ceux-là...
 
"Une maison parmi les arbres" de Julia GLASS
"Ces montagnes à jamais" de Joe WILKINS
 

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2022-06-11T06:00:00+02:00

Debout dans l’eau de Zoé DERLEYN

Publié par Tlivres
Debout dans l’eau de Zoé DERLEYN
Le bal des 68 Premières fois se poursuit.

"Les envolés" d'Etienne KERN,

"Blizzard" de Marie VINGTRAS,

"Saint Jacques" de Bénédicte BELPOIS

 "Les confluents" de Anne-Lise AVRIL

"Le parfum des cendres" de Marie MANGEZ

place au premier roman de Zoé DERLEYN, « Debout dans leau » aux éditions La brune du rouergue.

Nous sommes en Belgique. La narratrice, une jeune fille de 11 et demi vit chez sa grand-mère. Elle aime l’étang qui borde la maison. Elle s’y baigne. Elle y navigue. Il lui offre la possibilité de s’extraire de la tension qui règne sous le toit familial. Sa mère l’a abandonnée quand elle avait 3 ans., et son grand-père se meurt à l’étage. Les journées sont rythmées par le passage de l’infirmière, Inge, et de la femme de ménage, Magda. Pas une pointe de fantaisie dans un quotidien plombé par des réalités tragiques.
 
Dans ce premier roman, j’ai été saisie par la scène d’entrée. Le corps de la jeune fille est figé dans leau, les jambes immobilisées dans la vase de l’étang qui, au fil des pages, devient un personnage à part entière. Si la famille donne plutôt l’impression de cohabiter dans les mêmes murs, la narratrice et l’étang ne font qu’un. Il y a une sorte d’interaction charnelle entre eux.
 
C’est aussi un roman contemplatif. Les premières lignes donnent le ton avec cette jeune fille qui reste là sans bouger à attendre que les poissons viennent l’effleurer.
 
Le rythme est lent, les personnages taiseux, la vie est terrifiante avec l’absence d’origine (le mystère de sa mère pèse sur la famille) et l’absence d’avenir (la mort imminente du grand-père). C’est un peu comme si la jeune fille était en transition, dans un hall de gare, en attendant de monter dans un train, celui de la vie.
 
J’ai aimé les convoitises de la jeune fille autour du livre que prend systématiquement sa grand-mère pour aller à l’église, un livre rouge foncé à l’écriture calligraphié, les premières lettres enluminées. C’est avec cet épisode que l’on mesure la dimension du roman initiatique.


Le livre est rangé dans le dernier tiroir de la table de nuit. […] Il m’a fallu du temps pour l’ouvrir, au hasard. Et j’ai lu. Des mots qui m’ont donné chaud. Des mots qui parlaient d’un corps adorable, de s’abandonner dans ses bras ; des demandes répétées que l’autre prenne pitié ; d’un amour débordant, excessif, supplié et suppliant. Je n’avais jamais lu ni entendu de phrases comme celles-là et je n’en ai jamais lu ou entendu ailleurs que dans ce livre. P. 35

Dans une narration à la première personne du singulier, Zoé DERLEYN nous livre un premier roman éminemment sensoriel dans lequel elle envisage une fusion du vivant. La plume, descriptive, est presque cinématographique. L'autrice avait précédemment écrit un recueil de nouvelles publié aux éditions Quatrature : "Le goût de la limace". 

Impossible de vous quitter sans quelques notes de musique. J'ai choisi le titre "Résiste" de France GALL, un texte qui correspond bien au combat que mené chaque jour.

http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/06/resiste-de-france-gall.html

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2022-06-10T08:28:45+02:00

D’audace et de liberté d’Akli TADJER

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D’audace et de liberté d’Akli TADJER

Ma #vendredilecture, c’est le tout dernier roman de Akli TADJER, « D’audace et de liberté » aux éditions Les Escales.

 

 

Ce roman, c’est d’abord une invitation, celle de la maison d’édition à réaliser une lecture commune du livre, une lecture rythmée comme il se doit, 3, 4 chapitres maximum à la fois, une lecture cadencée, une lecture accordée avec l’histoire rocambolesque.

 

Tout commence avec les funérailles de Tante Safia, la sœur du père d’Adam Aït Amar, Algérien, kabyle, le narrateur. C’est le retour au pays, au village Bousoulem, aux sources, les parfums enivrants font resurgir les souvenirs qu’il croyait à jamais enfoui au fond de son cœur. L’amour de Zina, son amour de jeunesse, lui saute à la figure. Et puis, ll est parti à la guerre, comme son père l’avait fait, à Verdun lui. La guerre détruit tout, même l’amour. En 1942, il était à Paris. C’est là que Samuel a été raflé pendant que son autre copain, Tarik, adule le Führer. Dès lors, leurs vies à tous les trois n’auront plus la même destinée…

 

Ce roman, c’est un récit éminemment sensoriel. Les descriptions sont belles, tellement évocatrices de tout ce qui rend humain.


Aux premières lueurs du jour, Beyrouth avait retrouvé son tohu-bohu, ses couleurs d’ocre et d’argent, et ses vendeurs ambulants semant la pagaille sur le boulevard de mer pour vous vendre leurs falafels ou leurs thés à la menthe. P. 50

Ce roman, c’est une formidable fresque historique qui, à travers l’itinéraire de gens ordinaires, donne à voir des causes nationales, voire plus encore. Il concourt à la mémoire de ceux qui se sont battus pour la France, au risque d’y laisser leur peau.


On nous avait triés : les Français de souche européenne d’un côté, nous les soldats des colonies. P. 41

Ce roman, c’est aussi celui des communautés, religieuses, du pays d’origine, familiales aussi, des gens entre pairs.


C’est avec moi qu’il veut rester parce qu’il peut s’épancher sans retenue quand il a le mal du pays. Je suis le seul à pouvoir le comprendre. P. 30

Les personnages de fiction d’Adam, Zina et Elvire sont profondément marqués par des trajectoires écrites pour eux. Pour les femmes, impossible de se défaire du père, la figure de proue des navires familiaux.

 

Personnellement, j’ai particulièrement aimé le personnage de Nour, tellement inspirant.

 

L’histoire est rythmée par des nouvelles qui résonnent comme les déflagrations des bombes. La vie est loin d’être un long fleuve tranquille, le tout servi par une plume romantique. Une belle prouesse littéraire !

 

Impossible de vous quitter sans évoquer le clou de cette lecture commune, une rencontre des lectrices avec l’écrivain, Akli TADJER, un homme profondément humaniste. Un grand moment ! Merci une nouvelle fois aux éditions Les Escales qui fêtent leurs 10 ans. Bel anniversaire 🎂 

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2022-06-07T06:00:00+02:00

Celle qui fut moi de Frédérique DEGHELT

Publié par Tlivres
Celle qui fut moi de Frédérique DEGHELT

Editions de L'Observatoire

A celles et ceux qui cherchent toujours à savoir si un roman est inspiré d’une histoire vraie, là, pas de mystère. Tout est dit, ou presque !
 
Frédérique DEGHELT, une autrice dont j’admire la plume, se met, le temps d’un livre, à la disposition d’une femme, Sophia L (nom d’emprunt pour assurer son anonymat), que l’on devine actrice, pour relater un moment de sa vie… son autre vie serait sans doute plus adapté.
 
Sophia L traverse une période difficile de son existence. Elle a récemment divorcé et subit de sa mère, malade d’Alzheimer depuis deux années, son agressivité grandissante, un symptôme bien connu de la pathologie. Perdue dans ses pensées, elle confie à sa propre fille qu’elle appelle « Mademoiselle », ses tourments. Elle se souvient de sa fille évoquant dans sa plus tendre enfance son autre maman, "une belle et grande femme aux yeux verts", vivant dans un pays exotique. Ses dessins étaient inspirés de décors insulaires un brin tropicaux, tout en couleurs. Si les propos de l’enfant avaient à l’époque le don de la mettre en colère, remettant chaque jour en question sa filiation maternelle, il semble que cette histoire lui devienne aujourd’hui insupportable. Il faut dire que cette femme avait choisi d’abandonner sa famille bourgeoise et une carrière promise aux plus riches pour vivre une histoire d’amour avec un modeste fils d’immigré italien, une histoire aussi improbable que rocambolesque. La maternité lui avait longtemps résisté au point d’imaginer recourir à l’adoption. Et puis, il y avait eu deux naissances, à un an d’intervalle, une fille d’abord, l’ingrate, un garçon ensuite, le préféré des deux, vivant désormais en Australie et se contentant de subvenir financièrement aux besoins de sa mère. Alors que Sophia L prend de plus en plus en charge sa mère, elle ressent un besoin irrépressible d’en découdre avec son passé, l’histoire de sa vie, à moins que ça ne soit de celle d’avant…
 
Une nouvelle fois, Frédérique DEGHELT m’a captivée de bout en bout avec ce roman aux portes de la religion et du mysticisme. 
 
Comme dans "Sankhara", l’avant-dernier roman publié que vous pouvez trouver en version poche dans la collection Babel, il y a dans le parcours de Sophia L la croisée des chemins, la nécessité de sauver sa vie et trouver une forme d’équilibre…


Les temps s’annonçaient donc plus durs. Malgré tout, se faire du bien quand la vie vous fait du mal est une balance nécessaire qui calfeutre l’écrin du quotidien. P. 14

Comme j’ai aimé suivre au bras de Sophia L cette (en)quête d’identité à travers les continents. Frédérique DEGHELT invite au voyage, à la découverte des traditions, à vivre les émotions en levant le voile de ce qui nous construit en terme de culture. J'ai une appétence toute particulière pour les questions d'origines, inutile de vous dire que là, j'ai été gâtée !
 
A travers l’image du kintsugi, l’art japonais de réparer les céramiques cassées avec laque et poudre d’or, Frédérique DEGHELT explore les failles de l’intime comme autant de richesses humaines…


J’ai compris qu’au-delà des résiliences qu’engendrent nos faux pas, l’or de notre vie et son apparence si peu fluide disent encore autre chose. Nos manques, nos désirs évanouis ne sont pas seulement des forces vives qui alimentent notre expérience ; ils engendrent aussi notre acceptation de l’imperfection. P. 99

Cet art est purement et simplement sublimé par les gestes de Seiji, affairé à réparer une urne funéraire. J'ai succombé devant le charme de la scène et les descriptions qui en sont faites de l'écrivaine, mais aussi la sensibilité qui s'en dégage. Un pur bonheur littéraire.
 
Le roman prend la dimension d’un thriller psychologique au fil des évocations aux lisières de la magie et du spiritisme. Confrontée à la réalité de certaines images longtemps apparues sans explication dans son esprit, Sophia L éprouve la sensation oppressante de toucher du doigt sa vie d’avant. Et  Frédérique DEGHELT de poser incessamment la question : « Qu’est-ce qu’un être humain ? ». De tout temps, l’Homme s’est interrogé sur une vie après la mort. Dans ce roman, il est question d’incarnation et de réincarnation.
 
Je suis sortie de ma lecture une nouvelle fois subjuguée par la beauté de la prose de l’autrice et envoûtée par le sens des mots. Combien de fois me suis-je interrogée moi-même sur l’existence du destin ? Ce roman a fait résonner ma profonde sensibilité.
 
Impossible de vous quitter sans un petit mot sur la première de couverture d’un raffinement extraordinaire. Les livres des éditions de L’Observatoire sont assurément de beaux objets. C’est ici la création de Harshad MARATHE, illustrateur. Frédérique DEGHELT le dit elle-même : "Cette image, c’est exactement mon livre". Je confirme en tous points !

De cette écrivaine, vous aimerez peut-être aussi... 

La grand-mère  de Jade "

La vie d'une autre "

La nonne et le brigand "

Les brumes de l'apparence "

"Agatha"

"L'oeil du prince"

"Sanhkara".

Les éditions de L'Observatoire, je les aime tout particulièrement, elles m'ont fait vivre tellement de coups de coeur...

"Au café de la ville perdue" de Anaïs LLOBET

"Les nuits bleues" de Anne-Fleur BURTON

"Il est juste que les forts soient frappés" et "Les enfants véritables" de Thibault BERARD

"Simone" de Léa CHAUVEL-LEVY

"Les danseurs de l'aube" de Marie CHARREL

"Le poids de la neige" de Christian GUAY-POLIQUIN

"Juste une orangeade" de Caroline PASCAL

"Les déraisons" d'Odile D'OULTREMONT

"L'âge de la lumière" de Whitney SHARER

"Ces rêves qu'on piétine" de Sébastien SPITZER

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2022-06-04T21:18:53+02:00

Jour bleu de Aurélia RINGARD

Publié par Tlivres
Jour bleu de Aurélia RINGARD

Le bal des 68 Premières fois se poursuit.

Après :

 "Les nuits bleues" de Anne-Fleur MURTON

"Les maisons vides" de Laurine THIZY,

"Furies" de Julie RIOCCO,

"Ubasute" d’Isabel GUTIERREZ,

"Les envolés" d'Etienne KERN,

"Blizzard" de Marie VINGTRAS,

"Saint Jacques" de Bénédicte BELPOIS

 "Les confluents" de Anne-Lise AVRIL

"Le parfum des cendres" de Marie MANGEZ

place au premier roman de Aurélia RINGARD « Jour bleu », Éditions Frison Roche.

Il y a eu cette soirée de vernissage d’une exposition, cet échange entre elle et lui, et puis ce rendez-vous trois mois plus tard, gare de Lyon. Elle habite Paris. Lui arrivera avec le train venant d’Annecy à 13h. Arrivée tôt le matin, pour être à l’heure, elle se remémore les trains du vendredi soir, ceux qui l’emmenaient elle et son frère passer le week-end chez leur père. Leurs parents étaient divorcés. Quel déchirement de devoir la quitter, elle. Le temps de l’attente est l’opportunité pour les souvenirs d’affluer, de retisser le fil de la vie de celle qui a trente-cinq ans. C’est aussi celle de nourrir le désir…
 
Aurélia RINGARD nous livre un premier roman ou l’introspection d’une jeune femme dans un lieu public les quelques heures précédant les retrouvailles avec son amant.
 
Elle observe celles et ceux qui l’entourent, la société en transit qui, dans un café de gare, vit un sas entre deux existences comme autant de prétextes à inventer les vies, heureuses ou bafouées, lire les émotions qui s’expriment sur les visages et agitent les corps, trouver les mots pour traduire les ressentis…


Je gratte mes souvenirs comme on écorche la roche lors de fouilles archéologiques. P. 104

La jeune femme a besoin d’un ancrage, de valeurs sur lesquelles compter, de faire le point sur ses propres intentions à elle, avant de les diluer avec celles d’un autre. Elle sait à quel point ces retrouvailles peuvent constituer le point de rupture avec sa vie d’avant. Elle assouvit cette quête de soi, une focale sur sa personnalité à elle…


J’abrite un goût prononcé pour la désobéissance et une faim encore plus grande pour la liberté qui contrastent, de façon éclatante, avec les traits lisses de mon visage. P. 112

Elle prend le temps nécessaire pour une parfaite maîtrise de soi. C'est cet exercice qui a capté mon attention.


Le désir est toujours tapi quelque part, prêt à bondir. Quand il surgit, nous voilà de nouveau frais et brillants, lavés de tout ce qui a pu nous abîmer, nous amoindrir, aptes à accueillir avec avidité le chapitre qui se présente. C’est étonnant, cette capacité à se renouveler. A faire table rase. P. 116

Il y a chez la jeune femme une furieuse envie de se laisser emporter par l’ivresse et pourtant, elle joue de ses sentiments pour que l’extase de la rencontre fantasmée n’en soit que plus grande.
 
Ce roman est transcendé par la couleur bleue :
 
Jour bleu
Au Train bleu
La moquette bleue
Bleu du ciel
Ciel bleu
Chaos […] de bleu
Rideaux bleus
Les yeux bleu-vert
Coton bleu clair
Doudounes bleu ciel
Du bleu et du vert
Son bleu éternel
Un bleu de noblesse
 
cette couleur qui fait penser au ciel et à l’océan, une invitation vers d’autres horizons, c’est aussi la couleur de la sagesse et de la vérité, une couleur primaire qui offre le calme intérieur, un sentiment de "Plénitude", c’est encore la couleur de l’imaginaire et des rêves.
 
Aurélia RINGARD joue sur les registres du regard, l’un porté sur l’extérieur avec ce qu’il a de profondément troublant et l’autre porté sur l’intérieur, un brin spirituel, qui cherche la confiance en soi.
 
Dans une narration qui alterne le voyage intérieur avec le je et le survol d’une scène de genre avec la troisième personne du singulier, Aurélia RINGARD nous offre un roman singulier, très actuel, qui interroge sur le chemin restant à parcourir pour chacun.
 
Parce qu’il n’y a pas de bal sans musique, je vous propose de rester dans le ton avec « Blue Train » de John COLTRANE.
http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/05/blue-train-de-john-coltrane.html

http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/05/blue-train-de-john-coltrane.html

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2022-06-02T05:27:13+02:00

Les rêves échoués de Carine JOAQUIM

Publié par Tlivres
Les rêves échoués de Carine JOAQUIM
Le premier roman de Carine JOAQUIM, "Nos corps étrangers", c’était un coup de maître, je m’en souviens comme à sa première heure, c’était une lecture coup de poing, un roman que l’on n’oublie pas, un de ces premiers romans que les fées des 68 Premières fois avaient sélectionné.
 
Et puis il y a eu cette rencontre à La Collégiale Saint-Martin avec Laurent PETITMANGIN et leur maison d’édition, La Manufacture de livres.
 
Inutile de vous dire que j’attendais avec impatience le second roman. Je l’ai lu. Il sort aujourd’hui en librairie. Carine JOAQUIM confirme son immense talent. Avec le premier, j’avais terminé avec un mal au cœur déchirant, là j’ai fini en larmes… j’aime que la littérature me bouleverse.
 
Tout commence avec une commission éducative qui réunit parents et professeurs sous l’autorité de Madame Salignes et son adjointe pour juger du cas de Clarisse, la jeune adolescente de 13 ans, diagnostiquée élève à haut potentiel. Ses parents sont séparés. Clarisse vit une semaine chez sa mère, une semaine chez son père. Au collège, Clarisse répond aux interpellations par l’agression, elle use d’un vocabulaire vulgaire, insupportable pour le corps enseignant. Tout va de mal en pis. Heureusement, elle entretient sur internet une relation avec un certain Sergio, au scooter rouge, un garçon à qui elle se confie, qui la comprend et avec qui elle a rendez-vous. Elle ne sait pas encore que c’est précisément à ce moment là que sa vie va basculer.
 
Dès les premières lignes, Carine JOAQUIM plante le décor, la commission éducative permet de tendre l’arc pour lequel les flèches ne vont pas manquer. Si l’écrivaine évolue elle-même dans ce cadre professionnel dans lequel elle puise son inspiration, elle sait ô combien une jeune adolescente ne saurait être réduite au statut d’élève et à ce qu’elle donne à voir par ses comportements dans l’établissement dans lequel elle est scolarisée. C’est ainsi qu’elle va, dans une narration ingénieuse, glisser des passages en écriture italique, un livre dans un livre, pour expliquer son histoire, les événements qui font aujourd’hui ce qu’elle est, en tant qu’être humain.
 
Clarisse est mal dans sa peau, tout l’agresse, alors elle répond :


J’entends rugir les mots depuis les profondeurs de ma rage, et c’est par des hurlements qu’ils quittent ce corps trop petit pour de si grandes émotions. P. 41

Comme dans "Nos corps étrangers", le rapport au corps est un fil rouge de ce roman. Il y a des descriptions presque cliniques de ce que Clarisse vit, traverse, exulte. J’ai vibré dès les premières évocations, ressenti moi dans mes tripes de femme, d’épouse, de mère aussi, ce que Carine JOAQUIM décrit. J’ai senti bien sûr la menace poindre, la tension s’établir pour ne plus se relâcher que dans les toutes dernières lignes. Si on a l’habitude de parler de thriller psychologique, là, je parlerai plutôt de thriller charnel, un registre littéraire dans lequel ce qui nous incarne physiquement en tant qu’individu, nos membres, nos organes, nos tissus… dit tout des traces laissées, des blessures, des douleurs.
 
Et puis, dans ce roman, il y a l’évasion, cette sortie de soi, sortie de la maison, sortie des frontières, au sens propre comme au figuré. Clarisse va vivre un périple initiatique, des moments de gloire, une véritable renaissance. Carine JOAQUIM choisit le Portugal comme lieu de pérégrinations. Vous allez visiter Sesimbra, Lisbonne, Alcobaça, Nazaré… comme jamais un guide touristique n’aurait pu vous l’offrir. Portée par la complicité d’un homme, sa bienveillance, sa maturité, sa capacité à la comprendre, Clarisse va s’ouvrir au monde avec des moments… de grâce ! Comme j’ai aimé les passages avec la vieille femme, Dona Capitolina, des moments d’apprivoisement empreints d'une profonde humanité.


Ses mots sont pour moi dénués de sens, mais la musique de sa voix enrouée me porte, moi si légère face à ce chant qui dit le poids des ans. P. 105

Mais comme le chantait les Rita MITSOUKO, « Les histoires d’amour finissent mal », les rêves ne peuvent durer une éternité… c'est d'ailleurs ce qu'annonce le titre du roman !


Sans doute, la grâce de ce qui vient d’éclore ne peut finir, tôt ou tard, autrement que piétinée et salie. P. 180

de quoi relancer le rythme du roman, se remettre à haleter !
 
Ce roman, je l’ai lu d’une traite, j’avais envie de savoir ce qui torturait Clarisse et puis, les vannes ont lâché. J’ai terminé ma lecture en pleurs, les larmes ont coulé. Carine JOAQUIM a ce talent fou de vous prendre aux tripes, de vous faire vivre des émotions fortes par le biais d’une fiction, de vous révéler, à vous-même, votre propre part de sensibilité.
 
Du grand art… littéraire ! Pari réussi avec ce second roman, bravo.

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2022-05-31T06:02:56+02:00

Et mes jours seront comme tes nuits de Maëlle GUILLAUD

Publié par Tlivres
Et mes jours seront comme tes nuits de Maëlle GUILLAUD

Editions Héloïse d’ORMESSON

Lecture coup de poing de cette rentrée littéraire de janvier 2022, le tout dernier roman de Maëlle GUILLAUD aux éditions Héloïse d’Ormesson, « Et mes jours seront comme tes nuits ».
 
Hannah est une jeune femme, musicienne, elle joue de la flûte traversière depuis l’âge de 6 ans. Elle avait pris l’engagement auprès de ses parents, si elle commençait, de poursuivre jusqu’à ses 20 ans. Leur mort dans un crash aérien n’y fera rien. Hannah a fait de sa passion son activité professionnelle. Sa vie quotidienne est toutefois désormais rythmée par l’activité du jeudi, rendre visite à Juan, l’homme qu’elle aime, incarcéré. En 3 ans, elle n’a jamais failli un seul jeudi. Le manque a beau la tenailler, la douleur l'écraser, elle ne peut s’y résigner. Entre les souvenirs déchirants du passé et la souffrance du présent, Hannah résiste. Mais si tout ça n’était qu’illusion ?
 
Ce roman est un véritable page-turner, impossible de le lâcher une fois les premières lignes découvertes. Le décor est rapidement planté. Je me suis immédiatement retrouvée aux côtés d’Hannah dans ce RER qui la mène en périphérie, hors champs, là où les familles des détenus se côtoient. Si Hannah ne s’y reconnaît pas, elle en fait, malgré elle, partie. J’ai été frappée par ce qu’elle incarne de la réussite sociale qui, là, ne lui est d’aucune utilité. Au gré de toutes ces années, de ces allées et venues hebdomadaires, de ces immersions dans l'univers carcéral, elle va apprendre les codes, apprendre à se comporter, faire de cette journée du jeudi une parenthèse, dépouillée, mise à nu.
 
De Maëlle GUILLAUD, vous vous souvenez peut-être de « Lucie ou La vocation », son premier roman découvert avec les 68 Premières fois. Il y était déjà question d’enfermement...
 
Et puis, ce qui m’a bouleversée dans ce roman, c’est le rapport au corps. Celui d’Hannah est torturé.


Dans les moindres plis de sa peau, la douleur s’est incrustée, comme des sédiments de crasse. […] Le malheur plante ses crocs dans sa chair. P. 64

Les mots sont ciselés, les phrases coupantes, la langue tranchante. Tout y est douleur, blessure, déchirure.
 
Hannah cumule les tragédies depuis sa tendre enfance. Marquée par la vie qui la prive de tous ses êtres chers, la jeune femme endure les épreuves du deuil.
 
Quand son corps s’apaise, son esprit, empreint de tous ces chagrins, prend le relais pour la tourmenter. Alors, pour continuer à se tenir debout, RESISTER, elle convoque les souvenirs…


Les souvenirs, c’est comme les rêves, on peut s’y lover et le reste n’existe plus. P. 68

Hannah puise aussi dans l’Art la force d'avancer.
 
Comme dans un jeu d'équilibre, l'écrivaine va décrire la musique avec grâce et raffinement. Maëlle GUILLAUD use d’un vocabulaire envoûtant pour nous offrir des respirations bienfaisantes. Il y a des passages sublimes et merveilleux, transcendants.


Les yeux rivés sur sa partition, elle pense à Samuel, à sa gestuelle qui fait ressortir les ombres et la lumière de l’œuvre. Par le magnifique rayonnement de sa conviction, il distille en elle les émotions qu’il attend, il ordonne le chaos de sa vie intérieure. P. 71

Juan aussi aimait l’art, lui peignait, une autre discipline, une autre manière aussi de l'exploiter !
 
Ce roman m’a profondément touchée, je suis sortie KO de cette lecture, sous le choc de la beauté de la plume, de la parfaite maîtrise de l'intrigue, coup de maître, chapeau !
 
Le personnage d’Hannah est absolument fascinant, ce livre un formidable cri d'amour. Quant à la chute, juste prodigieuse. Quel talent !

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2022-05-07T12:20:45+02:00

Le parfum des cendres de Marie MANGEZ

Publié par Tlivres
Le parfum des cendres de Marie MANGEZ

Éditions Finitude

Le bal des 68 Premières fois se poursuit.

Après :

 "Les nuits bleues" de Anne-Fleur MURTON

"Les maisons vides" de Laurine THIZY,

"Furies" de Julie RIOCCO,

"Ubasute" d’Isabel GUTIERREZ,

"Les envolés" d'Etienne KERN,

"Blizzard" de Marie VINGTRAS,

"Saint Jacques" de Bénédicte BELPOIS

 "Les confluents" de Anne-Lise AVRIL

place au premier roman de Marie MANGEZ « Le parfum des cendres », une immersion dans les profondeurs de l’âme.

Tout commence avec une scène aussi éblouissante que saisissante. Bernadette est sur son lit de mort. Sylvain, 37 ans, thanatopracteur depuis 9 ans, lui apporte les derniers soins, sous les yeux d’Alice, anthropologue, observatrice, qui prépare une thèse sur le sujet. La Grande Faucheuse est passée par là. Sylvain réalise les dernières volontés des défunts. Il donne la touche finale, éminemment gracieuse, à des corps apaisés sur qui le rideau du théâtre est tombé. Mais lui, Sylvain, comment en est-il arrivé là… un choix ou une pure foudroyante tragédie ?

 

Il y a des métiers plus que d’autres qui suscitent la curiosité, à moins que ça ne soit de la répugnance. La pratique de la thanatopraxie nécessite une expertise technique, la profession d’embaumeur depuis la nuit des temps requiert de la précision, de la minutie, dans les soins apportés aux défunts, de ceux qui redonnent au corps un semblant de vie. 
 

Ce premier roman de Marie MANGEZ, « Le parfum des cendres », c’est une lecture coup de poing.

 

Dès les premières lignes, avec les soins apportés au corps de Bernadette, j’ai été happée par le caractère solennel de la cérémonie à laquelle Sylvain se prête, c