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Articles avec #mes lectures catégorie

2022-09-20T06:42:55+02:00

Miniaturiste de Jessie BURTON

Publié par Tlivres
Miniaturiste de Jessie BURTON
 
Traduit de l’anglais par Dominique LETELLIER
 
Je ne connaissais pas encore la plume de Jessie BURTON, l’écrivaine britannique. C’est ma grande fille qui m’a mise sur la voie de son premier roman, « Miniaturiste », bonne pioche.
 
Nella Oortman a 18 ans. Elle est originaire d’Assendelft. Son père, le Seigneur Oortman, est décédé il y a 2 ans, laissant la famille criblée de dettes. Sa mère ne réussit plus à subvenir aux besoins de ses enfants. Nella a un frère, Carel, et une soeur, Arabella. Nella, l'aînée, accepte un mariage prometteur, un mariage qui réduira le nombre de bouches à nourrir. Elle arrive à Amsterdam avec son perroquet Peebo chez son mari, Johannes Brandt, un homme d’affaires hollandais. Elle rencontre Marin, sa sœur, Cornelia, servante, et Otto, un homme noir, serviteur du frère de Marin. Elle reçoit de son mari un cadeau extraordinaire, un cabinet, une maison de poupées que Nella va s’attacher à décorer avec les soins d’un Miniaturiste, un artisan d'art. Elle ne sait pas encore qu’une première commande lui réservera bien des surprises.
 
A travers des personnages de fiction, Jessie BURTON restitue la vie d’un riche marchand du XVIIème siècle. Dans le style littéraire de l’époque, éminemment romantique, elle nous livre des descriptions fascinantes de la vie quotidienne d’hommes et de femmes des Pays Bas au temps de la Compagnie néerlandaise des Indes Orientales. Le pays se distingue à l’époque dans la conquête du monde, l’écrivaine fait du commerce du sucre un objet de convoitises mais il y a aussi les épices, les tissus… qui naviguent à travers mers et océans.
 
« Miniaturiste », c’est un roman d’atmosphère. L’autrice met tous nos sens en éveil.
 
L’écrivaine brosse le portrait d’une femme moderne qui n’a que faire des us et des coutumes. Intelligente, elle voit bien qu’il se passe quelque chose d’anormal avec son mari. Jessie BURTON s’inspire de la maison de poupée exposée au Rijksmuseum d’Amsterdam et fait de la décoration du cabinet de Nella un prétexte à sortir d’une maison parfaitement orchestrée. Hors des murs, la vie publique s’offre à Nella, elle, la jeune femme pauvre de la campagne, pour le meilleur comme pour le pire.
 
Dans un roman profondément ancré dans la vie quotidienne d’Amsterdam, elle réussit à glisser une part de mystère venant déstabiliser l’ensemble de l’édifice. Nella va découvrir des secrets très bien gardés et une histoire familiale rocambolesque. Le roman est haletant.
 
Et puis, il y a l’art. Si le XVIIème siècle correspond à l’âge d’or de la peinture néerlandaise, il est un art moins connu mais tout aussi EXTRAordinaire, celui de la miniature, une discipline qui nécessite un talent fou de minutie, un registre qui fait appel à des compétences singulières et oblige à des pratiques exceptionnelles. 
 
La plume est savoureuse, le jeu de l’écriture fascinant. Ce roman, je l’ai dévoré !

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2022-09-13T12:31:31+02:00

La sauvagière de Corinne MOREL DARLEUX

Publié par Tlivres
La sauvagière de Corinne MOREL DARLEUX

Éditions Dalva

 

La rentrée littéraire réserve bien des surprises. Comme j’aime me laisser porter par les conseils d’une libraire (ici Sonia de la Librairie Contact 😉), ajouter un livre dit « À découvrir » à la pile que je viens de choisir 😉 Je parle du premier roman de Corinne MOREL DARLEUX publié par une maison d’édition dédiée aux voix de femmes.

 

La narratrice a été élevée par sa mère, aujourd’hui décédée. Elle a eu un accident de moto. Elle ouvre les yeux dans une maison forestière. Là, y vivent Stella, souffrant de crises clastiques, et puis Jeanne. Entre hallucinations et réalité, son cœur balance, son corps tout entier aussi !

 

Ce premier roman pourrait bien faire de l’œil aux fées des 68 Premières fois 🍀

 

Il y a dans ce conte onirique un rapport au corps tout à fait exceptionnel. Meurtri par l’accident, endolori, ankylosé, il cherche la voie d’une SURvie. On mesure à travers le personnage de fiction de la narratrice dont on ne connaît ni le nom ni les origines qu’un corps, la chair, les organes… ont leur propre rythme, leur propre existence. Ne parlons-nous pas de mort cérébrale ? Ce premier roman, c’est une invitation à faire une pause, se recentrer sur son corps, y puiser la lumière, l’énergie, la vie, quoi !

 

Et puis, il y a la force de l’environnement, une nature profonde, la forêt, les montagnes, une forme de refuge, autant d’éléments propices à la reconstruction psychique. 


Il faut que je sorte. Depuis que je suis ici, le paysage m’a toujours permis de me rincer le regard et l’âme, du vallon à la montagne. La maison est mon abri mais c’est dehors, dans l’air mordant de l’hiver, que mon esprit se désengourdit. Que mes sens s’affûtent, que je me sens résolument en vie. P. 115

Comme j’ai aimé que l’écrivaine aille puiser dans une autre langue que la nôtre pour y trouver un terme tellement approprié pour décrire ce que le vent peut apporter de puissant, de force et d’allégresse, l'effervescence des sens.


Alors que je m’extasiais un jour de grand vent des bourrasques qui manquaient m’envoyer à terre, me coupant le souffle et me gonflant d’allégresse, ces hôtes de passage m’avaient appris, amusés, qu’ils possédaient un terme pour ça : s’enventer, littéralement aller avec le vent. Je m’étais sentie vivifiée jusqu’aux poumons par l’idée qu’il existe un mot pour décrire ce sentiment qui vous fait courir en bord de la mer ou en forêt, vous fondre dans le grand vent qui revigore et apporte la consolation. P. 114

Cet hymne à la nature ne serait rien sans les mots, et le pouvoir de la contemplation.

 

Enfin, dans ce monde alternatif à l’urbain, il y a aussi les animaux. 


Cette petite vie souple qui appuie légèrement contre mes côtes est incroyablement bienfaisante. P. 124

Ce roman, c’est encore une invitation à observer et se nourrir de ce qu’ils  peuvent nous apporter de réconfort, une certaine forme de substitut à la frénésie qui nous entoure. Ils ont cette sensibilité qui permet à l’individu de prendre conscience de son humilité. S’il s’agissait là d’une voie pour sauver l’humanité…

 

Ce premier roman écrit dans une plume poétique, délicate et sensuelle, nous propose de faire corps avec la nature, d’entrer en fusion avec ce qu’elle a de vivant. Le dessin de la première de couverture, sublime, une œuvre d’art réalisée par Pedro TAPA, le dévoile à elle seule.

 

« La sauvagière » est « À découvrir », je confirme ! C'est une lecture enivrante. 

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2022-09-09T07:34:41+02:00

L'inventeur de Miguel BONNEFOY

Publié par Tlivres
L'inventeur de Miguel BONNEFOY

Editions Rivages

Après 

Le voyage d'Octavio

Sucre noir

Héritage

 

place à "L'inventeur".

Augustin MOUCHOT, vous en avez entendu parler ? Moi pas ! L'homme est né en avril 1825 dans l'atelier de serrurerie de ses parents. L'enfant a cumulé toutes les maladies possibles et imaginables. Chétif, il a pourtant réussi à passer son bac de lettres en 1845. Après une première expérience dans l'enseignement dans la région de Dijon, une Chaire de mathématiques à Alençon, il dépose son premier brevet pour un heliopompe. Puis il poursuit ses travaux d'exploration d'une marmite solaire. Il passera du temps en Algérie et représentera même le pavillon du pays africain à l’Exposition Universelle de 1878. Il sera pourtant détrôné dans son parcours par les moteurs à explosion et l'énergie fossile. Si le monde lui avait donné raison à cette époque, nous n'en serions peut-être pas là en termes d'environnement !

Retrouver la plume de Miguel BONNEFOY est toujours un plaisir, surtout quand il s'agit de redorer le blason d'un inventeur qui, à défaut, serait tombé dans l'oubli. 

L'écrivain est attiré par l'invention en général. Vous vous souvenez peut-être de Margot dans "Héritage", cette enfant qui voulait devenir aviatrice et qui montait de drôles de machines à Valparaiso au Chili. Il y a quelque chose d'inspirant dans l'écriture de Miguel BONNEFOY, une invitation à créer et à aller au bout de ses rêves, des personnalités tenaces qui, contre vents et marées, vont lutter pour convaincre le monde de les suivre dans leurs aventures.

Augustin MOUCHOT ne partait pourtant pas avec tous les atouts. De santé fébrile, d'un naturel timide, ce n'était pas chose aisée pour lui que de monter au front, il l'a pourtant fait. 

Il y a des passages magnifiques avec de très belles descriptions du Mont Chélia en Algérie...


Là-haut, un empire de chênes noirs, c’était un autre monde. Vieux de six cents ans, droits, loyaux, ténébreux, des cèdres prodigieux s’élevaient tels des demi-dieux, des géants, des titans, des cathédrales, des créatures divines, plantant leurs racines directement dans la roche, tout un peuple à la fois céleste et monstrueux. P. 153

Si Augustin MOUCHOT n'avait pas d'illustres personnages dans sa famille, susceptibles de lui laisser un héritage (tiens tiens, encore un sujet du précédent roman !), il s'inspirait de Dame Nature pour voir grand.
Ce roman, il est historique, d'aventure, et il concourt à la mémoire d'un inventeur.

Si la première partie est un peu terne à mon goût, dans la seconde, j'ai pris plaisir à retrouver l'élan du romanesque auquel Miguel BONNEFOY nous avait habitués et là, pas la peine d'y connaître grand chose en mécanique !

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2022-09-06T06:00:00+02:00

La nuit des pères de Gaëlle JOSSE

Publié par Tlivres
La nuit des pères de Gaëlle JOSSE
La rentrée littéraire a sonné, l'heure d'un nouveau rendez-vous avec Gaëlle JOSSE : « La nuit des pères » chez Notabilia éditions, un texte d'une violence inouïe, pas celle des poings, non, celle des mots. 
 
Isabelle est sur le point d’arriver dans la région de Chambéry à la maison familiale, celle de son enfance. Ça fait longtemps qu’elle n’y est plus revenue. Mais là, elle n’avait pas vraiment le choix. Son frère, Olivier, le lui a demandé. Leur père de 80 ans, veuf, montre les premiers symptômes de la « maladie de l’oubli ». Il a besoin d’elle. Ce n’est pourtant pas de gaieté de coeur. Ce père, il ne l’a jamais aimée, c’est ce qu’elle se dit, il l’a fait souffrir, terriblement, et puis il y avait ce cri… nocturne ! Mais ce séjour bref, quelques jours, pourrait bien lui réserver quelques surprises…
 
Après « Ce matin-là » qui sort tout juste en version poche, « Une longue impatience » aussi, Gaëlle JOSSE nous propose un nouveau roman de l’intime, une histoire familiale marquée par des relations père/fille compliquées. Avec la fin de vie qui  s'annonce, la sensibilité est exacerbée, les sentiments douloureux et les émotions décuplées.


Te voilà à l’orée de l’oubli, de tous les oublis, te voilà au seuil de la pénombre, je suis ta fille absente, ta fille invisible et pourtant je tremble à l’idée qu’un jour tu ne connaîtras plus ni mon nom ni mon visage. Aurais-je traversé toute ta vie comme une ombre ? P. 35

C’est la voix d’Isabelle qui résonne dans les premières pages avec ce semblant de conversation qu’elle tiendrait avec son père. Ses interpellations sont déchirantes, le tutoiement, un uppercut, une manière de réduire les distances entre deux êtres que tout a toujours éloigné. L’écho n’en est que plus fort. Il m'a laissée un temps abasourdie. 
 
Isabelle ne va pas rester seule avec ses fantômes. Dans ce roman choral, d’autres personnages, tous de fiction, vont prendre place et donner de la voix.
 
Gaëlle JOSSE a ce talent d'imaginer des psychologies ciselées d'êtres qui au fil du temps, des épreuves de la vie, se sont construits, avec leurs forces et leurs faiblesses. A l'heure du bilan, le passé est terrifiant et le fardeau lourd à porter. 
 
Si Isabelle connaît son père à travers ses propres souvenirs d’enfance et d’adolescence, son existence à lui ne saurait en être réduite. Comme j'ai aimé découvrir cette période de l'existence qui l'a marqué, lui, à vie, une période au cours de laquelle la grande Histoire est venue perturber un itinéraire qu'il croyait tout tracé. Là, mon coeur a fait boum.
 
Avec Gaëlle JOSSE, si le fond est rempli de surprises, la forme est elle aussi profondément étonnante. Si j’avais pensé me retrouver en pleine tragédie grecque construire en cinq parties, c’était sans compter sur la capacité de l’écrivaine à faire un pas de côté, une originalité permise grâce à une grande maîtrise de l’exercice narratif. Chapeau Madame !
 
Les pages se tournent, les confidences se font, les secrets de famille se dévoilent comme autant d’effets de rupture qui donnent à l'écriture une puissance et un rythme foudroyant.
 
Comme tous les romans de Gaëlle JOSSE, celui-là est court, mais quel choc. Les mots sont savamment choisis, les phrases claquent !
 
Au moment de refermer le livre, j'ai pris conscience de mon apnée. J’avais tout simplement oublié de respirer ! Ce roman, c'est une lecture coup de poing, un texte inoubliable.
 
Je suis une fidèle de la plume de l'écrivaine, retrouvez :
 
 
De la rentrée littéraire de septembre 2022, laissez-vous séduire aussi par le dernier roman de Gilles MARCHAND
 

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2022-08-31T20:29:26+02:00

Lorsque le dernier arbre de Michael CHRISTIE

Publié par Tlivres
Lorsque le dernier arbre de Michael CHRISTIE

Cette nouvelle lecture, je l'ai puisée dans la PAL de ma grande fille. Après :

"Les cerfs-volants" de Romain GARY

"Mon ghetto intérieur" de Santiago H. AMIGORENA,

"Colette et les siennes" de Dominique BONA, 

"La cause des femmes" de Gisèle HALIMI,

"Les grandes oubliées" de Titiou LECOQ...

nouvelle pépite, le premier roman de Michael CHRISTIE : "Lorsque le dernier arbre" aux éditions Albin Michel.

Nous sommes en 2038. Jake est orpheline d’une mère musicienne de l’orchestre symphonique de Los Angeles tuée dans un accident de train. Elle est dendrologue, botaniste de formation, c’est une spécialiste des arbres. Depuis 9 ans, elle travaille comme guide de la Cathédrale de Greenwood, une île de la Colombie-Britannique sur laquelle subsiste la dernière forêt primaire que les gens riches viennent visiter comme de précieux vestiges. Partout ailleurs, les arbres ont disparu, c'est le Grand Dépérissement. Les sols s’assèchent. La surface de la planète est recouverte d’une couche de poussière asphyxiante. Lors d'une visite, elle repère deux pins brunis, deux arbres appelés "Doigt d'honneur de Dieu" dont les aiguilles décolorées lui donnent à penser qu'ils sont menacés. Si leur vie est en danger et que le public le découvre, toute la forêt sera abattue. C'est à ce moment-là qu'elle apprend qu'elle pourrait être l'héritière de Harris Greenwood, un grand propriétaire de bois au passé sombre. Dès lors, sa vie bascule !

La littérature s'empare de l'environnement en perdition comme sujet de prédilection. On ne va bientôt plus compter le nombre de romans écologiques mais celui-là, bien sûr, est unique.

Il l'est d'abord, parce qu'il évoque la vie des arbres, ces êtres vivants à l'ombre desquels on aime tant se reposer, quand on ose pas s'aventurer à y grimper. Il est question de leur SURvie Ce ne sont pas les fortes chaleurs estivales, les incendies de forêts records en France de 2022, qui viendront démentir l'auteur. Ce patrimoine millénaire est menacé. Le propos est militant bien sûr, il tend à nous faire prendre conscience de l'urgence à agir, tout de suite, maintenant !


Mais pourquoi attendons-nous de nos enfants qu’ils mettent un terme à la déforestation et à l’extinction des espèces, qu’ils sauvent la planète demain, quand c’est nous qui, aujourd’hui, en orchestrons la destruction ? P. 498

La projection en 2038 est tout simplement effroyable. Souhaitons que l'écrivain joue l'oiseau de mauvais augure mais ni vous, ni moi, ne croyons désormais que nous échapperons à cette fin certaine. Ce n'est plus qu'une affaire de temps.

Il l'est ensuite parce que Michael CHRISTIE, tout au long de ce roman, va se risquer à tisser le fil d'un parallèle entre les arbres et les êtres humains. L'écrivain commence par montrer qu'en surface, ils fonctionnent de la même manière...


L’écorce d’un arbre remplit les mêmes fonctions que la peau d’un être humain : elle empêche les intrus d’entrer et les nutriments de sortir […]. P. 23

Après l'extérieur, la partie visible, Michael CHRISTIE, va explorer l'intérieur.

Peut-être vous êtes vous déjà arrêté.e.s à observer les restes d'un tronc d'arbre, vous savez, la souche qui donne à voir les cernes du bois développés à partir du coeur, ces cercles concentriques dans un nuancier de marron étourdissant. Et bien l'auteur va s'attacher à démontrer qu'ils sont les marques du temps, un peu comme des strates qui se superposeraient tout au long de la vie, mais au lieu de se pratiquer à la verticale, c'est à l'horizontal que les événements laissent leur empreinte.


Le temps, Liam le sait, n’est pas une flèche. Ce n’est pas non plus une route. Le temps ne va pas dans une direction donnée. Il s’accumule, c’est tout - dans le corps, dans le monde -, comme le bois. Couche après couche. Claire, puis sombre. Chacune reposant sur la précédente, impossible sans celle d’avant. Chaque triomphe, chaque désastre inscrit pour toujours dans sa structure. P. 534-535

Et puisque Michael CHRISTIE examine les similitudes entre les arbres et les êtres humains, il va s'appuyer sur une fresque familiale s'échelonnant sur un peu plus d'un siècle pour démontrer que les individus d'aujourd'hui sont le fruit des générations précédentes dont les traces constituent leur patrimoine charnel. Le dessein est audacieux, le défi relevé avec brio.

Et quelle fresque familiale, une véritable saga, avec des personnages de fiction hauts en couleur et profondément attachants. Vous allez vivre au rythme des événements de la vie, certains heureux - des naissances, des histoires d'amour, des mariages -, d'autres moins - des accidents, des disparitions, des abandons, des décès. Michael CHRISTIE est un jeune romancier canadien, il a dans sa plume cette capacité des auteurs du nord américain à vous embarquer dans de formidables épopées. Chapeau !

Ce qui m'a marquée plus que tout, c'est la dynamique de RESISTANCE qui anime chacun.e d'entre eux. Qu'il s'agisse de se confronter à la maladie, au handicap, aux addictions, à un frère, à la société tout entière, aux magnats du pouvoir, qu'il s'agisse d'une action individuelle ou communautaire, qu'il s'agisse encore de lutter contre une certaine forme d'autorité, peu importe, ils tracent leur voie, exploitent leur marge de liberté pour avancer, y compris au péril de leur vie. Les péripéties rythment le roman qui devient rapidement un pageturner, vous n'aurez bientôt plus envie de le lâcher.

Enfin, ce roman ne serait rien sans sa narration. La structuration ne suit aucune chronologie, les voix résonnent entre elles, et pourtant, jamais, non jamais vous ne perdrez le fil. Du grand art !

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2022-08-27T06:00:00+02:00

Felis Silvestris de Anouk LEJCZYK

Publié par Tlivres
Felis Silvestris de Anouk LEJCZYK

Éditions du Panseur

Le bal des 68 Premières fois  se poursuit avec un premier roman, "Felis Silvestris" de Anouk LEJCZYK.

Ce roman, c’est une plongée au cœur de la nature, une immersion en pleine forêt.

Depuis toujours, elle a entretenu une certaine distance avec les autres. Ça ne l’a pas empêchée de réussir à l’école, de trouver un travail mais pour avancer, elle s’est fait accompagner d’un psy. Et puis un jour, tout ça a explosé. Elle a tout quitté, rencontré une personne, s’est laissée porter, vers un territoire nouveau, là où la liberté se décline dans toutes ses formes, là où la vie a un sens, RÉSISTER.

Dans un roman choral, Anouk LEJCZYK, primo-romancière, déroule le fil de la vie d’une famille, Papa, Maman et les deux filles. Enfin, ça, c’était avant, parce que depuis que l’aînée a fui la maison, toutes les fondations de l’édifice se sont écroulées.
L’écrivaine brosse les portraits d’une mère angoissée, d’un père obsédé par la maladie de Lyme, et de deux sœurs à travers leurs confessions. La sœur cadette tente, tant bien que mal, de sauver le navire qui tangue.

J’ai profondément aimé les passages décrivant la nature, c’est vivant, c’est beau, c’est d’une effroyable fragilité.


Petit à petit, des oiseaux se mettent à chanter, timidement d’abord, puis de plus en plus nombreux, de plus en plus fort. Ils se répondent d’un bout à l’autre du bois, chacun y allant de son tempo, de sa mélodie - assemblée générale avant le lever du jour, cartographie musicale du territoire à défendre. P. 166

Ce roman, c’est un plaidoyer en faveur de la protection de l’environnement.


Oui, aurais-tu ajouté, les humains font ça : ils volent toutes les ressources d’une terre et la laissent éventrée, les tripes minérales à l’air, dessinant son propre cimetière. P. 11

A l’heure où les fortes chaleurs sévissent sur la France, il n’a jamais été aussi précieux que de varier les formes d’expression d’un même discours.

"Felis Silvestris", ou le pseudo de la sœur aînée dans sa forêt, tient un propos militant à bien des égards. Il y a bien sûr l’alerte donnée aux humains et la nécessité de protéger ce qui peut encore l’être, mais c’est aussi la possibilité de vivre autrement, de faire société dans une communauté. Elle trace la voie d’un monde… alternatif.


Certaines et certains restent un jour, deux semaines, une saison, puis s’en vont, souvent sans rien dire, ça fait partie du jeu. P. 80

C’est un très beau premier roman, une cure de jouvence portée par une narration au genre nouveau, dans laquelle les voix résonnent entre elles, une belle métaphore de ce que nous donne à voir Dame Nature. 

Et si on se quittait en musique... avec "Pierpoljak" par PIERPOLJAK !

http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/08/pierpoljak-par-pierpoljak.html

http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/08/pierpoljak-par-pierpoljak.html

Retrouvez les autres références de la #selection2022 :

"Laissez-moi vous rejoindre" d'Amina DAMERDJI

"Une nuit après nous" de Delphine ARBO PARIENTE

"Les enfants véritables" de Thibault BERARD

"Ubasute" d’Isabel GUTIERREZ,

"Les envolés" d'Etienne KERN,

"Faire corps" de Charlotte PONS

"Blizzard" de Marie VINGTRAS,

"Saint Jacques" de Bénédicte BELPOIS,

 "Les confluents" de Anne-Lise AVRIL,

"Le parfum des cendres" de Marie MANGEZ,

"Jour bleu" de Aurélia RINGARD

"Debout dans l'eau" de Zoé DERLEYN,

"La fille que ma mère imaginait" de Isabelle BOISSARD.

J'en ai abandonné trois : "Décomposée" de Clémentine BEAUVAIS, "Revenir fils" de Christophe Perruchas et "Aulus" de Zoé COSSON, mais les 68 Premières fois en parlent très bien.

Il me reste à lire : "Le voyant d'Etampes" d'Abel QUENTIN

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2022-08-20T14:30:56+02:00

Place Médard de Roland BOUDAREL

Publié par Tlivres
Place Médard de Roland BOUDAREL

Je remercie tout d'abord la Maison d'éditions Librinova pour la proposition de lecture de cette pépite, Place Médard de Roland BOUDAREL.

Gwenn est née le 11 novembre 1862 à Quimper. Elle sera élevée par Constance et l’Amiral dans une maison où est installée une grande bibliothèque, de quoi lui donner le goût de la littérature. Pour parfaire son éducation, elle est envoyée comme servante dans une famille bourgeoise. Quand elle revient, les garçons et les filles de son âge sont déjà mariés. Seul reste Pierrick, un garçon boitillant. Les deux familles s’accordent, Gwenn devient l’épouse du paysan et partage son foyer avec ses beaux-parents, d’ignobles gens. Gwenn vend le lait des vaches place Médard, elle n’en fait jamais assez, jusqu’au jour où Gwenn échange quelques mots avec un peintre, Gibus. De mauvaises langues le répéteront à Pierrick qui, fou de rage et rongé par la jalousie, va marquer sa femme au fer rouge, une empreinte laissée à vie sur son sein. Dès lors, sa vie va basculer et marquer de nombreuses générations d’une malédiction.
 
Ce livre est magnifique, une épopée éminemment romanesque dans lequel la grande Histoire va faire sa place. Vous allez visiter différentes régions de France à travers quelques décennies, et vivre de grz’des émotions.
 
Comme j’ai aimé suivre la lignée de ces femmes, de génération en génération, des femmes hautes en couleur, des femmes qui, confrontées à des hommes absents, vont assumer seules l’avenir de leur progéniture, des mères honorables. L’auteur tisse le fil d’une succession de femmes aussi singulières qu'elles sont uniques, ayant en commun cette même volonté d’avancer.
 
Loin de Roland BOUDAREL l'idée d'écrire un conte de fées. Comme une malédiction, les filles mères vont marquer de leur sceau leur descendance et transmettre le mal bien malgré elles.


Certains psychologues et scientifiques commencent à démontrer que nous ne sommes pas uniquement les héritiers génétiques de notre famille. Ils pensent que nous devenons tout autant les légataires des souffrances de ceux qui nous ont précédés. P. 205

Ce roman pourrait être qualifié de genre. Les descriptions des scènes de vie, des villes et des villages, sont éblouissantes. L’écrivain s’attache à décrire de façon presque cinématographique la vie quotidienne des personnages.


L’Italie était la confluence d’un art de vivre et d’une atmosphère. Ses ruelles étroites et sinueuses partageant l’ombre et la lumière, ses légumes et ses fruits en mosaïques de marchés, ses terrasses de places comme des ruches bourdonnantes, des focaccias moelleuses gorgées d’huile d’olive craquant sous le sel, ses expressos corsés et ses cappuccinos lactés, ses linges encordés paradant aux fenêtres, des fontaines irremplaçables qui peuvent tout à la fois chanter et rafraîchir, l’éclat de son soleil obligé, sa langue aux intonations familières qui ricochait de murs en façades, ses sublimes Italiennes embrasant d’un sourire, désarmant d’un regard. P. 160

Dans un roman choral, Roland BOUDAREL donne la voix à des femmes, celles qui vont assurer la lignée familiale, et quelques hommes aussi. Tous sont profondément attachants.
 
La palme revient de mon point de vue à Orane et sa formidable amitié avec Hans. J’ai été profondément touchée par son itinéraire.
 
Bien sûr, il est question de maternité, du corps des femmes, de leurs seins… et de leur histoire, leur symbolique, leur pouvoir nourricier, les fantasmes qu’ils procurent, les risques qu’ils encourent aussi.
 
Le suspens de ce roman est chaque fois alimenté par une quête, à travers les ans et les territoires.
 
Roland BOUDAREL égrène les histoires familiales comme on enfile des perles délicates pour en faire un collier.  À chacune sa densité, et ses fragilités !
 
Outre les qualités remarquables de la plume, ce qui m’a beaucoup plus dans ce roman, c’est sa construction. Les révélations des secrets bien gardés s’imbriquent les unes dans les autres comme les pièces d’un puzzle parfait, chapeau !

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2022-08-19T06:00:00+02:00

Le soldat désaccordé de Gilles MARCHAND

Publié par Tlivres
Le dernier roman de Gilles MARCHAND, "Le soldat désaccordé", sur un monument d'Angers, la copie d'une borne de la Voie sacrée reliant Bar-Le-Duc à Verdun

Le dernier roman de Gilles MARCHAND, "Le soldat désaccordé", sur un monument d'Angers, la copie d'une borne de la Voie sacrée reliant Bar-Le-Duc à Verdun

Ma #VendrediLecture sort aujourd'hui en librairie, le dernier roman de Gilles MARCHAND aux éditions Aux Forges de Vulcain : "Le soldat désaccordé".

Vous vous souvenez des romans,
et le recueil de nouvelles
 
Si j’étais passée à côté de « Requiem pour une Appache », me voilà réconciliée avec l’auteur qui nous montre une nouvelle fois son immense talent.
 
Nous sommes dans les années 1920. Le narrateur a été blessé à la guerre, il y a laissé une main, lui occasionnant un retour prématuré à la maison. Lui, il voulait continuer d’être utile, pour la France. Conducteur de tramway, il n’a pas pu retrouver son travail mais pour assurer la logistique, peu importait qu’une main lui manque. Et puis, il y a eu ces enquêtes, celles qui permettraient à des familles d’honorer des êtres chers, de faire leur deuil, parfois, aussi. Des disparus de la première guerre mondiale, il y en a eu 250 000. Émile Joplain en faisait partie. Lui n’avait plus donné de nouvelles depuis 1916. Sa mère est persuadée qu’il est vivant, c’est elle qui lui confie la charge de le retrouver. Dès lors, c’est un nouvel itinéraire qui s’offre à lui.
 
Avec ce roman, Gilles MARCHAND renoue avec la grande Histoire, là, celle des poilus, celle des hommes des tranchées.
 
Ses recherches mettent en lumière des archives, les traces de courriers, d’articles de presse, d’histoires familiales marquées par les obligations du conflit, le départ, pour certains, sans retour. Ce roman, c’est un magnifique cadeau fait aux familles, à celles qui ont perdu un père, un frère, un mari, une façon de leur rendre hommage et de saluer leur bravoure.
 
Comme j’ai aimé accompagner le narrateur dans sa quête, les rencontres réalisées au gré de menus indices, les témoignages.


La guerre, quand tu y as goûté, elle est dans ton corps, sous ta peau. Tu peux vomir, tu peux te gratter tout ce que tu veux, jusqu’au sang, elle ne partira jamais. Elle est en toi. P. 13

Dans un roman court, Gilles MARCHAND évoque le sort d’anonymes, des Amérindiens ayant prêté leur concours à la France, que les code talkers soient honorés ici comme il se doit.
 
Il fait la place belle aussi aux femmes, celles qui ont tenu la ferme, travaillé à l’usine pour remplacer les hommes partis à la guerre quand elles ne la faisaient pas elles-mêmes, à l’image de Marie MARVINGT, aviatrice, et de toutes ces aides-soignantes et infirmières. 
 
Et puis, Gilles MARCHAND ne serait pas lui-même sans un brin de magie. Comme j’ai aimé la fille de la lune, une apparition lumineuse là où tout est chaos. Et ses jeux avec la langue française…


En 1925, la France fêtait sa victoire depuis sept ans. Ça swinguait, ça jazzait, ça cinématographiait, ça électromenageait, ça mistinguait. L’Art déco flamboyait, Paris s’amusait et d’insouciait. Coco Chanélait, André Bretonnait, Maurice Chevalait. P. 53

Il y a encore l’amour, une histoire impossible, c’est ce qui le rend plus précieux encore.
 
La plume est belle, tendre et délicate, de celles qui vous font aimer les hommes !

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2022-08-16T17:30:00+02:00

Socrate médecin pour temps de crises et catastrophes de Jean-Louis CIANNI

Publié par Tlivres
Socrate médecin pour temps de crises et catastrophes de Jean-Louis CIANNI

Éditions Le Relié

A celles et ceux qui continuent de dire que c'était mieux avant, je leur propose la lecture de cet essai, "Socrate médecin pour temps de crises et catastrophes" de Jean-Louis CIANNI que j'ai eu la chance de découvrir grâce à la Masse Critique de Babelio (un grand merci aux organisateurs et à la maison d'éditions !). C'est mon #Mardiconseil.

Ainsi, cinq siècles avant Jésus-Christ, Athènes était en crise :
⦁   la guerre du Péloponnèse 
⦁    l'épidémie de peste
⦁    le pouvoir oligarchique des Trente Tyrans
et s'exposait à sa pure perte.

Socrate, fils d’une sage-femme, condamné à la peine capitale par un tribunal populaire 
pour impiété et corruption de la jeunesse, portait un regard critique sur la société qui l'entourait et s'évertuait à formuler des propositions, qui, n'ont, de fait pas pris une ride.

Les guerres continuent de sévir à travers le monde, il suffit d'ouvrir un journal ou d'écouter les médias pour s'en rendre compte. 

L'épidémie de Covid a généré un confinement, une mise sous cloche des êtres humains, privés de nombreuses libertés. Elle continue de rendre malade des populations à l'échelle internationale.

Quant à la perte de l'humanité, les premiers effets du réchauffement climatique se font cruellement sentir. Et même si l'essai est sorti des presses en mai 2022, la sécheresse estivale, la pénurie d'eau et le développement de terribles incendies en France, ne viendront pas démentir le propos du philosophe et journaliste.

Notre santé mentale et physique est en jeu.

Peut-être pourrions-nous regarder dans le rétroviseur et s'inspirer de ce que disait Socrate à ses jurés. Il les invitait à prendre soin d'eux, avouons que la proposition est séduisante, non ?

En premier lieu, ce que privilégie Socrate c'est notre regard critique, notre capacité à nous questionner. Il nous invite à cultiver notre "sidération". Plus notre étonnement sera grand, plus nous stimulerons notre esprit.


Il se compare à un taon qui pique et stimule un attelage. P. 73

Et puis, Socrate rappelle que l'être humain ne peut vivre seul et s'auto-satisfaire, il doit donc se penser au coeur d'une société, d'un environnement avec lequel il interréagit. C'est donc dans la cité que l'Homme peut assurer sa survie. C'est notamment là qu'il pourra confronter sa propre liberté à celle des autres, ce qui lui donne un sens, tout simplement.


La liberté individuelle veut s’imposer, elle a besoin de s’opposer à d’autres libertés pour exister et s’affirmer. P. 255

Si certains pensent que l'être humain est un individualiste, Socrate montre ô combien il est aussi capable d'être solidaire. Il semble bien que cette valeur ait perduré malgré les siècles. En marge de la lecture de l'essai, je lis dans la presse que les agriculteurs de Baugé ont prêté main forte aux pompiers pour arrêter le feu de la forêt et les habitants du village proposé d'héberger les sinistrés. Voilà qui peut donner un peu de baume au coeur pour l'avenir.


Chaque catastrophe suscite un sentiment de compassion générale qui est la marque de l’humain. P. 250

Enfin et surtout, Socrate nous invite à plus de sagesse :


L’homme juste sera celui qui pourra en toute situation tempérer ses désirs et ses ardeurs et viser à une sagesse à hauteur d’homme. P. 282

J'aime beaucoup l'image qu'avaient Socrate/Platon d'un attelage de deux chevaux, l'un noir correspondant au désir, l'autre blanc pour l'énergie, l'ensemble tenu de main de maître par un cocher. 

La philosophie faisait partie de mes matières préférées en classe de terminale, je n'avais malheureusement pas replongé depuis. Honte sur moi ! Cette expérience orchestrée par Jean-Louis CIANNI est un petit bonheur, une invitation à prendre de la distance par rapport au brouhaha ambiant et à me construire mon avis sur des questions philosophiques qui sont aussi, il faut bien le dire, des questions de vie quotidienne, facteur d'un bien-être à portée de main, pourquoi s'en priver ?

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2022-08-13T06:00:00+02:00

Laissez-moi vous rejoindre de Amina DAMERDJI

Publié par Tlivres
Laissez-moi vous rejoindre de Amina DAMERDJI
 
Le bal des 68 Premières fois  se poursuit avec un premier roman fascinant, « Laissez-moi vous rejoindre » de Amina DAMERDJI.
 
Une femme, Haydée SANTAMARÍA, à peine la soixantaine, se souvient de son enfance à Encrucijada à Cuba. Nous sommes en 1951, dans les pas de son frère, Abel, 6 ans plus jeune qu’elle, elle adhère au Parti orthodoxe, fondé par Eduardo CHIBÁS à La Havane en 1947. Prío SOCARRÁS est alors Président de la République. Haydée SANTAMARÍA ne sait pas encore que l’élan de la révolution cubaine la fera descendre dans la rue, l’impliquera jours et nuits en faveur du soulèvement, jusqu’au 26 juillet 1953…
 
Haydée SANTAMARÍA a l’arme à feu dans la bouche, elle s’apprête à tirer. 
 
Dans une narration à la première personne, comme une longue confession qui va vous prendre aux tripes, et par la voie du roman, une pure fiction, Amina DAMERDJI rend hommage à une révolutionnaire cubaine, une guerillera.
 
De ce mouvement, on se souvient bien sûr de Fidel CASTRO et de Che GUEVARA, les portraits emblématiques de cette révolte. L’autrice vient rendre justice à une femme militante, une prisonnière politique. En réalité, par la voie de cette biographie, Amina DAMERDJI rend hommage à toutes les femmes qui y étaient investies. A défaut, ne finiraient-elles pas, elles aussi, comme "Les grandes oubliées" ?
 
J’ai aimé découvrir les premières heures de son engagement pour son pays :


Mais c’est aussi parce que c’était la première fois que je manifestais dans un cortège. Peu à peu, la force de ces voix vibrant à l’unisson a fait battre mon cœur d’une manière spéciale, plus lentement mais plus puissamment aussi. P.

Son appartement deviendra progressivement le QG de la mobilisation révolutionnaire, elle vouera sa vie au combat jusqu’à l’assaut de la caserne de Moncada à Santiago de Cuba.
 
Quelle aurait été sa vie sans la présence d’Abel et ses actes politiques ? Le roman montre l’amour fraternel que vouait Haydée SANTAMARÍA pour son frère, Abel, mort sous les balles du régime...


Je pensais surtout à travers deux grands yeux brillants derrière leurs lunettes sales, ceux de mon frère. P. 89

Elle vouait à son frère un amour inconditionnel. Etait-elle une révolutionnaire dans l'âme qui n'attendait que son frère pour se révéler ? Son frère lui a-t-il permis de trouver une cause à défendre ? Dans tous les cas, Haydée SANTAMARÍA lui aura été fidèle toute sa vie. Rien, ni personne, ne viendra éroder ce lien, pas même Boris Luis SANTACOLOMA, lui aussi militant, l'amoureux de Haydée SANTAMARÍA.
 
Dans ce portrait brossé par l’écrivaine d'une femme publique, j'ai aimé découvrir aussi sa condition de femme des années 1950. 
 
Ce roman résonne comme une détonation, celle de l’arme de Haydée SANTAMARÍA contre elle-même, fatiguée d’avoir chaque année à tenir le même discours, tenir debout alors que les autres, eux, sont tombés fièrement sous les balles des militaires.
 
La plume de Amina DAMERDJI est fascinante et son premier roman une révélation. Merci aux fées des 68 d'avoir fait une place à ce roman historique dans cette #selection2022.
 
Avant de nous quitter, vous prendrez bien quelques notes de musique, du jazz revisité par le grand Franck SINATRA, c'est une référence de l'écrivaine elle-même.

Retrouvez les autres références de la #selection2022 :

"Une nuit après nous" de Delphine ARBO PARIENTE

"Les enfants véritables" de Thibault BERARD

"Aux amours" de Loïc DEMEY,

 "Les nuits bleues" de Anne-Fleur MURTON,

"Furies" de Julie RIOCCO,

"Ubasute" d’Isabel GUTIERREZ,

"Les envolés" d'Etienne KERN,

"Faire corps" de Charlotte PONS

"Blizzard" de Marie VINGTRAS,

"Saint Jacques" de Bénédicte BELPOIS,

 "Les confluents" de Anne-Lise AVRIL,

"Le parfum des cendres" de Marie MANGEZ,

"Jour bleu" de Aurélia RINGARD

"Debout dans l'eau" de Zoé DERLEYN,

"La fille que ma mère imaginait" de Isabelle BOISSARD...

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2022-08-12T06:00:00+02:00

Ultramarins de Mariette NAVARRO

Publié par Tlivres
Ultramarins de Mariette NAVARRO
 
"Ultramarins", c’est le premier roman de Mariette NAVARRO. Je l'ai découvert grâce au Book club, une nouvelle référence, un coup de coeur, l'occasion d'inviter une nouvelle fois en quelques jours mon ami Botero Pop
 
Elle est Commandante de navire depuis 3 ans. D’elle, on ne sait presque rien, sauf que son père, avant elle, faisait ce même métier. Ce que l’on sait toutefois, c’est qu’elle est respectée pour la qualité de son travail. Elle s’est fait un nom dans le métier. Les marins veulent désormais faire partie de son équipage. Sur son cargo, tout est réglé comme du papier à musique jusqu’au jour où elle répond par l’affirmative à une question tellement improbable, se baigner en pleine mer. A partir de ce moment-là, plus rien ne se passera comme il se doit lors de la traversée de l’Atlantique.
 
Ce roman est une pépite.
 
D'abord, il m'a touchée par l’éloge du travail au féminin. A celles et ceux qui douteraient encore de la capacité des femmes à assurer des métiers, par le passé, dits d'hommes, je ne peux que leur conseiller cette lecture, c'est un hymne au professionnalisme des femmes.


Depuis qu’elle est celle qui donne les ordres et décide de la carrière des autres, on ne dit plus rien, le féminin a fait son chemin dans les esprits, est entré dans les histoires comme le surnom d’autres marins célèbres. P. 15

Et puis, il y a quelque chose d’exceptionnel dans ce roman, c’est le rapport au corps. Je me suis laissée surprendre par cette dimension alors que je m’imaginais m'immerger au cœur d’un univers technique,  mécanique, un brin militaire, froid et insensible. C'est tout autre chose que nous propose Mariette NAVARRO, notamment avec l’évocation du corps de la femme, la commandante, en fusion totale avec celui de la machine, le cœur de l’animal, grandiose.


Le cargo, quand elle ferme les yeux, c’est son corps à elle, stable et droit. À en oublier les vagues. P. 16

Mais il y a aussi et surtout ce moment d’ivresse des hommes, nus, la cure de jouvence que procure ce bain en plein océan. Il y a l'entrée des corps dans l'élément naturel, le choc des températures, et très vite, l'effervescence des sens. Mariette NAVARRO décrit formidablement bien le lâcher prise pour laisser place à une certaine forme de (re)naissance.


Ils naissent adultes et de leur plein gré, les pieds en avant, les bras le long du corps, et dans la gorge un chant retenu, un cri débutant. P. 23

Cette baignade clandestine, radars coupés, agit comme un instant de rupture dans le roman. Alors que le décor était planté, que tout semblait parfaitement maîtrisé, il y a cette demande, tellement incongrue, et la commandante qui répond "D'accord".
 
Dès lors, les hommes aguerris s'exposent à la perte totale de leurs repères, s'aventurant aux confins de leur zone de confort, là où la prise de risques est la plus grande. Jamais, non jamais, ils n’ont plongé dans les profondeurs de l’océan. Passée la période d'euphorie, ils prennent conscience de leur vulnérabilité. Comme j'ai vibré avec eux, imaginant que le navire puisse les laisser choir, là. Ils nagent en eaux troubles, dans la plus grande détresse.
 
Et puis, Mariette NAVARRO explore le besoin irrépressible qu’ont certains êtres humains de devoir quitter la terre ferme pour naviguer, aller jouer avec l’horizon, passer de l’autre côté… N'est-ce pas une question que vous vous posez ? Pourquoi ?
 
Mais ce roman ne serait rien sans le mystère de la présence d’un vingt-et-unième homme à bord du canot de sauvetage. Qui est-il ? D’où vient-il ? L'écrivaine va exercer une tension sur les esprits qu'elle va entretenir jusque dans les dernières pages. "Ultramarins" devient un thriller psychologique. Dès lors, les êtres sont capables de tout !
 
Enfin, la plume est un pur délice, une écriture tout en poésie :


Elle sait qu’on n’est pas toujours les bienvenus sur le dos des océans, qu’on ne peut pas impunément s’agripper à leur crinière. P. 39

La chute est profondément émouvante. Ce roman est original, un inclassable. Les membres du jury de l'Académie Hors Concours ne s'y sont pas trompés, les lecteurs et les lectrices l'ont élu roman de l'année 2021.
 
Pour moi, c'est un coup de coeur !
 
Voilà une nouvelle référence très surprenante du Book Club, une excellente surprise. Vous aimerez peut-être aussi :
 
"Consolation" de Anne-Dauphine JULLIAND

"La porte du voyage sans retour ou les cahiers secrets de Michel ADANSON" de David DIOP

"Malgré tout" de Jordi LAFEBRE

"Sidérations" de Richard POWERS

"Hamnet" de Maggie O'FARRELL

 "Les enfants sont rois" de Delphine DE VIGAN

"Au-delà de la mer" de David LYNCH

"Le messager" de Andrée CHEDID

"L’ami" de Tiffany TAVERNIER

"Il n’est pire aveugle" de John BOYNE,

"Les mouches bleues"» de Jean-Michel RIOU,

"Il fallait que je vous le dise" de Aude MERMILLIOD, une BD,

"Le roi disait que j'étais diable" et "La révolte" de Clara DUPONT-MONOD, 

"Un jour ce sera vide" de Hugo LINDENBERG

"Viendra le temps du feu" de Wendy DELORME,

"Il n'est pire aveugle" de John BOYNE...

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2022-08-06T06:00:00+02:00

Une nuit après nous de Delphine ARBO PARIENTE

Publié par Tlivres
Une nuit après nous de Delphine ARBO PARIENTE

Editions Gallimard

Le bal des 68 Premières fois se poursuit avec le premier roman de Delphine ARBO PARIENTE : "Une nuit après nous".

 

Mona est une femme de 46 ans, elle a deux enfants d’un premier mariage, et la petite Rosalie avec Paul avec qui elle vit depuis 12 ans. Ça fait des années maintenant que Mona s’évertue à garder son passé cadenassé mais sa rencontre avec Vincent, professeur de Taï-chi, va ouvrir les vannes. Plus jamais la petite fille qui dormait en elle ne sera prisonnière.
 
Ce premier roman est bouleversant.
 
Il prend racine dans une histoire familiale complexe, la génération de ses grands-parents s’est exilée de Tunisie dans un contexte douloureux avec seulement quelques effets personnels sur le dos. Ils ont tout reconstruit mais nous étions dans les années 1960, et à cette époque, les logements étaient petits et miteux. Sa mère, quand elle était enfant, voulait fuir cet environnement familial toxique. Et puis, comme une prédisposition naturelle, il va y avoir une transmission de la douleur par la voie des femmes au fil des générations. Mona va hériter bien malgré elle de ce patrimoine lourd à porter qui va marquer son corps de son empreinte.
 
Vous l'avez compris, il y a dans ce nouveau roman de la #selection2022 des 68 une affaire de corps, de maltraitance du corps. Pour pouvoir se construire, Mona a choisi l'oubli, à moins que ça ne soit son cerveau qui ait pris les commandes.
 
C'est Adélaïde BON avec "Une petite fille sur la banquise" qui m'avait mise sur la voie avec un récit de vie aussi effroyable qu'éblouissant. Elle y expliquait ses mécanismes de protection lors de faits de violence. C'est un peu comme un instinct de survie. Le cerveau se déconnecte et engendre ce que l'on appelle une amnésie traumatique. Avec ce roman, et sans l'approche scientifique, Delphine ARBO PARIENTE illustre parfaitement le mal qui ronge Mona.
 
Dans ce roman, ce qui est intéressant, c'est aussi et surtout ce qui va provoquer la rupture avec un quotidien qui pourrait être qualifié d'ordinaire. Je suis totalement fascinée par ce que les rencontres peuvent générer en termes d'émotions. Là, c'est celle de Mona avec Vincent qui va tout bouleverser.


Et en ouvrant la trappe où j’avais jeté mes souvenirs, la petite est revenue, elle attendait, l’oreille collée à la porte de mon existence. P. 13

Il n'aura fallu qu'un sourire, un regard, une écoute, l'intonation d'une voix... pour que les souvenirs déferlent avec tout ce qu'ils charrient de souffrance mais aussi tout ce qui fait de la personne ce qu'elle est aujourd'hui. Je n'irai pas plus loin, bien sûr, au risque de dévoiler le charme de cette lecture. Je peux juste vous dire que les battements de mon coeur se sont accélérés à un rythme insoutenable, ce roman, je ne pouvais plus le lâcher.

"Une nuit après nous", c'est une libération...


Sa mémoire, ce n’est pas le passé qu’elle contient, mais le présent qui la déborde. P. 187

Ce roman m'a rappelé un extrait du poème "Confession" des Fleurs du Mal de Charles BAUDELAIRE :

"Tout à coup, au milieu de l'intimité libre

Eclose à la pâle clarté,

De vous, riche et sonore instrument où ne vibre

Que la radieuse gaieté,

De vous, claire et joyeuse ainsi qu'une fanfare,

Dans le matin étincelant,

Une note plaintive, une note bizarre,

S'échappa, tout en chancelant"

"Une nuit après nous", c'est aussi l'histoire d'une révélation. Mona vivait avec toute une part d'elle, de sa vie, de son itinéraire, qui lui était inaccessibles. Avec Vincent, c'est la promesse de retrouver ses origines, son enfance, son adolescence, sa vie de femme, adulte, c'est l'assurance de trouver des réponses à toutes ces questions qui la taraudaient, c'est un peu comme si elle trouvait la clé d'un trésor dont elle ne soupçonnait même pas l'existence. Ce roman, c'est une porte ouverte sur une (RE)naissance.

Finalement, l'écrivaine explore tout au long du roman le champ de la mémoire, celle des territoires, celle des hommes et des femmes. C'est fascinant.

Ce roman, construit en cinq chapitres comme une tragédie grecque, est aussi déchirant que lumineux. Il est servi par une plume d'une très grande sensibilité. J'évoquais l'instant de rupture quelques lignes plus haut. S'il est important pour le lecteur, il l'est plus encore pour l'auteur en termes d'écriture. C'est l'évènement qui rebat l'ensemble des cartes, un tout nouveau jeu s'offre à lui. A charge pour lui de rebondir, certains réussissent l'exercice comme Delphine ARBO PARIENTE, d'autres moins.

Ce premier roman, c'est une belle réussite. Bravo !

Et pour terminer, vous prendrez bien quelques notes de musique, classiques, choisies par l'écrivaine elle-même...

Retrouvez les autres références de la #selection2022 :

"Les enfants véritables" de Thibault BERARD

"Aux amours" de Loïc DEMEY,

 "Les nuits bleues" de Anne-Fleur MURTON,

"Furies" de Julie RIOCCO,

"Ubasute" d’Isabel GUTIERREZ,

"Les envolés" d'Etienne KERN,

"Faire corps" de Charlotte PONS

"Blizzard" de Marie VINGTRAS,

"Saint Jacques" de Bénédicte BELPOIS,

 "Les confluents" de Anne-Lise AVRIL,

"Le parfum des cendres" de Marie MANGEZ,

"Jour bleu" de Aurélia RINGARD

"Debout dans l'eau" de Zoé DERLEYN,

"La fille que ma mère imaginait" de Isabelle BOISSARD...

#68premieresfois #68premieresfoisetplussiaffinité #68premieresfois2022 #litteraturefrancaise #premiersromans #68unjour68toujours
#bookstagram #selection2022 #premierroman #7anscasefete #onnarretepasles68 #un68sinonrien #touchepasamon68 #jepensedoncje68  #unenuitaprèsnous #delphinearbopariente

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2022-08-05T17:15:00+02:00

Les cerfs-volants de Romain GARY

Publié par Tlivres
Les cerfs-volants de Romain GARY
 
Ce roman, je l’ai découvert dans la PAL de ma fille (elle occupe une case de ma bibliothèque et regorge de pépites, des livres qui attendent souvent l’été pour s’offrir une escapade, le moment idéal pour leur lecture) et c’est un coup de ❤️ (il me tardait de retrouver Botero Pop !), « Les cerfs-volants » de Romain GARY, un roman paru en mai 1983.
 
Tout commence avec l'évocation d'un musée normand, celui d’Ambroise Fleury de Cléry, où sont exposés des cerfs-volants. Ambroise Fleury, facteur, élève son neveu, Ludovic. Son père, le frère d'Ambroise, a été tué pendant la guerre 14-18, sa mère est décédée peu de temps après. Ambroise Fleury, lui-même blessé de guerre, est un homme porté par l’espoir. Il passe ses journées à construire des cerfs-volants, inspirés tantôt des philosophes des lumières, tantôt des hommes publics du moment. Ses oiseaux artificiels animent le ciel de leur vol. Ludovic se nourrit de cette philosophie de vie pour faire ses premières armes. Originaire d’un milieu modeste, il tombe amoureux d’une aristocrate polonaise, Lila, qui passe l’été dans le château situé à proximité de Cléry. La jeunesse de Ludovic est marquée par l’attente de la saison estivale et des retrouvailles. Le jeune garçon fait preuve d’une patience infinie, et comme son oncle, d’une incroyable imagination pour nourrir une relation EXTRAordinaire au risque de passer pour fou. Et ce n’est pas l’approche de la seconde guerre mondiale qui le fera flancher, non, jamais.
 
Plus jamais je ne regarderai un modeste musée de village comme avant. Celui d’Ambroise Fleury, une pure fiction, aussi délaissé soit-il par le grand public, relate pourtant une page de notre Histoire. C’est le filtre de lecture qu’explore Romain GARY. Inspiré de l’histoire singulière d’une famille normande, son roman foisonnant va dérouler le fil d’une dizaine d’années (1935-1945) des plus meurtries du XXème siècle.
 
C’est dans un berceau masculin que la sagesse va progressivement faire son nid. Quel plus beau roman d’apprentissage que « Les cerfs-volants » de Romain GARY. A travers le personnage de Ludovic qui a une dizaine d’années en 1935, l’auteur va creuser le sillon de la structuration sociale de la société, à chaque classe son mode de vie, ses codes, ses références… et tisser la toile d’un amour impossible entre Lila et Ludo.
 
Ce roman se nourrit de la pure fantaisie d’un homme passionné de cerfs-volants, ces jouets d’enfants aux dessins naïfs, aux couleurs vives, dansant avec le vent, relevant ici du champ des œuvres d’art. Les créations sont autant d’opportunités pour Ludo et les enfants du village de se familiariser avec des héros du passé, elles deviennent en temps de guerre des armes militantes en faveur de la liberté que les Allemands se sont attachés à maintenir au sol pour les priver de leur pouvoir subversif.
 
Le personnage d’Ambroise Fleury est haut en couleur, un homme de valeur qui s’évertue à transmettre à la jeune génération le pouvoir de l’imaginaire. Dès lors, plus aucune limite ne saura résister à la capacité de s’extraire d’une dure réalité pour la regarder avec les yeux d’un rêveur.


C’était la première fois que j’utilisais l’imagination comme arme de défense et rien ne devait m’être plus salutaire dans la vie. P. 58

Et pour pallier les pannes d’inspiration, rien de tel qu’une petite dose de littérature !


Je comprends qu’on meure d’amour, parce que parfois, c’est tellement fort, que la vie n’arrive pas à tenir le coup, elle craque. Tu verras, je te donnerai des livres où ça arrive. P. 50

Enfin, ce roman, c’est aussi celui de réflexions sur l’humanité, sa part d’inhumanité, des questions existentielles qui en temps de guerre prennent une dimension toute particulière. Les époques n’y feront rien, le propos universel est aussi intemporel… il suffit de lire les médias pour s'en rendre malheureusement compte.


On verra bien, après la guerre, une fois l’Allemagne vaincue et le nazisme enfui ou enfoui, si d’autres peuples, en Europe, en Asie, en Afrique, en Amérique, ne viendront pas prendre la relève. P. 324

Et si vous cherchez un sens à votre vie, Romain GARY pourrait peut-être vous éclairer ! Sous la plume de L’auteur, il revêt ses plus beaux atours, de quoi vous réconcilier avec la vie.

Je me souvenais de "La Promesse de l'aube", un coup de ❤️, qu'il est bon de retrouver le chemin de lectures du collège !

Une nouvelle fois, ma fille a fait mouche avec cette référence, comme avec 

"Mon ghetto intérieur" de Santiago H. AMIGORENA,

"Colette et les siennes" de Dominique BONA, 

"La cause des femmes" de Gisèle HALIMI,

"Les grandes oubliées" de Titiou LECOQ...

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2022-08-02T17:00:00+02:00

Trois jours et une vie de Pierre LEMAITRE

Publié par Tlivres
Trois jours et une vie de Pierre LEMAITRE

Éditions Albin Michel

 

L'été, j'ai l'habitude de choisir mes lectures dans la PAL de ma fille, "des bijoux" m'a-t-elle dit.

 

J'y ai découvert quelques perles, à l'image de "Mon ghetto intérieur" de Santiago H. AMIGORENA, ou de "Colette et les siennes" de Dominique BONA...

 

Place au roman "Trois jours et une vie" de Pierre LEMAITRE, que nous avions rencontré ensemble au Salon du Livre de Paris. C'est mon #mardiconseil !

 

À Beauval, les familles Courtin et Desmedt sont voisines. Antoine Courtin a 12 ans, il vit avec sa mère, son père les a quittés il y a 6 ans quand il est parti travailler en Allemagne. En face, vivent les Desmedt. Il y a le père, un homme rustre, ouvrier chez Weiser jouets en bois (le patron de l’entreprise est aussi le maire de Beauval), une mère au foyer, une fille de 15 ans, Valentine, apprentie coiffeuse, et un garçon de 6 ans, Rémi. Les Desmedt ont aussi un chien, Ulysse. Quand un enfant du village se voit offrir une Play station, tous les copains sont invités chez lui à jouer, ce que refuse la mère d’Antoine. Le garçon passe son temps dans les bois près de chez lui à construire une cabane, il fait d’Ulysse un ami, un confident. Quand il y a le chien, il y a aussi souvent le petit Rémi. Et puis, un jour, c’est le chaos. Le chien se fait renverser par une voiture. Ce n’est là qu’un premier événement d’une longue série qui hantera chacun jusqu’à la fin de sa vie.

 

Pierre LEMAITRE est un conteur hors pair. Dès les premières pages, il plante le décor d’un village où tout n’est que labeur, où la vie est dure avec les hommes, les femmes, où la menace du chômage pèse lourd sur l'avenir. C’est dans un environnement économique précaire et socialement pauvre que le roman noir va prendre racine. Autour de la disparition d’un enfant, chacun va choisir ses armes pour se défendre. Antoine, aussi :


Antoine finit par croire lui-même à cette fiction ; lorsqu’il la racontait, il la voyait, il y était, son histoire prenait à ses propres yeux comme à ceux de ses interlocuteurs une densité qui peu à peu approchait la vérité. P. 82

Avec ce roman, Pierre LEMAITRE tisse le fil de la culpabilité, un sentiment qui ronge les esprits comme les corps. Il montre s’il en était nécessaire, que peu importe le temps qui passe dans ce domaine, rien ne change, voire tout s'aggrave.

 

La pression de la peur s’exerce avec une force qui va décupler avec les années, exerçant une tension sans merci.


La terreur, en fait, ne lâchait jamais prise. Elle sommeillait, s’endormait, et elle revenait. Antoine vivait avec la conviction que, tôt ou tard, ce meurtre le rattraperait et ruinerait sa vie. P. 187

Là où l’écrivain a une force de frappe puissante, c’est qu’il va nourrir l'histoire principale d’histoires secondaires, une manière de semer le trouble pour mieux serrer le lecteur dans l’étau de la fiction.

 

L’intrigue est parfaitement maîtrisée, la chute magistrale. Impossible de vous en dire plus, un seul conseil, lisez-le. 

 

Une nouvelle fois, ma fille a fait mouche avec cette référence !

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2022-07-30T06:27:03+02:00

Faire corps de Charlotte PONS

Publié par Tlivres
Faire corps de Charlotte PONS
 
Le bal des 68 Premières fois se poursuit avec un second roman, "Faire corps" de Charlotte PONS.
 
Sandra, la narratrice, a la quarantaine. Depuis le drame de son petit frère, elle a pris la décision de ne jamais être mère. De fait, ses aventures avec les hommes n’ont été que de courte durée, des soirées sans lendemain. Quand son ami d’enfance, Romain, homosexuel, lui fait part de son désir d’un enfant et des nombreuses tentatives de GPA (Gestation Pour Autrui) aux Etats-Unis, sans succès, Sandra se retrouve malgré elle au cœur d’une sombre histoire de prêt de son corps.
 
La narration à la première personne de ce roman vous prend à la gorge dès les premières pages, et ce n’est pas le contexte actuel de retrait du droit à l’avortement de la Constitution américaine qui viendra désamorcer la bombe.
 
Avec ce roman, Charlotte PONS explore les différentes dimensions d’une mère…