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Articles avec #mes lectures catégorie

2022-01-14T18:38:25+01:00

Les nus d’Hersanghem de Isabelle DANGY

Publié par Tlivres
Les nus d’Hersanghem de Isabelle DANGY

Ma #Vendredilecture, c'est le tout dernier roman d'Isabelle DANGY : "Les nus d’Hersanghem", aux éditions Le Passage.

Grégoire Arakelian arrive de Marseille à Hersanghem en avril, il est nommé au Tribunal de Grande Instance pour un premier poste de greffier. Marie, sa fiancée, est restée à Marseille, sa ville d’origine, malgré leur quatre années d’amour. Elle ne se sentait pas prête. Grégoire, de son côté, fait connaissance avec Monsieur Vivien, comptable à la retraite, qui lui fait visiter la ville. Tous deux arpentent les lieux. Au gré de leurs promenades, Grégoire prend des photos qu'il expédie à Marie. Il devient l'ambassadeur de Hersanghem pour lever les doutes de sa bien-aimée. Mais aujourd'hui, les vibrations changent. La ville vit au rythme de l'événement qui ponctue l'année, la braderie estivale, le dernier week-end de juillet. Grégoire perd tous ses repères. Pire encore, le temps est à l'orage !

Peut-être aurez-vous la même tentation que moi et irez chercher Hersanghem sur internet... Vous n'y trouverez rien, cette ville relève de la pure imagination de l'écrivaine, mais quelle imagination ! 

Dans un processus littéraire original, Isabelle DANGY va créer de toutes pièces une cité avec ses propres espaces publics, ses monuments et autres aménagements. Au gré d'une succession de chapitres répondant aux doux noms du Quai d’Hazebrouck, du cinéma du centre Jasmyn... l'écrivaine nous offre un paysage urbain à parcourir, paysage regardé par le filtre de l'appareil photographique.

Mais là où les choses deviennent vraiment intéressantes, c'est lorsqu'elle en brosse le paysage humain. Isabelle DANGY explore avec une incroyable minutie les hommes et les femmes qui y habitent, celles et ceux qui en composent la vie, à l'image du gardien de Beffroi. Dans une approche un brin anthropologique, elle va, les uns, les autres, les mettre à nu. 

 

J'ai un petit faible, je vous l'avoue, pour la librairie du Toton, l'approche du métier de libraire et ce qu'il génère d'envies, c'est truculent. Pour celles et ceux qui, comme moi, aiment la littérature, nul doute que vous vous exposerez au phénomène d'identification !

Par un savamment mélange, Isabelle DANGY va réussir à lier urbanisme et vie sociale, faire en sorte que les lieux impriment leur signature sur les êtres, et vice-et-versa.

Mais rien ne serait plus inquiétant que les phénomènes EXTRAordinaires qui se produisent ce jour-là, donnant à la lecture tout le suspens dont elle a besoin pour devenir l'objet de vos convoitises.


Il y a quelque chose dans l’air ce soir, quelque chose d’un peu orageux peut-être, malgré la pureté du ciel, une vibration encore imperceptible, des bancs d’angoisse inertes dans le remous des avenues. P. 211

La plume est séduisante à l'envi, pleine de poésie, à l'image de cette définition des insomnies...


Perdre le sommeil, c’est comme d’être chassé hors du paradis terrestre. Et de monter la garde à ses portes en espérant y être à nouveau invité. P. 201

On en viendrait presque à en rêver !

Ce roman, c'est une belle lecture de cette rentrée littéraire, un moment hors du temps.

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2022-01-12T18:00:00+01:00

Mon ancêtre Poisson de Christine MONTALBETTI

Publié par Tlivres
Mon ancêtre Poisson de Christine MONTALBETTI

Lors de la dernière rencontre littéraire organisée par Les Bouillons le 16 décembre au Théâtre Le Quai d'Angers, j'ai découvert une autrice, Christine MONTALBETTI, et passé une excellente soirée.

Si elle a écrit plusieurs romans (presque une vingtaine, honte sur moi), j'ai choisi de retenir personnellement "Mon ancêtre Poisson" publié chez P.O.L, formidable idée.

Christine MONTALBETTI choisit la voie de son arbre généalogique pour tisser le fil de ses origines et brosser le portrait de son arrière-arrière-grand-père, Jules POISSON, né en 1833, recruté comme jardinier par le Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris dans le quartier Latin quand il n'avait que 9 ans et 10 mois. Au gré de ses apprentissages, il deviendra préparateur puis botaniste, publiant moult articles dans la presse spécialisée. Porté par les inventions technologiques de l'époque mais aussi, meurtri par les affres de la première guerre mondiale, après une vie bien remplie, il meurt en 1919.

Ce roman, c'est l'histoire d'un homme qui pourrait être banal mais qui, de par son parcours initiatique, donne à voir une évolution de carrière prestigieuse et laisse une trace dans l'étude des végétaux. Si hier, elle n'était accessible qu'aux initiés du genre, la voilà désormais partagée avec le grand public, de quoi lui assurer la postérité.

Mais plus que ça, ce roman, c'est une tonalité, une expression. Christine MONTALBETTI use d'une formule pleine de fantaisie, tendre et délicate. La plume est joueuse. Elle interpelle tantôt son arrière-arrière-grand-père à la 2ème personne du singulier, tantôt le.a lecteur.rice en le.a vouvoyant. Que de questions auxquelles on aurait envie, nous aussi, de répondre.

Ce roman, c'est un exercice littéraire, un peu comme une conversation qui, au gré de l'imagination, établirait un lien entre les siècles et les générations. Christine MONTALBETTI côtoie, par la voie de l'écriture, cet ancêtre à qui elle voue une profonde affection.


C’est comme une folle conversation avec toi, une tresse joyeuse de nos phrases, qui s’entremêlent. P. 63

Et puis il y a le rôle de la génération intermédiaire, celle de la grand-mère de l'écrivaine, le dénominateur commun entre l'arrière-arrière-grand-père et Christine MONTALBETTI. Elle aussi entre dans l'entretien.


[…] ce que je me dis, c’est que tout ça passe par elle, qui est comme le bâton de relais d’une affection possible entre nous, notre point d’intersection, en somme, ma-grand-mère-ta-petite-fille sur laquelle toi et moi, si on y pense, nous avons tous les deux posé nos yeux. P. 28/29

Le fil tissé est ingénieux, c'est celui autour duquel toute l'histoire familiale repose en termes de transmission. Quand on fait l'éloge aujourd'hui (tout à fait justifié d'ailleurs) de la grand-parentalité, avouons que sous la plume de Christine MONTALBETTI, elle porte ses plus beaux atours.

Mais le roman serait incomplet s'il n'embrassait la grande Histoire, une manière tout à fait singulière de revisiter ces 80 années...

 

 


A travers cette musique de tes phrases, j’accède au rythme de ta pensée, à la manière dont tu entendais le monde. P. 88

Ce roman, c'est assurément une très belle surprise, la rencontre avec une très belle plume, douce et soyeuse, gaie et malicieuse.

Et puis, impossible de ne pas faire un petit clin d'oeil à ma chère Eglantine. Figurez-vous, ce soir-là, je portais mon plus beau trench, celui réalisé par ma couturière préférée, et devinez quoi, il était couvert de poissons. Vous pouvez allègrement imaginer la teneur de la dédicace... Quand je dis qu'il n'y a pas de hasard dans la vie !

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2022-01-11T07:00:00+01:00

La révolte de Clara DUPONT-MONOD

Publié par Tlivres
La révolte de Clara DUPONT-MONOD

C'est fou, il y a des autrices à côté desquelles j'étais passée toutes ces années et puis, il aura suffit d'une référence lors d'une rencontre du Book club pour que je fasse connaissance avec la plume de Clara DUPONT-MONOD et que je ne m'en lasse plus.

Vous vous souvenez de cette première lecture : "Le roi disait que j'étais diable" qui relatait la vie d'Aliénor D'AQUITAINE depuis l'âge de 13 ans jusqu'à 25, feu son premier mariage.

J'ai enchaîné grâce à Gwen avec "La révolte".

Richard Coeur de Lion, Geoffroy et Henri voient leur mère arriver. Ils se figent. L'heure est grave. Aliénor d'Aquitaine donne l'ordre à ses fils de renverser leur père, son mari, le roi d'Angleterre, Henri DE PLANTAGENET. Dès lors, les enfants deviennent les "jouets" de deux personnalités bien trempées, de celles qui vont à la conquête du monde.

Dans ce nouveau roman, c'est par la voix de Richard Coeur de Lion, le narrateur, qu'est brossé le portrait de la reine de France devenue reine d'Angleterre.

Elle va vivre la période la plus sombre de sa vie, outre le fait que Le Plantagenêt comme elle l'aime à l'appeler, la trompe avec Rosemonde DE CLIFFORT, elle est emprisonnée par son propre mari, hors de portée de nuire. Quel plus grand châtiment que l'impuissance pour une personnalité haute en couleur, de celles dont l'action, le pouvoir et la guerre sont les moteurs en puissance.

Dans ce roman, j'ai retrouvé le côté aventurier de la plume de Clara DUPONT-MONOD. Les conquêtes des territoires au Moyen-Âge relevaient de pures épopées. L'écrivaine nous livre des scènes presque cinématographiques des déplacements et des combats. Et puis, entre loyauté et trahison, il n'y a parfois qu'un pas, rendant un brin haletante la destinée de ces têtes couronnées.

Mais ce que j'ai aimé, c'est une nouvelle fois, côtoyer le personnage d'Aliénor D'AQUITAINE, une résistante s'il en est. Si elle savait que ses filles seraient comme elle, mariées à des hommes dès leur plus jeune âge au service de stratégies royales, elle s'était attachée à leur donner une éducation qui leur permette de s'affirmer, et quelle plus belle voie que celle de la lecture. 


Mon armée, ma vraie, celle qui passe les siècles et ne plie devant personne, c’est la littérature. P. 118

Et puis, avouez que parader à l'Abbaye de Fontevraud à du charme. C'est là que sont exposés les gisants notamment d'Aliénor D'AQUITAINE et son fils, Richard Coeur de Lion.

La révolte de Clara DUPONT-MONOD

Bien sûr, l'effet de surprise est passé, mais la plume de Clara DUPONT-MONOD reste talentueuse.

Vous aimerez peut-être aussi : "S'adapter" couronné en 2021 des Prix du Goncourt des Lycéens, Femina Landerneau.

Retrouvez toutes les références du Book club :

 

« Hamnet » de Maggie O'FARRELL

« Les enfants sont rois » de Delphine DE VIGAN

« Le roi disait que j'étais diable » de Clara DUPONT-MONOD

« Au-delà de la mer » de David LYNCH

« Le messager » de Andrée CHEDID

« L’ami » de Tiffany TAVERNIER

« Il n’est pire aveugle » de John BOYNE,

« Les mouches bleues » de Jean-Michel RIOU,

« Il fallait que je vous le dise » de Aude MERMILLIOD, une BD.

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2022-01-07T18:00:00+01:00

La maison des solitudes de Constance RIVIÈRE

Publié par Tlivres
La maison des solitudes de Constance RIVIÈRE

Éditions Stock

 

Elisabeth, la narratrice, est la fille de Anne, comédienne, en rupture avec ses parents. Sa grand-mère maternelle est accueillie à l’hôpital dans un état critique, son mari est décédé 9 mois plus tôt. En plein confinement, Elisabeth réussit à rester en salle d’attente. En 1995, les grands-parents s’étaient installés dans une maison familiale. C’est là qu’Elisabeth a passé de nombreuses vacances. Des souvenirs, elle en a plein la tête, y compris ses tentatives d’en découdre avec des secrets trop bien gardés.

 

Constance RIVIÈRE. Vous vous souvenez peut-être de son premier roman « Une fille sans histoire », l’occasion d’un petit clin d’œil à l’équipe des 68 Premières fois.

 

L’écrivaine creuse le sillon de l’exploration des traumatismes psychologiques. Si je ne peux pas vous en dire beaucoup plus sans déflorer l’histoire, je peux toutefois évoquer le fait que Constance RIVIÈRE prenne, une nouvelle fois, appui sur un fait de société pour s’élancer. Hier les attentats du Bataclan, aujourd’hui le confinement lié au Covid avec les drames humains générés chez les proches dans l’incapacité de se porter au chevet des malades hospitalisés. C’est un peu comme si chacun avait besoin d’un événement, un uppercut, pour ouvrir les vannes et libérer la pression qui l’assaille.

 

Il y a les petits maux et les grands bouleversements. Si chacun réussit à avancer en surmontant ses fragilités...


Mon père appliquait de l’or sur ses plaies, il connaissait sans l’avoir appris l’art japonais du kintsugi, regardant ses brisures et ses cicatrices comme des imperfections sans lesquelles il ne saurait y avoir de grande beauté. P. 69

Il est d’autres épreuves quand il s’agit de cataclysme ! Mais si en réalité il s'agissait d'un mal pour un bien...

 

Ce roman pourrait être terne, il est au contraire profondément lumineux dans la possibilité qu’il offre à chacun de mettre sens dessus dessous les fondations de sa vie pour accéder à une certaine forme de sérénité :


Rendre les armes et m’incliner. Je ne connaîtrai pas la paix de l’oubli tant que je ne saurai pas ce que je dois oublier. P. 99

Constance RIVIÈRE entretient un rapport singulier au temps. Quand Augustin TRAPENARD fait l'éloge de "La lenteur" en citant Milan KUNDERA, là, chaque seconde compte !


Deux jours de pure attente angoisse panique. 48 heures, 2 880 minutes, 172 800 secondes. Vous sentez le poids de la seconde quand vous faites la planche ou que vous essayez de faire le poirier, cette seconde qui s’éternise […]. P. 14

Quand il est question de SURvie, il y a urgence à agir !

 

Cette lecture est profondément troublante. Constance RIVIÈRE réussit une nouvelle fois un tour de force dans une plume acérée où chaque mot est terriblement pesé. Lecture coup de poing de ce début d’année.

 

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2022-01-04T18:00:00+01:00

Hamnet de Maggie O’FARRELL

Publié par Tlivres
Hamnet de Maggie O’FARRELL

Belfond

Traduit de l’anglais par Sarah TARDY


De Maggie O'FARRELL, je me souvenais de ce roman : "En cas de forte chaleur"

Alors, quand Gwen a proposé "Hamnet" dans le cadre du Book club, j'ai dit oui bien sûr ! Cette première lecture de 2022 est marquante à plus d'un titre.

Dans l’atelier de gantier du grand-père, un jeune garçon, l’ainé, subit les coups et blessures de son père. Il devient précepteur et enseigne le latin aux frères d’Agnès dans une ferme des Hewlands. Agnès, un brin sauvageonne et mystérieuse ne manque pas de le fasciner, elle et sa crécerelle. Ils sont fous amoureux et se laissent porter par l’élan de l'amour. Ce qui devait arriver arriva. Agnès est enceinte. Les deux familles n'ont rien en commun et pourtant, de cette relation naîtra un arrangement raisonnable. La famille du jeune homme accueillera Agnès en son sein. Là s'ouvre une nouvelle page de la vie de chacun, pour le meilleur comme pour le pire.

Avec Maggie O'FARRELL, nous sommes dans le roman familial, de ceux qui explorent dans leurs moindres détails tout ce qui compose la vie quotidienne d'un foyer, les relations intrafamiliales aussi. J'ai personnellement été très sensible à celles entretenues par Agnès avec son frère Bartholomew qui donne à voir la force de la fratrie, à la vie à la mort.


Agnès exécute soigneusement le travail, regarde les deux pans se souder, le linceul prendre forme. Elle est un marin qui coud sa voile, prépare le bateau qui emmènera son fils dans l’autre monde. P. 264

Hamnet est un roman sur le deuil, celui d'une mère, celui d'un père aussi. 

Hamnet est aussi un roman social. L'écrivaine restitue la vie des hommes et des femmes du XVIème siècle. Elle décrit avec minutie le quotidien des différentes classes sociales, des urbains et des ruraux dans tout ce qui les différentie, leur habitat, leurs vêtements, les sons qui font le sel de leur vie, leurs traditions jusque dans l'accouchement avec des scènes profondément émouvantes.

Si Maggie O'FARRELL fait état d'une condition féminine largement dévolue aux tâches domestiques et à l'éducation des enfants, à travers l'itinéraire d'Agnès, elle nous emmène sur des chemins pour le moins mystérieux. La femme est guérisseuse, elle détient des pouvoirs un brin surnaturels et communique avec la nature. Agnès est un personnage éminemment romanesque que j'ai beaucoup aimé côtoyer le temps de la lecture.

Ce roman pourrait n'être que tout cela et il mériterait déjà d'être lu. Mais il recouvre une autre dimension, théâtrale celle-là. Il est question de création artistique et du jeu du comédien. 


Bientôt il devra se dévêtir, retirer ses habits de tous les jours, ordinaires, pour enfiler son costume de scène. Il devra contempler son image dans une glace, devenir un autre. P. 341

Si le compagnon d'Agnès n'est jamais nommé, il pourrait bien s'agir de Shakespeare. Maggie O’FARRELL a réalisé de nombreuses recherches et ponctué son propos de détails biographiques de la vie du dramaturge et sa famille que les initiés savoureront. Pour moi, c'est tout simplement l'opportunité de m'y intéresser et me précipiter en librairie ! J'aime quand une référence en appelle une autre ! 

Quel plaisir de retrouver la plume de Maggie O'FARRELL et la traduction de qualité de Sarah TARDY.

Retrouvez toutes les références du book club :

« Les enfants sont rois » de Delphine DE VIGAN

« Le roi disait que j'étais diable » de Clara DUPONT-MONOD

« Au-delà de la mer » de David LYNCH

« Le messager » de Andrée CHEDID

« L’ami » de Tiffany TAVERNIER

« Il n’est pire aveugle » de John BOYNE,

« Les mouches bleues » de Jean-Michel RIOU,

« Il fallait que je vous le dise » de Aude MERMILLIOD, une BD.

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2021-12-31T07:00:00+01:00

Séduisantes chimères de Stéphane BRET

Publié par Tlivres
Séduisantes chimères de Stéphane BRET

BoD

Le discours d’armistice vient tout juste d’être prononcé. Nous sommes le 11 novembre 1918. La première guerre mondiale touche à sa fin, laissant des états ruinés et exsangues, des familles meurtries par la douleur de leurs morts et le retour des gueules cassées. Pendant la guerre, Adrienne Roux qui, un temps avait travaillé comme prostituée à la Maison close « La fleur blanche », réorientée suite à une maladie, a participé à l’effort patriotique dans ses nouvelles missions d’aide soignante, puis d’infirmière. Aude Larivière, originaire du Loiret, n’était pas en reste. Couturière, elle rapidement quitté son atelier de la rue Saint Dominique pour entrer au service de confection des uniformes aux armées. Les deux femmes, émancipées, fortes de leurs expériences professionnelles dans lesquelles il faut bien le dire, le sexe dit faible a assurer l’arrière garde, se prennent à rêver d’une condition à l’égale de l’homme. Comment pourrait-il en être autrement ? Quant à Arnaud Girard, banquier, un ancien client d’Adrienne, lui préfère se nourrir de l’esthétique et la beauté artistique pour oublier l’état catastrophique des finances publiques. Tous trois vont aborder l’après-guerre, portés par un élan d’allégresse, que de « séduisantes chimères » !

Ce roman, c’est son auteur qui m’en a proposé la lecture, qu'il en soit ici remercié !

Je me suis plongée dans ce roman historique, portée par l’euphorie ambiante des cercles parisiens. Les années 1920 sont une décennie d’espoir. Les espérances sont grandes en matière de liberté. Les femmes sont profondément inspirées par l’aviatrice française, Adrienne Bolland, sa traversée de la Cordillère des Andes. Elles s’affranchissent des canons de la mode, elles se réinventent dans la haute couture avec Gabrielle Chanel, Jean Patou, Paul Poiret. La garçonne devient le modèle. Les femmes se mettent au pantalon. Elles adoptent des tenues confortables et coupent leurs cheveux. La littérature, portée par André Breton et la publication de son livre « Les champs magnétiques », voit naître les prémisses du surréalisme avec un rayonnement sur l’ensemble des disciplines artistiques.

Le monde change, se modernise, vit de profondes mutations, comme les hommes et les femmes qui, pourtant, ne font que vivre leur vie...


Les différents épisodes d’une vie pouvaient être compartimentés, étanches l’un à l’autre, et pourtant révéler une cohérence à long terme. P. 93/94

Le rythme est trépidant, à l’image de l’effervescence des années folles. Le roman historique est très documenté, ce qui en fait une véritable richesse. À celles et ceux qui voudraient s’initier, c’est le parfait compagnon. Pour celles et ceux qui connaissent les grands noms de l’époque, nul doute qu’ils prendront plaisir à les retrouver.

« Séduisantes chimères », c’est un livre qui se lit comme un roman d’aventure, une épopée.

La plume de Stéphane BRET que je découvre est belle et fluide.

C’est une lecture revigorante tout à fait fascinante. Vous pouvez la commander sur les sites BoD, FNAC et Decitre.

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2021-12-28T07:00:00+01:00

Le Livre des deux chemins de Jodi PICOULT

Publié par Tlivres
Le Livre des deux chemins de Jodi PICOULT

Traduit de l’anglais par Marie CHABIN

Jodi PICOULT nous revient avec « Le Livre des deux chemins » aux éditions Actes Sud, un énorme coup de ❤️

La narratrice, Dawn McDowell, la quarantaine, est à bord d’un avion. Elle sera l’une des 36 survivants d’un crash aérien. Elle est prise en charge par une cellule de crise. Une fois les démarches administratives réalisées, et à la question, où voulez-vous aller maintenant ? Plutôt que de choisir de rentrer chez elle, retrouver son mari, Brian, sa fille, Meret, elle donne la destination de l’Egypte. Alors que dans la vie elle exerce en tant que doula, sage-femme de fin de vie, un métier qui se répand aux Etats-Unis pour accompagner les personnes en fin de vie, elle retrouve au Caire son amour de jeunesse, Wyatt Armstrong, archéologue, qui dirige des fouilles dans la nécropole de Deir el-Bersha. Tous ses souvenirs remontent à la surface, ses travaux sur "Le Livre des deux chemins", première carte de l’au-delà découverte. Dès lors, tout peut basculer… au nom de la passion.

Si la mort est le sujet principal, ce n'est pas tant la grande faucheuse qui est approchée mais plutôt le passage vers l'au-delà et tout ce qu'il recouvre de mystère, de quoi rendre le propos lumineux et le rythme haletant.

Jodi PICOULT donne le ton avec cette citation de James MATTHEW BARRIE extraite de Peter Pan en guise d'introduction : « La mort va être une aventure grandiose ». Vous savez maintenant à quoi vous attendre.

L'au-delà, de tous les temps, fascine les hommes. JODI PICOULT retrace l’histoire du « Livre des deux chemins » écrit en 2050 avant Jésus-Christ et qui donne à voir deux voies proposées à l’âme du défunt pour sa renaissance. L’écrivaine nous emmène à la découverte des sarcophages de Deir el-Bersha et nous grise avec l'effervescence des fouilles archéologiques en terre égyptienne.

Au XXIème siècle, le sujet continue de subjuguer. Jodi PICOULT scrute une tendance sociétale qui fait un tabac aujourd'hui aux Etats-Unis, confier l’accompagnement de la fin de vie de ses proches à un.e doula. Nous leur voulons tous le meilleur. Alors, pourquoi ne pas demander à des professionnels la réalisation de leurs dernières volontés dans l'espoir d'une paix éternelle ?


C’est effrayant, la mort. C’est bouleversant et douloureux et ça ne devrait pas être normal de l’affronter seul. P. 66

J’ai été profondément touchée par le destin de Win, malade d’un cancer des ovaires, à qui Dawn va apporter des soins holistiques et spirituels en complément des soins palliatifs. Win va lui confier une mission singulière alors même que le compte à rebours est lancé, de quoi donner quelques sueurs froides et nourrir le débat philosophique autour du sens de l’existence.

Et puis, il y a l’amour. Jodi PICOULT explore l’évolution des relations de couple au fil des ans.


On éprouve une sensation d’entièreté quand on se blottit dans les bras de la personne qui nous enlace depuis quinze ans. P. 73

Entre la sécurité qu’offre un long compagnon de route et la fulgurance de la passion amoureuse aux côtés d’un amant, il y a, là aussi, deux chemins. Loin de la mort, il est alors question de VIE.

Vous l’aurez compris, j’ai succombé une nouvelle fois au charme de la plume de l’écrivaine américaine, dense et bouillonnante, aux empreintes sociologiques, historiques, philosophiques voire mystiques.

De Jodi PICOULT, vous aimerez peut-être aussi :

« Mille petits rien »

« Le Livre des deux chemins » sera mon dernier coup de cœur de l’année 2021, l'occasion d'un petit clin d'oeil à Marie MONRIBOT dont le « Coeur gros » a aussi orné :

« La carte postale » de Anne BEREST

« Le Monde qui reste » de Pierre VERGELY

« Les enfants véritables » de Thibault BERARD

« Les danseurs de l'aube » de Marie CHARREL

« Ma double vie avec Chagall » de Caroline GRIMM

« Batailles » de Alexia STRESI

« Trencadis » de Caroline DEYNS

« Le stradivarius » de Yoann IACONO

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2021-12-24T12:45:00+01:00

Emma Paddington tome 1 de Catherine ROLLAND

Publié par Tlivres
Emma Paddington tome 1 de Catherine ROLLAND

Nous sommes le 24 décembre. Vous êtes à court d'idée pour des adolescents (ou des adultes curieux en littérature), je crois que j'ai quelque chose pour vous !

Je termine tout juste le premier tome des aventures d'Emma Paddington : "Le manoir de Dark Road end". Je suis "emballée" !

Emma Paddington habite San Francisco aux Etats-Unis. Elle a suivi une formation de psychologue et travaille aujourd'hui dans la savonnerie tenue par sa copine Ann. Elle vit le parfait amour avec Will, enfin parfait, pas tant que ça. Alors qu'Emma tient la boutique pour rendre service à Ann, retenue par un rendez-vous médical, elle reçoit un appel téléphonique de la comptable exigeant une pièce administrative, laquelle est restée chez Ann. Ni une, ni deux, Emma ferme la boutique et court chez Ann, elle n'en a que pour quelques minutes. Mais quelle surprise ! A son arrivée, elle se rend compte que le logement est occupé. Ann semble batifoler dans sa chambre avec... Will. C'en est trop pour Emma, elle décide de tout abandonner, activité professionnelle, compagnon, pour se rendre au Manoir de Dark Road End dont elle a hérité. Dans le village, le Manoir a mauvaise réputation. Un agent immobilier lui conseille de le vendre, d'ailleurs il a un investisseur à lui présenter. Là aussi, le scénario ne tiendra pas une seconde. Ainsi commence pour Emma Paddington une nouvelle page de sa vie.

Vous l'avez compris, l'histoire est tout à fait jubilatoire, l'itinéraire d'Emma Paddington semé d'embûches, pour le meilleur... comme pour le pire !

Entre ombre et lumière, rêve et réalité, magie et vie quotidienne, hallucinations et faits, son coeur ne va pas manquer de balancer, de quoi vous assurer une lecture hors du commun. 

Personnellement, si je ne suis pas une grande lectrice du genre "fantastique", là, j'ai plongé et me suis laissée porter par les chimères.

Il faut dire que je ne taris pas d'éloge sur la plume de Catherine ROLLAND. D'ailleurs, si vous ne la connaissez pas encore, c'est le moment de vous y intéresser.

Il y a eu :

« Le cas singulier de Benjamin T. », un énorme coup de coeur

et puis,

« La Dormeuse », un roman d'une profonde intensité.

La femme est d'humeur gaie et polissonne, enthousiaste et dynamique, pleine d'énergie... et de talent, ses livres aussi ! Quand vous y aurez goûté, il est fort à parier que vous ne pourrez plus vous en passer...

Un peu comme pour les romans policiers, avec les romans "fantaisie", il convient de ne pas en dire trop (même si vous me voyez terriblement frustrée !). Alors, plus que jamais, je reste sur le teasing (l'occasion de faire sourire une nouvelle fois mes comparses du Book club !).

Emma Paddington, précipitez-vous sur le tome 1 !

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2021-12-21T07:00:00+01:00

Les enfants sont rois de Delphine DE VIGAN

Publié par Tlivres
Les enfants sont rois de Delphine DE VIGAN

Ma #Mardiconseil est le tout dernier roman de Delphine DE VIGAN : "Les enfants sont rois", publié chez Gallimard.

Nouvelle référence du Book club.

 

Tout commence avec l’annonce de la disparition d’une enfant, Kimmy Dioré, 6 ans, par la Brigade Criminelle. C’est une star sur les réseaux sociaux. La dernière story publiée par sa mère concernait le choix d’une nouvelle paire de chaussures. Les followers étaient appelés à voter. Nous sommes en 2019. L’enquête policière va remonter le fil de la vie de la famille, et mettre en lumière une évolution de la société depuis les années 2000. Souvenez-vous, c’était l’époque de Loft story. 11 millions de téléspectateurs avaient les yeux rivés sur leur écran, scotchés par des images de la vie quotidienne, le nouveau tremplin de la célébrité, pour le meilleur comme pour le pire.

 

Dans ce roman policier, l’enquête est au coeur du livre et le structure avec la rencontre improbable et pourtant, de deux femmes. Il y a Mélanie Claux, la mère de Kimmy, 17 ans en 2001, fascinée par la télé-réalité et qui va faire de ce nouveau genre le ciment de sa vie.


La sensation de vide qu’elle éprouvait sans pouvoir la décrire, une forme d’inquiétude peut-être, ou la crainte que sa vie lui échappe, une sensation qui creusait parfois à l’intérieur de son ventre comme un puits étroit mais sans fond, ne s’apaisait que lorsqu’elle s’installait face au petit écran. P. 17

C’est sur une plateforme qu’elle va rencontrer son mari, puis orienter sa vie professionnelle jugée banale et peu rémunérée.

Il y a aussi Clara Roussel, élevée par un couple d’enseignants, des activistes mobilisés contre la vidéosurveillance. L’enfant a été de toutes les manifestations. Elle a surpris ses parents quand elle leur a annoncé qu’elle entrerait à l’école de police. Reconnue pour ses compétences et son professionnalisme, elle accède à un poste de procédurière qui fait toute sa vie.


Devenir flic - puis le rester - s’était accompagné d’une modification progressive de sa manière de penser. P. 78

Ces deux femmes n’avaient a priori rien à faire ensemble mais par le jeu de la fiction, Delphine DE VIGAN va faire se croiser deux itinéraires comme les révélateurs d’une prédisposition aux pour et contre les réseaux sociaux.

 

Si je suis étonnée de voir, parfois, des clichés d’enfants lors de mes navigations sur le web, et m’interroge sur leur protection, j’ai totalement découvert leur exploitation commerciale avec la création de chaînes Youtube dédiées et le business qui s’y cache. Les entreprises de jouets et autres accessoires pour enfants rémunèrent les parents sur la base du nombre de vues réalisées, un nouveau genre de la publicité que Delphine DE VIGAN va explorer avec minutie.

 

Avec les époques, les rouages économiques évoluent. Nous sommes loin des petites annonces du début du XIXème siècle décrites par Hélène BONAFOUS-MURAT dans « Le jeune homme au bras fantôme ».

 

Le roman de Delphine DE VIGAN devient social avec ce qu’il révèle de notre monde d’aujourd’hui et la trace qu’il en laisse.


La question n’était pas de savoir qui était Mélanie Claux. La question était de savoir ce que l’époque tolérait, encourageait, et même portait aux nues. P. 227/228

Mais plus que ça, c’est aussi un roman militant, engagé, qui dénonce la société de consommation dans ce qu’elle a de plus abject : l’achat de biens qui ne répondent plus à aucun besoin, la mal bouffe… 

 

J’ai retrouvé dans ce roman la puissance de l’écriture de Delphine DE VIGAN, la force du propos. Rien n’est laissé au hasard. L’intrigue est aussi parfaitement maîtrisée. Chapeau !

De Delphine DE VIGAN, vous aimerez peut-être aussi :

« Un soir de décembre »

« No et moi »

« Les heures souterraines »

Retrouvez toutes les références du book club :

« Le roi disait que j'étais diable » de Clara DUPONT-MONOD

« Au-delà de la mer » de Paul LYNCH

« Le messager » de Andrée CHEDID

« L’ami » de Tiffany TAVERNIER

« Il n’est pire aveugle » de John BOYNE,

« Les mouches bleues » de Jean-Michel RIOU,

« Il fallait que je vous le dise » de Aude MERMILLIOD, une BD.

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2021-11-21T19:24:34+01:00

La cause des femmes de Gisèle HALIMI

Publié par Tlivres
La cause des femmes de Gisèle HALIMI

Cette publication a une saveur toute particulière. Nous sommes le 21 novembre, et aujourd'hui, celle qui se reconnaîtra a 30 ans. C'est elle qui m'a mise sur la voie de ce livre, tout un symbole quand on sait qu'il a été publié en février 1992, un peu plus de 2 mois après sa naissance.

Et puis, parce qu'il n'y a pas de hasard dans la vie, je publie mon 2 000ème post sur Instagram, autant dire que j'ai mis du coeur à le soigner.

Alors, j'ai choisi "La cause des femmes" de Gisèle HALIMI chez Folio.

Nous sommes en avril 1971, Gisèle HALIMI signe le Manifeste des 343, rédigé par Simone DE BEAUVOIR et publié dans Le Nouvel Observateur. 343 femmes publiques déclarent avoir avorté. Elles s'exposent, à l'époque, à des poursuites pénales, voire à des peines d'emprisonnement. 
Le Manifeste est une première étape, une façon d'engager le combat en faveur de l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG).

Quelques mois après, Gisèle HALIMI, avocate à la Cour d'Appel de Paris, et Simone DE BEAUVOIR, créent le mouvement "Choisir la cause des femmes", un mouvement féministe qui va organiser les manifestations.

Il faudra toutefois attendre le procès de Marie-Claire en 1972 pour que l'opinion publique adhère à la cause.

Dès lors, les revendications s'amplifient jusqu'à l'adoption, quatre ans plus tard, de la loi Veil, dépénalisant l'avortement en France.


Que la faiblesse devient force quand naît la conscience. P. 3

Mais Gisèle HALIMI ne saurait se contenter de cette première liberté accordée aux femmes de disposer de leur corps. 

Dans le domaine de l'égalité femmes/hommes, tout reste à construire.


Les mots ne sont pas innocents. Ils traduisent exactement une idéologie, une mentalité, un état d’esprit. Laisser passer un mot c’est le tolérer. P. 65

Si elle puise dans son éducation l'inspiration d'un mouvement plus large en faveur du droit des femmes, elle ne cache pas la révolte qui l'anime et qui représente un véritable trait de caractère, une certaine forme de personnalité. Elle est née en 1927 en Tunisie. Elle ne cache pas que son itinéraire a été marqué dès sa plus tendre enfance par la revendication d'une place dans la fratrie et au sein de sa famille, un formidable tremplin pour les combats qu'elle mènera ensuite.

Ce récit de vie est publié en février 1992, il va bientôt voir 30 ans. 

Vous pourriez imaginer qu'il est dépassé, il n'en est rien. Il revient sur les fondamentaux  :


Être soi-même, c’est rejeter le stéréotype, c’est refuser la relativité à l’image « mâle », celle que la société nous renvoie. P. 215

Vous pourriez penser que le féminisme d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec celui de cette période, Gisèle HALIMI vous convaincrait peut-être de l'opposé :


Je crois au contraire que les acquis ne l'étant jamais définitivement (surtout ceux des femmes), les batailles continuent, s'entremêlent et se prolongent l'une l'autre. Que le devoir de vigilance des femmes pour le passé fait la courte échelle aux espaces nouveaux à conquérir, demain. P. XXXIII

à moins que ça ne soit les études sociologiques réalisées en 2020 lors du confinement prouvant le retour de nombreuses femmes aux seules tâches domestiques, comme si leur condition y était inlassablement liée,

ou bien encore la journée internationale du 25 novembre pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes...

Si Gisèle HALIMI avait choisi cette citation de Simone DE BEAUVOIR pour commencer son récit : "On ne naît pas femme, on le devient...", je retiendrai personnellement celle-ci pour l'achever : "N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant."

Ce récit est éclairant sur l'Histoire. Il est aussi inspirant pour l'avenir. Quel plus beau cadeau pour tes 30 ans !

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2021-11-16T07:00:00+01:00

S'adapter de Clara DUPONT-MONOD

Publié par Tlivres
S'adapter de Clara DUPONT-MONOD

Stock éditions

La plume de Clara DUPONT-MONOD, je l'ai découverte très récemment avec un roman historique, "Le roi disait que j'étais diable" qui relate une partie de la vie d'Aliénor d'Aquitaine.

Là, changement de registre, son tout dernier roman couronné des Prix Landerneau et Fémina 2021, est autobiographique.

Il était une fois... c'est avec cette formule que commencent habituellement les contes de fées. Si la phrase n'est jamais prononcée dans le roman de Clara DUPONT-MONOD, c'est pourtant bien dans ce registre littéraire que l'autrice va nous plonger le temps d'une lecture.

Prêtant sa voix à des pierres cévenoles, l'occasion de personnifier Dame Nature qui occupe là une très grande place, Clara DUPONT-MONOD nous livre l'histoire d'une famille qui, après l'aîné et la cadette, voit naître un enfant différent, un enfant condamné à rester allongé et dont l'espérance de vie est comptée. Dans un cocon familial protégé, sous le regard attendri d'un grand frère attentionné et à distance d'une grande soeur révoltée, il se laisse porter. 

Cette fratrie, elle se bat avec ses armes. Dans une narration en trois parties, chacune dédiée à l'un des autres enfants de la famille, il y a cette manière d'aborder le handicap, de le vivre au quotidien, de "S'adapter" toujours, tous les jours. Clara DUPONT-MONOD nous offre un regard croisé.

J'ai beaucoup aimé ce roman pour l'éveil des sens. Il y a de magnifiques passages sur la fusion de l'aîné avec son frère handicapé, tout accaparé à le faire vibrer...


« Il ouvrait doucement les petites mains toujours fermées pour les poser sur une matière. Du collège, il rapporta de la feutrine. De la montagne, des petites branches de chêne vert. » P. 33

Tout est en réalité affaire de communication. Il y a celle des hommes avec la nature, la fusion avec les éléments, tout particulièrement en montagne. Il y a celle établie entre les enfants, il y a celle des religieuses de la structure qui accueillent l’enfant différent…


Des années plus tard, il comprendrait que ces femmes, elles aussi, étaient arrivées à un niveau inouï d’infralangage, capables d’échanger sans mots ni gestes. P. 51

Mais là où la littérature fait son oeuvre, c'est quand elle magnifie la relation du petit dernier avec un être, un brin fantomatique. Je ne vous en dis pas plus, juste que cette partie est écrite tout en beauté et montre le talent de l'écrivaine.

Au fil de ma lecture, je me suis interrogée sur l'usage de noms communs pour désigner les personnages du livre. Il y a l'aîné, la cadette, le dernier. Cette question me taraude d'autant plus que je sors de la lecture du roman de Jean-Baptiste DEL AMO "Le fils de l'homme", salué par le Prix Fnac 2021, qui lui aussi emprunte ce vocabulaire pour désigner les membres de la famille, un peu comme si leur statut les enfermait dans un rôle singulier.

Pour ce roman qui relève d'une promesse faite par Clara DUPONT-MONOD, je me prends à penser qu'il s'agit là d'un moyen offert par le jeu de l'écriture pour se détacher d'une certaine forme de réalité trop lourde à porter, l'opportunité d'un pas de côté pour mieux... se « réparer ». Engagement tenu, qu'elle en soit félicitée.

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2021-11-09T18:44:37+01:00

Le fils de l’homme de Jean-Baptiste DEL AMO

Publié par Tlivres
Le fils de l’homme de Jean-Baptiste DEL AMO

Cette lecture s'inscrit dans le cadre de la Masse Critique de Babelio avec le concours de la Maison d'éditions Gallimard que je remercie.

En quelques mots, "l'homme" rentre à la maison après une longue absence. Il y retrouve son fils et sa femme, enceinte. Il décide de les emmener aux Roches, une maison familiale en pleine montagne. Là va s'écrire une nouvelle page de leur vie.

Je me suis plongée sans rien connaître de l'histoire. Si je savais que le roman était lauréat du Prix Fnac 2021 (toutes mes félicitations), je ne soupçonnais pas que j'allais, le  temps d'une lecture, cohabiter avec un prédateur et ses proies.

Jean-Baptiste DEL AMO, dont j'avais découvert les qualités de la plume avec son premier roman "Une éducation libertine", s'aventure dans le genre des violences familiales.

En guise d'introduction, une citation de Sénèque extraite de Thyeste : « Et la rage des pères revivra chez les fils à chaque génération. » Le ton est donné. L'homme a lui-même été maltraité dans son enfance, il va perpétuer le climat délétère d'une vie de famille endolorie par la sauvagerie d'un homme.

Tous les rouages sont parfaitement huilés, les mécanismes de l'emprise comme celui de l'isolement totalement maîtrisés.

Au fil des pages, ce qui m'a le plus troublée, c'est le paradoxe éloquent entre une nature protectrice dont les descriptions sont éminemment sensorielles et le trio d'êtres humains dont l'existence déshumanisée est absolument glaçante.

L'auteur désigne les personnages par une somme d'articles et de noms communs et creuse le sillon du registre animal. Il pourrait s'agir d'un chien ou d'un ours, rien n'y changerait. La peur réduit mère et fils à des comportements instinctifs, totalement irrationnels, des attitudes dictées par le doigt et l'oeil de l'homme, celui qui règne en chef de famille, jamais les termes n'ont révélé autant de force, de puissance et de pouvoir, à la vie, à la mort.


Quelque chose monte en elle pour la submerger, le sentiment d’un destin en train de se nouer malgré elle et dont elle ne saurait infléchir la course. P. 124

Je sors de ce livre hantée par la présence de l'homme. Jean-Baptiste DEL AMO nous livre un roman d'une profonde noirceur. Il exprime par la voie de la littérature ce que l'on ne voudrait jamais lire comme un fait divers.

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2021-10-22T06:00:00+02:00

La carte postale de Anne BEREST

Publié par Tlivres
La carte postale de Anne BEREST

80ème coup de coeur

de T Livres ? T Arts ?

 

 

La plume de Anne BEREST, je l'ai découverte avec "Gabriële", un roman co-signé avec sa soeur, Claire, j'étais tombée sous le charme. J'avais hâte de la retrouver dans "La carte postale" aux éditions Grasset. La magie a de nouveau opéré, vous avez reconnu le "Coeur gros" de Marie MONRIBOT !
 
Tout commence au petit matin. La neige a tombé dans la nuit. La mère de Anne BEREST, Lélia, va, en chaussons, cigarette à la bouche, faire le relevé du courrier. L'année 2003 commence tout juste. Au pied de la boîte aux lettres toute disloquée, parmi les cartes de voeux, gît une carte postale avec, au recto, une photographie de l'Opéra Garnier, au verso, quatre prénoms : 
Ephraïm
Emma
Noémie
Jacques
Aussi obscure et impénétrable soit-elle avec ces seuls prénoms comme repères, ceux des grands-parents, oncle et tante de Lélia, "La carte postale" a été rangée au fond d'un tiroir après avoir suscité quelques brefs échanges lors du repas familial. Une bonne dizaine d'années plus tard, alors que Anne BEREST est enceinte et doit se reposer pour sa fin de grossesse, elle prend le chemin de la maison familiale et demande à Lélia de lui raconter la vie de ses ancêtres. Là commence toute l'histoire... ou presque. Si Lélia a fait beaucoup de recherches pour remonter le fil de l'existence des Rabinovitch, "La carte postale", elle, reste une énigme. Quelques années plus tard, elle deviendra une obsession. 
 
"La carte postale", c'est une enquête menée par Anne BEREST, elle-même, écrivaine, réalisatrice. De bout en bout, j’ai été captivée par la recomposition du puzzle familial. Ce roman est empreint d’un mystère jamais résolu qui, sous le feu de son action, prend un nouveau tournant. Vous le savez, je pèse chaque mot. Quand je dis « feu de l’action », c’est vraiment ça. L’événement qui va susciter dans un premier temps un blocage psychologique chez Anne BEREST puis un besoin irrépressible d'en découdre, va en réalité être l’étincelle qui va mettre le feu aux poudres. Anne BEREST est totalement habitée par l'histoire des Rabinovitch, une vie mouvementée, tout autant que troublée. Il y a quelque chose d'incandescent dans sa démarche qui se retrouve dans le rythme effréné de la quête. J’ai vibré avec elle, j’ai eu peur, j’ai pleuré aussi parce qu'elle le fait avec une profonde humilité. La langue est délicate, elle se veut lumineuse.


Pendant les vacances, Myriam se met à peindre de petites natures mortes, des corbeilles de fruits, des verres de vin et autres vanités. Elle préfère le mot anglais pour parler de ses tableaux : still life. Toujours en vie. P. 92

Sous la plume de Anne BEREST, la petite histoire, celle de ses ascendants, résonne cruellement avec la grande, celle qui porte un H majuscule, si douloureuse. Elle concourt ainsi non seulement à la mémoire de sa famille, mais aussi à celle de tous les juifs exterminés dans les camps de la mort.
 
Vous pourriez vous dire, c’est un énième roman sur la seconde guerre mondiale. Mais celui-là est singulier bien sûr. C’est un roman d’aventure. Les membres de la famille de l’autrice deviennent, le temps d'une lecture, des personnages de roman, profondément inspirants. Anne BEREST brosse des portraits de résistants tout à fait exceptionnels. Des hommes, des femmes, d’une force inébranlable… face à l’ennemi, des héros à part entière. J'avoue être tombée dans une admiration totale devant l'audace et la témérité de "Gabriële" et Jeannine PICABIA, mais aussi Myriam...


Elle est majeure, elle est mariée, elle est femme, elle veut sentir sur sa peau la morsure de la liberté. P. 127

Ce qui m’a profondément touchée aussi dans cette lecture, c’est la relation établie par Anne BEREST avec sa mère, Lélia, sans qui rien n'aurait été possible. Elle restitue leurs conversations et dévoile une forte complicité entre les deux femmes. Bien sûr, il y a des moments éprouvants, des moments où regarder la vérité en face fait souffrir, mais elles cheminent ensemble tout au long des trois années de l'enquête, une expérience mère/fille unique, un véritable parcours initiatique.
 
"La carte postale", c’est la révélation de moult secrets de familles, parfois sciemment cachés, parfois totalement subis par une génération qui va pouvoir, désormais, s’émanciper de ce poids trop lourd à porter. Mais c'est aussi une démarche intellectuelle autour du sens du mot "juif". Le régime nazi du IIIème Reich a procédé à l'extermination de plusieurs millions d'êtres humains dans les camps de la mort pendant la seconde guerre mondiale. C'était il y a 80 ans. En quoi le terme "juif" aujourd'hui a à voir avec ce (ou ceux !) qu'il désignait à cette époque. Que veut-il dire ? Que traduit-il de notre société ? Qu'engendre-t-il aussi pour les jeunes générations, celles à qui il colle à la peau, à défaut d'y être tatoué ? L'exercice est complexe, l'autrice réussit toutefois à nous éclairer sur ce sujet.
 
A l’image du livre "Enfant de salaud" de Sorj CHALANDON en lice également pour le Prix Goncourt 2021, "La carte postale" de Anne BEREST navigue entre deux registres littéraires, celui du récit de vie et celui du roman. L'écrivaine nous offre un grand moment de littérature, une lecture empreinte d'humanité servie par une plume absolument fascinante. C'est un coup de coeur. J’ai vibré, j’ai frissonné, j'ai encaissé, j’ai chuté aussi, mais j'ai aimé, passionnément !
La carte postale de Anne BEREST

Anne BEREST sera interviewée par l'équipe de VLEEL (Varions les éditions en live)

jeudi 28 octobre 2021 à 19h

Pour vous y inscrire, un seul clic suffit !

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2021-10-15T11:45:00+02:00

L'empreinte de l'ange de Nancy HUSTON

Publié par Tlivres
L'empreinte de l'ange de Nancy HUSTON

Actes Sud

L'actualité me permet de revenir sur un coup de coeur de ces dernières années, "L'empreinte de l'ange" de Nancy HUSTON, lauréat du Grand Prix des Lectrices Elle en 1999.

Une jeune allemande, Saffie, arrive de Düsseldorf à Paris en 1957. Elle a répondu à une offre d’emploi de femme de maison et arrive chez Raphaël Lepage, jeune musicien. Cette jeune femme, totalement absente, presque invisible, au regard inexpressif et très mystérieuse, va le séduire, il va en devenir fou amoureux. Ils se marient rapidement, elle est enceinte. Ils vivent une vie sans goût, sans saveur, jusqu’au jour où Raphaël demande à sa femme de se rendre chez un luthier du Marais. Saffie va faire connaissance avec Andras, hongrois, juif, la passion est incandescente, ils font l'amour dès leur première rencontre. C’est ainsi que commence sa double vie largement confortée par les déplacements nombreux de Raphaël à l’étranger. A son retour, il découvre une femme de plus en plus épanouie, le signe pour lui d’une renaissance de son épouse qu’il pense liée à sa maternité.

Ces deux histoires d’amour se passent sur fond de guerre, l’une passée (franco-allemande) et l’autre d’actualité (franco-algérienne). Au passage, si la première est très connue et largement évoquée dans bon nombre d’ouvrages, films, documentaires et autres, la deuxième est particulièrement méconnue et notamment ce qui se passait à Paris à cette époque-là.

Si les médias relatent, 60 ans après, les événements du 17 octobre 1961, personnellement, c'est avec le roman de Nancy HUSTON que je les ai découverts. En pleine décolonisation, le FLN organise une manifestation contre le couvre feu discriminatoire imposé dans les rues de Paris et la banlieue parisienne aux travailleurs musulmans algériens. Des affrontements avec les forces de police ont lieu et de nombreux algériens sont purement et simplement jetés dans la Seine, hommes, femmes, enfants aussi. Beaucoup en mourront, les chiffres sont on ne peut plus imprécis. Si 3 ou 4 étaient annoncés à l'époque, ils pourraient être entre 200 et 300. Simone de BEAUVOIR, Jean-Paul SARTRE et ARAGON s’en offusqueront à la fin du mois d’octobre 1961 mais les massacres orchestrés par Maurice PAPON peineront à être reconnus.

Sous la plume de l'autrice, j'avais mesuré toute la violence des événements, je lui serai toujours reconnaissante de m'avoir éclairée sur ce qui, en termes journalistiques, pourrait être qualifié comme un fait historique mais qui, en littérature, parce qu’incarné par des personnages, dévoile l'ignominie humaine. Elle assure avec son roman leur mémoire et leur rend magnifiquement hommage.

Outre l'approche historique tout à fait remarquable (une douzaine d'années après sa lecture, j'en frissonne encore rien qu'à l'évoquer), Nancy HUSTON joue allègrement avec les situations dans un jeu narratif qui démontre son immense talent. Ainsi, elle fait vivre une double vie à son héroïne, l’une dans la quiétude et le confort mais sans émotions aucune, l’autre dans le désordre, la pauvreté mais portée par l'euphorie des sentiments.

J’ai vraiment adoré ce roman qui ne prend pas une ride !

Il est très bien écrit, fluide, empreint de mystère, de suspense. Il est captivant. C'est un véritable page-turner. D'ailleurs, je ne vous en dis pas plus, à vous de le découvrir bien sûr !

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2021-10-12T06:38:03+02:00

Le roi disait que j'étais diable de Clara DUPONT-MONOD

Publié par Tlivres
Le roi disait que j'étais diable de Clara DUPONT-MONOD
 
Comme vous peut-être, j’ai visité à plusieurs reprises L’Abbaye Royale de Fontevraud, un magnifique monument chargé d’histoire où reposent les gisants d’Aliénor d’Aquitaine, Henri II, Richard Coeur de Lion et Isabelle d’Angoulême.
 

 

Alors, quand au book club, j’ai eu l’opportunité de lire « Le roi disait que j’étais diable » de Clara DUPONT-MONOD, je n’ai pas pu résister bien sûr.
 
Aliénor est la petite-fille d’un poète. Elle règne sur l’Aquitaine. C’est de la tour de son château surplombant Bordeaux qu’elle voit arriver une caravane de 500 cavaliers. Elle accompagne Henri, le Roi de France, venu demander sa main. Henri n’était pas promis au trône, mais un accident de cheval de son frère aîné, Philippe, est venu modifier la trajectoire. Henri n’a rien d’un conquérant. C’est un jeune garçon un peu timide qui va très vite agacer Aliénor d’Aquitaine, elle qui incarne l’autorité, monte à cheval, vit les cheveux au vent et s’habille de robes colorées. Le mariage va être célébré, pour le meilleur comme pour le pire.
 
Clara DUPONT-MONOD, je la connaissais pour ses émissions littéraires sur France Inter. J’ai également entendu récemment que son dernier roman « S’adapter » était en lice pour le Prix Goncourt 2021. Toutefois, je ne l’avais encore jamais lue, honte sur moi.
 
Dès les premières pages, vous êtes happé.e.s part une épopée captivante. L’écrivaine vous transporte au XIIème siècle et vous décrit avec minutie des scènes de genre. Elle relate la vie au château comme en extérieur et donne au roman une dimension sociale.
 
Ce roman est historique bien sûr. Il aborde une quinzaine d’années de la vie de la reine depuis ses 13 ans. Et même si l’autrice admet elle-même avoir nourri l’itinéraire de son imagination, le propos est fascinant pour tout ce qu’il témoigne d’une époque.
 
Mais venons-en à Aliénor d'Aquitaine, un personnage historique éminemment romanesque. Mariée à l'âge de 13 ans, elle prend très vite des résolutions qui affirment une volonté forte de s'émanciper du roi de France.


Je m’étais résignée à embrasser mon mari - moi, je me suis résignée, et promis que ce serait la dernière fois. P. 47

Le roi énerve Aliénor d'Aquitaine au plus haut point dans sa manière à lui d'exercer le pouvoir. Elle, c'est une conquérante, une dominatrice, qui voit dans la guerre et la force la possibilité de gagner de nouveaux territoires.


La puissance ne se mesure pas aux phrases qu’on prononce mais aux coups qu’on donne. P. 53

Le mariage va pour autant offrir l'opportunité à Aliénor d'Aquitaine de quitter son château et voir d'autres horizons... 


Le monde a la forme d’une fenêtre découpée dans une pierre épaisse. P. 51

Elle découvre par exemple le grand Paris dans ce qu’il revêt de plus insalubre, lui donnant à l’occasion quelques idées pour améliorer le cadre de vie de tous. Cette femme est une visionnaire, elle a de l'ambition et ne saurait se contenter de ce que peut lui offrir son mari.

J’ai beaucoup aimé le rythme frénétique comme a dû l’être la vie d’Aliénor d’Aquitaine mais là je voudrais souligner la qualité de la plume de Clara DUPONT-MONOD. Fluide et jubilatoire, elle fait de ce livre un véritable roman d'aventure.

Grâce au book club, je vais la retrouver avec « La révolte », merci Gwen. On en reparle alors 😉

En attendant, retrouvez toutes les références du book club :

« Au-delà de la mer » de David LYNCH

« Le messager » de Andrée CHEDID

« L’ami » de Tiffany TAVERNIER

« Il n’est pire aveugle » de John BOYNE,

« Les mouches bleues » de Jean-Michel RIOU,

« Il fallait que je vous le dise » de Aude MERMILLIOD, une BD.

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2021-10-08T06:00:00+02:00

Ainsi Berlin de Laurent PETITMANGIN

Publié par Tlivres
Ainsi Berlin de Laurent PETITMANGIN

Éditions de La Manufacture de livres

Laurent PETITMANGIN nous revient avec un second roman après « Ce qu’il faut de nuit », couronné de succès, une vingtaine de prix littéraires, rien de moins.

L’histoire commence lors de l’après-guerre dans la ville de Berlin, tout juste bombardée par les alliés. Les bâtiments tombent les uns après les autres, ils ne sont que ruines. Mais comme la vie continue, les Allemands survivants se mobilisent pour la reconstruction. Il y a celles et ceux qui prêtent leurs bras, il y a aussi des visionnaires, ceux qui voient loin, ceux qui misent sur la postérité du peuple germanique. Une guerre qui ne dit pas son nom commence alors. Le parti ne saurait accepter aucune faute, les faibles paieront le prix de leur vie. Si Gerd fut un résistant allemand pendant la seconde guerre mondiale, il semble dépassé par les rouages à l'oeuvre de l'espionnage. Entre Käthe, l'Allemande, et Liz, l'Américaine, saura-t-il choisir son camp ? A la vie, à l’amour, à la mort !

Laurent PETITMANGIN est assurément l'auteur des pas de côté.

Si la littérature offre aujourd'hui un large panel de romans sur la seconde guerre mondiale, ils sont moins nombreux à explorer la période de l'après-guerre. Ceux qui prennent Berlin comme terrain de jeu le sont encore moins. 

Personnellement, je me souviens d'une lecture troublante, celle de "La chambre noire" de Rachel SEIFFERT, un recueil de nouvelles qui a gravé dans ma mémoire des images de Berlin en ruines et instillé aussi dans mon esprit le fait que tous les Allemands ne pouvaient être du côté du Führer. Dans "Ainsi Berlin", dans les toutes premières pages, leur sort à eux est rapidement jeté :


Certains ne l’avaient peut-être pas voulu, c’est ce qu’ils prétendaient, ils pouvaient se débattre autant qu’ils le voulaient et essayer de retrouver une conscience, ils n’avaient pas agi quand il était temps, et l’heure n’était plus à ces subtilités, eux aussi étaient condamnés. P. 37/38

Gerd, lui, ce digne émissaire de la seconde guerre mondiale, avait su choisir mais aujourd'hui, plus rien n'est comme avant. Laurent PETITMANGIN va, à travers le portrait de deux femmes, fortes, puissantes, déterminées, brosser le portrait d'un homme, faible, que le doute assaille.

Il a le choix entre Käthe, cette femme du Parti qui, après avoir organisé le réseau des Trümmerfrauen, les femmes chargées d'extraire des ruines des bâtiments les matériaux de la reconstruction, va lancer dans l'Allemagne de l'Est le programme Spitzweiler réunissant les élites, des mathématiciens, des scientifiques, pour s'émanciper du joug soviétique. Et puis, il y a Liz, une américaine, une architecte de formation, une jeune veuve, son mari décède juste avant son arrivée. 

A travers ces deux femmes, Laurent PETITMANGIN relate la quête de pouvoir de deux idéologies politiques qui s'affrontent en Allemagne et iront jusqu'à la construction du mur en 1961.


Berlin se reconstruisait de façon si différente, deux lobes contrastés. P. 83

Plus largement, l'auteur traite des deux camps de la guerre froide.

Tout le roman repose sur l'ambiguïté, y compris chez ces femmes qui, sur la place publique, use d'un immense pouvoir, et dans l'intimité, se laissent aller à des instants de fragilité.


Un bref moment, elle redevenait une femme, elle faisait de petites mimiques de satisfaction, ou râlait parce que les bas étaient filés ou dépareillés, cet instant de grâce ne durait jamais longtemps. P. 178

Le roman ne saurait être complet sans une histoire d'amour dans laquelle Laurent PETITMANGIN va tisser, là encore, le fil du doute à l'image de l'araignée sa toile. Tous deux ont le même objectif, capturer leur proie !

Comme j'ai aimé retrouver la plume de Laurent PETITMANGIN, glaçante, rude et tranchante. Une nouvelle fois, la chute est grandiose, presque théâtrale. 

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2021-10-05T17:26:13+02:00

Le jeune homme au bras fantôme de Hélène BONAFOUS-MURAT

Publié par Tlivres
Le jeune homme au bras fantôme de Hélène BONAFOUS-MURAT

Editions Le Passage

Vous cherchez un roman historique, une épopée fabuleuse ? Je crois que j'ai quelque chose pour vous !
Le dernier roman de Hélène BONAFOUS-MURAT vient de sortir.

Tout commence avec une scène terrible, rue Transnonain en 1834 à Paris. C'est là que le petit Charles, âgé de 6 ans, voit son père tomber sous les balles des soldats du régime de Louis-Philippe. Lui est touché, il perdra son bras. Manchot il vivra. Retiré de l'école, il se construira avec les imprimés de l'époque, le Charivari et autres journaux. Devenu adulte, il retrouvera son ami d'enfance, Francisque Bruneaux,  tourneur sur bronze de formation, devenu horloger, qui aura la très belle idée de lui réaliser une prothèse de bras. Fort de cette forme de réparation, Charles cherchera un emploi. C'est au Comptoir des annonces qu'il sera recruté. Là s'écrit une nouvelle page de sa vie.

Ce livre, c'est un véritable roman d'aventure dans le tout Paris de la première moitié du XIXème siècle dont les descriptions relèvent de la plus pure poésie.


Charles découvrit alors la vie sous les toits. Après deux pas dans le logement exigu, il pouvait ouvrir la lucarne et, dressé sur la pointe des pieds, contempler la mer de zinc émaillée de chapeaux de cheminées, de terrasses et de pots de fleurs. P. 45

Sous la plume de Hélène BONAFOUS-MURAT, les événements s'enchaînent dans l'euphorie du capitalisme naissant. Le commerce va bon train, le marché devient le terreau d'affaires en tous genres. 

Avec le Comptoir des annonces, l'écrivaine revisite l'histoire de la presse déjà financée en son temps par les petites annonces. Les bourgeois y publiaient leurs réclames pour tout ce qui se vendait, les pâtisseries, l'orfèvrerie et bien d'autres articles encore. C'est l'avènement des panneaux publicitaires et de la fameuse colonne Morris.

C'est aussi dans la presse que Charles, le personnage principal, y puisera ses connaissances. Quel plus beau parcours initiatique ?


Aujourd’hui où il renouait avec l’ambiance feutrée du cabinet de lecture, parmi les volumes aux couvertures craquantes, les pages de journaux qui se déployaient sur les tables comme des ailes d’oiseaux tenues par les lecteurs du bout des doigts, dans l’odeur de l’encre porteuse de savoir et de vérités infinies, il avait conscience de s’être départi de toute sa naïveté. P. 243

A travers le personnage de Norbert Estibal, qui a vraiment existé comme bon nombre de personnages, l'autrice montre ô combien le monde des affaires regorgeait d'hommes aventureux, appâtés par le gain, qui s'affranchissaient de la morale et la loyauté.

A côté des puissants, il y avait les gens populaires, ceux qui animaient les rues de la cité à l'image de Lisette, la femme de Charles, qui passe ses journées à tirer sa carriole et vendre légumes et fleurs.  Pour être reconnus à leur juste valeur, ceux-là se rapprochaient des républicains qui entretenaient, à l'abri des regards, le feu de la révolution. C'est au Café Momus qu'ils débattaient et trouvaient les moyens de refaire le monde.

Si l'écrivaine puise dans les archives son inspiration, elle ne se cache pas de jouer d'arrangements pour faire de cette histoire une épopée profondément romanesque. Les deux couples de Charles et Lisette comme Francisque et Pauline incarnent des personnages de labeur, d'artisans commerçants hauts en couleur.

J'ai beaucoup aimé ce roman pour ce qu'il relate de l'époque. Il m'a rappelé ceux que j'aimais lire adolescente, bercée par le romantisme d'histoires éblouissantes. J'y ai retrouvé le pouvoir de ces récits fascinants dont la richesse des détails en font des romans sociaux, culturels et politiques.  

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2021-10-01T06:02:00+02:00

Escales en Polynésie de Titouan et Zoé LAMAZOU

Publié par Tlivres
Escales en Polynésie de Titouan et Zoé LAMAZOU

Titouan LAMAZOU, vous le connaissez ?

Personnellement, si je me souvenais très bien de sa victoire au Vendée Globe de 1990, la première édition de cette course à la voile autour du monde, je ne savais pas qu'il avait été élu « Artiste de l'UNESCO pour la Paix » en 2003 en référence aux portraits de Femmes du monde peints dans le cadre de son projet Zoé-Zoé (le prénom de sa fille) à partir de 2001.

Aujourd'hui, sort en librairie, un très "Beau livre" de Titouan et Zoé LAMAZOU aux éditions Au vent des îles : "Escales en Polynésie".

Père et fille s'associent pour nous faire vibrer à travers des dessins et des textes d'une profonde humanité. Quand certains, en sortie du confinement, cherchent un retour à la nature et misent sur l'essentiel pour imaginer l'avenir, Titouan et Zoé nous ouvrent la voie d'un territoire situé entre terre et mer, là-bas, très loin, dans l'océan Pacifique.

Il y a des terres qui sont chacune singulières : les îles Marquises, l'archipel des Tuamotu, les îles Gambier (où Eric TABARLY, un ami marin, rêvait de s'installer), les îles de la Société, les îles du vent, les îles australes. 

Il y a des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux, des êtres qui ont quelque chose à nous transmettre dans notre rapport aux éléments. Les dessins sont magnifiques. Pleine page et aux couleurs chatoyantes, ils vont vous émerveiller, j'en suis persuadée. Il y a ces visages aux émotions pures. Titouan LAMAZOU réussit, derrière le petit rictus des hommes et des femmes qui restent humbles, il y a cette indéfinissable bonté dans leur regard. 

Escales en Polynésie de Titouan et Zoé LAMAZOU

S'ils ressemblent parfois à des oeuvres de GAUGUIN, Titouan LAMAZOU aime partager ses créations en différentes versions. Celles illustrées dans les teintes sépia avec des traits de crayon et des coups de pinceau à peine achevés, sont d'une profonde beauté. 

Il y a des oiseaux, à l'image du monarque de Fatu Hiva ou 'oma'o ke'e ke'e, dont la postérité ne repose plus que sur quatre couples au monde, le pihiti présent dans deux îles seulement, le kote'ute'u dont il n'existe plus aujourd'hui que 170 spécimens...

Il y a des plantes, des arbres, dont l'histoire nous est contée, comme l'arbre à pain, la tiare (cette fleur portée à l'oreille par les polynésiens), la metuapua'a, le nono, le re'a moevuru, les belles-de-nuit (rien à voir avec celles de la métropole française), 

Titouan LAMAZOU pratique le dessin, sous l'eau, et oui, c'est un genre particulier. Immergé pendant plusieurs heures, ils laissent les "petits habitants des coraux" s'habituer à sa présence et reprendre le fil de leur vie pour lui permettre, à lui, de les dessiner. Effet garanti.

Les textes sont calligraphiés dans une police de caractères proche de l'écriture manuscrite, renforçant le lien à l'humain et à ce qu'il a de plus intime. 

Comme j'ai aimé l'insertion de tous ces mots polynésiens, là aussi, la marque de la singularité des peuples. Outre la reconnaissance de la valeur de la langue et de la nécessité de la transmettre à travers les générations, il y a un côté très esthétique, un brin poétique, à assembler des lettres que l'on ne saurait traduire sans l'aide de l'auteur, cet être attentionné.

Titouan LAMAZOU fait l'apanage de toutes les formes de patrimoines, à travers les êtres vivants (la faune, la flore, les individus), les langues mais aussi l'urbanisme. Les représentations des monuments religieux, des fermes perlières... sont autant de constructions qui racontent une histoire de ces îles.

Et puis, il y a ces tatouages aussi, comme autant de signes traditionnels qui assurent le lien entre les générations, à la vie, à la mort. 

Enfin, il y a la littérature. Titouan LAMAZOU sème des références d'auteurs (d'autrices en l'occurrence) comme autant de petites graines dans notre esprit. Il y a Héreiti, et puis Tituau PEU qui, dans MUtismes, évoque le silence des polynésiens (Mu, en tahitien, veut dire "silence de quelqu'un qui a quelque chose à dire mais qui se tait. Tout est dit, non ?) qui a, selon elle, causé leur perte.

Escales en Polynésie de Titouan et Zoé LAMAZOU

Titouan LAMAZOU nous fait toucher du doigt la fragilité du monde et son équilibre. Si hier Dame Nature nourrissait les hommes et les femmes (même les esclaves !), leur offrait de quoi se laver, se soigner, demain ne sera plus comme avant, c'est certain.

Ce qui guide l'oeuvre de Titouan LAMAZOU, de tout temps, c'est la mémoire. En 2001-2002, il peignait des Femmes du monde, des gardiennes. Ce dessein, il le partage avec sa fille, Zoé, qui agit, à sa façon, pour assurer la transmission des savoirs. Elle s'attache à relater des paroles de polynésiens sans aucun artifice... histoire de ne pas dénaturer (avec eux vous apprendrez à décliner le terme nature dans ce qu'il a de plus précieux) le propos ! 

Escales en Polynésie de Titouan et Zoé LAMAZOU

Nous sommes à l'automne, bientôt les fêtes de fin d'année montreront le bout de leur nez. Assurément, ce livre serait un très joli cadeau !

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2021-09-28T06:00:00+02:00

Artifices de Claire BEREST

Publié par Tlivres
Artifices de Claire BEREST

Stock éditions

Retrouver la plume de Claire BEREST après "Rien n'est noir" et "Gabriële" est un petit bonheur. Là, changement de registre, l'écrivaine investit dans le champ du roman noir avec "Artifices".
Tout commence avec une scène de chaos, un bal du 14 juillet qui devient un bain de sang. Abel Bac voit ses nuits régulièrement perturbées par le même cauchemar. Quatre nuits par semaines, il donne libre cours à ses insomnies, se lève, s'habille et part déambuler dans les rues de Paris jusqu’à se perdre, jubile, et rentre. Abel Bac est flic, enfin, était. Il a été suspendu de ses fonctions il y a 8 jours. Il était lieutenant de police à la 1ère DPJ de Paris. Ses journées, il les passe seul, il s'occupe de ses quatre-vingt treize orchidées qu’il soigne avec une attention toute particulière. Et puis, comme personne ne le visite jamais... enfin, visitait, parce que la nuit dernière, la voisine du dessus, ivre morte, s'est trompée d'appartement. Cette intrusion dans son intimité le fait vaciller. Et puis, il y a ce journal, trouvé sur son paillasson, chaque jour, relatant la découverte d'un cheval blanc dans une bibliothèque de Beaubourg. Etrange, non ?

Dans le titre, "Artifices", il y a "Art". Une nouvelle fois, il est au coeur de l'histoire contée par Claire BEREST. Après le Centre Pompidou, d'autres établissements culturels verront en leur sein des mises en scènes pour le moins surprenantes. La partenaire d'Abel Bac, Camille, est chargée d'enquêter pour trouver qui se cache derrière ces performances artistiques. Au fil des rencontres du policier suspendu avec sa voisine, Elsa, étudiante en histoire de l'art, l'écrivaine nous éclaire sur l'acte de création artistique et la vie de l'oeuvre :


Donc, l’œuvre existe par son regard et même plus, son action subséquente. Rejet, destruction, sublimation, préservation, etc. P. 127

Claire BEREST ne saurait se contenter d'une toile ou d'une sculpture, non, elle emprunte la voie de la performance, en référence à l'artiste Marina ABRAMOVIC, pour explorer les formes d’expressions artistiques contemporaines.

Et puis, il y  a des personnages construits avec une incroyable minutie. L'autrice imagine des êtres torturés par des drames familiaux, hantés par les fantômes des disparus, des êtres poussés à changer d'identité. Si chacun avait imaginé être à l'abri de la résurgence du passé, il s'était trompé, au péril de tout ce qu'il avait construit depuis... et peu importent les "Artifices". Le roman endosse, alors, le costume du thriller psychologique. 


Il n’avait aucun goût pour l’analyse, mais les pensées sont des chauves-souris qui tournent, sifflent et se cognent dans le clocher de la tête. P. 59

Dans une plume énergique et haletante, Claire BEREST dévoile des liens restés dans l'ombre et gardés secrets. Si la vie ressemble parfois à un jeu, il n'y a que l'écrivaine qui en connaisse toutes les cartes. Suspense assuré !

Ce que j'aime avec Claire BEREST, c'est que rien n'est jamais laissé au hasard, pas même les prénoms des personnages, savamment choisis. Si les titres des chapitres de "Rien n'est noir" étaient extraits d'un nuancier de peinture, une bien jolie manière de ponctuer l'itinéraire de Frida KAHLO, là, c'est une fable de La Fontaine, "Le Renard, le Loup et le Cheval", qui structure cet excellent roman policier. 

L'écrivaine montre son talent dans un registre littéraire très codifié. Elle nous livre un véritable page-turner.

Je crois que rien ne peut décemment l'arrêter. Au fil d’une trainée de poudre, Claire BEREST fait des étincelles, les détonations ne tardent pas à se faire entendre. Elle nous offre dans les toutes dernières pages un puissant feu d'artifice. 

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2021-09-21T06:00:00+02:00

La femme et l’oiseau de Isabelle SORENTE

Publié par Tlivres
La femme et l’oiseau de Isabelle SORENTE
Après « Un tesson d’éternité » de Valérie TONG CUONG, une lecture coup de poing, les éditons Lattès font une rentrée littéraire remarquée avec le roman de Isabelle SORENTE, « La femme et l’oiseau », la découverte pour moi d’une très belle plume.
 
Thomas a 91 ans. Il vit dans les Vosges dont le quotidien s’organise autour de sa randonnée matinale, là haut dans la colline, son rendez-vous avec les oiseaux. Il leur parlerait, depuis son retour du camp de Tambov en Russie où il a été emprisonné pendant 2 ans après avoir été enrôlé de force dans l’armée allemande. Il était là bas avec son frère, Alex, lui n’en reviendra pas. Le vieil homme est hanté par ces fantômes et lutte contre ses démons par des voies mystérieuses. Mona lui fait ses courses, entretient la maison et lui prépare les repas. C’est alors qu’il reçoit un appel téléphonique de sa petite nièce, Elisabeth, Directrice d’une société cinématographique. Elle lui demande de l’accueillir avec sa fille, Vina, qui a agressé un jeune homme et qui est exclu de son établissement scolaire. Là commence une toute nouvelle histoire…
 
Je suis littéralement tombée sous le charme de l’écriture envoûtante de l’autrice, puissante, un brin mystique. Isabelle SORENTE plante lentement le décor et brosse minutieusement les portraits de ses trois personnages. Il y a l’effet de rupture bien sûr avec l’événement qui touche directement Vina mais qui va rayonner et venir fragiliser les châteaux de cartes de chacun. Les passés sont douloureux, les secrets lourds à porter.
 
La gestation pour autrui dont Vina est le fruit n’est, elle, pas un secret. Isabelle SORENTE relate une histoire, méconnue qui a pourtant permis à de nombreuses familles d’enfanter, grâce à des mères porteuses en Inde. Georges et Elisabeth sont restés dans ce pays pendant 9 mois. Ils sont rentrés à San Francisco avec leur bébé de quelques jours. Mais cette histoire de maternité n’est pas sans laisser de trace… et nous amène à réfléchir. Cette pratique n'est interdite en Inde que depuis 2019.
 
Je me suis retrouvée subjuguée par la complicité du vieil homme avec son arrière-petite-nièce. Ce séjour va être l’occasion pour l’un et l’autre d’apprendre à se connaître et s’apprivoiser. Tous deux partagent quelques points en commun qui ne vont pas manquer de nourrir leur relation. J’ai particulièrement aimé la mutation des hommes au gré des événements, des rencontres, des confessions, et du pardon.


Parce qu’on est si vulnérable quand on n’est pas celui qu’on était, mais pas encore celui qu’on va devenir. P. 256

Et puis, il y a ce lien aux arbres et aux oiseaux tout à fait singulier comme un baume pour soigner ses plaies. L’écrivaine explique le parcours méditatif depuis sa source jusqu’à sa maîtrise. Je me souviens très bien du roman de Frédérique DEGHELT, « Sankhara » publié chez Actes Sud, qui fait l’éloge du silence pour se REconstruire et avancer. Là, il y a le silence aussi, mais il y a aussi et surtout le partage,


Il avait lu un jour que toutes les espèces vivantes cherchent à communiquer. Mais que signifie communiquer, si ce n’est partager un secret ? P. 386

une transmission entre deux générations, de quoi mettre le pied à l’étrier de Vina qui va vivre un parcours initiatique en version accélérée auprès de Thomas.


Quand tu commences à changer de point de vue, c’est un peu comme si… comme si tu apprenais à marcher. Tu commences à voir le monde de plus haut, alors forcément tu vois des choses que tu ne voyais pas avant. P. 262

Lui a appris l’exercice d’une femme, il y a longtemps maintenant. Elle lui a ouvert les portes de la liberté, intérieure et spirituelle. Thomas est un rescapé du camp de Tambov. Personnage de fiction, il est largement inspiré des Malgré-Nous. Le livre prend, de fait, une dimension historique, celle que j’aime tant côtoyer avec la littérature.

Je sors de cette lecture totalement fascinée.

Ce roman, lumineux, est captivant ! Il est tout juste lauréat du Prix de la Feuille d'Or 2021 décerné par France Bleu, France 3 et L’Est Républicain. Souvenez-vous, l'année dernière, le lauréat était "Ce qu'il faut de nuit" de Laurent PETITMANGIN chez La Manufacture du livre. Souhaitons que le roman de Isabelle SORENTE vive le même succès !

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