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2017-05-25T17:43:27+02:00

La tresse de Laëtitia COLOMBANI

Publié par Tlivres
La tresse de Laëtitia COLOMBANI

Editions Grasset


Ce roman fait partie de la sélection des 68 premières fois pour son édition 2017, il clôture cette rentrée littéraire de janvier 2017 et je crois bien pouvoir dire qu'il le fait en beauté.


Je vous explique.


Smita vit en Inde. Mariée, elle a une fille Lalita. Elle fait partie des Intouchables, de ces êtres qui ne sont bons qu'à ramasser les excréments des autres, sa mère le faisait avant elle, chaque jour elle prend son panier de jonc pur débarrasser les riches de ces matières pestilentielles dont l'odeur s'incruste jusque dans les pores de sa peau. Non, Lalita ne fera pas ce métier. Elle l'a décidé et va commencer par envoyer sa fille à l'école. Giulia, elle, a une vingtaine d'années. Sicilienne, elle travaille dans l'atelier de son père à la fabrication de postiches. Passionnée de littérature, elle rêve d'épouser par amour. Non, Giulia n'épousera pas un homme choisi par ses parents. Sarah, enfin, vit à Montréal. Avocate, elle est carriériste, elle vise le sommet. Elle a déjà divorcée deux fois. Elle a 3 enfants qu'elle dont elle n'assure la garde que le week-end. Non, elle ne se laissera pas abattre.


3 femmes, 3 pays, 3 trajectoires distinctes et pourtant un point commun, leur condition de femme. Chacune va, sous la plume d'une écrivaine de talent, trouver la force de dire "non", de lutter contre sa condition, cette prédisposition à un avenir écrit d'avance, par des hommes bien sûr. Outre le fait de partager des prénoms qui se terminent tous par la lettre A (tiens, étrange, celui de l'auteure aussi se termine par un A, Laïtitia !), toutes ces femmes vont un jour trouver quelque chose qui va les raccrocher à la vie, qui va les alléger et les porter pour un nouvel avenir qu'elles vont décider de construire, elles-mêmes, en phase avec leur propre personnalité. 


Le procédé est ingénieux, audacieux même. Laëtitia COLOMBANI va créer un lien entre Smita, Giulia et Sara, un lien ténu aussi fin qu'un cheveu. Le roman est ainsi ponctué d'un texte en italique, rédigé comme un poème avec une narration à la 1ère personne du singulier. On comprend que cette 4ème femme travaille à la réalisation d'un ouvrage. Je ne vous en dirai pas plus, c'est là l'un des charmes de ce roman... mais je vais toutefois partager avec vous quelles lignes qui me paraissent d'une grande sensibilité :

 


Parfois, mon esprit s'échappe de cet atelier,
Et m'entraîne
Vers des contrées lointaines,
Vers des vies inconnues,
Dont les voix me parviennent
Comme un écho ténu,
Et se mêlent à la mienne.
P. 63

Bien sûr, il y a de la fragilité, il y a des périodes de doute, de crainte, mais il y a surtout de l'optimisme, une force incroyable, une puissance qui se dégage de ces pages, comme un hymne au pouvoir des femmes. A l'image de la couverture de ce roman teintée d'un jaune ô combien lumineux, c'est toute la condition féminine qui rayonne avec ce livre. 


Je me souviens très bien encore de la lecture de l'essai de Nathalie LOISEAU "Choisissez tout", le propos est là sensiblement le même mais transposé dans une fiction très bien menée et par qui, dites moi, une femme bien sûr !


Bravo à Laëtitia COLOMBANI pour ce très beau 1er roman, c'est certain, cette écrivaine est promise à un très bel avenir.

 

Celle lecture s'inscrit dans le cadre de la sélection des 68 premières fois pour son édition 2017 :

La tresse de Laëtitia Colombani *****

Marx et la poupée de Maryam Madjidi *****

Elle voulait juster marcher tout droit de Sarah Barukh ****

Outre-mère de Dominique Costermans ****

Maestro de Cécile Balavoine *****

Marguerite de Jacky Durand *****

La plume de Virginie Roels ****

Mon ciel et ma terre de Aure Atika *****

Nous, les passeurs de Marie Barraud *****

Principe de suspension de Vanessa Bamberger *****

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie Kalfon ****

Presque ensemble de Marjorie Philibert ***

Ne parle pas aux inconnus de Sandra Reinflet *****

La téméraire de Marine Westphal *****

La sonate oubliée de Christiana Moreau ****

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2017-05-25T13:42:59+02:00

Bidules, machins, trucs ?!

Publié par Tlivres

Dans les expositions temporaires, il y en a pour tous les goûts.

Celle du Musée Jules Desbois de Parçay-les-Pins convoque la mythologie avec "Le Rocher de Sisyphe" revisité par des artistes locaux qui jouent avec les matières.

Celle-ci, clairement, affiche son côté ludique. Le titre suffit à donner le ton de cette exposition qui vient d'ouvrir. Ce sont les D.A.M.M. qui ont encore frappé, entendez bien sûr les 4 dames qui oeuvrent au quotidien pour offrir au public l'objet de ses convoitises, ou bien, plus institutionnelle, la Direction Associée des Musées Municipaux !

Courrier de l'Ouest du 20 05 2017

Courrier de l'Ouest du 20 05 2017

Là, typiquement, c'est le jeune public qui est visé, celui qui va participer à un jeu de pistes et découvrir les usages des objets de la vie quotidienne.

Mais attention, vous ne trouverez pas de téléphone portable, ni de tablette, non, mais des objets ancestraux que nous ne sommes d'ailleurs plus très nombreux à connaître.

C'est donc une découverte pour tous qui s'offre à vous.

Allez, on visite. Qu'est-ce que c'est que ce bidule ?

Bidules, machins, trucs ?!

Vous séchez ? Et bien reportez vous au tableau noir installé à cet effet !

Il vous dévoilera le nom et l'époque de l'objet en question !

Et oui, les 4 dames sont allées jusque-là, pas de tableau blanc numérique, celui qui envahit toutes les classes de nos chères têtes blondes aujourd'hui, non, elles ont installé le bon vieux tableau noir qui siégeait dans les classes de nos parents et grands-parents ! Il est d'époque !

Bidules, machins, trucs ?!

Vous imaginez le temps qu'il fallait pour faire du sucre glace pour saupoudrer les gaufres !

Allez, peut-être un peu plus facile... qu'est-ce que c'est que ce truc ?

 

 

 

Bidules, machins, trucs ?!

Une couronne de mariée ! Si vous pénétrez dans la chambre de votre arrière-grand-mère, il est bien possible que vous trouviez la même chose trônant sur une commode.

Et puis ce machin, c'est quoi ?

Bidules, machins, trucs ?!

J'avoue que c'est mon préféré. Il allie la raffinement, la beauté et l'utilité...

Allez, vous brûlez... 

Bidules, machins, trucs ?!

Original, non ?

Donc, si vous avez envie de vous amuser en famille, direction Baugé-en-Anjou pour une petite visite. Non seulement, vous pourrez voir l'exposition temporaire jusqu'au 17 septembre, mais vous pourrez aussi accéder au Château, celui du Roi René, et profiter d'une mise en scène théâtralisée pour encore plus s'amuser !

Bidules, machins, trucs ?!

Franchement, à Baugé, c'est le pied !

Bidules, machins, trucs ?!

Et il est de taille !

Ah, j'allais oublier. En faisant ma visite, j'ai vaguement saisi une information à la volée, un scoop, quoi !

Il paraît que le proverbe qui dit : "jamais 2 sans 3" sera très bien illustré d'ici la fin du mois de juin. Le Musée de Joseph Denais de Beaufort-en-Anjou sera mis sous les projecteurs avec une exposition très très insolite.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, c'est sûr, je me tiens prête ! 

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2017-05-20T21:02:34+02:00

Un fils parfait de Mathieu MENEGAUX

Publié par Tlivres
Un fils parfait de Mathieu MENEGAUX

Editions Grasset

Une fois n'est pas coutume, il ne s'agit pas d'un 1er roman mais du 2ème de Mathieu MENEGAUX que j'ai eu la chance de rencontrer sur les Journées Nationales du Livre et du Vin de Saumur.


En fait, il y a des romans du Salon du Livre de Paris qui attendent encore leur heure. Je ne sais pas pourquoi, celui-là m'attirait tout particulièrement, il leur a volé la place ! Ce  roman, c'est juste un page-turner, un thriller psychologique qui vous prend à la gorge dans les toutes premières pages et vous tiendra captivé(e) jusqu'à la dernière. Je vous explique.


Nous assistons à la cérémonie du mariage de Daphnée, la narratrice, avec Maxime. Diplômée de l'ESSEC et lui de Polytechnique, ce sont deux personnes cultivées qui s'engagent pour le meilleur et pour le pire. Très vite, quelques allusions au passé montrent que le couple n'a pas résisté à la vie en famille. Deux filles sont nées de cette union, Claire, hypocondriaque, dont la petite enfance a été particulièrement chahutée par ses névroses, et Lucie, beaucoup plus facile à élever. Après la naissance des petites, Daphnée a repris son activité professionnelle. Elle a un poste à responsabilité qui l'oblige à  de fréquents déplacements, elle est absente 3 à 4 nuits par semaine. C'est Maxime qui prend alors le relais dans l'éducation des enfants. Mais, voilà, un jour, l'une des filles laisse échapper une phrase qui sème le doute dans l'esprit de Daphnée. Et si Maxime abusait de ses filles en son absence ?


La petite bombe explose à la page 57 du roman. Ensuite, tout n'est que précipice. C'est une spirale infernale qui emmène Daphnée vers les tréfonds de sa personnalité. Face à la déclaration de sa  fille,  comment va-t-elle surmonter la foudre qui vient de s'abattre sur elle ? Parler à Maxime ? Quitter le foyer ? Trouver une amie à qui se confier ? C'est peut-être un peu de tout ça et bien d'autres choses encore que vous êtes loin d'imaginer, Mathieu MENEGAUX maîtrise parfaitement l'intrigue !


Je me suis retrouvée au coeur de cette famille en fusion, en perte de repères aussi. J'ai lu ce roman en apnée totale. Quand on est mère, c'est l'un des pires scénarios qui puissent exister, des abus sexuels au sein même de la famille, ce cocon sensé protéger chacun de l'extérieur, et pourtant. Quant au personnage du père, il rivalise d'ingéniosité pour sauver sa peau, machiavélique à l'envi.


Ce roman est parfaitement construit. Il se présente comme une lettre adressée par la narratrice à sa belle-mère pour lui donner SA version des faits. Le procédé est ingénieux et totalement réussi.


Mathieu MENEGAUX traite ainsi d'un fléau qui ronge notre société en l'explorant de l'intérieur avec le témoignage de cette mère tout en le ponctuant de statistiques nationales pour lui donner une résonnance collective. Il se sert également de faits largement médiatisés pour montrer les failles de notre système judiciaire et ainsi dénoncer les travers d'une organisation qui protège plus l'auteur des faits que ses victimes. 


Un exercice périlleux mais parfaitement mené dans une plume agréable à lire, un livre parfait, oh, pardon, c'est "Un fils parfait" !


J'ai maintenant très envie de découvrir "Je me suis tue", le tout premier roman de Mathieu MENEGAUX, dont les critiques sont toutes élogieuses. 

 

Cette lecture participe aussi au Challenge de la Rentrée Littéraire MicMelo de janvier 2017 ! 

 

Un fils parfait de Mathieu Menegaux ***** Coup de coeur

Marx et la poupée de Maryam Madjidi ****

Elle voulait juster marcher tout droit de Sarah Barukh ****

Outre-mère de Dominique Costermans ****

Vermeer, entre deux songes de Gaëlle Josse *****

Maestro de Cécile Balavoine ***** Coup de coeur

Marguerite de Jacky Durand *****

Les indésirables de Diane Ducret ***** Coup de coeur

Mon ciel et ma terre de Aure Atika *****

Nous, les passeurs de Marie Barraud *****

Pour que rien ne s'efface de Catherine LOCANDRO *****

Principe de suspension de Vanessa BAMBERGER ****

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie KALFON ****

Coeur-Naufrage de Delphine BERTHOLON ***** Coup de coeur

Presque ensemble de Marjorie PHILIBERT ***

La baleine thébaïde de Pierre RAUFAST ****

L'article 353 du code pénal de Tanguy VIEL ****

Ne parle pas aux inconnus de Sandra REINFLET ****

La téméraire de Marine WESTPHAL *****

Par amour de Valérie TONG CUONG ***** Coup de coeur

La société du mystère de Dominique FERNANDEZ ****

L'abandon des prétentions de Blandine RINKEL ****

La sonate oubliée de Christiana MOREAU ****

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2017-05-20T13:56:38+02:00

Marx et la poupée de Maryam MADJIDI

Publié par Tlivres
Marx et la poupée de Maryam MADJIDI

Editions Le Nouvel Attila


Ce roman de Maryam MADJIDI, je l'attendais avec impatience, d'abord parce que le collectif des 68 premières fois l'encense, pour beaucoup, il est LE coup de coeur de cette édition 2017, et puis parce que j'ai eu la chance aux côtés de Sabine et de Delphine de rencontrer l'écrivaine sur le Salon du Livre de Paris, une jeune femme ravissante pleine de fougue, d'enthousiasme, à la voix qui porte annonciatrice d'une femme qui sait où elle va, remarquable par sa personnalité. Elle fait partie de celles qui me fascinent.


Marx et la poupée était bien en vu dans ma PAL. Mais je voulais lui faire une place de choix, lui offrir un moment privilégié pour une lecture que j'imaginais un peu spéciale. Après coup, je confirme qu'elle est bien : spéciale !


C'est l'histoire d'une famille iranienne. Tout commence en 1980. Elle vit à Téhéran. C'est la révolution. La femme a 20 ans. Elle est enceinte de 7 mois. Elle décide de prendre part à la manifestation qui gronde dans la rue. Rien ne peut l'arrêter. Elle se retrouve pourtant dans les murs de l'Université, découvre sous ses yeux le viol d'une jeune fille. Elle prend peur. Poursuivie elle-même, elle se retrouve devant une fenêtre et décide de sauter, du 2ème étage !


Voilà, vous vous retrouvez de plein fouet parachuté dans un pays qui vit une révolution aux côtés de cette femme. Peu importe son avenir personnel, celui de son bébé, ce qui la guide à l'instant présent, c'est d'être là, de participer à une action d'intérêt général.
 

 


Elle se rassure : je combats pour ces femmes, pour qu'elles puissent avoir des droits, oui, pour qu'elles soient libres, fortes, je lutte pour elles, pour leur vie, tant pis pour moi, moi c'est rien, ça ne compte plus. P. 39

Que va-t-elle devenir ? et le bébé ? C'est ce que vous allez découvrir tout au long de cette lecture.


De ce roman, il n'en est pas en réalité. Enfin, peut-être, pendant quelques pages. En réalité, c'est un livre qui sort systématiquement du cadre, il est tantôt un conte qui commence comme le veut la tradition par "Il était une fois", tantôt il revêt le costume d'un récit de vie, tantôt il est donc autobiographique, le bébé n'est autre que Maryam MADJIDI. Bref, c'est un jubilé de différents genres littéraires, un peu à l'image de l'écrivaine elle-même, cette femme née à Téhéran qui a passé sa jeunesse en France et puis, a pris l'habitude de s'expatrier, 2 ans en Chine, ou ailleurs... c'est le portrait d'une femme que l'on pourrait dire multiculturelle dans le sens où elle a beaucoup voyagé, par choix ou par obligation, et qui aujourd'hui ne serait pas ce qu'elle est sans toutes ses aventures vécues à travers le monde.


J'ai été profondément touchée par l'exil de cette famille d'intellectuels qui a décidé de fuir son pays malgré tout l'attachement qu'elle lui voue et leur idéologie. Les parents de Maryam MADJIDI ont quitté l'Iran en 1986 pour la France où ils obtiendront le statut de réfugiés politiques. Ils vivront à Paris dans le XVIIIème arrondissement. Cette terre qu'ils chérissaient ne leur offrait pas d'autres choix que celui de partir. Cette histoire donne à voir ce que vivent aujourd'hui de nombreux migrants, déchirés par l'abandon de leurs origines.


Parmi tout ce qu'ils doivent quitter, il y a cette parenthèse sur les livres qui en dit long sur l'état d'oppression que vivaient au quotidien les Iraniens :


Vas-y, apporte les livres, moi je creuse le trou.
Et la mère dépose dans ce trou Marx, Engels, Lénine, Makarenko, Che Guevara et tous les autres ; le père les recouvre de terre humide.
La petite fille est là. Elle les observe debout sur le perron. Elle se dit que ce jardin contient désormais beaucoup de choses : ses jouets à elle, et maintenant les livres interdits de son père. P. 43

C'est joliment dit mais ô combien révélateur de la dictature et de ses codes habituels. Pour brider l'émancipation du peuple, il faut lui interdire l'accès à la culture, à d'autres horizons possibles, les livres sont les premiers à être combattus. 


Les parents de Maryam MADJIDI prendront une nouvelle voie, celle de l'exil. Ce roman explore le statut d'étranger dans le pays où il arrive. J'ai tout particulièrement aimé ce passage où elle et sa mère s'assoient sur un banc et regardent ce nouvel univers  sous leurs yeux, quant à s'y intégrer, c'est autre chose...


Contempler le monde qui nous entoure. C'est toi qui m'a appris ça. Les heures que nous avons passées dans ce square, puis plus tard dans les cafés parisiens où on fumait un paquet de clopes, assises sur des bouts de trottoirs, sur des bancs dans les parcs, sur des bords de hutongs à Pékin, sur les rives du Bosphore, dans les allées sinueuses du grand bazar de Téhéran, juste ça, regarder et commenter ce qui nous entoure : les gens, les attitudes, les démarches, les allures et les silhouettes, les chiens, les chats et les oiseaux, le végétal, les immeubles, les objets derrière les vitrines, les enseignes, les engins roulants, tout passait dans notre grand laboratoire-observatoire de la vie. P. 101

Maryam MADJIDI essaie de comprendre son père. Ainsi, l'histoire de ce petit déjeuner en dit long sur la volonté qu'il avait de s'approprier les traditions françaises...


Je regarde ces croissants posés tristement sur la table, vierges de souvenir, sans saveur familière, que ma mère et moi boudons obstinément. P. 97

mais sur la difficulté aussi pour des étrangers de s'accommoder dès l'arrivée dans le pays de toutes ces habitudes qui ne sont pas encore les leurs, et qui le ne le seront peut-être jamais. Et puis, ce sursaut, incompréhensible pour la petite fille qu'est Maryam quand il lui impose des cours de persan comme la préservation du dernier fil qui lie encore sa fille à son pays d'origine.

J'ai été profondément touchée par le portrait dressé de sa mère, cette femme qui a déjà dû abandonner son pays où elle menait le combat de la liberté et qui ne trouve pas tout à fait sa place dans celui d'adoption.


Déjà en Iran, les rêves de la mère disparaissaient peu à peu. En France, le peu qu'il restait tombait évanoui, un par un, sur la moquette de la chambre, juste en dessous de sa chaise. P. 103

Enfin, ce roman en dit long sur l'histoire de la langue. La partie qui lui est dédiée est tellement belle. Construite comme un conte, elle use de métaphores pour illustrer à quel point il est difficile de passer de l'une à l'autre et vice-et-versa.


Le persan, assis un peu à l'écart sur un banc, les regarde s'éloigner. Vieille femme pensive, encerclée d'une épaisse solitude, balayant du bout de sa canne quelques feuilles et déchets et les vieux rêves du passé. P. 142

Alors, quand Maryam MADJIDI évoque l'apprentissage de la langue, le français pour des non-francophones, le ton de la colère nous imprègne. Elle dénonce ces classes spéciales qui l'ont accueillies un temps mais qui la révulsaient. Pourquoi ne pas permettre à ces enfants d'être accueillis dans des classes ordinaires ? Pour faciliter leur intégration ? L'Education Nationale aurait sûrement beaucoup à apprendre de ce témoignage, peut-être que les institutions, dans un souci d'agir, le font maladroitement, voire inefficacement... faisant subir à ces enfants de nouvelles souffrances. 


Plus fort encore est le propos de la double culture. Il est de bon ton aujourd'hui de parler des apports de deux pays. Maryam MADJIDI, elle, en souffre. C'est une charge, très voire trop, lourde. Elle est prête à nous la donner...


Tu sais ce que ça fait d'être nulle part chez soi ? En France, on me dit que je suis iranienne. En Iran, on me dit que je suis française. Tu la veux ma double culture ? Je te la donne, va vivre avec et tu viendras me dire si c'est une "belle richesse" ou pas. P. 156

Ce livre, ce sont les prémices d'une longue, très longue, conversation que j'aimerais avoir avec l'écrivaine pour aller plus loin encore dans tout ce qu'elle a à nous apprendre. C'est un écrit formidable pour découvrir par la voix de celle qui l'a vécu ce qu'est l'exil, le déracinement, le retour au pays... à l'image des 3 naissances qui le structurent.


Marx et la poupée vient d'être couronné par le Prix Goncourt du Premier roman, ce n'est pas celui que je lui aurais décerné pour tenir compte de la navigation de l'écriture entre différents registres, mais à bien y réfléchir, je n'en ai pas d'autres à lui offrir, alors bravo Maryam MADJIDI.

Celle lecture s'inscrit dans le cadre de la sélection des 68 premières fois pour son édition 2017 :

Elle voulait juster marcher tout droit de Sarah Barukh ****

Outre-mère de Dominique Costermans ****

Maestro de Cécile Balavoine *****

Marguerite de Jacky Durand *****

La plume de Virginie Roels ****

Mon ciel et ma terre de Aure Atika *****

Nous, les passeurs de Marie Barraud *****

Principe de suspension de Vanessa Bamberger *****

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie Kalfon ****

Presque ensemble de Marjorie Philibert ***

Ne parle pas aux inconnus de Sandra Reinflet *****

La téméraire de Marine Westphal *****

La sonate oubliée de Christiana Moreau ****

Cette lecture participe aussi au Challenge de la Rentrée Littéraire MicMelo de janvier 2017 ! 

Elle voulait juster marcher tout droit de Sarah Barukh ****

Outre-mère de Dominique Costermans ****

Vermeer, entre deux songes de Gaëlle Josse *****

Maestro de Cécile Balavoine ***** Coup de coeur

Marguerite de Jacky Durand *****

Les indésirables de Diane Ducret ***** Coup de coeur

Mon ciel et ma terre de Aure Atika *****

Nous, les passeurs de Marie Barraud *****

Pour que rien ne s'efface de Catherine LOCANDRO *****

Principe de suspension de Vanessa BAMBERGER ****

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie KALFON ****

Coeur-Naufrage de Delphine BERTHOLON ***** Coup de coeur

Presque ensemble de Marjorie PHILIBERT ***

La baleine thébaïde de Pierre RAUFAST ****

L'article 353 du code pénal de Tanguy VIEL ****

Ne parle pas aux inconnus de Sandra REINFLET ****

La téméraire de Marine WESTPHAL *****

Par amour de Valérie TONG CUONG ***** Coup de coeur

La société du mystère de Dominique FERNANDEZ ****

L'abandon des prétentions de Blandine RINKEL ****

La sonate oubliée de Christiana MOREAU ****

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2017-05-17T20:01:34+02:00

Niki de Saint-Phalle et son "Arbre-serpents"

Publié par Tlivres
Niki de Saint-Phalle et son "Arbre-serpents"

Impossible de passer à côté du retour de l'oeuvre de Niki de SAINT-PHALLE "L'Arbre-serpents" dans la cour du Musée des Beaux Arts d'Angers sans rédiger une chronique sur cette artiste franco-américaine extraordinaire.

Sa petite-fille et gestionnaire de la Niki charitable art foundation, Bloum CARDENAS s'est déplacée pour l'événement. Elle a salué le travail réalisé par les restaurateurs pour offrir une nouvelle vie à cette sculpture exposée à tous les temps.

Elle dit de sa grand-mère que "c'était une bombe dans tous les sens du terme !". Niki de SAINT-PHALLE, c'est une artiste que j'aime beaucoup et depuis une belle vingtaine d'années maintenant. Elle s'affiche d'ailleurs dans la bannière du blog comme une signature depuis son tout premier jour !

Bien sûr, comme beaucoup, je l'ai découverte avec ces Nanas, ces femmes aux formes généreuses qui, dans les années 1960, affichaient le charme des rondeurs comme un contre-pouvoir exercé face aux canons de la beauté revendiqués par les professionnels de la mode. Elle savait d'ailleurs tout particulièrement de quoi elle parlait puisqu'elle fut elle-même mannequin ! Il y avait avec Niki de SAINT-PHALLE l'affirmation d'un acte militant, un acte féministe montrant une autre voie possible.

Elle était provocatrice aussi. J'en veux pour preuve sa Nana couchée, Hon, créée en 1966 avec son mari, Jean TINGUELY, et dans laquelle le public pouvait entrer par le vagin pour assister à une mise en scène artistique.

Niki de Saint-Phalle et son "Arbre-serpents"

Elle était exceptionnelle aussi dans les dimensions qu'elles donnait à ses oeuvres. Monumentales elles étaient. Hon mesurait 28 mètres de long.

Elles ont trouvé un écrin majestueux dans le Jardin des Tarots situé en Toscane. Inspirée du Parc Güell de Barcelone pour les oeuvres de GAUDI, Niki de SAINT-PHALLE y a mis beaucoup de ténacité pour mener à bien ce projet fantastique.

Ce que j'aime beaucoup dans son oeuvre, c'est le mélange des matières avec ses mosaïques composées de petites pierres, de morceaux de miroir, brillants et réfléchissants, ce sont ses couleurs aussi, chatoyantes à l'envi, gaies, lumineuses. 

Elle créait des oeuvres originales et tellement suggestives à l'image de "La Justice" par exemple. Insolite, non ?

Niki de Saint-Phalle et son "Arbre-serpents"

Niki de SAINT-PHALLE, c'était une femme qui allait jusqu'au bout de ses idées, de son art. Elle s'affranchissait des limites qui pouvaient entraver sa création, elle croyait en ses capacités de devenir une héroïne.

Sa philosophie, j'ai envie de la relayer partout autour de moi. Elle n'a pas pris une ride avec le temps. Il conviendrait même de la crier haut et fort quand les droits des femmes peuvent être un brin fragilisés.

Que toutes les petites filles, les jeunes filles, les jeunes femmes, et les autres, croient en cet horizon des possibles ! 

Niki de Saint-Phalle et son "Arbre-serpents"

Niki de SAINT-PHALLE, assurément, "c'était une bombe !".

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2017-05-16T19:10:22+02:00

Nathalie DUBOIS en résidence au CHU d'Angers

Publié par Tlivres

Au mois de mai, fait ce qu'il te plaît ! 


Autant depuis le début de cette année, j'ai été très branchée littérature avec un rythme de folie mené avec les 68 premières fois, autant depuis quelques jours, je vagabonde !

Il y a eu la visite de l'exposition "Sisyphe Six Artistes" au Musée Jules DESBOIS de Parçay-les-Pins vendredi soir, il y a eu cette déambulation Place Giffard Langevin à Angers dimanche matin avec la rencontre de Séverine MOISY dite SMO et l'approche de la maladie mentale par la peinture, et puis, hier, dans un lieu improbable, dans une salle d'attente d'un cabinet de kinésithérapie, mon oeil a été attiré par ce qui pourrait être un journal.

 

Nathalie DUBOIS en résidence au CHU d'Angers

D'une pile composée de magazines dépassait une revue en papier grisé. Son format A3 l'empêchait de se dissimuler et ce fut ma chance. Je l'ai retirée de cette pyramide incertaine et là, je suis restée scotchée à sa couverture : le dessin d'un arbre au feuillage léger, peut-être des roseaux ou bien des bambous. Son titre m'interroge "Dehors-dedans" et puis une légende : Résidence d'artiste 2015 au CHU d'Angers. J'étais happée, impossible de m'en détacher !


Nathalie DUBOIS a été invitée pour une résidence d'artiste par le département de soins de suite et de soins de longue durée pendant six mois. Pourquoi elle en particulier ? Parce qu'elle confère à l'art un rôle majeur dans notre société : "celui de générer du lien entre les personnes, mais aussi entre les individus et leurs lieux de vie et de travail".  Pour explorer l'urbanisme dans ses tréfonds, elle s'est associée à Mustapha SANAOUI, Architecte, il n'en fallait pas plus pour me séduire !

Elle a choisi, pour cette résidence d'artiste, d'appréhender "La Nature" dans le cadre d'oeuvres participatives où patients, visiteurs et personnels du CHU ont apporté leur contribution (des témoignages, des anecdotes...). Sur cette base, elle a stimulé des entrées et sorties pour tisser un lien entre le dehors et le dedans.


Elle s'est appropriée le milieu médical dans lequel elle était accueillie. Ainsi, dans son atelier, elle a convoqué des produits comme la bétadine, la chlorexidine... Elle y a stocké aussi des radios, des opercules de sérum utilisés pour les perfusions, et d 'autres accessoires encore dont elle a dévoyé l'usage.

 
Les oeuvres ainsi composées sont juste magnifiques.

 

Nathalie DUBOIS en résidence au CHU d'Angers
Nathalie DUBOIS en résidence au CHU d'Angers

A partir d'éléments sources de craintes, de peur, d'angoisses, de souffrance, de douleur, de mal être, elle a réussi à susciter l'esthétisme, le beau, le léger, le merveilleux à l'image de cette branche d'acacia suspendue dans les airs, à l'horizontale, dont les feuilles sont découpées dans de la gaze. Le résultat est d'une légèreté incroyable et d'une beauté exceptionnelle.

Nathalie DUBOIS en résidence au CHU d'Angers

Pour animer ses oeuvres, elle a aussi fait entrer des oiseaux dans son univers. Ceux qui sont invités parfois, par des patients en fin de vie, à venir manger quelques graines sur le bord de leur fenêtre, comme une bouffée d'air avant le grand départ. L'oiseau retenu ne l'a pas été par hasard. Le chardonneret est effectivement cet oiseau qui se nourrit de chardons, il est à lui seul le symbole des souffrances de l'homme. Découpées dans des radios, les silhouettes des oiseaux laissent apparaître des parties de l'anatomie humaine, une main, un poignet, des doigts... Placées sur un négatoscope éclairé, la réalisation devient une oeuvre artistique remarquable. Le processus est d'une ingéniosité fabuleuse.

Nathalie DUBOIS en résidence au CHU d'Angers

Le temps passé à attendre dans cette salle impersonnelle a été pour moi une parenthèse d'une très grande impuissance. Je n'ai pas pu résister à l'évoquer avec les professionnels et à leur demander un emprunt de cette publication pour quelques jours, histoire de me permettre de rédiger une chronique à la hauteur de l'émotion ressentie.


L'art soigne les maux, on parle aujourd'hui d'art-thérapie ! En France, les pratiques se multiplient. Elles restent toutefois méconnues. Je suis pourtant convaincue qu'elles peuvent être complémentaires aux pratiques médicales et apporter du bien-être à des hommes et des femmes frappés par la maladie.


Les kinés avec qui j'ai eu la chance d'échanger m'ont dit leur intention d'organiser une exposition des oeuvres de Nathalie DUBOIS. Je ne peux que les inciter à mener à bien ce projet, elles ont besoin de rayonner ! Cette chronique est peut-être un premier pas, notamment pour amener l'artiste à sortir du silence !

Nathalie DUBOIS en résidence au CHU d'Angers

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2017-05-14T18:01:03+02:00

Sisyphe Six Artistes au Musée Jules DESBOIS

Publié par Tlivres

J'aime les expositions insolites, de celles qui sont souvent peu médiatisées mais qui méritent vraiment une visite. Sisyphe Six Artistes fait partie de celles-là.


Nous avons eu la chance d'être invités à son vernissage vendredi 12 mai dernier au Musée Jules Desbois de Parçay-les-Pins dans le Maine-et-Loire (merci Chacha pour ce privilège).


Ce musée, avec celui de Baugé et de Beaufort-en-Vallée, est géré par la D.A.M.M. (Direction Associée des Musées Municipaux) et croyez-moi, il n'a pas à rougir de son prestige.
Ouvert dans le village natal de l'artiste, un ami et un collaborateur de RODIN, il offre dans un site remarquable où le moderne se marie parfaitement à l'ancien une grande diversité d'oeuvres dans des matériaux aussi variés que le plâtre, le bronze, le marbre...

Il accueille actuellement une exposition temporaire qu'il convient de présenter. A l'origine, Jules Desbois avait réalisé une oeuvre "Le Rocher de Sisyphe". C'est donc assez naturellement que l'équipe de la D.A.M.M. a eu l'idée de proposer à 6 Artistes locaux de réinterpréter le mythe, chacun choisissant sa technique.

 

Sisyphe Six Artistes au Musée Jules DESBOIS

Anne AUGUSTE a opté pour le papier, Simon PAVEC la céramique, David RIOU la peinture, Thomas FREY l'illustration et la fresque murale, Christophe FORGET l'estampe, Mr FERROW  la photographie.

 

C'est une exposition très originale qui offre aux visiteurs une diversité d'oeuvres, chacun peut choisir celles qui le font vibrer.

 

Sisyphe Six Artistes au Musée Jules DESBOIS

Me concernant, j'ai été particulièrement sensible à la création de Anne AUGUSTE, peut-être à cause des couleurs chatoyantes et de sa façon à elle de voir le mythe de Sisyphe, une vision très optimiste de la vie : "Il faut imaginer Sisyphe heureux", à l'image de ce que pensait Albert CAMUS.


Anne AUGUSTE nous offre donc un panel d'oeuvres très colorées où les papiers se superposent pour donner des ensembles très harmonieux :

Sisyphe Six Artistes au Musée Jules DESBOIS

Elle travaille en grande dimension, mais aussi dans l'infiniment petit. Elle arrive même à mettre le bonheur en éprouvette, un concept très ingénieux et un résultat particulièrement réussi !

Sisyphe Six Artistes au Musée Jules DESBOIS

En seconde place, je voudrais saluer le talent de Simon PAVEC. Là, les oeuvres sont faites de dégradés de marron plutôt sombres. Je ne suis pas naturellement attirée par ce type de réalisations mais ce qui m'intéresse, c'est le travail du matériau, la céramique, tellement maîtrisé.

Sisyphe Six Artistes au Musée Jules DESBOIS

Quant à l'oeuvre de David RIOU, je crois qu'elle pourrait retenir l'oeil pendant des heures. La toile est faite de mille et un détails qui ne demanderaient qu'à être lentement repérés et analysés.

Sisyphe Six Artistes au Musée Jules DESBOIS

Cette exposition est d'une très grande richesse. Elle offre un panel de réalisations très réussies dans des genres tout à fait différents. Elle assure également la promotion du travail d'artistes locaux bourrés de talent qui ne demandent qu'à percer.


Et plus encore, cette exposition temporaire s'inscrit dans un Musée que je vous invite tous à visiter, au gré d'une promenade dans cette région, entre Longué-Jumelles, Le Lude et Langeais.


Il accueille des oeuvres somptueuses de Jules DESBOIS bien sûr, mais pas que. Il est le lieu de dépôt également de sculptures du Musée d'Orçay, à l'image de "La source" qui date de 1918 et qui dans le faisceau de la lumière du soir prend une dimension toute particulière.


C'est un musée hétéroclite, il suffit de regarder cette perspective pour s'en convaincre.

Sisyphe Six Artistes au Musée Jules DESBOIS

A visiter absolument !

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2017-05-12T16:45:00+02:00

Collaboration horizontale de Navie et Carole Maurel

Publié par Tlivres
Collaboration horizontale de Navie et Carole Maurel

Editions Delcourt/Mirages


Collaboration horizontale est un roman graphique. Il ne s'agit pas d'un registre que je lis régulièrement, et pourtant, chaque fois, l'émotion est là. Il faut dire que j'ai une très bonne conseillère, ma fille. Ensemble sur le Salon du Livre de Paris, nous avons réalisé quelques achats que l'on va lire sur les mois à venir pour faire durer le plaisir bien sûr !

Je ne rédige pas de chroniques de BD régulièrement, je suis persuadée que vous excuserez mon manque de structuration. Mais, l'essentiel pour moi est de partager !

Donc, quand je m'apprête à lire une BD, tous les détails sont importants, en commençant par la couverture.

J'observe un arrière-fond de couleur kaki qui laisse à penser à une façade d'immeuble avec quelques fenêtre disséminées.

Mais ce qui retient mon regard, c'est le premier plan, la silhouette d'une femme aux contours noirs, sa tête et le haut de son buste. Dans cette couleur noire se révèlent, par transparence, des fenêtres dévoilant l'intimité individuelle, celle de chacun dans son logement.

Se détachent de ce plan deux éléments en rouge :

- une bouche, celle d'une femme, symbole de la sensualité, l'amour et le sexe,

- un  cœur avec les vaisseaux sanguins qui en partent et qui progressivement s'affinent en direction du cerveau. Cet organe, qui assure la vie du corps humain, ne semble pouvoir fonctionner pleinement, une médaille militaire allemande y est épinglée !

Le décor est planté !

En première page, les personnages entrent dans la lumière, de plus en plus de détails s'éclairent...

 

Collaboration horizontale de Navie et Carole Maurel

Ce roman graphique, vous l'aurez compris, parle d'amour.

Il se focalise sur un amour interdit, celui de Rose, une femme française, et de Frank, un soldat allemand. La grande Histoire s'invite dans l'histoire d'hommes et de femmes, décidant de vie et de mort sur eux.

J'ai été profondément touchée par le scénario écrit par Navie et mis en images par Carole Maurel.

J'ai beaucoup aimé son graphisme. Que d'émotions devant certaines planches, à commencer par celle qui illustre une parole d'enfants devant la haine des Allemands à l'égard des juifs. 

Collaboration horizontale de Navie et Carole Maurel

Mais, s'agissant d'amour, ce roman va bien au-delà. Il donne d'une manière générale du sens à l'amour, sa force et sa puissance.

Collaboration horizontale de Navie et Carole Maurel

Et puis, il aborde celui d'homosexuels, celui qu'une femme porte à une autre. Là aussi, les images remplacent tous les discours !

Enfin, ce roman, et le fait qu'il s'agisse de deux femmes, scénariste et illustratrice, n'est sans doute pas un hasard, fait la part belle à la condition féminine en donnant à voir plusieurs manières de se comporter et de s'affranchir du pouvoir des hommes.

Collaboration horizontale de Navie et Carole Maurel

Cette BD est tout simplement magnifique. J'ai adoré, tant l'histoire que les représentations graphiques. Je ne peux que vous conseiller de la découvrir de toute urgence !

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2017-05-09T20:45:56+02:00

Elle voulait juste marcher tout droit de Sarah BARUKH

Publié par Tlivres
Elle voulait juste marcher tout droit de Sarah BARUKH

Editions Albin Michel


La seconde guerre mondiale s'invite une nouvelle fois dans cette rentrée littéraire de janvier 2017 et elle n'a pas manqué de retenir l'attention de nos fées des 68 premières fois.


Alice a 8 ans, elle vit des jours heureux chez une nourrice, à la campagne, où elle côtoie les animaux, passe son temps à aller chercher l'eau au puits. Elle vit sa vie de petite fille et puis un jour, surgit une femme qui dit être sa mère. Elle doit quitter son foyer pour une nouvelle famille. Malheureusement, sa mère, qui l'impressionne avec ce tatouage sur le bras, va tomber malade. Elle ne peut plus s'occuper de sa fille. Elle décide de la confier à son père qui vit à New-York aux Etats-Unis. C'est une toute nouvelle aventure qui s'offre à elle en terre inconnue, dans une famille qu'elle ne connaît pas et aux côtés d'un père qui ne lui montre aucun signe d'affection. Elle va sympathiser avec Vadim, un vieux monsieur qui vit là et va s'attacher à reconstituer son passé.


Ce livre, c'est un roman d'aventure, c'est le regard d'une petite fille sur des réalités qui la dépassent, nous sommes à la fin de la seconde guerre mondiale. Je me suis sentie décalée par  rapport à cette histoire et j'ai eu un peu de mal à me retrouver dans cette expression enfantine. Je me disais qu'au collège, j'aurais sûrement aimé ce type de roman qui vous fait voyager entre les continents et découvrir parcimonieusement quelques éléments de la grande Histoire. Il n'est toutefois pas suffisamment fouillé pour revêtir le costume de roman historique.

 

Et puis, le scénario paraît soit trop prévisible (quand les correspondances de la petite fille à sa mère sont retrouvées dans un bac à linge et qu'elles n'ont donc jamais été postées), soit peu vraisemblable (quand elle saute du bateau pour rester avec Vadim). Bref, je suis passée à côté de ce texte. 


Le seul moment où j'ai ressenti une émotion, c'est lors de ce moment de complicité partagé entre Alice et Vadim autour du piano :

 


Il céda quand même. Il lui décrivit la note, au milieu du clavier, juste avant les deux barres noires resserrées. Alice posa le pouce de son oncle dessus, il était juste à côté. De son autre main, Vadim caressa les touches. Les traits de son visage se gonflèrent, ses lèvres s'entrouvrirent, et il resta un moment les doigts collés au clavier. P. 284

Et pourtant, il y avait quelques éléments qui auraient pu me séduire. Le sujet de la photographie, je suis assez sensible à l'art et quand il est associé à une page de l'Histoire, il réussit en général à me faire vibrer mais là, non. Il y aura bien la référence à ce couple, les époux Capa, mais là aussi, de façon trop vague.


J'ai laissé maturer cette lecture quelques temps mais rien n'y a fait.


Il est pourtant bien écrit. Je peux saluer la qualité de la plume de Sarah BARUKH. J'attendrais quand même son 2ème livre pour me prononcer définitivement !

Celle lecture s'inscrit dans le cadre de la sélection des 68 premières fois pour son édition 2017 :

Outre-mère de Dominique Costermans ****

Maestro de Cécile Balavoine *****

Marguerite de Jacky Durand *****

La plume de Virginie Roels ****

Mon ciel et ma terre de Aure Atika *****

Nous, les passeurs de Marie Barraud *****

Principe de suspension de Vanessa Bamberger *****

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie Kalfon ****

Presque ensemble de Marjorie Philibert ***

Ne parle pas aux inconnus de Sandra Reinflet *****

La téméraire de Marine Westphal *****

La sonate oubliée de Christiana Moreau ****

Cette lecture participe aussi au Challenge de la Rentrée Littéraire MicMelo de janvier 2017 ! 

Outre-mère de Dominique Costermans ****

Vermeer, entre deux songes de Gaëlle Josse *****

Maestro de Cécile Balavoine ***** Coup de coeur

Marguerite de Jacky Durand *****

Les indésirables de Diane Ducret ***** Coup de coeur

Mon ciel et ma terre de Aure Atika *****

Nous, les passeurs de Marie Barraud *****

Pour que rien ne s'efface de Catherine LOCANDRO *****

Principe de suspension de Vanessa BAMBERGER ****

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie KALFON ****

Coeur-Naufrage de Delphine BERTHOLON ***** Coup de coeur

Presque ensemble de Marjorie PHILIBERT ***

La baleine thébaïde de Pierre RAUFAST ****

L'article 353 du code pénal de Tanguy VIEL ****

Ne parle pas aux inconnus de Sandra REINFLET ****

La téméraire de Marine WESTPHAL *****

Par amour de Valérie TONG CUONG ***** Coup de coeur

La société du mystère de Dominique FERNANDEZ ****

L'abandon des prétentions de Blandine RINKEL ****

La sonate oubliée de Christiana MOREAU ****

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2017-05-07T22:24:30+02:00

Outre-mère de Dominique COSTERMANS

Publié par Tlivres
Outre-mère de Dominique COSTERMANS

Editions Luce Wilquin

Ce roman fait partie de la sélection des 68 premières fois pour l'édition 2017 et pourtant il ne s'agit pas du premier écrit de cette écrivaine connue pour ses nouvelles. Elle a bénéficié de résidences d'auteurs pour le rédiger.


Tout commence avec une citation de François EMMANUEL, "L'oeuvre, une ombre plus fidèle que la biographie." semant le doute entre la fiction et la réalité. Dominique COSTERMANS s'est effectivement inspirée de faits réels pour l'écrire...


Nous sommes en mai 1969, il y a tout juste 48 ans, une petite fille, Lucie, est convoquée par ses parents pour la préparation de sa première communion, cette "première visite de Jésus dans son coeur". Sa mère lui présente une image pieuse servant de modèle. Il s'agit de celle d'Hélène Morgenstern célébrée en mai 1946. Qui est Hélène Morgenstern ? Quels liens avec sa propre famille ? Quelle influence sur sa propre vie ? Lucie, interpellée, va partir en quête du passé de cette enfant dont les premières traces apparaissent il y a une bonne vingtaine d'années. Nous étions à la fin de la seconde guerre mondiale !


Je ne vous en dis pas plus car il s'agit du sujet même de ce roman.


Lucie est la narratrice. Elle explique sa démarche :


Je l'écris pour Hélène. Je l'écrits contre son gré.

J'écris aussi cette histoire pour mes enfants. Je l'écris pour mettre à plat, comprendre, reconstituer, mettre de l'ordre. Pour transmettre. P. 19-20

Vous l'aurez compris, ce roman va alterner les passages dédiés aux recherches menées par Lucie et la vie d'Hélène découverte progressivement au  gré des pièces qui vont lentement trouver leur place dans le grand puzzle familial. Il va y avoir une alternance aussi dans le temps, avec chaque fois une génération d'écart. 


Et puis, il y a un mystère qui éveille tout de suite la curiosité de Lucie enfant, sa propre mère s'appelle Hélène. Y a-t-il un lien entre les deux femmes ? Un secret plutôt ? précieusement gardé ! Pourquoi cette intonation dans la voix de sa mère quand Lucie pose la question de qui est Hélène, ce ton employé comme voulant mettre un point final à l'échange, un ton qui ne semble pas laisser de discussion possible autour d'un passé de longue date resté caché. Il n'en faudra pas plus, bien sûr, pour susciter les convoitises de Lucie, les punitions dans la chambre de ses parents dont toute l'intimité semble servie sur un plateau doré ne feront que renforcer les vélléïtés de l'enfant à découvrir l'histoire d'Hélène.


La grande Histoire va ponctuer l'itinéraire d'Hélène, voire de Lucie. Elle va laisser des traces plutôt inavouées vous l'aurez compris. Pendant la seconde guerre mondiale qui s'invite régulièrement maintenant dans la littérature contemporaine que l'action d'écrvain.e.s s'évertue à montrer, il y a eu des résistants à l'image de Jeanne Heon-Canone magnifiée sous la plume de Aude Le Corff dans "L'importun", il ya eu des femmes dont l'amour supposé ou assumé pour des Allemands a été rappelé par Jacky DURAND avec "Marguerite", il y en a eu d'autres qui ont mené la vie d'ordinaires français percutée par les événements et le départ au front des maris comme Emélie et Muguette, les héroïnes du dernier roman de Valérie TONG CUONG "Par amour", il y a eu des structures pour emprisonner des êtres humains désignés comme les hommes et les femmes à exterminer comme le Camp de Gurs dénoncé par Diane DUCRET dans "Les indésirables", d'autres pour soigner comme le sanatorium d'Aincourt dont la mémoire est assurée par Valentine GOBY avec "Un paquebot dans les arbres", et puis, il y en a eu qui ont collaboré avec l'ennemi notamment dans le Nationalsozialistiche Kraftfahrkorps (NSKK), une organisation paramilitaire du parti nazi qui n'a pas recruté qu'en terres allemandes mais a aussi accueilli des volontaires étrangers.

 

Certains Belges y ont trouvé leur voie, c'est le cas de Charles Morgenstern. Comme d'autres juifs, il s'y est engagé pour servir l'occupant, celui dont les siens sont pourtant l'une de ses premières cibles. Mais pourquoi ?


Dominique COSTERMANS essaie d'en exposer les motifs :

 


[...] par opportunisme, par naïveté, par jeunesse, pour sauver leur peau, pour manger. P. 66

Quel passé bien lourd à porter pour les générations suivantes, c'est ce que la famille de Lucie essaie de surmonter au quotidien.


Ils savent cependant qu'ils avancent dans le passé comme des démineurs, les bras chargés de grenades dégoupillées. P. 100

La démarche de ce roman est à l'image de celle menée par Marie BARRAUD dans son 1er roman "Nous, les passeurs", publié également lors de cette rentrée littéraire de janvier 2017. 

Il n'en a toutefois pas la même construction. J'avoue avoir été parfois désarçonnée par la multitude de personnages dont les destins individuels sont imbriqués les uns dans les autres. L'arbre généalogique des dernières pages est indispensable pour donner une vision globale de la famille. L'émotion y a été moins forte aussi mais il n'en reste pas moins un roman puissant.


Je voudrais saluer le devoir de mémoire auquel l'écrivaine concourt et pour cette voix donnée à

 


toute une génération après la guerre, celle des rescapés, celle des revenus-de-l'enfer, celle des enfants cachés, celle des survivants. [...] Ils avaient survécu, leur souffrance était inaudible : on les priva de parole. Ou ils se résignèrent d'eux-mêmes au silence. P. 26

Avec ce roman, elle contribue aussi à offrir une certaine émancipation du passé à des générations qui en étaient privées :


Je sais que les secrets de famille se nourrissent dans l'ombre de nos inconscients, restreignant la part de liberté de ceux qui les subissent. P. 110

Quant à la plume, le nombre de citations révèle une grande qualité, des mots justes. Je voudrais maintenant accéder au registre des nouvelles de Dominique COSTERMANS.

Celle lecture s'inscrit dans le cadre de la sélection des 68 premières fois pour son édition 2017 :

Maestro de Cécile Balavoine *****

Marguerite de Jacky Durand *****

La plume de Virginie Roels ****

Mon ciel et ma terre de Aure Atika *****

Nous, les passeurs de Marie Barraud *****

Principe de suspension de Vanessa Bamberger *****

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie Kalfon ****

Presque ensemble de Marjorie Philibert ***

Ne parle pas aux inconnus de Sandra Reinflet *****

La téméraire de Marine Westphal *****

La sonate oubliée de Christiana Moreau ****

Cette lecture participe aussi au Challenge de la Rentrée Littéraire MicMelo de janvier 2017 ! 

 

Vermeer, entre deux songes de Gaëlle Josse *****

Maestro de Cécile Balavoine ***** Coup de coeur

Marguerite de Jacky Durand *****

Les indésirables de Diane Ducret ***** Coup de coeur

Mon ciel et ma terre de Aure Atika *****

Nous, les passeurs de Marie Barraud *****

Pour que rien ne s'efface de Catherine LOCANDRO *****

Principe de suspension de Vanessa BAMBERGER ****

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie KALFON ****

Coeur-Naufrage de Delphine BERTHOLON ***** Coup de coeur

Presque ensemble de Marjorie PHILIBERT ***

La baleine thébaïde de Pierre RAUFAST ****

L'article 353 du code pénal de Tanguy VIEL ****

Ne parle pas aux inconnus de Sandra REINFLET ****

La téméraire de Marine WESTPHAL *****

Par amour de Valérie TONG CUONG ***** Coup de coeur

La société du mystère de Dominique FERNANDEZ ****

L'abandon des prétentions de Blandine RINKEL ****

La sonate oubliée de Christiana MOREAU ****

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