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Articles avec #premier roman catégorie

2021-10-07T16:11:28+02:00

Le Monde qui reste de Pierre VERGELY

Publié par Tlivres
Le Monde qui reste de Pierre VERGELY

Ma #citationdujeudi est l'occasion de revenir sur premier coup de coeur de cette rentrée littéraire de septembre 2021 : "Le Monde qui reste" de Pierre VERGELY aux éditions Héloïse d'Ormesson.

Nous sommes au début de la seconde guerre mondiale, le 10 mars 1941. Tout commence avec cette arrestation. Charles Vergely, surnommé « Finch », a 18 ans. Il se rend pour épargner ses parents. Suivront des interrogatoires musclés. Il est transféré au Cherche Midi, puis au Fresne. Son quotidien est rythmé par les actes de torture mais il ne lâchera rien. Non, l'ennemi n'obtiendra pas le nom de celui qui a commandité cette lettre à partir pour Londres. Ni Charles VERGELY ne cèdera, pas même les autres prisonniers de son réseau. Les 17 accusés pour espionnage, aide à l’ennemi, opinions gaullistes… seront condamnés à mort par le tribunal militaire installé à proximité du Crillon à Paris. Dès lors, la vie prend une toute nouvelle dimension.

Dans ce premier roman, fort, troublant, j'ai profondément aimé le ton tendre et délicat, poétique, éminemment humain, en opposition aux mauvais traitements que subi Charles VERGELY, un homme que l'on pourrait qualifier d'ordinaire, devenu sous la plume de son fils, un personnage de roman.

Et puis, vous connaissez mon goût pour l'Histoire, celle que l'on n'apprend pas sur les bancs de l'école, non, celle que l'on découvre grâce à la littérature. Pierre VERGELY dresse le portrait d’un résistant et assure la mémoire de celles et ceux qui ont donné leur vie pour leur pays. A 18 ans, il fait preuve d'une maturité assez incroyable.

Pierre VERGELY fait ses premiers pas en littérature avec "Le Monde qui reste" en lice pour le Prix des Talents Cultura 2021. Je croise les doigts pour lui !

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2021-09-14T20:14:37+02:00

Le Monde qui reste de Pierre VERGELY

Publié par Tlivres
Le Monde qui reste de Pierre VERGELY

Éditions Héloïse D’ORMESSON 

 

Le premier roman de Pierre VERGELY, c'est un coup de coeur, l'occasion d'un nouveau clin d'oeil à Marie MONRIBOT et son "Coeur gros".

 

Nous sommes au début de la seconde guerre mondiale, le 10 mars 1941. Tout commence avec cette arrestation. Charles Vergely, surnommé « Finch », a 18 ans. Il se rend pour épargner ses parents. Suivront des interrogatoires musclés. Il est transféré au Cherche Midi, puis au Fresne. Son quotidien est rythmé par les actes de torture mais il ne lâchera rien. Non, l'ennemi n'obtiendra pas le nom de celui qui a commandité cette lettre à partir pour Londres. Ni Charles VERGELY ne cèdera, pas même par les autres prisonniers de son réseau. Les 17 accusés pour espionnage, aide à l’ennemi, opinions gaullistes… seront condamnés à mort par le tribunal militaire installé à proximité du Crillon à Paris. Dès lors, la vie prend une toute nouvelle dimension.

 

Avec ce roman historique, Pierre VERGELY rend hommage à son père, un soldat, un résistant, un jeune homme dont la maturité est redoutable.


Hier, avec mes camarades, nous avons gagné le plus grand des procès : nous avons acquis le pouvoir d’être tués pour nos idées. P. 74

Il n’a que 18 ans et pourtant, quel amour pour la patrie, quel sens du devoir ! Loin de ses parents, confronté à la haine de ses bourreaux, il garde la tête haute. Il est absolument incroyable de courage. S'il est abattu par l'ennemi, il veut pouvoir le regarder en face. Le pire des châtiments serait pour lui de mourir les yeux bandés.

 

Et puis, il y a la place du beau. Alors que tout n’est que misère, déchéance et insalubrité… Charles VERGELY mène une quête insatiable.


En caressant la beauté, l’imaginaire m’offre d’échapper à la laideur du temps présent. P. 121

C’est assez incroyable et pourtant… il a cette volonté et cette témérité qui font de lui quelqu'un d'exceptionnel. Pour surmonter la torture dont il était victime chaque jour, il avait choisi sa voie. Comme j'ai aimé ce passage sur les objets qu'il s'amuse à détourner de leurs usages. Ils ne sont pas nombreux dans la cellule mais à chacun, il porte une attention toute particulière et fait fonctionner son imagination pour lui trouver une nouvelle vocation, belle ou drôle bien sûr. Tout cela n'est qu'un jeu, n'est-ce pas !

 

Enfin, il y a la place des livres. Je n'ai bien sûr pas pu m'empêcher de noter toutes ces références distribuées à l'envi. Quelle émotion devant l'ouverture d'un colis reçu de sa mère dans lequel il trouvera savon, chaussettes tricotées et... "Jérôme 60°" de Maurice BEDEL. Si là n'est pas l'essentiel...

 

Chez les VERGELY, il y avait de l'amour, c'est certain. La relation de couple entre père et mère est nourrie de cette force que rien ne pourrait détruire, et puis, il y a celle de Charles entretenue alternativement avec son père et sa mère. Là, juste vous dire que j'ai été bouleversée par la lecture de quelques moments de complicité. Impossibilité de se toucher, de s'étreindre au parloir, il n'y a que les regards, mais quelle puissance ! 

 

Dans une plume tendre et délicate, le fils fait de son père un personnage de roman. Il dresse un portrait éminemment honorable d’un résistant et assure la mémoire de celles et ceux qui ont donné leur vie pour leur pays. Pierre VERGELY réussit à traiter un sujet grave avec humour, c'est la preuve de son immense talent.

 

Ce roman, c’est une prouesse littéraire, un premier roman EXTRAordinaire. Il fait partie de la présélection des Talents Cultura 2021 !

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2021-08-31T18:21:15+02:00

Simone de Léa CHAUVEL-LEVY

Publié par Tlivres
Photo de Simone copyright de Man RAY 1927

Photo de Simone copyright de Man RAY 1927

 
J’aime profondément découvrir le Paris des années 1920-1930. Mais si des romans font aujourd’hui la part belle aux hommes et femmes célèbres, j’aime aussi sortir des sentiers battus. C’est précisément ce que nous offre Léa CHAUVEL-LEVY avec son premier roman, « Simone ».
 
Simone Rachel KAHN vient de subir un avortement clandestin. Nous sommes en 1920. Elle a 23 ans, 10 de plus que ce terrible jour où elle a été violée sur le chemin de la boulangerie. Ces deux faits resteront cachés des siens. La haute bourgeoisie ne saurait accepter ces mésaventures. Et puis, l’histoire d’amour avec Voldemar est sans lendemain. Il part six mois aux Amériques. Enfin, Simone, jeune femme cultivée, passionnée de littérature, est promise à un fils de bonne famille. C’est pourtant pour André qu’elle va vibrer, André BRETON, l’un des « trois mousquetaires » comme ils sont appelés à l’époque. BRETON, SOUPAULT et ARAGON sont les fondateurs de la revue Littérature dans laquelle des toiles de Jean BRAQUE, PICASSO… sont publiées, comme des textes de Jacques RIGAUT, l’ami de Simone. Il n’en faudra pas plus pour que ce petit monde se croise, s’apprécie, se séduise… et s’énamoure.
 
Dans un roman construit en trois parties, Léa CHAUVEL-LEVY retrace cette année de l’existence de Simone qui la prédisposera à un mariage SURREALISTE. L’acceptation de cet homme, sans argent, par la haute société, n’a pas été sans heurt mais Simone fera preuve de persévérance et de conviction.
 
Ce roman, c’est une ode à la complicité de femmes. Il y a l’amitié avec Bianca MAKLES, il y a aussi tous ces moments passés par Simone avec Janine, sa soeur, Denise, sa cousine, dans la région strasbourgeoise, sous l’oeil attendri d’une tante, plus moderne et plus ouverte d'esprit que sa mère avec qui les relations sont particulièrement tendues.
 
Et puis, il y a cette histoire d’amour avec André, enfin, une histoire… dont Simone ne soupçonne pas l’issue., une histoire différente de ce qu’elle a pu vivre par le passé. Peut-être est-ce ça, l’amour ?
 


L’amour possède une emprise stupéfiante sur le temps, qui semble, parfois, le faire reculer. P. 136

Vous ne vivrez pas la fougue de Gabriële BUFFET et PICABIA avec leurs départs en trombe en voiture décapotable. Non, avec Léa CHAUVEL-LEVY, vous allez vivre au rythme lent de l'apprivoisement entre deux êtres que tout oppose. Avouons le, c’est un peu le choc des cultures entre Simone et André, ça méritait bien que leur relation démarre tout en douceur... 
 
L’amour que partagent Simone et André est singulière, c’est d’abord l’amour des mots, l’amour de la langue, l’amour de la littérature…


C’était pour ces moments d’osmose avec un texte qu’elle aimait tant la littérature : lorsque les mots se posent si parfaitement sur un état. P. 107

Léa CHAUVEL-LEVY fait de Simone un personnage de roman dont le portrait est brossé dans une plume raffinée. Les mots sont tendres, les phrases délicates, c’est assurément un beau roman historique, un roman original qui rend à Simone ce que BRETON lui doit !

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2021-07-30T11:40:00+02:00

Tu parles comme la nuit de Vaitiere ROJAS MANRIQUE

Publié par Tlivres
Tu parles comme la nuit de Vaitiere ROJAS MANRIQUE

Rivages

Traduit de l’espagnol par Alexandra CARRASCO

Voilà un premier roman bouleversant, découvert non pas avec les 68 Premières fois (et pour cause il est étranger) mais avec la team de Vleel

Devant le chaos et la ruine de mon pays, le Venezuela, j’ai pris la fuite pour sauver ma vie et celle de ma famille, mon compagnon Alberto et ma petite fille de 2 ans, Alejandra. Nous sommes seuls au monde. Nous n’avons plus rien. Nous cherchons une terre d’asile alors même que la pauvreté et la misère nous entourent. Je sombre. Je suis fatiguée. Je pers pieds. Les médecins, les psychiatres colombiens sauront-ils me sauver ?

Sur la base de mes paraphrases, vous l’aurez compris, ce premier roman de Vaitiere ROJAS MANRIQUE est écrit à la première personne du singulier.

Vous allez plonger dans l’introspection d’une jeune femme, d’une épouse, d’une mère, d'une Vénézuélienne, qui, en plein exil, déchirure, déracinement et quête de sérénité, nous confie ses émotions, ses sentiments, ses troubles, sa solitude aussi, largement amorcée avec l’incipit, une citation de Marguerite YOURCENAR extraite de « L’invention d’une vie » : « Solitude… Je ne crois pas comme ils croient, je ne vis pas comme ils vivent, je n’aime pas comme ils aiment… Je mourrai comme ils meurent. »

L’autrice choisit la forme épistolaire pour ces confessions, une correspondance adressée à un certain Franz (dont je ne vous confierai pas l’identité, ne comptez pas sur moi pour spolier l’effet de surprise), un pari audacieux et très réussi.

A travers l’écrit, le personnage principal nous livre son intimité marquée par l’effondrement à deux dimensions, celui d’un pays, Le Venezuela dont la ruine pousse plus d’un million de citoyens à le fuir en 2018, et celui de son identité propre, à elle, la narratrice mais aussi l’écrivaine. Vaitiere ROJAS MANRIQUE fait partie des victimes de la crise de ce territoire sud-américain et sait mieux que quiconque ce que les migrants peuvent vivre en quittant leur terre


Je me souviens encore du dernier jour que j’ai passé dans mon pays, avant le voyage. J’ai dit au revoir à ma ville, à ma région, et j’ai senti tout le poids de l’indifférence et de la ruine. P. 25

et en devenant des étrangers d’un ailleurs.

Ce récit est autobiographique. L'autrice s'est inspirée de son parcours personnel pour nous livrer ce premier roman. C’est un cri du coeur et du corps déchirant. C’est aussi une ode à l’écriture et son pouvoir d’exorciser les blessures et panser les plaies.

Merci Sandra de ce prêt.

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2021-04-24T06:00:00+02:00

Le Mal-épris de Bénédicte SOYMIER

Publié par Tlivres
Le Mal-épris de Bénédicte SOYMIER

Le bal des 68 se poursuit. Après :

"Les monstres de Charles ROUX"

"Le sanctuaire" de Laurine ROUX"

"Over the rainbow" de Constance JOLY

"Avant le jour" de Madeline ROTH

"Il est juste que les forts soient frappés" de Thibault BERARD

"Les orageuses" de Marcia BURNIER

"Ce qu'il faut de nuit" de Laurent PETITMANGIN

"Nos corps étrangers" de Carine JOAQUIM

"Avant elleJohanna KRAWCZYK

"Tant qu'il reste des îles" de Martin DUMONT

"Les coeurs inquiets" de Lucie PAYE

tous en piste pour "Le Mal-épris" de Bénédicte SOYMIER, accompagné par 

Je vous dis quelques mots de l'histoire :

Paul est un homme au corps rebutant, un vieux garçon de 45 ans, un parfait employé de La Poste dont il tient l'agence avec rigueur. Il a deux soeurs, Emilie et Rachel, qu'il a pour partie élevées. Il a un frère aussi. Il vit dans un appartement d'une petite résidence. Ses plus proches voisins, un jeune couple déménage. Il laisse place à Mylène, une jeune femme en pleurs. Paul soupçonne une rupture amoureuse. Il commence à l'observer par le filtre de son judas, noter tout ce qu'il sait d'elle dans un petit carnet, tout neuf, acheté rien que pour cet objet. Paul va commencer à rythmer sa vie sur celle de Mylène, l'attendre dans le hall pour ouvrir sa boîte aux lettres en même temps qu'elle, la frôler, s'enivrer de son parfum, et puis, un premier mot va sortir de sa bouche, une phrase aussi, une invitation à boire un verre, chez lui...
 
Vous comprendrez que je n'aille pas plus loin. Le décor est planté, tous les ingrédients rassemblés pour que le MAL fasse son petit bonhomme de chemin. 
 
De Bénédicte SOYMIER, je connaissais le blog "Au fil des livres" sur lequel elle partage les chroniques de ses lectures. Grâce aux 68 Premières fois et ce premier roman, j'ai découvert la puissance de la plume, chapeau !
 
Si le sujet des violences conjugales transcende aujourd'hui tous les genres littéraires, voire artistiques, et l'on ne peut que s'en féliciter, une manière de les dénoncer, il est à craindre le livre de trop. En tant qu'écrivain.e, s'y aventurer relève déjà du défi, alors pour une écriture en herbe imaginez... mais les éditions Calmann Levy lui ont fait confiance, et elles ont eu terriblement raison
 
"Le Mal-épris", c'est l'exploration du MAL dans ce qu'il a de plus machiavélique.
 
Il y a d'abord les comportements MALsains de Paul. Tout commence avec ce regard posé sur Mylène, par simple curiosité. Qui n'a pas porté un semblant d'intérêt à ses nouveaux voisins ? Oui, mais quand la curiosité vous prend dans sa nasse et qu'elle devient progressivement une attention, un désir, une obsession, là, danger ! Bénédicte SOYMIER décrit avec minutie les impacts sur l'esprit de son Paul. La vue de cette femme le hante, le tourmente, le rend malade. Quant au corps, là, c'est encore une autre dimension. Le charnel s'emballe, le lubrique devient irrésistible, le lascif impérieux, la simple vue de cette femme (et puis d'une autre) lui fait perdre la raison.


Il a oublié le parfum de l'amour, les frissons et l'envie, il ne sait plus, ni dans son corps, ni dans sa tête, ça lui échappe, mais il devine - la boule serrée sous son sternum, gonflée ou dégonflée au rythme des rencontres, la moiteur de ses paumes, les doigts gourds, frottés sur ses cuisses, et son coeur qui palpite, pressions, rétractations, le pouls heurté, au cou et aux poignets, qui file sous les tissus et pulse jusqu'aux oreilles. P. 24

Ce qui m'a obsédée (moi aussi) dans cette lecture, c'est la spirale infernale dans laquelle est tombé le personnage principal de ce premier roman. Bénédicte SOYMIER décrit avec minutie la lente mais irréversible trajectoire vers la violence. Si elle n'essaie pas d'excuser le bourreau (elle le dit très bien elle-même dans la vidéo des 68 Premières fois #3 - que je vous invite à regarder bien sûr), elle en dévoile les fractures.

Parce que Paul, c'est un MALaimé. Cette condition, il la traîne depuis sa plus tendre enfance. Alors, en vieillissant, avec la solitude comme boulet, les choses ne vont pas s'arranger. 


Il est ce que l'enfance a fait de lui, une histoire d'adultes défaillants et malfaisants, le produit de sa mère et de son père, le frère des petits, l'amant de Léa, le rejet de Mylène, il est ce qu'il n'a jamais voulu être, il est ce dont il veut s'affranchir pour vivre libre, l'esprit clair. P. 184

Sous la plume de Bénédicte SOYMIER, la psychologie du personnage est ciselée, tranchante, elle va MALmener. Mais ce n'est pas sur les faits de violence que l'écrivaine va insister. Bien sûr, elle va les décrire, mais le plus puissant est ailleurs, il est dans l'effet miroir de parcours chahutés. Jamais le proverbe "Qui se ressemble s'assemble" n'a été aussi bien illustré. Après Mylène, c'est Angélique qui trouve sa place dans un scénario sournois.


Lui dire son chagrin et la honte qu'il reçoit en miroir, son passé à l'épaule. P. 130

Parce que l'Homme est faible, dans sa médiocrité, son déshonneur, sa déchéance, il va trouver plus faible que soi. Il y a un rapport dominé/dominant absolument saisissant. Tout est affaire de profil en réalité !

Quant à la question qui tue :


Est-ce qu'on traine ses gènes malgré tout ? P. 130

Ce roman, certes il traite des violences conjugales, comme beaucoup d'autres, tellement d'autres. Mais celui-là est différent et ce qui fait principalement sa singularité, c'est le jeu de l'écriture. Bénédicte SOYMIER m'a foudroyée. A peine l'avais-je ouvert, à peine avais-je commencer à lire les premières pages que je me suis retrouvée piégée, sous l'emprise d'une plume. Si elle doute encore de la force de son propos, qu'elle soit rassurée, le talent est là !

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2021-04-23T06:00:00+02:00

La trajectoire de l'aigle de Nolwenn LE BLEVENNEC

Publié par Tlivres
La trajectoire de l'aigle de Nolwenn LE BLEVENNEC

Ma #vendredilecture est un premier roman découvert sur les conseils d'Hélène, "La trajectoire de l'aigle" de Nolwenn LE BLEVENNEC chez Gallimard.

En 2009, la narratrice a 26 ans quand elle rencontre Igor, de vingt ans son aîné. Avec lui, elle a deux enfants. Elle passe sa vie de journaliste à courir, son organisation est top chrono pour réussir à mener de front vie professionnelle et vie de famille jusqu'au jour où elle décide de s'attarder au travail et de boire un verre avec des collègues. Là, elle rencontre Joseph. Elle tombe sous le charme de cet homme. Il a son âge. Là commence une toute nouvelle histoire !

Ce roman, par la voie d'une expérience singulière, donne une dimension universelle à l'adultère en décryptant minutieusement son mécanisme.

Si la tragédie classique se divise en cinq actes, le théâtre moderne, lui, opte généralement pour quatre.

C'est dans cette composition que Nolwenn LE BLEVENNEC va progressivement dévoiler les rouages d'une liaison amoureuse, hors mariage, celle qui stimule, celle qui excite. Pourquoi ? Parce qu'elle brave l'interdit bien sûr.

Si le sujet est digne de la comédie de boulevard, l'écrivaine en fait tout un roman.

Le propos oscille entre humour et autodérision. Dès les premières pages, l'écrivaine donne le ton :


Moi il faut imaginer le tremblement cumulé des mains de tous les pensionnaires d'un EHPAD pour comprendre ce qu'il se passait à l'intérieur de mon corps. P. 39

En creusant la métaphore de "La trajectoire de l'aigle", Nolween LE BLEVENNEC nous propose une envolée lyrique, de quoi rire (ou pleurer).

Ce roman, c'est une manière originale de prendre de la hauteur, de regarder l'Homme dans ce qu'il a de plus faible. Faute avouée à demi pardonnée, non ?

De l'histoire, je n'en garderai pas un souvenir impérissable mais de "La trajectoire de l'aigle" peut-être. Les personnages ont défilé sous mes yeux, je crois que je pourrais les mettre en scène !

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2021-04-17T06:00:00+02:00

Les monstres de Charles ROUX

Publié par Tlivres
Les monstres de Charles ROUX

Les éditions Rivage

Les romans des 68, ils arrivent par la poste ou bien circulent « sous le manteau » entre angevin.e.s averti.e.s. Je ne connais rien de leurs sujets, ni des auteurs.rices qui les ont écrits (quoi de plus normal quand il s’agit de promo-romancier.e.s !). J’aime laisser les fées faire leur choix dans la rentrée littéraire et m’offrir le plaisir de marcher dans leurs pas.

Je ne lis pas non plus les 4èmes de couvertures depuis 2, 3, peut-être 4 années. Si avec « Les monstres » de Charles ROUX, j’avais décidé de faire une exception, my god, quel sacrilège !

Ce roman, si vous ne l’avez pas encore lu, d’abord, réjouissez-vous. Et puis, dites-vous que le jeu en vaut la chandelle.

Pour celles et ceux qui me connaissent (bien), vous vous dites que cette chronique ne me ressemble pas, que je tourne autour du pot (et quel pot ? Le chaudron d’une sorcière peut-être... qui sait ?) et vous avez sacrément raison. 

Je me la joue un peu à la Charles ROUX... mais la différence entre lui et moi, c’est que lui a du talent ! Avec presque rien, il vous dit presque tout ! Je sors de plus de 600 pages dont je me suis délectée. Ce roman, c’est une prouesse littéraire. Donc...

Je vous présente David, un homme, un mari, un père de famille, un businessman à qui tout réussit. Il vit dans le luxe, il brille, il rayonne. Il s’offre des orgies la nuit, fume, boit, se drogue et trompe sa femme, bref, il brûle la chandelle par les deux bouts, au risque de se brûler les doigts ! Et puis, il y a Alice, une femme ordinaire, célibataire endurcie, professeure d’histoire, qui mène une vie fade, sans excès, sans fioriture. Elle craint la nuit plus que tout. Au coucher du soleil, elle baisse les volets et ferme les rideaux. Elle vit recluse. Tout juste si elle s’offre une petite fantaisie, celle d’essayer de donner corps à une boule d’argile. Ses premières créations sont ramassées dans une boîte. Alice l’avoue, elle n’a pas de talent. Et pourtant... Enfin, il y a Dominique, un homme le jour, une femme la nuit. Dominique joue avec les codes, les apparences. La réussite est venue à lui, il est aujourd’hui propriétaire d’un cabinet de curiosités, il est à la tête de tout un tas de collections aussi hétéroclites qu’extravagantes. Il gère un restaurant d’une douzaine de couverts. Allez, à table !

Charles ROUX nous a cuisiné un festin.

En amuse-bouche, le jeu de l’écriture.  L’écrivain, par un stratagème tout à fait EXTRAordinaire et un peu de poudre de Perlimpinpin, va rebattre l’ensemble des cartes. Je ne vous en dis pas plus sauf que les petits fours sont succulents.

En entrée, Les personnages. J’y reviens. Charles ROUX en fait une approche psychologique ciselée. Si l’écrivain en écrit des pages sur ce qui fait d’eux ce qu’ils sont, tels qu’ils s’affichent aux autres, vous comprendrez qu’il prenne un temps insoupçonné à gratter le vernis d’un tableau trop bien brossé jusqu’à le faire craqueler. Là, plus rien ne peut lui résister. J’ai adoré.

Pour le plat de résistance (qui porte très bien son nom !), le jeu de la narration. Il est, lui aussi, époustouflant. Je ne vous ai pas tout dit. Il y a un personnage supplémentaire, une petite voix qui tutoie David, vouvoie Alice, et prend de la distance vis-à-vis de Dominique. Le travesti, elle regarde son jeu et le relate, pour en faire... un roman ! Loin de me désarçonner, ce plat, je l’ai savouré.

 

Pour le plateau de fromage, Charles ROUX a vu grand avec « Les monstres ». Il y en a pour tous les goûts : le golem, le zombie, le wendigo, la sorcière, le démon... bref, vous aurez le choix !
 
En dessert, le café est gourmand avec une grande diversité de desserts en version mignardises. 


J’ai beaucoup aimé le rapport au temps, nos souvenirs, notre mémoire...


Les atmosphères, hein, pas les moindres détails bien sûr, car ces fils qui te relient à un passé lointain se sont emmêlés. Trop nombreux, trop semblables, trop abimés, ils se sont mués en une boule impossible à détricoter. P. 284

et la longue réflexion autour de l’avenir des cabinets de curiosités, ces témoins de temps révolus. La page 121 (notamment) est remarquable. On pourrait élargir le sujet aux musées, bref, à tout ce qui raconte notre Histoire. À une autre échelle, il y a ce rapport qu'entretient l'individu au matériel. Les objets, les vêtements, les meubles de décoration... Charles ROUX nous offre de quoi méditer sur les reliques de nos petites histoires.

"Les monstres", c'est un roman social pour ce qu’il dit de notre monde moderne, un univers de la banque axé exclusivement sur les objectifs, l’occasion de pressuriser ses salariés sans modération, le monde de l’enseignement dans lequel des hommes et des femmes arrivent par défaut comme la voie royale de celles et ceux qui ont fait des études universitaires sans orientation claire. Il y a aussi la révélation de la solitude dans laquelle vivent beaucoup aujourd’hui, en particulier dans la capitale, là où l’urbanisme confine ses habitants dans quelques mètres carrés seulement, là où les transports circulent dans des galeries souterraines...

Le sujet des transgenres est aussi abordé à travers le portrait de Dominique. Derrière le cliché des paillettes et de la scène, d’autres réalités se cachent, celles de la vie quotidienne, de son identité, mais aussi des sujets éthiques autour de la mutation biologique.

Plus globalement, "Les monstres" est un roman qui interroge notre rapport à la norme. Il nous propose de faire le pas de côté. C’est de la magie, du surnaturel, appelez ça comme vous voulez, mais moi, j’ai succombé.

Et puis, l'écrivain explore le mensonge et là, l'approche est remarquable.

Le repas aurait pu être horrible comme on suppose que « Les monstres » le soient, il est en réalité profondément jubilatoire. C’est un hymne à l’authenticité, sa vraie personnalité, son « moi », c’est une ode à la liberté, une invitation à s’émanciper de nos enveloppes, nos apparences, pour, plus que vivre, EXISTER.

Dans une plume foisonnante, Charles ROUX invite ses personnages à porter leurs plus beaux habits. Il nous offre, à nous, un repas fastueux. 

Pour terminer en beauté, place au bal des 68. Pour la 11ème danse, un petit morceau de rap, ça vous dit ?

Retrouvez les autres romans de cette sélection 2021 :

"Le sanctuaire" de Laurine ROUX"

"Over the rainbow" de Constance JOLY

"Avant le jour" de Madeline ROTH

"Il est juste que les forts soient frappés" de Thibault BERARD

"Les orageuses" de Marcia BURNIER

"Ce qu'il faut de nuit" de Laurent PETITMANGIN

"Nos corps étrangers" de Carine JOAQUIM

"Avant elleJohanna KRAWCZYK

"Tant qu'il reste des îles" de Martin DUMONT

"Les coeurs inquiets" de Lucie PAYE

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2021-04-16T06:00:00+02:00

Un jour ce sera vide de Hugo LINDENBERG

Publié par Tlivres
Un jour ce sera vide de Hugo LINDENBERG

Christian BOURGOIS Editeur

Il y a eu cette soirée « Varions Les Éditions en Live » (Vleel) organisée par Anthony connu sous le doux nom de serial_lecteur_nyctalope avec Clément RIBES, Directeur de la maison d'édition, et puis cet échange avec Hélène. A chaque livre son histoire...

Un jeune garçon de 10 ans passe l’été chez sa grand-mère. Chaque jour, il joue sur cette même plage normande. Alors qu’il s’amuse à gratter une méduse avec un bâton, Baptiste s’invite à ses côtés. Il lui demande de la tuer !

Dans les romans, ce que j’aime, c’est l’instant de rupture. Là, un premier intervient très vite dans la prose de Hugo LINDENBERG, primo-romancier. 

Dans ce roman familial, j'ai adoré les passages autour de la relation que lie la grand-mère à son petit fils. Lui, lui voue un immense amour :


Mais je peux encore étirer le moment, l’observer, à condition de ne pas faire trop de bruit. C’est ma manière à moi de l’aimer. P. 59

Le regard qu'il porte sur cette femme est ingénu mais une relation s'établit à deux. Ce roman, plus globalement, c'est une manière d'approcher la grand-maternité et de la magnifier dans ce qu'elle a de plus sincère, de plus vrai, de plus beau.

Et puis, vous l’avez compris, il y aura un avant et un après cet été là. L’écrivain nous invite à passer deux mois dans la vie d’un enfant qui va vivre un parcours initiatique en vitesse accélérée. Cet été là, c'est le champ de tous les possibles qui s'offre à lui.

C'est là qu'il va découvrir la puissance de l’amitié avec Baptiste, faire des premières expériences, inoubliables.


Chaque seconde nous rapproche du moment où il faudra dévoiler plus de soi qu’on ne voudrait. P. 14

J'ai aimé décrypter le regard porté aux autres et la potentielle adoration qu'ils génèrent. Qui n’a jamais envié un.e plus grand.e que soi, qui n’a jamais sublimé la famille d’un.e autre, l’imaginant plus ci, plus ça, idéale quoi ! Je suis toujours fascinée par ce qui emporte l’adhésion au modèle ou au contraire la rébellion. Qu'est-ce qui fait qu'un enfant, confronté à des réalités autres que la sienne, finit par se dire que sa famille c'est la meilleure, ou au contraire, la pire ?

Et puis, ce qui m'interpelle toujours, c’est la juxtaposition de la sphère de l’intime avec celle publique, ce jeu de l'alternance de l’intérieur et de l’extérieur. Ce qui est acceptable à la maison, à l’abri des regards, devient l’objet de la honte sous le regard des autres, dehors, sur la plage. Comment un enfant appréhende-t-il les choses ? Comment se construit-il entre ces deux univers qui, tous deux, le happent à n'en plus finir ?

Dans ce roman, beaucoup de questions sont posées. Hugo LINDENBERG choisit de partager une certaine vision du monde par le filtre des yeux d’un enfant. La narration à la première personne du singulier, dans ce cadre précis, est loin d’être facile tant le risque de tomber dans la mièvrerie est grand. Mais là, la magie a opéré. J’ai aimé retrouver l’innocence des jeunes pousses, oublier qui je suis pour me laisser porter par la candeur des apprentissages.

La plume est belle. Ce premier roman est très réussi.

Merci Hélène ! Nul doute que lors de notre prochain book club, il sera évoqué...

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2021-03-27T09:11:44+01:00

Avant le jour de Madeline ROTH

Publié par Tlivres
Avant le jour de Madeline ROTH
 
Pour la 9ème danse de l'édition 2021 du bal des 68 Premières fois, on reste dans le registre de l'amour, du langoureux, du slow quoi !
 
Tout commence avec la vente d’un vélo d’appartement d’occasion, et puis, boum, le coup de foudre. Elle, elle a un grand garçon de 13 ans, lui, il a une femme, Sarah. Entre eux, l'histoire dure depuis quatre ans. Mais quelle histoire. Une histoire d'amour ? Une histoire de sexe ? Ce séjour prévu à Turin rien que pour eux, tous les deux, permettra peut-être de répondre aux questions qu'elle se pose. Mais, la vie n'est pas un long fleuve tranquille. Quelques jours avant le départ, un sms tombe, il l’informe du décès du père de Sarah, il ne s’envolera donc pas avec elle pour l’Italie. Et elle, s’envolera-t-elle ?
 
"Avant le jour", c'est un court roman, imprimé en gros caractères. Je vais essayer de ne pas rédiger une chronique qui soit plus longue que la prose de Madeline ROTH. Un vrai challenge !
 
Je vais en profiter pour casser le modèle habituel, je vais commencer par évoquer la qualité de la plume. Imaginez, il est 5h du mat, je suis réveillée, je lis, et me retrouve à faire une séance d’abdos... non, vous ne rêvez pas. Inlassablement je me relève plusieurs fois par page pour noter des citations. En fait, le livre n’en est qu’une !
 
Que de références de nouvelles lectures glanées aussi, et puis celle de cette toile...
Une jeune femme à la fenêtre de Dali (1925)

Une jeune femme à la fenêtre de Dali (1925)

Je ne vous en dis pas plus !
 
Les mots sont beaux, justes, percutants. Le propos est d’une grande sensibilité, il y a la dimension de la femme, de l’épouse, de la mère, de l’amante... et puis cette passion amoureuse pour un homme qui n’est pas libre.
 
Ce roman, c'est un hymne au désir, celui que voue une femme à un homme, loin d'elle. 


Je ne veux pas penser à ce sentiment du vide. Je ne veux pas que l'absence de Pierre sot ressentie comme cela, comme un vide. Je veux bien de l'impatience et de la peur, mais pas du sentiment de perte, du sentiment d'abandon. Je veux aller lentement. je veux être l'aube et le crépuscule, le doute et la certitude, je veux pouvoir être perdue et sourire. Et imaginer qu'il me voit, ici, perdue et souriante. P. 47

Madeline ROTH décrit avec beaucoup de minutie la manière qu’a l’absence de vous habiter, vous envahir, vous faire souffrir à en mourir !


Dire je crois que j'en crève de marcher à côté de ma vie, comme ça. Sans toi dedans. P. 12

L'absence vous empêche de voir... le reste du monde. Le voyage en Italie, c’est la partie visible de l’iceberg. Ce qui fait de ce roman sa singularité, c’est le voyage au coeur de l’intime de cette femme que le doute ronge à petit feu.
 
J’ai adoré l’accompagner sur 7 jours, ça peut paraître court à moins que ça ne soit très long...
 
Ce roman, c’est un peu comme les « finger » de cadbury de mon enfance. Quand on le lit, on aimerait en avoir plus, beaucoup plus... mais à bien y réfléchir, je crois qu'il ne fallait pas un mot de plus. Le jeu de l'écriture m’a captivée et puis, c'est tout ce qu'il suggère, à la fin, qui en fait un biscuit délicieux. Imaginez, vous êtes à table, il reste quelques miettes que vous allez lentement coller à votre doigt pour les savourer une à une et faire durer le plaisir...
 
comme les autres romans de cette sélection 2021 :

"Il est juste que les forts soient frappés" de Thibault BERARD

"Les orageuses" de Marcia BURNIER

"Ce qu'il faut de nuit" de Laurent PETITMANGIN

"Nos corps étrangers" de Carine JOAQUIM

"Avant elleJohanna KRAWCZYK

"Le premier Homme" de Raphaël ALIX

"Tant qu'il reste des îles" de Martin DUMONT

"Les coeurs inquiets" de Lucie PAYE

Et puis, il y a quelques notes de musique, celles du bal des 68 qui résonnent, on reste enlacés... à danser !

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2021-03-20T09:02:05+01:00

Il est juste que les forts soient frappés de Thibault BERARD

Publié par Tlivres
Il est juste que les forts soient frappés de Thibault BERARD

Place à la 8ème danse de l'édition 2021 du bal des 68 Premières fois, place à un slow, tout doux, tout tendre, empreint d'un immense amour...

 

Il y a des romans qui vous prennent à la gorge dès les premières lignes, assurément, celui de Thibault BERARD fait partie de ceux-là, "Il est juste que les forts soient frappés" chez les éditions de l'Observatoire.

Sarah, la narratrice, est morte à l’âge de 42 ans. Elle se remémore son adolescence, sa première histoire d’amour avec un homme de 15 ans de plus qu’elle, ses actes de bravoure à l’encontre de la grande faucheuse. Si elle ne l’a pas emmenée lorsqu’elle avait vingt ans, Sarah était persuadée qu’elle viendrait la chercher avant la quarantaine. Elle l’a toujours dit à Théo, son amour, son lutin. Elle n’était donc pas surprise quand, à 38 ans, alors qu’elle est enceinte de 7 mois de son deuxième enfant, un garçon, le couperet tombe avec l’annonce d’une tumeur cancéreuse très mal placée la menaçant de mort imminente. Théo s’est battu comme un fou pour sauver son moineau mais il n’était pas de taille, les dés étaient jetés, les jours comptés, impossible de reculer.
 
Ce roman, je vous vois déjà vous dire, il n’est pas pour moi, et pourtant ! Thibault BERARD, éditeur chez Sarbacane, nous livre un hymne à la vie. Largement inspiré de son histoire personnelle, le propos de ce livre ô combien audacieux est un petit bijou de la littérature. Thibault BERARD aurait pu en faire un essai à l’image de ce qu’a livré Mathias MALZIEU dans son "Journal d'un vampire en pyjama", il a décidé d’en faire une fiction et c’est somptueusement réussi.
 
En ouvrant ce livre, vous acceptez de monter dans l’ascenseur émotionnel parfaitement maîtrisé par l’écrivain, vous allez vivre d’intenses moments de bonheur, vous envoler très haut, et puis, vous allez vivre des moments de grand désespoir, tomber très bas. 

Loin du pathos que j’avais soupçonné, l’écrivain surfe sur les références musicales et cinématographiques pour ponctuer le roman de formidables bouffées d’air. Les respirations artistiques comme cette citation « Welcome home, Mister Bailey. » extraite du film de Frank CAPRA « La vie est belle », sont autant de moyens de quitter cette réalité qui les assaille.
 
Et puis, il y a ce brin de fantaisie, cette fraîcheur d’esprit, tout ce qu’un jeune couple peut vivre d’original, de drôle, de fantasque, se retrouve dans la plume de ce primo-romancier. 


J’ai eu le temps de m’imaginer en cellule humanoïde fonçant à travers les artères de mon propre corps, butant sur cette immense masse noire gélatineuse qui m’aplatissait un poumon et ma veine la plus vitale, celle qui pompait le sang jusqu’à mon cœur... P. 95

Les mots sont beaux, les phrases délicates et sensuelles, les métaphores joueuses, les personnages sublimés, les sentiments magnifiés, le livre profondément touchant.
 
Ce roman, c’est une magnifique histoire d’amour entre un homme et une femme, une complicité sans faille qui agit comme un cocon protecteur du monde :
 


Nos esprits dévastés se braillaient l’un à l’autre la même phrase par le canal du regard, en boucle, nous rendant sourds à tout ce qui nous entourait. P. 93

Théo, le lutin, et Sarah, le moineau, sont attendrissants à l’envie. Ils sont éminemment romantiques et ne peuvent que nous transporter avec l’euphorie, la fougue et l’énergie, qui les animent. 

Ce roman, c’est aussi un hymne à l’amitié. Le réseau d’amis proche résiste à tout, y compris la maladie. Il y a toute une galerie de personnages autour du couple, ils aident Sarah à vivre les événements, ils aident Théo à les surmonter.

Ce roman est d’une luminosité incroyable, il est porteur d’espoir dans tout ce qu’il a de plus beau.

Enorme coup de coeur.

Souvenez-vous des autres romans de cette sélection 2021 :

"Les orageuses" de Marcia BURNIER

"Ce qu'il faut de nuit" de Laurent PETITMANGIN

"Nos corps étrangers" de Carine JOAQUIM

"Avant elleJohanna KRAWCZYK

"Le premier Homme" de Raphaël ALIX

"Tant qu'il reste des îles" de Martin DUMONT

"Les coeurs inquiets" de Lucie PAYE

Maintenant, musique !

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2021-03-15T19:20:21+01:00

Mars au féminin, tapis rouge pour Delia OWENS

Publié par Tlivres
Mars au féminin, tapis rouge pour Delia OWENS

Dans les pas de Flo and books, et pour cette édition 2021 du mois de #marsaufeminin, j'ai choisi de dérouler le tapis rouge à Delia OWENS.

La plume de cette écrivaine, je l'ai découverte avec "Là où chantent les écrevisses" chez Seuil éditions, un formidable coup de coeur.

Ce premier roman a reçu un accueil retentissant aux Etats-Unis.

Nous sommes le 30 octobre 1969, un homme est retrouvé mort, dans le marais, au pied de la tour de guet. C'est le corps de Chase Andrews, le fils unique d'un couple connu à Barkley Cove pour sa réussite avec le garage, la Western Auto. Marié, beau garçon, Chase avait le monde à ses pieds. Le marais, c'était son terrain de jeu. Il y bravait les courants avec son hors-bord. Dans sa jeunesse, il avait passé beaucoup de temps avec Kya, une fille de son âge, abandonnée de tous dès sa plus tendre enfance. La première à quitter le foyer avait été sa mère. En 1952, n'en pouvant plus de recevoir les coups de son alcoolique de mari, Ma avait pris sa valise et, sous les yeux  de l'enfant, s'en était allée, sans se retourner. Et puis, ce fut le tour de la fratrie, même Jodie, le frère, n'avait pas résisté à l'attrait d'un ailleurs. Et encore, le père. Si, au début, il passait quelques nuits par semaine à la cabane, un jour, il n'était plus revenu. Enfin, Tate. Le garçon l'avait guidée un soir qu'elle s'était perdue. Leur amitié n'avait pas résisté aux études universitaires du jeune homme. Kya, qui n'avait que 7 ou 8 ans, avait d'abord vécu des vivres qu'il restait à la maison, et puis, elle avait dû prendre la barque du père, se rendre au village, échanger les moules, qu'elles ramassait à l'aube, avec quelques denrées de première nécessité. C'est là qu'elle avait fait connaissance avec Jumping et sa femme, Mabel. Lui, vendait du carburant pour les bateaux, elle, avait pris la petite de pitié, c'était la seule à voir dans la Fille du marais, un être humain, une enfant, celle que le village tout entier méprisait. Loin de tous, Kya avait voué un amour fou à la nature. Elle s'était gorgée des baignades en eaux douces, enivrée de la beauté des paysages et comblée de sa relation aux oiseaux. De là à penser que ça soit Kya qui ait tué Chase, il n'y a qu'un pas, à moins que...

Delia OWENS est une zoologue qui a consacré sa carrière à la nature et aux animaux, aux Etats-Unis, en Afrique pendant une vingtaine d'années. J'ai été émerveillée, je dois le dire, par les descriptions de la  faune et de la flore des marais. ll suffit de regarder la première de couverture pour s'en convaincre. Un grand échassier, un poisson dans son bec, se tenant droit, l'oeil fixe, occupe le premier plan. La feuille d'un arbrisseau, sortant de l'eau, s'y fait une place, aussi, avec des couleurs chatoyantes. Et puis, venue de nul part, cette main posée sur le cou de l'oiseau, une image surnaturelle ! Je la trouve somptueuse.

J'ai profondément aimé, aussi, accompagner Kya dans son parcours initiatique. "Là où chantent les écrevisses" est un roman d'apprentissage, c'est celui d'une enfant qui s'est construite dans la solitude. Kya, on la découvre à l'âge de 6 ans. Très vite, elle doit satisfaire ses propres besoins, à commencer par celui de manger. Et puis, elle va faire des rencontres. Il est beaucoup question d'apprivoisement dans ce roman, avec les oiseaux mais aussi avec les hommes. 

Enfin, je suis tombée sous le charme de la narration de ce roman. Il y a une alternance des temporalités, un pari audacieux, parfaitement réussi. Le temps défile, d'une part, à partir de 1952, date du départ de Ma, et d'autre part, 1969, date du décès constaté de Chase. Il y a une alternance du rythme aussi. Quand les journées paraissent une éternité à observer l'univers des marais, elles s'accélèrent avec l'enquête menée autour du meurtre présumé où là, chaque heure devient déterminante. 

Ce roman, c'est un page-turner, savamment ponctué par de la poésie. 

Pour ce livre, Delia OWENS s'est associée à Marc AMFREVILLE pour la traduction en français. Le résultat est grandiose.

Delia OWENS mérite bien son hashtag #femmesdelettresalhonneur (initié par Moonpalaace) tout comme Yoko OGAWA, Claire BEREST, Anne DE ROCHAS, Carine JOAQUIM,

et puis Alexandra KOSZELYK, Sandrine COLLETTE, Angélique VILLENEUVE, Louise MEY, Catherine ROLLAND, Carole ZALBERG, Marie CHARVET, Fatou DIOME, Adelaïde BON et Johanna KRAWCZYK.

 

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2021-03-13T10:38:25+01:00

Les orageuses de Marcia BURNIER

Publié par Tlivres
Les orageuses de Marcia BURNIER

Place à la 7ème danse de l'édition 2021 du bal des 68 Premières fois.

Après trois morceaux de hard rock, changement de tempo. Attention à toutefois ne pas baisser la garde. Le #premierroman de Marcia BURNIER chez Cambourakis éditions : "Les orageuses", est violent !

Il était une fois... on pourrait croire au conte de fées mais vous allez voir que l’on en est bien loin, à moins que la vengeance et la réparation ne soient un brin fabuleuses. 
 
Il était une fois, donc, un gang de filles, toutes des meufs violées, des filles dont les corps n'en font qu'à leur tête. Comment être bien dans sa peau quand vous avez été contraintes, souillées, pénétrées par des membres abjects ? Mia, Lucie, Leo, Lila, Inès... sont autant de femmes que la colère anime. Pourquoi la violence serait l’apanage des hommes ? Franchement, quelle question !  Ces femmes qui se ressemblent, donc, décident de faire communauté avec un objectif : se faire justice soi-même puisqu'elles ne peuvent compter sur les institutions pour leur rendre leur du. Et si elles réglaient d'abord leurs comptes avec leurs assaillants, leurs prédateurs ?
 
Vous l’aurez compris, le ton est ironique, un brin sarcastique.
 
Les violences faites aux femmes font l’actualité, dans les médias comme en littérature, au risque de banaliser un phénomène dont la gravité est sans bornes. Peut-être vous dites-vous d'ailleurs que ce roman est de trop et pourtant, il mérite que l’on s’y attarde, je vous assure.
 
Ce livre se structure autour d’un scénario burlesque, une manière de tourner en dérision tout ce qui agresse les femmes. Il m'a fait penser à "Une joie féroce" de Sorg CHALANDON. Marcia BURNIER a ce talent de vous surprendre, vous faire emprunter une voie que vous n'aviez pas imaginée.
 
Ce roman écrit par la co-fondatrice du zine littéraire féministe It’s Been Lovely but I have to scream Now est un propos militant, une manière de dénoncer la société dans tout ce qu’elle a de plus pervers.
 
J’ai été profondément touchée par la résonance du viol dans la chair et l’esprit de toutes ces femmes. L’approche du corps est d’une incroyable sensibilité.


À nouveau, elle avait pensé que son corps se dérobait. Elle avait mal quand elle se levait, elle avait l’impression d’être constamment recouverte de mille coupures à peine cicatrisées. P. 39

Il ne faut pas plus de cent quarante deux pages pour Marcia BURNIER pour vous embarquer. Je me suis surprise à rêver de descendre dans la rue, moi aussi, pour manifester, voire plus, regarder la face béate de ces hommes surpris du pouvoir des femmes. Tiens, ils ne l'avaient pas imaginé dans cette forme, les femmes n'ont plus d'ailleurs. Peut-être une affaire d'éducation...


Personne n’apprend aux filles le bonheur de la revanche, la joie des représailles bien faites, personne ne leur dit que rendre les coups peut faire fourmiller le cœur, qu’on ne tend pas l’autre joue aux violeurs, que le pardon n’a rien à voir avec la guérison. P. 101

Il y a des passages magnifiques sur l'art du tatouage et ce pourquoi certaines femmes s'y adonnent jusqu'à couvrir des pans entiers de leur corps, une certaine forme de rédemption.

Personnellement, je ne l'avais jamais abordé de cette manière, le propos est éclairant. Plus jamais je ne porterai le même regard sur les peintures réalisées sur le corps !


L’encre, c’était un peu comme des vêtements qui restaient, une armure, une mise à distance des autres. Au lieu de regarder le corps, les autres regardaient les tatouages, et Lucie avait arrêté de rentrer le ventre. P. 130

Quant au harcèlement de rue qui pourrait paraître bagatelle à certains, je crois que je ne pourrais plus le supporter. Il suffit de voir décrite la peur des femmes pour s'en convaincre...


Elle peste contre cette angoisse qui débarque quand la nuit tombe, quand elle recouvre tout, qu’elle rend les coins plus sombres et ses pas plus bruyants, les hommes menaçants et ses cris inaudibles. P. 12

La plume est belle, l’objet dérangeant.
 
La première de couverture est une œuvre d’art, vraiment. C'est la création de Marianne ACQUA, je vous invite à aller visiter son compte Instagram.
 
C’est avec des romans comme ceux-là que la société changera, j'en suis certaine. Marcia BURNIER donne la parole à des invisibles, elle se fait le relais des "sorcières", ces personnages des contes de fées réhabilités par les féministes dans les années 1970, tiens, le conte de fée, on n'en était pas si éloigné.e.s finalement, et puis avec les 68, tout peut arriver, non ? 
 
Souvenez-vous des autres romans de cette sélection 2021 :

"Ce qu'il faut de nuit" de Laurent PETITMANGIN

"Nos corps étrangers" de Carine JOAQUIM

"Avant elleJohanna KRAWCZYK

"Le premier Homme" de Raphaël ALIX

"Tant qu'il reste des îles" de Martin DUMONT

"Les coeurs inquiets" de Lucie PAYE

Maintenant, musique !

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2021-03-12T21:52:31+01:00

Mars au féminin, tapis rouge pour Anne DE ROCHAS

Publié par Tlivres
Mars au féminin, tapis rouge pour Anne DE ROCHAS

Dans les pas de Flo and books, et pour cette édition 2021 du mois de #marsaufeminin, j'ai choisi de dérouler le tapis rouge à Anne DE ROCHAS.

Cette plume, je l'ai découverte en août dernier avec un premier roman, "La femme qui reste" publié aux éditions Les Escales, un roman historique.

Ils sont cinquante hommes et femmes dont Anne de ROCHAS assure la mémoire. Inspirée de faits réels, elle nous livre dans les toutes dernières pages quelques éléments de biographie qui viendront renforcer la véracité du propos, l'occasion aussi pour moi de (re)découvrir des itinéraires d'Artistes tout à fait extraordinaires. 

Plus qu'une école d'art, le Bauhaus, c'est un courant de pensée. C'est d'ailleurs à ce titre que le régime en place les a fichés comme les instigateurs de "l'art dégénéré". Devant l'oppression du nazisme, beaucoup ont choisi de migrer. Certains réussiront à échapper aux griffes du Führer, d'autres auront des destins plus tragiques. Avec "La femme qui reste", c'est l'occasion de décrypter une époque, celle de l'euphorie artistique, du pas de côté.

La littérature offre cette possibilité de revisiter la grande Histoire, et avouons que Anne de ROCHAS, dans ce premier roman, l'assure tout en beauté. Je me suis délectée des 463 pages de "La femme qui reste", un livre foisonnant dans une plume d'une éblouissante poésie. Chaque mot est savamment choisi.

Je crois que Anne DE ROCHAS mérite bien son hashtag #femmesdelettresalhonneur (initié par Moonpalaace) tout comme Carine JOAQUIM,

et puis Alexandra KOSZELYK, Sandrine COLLETTE, Angélique VILLENEUVE, Louise MEY, Catherine ROLLAND, Carole ZALBERG, Marie CHARVET, Fatou DIOME, Adelaïde BON et Johanna KRAWCZYK.

Mars au féminin, tapis rouge pour Anne DE ROCHAS

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2021-03-11T07:00:00+01:00

Mars au féminin, tapis rouge pour Carine JOAQUIM

Publié par Tlivres
Mars au féminin, tapis rouge pour Carine JOAQUIM

Dans les pas de Flo and books, et pour cette édition 2021 du mois de #marsaufeminin, j'ai choisi de dérouler le tapis rouge à Carine JOAQUIM.

Cette plume, je l'ai découverte très récemment avec un premier roman, "Nos corps étrangers" repéré par les fées des 68 Premières fois

En ouvrant ce livre, vous acceptez de tendre vers le chaos mais à pas mesurés.

J’ai été fascinée par le personnage d’Elisabeth, la mère de Maëva, une femme partagée entre son statut d’épouse et de mère, qui va progressivement s’en émanciper pour se réaliser.
 
Le plus fort, à n'en pas douter, c’est la chute, absolument effroyable, une chute que je n'avais pas soupçonnée mais qui dévoile à quel point nos corps peuvent devenir des étrangers.
 
Ce roman, c’est une lecture coup de poing de cette édition 2021, servie par une plume talentueuse.

Si j’en suis sortie épouvantée, j’ai pourtant aimé que Carine JOAQUIM porte un regard particulier sur des sujets éthiques du moment, l’accueil et l’intégration en milieu scolaire de personnes porteuses de handicap, la définition de l’âge des migrants isolés avec l’éventualité de tests osseux...
L’écrivaine est enseignante, peut-être a-t-elle puisé son inspiration dans ce qu’elle côtoie au quotidien ? Dans tous les cas, elle permet à des problématiques de sortir des établissements scolaires et de nous être servies sur un plateau doré, à nous maintenant de les MEDITER !

Je crois que Carine JOAQUIM mérite bien son hashtag #femmesdelettresalhonneur (initié par Moonpalaace) tout comme Alexandra KOSZELYK, Sandrine COLLETTE, Angélique VILLENEUVE, Louise MEY, Catherine ROLLAND, Carole ZALBERG, Marie CHARVET, Fatou DIOME, Adelaïde BON et Johanna KRAWCZYK.

Mars au féminin, tapis rouge pour Carine JOAQUIM

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2021-03-10T19:19:13+01:00

Mars au féminin, tapis rouge pour Johanna KRAWCZYK

Publié par Tlivres
Mars au féminin, tapis rouge pour Johanna KRAWCZYK

Dans les pas de Flo and books, et pour cette édition 2021 du mois de #marsaufeminin, j'ai choisi de dérouler le tapis rouge à Johanna KRAWCZYK.

Cette plume, je l'ai découverte très récemment avec un premier roman, "Avant elle" repéré par les fées des 68 Premières fois

C’est une lecture coup de poing. J’ai l’impression d’être montée sur un ring et d’avoir été passée à tabac.
 
D’abord, il y a la vie de Carmen, ses souffrances, son « obsidienne » qui la tenaille. Je suis tombée dès les premières pages dans le piège de la psychiatrie tendu par l’autrice, Johanna KRAWCZYK. Tout mon corps s’est mis à vibrer aux soubresauts de Carmen.
 
Et puis, il y a l’histoire, le scénario. Imaginez, vous avez 36 ans et vous ne connaissez quasiment rien de votre famille, vous êtes en quête d’identité. Votre mère a disparu dans des conditions inexpliquées. Votre père a toujours été un taiseux, rien à tirer de lui.

Enfin, il y a la narration. Johanna KRAWCZYK alterne judicieusement le propos à trois voix. Il y a les passages extraits des carnets de son père qui dévoilent son passé. Il y a les paroles de Carmen adressées à son père, un peu comme s’il était encore vivant et qu’elle pouvait converser avec lui. Enfin, il y a la petite voix  intérieure de Carmen, celle de l’intime, celle qui la torture, lui vrille les tripes, celle qui la tyrannise.

La construction est habile et audacieuse, le pari réussi. La chute est vertigineuse !

Je sors de ce premier roman foudroyée par la puissance du propos. « Avant elle » n’est rien d’autre qu’une bombe... de mots !

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2021-03-06T07:00:00+01:00

Ce qu’il faut de nuit de Laurent PETITMANGIN

Publié par Tlivres
Ce qu’il faut de nuit de Laurent PETITMANGIN

Jamais 2 sans 3 ! Nouvelle lecture coup de poing de l'édition 2021 du bal des 68 Premières fois. Après, 

"Nos corps étrangers" de Carine JOAQUIM

"Avant elleJohanna KRAWCZYK

me voilà de nouveau à terre !

Fus est un jeune garçon passionné de football et reconnu pour ses qualités sportives dans le club du village. Son père l'accompagne aux matches le dimanche matin. C'est le rendez-vous, un lieu de rencontre des copains, comme un rituel qui tient toute sa place dans une journée de collégien qui se poursuit avec la visite de la moman à l'hôpital. Elle est malade d'un cancer. Trois années durant, Fus et son père seront au chevet d'une femme battue par la maladie. Quand elle s'éteint, Fus s'occupe de son jeune frère, Gillou, pendant que leur père travaille de nuit à la SNCF. Le premier été suivant la mort de la moman, les trois garçons partent en vacances en camping. Il n'y aura qu'une année tous ensemble. Fus grandit, il a de nouveaux copains, d'autres plans. Et puis rapidement, c'est l'engrenage, la distance prise avec Jérémy, son pote d’enfance,  un retour à la maison avec un bandana affichant une croix celtique, et puis, l’impossibilité à communiquer d'homme à homme, et puis, l’extrême, l’irréparable... 

La narration de ce roman est à la première personne du singulier.

Derrière le je, il y a un homme, un Français du 54, un employé de la SNCF, un supporter du FC Metz, qui s'exprime dans une langue un brin populaire, qui dévoile ses états d'âme comme une confession. Le texte est au présent, un peu comme si le narrateur nous dévoilait son journal intime au fil des années.

Derrière le je, il y a un veuf. Sa femme est décédée. Elle l'a laissé seul. Il n'y a pas eu d'élan de tendresse, de complicité amoureuse, de gestes passionnés. Elle est partie comme elle a enduré la maladie, avec fatalisme. Il s'évertue pourtant à penser qu'elle serait fière de lui...


La moman m’habitait dans ces moments, je pense qu’elle était contente de la façon dont je gérais l’affaire. P. 95

Derrière le je, il y a un père, un être qui se sent responsable, en charge de deux garçons. C'est quelqu'un qui gère le quotidien avec ses armes. Les mots et les grands discours, c'est pas son truc, mais quelle preuve d'amour ! Bien sûr, s'il n'avait pas été directement concerné par l'affaire, il aurait pris de la distance, il se serait peut-être même exprimé, mais là... c'est un peu comme une déferlante qui s'abat sur lui. Il est tétanisé par la gravité des faits et rongé par un sentiment de culpabilité.


Un réflexe de vieux, poussif à ne plus en pouvoir, mais j’avais agi en père dont le fils était en danger. P. 10

A travers cet itinéraire familial, c'est un roman social, celui de la désillusion d'une famille, de la mort d'une industrie, d'une région aussi. 

Laurent PETITMANGIN, à défaut de comprendre, tente d'expliquer, par l'exemple, la montée du populisme, l'adhésion à une idéologie de haine, l'expression par les poings.

A la naissance, tous les bébés se ressemblent, leurs destins seront pourtant fondamentalement différents. C'est aussi la paternité qui est explorée dans une famille monoparentale, la jeunesse d'un enfant bafouée, le deuil, l'adolescence, cette période de toutes les prises de risques, de vulnérabilité aussi.


Que toutes nos vie, malgré leur incroyable linéarité de façade, n’étaient qu’accidents, hasards, croisements et rendez-vous manqués. Nos vies étaient remplies de cette foultitude de riens, qui selon leur agencement nous feraient rois du monde ou taulards. P. 171

Je me suis rapidement retrouvée piégée par le jeu d'écriture de l'auteur. La pression a monté, mon indignation aussi. J'ai senti mon coeur se serrer et puis la digue a lâché. Je me suis retrouvée à fondre en larmes sur les toutes dernières pages, la chute est magistrale.

La plume, je l'ai dit, elle est un brin populaire, ça ne l'empêche pas d'être empreinte d'une tendresse profonde et d'une force inouïe.

Chapeau Monsieur PETITMANGIN pour le contenu de l'histoire, la qualité du scénario.

Chapeau aussi à La Manufacture de livres, il fallait oser.

"Ce qu'il faut de nuit" de Laurent PETITMANGIN

tout juste lauréat du Prix Libr'à nous,

également le grand gagnant des Prix Stanislas et Femina des Lycéens,

est en lice pour le Prix Saint-Georges du Premier roman organisé par la Librairie de Pithiviers avec

"Avant elleJohanna KRAWCZYK

"Le premier Homme" de Raphaël ALIX

Que le meilleur gagne !

 

Au bal des 68 Premières fois, "Ce qu'il faut de nuit" de Laurent PETITMANGIN succède à :

"Avant elle" de Johanna KRAWCZYK

"Tant qu'il reste des îles" de Martin DUMONT
"Les coeurs inquiets" de Lucie PAYE

"Nos corps étrangers" de Carine JOAQUIM

on reste dans le registre du hard rock. Je vous propose "Demon Fire" du groupe AC/DC...

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2021-03-04T13:05:08+01:00

Mars au féminin, tapis rouge pour Marie CHARVET

Publié par Tlivres
Mars au féminin, tapis rouge pour Marie CHARVET

Dans les pas de Moonpalaace, et pour cette édition 2021 du mois de #marsaufeminin, j'ai choisi de dérouler le tapis rouge à Marie CHARVET, autrice d'un premier roman qui fait la place belle à la musique : "L'âme du violon" chez GrassetAllez, en piste !

Nous sommes en 1600, en Italie du Nord, à Brescia, Giuseppe travaille chez son maître luthier, Giovanni Maggini. La notoriété des artisans d'art est telle qu'ils réalisent régulièrement des travaux pour le comte de Cagliostro. La dernière commande porte sur un violon d'exception avec lequel la fille du comte jouera lors de la prochaine réception. La musique, c'est aussi la passion de Lazlo, un jeune tzigane de Nogent-sur-Marne. Nous sommes dans les années 1930, le garçon est élevé par son oncle Nathanaël. Il a pris son neveu sous son aile, sa mère a été exclue de la communauté par avoir flirté avec un gadgo, un père que l'enfant n'a jamais vu. C'est certain, il est différent des autres, il n'a pas le commerce dans la peau, mais la musique, oui, un véritable don. La différence, c'est aussi à cela qu'est confrontée Lucie qui occupe une chambre de bonne dans le quartier des Batignolles à Paris. Depuis toute petite, elle s'est distinguée de sa soeur, Iris, bien comme il faut. Lucie, elle, a besoin de liberté, de sortir du cadre. Quand elle a fait le choix d'apprendre les Beaux-Arts, c'était la goutte d'eau dans un vase déjà bien rempli, ses parents ont coupé les ponts. De sa famille, elle ne voit plus que sa grand-mère, Marguerite. Elle habite Lyon, elle a plus de quatre-vingt-dix ans aujourd'hui mais elle fut la première femme française à exercer le métier de musicienne. L'art, elle connaît. Grand-mère et petite-fille entretiennent une relation de complicité extraordinaire. Quant à Charles, il partage sa vie entre Paris et New-York. Elève surdoué, il s'est orienté vers Polytechnique. Chef d'entreprise, il investit et se prépare à l'entrée en bourse de sa société. Dans sa vie, il avait tout ou presque. C'est à 20 ans qu'il s'est retrouvé un peu par hasard à entrer dans l'église de Saint-Eustache de Paris au moment d'un concert, il s'est découvert une passion pour la musique. Perfectionniste, il s'est constitué une culture hors pair sur le sujet et découvre un nouveau terrain de jeu, financier.

Dans "L'âme du violon", vous l'aurez compris, Marie CHARVET nous brosse une galerie de portraits, des hommes, des femmes, tous passionnés par la musique. L'écrivaine nous fait voyager à travers les siècles, depuis la création d'instruments rares largement convoités encore aujourd'hui pour la qualité du son qu'ils continuent de produire. J'ai été émerveillée par les descriptions de l'atelier de Giuseppe, le travail artisanal, l'amour du matériau, noble, le bois. 

"L'âme du violon", disponible en poche chez J'ai lu

 

est d'une construction implacable.

Au rythme des premières notes, vous ferez vos premiers pas sur la piste de danse, prendrez vos repères au bras de l'écrivaine et vous laisserez bientôt transporter par le charme de la plume. Vous en sortirez enivré.e.

Marie CHARVET mérite bien son hashtag #femmesdelettresalhonneur 

après

Angélique VILLENEUVE

Fatou DIOME

Adélaïde BON

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2021-02-27T07:00:00+01:00

Avant elle de Johanna KRAWCZYK

Publié par Tlivres
Avant elle de Johanna KRAWCZYK

Il y a des romans dont les premiers signes sont avant-coureurs.
 
"Avant elle" commence avec cette citation 
 
"Nous portons tous en nous une maison effondrée, tu ne crois pas ! Dis-moi ce qui te manque, cave ou grenier, quelle paroi vacille en toi, quel plancher, où se planquent tes termites et tes araignées, tes lézardes et ton salpêtre, où sont tes débarras, tes issues de secours et tes portes condamnées, ta chambre obscure, tu la connais ? Et ta pièce vide ?"
 
extraite de "La Folie Elisa" de Gwenaëlle AUBRY, un livre dont la lecture m'avait terrassée ; je ne pouvais qu'en sortir K.O., non ?
 
Carmen a 36 ans, elle est amoureuse de Raphaël. Tous deux sont les parents d’une petite fille, Suzanne. Carmen est Maîtresse de conférence, spécialiste de l’Amérique Latine. Son père est mort d’un AVC il y a un an et sept mois, sa mère, elle, s’est suicidée quand elle n’avait que 11 ans. Carmen va de mal en pis. Dans le jargon de la psychiatrie, elle est classée TPB, elle souffre des troubles de la personnalité borderline, elle est hypersensible et alcoolique. Un jour, Carmen reçoit un appel téléphonique. Le contrat d’un box de garde-meubles arrive à échéance, elle doit le vider, sinon les biens seront détruits. Quand Carmen arrive sur place, elle découvre que le box ne contient qu’un bureau ancien, un fauteuil et une lampe. Les tiroirs du bureau sont vides. Elle décide de le faire livrer chez elle, un copain s’en charge. A force de persévérance, Carmen trouve une petite clé et dans un des pieds du meuble une boîte avec tout un tas de documents, des photos, des carnets. Ils sont écrits de la main de son père. Elle commence à les lire, elle sombre. Raphaël n’en peut plus, il lui fixe un ultimatum. Elle doit s’en sortir si elle veut poursuivre sa vie avec lui et leur enfant. Carmen consacre ses jours, ses nuits, à découvrir l’histoire familiale, une histoire singulière intimement liée à la grande Histoire de l’Argentine, un scénario de pure folie !
 
Ce premier roman, c’est une lecture coup de poing. J’ai l’impression d’être montée sur un ring et d’avoir été passée à tabac.
 
D’abord, il y a la vie de Carmen, ses souffrances, son « obsidienne » qui la tenaille. Je suis tombée dès les premières pages dans le piège de la psychiatrie tendu par l’autrice, Johanna KRAWCZYK. Tout mon corps s’est mis à vibrer aux soubresauts de Carmen.
 
Et puis, il y a l’histoire, le scénario. Imaginez, vous avez 36 ans et vous ne connaissez quasiment rien de votre famille, vous êtes en quête d’identité. Votre mère a disparu dans des conditions inexpliquées. Votre père a toujours été un taiseux, rien à tirer de lui.


Le mensonge protège là où la vérité foudroie, pourquoi faudrait-il toujours que la vérité triomphe ? P. 101

Même si Carmen s’interroge, elle sait qu’elle ne peut résister devant l’appât des confessions. Partir à la découverte des carnets et de tout ce qu’ils dévoilent relève du jubilatoire. Le roman devient un véritable page turner, je n'ai moi-même pas pu résister !
 
Le contexte historique creuse encore l'abîme, la dictature argentine, ces périodes finalement universelles où les hommes deviennent des héros... ou des salauds. Je ne vous en dirai pas beaucoup plus, juste que cette lecture a fait resurgir le souvenir de "Mapuche" de Caryl FEREY !
 
Au fur et à mesure des révélations, le corps de Carmen encaisse, se débat, s’écrase, se relève, se brise. Sous la plume de Johanna KRAWCZYK, les uppercuts sont violents.


Cette différence de perception m’effraie souvent. Un événement peut être insignifiant pour l’espèce humaine et, dans un même espace-temps, le drame d’un individu. P. 74

Enfin, il y a la narration. Johanna KRAWCZYK alterne judicieusement le propos à trois voix. Il y a les passages extraits des carnets de son père qui dévoilent son passé. Il y a les paroles de Carmen adressées à son père, un peu comme s’il était encore vivant et qu’elle pouvait converser avec lui. Enfin, il y a la petite voix  intérieure de Carmen, celle de l’intime, celle qui la torture, lui vrille les tripes, celle qui la tyrannise.

La construction est habile et audacieuse, le pari réussi. La chute est vertigineuse !


Elle s’est envolée et a laissé à sa place une pierre qui me tranche les tripes comme un silex. P. 75

Je sors de ce premier roman foudroyée par la puissance du propos. « Avant elle » n’est rien d’autre qu’une bombe... de mots !

A ceux qui ne savent pas encore ce que représente la littérature pour moi, et ce roman en particulier, j’emprunte à Johanna KRAWCZYK cette citation :


Votre passion commune, votre luxe, c’était la littérature. Monsieur Martín t’en parlait comme d’un membre de sa famille, il te disait qu’elle était généreuse, qu’elle savait accueillir toutes sortes de récits en son sein, et que ce qu’il vénérait par-dessus tout, c’était quand la langue éclatait. Une bombe de mots qui te propulse dans un autre monde. P. 73

Au bal des 68 Premières fois, "Avant elle" succède à

"Tant qu'il reste des îles" de Martin DUMONT
"Les coeurs inquiets" de Lucie PAYE

"Nos corps étrangers" de Carine JOAQUIM

Après quelques notes de guitare et puis une danse pop, place à un morceau de hard rock avec "You're A Lie" de Slash... Allez, musique !

"Avant elle" est en lice pour le Prix Saint-Georges du Premier roman organisé par la Librairie de Pithiviers. Il est en lice avec

"Ce qu'il faut de nuit" de Laurent PETITMANGIN

"Le premier Homme" de Raphaël ALIX

Que le meilleur gagne !

 

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2021-02-20T07:00:00+01:00

Nos corps étrangers de Carine JOAQUIM

Publié par Tlivres
Nos corps étrangers de Carine JOAQUIM

La Manufacture de Livres

L’édition 2021 du bal des 68 Premières fois continue. Après quelques notes de guitare pour accompagner

"Tant qu'il reste des îles" de Martin DUMONT
et
"Les coeurs inquiets" de Lucie PAYE

 
changement de registre. Je vous propose « Dance Monkey » de Tones and I pour accompagner "Nos corps étrangers" de Carine JOAQUIM, un premier roman publié chez La Manufacture de Livres, la maison de Laurent PETITMANGIN avec "Ce qu'il faut de nuit" et Franck BOUYSSE "Né d'aucune femme". Si vous connaissez un peu cette maison d'édition, vous savez à peu près à quoi vous attendre, pour les autres, vous allez plonger dans un roman noir.
 
Tout commence avec les funérailles de la grand-mère paternelle de Maëva. Cette adolescente parisienne se serait bien passée de ces quelques jours d'absence en pleine rentrée scolaire dans un collège de campagne. Ses parents ont eu la très mauvaise idée de vouloir quitter Paris pour acheter un pavillon avec jardin et dépendance, de quoi aménager un atelier à Elisabeth, sa mère qui souhaite se consacrer à la peinture. Stéphane, le père de Maëva, fera les trajets pour se rendre au bureau mais il doit bien ça à son épouse. Dans le couple, ce n'est pas la folie mais il s’offre un nouveau départ. Son harmonie, à peine retrouvée, va toutefois prendre du plomb dans l'aile avec sa fille qui a quelques difficultés à s'intégrer et va s'amouracher d'un garçon, noir, de la classe. L’adolescente prend ses aises, joue dans le registre de l'insolence jusqu'à un acte odieux, irréparable. Mais c'est là que pour tous démarrent une nouvelle histoire...
 
En ouvrant ce livre, vous acceptez de tendre vers le chaos mais à pas mesurés.
 
Je vous ai dit quelques mots de la situation de Maëva. Par la singularité du personnage de roman, Carine JOAQUIM évoque des comportements adolescents d'aujourd'hui, connectés aux réseaux sociaux, abreuvés de vidéos abjectes et parfois prises à l’insu des êtres dont la vie ne tient plus qu’à un clic. L'écrivaine brosse le portrait d'une jeunesse que rien n'arrête, une génération portée par un élan d'invincibilité, influencée par les fréquentations du moment, une génération exposée à tous les dangers. Les gens changent, les générations se succèdent et ont sensiblement les mêmes travers mais avec internet, la prise de risque est décuplée, peut-être le nouveau fléau de notre société.
 
A ce parcours chahuté de Maëva, s'y greffent des vies d'adultes nourries d'infidélité, de perfidie et de tromperie, des adultes qui, eux aussi, semblent chercher leur voie. La fragilité et la quête d’amour ne sont pas l’apanage de la jeunesse, loin de là. Les corps de Stéphane et Elisabeth en rêvent aussi. Ils veulent du charnel, de la sexualité, mais la vie n’est pas si simple, et les individus tentent parfois leur chance à l’extérieur du cocon familial pour assouvir leurs besoins.


Quelques heures durant, ils étaient seuls, ils étaient libres, rien que des âmes flottant dans des corps enfiévrés, profitant d’une renaissance dont ils sortaient, sans vraiment le savoir, un peu plus transfigurés à chaque fois. P. 121

Là aussi, attention, danger !
 
J’ai été fascinée par le personnage d’Elisabeth, la mère de Maëva, une femme partagée entre son statut d’épouse et de mère, qui va progressivement s’en émanciper pour se réaliser.
 
Le plus fort, à n'en pas douter, c’est la chute, absolument effroyable, une chute que je n'avais pas soupçonnée mais qui dévoile à quel point nos corps peuvent devenir des étrangers.
 
Ce roman, c’est une lecture coup de poing de cette édition 2021, servie par une plume talentueuse. Si j’en suis sortie épouvantée, j’ai pourtant aimé que Carine JOAQUIM porte un regard particulier sur des sujets éthiques du moment, l’accueil et l’intégration en milieu scolaire de personnes porteuses de handicap, la définition de l’âge des migrants isolés avec l’éventualité de tests osseux... L’écrivaine est enseignante, peut-être a-t-elle puisé son inspiration dans ce qu’elle côtoie au quotidien ? Dans tous les cas, elle permet à des problématiques de sortir des établissements scolaires et de nous être servies sur un plateau doré, à nous maintenant de les MEDITER !

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2021-02-16T18:25:00+01:00

Mauvaises herbes de Dima ABDALLAH

Publié par Tlivres
Mauvaises herbes de Dima ABDALLAH
Sabine Wespieser Editeur
 
Je tiens le doigt de mon géant, un seul doigt d’une seule main pour affronter la guerre civile au Liban, quitter l’école et rentrer chez nous, dans notre abri, notre refuge, notre intimité, notre intérieur qui nous protège du dehors, de ce qui me fait peur, de ce qui fait grossir la boule dans ma gorge. J’aime retrouver les plantes en pot, le jasmin, la marjolaine, le basilic, le romarin, la verveine, le thym... toutes ces plantes qui me rappellent que je suis en vie, je les vois, je les touche, je les hume, je les bois en tisane et les savoure en cuisine, elles sont mon ancrage dans une guerre qui chaque jour met en danger mes racines.
 
Elle tient mon doigt, un doigt d’une seule main, c’est tout ce qui nous lie, ce qui nous relie, ce qui nous unit contre tous, les soldats, les terroristes... la guerre, je vois bien que tu en as peur, mais les mots n’ont pas leur place entre nous, les mots noircissent des feuilles de papier, ils sont là, couchés, incapables de franchir mes lèvres pour te rassurer.
 
Ce roman profondément troublant, ce sont deux voix, deux narrations, deux confessions. Il y a celle dont on comprend au fur et à mesure de la lecture qu’il s’agit de l’enfant, une petite fille, et l’autre, celle de son père. À travers leurs voix, c’est le rapport à l’intime, la confrontation de chacun à son corps, ses tripes, ses sentiments, une véritable introspection.


La peur, c’est le sentiment qui prend le dessus sur toutes les autres émotions. La peur, c’est le signal de la présence d’un danger. P. 153

Le roman, c’est pour chacun la quête du soi, celle de son identité dans ce qu’elle exprime de l’attachement à la terre natale, la terre d’origine, c’est aussi, tout au long des 36 années égrenées, le lent chemin vers le pardon.


C’est le coeur qui a ouvert le feu mais tout le reste du corps suit et approuve la guerre ouverte. P. 193

Et puis, il y a la mémoire, le fantôme des souvenirs personnels qui hantent les esprits comme les « Mauvaises herbes » qui se glissent dans chaque petite faille, s’y développent sans que rien ni personne n’y fasse.


J’espère qu’elle grandira comme poussent ces adventices. Ces hôtes de lieux incongrus, ces hôtes que personne n’a invités, que personne n’a voulus, qui dérangent mais s’en moquent bien et n’en finissent pas de pousser. P. 106

La métaphore est tellement juste. C’est le mythe de Sisyphe revisité, le long combat personnel vers le bout du tunnel, le petit point lumineux.


Ma mémoire fait repousser chaque matin des mauvaises herbes obscures que j’arrache sans relâche et en vain. P. 196

À travers leurs voix, c’est le rapport à l’autre qui est aussi exploré sous l’angle de la paternité. Il y a la présence, la protection, le réconfort, l’entre soi contre tous.


C’est une parenthèse, un moment hors du temps, quelques minutes qui ne font pas encore partie de la journée, qui ne comptent pas, un petit bout d’éternité. P. 98

J’ai été profondément troublée par l’absence de paroles, l’incapacité pour l’un et pour l’autre à dialoguer, à converser, à échanger... et soulager les maux de l’autre. Il y a pourtant quelque chose de l’ordre de la transmission, dans l’instant pour sauver sa peau dans cette guerre qui s’insinue dans tous les pores, à l’échelle d’une quinzaine d’années, le temps de la guerre civile au Liban, et puis sur plus de trois décennies, le temps de deux générations.
 
A travers leurs voix, c’est aussi le rapport au monde, sa confrontation personnelle à un environnement, des paysages, une langue... il est question d’acculturation, d’acceptation, de faire sien pour faire la paix.
 
Ce roman, c’est plus que tout un hymne à l’écriture, la force et l’objectif du père,


Je vais écrire parce que c’est la seule façon que j’ai de résister encore un peu. C’est mon combat, c’est ma guerre à moi. P. 109

La plume est belle, sensible, charnelle. Dans la forme, j’adore celles et ceux qui cherchent leurs mots, en proposent plusieurs pour finalement trouver celui qui sonne le plus juste. Dans le roman de Dima ABDALLAH, c’est, et ce qui donne la force au propos, et l’illustration même du chemin emprunté par chacun, l’incarnation d’un parcours initiatique.
 
J’ai profondément aimé ce roman empreint d'une profonde humanité.
 
L’alternance des deux narrations à la première personne du singulier ne fait que renforcer le champ des possibles, les divers horizons. Sensationnel !
 
Ce roman fait partie de la sélection 2021 du Prix du roman Cezam avec :
 
Pour la beauté du geste de Marie MAHER
Les chevaliers du tintamarre de Raphaël BARDAS
Le répondeur de Luc BLANVILLAIN
La certitude des pierres de Jérôme BONNETTO
La soustraction des possibles de Joseph INCARDONA
Betty de Tiffany McDANIEL
Tuer le fils de Benoît SEVERAC
Sang chaud de Kim UN-SU
 

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