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2021-03-27T09:11:44+01:00

Avant le jour de Madeline ROTH

Publié par Tlivres
Avant le jour de Madeline ROTH
 
Pour la 9ème danse de l'édition 2021 du bal des 68 Premières fois, on reste dans le registre de l'amour, du langoureux, du slow quoi !
 
Tout commence avec la vente d’un vélo d’appartement d’occasion, et puis, boum, le coup de foudre. Elle, elle a un grand garçon de 13 ans, lui, il a une femme, Sarah. Entre eux, l'histoire dure depuis quatre ans. Mais quelle histoire. Une histoire d'amour ? Une histoire de sexe ? Ce séjour prévu à Turin rien que pour eux, tous les deux, permettra peut-être de répondre aux questions qu'elle se pose. Mais, la vie n'est pas un long fleuve tranquille. Quelques jours avant le départ, un sms tombe, il l’informe du décès du père de Sarah, il ne s’envolera donc pas avec elle pour l’Italie. Et elle, s’envolera-t-elle ?
 
"Avant le jour", c'est un court roman, imprimé en gros caractères. Je vais essayer de ne pas rédiger une chronique qui soit plus longue que la prose de Madeline ROTH. Un vrai challenge !
 
Je vais en profiter pour casser le modèle habituel, je vais commencer par évoquer la qualité de la plume. Imaginez, il est 5h du mat, je suis réveillée, je lis, et me retrouve à faire une séance d’abdos... non, vous ne rêvez pas. Inlassablement je me relève plusieurs fois par page pour noter des citations. En fait, le livre n’en est qu’une !
 
Que de références de nouvelles lectures glanées aussi, et puis celle de cette toile...
Une jeune femme à la fenêtre de Dali (1925)

Une jeune femme à la fenêtre de Dali (1925)

Je ne vous en dis pas plus !
 
Les mots sont beaux, justes, percutants. Le propos est d’une grande sensibilité, il y a la dimension de la femme, de l’épouse, de la mère, de l’amante... et puis cette passion amoureuse pour un homme qui n’est pas libre.
 
Ce roman, c'est un hymne au désir, celui que voue une femme à un homme, loin d'elle. 


Je ne veux pas penser à ce sentiment du vide. Je ne veux pas que l'absence de Pierre sot ressentie comme cela, comme un vide. Je veux bien de l'impatience et de la peur, mais pas du sentiment de perte, du sentiment d'abandon. Je veux aller lentement. je veux être l'aube et le crépuscule, le doute et la certitude, je veux pouvoir être perdue et sourire. Et imaginer qu'il me voit, ici, perdue et souriante. P. 47

Madeline ROTH décrit avec beaucoup de minutie la manière qu’a l’absence de vous habiter, vous envahir, vous faire souffrir à en mourir !


Dire je crois que j'en crève de marcher à côté de ma vie, comme ça. Sans toi dedans. P. 12

L'absence vous empêche de voir... le reste du monde. Le voyage en Italie, c’est la partie visible de l’iceberg. Ce qui fait de ce roman sa singularité, c’est le voyage au coeur de l’intime de cette femme que le doute ronge à petit feu.
 
J’ai adoré l’accompagner sur 7 jours, ça peut paraître court à moins que ça ne soit très long...
 
Ce roman, c’est un peu comme les « finger » de cadbury de mon enfance. Quand on le lit, on aimerait en avoir plus, beaucoup plus... mais à bien y réfléchir, je crois qu'il ne fallait pas un mot de plus. Le jeu de l'écriture m’a captivée et puis, c'est tout ce qu'il suggère, à la fin, qui en fait un biscuit délicieux. Imaginez, vous êtes à table, il reste quelques miettes que vous allez lentement coller à votre doigt pour les savourer une à une et faire durer le plaisir...
 
comme les autres romans de cette sélection 2021 :

"Il est juste que les forts soient frappés" de Thibault BERARD

"Les orageuses" de Marcia BURNIER

"Ce qu'il faut de nuit" de Laurent PETITMANGIN

"Nos corps étrangers" de Carine JOAQUIM

"Avant elleJohanna KRAWCZYK

"Le premier Homme" de Raphaël ALIX

"Tant qu'il reste des îles" de Martin DUMONT

"Les coeurs inquiets" de Lucie PAYE

Et puis, il y a quelques notes de musique, celles du bal des 68 qui résonnent, on reste enlacés... à danser !

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2021-03-20T09:02:05+01:00

Il est juste que les forts soient frappés de Thibault BERARD

Publié par Tlivres
Il est juste que les forts soient frappés de Thibault BERARD

Place à la 8ème danse de l'édition 2021 du bal des 68 Premières fois, place à un slow, tout doux, tout tendre, empreint d'un immense amour...

 

Il y a des romans qui vous prennent à la gorge dès les premières lignes, assurément, celui de Thibault BERARD fait partie de ceux-là, "Il est juste que les forts soient frappés" chez les éditions de l'Observatoire.

Sarah, la narratrice, est morte à l’âge de 42 ans. Elle se remémore son adolescence, sa première histoire d’amour avec un homme de 15 ans de plus qu’elle, ses actes de bravoure à l’encontre de la grande faucheuse. Si elle ne l’a pas emmenée lorsqu’elle avait vingt ans, Sarah était persuadée qu’elle viendrait la chercher avant la quarantaine. Elle l’a toujours dit à Théo, son amour, son lutin. Elle n’était donc pas surprise quand, à 38 ans, alors qu’elle est enceinte de 7 mois de son deuxième enfant, un garçon, le couperet tombe avec l’annonce d’une tumeur cancéreuse très mal placée la menaçant de mort imminente. Théo s’est battu comme un fou pour sauver son moineau mais il n’était pas de taille, les dés étaient jetés, les jours comptés, impossible de reculer.
 
Ce roman, je vous vois déjà vous dire, il n’est pas pour moi, et pourtant ! Thibault BERARD, éditeur chez Sarbacane, nous livre un hymne à la vie. Largement inspiré de son histoire personnelle, le propos de ce livre ô combien audacieux est un petit bijou de la littérature. Thibault BERARD aurait pu en faire un essai à l’image de ce qu’a livré Mathias MALZIEU dans son "Journal d'un vampire en pyjama", il a décidé d’en faire une fiction et c’est somptueusement réussi.
 
En ouvrant ce livre, vous acceptez de monter dans l’ascenseur émotionnel parfaitement maîtrisé par l’écrivain, vous allez vivre d’intenses moments de bonheur, vous envoler très haut, et puis, vous allez vivre des moments de grand désespoir, tomber très bas. 

Loin du pathos que j’avais soupçonné, l’écrivain surfe sur les références musicales et cinématographiques pour ponctuer le roman de formidables bouffées d’air. Les respirations artistiques comme cette citation « Welcome home, Mister Bailey. » extraite du film de Frank CAPRA « La vie est belle », sont autant de moyens de quitter cette réalité qui les assaille.
 
Et puis, il y a ce brin de fantaisie, cette fraîcheur d’esprit, tout ce qu’un jeune couple peut vivre d’original, de drôle, de fantasque, se retrouve dans la plume de ce primo-romancier. 


J’ai eu le temps de m’imaginer en cellule humanoïde fonçant à travers les artères de mon propre corps, butant sur cette immense masse noire gélatineuse qui m’aplatissait un poumon et ma veine la plus vitale, celle qui pompait le sang jusqu’à mon cœur... P. 95

Les mots sont beaux, les phrases délicates et sensuelles, les métaphores joueuses, les personnages sublimés, les sentiments magnifiés, le livre profondément touchant.
 
Ce roman, c’est une magnifique histoire d’amour entre un homme et une femme, une complicité sans faille qui agit comme un cocon protecteur du monde :
 


Nos esprits dévastés se braillaient l’un à l’autre la même phrase par le canal du regard, en boucle, nous rendant sourds à tout ce qui nous entourait. P. 93

Théo, le lutin, et Sarah, le moineau, sont attendrissants à l’envie. Ils sont éminemment romantiques et ne peuvent que nous transporter avec l’euphorie, la fougue et l’énergie, qui les animent. 

Ce roman, c’est aussi un hymne à l’amitié. Le réseau d’amis proche résiste à tout, y compris la maladie. Il y a toute une galerie de personnages autour du couple, ils aident Sarah à vivre les événements, ils aident Théo à les surmonter.

Ce roman est d’une luminosité incroyable, il est porteur d’espoir dans tout ce qu’il a de plus beau.

Enorme coup de coeur.

Souvenez-vous des autres romans de cette sélection 2021 :

"Les orageuses" de Marcia BURNIER

"Ce qu'il faut de nuit" de Laurent PETITMANGIN

"Nos corps étrangers" de Carine JOAQUIM

"Avant elleJohanna KRAWCZYK

"Le premier Homme" de Raphaël ALIX

"Tant qu'il reste des îles" de Martin DUMONT

"Les coeurs inquiets" de Lucie PAYE

Maintenant, musique !

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2021-03-17T21:29:48+01:00

Mars au féminin, tapis rouge à Héloïse ESQUIE

Publié par Tlivres
Mars au féminin, tapis rouge à Héloïse ESQUIE

Dans les pas de Flo and books, et pour cette édition 2021 du mois de #marsaufeminin, j'ai choisi de dérouler le tapis rouge à Héloïse ESQUIE.

Comme Sophie BASTIDE-FOLTZ, cette femme est traductrice, elle fait ce métier de l'ombre qui fait toute la différence quand un livre est publié dans une langue différente.

Héloïse ESQUIE a notamment traduit "L'empreinte" d'Alexandria MARZANO-LESNEVICH, lauréat du #grandprixdeslectriceselle 2019 dans la catégorie document.

Nous sommes aux États-Unis. En 1992, Ricky Langley, 19 ans, tue Jeremy Guillory âge de 6 ans. Par le passé, Ricky Langley avait été condamné à deux reprises pour agression sexuelle. Le petit Jeremy a-t-il été victime de ce type de faits avant sa mort ? Après ? C’est ce que la narratrice va tenter de trouver en déroulant le fil de l’enquête, de la vie de Ricky Langley aussi.

Le tableau est rapidement brossé mais ce livre est foisonnant. Sous la plume de l'écrivaine et la traductrice, deux histoires vraies s'entremêleront pour en faire une lecture choc.

Héloïse ESQUIE avait traduit également "Les apparences" de Gillian FLYNN, un bijou découvert il y a une bonne dizaine d'années maintenant mais qui m'a profondément marquée.

Héloïse ESQUIE mérite bien son hashtag #femmesdelettresalhonneur (initié par Moonpalaace) tout comme  Delia OWENS, Yoko OGAWA, Claire BEREST, Anne DE ROCHAS, Carine JOAQUIM, Alexandra KOSZELYK, Sandrine COLLETTE, Angélique VILLENEUVE, Louise MEY, Catherine ROLLAND, Carole ZALBERG, Marie CHARVET, Fatou DIOME, Adelaïde BON et Johanna KRAWCZYK.

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2021-03-17T20:16:44+01:00

Dahlia de Delphine BERTHOLON

Publié par Tlivres
Dahlia de Delphine BERTHOLON

Flammarion

Je me réjouissais de retrouver la plume de Delphine BERTHOLON.

Après "Coeur Naufrage", "Grâce", "Celle qui marche la nuit", "Les corps inutiles" et "L'effet larsen", voilà donc "Dahlia" sorti aujourd'hui en librairie.

Avec Delphine BERTHOLON, bienvenue au pays de l'adolescence.

Laetitia, Lettie pour les intimes, est une jeune maman. Sa fille de trois ans, Mina, est partie en vacances avec son papa au Botswana en Afrique. Elle se souvient de ses années collèges. Elle vivait alors dans un mobile home avec sa mère, infirmière à domicile. En 1989, elle était en 5ème. Elle était dans la classe de Dahlia, une élève originale arrivée du Havre, surnommée par la bande de copains copines Ortie Gazoil. Son père était chauffeur routier. Lettie aimait beaucoup sa mère Francesca. Et puis, Dahlia avait deux frères, des jumeaux, Gianni et Angelo. Elle se plaignait beaucoup de sa famille qu'elle jugeait trop envahissante et enviait terriblement celle de Lettie. Elles passaient du temps ensemble jusqu'au jour où Dahlia confia un secret à Lettie, un secret qui fait chavirer les existences des deux adolescentes, mais là commence une nouvelle histoire !

J'aime beaucoup les romans de Delphine BERTHOLON pour le décor qu'ils édifient progressivement mais puissamment. Dans une écriture presque cinématographique, elle décrit des atmosphères, ses mots deviennent des révélateurs sensoriels. Comme dans "Coeur Naufrage", au fil des pages, j'ai retrouvé cette impression d'être allongée sur une plage, le sable chaud me chatouillant les orteils. 

Et puis, il y a des références à une époque aujourd'hui révolue, celle des années 1990. Je suis un peu plus âgée que l'écrivaine mais "Dahlia" m'a rappelée ces tubes (Venus des Bananarama, Une femme avec une femme de Mecano, I’m deranged de David Bowie... ça vous dit quelque chose, non ?), la mode, les livres, les "barrils" de lessive customisés et revisités en coffre de rangement... qui ont marqué cette période. Pour la jeunesse, c'était quelque chose...


Nous habitions ce cœur gris et rose de la post-adolescence, champ des possibles planté d’orties, zone venimeuse où battait sans relâche le palpitant du monde. P. 169


même si c'était avant l'an 2000, le siècle dernier !

Enfin, si Delphine BERTHOLON a ce talent pour caractériser un environnement et une échelle temps, vous pouvez bien vous imaginer qu'elle procède de la même manière, brique après brique, pour construire des personnages. Ils pourraient être vous, moi, vos cousins, vos voisins... ce sont des gens un brin ordinaires à qui elle va faire vivre un instant de rupture et imaginer l'après. Enfin, tout ça serait beaucoup trop simple. Je reprends. Les personnages sont des femmes et... particulièrement complexes. La tension monte d'un cran, n'est-ce pas ? Je suis ravie de vous avoir hameçonné.e.s ! 

Parce que les femmes, c'est toute une histoire. Il y a le rapport au corps, la sexualité, la maternité... 


Déshabillée, mon corps trahit les accidents, les douleurs et les abandons. P. 219

bref, tout un tas de choses qui font que la vie n'est pas un fleuve tranquille, joli terrain de jeu pour une écrivaine qui explore à l'envi la psychologie de ses personnages et le fait tout en poésie.


J’ai grandi en herbe folle, dans un jardin entretenu. P. 219

Et puis, il y a LE sujet que je ne vous dévoilerai pas mais qui fait de ce roman toute son originalité, ce contre-courant pris par l'écrivaine, ce pas de côté fait par rapport à la majorité, ce qui fait la différence, quoi.


Les ravages de parler et de ne pas être crue. P. 215

Dans ce roman et comme chaque fois, je peux bien l'avouer, la magie a opéré. Je me suis laissée prendre au garreau et puis ma gorge s'est serrée, mon poul accéléré, jusqu'à la révélation !

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2021-03-16T19:03:41+01:00

Mars au féminin, tapis rouge pour Sophie BASTIDE-FOLTZ

Publié par Tlivres
Mars au  féminin, tapis rouge pour Sophie BASTIDE-FOLTZ

Dans les pas de Flo and books, et pour cette édition 2021 du mois de #marsaufeminin, j'ai choisi de dérouler le tapis rouge à Sophie BASTIDE-FOLTZ.

Petit pas de côté aujourd'hui avec ce portrait de femme. Il s'agit, en réalité, d'une traductrice, une femme qui fait ce métier de l'ombre à qui l'on doit tant.

Sophie BASTIDE-FOLTZ, je l'ai découverte avec "L'Âge de la lumière" de Whitney SCHARER aux éditions de l'Observatoire. Vous vous souvenez certainement de cette biographie de Lee MILLER, un roman éblouissant comme son personnage principal.

Lee MILLER, partie des Etats-Unis, arrive en France, à Paris. Elle y rencontre Man RAY, l’inventeur de la rayographie. A force de ténacité, elle réussit à se faire embaucher comme assistante, la voie royale pour se former. C’est là aussi qu’elle découvre l’amour. Au bras de Man RAY, elle rencontre les intellectuels et artistes du tout Paris, nous sommes dans les années folles, le groupe Dada brille dans les salons du Dôme, les surréalistes revisitent le monde. Entre le photographe et l’amant se sont toutefois insinuées de pernicieuses interactions, pour le meilleur comme pour le pire. Vivre aux côtés d’un artiste reconnu laissait peu de place à cette époque à une femme confinée dans l’ombre des tâches accessoires. Lee MILLER souhaitait être une artiste à part entière. Pour Man RAY, elle devint rapidement une rivale dans l’acte de créer.

Il faudra quelques années pour Lee MILLER pour affirmer ses propres choix, une rencontre avec Jean COCTEAU, et enfin décider de s’émanciper de cet amour dévorant. Lee MILLER deviendra reporter de guerre.

 

Cette biographie de Whitney SCHARER est un petit bijou.

C’est une manière tout à fait originale de s’acculturer à la discipline artistique de la photographie. J’ai adoré vivre dans la chambre noire avec Man RAY et Lee MILLER des moments de tension inouïe, aussi fugaces que vertigineux, à l’approche de ce qui pourrait être LE cliché des années 1930.

J’ai aussi et surtout beaucoup aimé découvrir la femme qu’était Lee MILLER, une enfant blessée, une femme en mal d’exister, une artiste en mal de reconnaissance, son apogée et sa descente aux enfers.

 

Sophie BASTIDE-FOLTZ mérite bien son hashtag #femmesdelettresalhonneur (initié par Moonpalaace) tout comme Delia OWENS, Yoko OGAWA, Claire BEREST, Anne DE ROCHAS, Carine JOAQUIM,

et puis Alexandra KOSZELYK, Sandrine COLLETTE, Angélique VILLENEUVE, Louise MEY, Catherine ROLLAND, Carole ZALBERG, Marie CHARVET, Fatou DIOME, Adelaïde BON et Johanna KRAWCZYK.

 

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2021-03-15T19:20:21+01:00

Mars au féminin, tapis rouge pour Delia OWENS

Publié par Tlivres
Mars au féminin, tapis rouge pour Delia OWENS

Dans les pas de Flo and books, et pour cette édition 2021 du mois de #marsaufeminin, j'ai choisi de dérouler le tapis rouge à Delia OWENS.

La plume de cette écrivaine, je l'ai découverte avec "Là où chantent les écrevisses" chez Seuil éditions, un formidable coup de coeur.

Ce premier roman a reçu un accueil retentissant aux Etats-Unis.

Nous sommes le 30 octobre 1969, un homme est retrouvé mort, dans le marais, au pied de la tour de guet. C'est le corps de Chase Andrews, le fils unique d'un couple connu à Barkley Cove pour sa réussite avec le garage, la Western Auto. Marié, beau garçon, Chase avait le monde à ses pieds. Le marais, c'était son terrain de jeu. Il y bravait les courants avec son hors-bord. Dans sa jeunesse, il avait passé beaucoup de temps avec Kya, une fille de son âge, abandonnée de tous dès sa plus tendre enfance. La première à quitter le foyer avait été sa mère. En 1952, n'en pouvant plus de recevoir les coups de son alcoolique de mari, Ma avait pris sa valise et, sous les yeux  de l'enfant, s'en était allée, sans se retourner. Et puis, ce fut le tour de la fratrie, même Jodie, le frère, n'avait pas résisté à l'attrait d'un ailleurs. Et encore, le père. Si, au début, il passait quelques nuits par semaine à la cabane, un jour, il n'était plus revenu. Enfin, Tate. Le garçon l'avait guidée un soir qu'elle s'était perdue. Leur amitié n'avait pas résisté aux études universitaires du jeune homme. Kya, qui n'avait que 7 ou 8 ans, avait d'abord vécu des vivres qu'il restait à la maison, et puis, elle avait dû prendre la barque du père, se rendre au village, échanger les moules, qu'elles ramassait à l'aube, avec quelques denrées de première nécessité. C'est là qu'elle avait fait connaissance avec Jumping et sa femme, Mabel. Lui, vendait du carburant pour les bateaux, elle, avait pris la petite de pitié, c'était la seule à voir dans la Fille du marais, un être humain, une enfant, celle que le village tout entier méprisait. Loin de tous, Kya avait voué un amour fou à la nature. Elle s'était gorgée des baignades en eaux douces, enivrée de la beauté des paysages et comblée de sa relation aux oiseaux. De là à penser que ça soit Kya qui ait tué Chase, il n'y a qu'un pas, à moins que...

Delia OWENS est une zoologue qui a consacré sa carrière à la nature et aux animaux, aux Etats-Unis, en Afrique pendant une vingtaine d'années. J'ai été émerveillée, je dois le dire, par les descriptions de la  faune et de la flore des marais. ll suffit de regarder la première de couverture pour s'en convaincre. Un grand échassier, un poisson dans son bec, se tenant droit, l'oeil fixe, occupe le premier plan. La feuille d'un arbrisseau, sortant de l'eau, s'y fait une place, aussi, avec des couleurs chatoyantes. Et puis, venue de nul part, cette main posée sur le cou de l'oiseau, une image surnaturelle ! Je la trouve somptueuse.

J'ai profondément aimé, aussi, accompagner Kya dans son parcours initiatique. "Là où chantent les écrevisses" est un roman d'apprentissage, c'est celui d'une enfant qui s'est construite dans la solitude. Kya, on la découvre à l'âge de 6 ans. Très vite, elle doit satisfaire ses propres besoins, à commencer par celui de manger. Et puis, elle va faire des rencontres. Il est beaucoup question d'apprivoisement dans ce roman, avec les oiseaux mais aussi avec les hommes. 

Enfin, je suis tombée sous le charme de la narration de ce roman. Il y a une alternance des temporalités, un pari audacieux, parfaitement réussi. Le temps défile, d'une part, à partir de 1952, date du départ de Ma, et d'autre part, 1969, date du décès constaté de Chase. Il y a une alternance du rythme aussi. Quand les journées paraissent une éternité à observer l'univers des marais, elles s'accélèrent avec l'enquête menée autour du meurtre présumé où là, chaque heure devient déterminante. 

Ce roman, c'est un page-turner, savamment ponctué par de la poésie. 

Pour ce livre, Delia OWENS s'est associée à Marc AMFREVILLE pour la traduction en français. Le résultat est grandiose.

Delia OWENS mérite bien son hashtag #femmesdelettresalhonneur (initié par Moonpalaace) tout comme Yoko OGAWA, Claire BEREST, Anne DE ROCHAS, Carine JOAQUIM,

et puis Alexandra KOSZELYK, Sandrine COLLETTE, Angélique VILLENEUVE, Louise MEY, Catherine ROLLAND, Carole ZALBERG, Marie CHARVET, Fatou DIOME, Adelaïde BON et Johanna KRAWCZYK.

 

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2021-03-14T20:10:08+01:00

Mars au féminin, tapis rouge pour Yoko OGAWA

Publié par Tlivres
Mars au féminin, tapis rouge pour Yoko OGAWA

Dans les pas de Flo and books, et pour cette édition 2021 du mois de #marsaufeminin, j'ai choisi de dérouler le tapis rouge à Yoko OGAWA.

La plume de cette écrivaine, j'aime la retrouver régulièrement. Chaque fois, c'est la même fascination, le même envoutement.

Il y a eu 

"Amours en marge"

"La marche de Mina"

"Cristallisation secrète"

et plus récemment "Instantanés d'Ambre".

Je vous dis quelques mots de l'histoire :

Une famille est frappée par un terrible drame, la mort d'une enfant alors qu'elle n'avait que trois ans. Jouant au jardin public, un chien lui a léché le visage. Le lendemain, une forte fièvre se déclare et emporte la toute petite fille. Le père travaille dans une maison d'édition spécialisée dans les encyclopédies illustrées. La mère, douloureusement affectée par cette disparition, décide de tout quitter et d'emmener ses trois autres enfants dans une propriété familiale, cernée de hauts murs. Là, elle leur offre une nouvelle forme d'éducation, à l'abri des regards. Elle leur intime l'ordre de ne pas franchir les murs, le chien maléfique pouvant revenir à tout moment. Pour accompagner leur mutation, elle leur donne de nouveaux prénoms inspirés de l'univers minéral, Opale, Ambre et Agate. Elle trouve un travail auprès des thermes du village. Pendant son absence, les enfants se cultivent au gré de leurs découvertes dans les encyclopédies de leur père et de leur exploration du vaste jardin qui leur est offert jusqu'au jour où un homme sonne à la porte, Joe, marchand ambulant. Là commence, pour eux, une toute nouvelle existence.

Derrière cet enfermement, d’aucuns pourraient y voir un emprisonnement, une privation de la liberté de mouvement, une séquestration, la double peine en quelque sorte, j’y ai personnellement vu une immense preuve d’amour, comme un baume offert par cette mère à ses enfants pour panser leurs plaies. Il y a une question de survie dans l’urgence à agir, proposer une alternative à la vie d’avant empreinte de cette tragédie, et une perspective de résilience aussi.

L''univers littéraire de Yoko OGAWA est empreint de féerie. Que ça soit avec la danse par exemple, la passion d’Opale, une discipline artistique qui prend, sous la plume de l’écrivaine, ses plus beaux costumes. Les descriptions sont tout en délicatesse, raffinement et sensualité.

Ce roman, c'est un petit bijou de la littérature.

Yoko OGAWA mérite bien son hashtag #femmesdelettresalhonneur (initié par Moonpalaace) tout comme Claire BERESTAnne DE ROCHASCarine JOAQUIM,

et puis Alexandra KOSZELYK, Sandrine COLLETTE, Angélique VILLENEUVE, Louise MEY, Catherine ROLLAND, Carole ZALBERG, Marie CHARVET, Fatou DIOME, Adelaïde BON et Johanna KRAWCZYK.

Mars au féminin, tapis rouge pour Yoko OGAWA

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2021-03-14T09:16:27+01:00

Immortels de Bashung

Publié par Tlivres
Immortels de Bashung

Nous sommes le 14 mars. Il y a 12 ans que Bashung nous a quittés, l’artiste nous a laissé une œuvre inoubliable tant elle est singulière.

« Immortels », c’est ma #chansondudimanche. 
Cette chanson fait partie de l’album « En amont » réalisé à titre posthume et sorti le 23 novembre 2018.


Écrite et composée par Dominique A, elle n’avait pas été retenue par l’artiste pour l’album « Bleu pétrole » en 2008. Une fois disparu, et un mois tout juste après la mort du chanteur,  Dominique A, en personne, l’interprète. Elle saura attendre son heure mais puisque nous sommes « Immortels », à quoi bon parler du temps qui passe !

Une histoire originale pour une chanson dont les paroles me touchent, une occasion de revenir sur l’œuvre tout entière d’Alain BASHUNG, un artiste dont la voix est reconnaissable entre toutes.

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2021-03-13T14:32:09+01:00

Mars au féminin, tapis rouge pour Claire BEREST

Publié par Tlivres
Mars au féminin, tapis rouge pour Claire BEREST

Dans les pas de Flo and books, et pour cette édition 2021 du mois de #marsaufeminin, j'ai choisi de dérouler le tapis rouge à Claire BEREST.

Cette plume, je l'ai découverte avec "Rien n'est noir", un roman incandescent et jubilatoire qui relate une page de la vie de Frida KAHLO, celle de sa passion amoureuse pour Diego RIVERA, lauréat du #GrandPrixdesLectricesElle 2020.

« Rien n’est noir » est une très belle opportunité de prendre connaissance des toiles peintes par Frida KAHLO, personnellement j’ai un faible pour « La Colonne brisée » réalisée en 1944.

Avec « Rien n’est noir », vous plongez aussi au coeur de l’Histoire du Mexique et du streetart qui se distingue encore aujourd’hui. Vous visitez aussi le monde et côtoyez les hommes, capitalistes, en quête de montrer ô combien leur pouvoir est grand.

La narration est foisonnante, à l’image de la vie de l’artiste célébrée. Elle est poétique aussi.

Claire BEREST maintient un rythme ahurissant qui donne à cette lecture une vivacité et un dynamisme absolument remarquables. 

Ce roman existe en poche...

Et puis, il y a eu "Gabriële", un roman à quatre mains, le livre de Anne et Claire BEREST, deux soeurs, sur leur grand-mère qui n'est autre que Gabriële BUFFET, l'épouse de Francis PICABIA.

Là aussi, il y a une vertigineuse histoire d'amour. Gabriële est une femme EXTRAordinaire, de celles qui marquent leur vie avec l'empreinte de la liberté. Elle n'a pas vécu que de bons moments avec un mari artiste à l'ego surdimensionné, elle est même restée dans l'ombre de celui qu'elle adule. 

Sous la plume des soeurs BEREST, une expérience littéraire audacieuse mais parfaitement réussie, Gabriële devient un personnage de roman dont le lecteur découvre le parcours avec une véritable frénésie. La narration du tourbillon artistique est exaltée. "Gabriële" devient rapidement un page-turner, une épopée à vous couper le souffle, une biographie époustouflante.

 Ce roman existe aussi en poche 

J'ai lu deux romans de Claire BEREST, deux coups de coeur, des romans tout à fait EXTRAordinaires.

Claire BEREST mérite bien son hashtag #femmesdelettresalhonneur (initié par Moonpalaace) tout comme Anne DE ROCHASCarine JOAQUIM,

et puis Alexandra KOSZELYK, Sandrine COLLETTE, Angélique VILLENEUVE, Louise MEY, Catherine ROLLAND, Carole ZALBERG, Marie CHARVET, Fatou DIOME, Adelaïde BON et Johanna KRAWCZYK.

Mars au féminin, tapis rouge pour Claire BEREST

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2021-03-13T10:38:25+01:00

Les orageuses de Marcia BURNIER

Publié par Tlivres
Les orageuses de Marcia BURNIER

Place à la 7ème danse de l'édition 2021 du bal des 68 Premières fois.

Après trois morceaux de hard rock, changement de tempo. Attention à toutefois ne pas baisser la garde. Le #premierroman de Marcia BURNIER chez Cambourakis éditions : "Les orageuses", est violent !

Il était une fois... on pourrait croire au conte de fées mais vous allez voir que l’on en est bien loin, à moins que la vengeance et la réparation ne soient un brin fabuleuses. 
 
Il était une fois, donc, un gang de filles, toutes des meufs violées, des filles dont les corps n'en font qu'à leur tête. Comment être bien dans sa peau quand vous avez été contraintes, souillées, pénétrées par des membres abjects ? Mia, Lucie, Leo, Lila, Inès... sont autant de femmes que la colère anime. Pourquoi la violence serait l’apanage des hommes ? Franchement, quelle question !  Ces femmes qui se ressemblent, donc, décident de faire communauté avec un objectif : se faire justice soi-même puisqu'elles ne peuvent compter sur les institutions pour leur rendre leur du. Et si elles réglaient d'abord leurs comptes avec leurs assaillants, leurs prédateurs ?
 
Vous l’aurez compris, le ton est ironique, un brin sarcastique.
 
Les violences faites aux femmes font l’actualité, dans les médias comme en littérature, au risque de banaliser un phénomène dont la gravité est sans bornes. Peut-être vous dites-vous d'ailleurs que ce roman est de trop et pourtant, il mérite que l’on s’y attarde, je vous assure.
 
Ce livre se structure autour d’un scénario burlesque, une manière de tourner en dérision tout ce qui agresse les femmes. Il m'a fait penser à "Une joie féroce" de Sorg CHALANDON. Marcia BURNIER a ce talent de vous surprendre, vous faire emprunter une voie que vous n'aviez pas imaginée.
 
Ce roman écrit par la co-fondatrice du zine littéraire féministe It’s Been Lovely but I have to scream Now est un propos militant, une manière de dénoncer la société dans tout ce qu’elle a de plus pervers.
 
J’ai été profondément touchée par la résonance du viol dans la chair et l’esprit de toutes ces femmes. L’approche du corps est d’une incroyable sensibilité.


À nouveau, elle avait pensé que son corps se dérobait. Elle avait mal quand elle se levait, elle avait l’impression d’être constamment recouverte de mille coupures à peine cicatrisées. P. 39

Il ne faut pas plus de cent quarante deux pages pour Marcia BURNIER pour vous embarquer. Je me suis surprise à rêver de descendre dans la rue, moi aussi, pour manifester, voire plus, regarder la face béate de ces hommes surpris du pouvoir des femmes. Tiens, ils ne l'avaient pas imaginé dans cette forme, les femmes n'ont plus d'ailleurs. Peut-être une affaire d'éducation...


Personne n’apprend aux filles le bonheur de la revanche, la joie des représailles bien faites, personne ne leur dit que rendre les coups peut faire fourmiller le cœur, qu’on ne tend pas l’autre joue aux violeurs, que le pardon n’a rien à voir avec la guérison. P. 101

Il y a des passages magnifiques sur l'art du tatouage et ce pourquoi certaines femmes s'y adonnent jusqu'à couvrir des pans entiers de leur corps, une certaine forme de rédemption.

Personnellement, je ne l'avais jamais abordé de cette manière, le propos est éclairant. Plus jamais je ne porterai le même regard sur les peintures réalisées sur le corps !


L’encre, c’était un peu comme des vêtements qui restaient, une armure, une mise à distance des autres. Au lieu de regarder le corps, les autres regardaient les tatouages, et Lucie avait arrêté de rentrer le ventre. P. 130

Quant au harcèlement de rue qui pourrait paraître bagatelle à certains, je crois que je ne pourrais plus le supporter. Il suffit de voir décrite la peur des femmes pour s'en convaincre...


Elle peste contre cette angoisse qui débarque quand la nuit tombe, quand elle recouvre tout, qu’elle rend les coins plus sombres et ses pas plus bruyants, les hommes menaçants et ses cris inaudibles. P. 12

La plume est belle, l’objet dérangeant.
 
La première de couverture est une œuvre d’art, vraiment. C'est la création de Marianne ACQUA, je vous invite à aller visiter son compte Instagram.
 
C’est avec des romans comme ceux-là que la société changera, j'en suis certaine. Marcia BURNIER donne la parole à des invisibles, elle se fait le relais des "sorcières", ces personnages des contes de fées réhabilités par les féministes dans les années 1970, tiens, le conte de fée, on n'en était pas si éloigné.e.s finalement, et puis avec les 68, tout peut arriver, non ? 
 
Souvenez-vous des autres romans de cette sélection 2021 :

"Ce qu'il faut de nuit" de Laurent PETITMANGIN

"Nos corps étrangers" de Carine JOAQUIM

"Avant elleJohanna KRAWCZYK

"Le premier Homme" de Raphaël ALIX

"Tant qu'il reste des îles" de Martin DUMONT

"Les coeurs inquiets" de Lucie PAYE

Maintenant, musique !

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2021-03-12T21:52:31+01:00

Mars au féminin, tapis rouge pour Anne DE ROCHAS

Publié par Tlivres
Mars au féminin, tapis rouge pour Anne DE ROCHAS

Dans les pas de Flo and books, et pour cette édition 2021 du mois de #marsaufeminin, j'ai choisi de dérouler le tapis rouge à Anne DE ROCHAS.

Cette plume, je l'ai découverte en août dernier avec un premier roman, "La femme qui reste" publié aux éditions Les Escales, un roman historique.

Ils sont cinquante hommes et femmes dont Anne de ROCHAS assure la mémoire. Inspirée de faits réels, elle nous livre dans les toutes dernières pages quelques éléments de biographie qui viendront renforcer la véracité du propos, l'occasion aussi pour moi de (re)découvrir des itinéraires d'Artistes tout à fait extraordinaires. 

Plus qu'une école d'art, le Bauhaus, c'est un courant de pensée. C'est d'ailleurs à ce titre que le régime en place les a fichés comme les instigateurs de "l'art dégénéré". Devant l'oppression du nazisme, beaucoup ont choisi de migrer. Certains réussiront à échapper aux griffes du Führer, d'autres auront des destins plus tragiques. Avec "La femme qui reste", c'est l'occasion de décrypter une époque, celle de l'euphorie artistique, du pas de côté.

La littérature offre cette possibilité de revisiter la grande Histoire, et avouons que Anne de ROCHAS, dans ce premier roman, l'assure tout en beauté. Je me suis délectée des 463 pages de "La femme qui reste", un livre foisonnant dans une plume d'une éblouissante poésie. Chaque mot est savamment choisi.

Je crois que Anne DE ROCHAS mérite bien son hashtag #femmesdelettresalhonneur (initié par Moonpalaace) tout comme Carine JOAQUIM,

et puis Alexandra KOSZELYK, Sandrine COLLETTE, Angélique VILLENEUVE, Louise MEY, Catherine ROLLAND, Carole ZALBERG, Marie CHARVET, Fatou DIOME, Adelaïde BON et Johanna KRAWCZYK.

Mars au féminin, tapis rouge pour Anne DE ROCHAS

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2021-03-11T12:45:00+01:00

Trencadis de Caroline DEYNS

Publié par Tlivres
Trencadis de Caroline DEYNS

Ma #citationdujeudi est l'occasion de revenir sur l'un de mes coups de coeur de ce début d'année. Vous avez peut-être lu "Trencadis" de Caroline DEYNS publié chez Quidam éditeur.

De Niki DE SAINT-PHALLE, je suis totalement fan. Le blog est d’ailleurs à son effigie avec ses trois « Nanas », joyeuses et voluptueuses. L'artiste, je l’ai découverte il y a une bonne trentaine d’années maintenant et suis devenue une inconditionnelle de ses œuvres comme de tout ce qu'elle représente en réalité.

Et quelle plus belle intention pour une femme que la construction de son château.

Niki DE SAINT-PHALLE était une femme ambitieuse, ce n'est pourtant pas que les hommes lui aient facilité les choses ! Et pourtant, elle réussira à concrétiser son rêve avec la création du "Jardin des Tarots" (Giardino dei Tarocchi) à à Garavicchio de Pescia Fiorentina en Toscane.

Au-delà des « Nanas », l’artiste plasticienne du XXÈME siècle a aussi revisité le mythe de la mariée, le culte de la maternité. Niki DE SAINT-PHALLE était une femme révoltée, une féministe à tout crin. C'est peut-être un peu grâce à elle que nous vivons notre condition d'aujourd'hui.

Sous la plume de Caroline DEYNS, l’artiste devient un personnage de roman dans tout ce qu’elle incarne d’EXTRAordinaire. La narration est ingénieuse avec l’invitation à témoigner de personnes qui ont connu Niki DE SAINT-PHALLE de très près comme son psychiatre, Eva AEPPLI, sculptrice et ex-compagne de Jean TINGUELY, Andréas VLIEGHE, forain, Fernande, une voisine de l’installation de Niki et Jean, une faiseuse d’ange, Sophie du Women’s Lib, Emilie, la fille de Léa, la femme de ménage de Soisy, autant de regards croisés portés sur un destin hors du commun, un peu comme si chacun venait poser son petit carreau de mosaïque pour composer le portrait de l'artiste. Un pari ambitieux, parfaitement réussi, bravo !
 
Ce roman est prodigieux.

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2021-03-11T12:30:00+01:00

Mousson froide de Dominique SYLVAIN

Publié par Tlivres
Mousson froide de Dominique SYLVAIN

Cette lecture, je l’ai réalisée dans le cadre de la Masse critique, l’occasion de remercier les éditions Robert Laffont et Babelio.

 

"Mousson froide" est un roman policier, implacable. Il sort aujourd’hui en librairie.

 

Mark Song vit à Montréal. Il est lieutenant, chef du groupe agressions sexuelles à la direction des enquêtes criminelles du service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Mark Song est devenu au fil du temps le seul confident de L’Equarrisseur, un tueur en série emprisonné qui s’amuse avec les nerfs du policier, distillant avec parcimonie des éléments d’information qui pourraient bien mener sur le lieu du crime... ou pas. Chaque fois, Mark Song se fait accompagner de Jade Assiniwi, d'origine indienne de Haute Mauricie, de l’escouade canine du SPVM. Mark Song et Jade Assiniwi partagent un peu plus qu’une simple relation professionnelle. Jade vit au rez-de-chaussée de la maison de Min-Young, Coréenne, c’est la mère de Mark Song. Min-Young a quitté son pays pour refaire sa vie après l’assassinat de sa fille par son mari sous les yeux de Mark, enfant. Cette histoire date de 25 ans mais il y a des histoires qui vous collent à la peau toute votre vie.

 

Nous sommes à Montréal en hiver. Le climat est hostile. Imaginez, -30, -40. Mais il n’y a pas que la météo qui le soit. L'affaire de l’Equarrisseur, Mark Song veut l'élucider. Il ne lâche rien. Il ne se prive pas des services de Jindo, le chien de Jade, un personnage à part entière qui a même voix au chapitre, une narration tout à fait originale.

 

Je ne vais pas vous en dire beaucoup plus, juste que la plume de Dominique SYLVAIN, une autrice de romans policiers que je ne connaissais pas encore (il faut dire que je ne suis pas une fidèle du genre et pourtant), est haletante. L’intrigue, un coup de maître. J’ai été happée par les deux histoires qui s’entrecroisent savamment. Un jeu d’écriture parfaitement réussi qui m’a fait voyager entre la Corée et le Québec. 

 

Suspens garanti. Le grand froid n’a malheureusement aucun pouvoir sur la perversion des hommes, les violences sont universelles où que le genre humain soit. Le scénario est noir, effroyable, il en vient à surprendre le monde animal.


La cruauté est une notion qui m’est étrangère, et essayer de comprendre ce qu’elle apporte aux humains me donne envie de hurler à la lune. P. 25

La prouesse de Dominique SYLVAIN est de mettre de la poésie là où il n’y en a pas...


La férocité est une mer noire et ses vagues menacent de m’engloutir. P. 286

Et puis, la musique adoucit les mœurs, c’est bien connu. D’ailleurs, Mark Song ne s’y trompe pas, c’est dans la cave de la maison de sa mère qu’il se réfugie pour jouer de la guitare. La playlist est foisonnante. Personnellement, je retiens "Creep" de Radiohead.

 

Allez, musique 🎶 

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2021-03-11T07:00:00+01:00

Mars au féminin, tapis rouge pour Carine JOAQUIM

Publié par Tlivres
Mars au féminin, tapis rouge pour Carine JOAQUIM

Dans les pas de Flo and books, et pour cette édition 2021 du mois de #marsaufeminin, j'ai choisi de dérouler le tapis rouge à Carine JOAQUIM.

Cette plume, je l'ai découverte très récemment avec un premier roman, "Nos corps étrangers" repéré par les fées des 68 Premières fois

En ouvrant ce livre, vous acceptez de tendre vers le chaos mais à pas mesurés.

J’ai été fascinée par le personnage d’Elisabeth, la mère de Maëva, une femme partagée entre son statut d’épouse et de mère, qui va progressivement s’en émanciper pour se réaliser.
 
Le plus fort, à n'en pas douter, c’est la chute, absolument effroyable, une chute que je n'avais pas soupçonnée mais qui dévoile à quel point nos corps peuvent devenir des étrangers.
 
Ce roman, c’est une lecture coup de poing de cette édition 2021, servie par une plume talentueuse.

Si j’en suis sortie épouvantée, j’ai pourtant aimé que Carine JOAQUIM porte un regard particulier sur des sujets éthiques du moment, l’accueil et l’intégration en milieu scolaire de personnes porteuses de handicap, la définition de l’âge des migrants isolés avec l’éventualité de tests osseux...
L’écrivaine est enseignante, peut-être a-t-elle puisé son inspiration dans ce qu’elle côtoie au quotidien ? Dans tous les cas, elle permet à des problématiques de sortir des établissements scolaires et de nous être servies sur un plateau doré, à nous maintenant de les MEDITER !

Je crois que Carine JOAQUIM mérite bien son hashtag #femmesdelettresalhonneur (initié par Moonpalaace) tout comme Alexandra KOSZELYK, Sandrine COLLETTE, Angélique VILLENEUVE, Louise MEY, Catherine ROLLAND, Carole ZALBERG, Marie CHARVET, Fatou DIOME, Adelaïde BON et Johanna KRAWCZYK.

Mars au féminin, tapis rouge pour Carine JOAQUIM

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2021-03-10T19:19:13+01:00

Mars au féminin, tapis rouge pour Johanna KRAWCZYK

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Mars au féminin, tapis rouge pour Johanna KRAWCZYK

Dans les pas de Flo and books, et pour cette édition 2021 du mois de #marsaufeminin, j'ai choisi de dérouler le tapis rouge à Johanna KRAWCZYK.

Cette plume, je l'ai découverte très récemment avec un premier roman, "Avant elle" repéré par les fées des 68 Premières fois

C’est une lecture coup de poing. J’ai l’impression d’être montée sur un ring et d’avoir été passée à tabac.
 
D’abord, il y a la vie de Carmen, ses souffrances, son « obsidienne » qui la tenaille. Je suis tombée dès les premières pages dans le piège de la psychiatrie tendu par l’autrice, Johanna KRAWCZYK. Tout mon corps s’est mis à vibrer aux soubresauts de Carmen.
 
Et puis, il y a l’histoire, le scénario. Imaginez, vous avez 36 ans et vous ne connaissez quasiment rien de votre famille, vous êtes en quête d’identité. Votre mère a disparu dans des conditions inexpliquées. Votre père a toujours été un taiseux, rien à tirer de lui.

Enfin, il y a la narration. Johanna KRAWCZYK alterne judicieusement le propos à trois voix. Il y a les passages extraits des carnets de son père qui dévoilent son passé. Il y a les paroles de Carmen adressées à son père, un peu comme s’il était encore vivant et qu’elle pouvait converser avec lui. Enfin, il y a la petite voix  intérieure de Carmen, celle de l’intime, celle qui la torture, lui vrille les tripes, celle qui la tyrannise.

La construction est habile et audacieuse, le pari réussi. La chute est vertigineuse !

Je sors de ce premier roman foudroyée par la puissance du propos. « Avant elle » n’est rien d’autre qu’une bombe... de mots !

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2021-03-09T18:00:00+01:00

Mars au féminin, tapis rouge pour Alexandra KOSZELYK

Publié par Tlivres
Mars au féminin, tapis rouge pour Alexandra KOSZELYK

Dans les pas de Flo and books, et pour cette édition 2021 du mois de #marsaufeminin, j'ai choisi de dérouler le tapis rouge à Alexandra KOSZELYK.

Il y a d'abord eu « À crier dans les ruines », un premier roman, un coup de coeur, tout simplement.

Et puis, récemment, toujours chez les éditions Aux forges de Vulcain, il y a eu "La dixième muse".

Florent est un jeune homme, amoureux de Louise. Il est appelé par son ami Philippe à l’accompagner dans une mission... un peu spéciale ! Ils arrivent au cimetière du Père Lachaise. Pour Florent, c’est la déferlante de souvenirs douloureux. Son père est décédé il y a six mois. Il se retrouve, un instant, devant la tombe de Guillaume APOLLINAIRE. Il n’en faudra pas plus pour qu’il fasse le lien avec ses études. Il sort d'une Agrégation d’allemand et consacre sa vie à une nouvelle année de formation. Il choisit donc d'explorer la vie du poète, Guillaume APOLLINAIRE, cet écrivain du 20ème siècle, né d'une mère expatriée de Pologne, sans famille, sans argent, contrainte de vendre son corps pour survivre. Cet enfant dont elle ne connaît pas le père lui pose plus de problème qu'il ne lui apporte de plaisir. Guillaume est élevé dans l'absence totale d'amour maternel. Devenu grand, il fréquente des femmes, artistes. On se souvient de Marie LAURENCIN avec qui il partage sa vie cinq années durant. Il vivra aussi quelques années avec son frère, Albert, à Stavelot. Il mourut aux côtés de son dernier amour, Jacqueline Kolb, sa dixième muse. Florent, au fur et à mesure de ses études, s'approprie la vie de l'artiste, l'apprivoise lentement mais sûrement, au point de la faire sienne. Bercé par un souffle d'illusions, il navigue bientôt entre rêve et réalité, c'est une nouvelle page de sa vie, personnelle celle-là, qu'il est en train d'écrire.

 

Ce qui m'a séduite, c'est la construction narrative et l’imbroglio savamment construit par l’écrivaine. Ce roman, ce sont, en réalité, deux histoires liées l’une à l’autre par le jeu de l’écriture, celle de Florent, un personnage de fiction, et celle de Guillaume, Apollinaire, rien de moins. C’est aussi une alternance entre deux époques, l’une présente, l’autre passée. Enfin, cerise sur le gâteau, ce roman c’est un voyage entre rêve et réalité. J’avoue que j’ai lâché prise et me suis laissée porter par le doux effet de balancier et la démarche engagée par Alexandra KOSZELYK, une formidable conteuse.

Ce roman, il a quelque chose de fabuleux. C'est mon #Mardiconseil.

 

Je crois qu'Alexandra KOSZELYK mérite bien son hashtag #femmesdelettresalhonneur (initié par Moonpalaace) tout comme

 Louise MEY

Catherine ROLLAND

Sandrine COLLETTE

Carole ZALBERG

Marie CHARVET

Angélique VILLENEUVE

Fatou DIOME

Adélaïde BON

 

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2021-03-08T21:10:22+01:00

Mars au féminin, tapis rouge pour Louise MEY

Publié par Tlivres
Mars au féminin, tapis rouge pour Louise MEY

Dans les pas de Flo and books, et pour cette édition 2021 du mois de #marsaufeminin, j'ai choisi de dérouler le tapis rouge à Louise MEY, une autrice dont j'ai découvert la plume récemment avec son roman "La deuxième femme", une prouesse littéraire, un roman noir, une lecture coup de poing.

 

Sandrine tombe sous le charme de « l’homme qui pleure », celui dont la première femme est portée disparue et qu’elle découvre sur son écran de télévision. Elle décide de participer à une marche blanche, c’est là qu’elle va le rencontrer, en chair et en os. Une histoire d’amour commence, pour le meilleur et pour le pire !

 

Dans le rôle de la victime, il y a Sandrine, une jeune femme que personne n’a jamais aimé. Elle mène avec son corps une guerre sans merci et se maltraite à coups de propos injurieux. Il n’en fallait pas plus pour que « l’homme qui pleure » tisse sa toile de prédateur, exploite les fragilités de celle qu’il va progressivement museler.

 

J’ai beaucoup aimé les relations établies entre l’enfant de « l’homme qui pleure », Mathias, et Sandrine, « La deuxième femme ». Il y a, dans la complicité établie entre ces deux êtres fragiles, maltraités, quelque chose de profondément intime et émouvant.

 

 

Ce roman, je l’ai lu comme un acte militant. Louise MEY s’est beaucoup documentée sur les violences faites aux femmes et prouve ici ô combien ce qui se passe avant le premier acte physique est lourd de conséquence. L’humiliation, les propos, les comportements qui permettent d’instaurer un climat de peur, d’angoisse, sont autant de violences qu’il convient de repérer et de caractériser. L’écrivaine décrit avec précision cette échelle de violences. Elle évoque des petits détails qui pourraient paraître insignifiants s’ils n’étaient accumulés au quotidien dans le seul but de nuire par l’asservissement.

 

C’est un roman (Louise MEY aurait pu choisir la forme du récit de vie) qui, par son registre littéraire même, rend universel le scénario du prédateur.

 

Dans une plume fluide, Louise MEY varie les rythmes, plutôt lent dans la première partie du livre avec une accélération nette et fulgurante dans le dernier quart. Un roman haletant.

 

Louise MEY mérite bien son hashtag #femmesdelettresalhonneur (initié par Moonpalaace) tout comme

 

Catherine ROLLAND

Sandrine COLLETTE

Carole ZALBERG

Marie CHARVET

Angélique VILLENEUVE

Fatou DIOME

Adélaïde BON

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2021-03-08T19:18:09+01:00

Mesdames de Grand Corps Malade

Publié par Tlivres
Mesdames de Grand Corps Malade

Nous sommes le 8 mars, la Journée Internationale des droits des femmes. Qui mieux que Grand Corps Malade pour honorer les femmes comme il se doit ?

Ma #lundioeuvredart, c'est sa chanson intitulée "Mesdames", je vous en livre les paroles, un très beau texte :

Veuillez accepter Mesdames ces quelques mots comme un hommage
A votre gente que j'admire qui crée en chaque homme un orage
Au cinéma ou dans la vie vous êtes les plus beaux personnages
Et sans le vouloir vous tenez nos cœurs et nos pensées en otage

Veuillez accepter Mesdames cette déclaration
Comme une tentative honnête de réparation
Face au profond machisme de nos coutumes de nos cultures
Dans le grand livre des humains place au chapitre de la rupture

Vous êtes infiniment plus subtiles, plus élégantes et plus classes
Que la gente masculine qui parle fort prend toute la place
Et si j'apprécie des deux yeux quand tu balances ton corps
J'applaudis aussi des deux mains quand tu balances ton porc

Derrière chaque homme important se cache une femme qui l'inspire
Derrière chaque grand être humain précède une mère qui respire
« La femme est l'avenir de l'homme » écrivait le poète
Et bien l'avenir s'est installé … et depuis belle lurette

Vous êtes nos muses, nos influences, notre motivation et nos vices
Vous êtes Simone Veil, Marie Curie, Rosa Parks, Angela Davis
Vous êtes nos mères, vous êtes nos sœurs
Vous êtes caissières, vous êtes docteurs
Vous êtes nos filles et puis nos femmes
Nous, on vacille pour votre flamme

Comment ne pas être en admiration et sans commune mesure
Pour celles qui portent et fabriquent pendant neuf mois notre future
Pour celles qui cumulent plusieurs emplois et ce sans sourciller
Celui qu'elle joue dans la journée et le plus grand : mère au foyer

Veuillez accepter Mesdames cette réelle admiration
De votre force, votre courage et votre détermination
Veuillez accepter Mesdames mon aimable faiblesse
Face à votre fragilité, votre empathie et votre tendresse