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2020-09-15T06:00:00+02:00

La fièvre de Sébastien SPITZER

Publié par Tlivres
La fièvre de Sébastien SPITZER

Albin Michel

Après « Ces rêves qu’on piétine », un immense coup de coeur découvert grâce aux fées des 68 Premières fois, Sébastien SPITZER fait son entrée dans la rentrée littéraire de septembre avec « La fièvre ».

Nous sommes quelques jours avant le 4 juillet 1878 à Memphis aux Etats-Unis. Les préparatifs de la Fête de l’Indépendance battent leur plein. Le 4 juillet, c’est aussi la date anniversaire d’Emmy Evans. Son père est derrière les barreaux depuis quelques années. Pour ses 13 ans, quel formidable cadeau que de le voir descendre du navire, le Natchez. Malheureusement, en plein débarquement, un coup d’arrêt est donné. Les voyageurs sont contraints à réembarquer dans l’urgence. Un malade vient d’être repéré. Le bateau repart pour être mis en quarantaine. Emmy rentre chez elle, retrouver sa mère dans le cabanon qui fait office d’habitation. Sa mère travaille chez la famille Adams, des Blancs. Elles ne tarderont pas à découvrir que le père d’Emmy était bien arrivé en ville, mais la veille du débarquement. Il avait passé la nuit à la Mansion House, un bordel tenu par Anne Cook. Au petit matin, pris d’une fièvre insoutenable, il sort nu de l’établissement et meurt dans la rue principale de Memphis. Son corps est pris en charge. Les autorités essaient de faire l’omerta sur ce cas de fièvre jaune. Keathing, lui,  un proche du Ku Klux Klan, Chef du Memphis Daily et témoin de la prolifération de la maladie, dévoile dans les pages de son journal l’état de la situation. Un exode massif de la population s’engage, là commence une nouvelle histoire !

Ce roman, éblouissant, commence avec une scène effroyable, le meurtre d’un homme noir par le Ku Klux Klan. Sébastien SPITZER donne le ton d’une époque où, je le cite,  


[...] naître noir est une malédiction

L’écrivain concourt au devoir de mémoire de la grande Histoire des Etats-Unis avec une focale sur celle de la condition noire. Il rappelle, s’il en était nécessaire, à quel point le racisme peut gangrener une société, au péril de la vie des minorités.

C’est dans ce contexte historique et politique des plus tendus que la maladie fait son apparition, en quelque sorte, la double peine, celle qui va faire tomber 5 000 hommes, femmes et enfants de Memphis.

S’il est des êtres chez qui l’instinct de survie fait perdre son sang-froid, au risque de sombrer dans la lâcheté,


La vague des rumeurs brise toutes les résistances. Même celle de la raison. P. 132

Il en est d’autres qui font preuve d’une force supérieure et d’un courage inouï pour surmonter les événements. Anne COOK et Raphaël T. BROWN, un ancien esclave, font partie de ceux-là.

Sébastien SPITZER, qui s’est largement documenté, s’est effectivement inspiré de faits réels pour construire un scénario éminemment romanesque. Dans un jeu d’écriture audacieux, parfaitement réussi, il arrive à faire se croiser réalité et fiction au bénéfice de grands Hommes dont l’honneur est aujourd’hui rendu. Ce roman est d’une profonde sensibilité.


C’est dans les épaisseurs de ces instants, dans le creux de ces mots, que se loge le sentiment. P. 205

Et puis, il y a ce questionnement autour du journal, le Memphis Daily, et de son responsable, Keathing. Devait-il relater des faits portés à sa connaissance au risque d’engendrer un mouvement de foule non maîtrisé et des événements d’une extrême gravité ? Ce fut pour lui un cas de conscience. Il a décidé seul. Sébastien SPITZER, avant de devenir écrivain, était journaliste de formation. Assez subtilement, mais tout à fait judicieusement en tant que professionnel du genre, il évoque la puissance des médias. C’était vrai en 1878, ça l’est encore plus aujourd’hui avec la multiplication des supports. Où en sommes-nous de la liberté de la presse ?  Quel rôle lui vouons-nous ? Peut-elle s’affranchir des opinions qu’elle est susceptible d’influencer ? Qui peut décider des contenus publiés ? Autant de questions auxquelles l’écrivain nous invite à réfléchir !

Ce roman est sorti en librairie dans un contexte de crise sanitaire lié à la pandémie du coronavirus. C’est un concours de circonstances relevant du plus grand des hasards, Sébastien SPITZER en fut le premier surpris.

Dans une plume tendre et délicate, l’auteur décrypte avec minutie la psychologie de chacun des personnages et dresse des portraits d’une rare beauté. C’est un roman prodigieux.

Dans cette rentrée littéraire de septembre 2020, retrouvez mes chroniques de 

"La femme qui reste" de Anne DE ROCHAS, un premier roman, coup de coeur

"La belle lumière" de Angélique VILLENEUVE *****

 

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commentaires

choup 15/09/2020 10:11

J'avais eu un gros coup de coeur pour Ces rêves qu'on piétinne. Celui-ci me tente vraiment beaucoup. Merci du billet!

Tlivres 15/09/2020 21:16

Alors, savoure le plaisir d’avoir ENCORE cette lecture devant toi ????

manou 15/09/2020 09:25

Je l'ai déjà noté pour le lire car j'avais beaucoup aimé lire "Ces rêves qu'on piétine". Merci pour cette présentation qui me donne envie de le découvrir plus vite

Tlivres 15/09/2020 21:16

Manou, je pense qu’il pourrait vraiment te plaire ????

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