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Articles avec #rl2020_septembre catégorie

2021-07-29T17:00:00+02:00

Le sanctuaire de Laurine ROUX

Publié par Tlivres
Le sanctuaire de Laurine ROUX

Il y a des romans des 68 Premières fois qui vous marquent les uns plus que les autres. "Le sanctuaire", le second roman de Laurine ROUX publié chez Les éditions du Sonneur, fait partie de ceux-là.

Nous sommes bercés par les médias qui nous annoncent que bon nombre d'entre nous optent, cette année plus que d'autres, pour des vacances au vert. Mais il est aussi des modes de vie, réels ou de fiction, qui choisissent de se nicher dans la nature pour y vivre reclus, loin des autres, loin des bactéries, loin de la société.

Et puis, nous sommes le "jour du dépassement". Aujourd'hui, jeudi 29 juillet, l'humanité a consommé les ressources planétaires dont elle disposait pour l'année toute entière.

Il n'en fallait pas plus pour que je décide de remettre en lumière "Le sanctuaire" et d'y puiser ma #citationdujeudi !

Ce roman, c'est un conte des temps modernes. Il y est question d’un virus transmis à l’homme par l’animal, de confinement, d’instinct de survie, de besoins primaires et de biens essentiels. 

Mais, plus que tout, ce que je souhaiterais mettre sous les projecteurs, c'est la qualité de la plume de Laurine ROUX. L'écrivaine joue avec les atmosphères, tantôt pesantes, tantôt légères, à l'image de cette citation qui donne à voir un avenir un brin enchanté.

Alors, puisque cette lecture est un moment hors du temps. Rêvons un peu...

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2021-04-16T06:00:00+02:00

Un jour ce sera vide de Hugo LINDENBERG

Publié par Tlivres
Un jour ce sera vide de Hugo LINDENBERG

Christian BOURGOIS Editeur

Il y a eu cette soirée « Varions Les Éditions en Live » (Vleel) organisée par Anthony connu sous le doux nom de serial_lecteur_nyctalope avec Clément RIBES, Directeur de la maison d'édition, et puis cet échange avec Hélène. A chaque livre son histoire...

Un jeune garçon de 10 ans passe l’été chez sa grand-mère. Chaque jour, il joue sur cette même plage normande. Alors qu’il s’amuse à gratter une méduse avec un bâton, Baptiste s’invite à ses côtés. Il lui demande de la tuer !

Dans les romans, ce que j’aime, c’est l’instant de rupture. Là, un premier intervient très vite dans la prose de Hugo LINDENBERG, primo-romancier. 

Dans ce roman familial, j'ai adoré les passages autour de la relation que lie la grand-mère à son petit fils. Lui, lui voue un immense amour :


Mais je peux encore étirer le moment, l’observer, à condition de ne pas faire trop de bruit. C’est ma manière à moi de l’aimer. P. 59

Le regard qu'il porte sur cette femme est ingénu mais une relation s'établit à deux. Ce roman, plus globalement, c'est une manière d'approcher la grand-maternité et de la magnifier dans ce qu'elle a de plus sincère, de plus vrai, de plus beau.

Et puis, vous l’avez compris, il y aura un avant et un après cet été là. L’écrivain nous invite à passer deux mois dans la vie d’un enfant qui va vivre un parcours initiatique en vitesse accélérée. Cet été là, c'est le champ de tous les possibles qui s'offre à lui.

C'est là qu'il va découvrir la puissance de l’amitié avec Baptiste, faire des premières expériences, inoubliables.


Chaque seconde nous rapproche du moment où il faudra dévoiler plus de soi qu’on ne voudrait. P. 14

J'ai aimé décrypter le regard porté aux autres et la potentielle adoration qu'ils génèrent. Qui n’a jamais envié un.e plus grand.e que soi, qui n’a jamais sublimé la famille d’un.e autre, l’imaginant plus ci, plus ça, idéale quoi ! Je suis toujours fascinée par ce qui emporte l’adhésion au modèle ou au contraire la rébellion. Qu'est-ce qui fait qu'un enfant, confronté à des réalités autres que la sienne, finit par se dire que sa famille c'est la meilleure, ou au contraire, la pire ?

Et puis, ce qui m'interpelle toujours, c’est la juxtaposition de la sphère de l’intime avec celle publique, ce jeu de l'alternance de l’intérieur et de l’extérieur. Ce qui est acceptable à la maison, à l’abri des regards, devient l’objet de la honte sous le regard des autres, dehors, sur la plage. Comment un enfant appréhende-t-il les choses ? Comment se construit-il entre ces deux univers qui, tous deux, le happent à n'en plus finir ?

Dans ce roman, beaucoup de questions sont posées. Hugo LINDENBERG choisit de partager une certaine vision du monde par le filtre des yeux d’un enfant. La narration à la première personne du singulier, dans ce cadre précis, est loin d’être facile tant le risque de tomber dans la mièvrerie est grand. Mais là, la magie a opéré. J’ai aimé retrouver l’innocence des jeunes pousses, oublier qui je suis pour me laisser porter par la candeur des apprentissages.

La plume est belle. Ce premier roman est très réussi.

Merci Hélène ! Nul doute que lors de notre prochain book club, il sera évoqué...

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2021-04-10T06:00:00+02:00

le Sanctuaire de Laurine ROUX

Publié par Tlivres
le Sanctuaire de Laurine ROUX

Les éditions du Sonneur

Signer avec les 68, c’est accepter de sortir des sentiers battus, quitter sa zone de confort et se laisser porter par la promesse de découvrir un certain registre de la littérature. le Sanctuaire a n’en pas douter illustre parfaitement cette expérience littéraire.

Papa, Maman, June et Gemma, la narratrice, vivent dans une cabane dans la montagne, loin des hommes, qui seraient tous morts, loin des oiseaux qui transmettraient un virus. C’est dans ce refuge que la famille organise sa survie. Le père part ponctuellement quelques jours. Gemma chasse, le petit comme le gros gibier, au couteau ou au tir à l’arc. A force de flirter avec l’interdit, Gemma découvre le plaisir de le défier... à ses risques et périls.

le Sanctuaire, second roman de Laurine ROUX, est un conte des temps modernes. S’il n’avait été écrit avant la pandémie de la covid19, le propos aurait à n’en pas douter trouvé sa source dans la période que nous traversons. Il est question d’un virus transmis à l’homme par l’animal, de confinement, d’instinct de survie, de besoins primaires et de biens essentiels. Le texte érige les limites géographiques du sanctuaire, jolie métaphore pour illustrer les limites psychologiques incarnées par le conte, entre fiction et réalité, mort et vie, personnages imaginaires et vivants, sauvages et hommes civilisés, croyances et faits...

C'est une allégorie de la caverne de Platon et Socrate, celle-là même qui opposait le bien et le mal.

Il est question aussi d’apprentissage. Loin de la modernité, de la ville et de la société de consommation, l’homo sapiens du XXIème siècle s'isole en pleine nature pour y puiser de la force.


La matinée est encore fraîche mais le soleil rôtit la crête des conifères ; ses rayons lardent mon visage, je me love dans leur moelleux. P. 109

D'ailleurs, il est dédié "Au petit peuple de Walden junior". Walden ou la Vie dans les bois, c'était un récit de Henry DAVID THOREAU, un pamphlet publié au XIXème siècle. On est tout à fait dans cette dimension avec "le Sanctuaire" de Laurine ROUX.

L'homo sapiens, donc, se recentre sur ses besoins vitaux, dormir et manger. Le père enseigne la chasse à ses filles de façon autoritaire. Ce roman devient un précis philosophique à moins qu’il ne soit en réalité un acte politique. Il puise dans les concepts du survivalisme qui mise sur l’effondrement du monde et la survie du genre humain, isolé, armé.

La boucle ne serait pas bouclée sans la fusion de l’homme avec le règne animal. Il y a des passages absolument fascinants sur la communication avec l’aigle.  

Enfin, terminons avec la qualité de la plume de Laurine ROUX. L’intrigue est parfaitement maîtrisée et le propos audacieux. Cette lecture, c’est assurément un moment hors du temps, et tout en poésie s'il vous plaît.


Le futur était à l’image de ces boîtes colorées : une succession de jours qui, chacun, recelait une promesse de bonheur. Il suffisait d’ouvrir le couvercle. P. 27

Retrouvez les autres romans de cette sélection 2021 :

"Over the rainbow" de Constance JOLY

"Avant le jour" de Madeline ROTH

"Il est juste que les forts soient frappés" de Thibault BERARD

"Les orageuses" de Marcia BURNIER

"Ce qu'il faut de nuit" de Laurent PETITMANGIN

"Nos corps étrangers" de Carine JOAQUIM

"Avant elleJohanna KRAWCZYK

"Tant qu'il reste des îles" de Martin DUMONT

"Les coeurs inquiets" de Lucie PAYE

Le bal des 68 se poursuit. J'invite Christophe MAE et sa "Nature" pour la 10ème danse, laissez-vous enivrer...

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2021-03-12T21:52:31+01:00

Mars au féminin, tapis rouge pour Anne DE ROCHAS

Publié par Tlivres
Mars au féminin, tapis rouge pour Anne DE ROCHAS

Dans les pas de Flo and books, et pour cette édition 2021 du mois de #marsaufeminin, j'ai choisi de dérouler le tapis rouge à Anne DE ROCHAS.

Cette plume, je l'ai découverte en août dernier avec un premier roman, "La femme qui reste" publié aux éditions Les Escales, un roman historique.

Ils sont cinquante hommes et femmes dont Anne de ROCHAS assure la mémoire. Inspirée de faits réels, elle nous livre dans les toutes dernières pages quelques éléments de biographie qui viendront renforcer la véracité du propos, l'occasion aussi pour moi de (re)découvrir des itinéraires d'Artistes tout à fait extraordinaires. 

Plus qu'une école d'art, le Bauhaus, c'est un courant de pensée. C'est d'ailleurs à ce titre que le régime en place les a fichés comme les instigateurs de "l'art dégénéré". Devant l'oppression du nazisme, beaucoup ont choisi de migrer. Certains réussiront à échapper aux griffes du Führer, d'autres auront des destins plus tragiques. Avec "La femme qui reste", c'est l'occasion de décrypter une époque, celle de l'euphorie artistique, du pas de côté.

La littérature offre cette possibilité de revisiter la grande Histoire, et avouons que Anne de ROCHAS, dans ce premier roman, l'assure tout en beauté. Je me suis délectée des 463 pages de "La femme qui reste", un livre foisonnant dans une plume d'une éblouissante poésie. Chaque mot est savamment choisi.

Je crois que Anne DE ROCHAS mérite bien son hashtag #femmesdelettresalhonneur (initié par Moonpalaace) tout comme Carine JOAQUIM,

et puis Alexandra KOSZELYK, Sandrine COLLETTE, Angélique VILLENEUVE, Louise MEY, Catherine ROLLAND, Carole ZALBERG, Marie CHARVET, Fatou DIOME, Adelaïde BON et Johanna KRAWCZYK.

Mars au féminin, tapis rouge pour Anne DE ROCHAS

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2021-03-11T12:45:00+01:00

Trencadis de Caroline DEYNS

Publié par Tlivres
Trencadis de Caroline DEYNS

Ma #citationdujeudi est l'occasion de revenir sur l'un de mes coups de coeur de ce début d'année. Vous avez peut-être lu "Trencadis" de Caroline DEYNS publié chez Quidam éditeur.

De Niki DE SAINT-PHALLE, je suis totalement fan. Le blog est d’ailleurs à son effigie avec ses trois « Nanas », joyeuses et voluptueuses. L'artiste, je l’ai découverte il y a une bonne trentaine d’années maintenant et suis devenue une inconditionnelle de ses œuvres comme de tout ce qu'elle représente en réalité.

Et quelle plus belle intention pour une femme que la construction de son château.

Niki DE SAINT-PHALLE était une femme ambitieuse, ce n'est pourtant pas que les hommes lui aient facilité les choses ! Et pourtant, elle réussira à concrétiser son rêve avec la création du "Jardin des Tarots" (Giardino dei Tarocchi) à à Garavicchio de Pescia Fiorentina en Toscane.

Au-delà des « Nanas », l’artiste plasticienne du XXÈME siècle a aussi revisité le mythe de la mariée, le culte de la maternité. Niki DE SAINT-PHALLE était une femme révoltée, une féministe à tout crin. C'est peut-être un peu grâce à elle que nous vivons notre condition d'aujourd'hui.

Sous la plume de Caroline DEYNS, l’artiste devient un personnage de roman dans tout ce qu’elle incarne d’EXTRAordinaire. La narration est ingénieuse avec l’invitation à témoigner de personnes qui ont connu Niki DE SAINT-PHALLE de très près comme son psychiatre, Eva AEPPLI, sculptrice et ex-compagne de Jean TINGUELY, Andréas VLIEGHE, forain, Fernande, une voisine de l’installation de Niki et Jean, une faiseuse d’ange, Sophie du Women’s Lib, Emilie, la fille de Léa, la femme de ménage de Soisy, autant de regards croisés portés sur un destin hors du commun, un peu comme si chacun venait poser son petit carreau de mosaïque pour composer le portrait de l'artiste. Un pari ambitieux, parfaitement réussi, bravo !
 
Ce roman est prodigieux.

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2021-03-06T07:00:00+01:00

Ce qu’il faut de nuit de Laurent PETITMANGIN

Publié par Tlivres
Ce qu’il faut de nuit de Laurent PETITMANGIN

Jamais 2 sans 3 ! Nouvelle lecture coup de poing de l'édition 2021 du bal des 68 Premières fois. Après, 

"Nos corps étrangers" de Carine JOAQUIM

"Avant elleJohanna KRAWCZYK

me voilà de nouveau à terre !

Fus est un jeune garçon passionné de football et reconnu pour ses qualités sportives dans le club du village. Son père l'accompagne aux matches le dimanche matin. C'est le rendez-vous, un lieu de rencontre des copains, comme un rituel qui tient toute sa place dans une journée de collégien qui se poursuit avec la visite de la moman à l'hôpital. Elle est malade d'un cancer. Trois années durant, Fus et son père seront au chevet d'une femme battue par la maladie. Quand elle s'éteint, Fus s'occupe de son jeune frère, Gillou, pendant que leur père travaille de nuit à la SNCF. Le premier été suivant la mort de la moman, les trois garçons partent en vacances en camping. Il n'y aura qu'une année tous ensemble. Fus grandit, il a de nouveaux copains, d'autres plans. Et puis rapidement, c'est l'engrenage, la distance prise avec Jérémy, son pote d’enfance,  un retour à la maison avec un bandana affichant une croix celtique, et puis, l’impossibilité à communiquer d'homme à homme, et puis, l’extrême, l’irréparable... 

La narration de ce roman est à la première personne du singulier.

Derrière le je, il y a un homme, un Français du 54, un employé de la SNCF, un supporter du FC Metz, qui s'exprime dans une langue un brin populaire, qui dévoile ses états d'âme comme une confession. Le texte est au présent, un peu comme si le narrateur nous dévoilait son journal intime au fil des années.

Derrière le je, il y a un veuf. Sa femme est décédée. Elle l'a laissé seul. Il n'y a pas eu d'élan de tendresse, de complicité amoureuse, de gestes passionnés. Elle est partie comme elle a enduré la maladie, avec fatalisme. Il s'évertue pourtant à penser qu'elle serait fière de lui...


La moman m’habitait dans ces moments, je pense qu’elle était contente de la façon dont je gérais l’affaire. P. 95

Derrière le je, il y a un père, un être qui se sent responsable, en charge de deux garçons. C'est quelqu'un qui gère le quotidien avec ses armes. Les mots et les grands discours, c'est pas son truc, mais quelle preuve d'amour ! Bien sûr, s'il n'avait pas été directement concerné par l'affaire, il aurait pris de la distance, il se serait peut-être même exprimé, mais là... c'est un peu comme une déferlante qui s'abat sur lui. Il est tétanisé par la gravité des faits et rongé par un sentiment de culpabilité.


Un réflexe de vieux, poussif à ne plus en pouvoir, mais j’avais agi en père dont le fils était en danger. P. 10

A travers cet itinéraire familial, c'est un roman social, celui de la désillusion d'une famille, de la mort d'une industrie, d'une région aussi. 

Laurent PETITMANGIN, à défaut de comprendre, tente d'expliquer, par l'exemple, la montée du populisme, l'adhésion à une idéologie de haine, l'expression par les poings.

A la naissance, tous les bébés se ressemblent, leurs destins seront pourtant fondamentalement différents. C'est aussi la paternité qui est explorée dans une famille monoparentale, la jeunesse d'un enfant bafouée, le deuil, l'adolescence, cette période de toutes les prises de risques, de vulnérabilité aussi.


Que toutes nos vie, malgré leur incroyable linéarité de façade, n’étaient qu’accidents, hasards, croisements et rendez-vous manqués. Nos vies étaient remplies de cette foultitude de riens, qui selon leur agencement nous feraient rois du monde ou taulards. P. 171

Je me suis rapidement retrouvée piégée par le jeu d'écriture de l'auteur. La pression a monté, mon indignation aussi. J'ai senti mon coeur se serrer et puis la digue a lâché. Je me suis retrouvée à fondre en larmes sur les toutes dernières pages, la chute est magistrale.

La plume, je l'ai dit, elle est un brin populaire, ça ne l'empêche pas d'être empreinte d'une tendresse profonde et d'une force inouïe.

Chapeau Monsieur PETITMANGIN pour le contenu de l'histoire, la qualité du scénario.

Chapeau aussi à La Manufacture de livres, il fallait oser.

"Ce qu'il faut de nuit" de Laurent PETITMANGIN

tout juste lauréat du Prix Libr'à nous,

également le grand gagnant des Prix Stanislas et Femina des Lycéens,

est en lice pour le Prix Saint-Georges du Premier roman organisé par la Librairie de Pithiviers avec

"Avant elleJohanna KRAWCZYK

"Le premier Homme" de Raphaël ALIX

Que le meilleur gagne !

 

Au bal des 68 Premières fois, "Ce qu'il faut de nuit" de Laurent PETITMANGIN succède à :

"Avant elle" de Johanna KRAWCZYK

"Tant qu'il reste des îles" de Martin DUMONT
"Les coeurs inquiets" de Lucie PAYE

"Nos corps étrangers" de Carine JOAQUIM

on reste dans le registre du hard rock. Je vous propose "Demon Fire" du groupe AC/DC...

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2021-03-03T22:01:06+01:00

Mars au féminin, tapis rouge pour Angélique VILLENEUVE

Publié par Tlivres
Mars au féminin, tapis rouge pour Angélique VILLENEUVE

Dans les pas de Moonpalaace, et pour cette édition 2021 du mois de #marsaufeminin, j'ai choisi de dérouler le tapis rouge à Angélique VILLENEUVE, une autrice dont j'ai découvert la plume avec 

"Maria"

et plus récemment avec

"La belle lumière"

Le premier roman m'avait profondément touchée et interpellée sur la notion du genre grâce à un scénario tout à fait remarquable.

De "La belle lumière", je suis sortie « illuminée » par la beauté des mots. Tout commence avec une scène saisissante. 

Nous sommes en 1886, aux Etats-Unis, à Tuscumbia, dans les bois. Kate KELLER, la mère, est toute attentionnée à l’itinéraire de sa fille, Helen, que l’on soupçonne... différente. Elle est en réalité aveugle, sourde et muette.

 

Kate a épousé un homme, Arthur, à la tête d’un journal, âgé de 20 ans de plus qu’elle. L’enfant naît 2 ans après leur mariage. Tout se passe « normalement » (si normalité il y a), jusqu’à ses 19 mois. Là, elle est prise de fortes fièvres. Sa mort est annoncée. Le bébé survit pourtant mais avec des séquelles profondes. Si les apprentissages de la vie quotidienne de l’enfant sont difficiles, il est un champ dans lequel Helen évolue en s’affranchissant de toute forme de handicap, c’est celui des fleurs, des roses très précisément. A sa naissance, un premier rosier, « Pâquerette », créé par une roseraie lyonnaise, avait été offert à Kate, celui-là ne supportera pas les différences de températures entre la France et les Etats-Unis mais il sera le point de départ d’une collection tout à fait exceptionnelle au sein de laquelle Helen « s’épanouira comme une fleur » ! Mère et fille évoluent dans une famille élargie. Il y a la soeur d’Arthur, il y a deux fils d’un premier mariage, il y a une nièce orpheline et, pour les servir, des hommes et des femmes, noirs. Virginia s’occupe de la maison, Yates du jardin, Hilliott des chevaux. C’est dans cet environnement interculturel que Kate va mener son plus grand combat, celui de l’éducation de sa fille par la voie d’un apprentissage « adapté », mais là commence une toute nouvelle histoire.

 

La plume est éminemment poétique.

 

Angélique VILLENEUVE mérite bien son hashtag #femmesdelettresalhonneur 

après

Fatou DIOME

Adélaïde BON

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2021-02-26T19:51:09+01:00

Trencadis de Caroline DEYNS

Publié par Tlivres
Trencadis de Caroline DEYNS
 
Je ne vais pas tenir bien longtemps alors autant vous le dire tout de suite, « Trencadis » de Caroline DEYNS est un coup de ❤️, rien de moins ! Il me tardait de retrouver le "Coeur gros" de Marie MONRIBOT...
 
Niki DE SAINT-PHALLE naît le 29 Octobre 1930 à Neuilly-sur-Seine. Ses parents, installés à New-York, la confient à ses grands-parents en France. Ils vont l’élever pendant trois années de sa petite enfance. Quand elle retrouve ses parents, elle est tyrannisée par une mère qui place les bonnes manières tout en haut de la hiérarchie de ses valeurs. À 11 ans, c’est lors de l’été 1942 qu’elle est violée par son père dans la maison de vacances louée à Nice. Plus tard, elle devient mannequin. Elle épouse Harry, un homme bien sous tous rapports. Ensemble, ils ont une fille, Laura. Peut-être est-ce la maternité ? Toujours est-il que Niki va de plus en plus mal, les pensées suicidaires l'envahissent. Elle fait un séjour en hôpital psychiatrique. Elle est traité avec les électrochocs de l'époque. Elle ne cesse d’évoquer l’été des serpents, un souvenir qui en cache un autre, beaucoup plus effroyable. A la sortie de l'hôpital, son père avoue. C’est là que commence une nouvelle vie pour elle et que d’autres horizons se profilent...
 
De Niki DE SAINT-PHALLE, je suis totalement fan. Le blog est d’ailleurs à son effigie avec ses trois « Nanas », joyeuses et voluptueuses. L'artiste, je l’ai découverte il y a une bonne trentaine d’années maintenant et suis devenue une inconditionnelle de ses œuvres comme de tout ce qu'elle représente en réalité.
 
J’aime, comme beaucoup je crois, les formes généreuses de ses "Nanas", leurs couleurs vives, leur joie communicative et le mouvement qu’elles représentent.
 
Mais les « Nanas » sont aussi porteuses d’une certaine image de la femme, une représentation en contradiction totale avec le canon brancardé par le mannequinat. Et quand Niki DE SAINT-PHALLE allonge sa « Nana » à terre dans des dimensions gigantesques pour permettre aux visiteurs du Moderna Museet de Stockholm (Suède) de la pénétrer par le vagin, elle devient la féministe que je vénère.

Au-delà des « Nanas », l’artiste plasticienne du XXÈME siècle a aussi revisité le mythe de la mariée


Sans autre but alors que de faire péter le cadre familial avec la seule bombe artisanale qu’ils ont été capables de fabriquer : des épousailles en catimini devant des témoins ramassés sur le trottoir. P. 51

et exploré le sujet de la maternité d’une façon tout à fait révolutionnaire. Comme j’aime voir Caroline DEYNS jouer le rôle de médiatrice de ces œuvres-là en particulier et nous expliquer le pourquoi du blanc.
 
Ce roman relate la naissance d’une femme artiste. Que de lutte, de courage et de force, pour accéder à son registre de prédilection. Comme j’aime ce passage autour de la rencontre de Niki DE SAINT-PHALLE avec ce forain avec qui elle donnera naissance à des œuvres, aujourd'hui encore largement méconnues, créées à partir de tirs de carabines, surprenant non ?
 
Et puis, Niki DE SAINT-PHALLE, c'est aussi l’utilisation de matériaux singuliers pour réaliser des « Trencadis », ces mosaïques d’éclats de céramique et de verre dont l'artiste va faire sa signature.

Il y a, enfin, ce rêve inouï de créer un jardin à l’image du Parc Güell de Barcelone parsemé d’œuvres de GAUDÍ !


Je suis franco-américaine, mon château, je l’imaginerai et le construirai avec des courbes comme des bras qui vous entourent, et de la couleur, de la couleur à vous rendre ivre. P. 60

 
Sous la plume de Caroline DEYNS, l’artiste devient un personnage de roman dans tout ce qu’elle incarne d’EXTRAordinaire. La narration est ingénieuse avec l’invitation à témoigner de personnes qui ont connu Niki DE SAINT-PHALLE de très près comme son psychiatre, Eva AEPPLI, sculptrice et ex-compagne de Jean TINGUELY, Andréas VLIEGHE, forain, Fernande, une voisine de l’installation de Niki et Jean, une faiseuse d’ange, Sophie du Women’s Lib, Emilie, la fille de Léa, la femme de ménage de Soisy, autant de regards croisés portés sur un destin hors du commun, un peu comme si chacun venait poser son petit carreau de mosaïque pour composer le portrait de l'artiste. Un pari ambitieux, parfaitement réussi, bravo !
 
Ce roman est prodigieux.

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2021-02-19T12:20:00+01:00

Héritage de Miguel BONNEFOY

Publié par Tlivres
Héritage de Miguel BONNEFOY

Rivages

Miguel BONNEFOY est un formidable conteur. Après « Sucre noir » et « Le voyage d’Octavio », il confirme son talent pour décrire de formidables épopées.

 Les Lonsonier se transmettaient le vignoble familial du Jura de génération en génération jusqu’à ce que le phylloxera réduise les ceps sur pied en bois mort. Dès lors, une autre vocation restait à trouver, le Nouveau Monde séduisait les foules, c’était le moment d’embarquer. Le fils Lonsonier pris le bateau au Havre. Drogué par une diseuse de bonne aventure, il se mit à halluciner. Craignant qu’il ne soit malade de la typhoïde, le capitaine du navire décida de le faire accoster à Valparaiso au Chili. C’est là qu’il rencontrera Delphine, d’origine bordelaise, avec qui il aura trois enfants, trois garçons, qui tous, seront engagés dans l’armée pour sauver la France des griffes de l’occupant. Deux tomberont dans les tranchées de la Marne, seul Lazare en réchappera avec des blessures de guerre au poumon. A son retour, il fonde une famille avec Thérèse. Leur fille, Margot, triste, que les jeux d’enfants n’intéressent pas, choisira d’être aviatrice, un destin qui ne sera pas sans faire de cheveux blancs à ses parents. Mais là commence d’autres aventures sur fond de seconde guerre mondiale et de dictature en Argentine.

 Ce roman, c’est un voyage entre les continents avec la découverte de l’Amérique du Sud par des Français, c’est aussi un voyage dans le temps dans lequel vont s’égrener les grands événements du XXème siècle, les guerres mondiales et la dictature en Argentine. J’ai adoré me laisser porter par les aventures de cette famille et la transmission entre générations. Le roman devient une véritable saga.

 Plus que tous, c’est le personnage de Margot qui m’a « emballée ». Hors norme dès sa plus tendre enfance, son portrait et l’approche de son comportement par sa mère m’ont fait penser à Helen et Kate KELLER dans le roman d’Angélique VILLENEUVE "La belle lumière".


Sa mère fut peut-être la seule à comprendre la distante rêverie de sa fille qu’on confondit avec de la froideur de caractère. P. 68

Miguel BONNEFOY prend le pari audacieux de distinguer l’instinct maternel de celui paternel...


Les silences masculins remplaçaient les baisers, les tâches journalières se substituaient aux indulgences maternelles, les exigences du devoir chassaient les cajoleries. P. 142

Nul doute qu’il ne fera pas l’unanimité mais rappelons-nous, l’histoire se passe au XXème siècle, les us et coutumes évoluent avec le temps, non ?

 Bref, la petite Margot n’a cessé de tracer son sillon. On sait ô combien il était difficile à l’époque pour une fille de s’improviser dans des champs réservés aux hommes. Margot faisait preuve de courage et de ténacité, d’une audace absolument incroyable qui lui permit de repousser les limites et participer, elle aussi, à des événements des deux côtés de l’océan Atlantique. En ce sens, « Héritage » revêt le costume du roman d’aventure.

 Avec le personnage de Margot, je saisis l’opportunité de rappeler aux filles de tout oser, tout rêver, et de cesser de penser que certaines activités seraient l’apanage d’un genre. Alors, si la littérature peut susciter des vocations, ne nous en privons pas !

 Mais les romans de Miguel BONNEFOY ne seraient pas ce qu’ils sont sans une certaine part d’onirisme, c’est un peu la signature de l’écrivain, un registre qui lui va si bien. « Héritage » n’y échappe pas et voit une partie du roman construite sur le fil ténu du rêve. Dès lors, tout peut vous arriver !

 Le rythme est fougueux, la plume enchanteresse et le roman captivant. C'est assurément un très bon crû. Il est en lice pour le Prix des Libraires 2021 avec notamment :

"Tant qu'il reste des îles"

de Martin DUMONT découvert grâce aux 68 Premières fois

"Ce qu'il faut de nuit"

de Laurent PETITMANGIN également dans la sélection 2021

J’ai rédigé cette critique dans le cadre du mois consacré à la littérature latino-américaine, une initiative de Ingannmic et Goran, découverte Sur la route de JosteinDans ce cadre, retrouvez également

 « Les Vilaines »

de Camila SOSA VILLADA

 

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2021-02-16T18:25:00+01:00

Mauvaises herbes de Dima ABDALLAH

Publié par Tlivres
Mauvaises herbes de Dima ABDALLAH
Sabine Wespieser Editeur
 
Je tiens le doigt de mon géant, un seul doigt d’une seule main pour affronter la guerre civile au Liban, quitter l’école et rentrer chez nous, dans notre abri, notre refuge, notre intimité, notre intérieur qui nous protège du dehors, de ce qui me fait peur, de ce qui fait grossir la boule dans ma gorge. J’aime retrouver les plantes en pot, le jasmin, la marjolaine, le basilic, le romarin, la verveine, le thym... toutes ces plantes qui me rappellent que je suis en vie, je les vois, je les touche, je les hume, je les bois en tisane et les savoure en cuisine, elles sont mon ancrage dans une guerre qui chaque jour met en danger mes racines.
 
Elle tient mon doigt, un doigt d’une seule main, c’est tout ce qui nous lie, ce qui nous relie, ce qui nous unit contre tous, les soldats, les terroristes... la guerre, je vois bien que tu en as peur, mais les mots n’ont pas leur place entre nous, les mots noircissent des feuilles de papier, ils sont là, couchés, incapables de franchir mes lèvres pour te rassurer.
 
Ce roman profondément troublant, ce sont deux voix, deux narrations, deux confessions. Il y a celle dont on comprend au fur et à mesure de la lecture qu’il s’agit de l’enfant, une petite fille, et l’autre, celle de son père. À travers leurs voix, c’est le rapport à l’intime, la confrontation de chacun à son corps, ses tripes, ses sentiments, une véritable introspection.


La peur, c’est le sentiment qui prend le dessus sur toutes les autres émotions. La peur, c’est le signal de la présence d’un danger. P. 153

Le roman, c’est pour chacun la quête du soi, celle de son identité dans ce qu’elle exprime de l’attachement à la terre natale, la terre d’origine, c’est aussi, tout au long des 36 années égrenées, le lent chemin vers le pardon.


C’est le coeur qui a ouvert le feu mais tout le reste du corps suit et approuve la guerre ouverte. P. 193

Et puis, il y a la mémoire, le fantôme des souvenirs personnels qui hantent les esprits comme les « Mauvaises herbes » qui se glissent dans chaque petite faille, s’y développent sans que rien ni personne n’y fasse.


J’espère qu’elle grandira comme poussent ces adventices. Ces hôtes de lieux incongrus, ces hôtes que personne n’a invités, que personne n’a voulus, qui dérangent mais s’en moquent bien et n’en finissent pas de pousser. P. 106

La métaphore est tellement juste. C’est le mythe de Sisyphe revisité, le long combat personnel vers le bout du tunnel, le petit point lumineux.


Ma mémoire fait repousser chaque matin des mauvaises herbes obscures que j’arrache sans relâche et en vain. P. 196

À travers leurs voix, c’est le rapport à l’autre qui est aussi exploré sous l’angle de la paternité. Il y a la présence, la protection, le réconfort, l’entre soi contre tous.


C’est une parenthèse, un moment hors du temps, quelques minutes qui ne font pas encore partie de la journée, qui ne comptent pas, un petit bout d’éternité. P. 98

J’ai été profondément troublée par l’absence de paroles, l’incapacité pour l’un et pour l’autre à dialoguer, à converser, à échanger... et soulager les maux de l’autre. Il y a pourtant quelque chose de l’ordre de la transmission, dans l’instant pour sauver sa peau dans cette guerre qui s’insinue dans tous les pores, à l’échelle d’une quinzaine d’années, le temps de la guerre civile au Liban, et puis sur plus de trois décennies, le temps de deux générations.
 
A travers leurs voix, c’est aussi le rapport au monde, sa confrontation personnelle à un environnement, des paysages, une langue... il est question d’acculturation, d’acceptation, de faire sien pour faire la paix.
 
Ce roman, c’est plus que tout un hymne à l’écriture, la force et l’objectif du père,


Je vais écrire parce que c’est la seule façon que j’ai de résister encore un peu. C’est mon combat, c’est ma guerre à moi. P. 109

La plume est belle, sensible, charnelle. Dans la forme, j’adore celles et ceux qui cherchent leurs mots, en proposent plusieurs pour finalement trouver celui qui sonne le plus juste. Dans le roman de Dima ABDALLAH, c’est, et ce qui donne la force au propos, et l’illustration même du chemin emprunté par chacun, l’incarnation d’un parcours initiatique.
 
J’ai profondément aimé ce roman empreint d'une profonde humanité.
 
L’alternance des deux narrations à la première personne du singulier ne fait que renforcer le champ des possibles, les divers horizons. Sensationnel !
 
Ce roman fait partie de la sélection 2021 du Prix du roman Cezam avec :
 
Pour la beauté du geste de Marie MAHER
Les chevaliers du tintamarre de Raphaël BARDAS
Le répondeur de Luc BLANVILLAIN
La certitude des pierres de Jérôme BONNETTO
La soustraction des possibles de Joseph INCARDONA
Betty de Tiffany McDANIEL
Tuer le fils de Benoît SEVERAC
Sang chaud de Kim UN-SU
 

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2021-02-09T07:00:00+01:00

Impact de Olivier NOREK

Publié par Tlivres
Impact de Olivier NOREK

Éditions Michel LAFON

C’est une première pour moi, j’avoue !

Olivier NOREK, je le connaissais de nom et l’avais écouté à la radio lors de son interview chez Augustin TRAPENARD dans Boomerang le 18 novembre dernier, et puis, il y a eu ce cadeau... Touchée !

Virgil Solal, dans le cadre de ses missions en Afrique et notamment pour assurer la protection d’une bénévole humanitaire, a découvert les charniers du Nigéria, des enfants, des adultes, des vieux, tous rongés par la pollution liée à l’exploitation du pétrole du sous-sol africain. Si des drames assaillent des peuples en voie de développement, Virgil et sa femme, Laura, qui habitent en France, ne sont pas pour autant épargnés des effets de la pollution. Leur petite fille est décédée quelques instants après sa naissance, ses poumons étaient dans l’incapacité de se gonfler d’air, un effet collatéral de notre environnement dégradé. Deux ans après, il engage la greenwar. Il s’attaque à ceux qu’il juge responsables et demande une rançon/caution pour se racheter de leurs erreurs, eux et leurs entreprises internationales aux bénéfices si peu scrupuleux du bien-être de l’humanité. Il commence par le PDG de Total. La stratégie de Virgil Solal intègre une mise à mort en ligne, diffusée dans le monde entier sur les réseaux sociaux. Pour espérer stopper la machine de guerre, un binôme est constitué avec un flic du Bastion 36 et une psychocriminologue. Là commence un nouveau combat.

« Impact », c’est le titre du tout dernier roman d’Olivier NOREK, un seul mot que l’auteur s’attache à illustrer dans ses différentes dimensions.

L’impact, si j’en crois la définition du Petit Larousse, fait référence à un endroit frappé par quelque chose, entendez ici la surface de la terre directement touchée par l’activité de l’Homme, celui-là même qui, sous couvert d’un élan d’industrialisation, s’est lancé dans l’exploitation à outrance de toutes ses richesses, les réduisant à l’envi et générant tout un tas de conséquences à long terme sur la biodiversité. Si je n’avais qu’un flash à retenir de ce roman, c’est celui de l’ours blanc, l’ours polaire, absolument effroyable. Je ne vous en dis pas plus, simplement que  


L’humanité est en équilibre sur les deux pieds arrières d’une chaise, elle se balance dangereusement. P. 113

Nous sommes là dans le FAIRE, c’est-à-dire le fait d’agir et de générer un dérèglement de l'équilibre naturel.

L’impact, c’est aussi l’effet produit par quelque chose, l’influence. Et là, Virgil Solal frappe fort. Son combat, c’est celui de l’écologie. Il n’a d’autres objectifs que d’attirer l’attention des citoyens sur l’état des lieux catastrophique de notre environnement et inciter les responsables à sauver leur peau en prenant des engagements à agir vite. Si sa vie a lui a été détruite le jour de la mort de sa fille, il n’a plus aucun intérêt personnel dans l’affaire, juste de créer un électrochoc pour espérer que l’irréparable soit, au mieux, différé.


Cette histoire ne se déroule pas dans un siècle, pas dans cinquante ans, mais là, dans une vingtaine d’années, assez tôt pour que nous en soyons tous témoins. Ou victimes en fonction de l’endroit du globe où vous regardez cette vidéo. P. 219

Concours de circonstance incroyable, je découvre ce roman au moment même où l’Etat français est condamné à verser l’euro symbolique à quatre associations pour non-respect des accords de Paris, et notamment l’absence de décisions suffisantes pour réduire les gaz à effet de serre. C’est exactement ce que revendique Virgil Solal, non pas que chacun se mette à la circulation à vélo ou à trier ses déchets ménagers, il est trop tard. Non, ce qu’il demande, c’est que les institutions au plus haut niveau assument leurs responsabilités.

Ce roman, Olivier NOREK a puisé son inspiration dans une plaque posée en 2019 dans les Pyrénées


Le glacier d’Arriel, situé le plus à l’ouest des Pyrénées, a disparu, comme 50 % des glaciers pyrénéens ces dernières années. Ils disparaîtront probablement tous d’ici 2040. Cette plaque atteste que nous savons ce qu’il se passe et que nous savons ce qu’il faut faire. Vous seul saurez si nous l’avons fait.

Non seulement la pancarte assure la mémoire de ce que Dame Nature fut, mais elle interpelle aussi chacun de nous à bouger. Nous serons tous coupables... de quoi ? De la mort de la planète, non, que les choses soient claires, de la fin de l’humanité, ça n'est pas du tout la même chose.


Ces moments qui changent tout. Ces moments à saisir les décisions qui font de vous ce que vous êtes. P. 179

La terre, elle, s’en remettra, c’est le message d’Olivier NOREK, tellement résigné devant les catastrophes naturelles liées au réchauffement climatique. Ce ne sont pas les actualités qui le démentiront. Alors, pourquoi lire ce roman ? Parce qu’il est signé d’un écrivain à la plume directe, incisive, rythmée, et qu’il vous aidera à faire le tour de la question. C’est de globalisation qu’il nous parle et non de notre petit pré carré, notre nombril, il nous apprend à lever les yeux, regarder à l’horizon. Souhaitons que ça soit pour le meilleur ! Et puis, entre la vie et la mort, les hommes ont toujours choisi, à l’image de la Directrice financière de la Société Générale, non ?


Mais comme l’autre option était de crever ici, elle se leva, pleine de l’énergie de ceux qui n’ont plus rien à perdre. P. 193

La littérature n’est pas exempte de mobilisation. Olivier NOREK signe avec « Impact » un manifeste en faveur de l’humanité. Réveillons-nous !

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2021-02-05T07:00:00+01:00

Requiem à huis clos de Ruriko KISHIDA

Publié par Tlivres
Requiem à huis clos de Ruriko KISHIDA
Traduit du japonais par Myriam DARTOIS-AKO
 
Les polars japonais, j’y prends goût avec les Éditions d’Est en Ouest.
 
Après « Whiteout » de Yuichi SHIMPO, nous partons pour Kyoto.
 
Lors d’une exposition dans une galerie d’art, Asami Wakaizumi retrouve Reiko Shingo, 37 ans comme elle, avec qui elle avait fait l’école des Beaux Arts. Reiko est peintre et rencontre un immense succès depuis qu’elle a réalisé un salon parisien. Asami reconnaît que ses œuvres relèvent du génie. Elle est en admiration devant une toile quand son amie, Yuka Shinohara suffoque en regardant "Oyez le requiem", une toile saisissante. Le mari de Yuka est porté disparu depuis 5 ans maintenant. Elle a vu dans la toile un indice qui l’amène à croire que Reiko connaît son mari. L’artiste s’en offusque. Asami réussit à clore l’incident en guidant Yuka vers la sortie. Cette affaire interpelle Asami. Licenciée récemment, elle commence à mener l’enquête quand un homme est retrouvé assassiné dans la résidence secondaire de Yuka, cette maison inhabitée depuis la disparition de son mari. Portes et fenêtres étaient fermées de l’intérieur ce qui laisserait à croire à un suicide mais rapidement, des éléments d’information ouvrent d’autres possibles. Asami se rapproche de la famille de l’artiste. Reiko est divorcée, son fils est mutique. Quant à sa fille, Yukino, à qui Reiko voue une haine effroyable, passe ses journées à manger, son corps déjà obèse risque un jour de ne plus pouvoir supporter cet excès de poids. Asami côtoie aussi Tetsu Ichijô qui était également aux Beaux Arts avec elle et Reiko et qui s’est réorienté, il tient un restaurant italien dans la ville. Au fur et à mesure que Asami découvre des indices, les meurtres s’accumulent. Qui peut bien avoir intérêt à ce que la vérité reste cachée à jamais ?
 
Ce polar est excellent, le premier roman de Ruriko KISHIDA.
 
Hameçonnée avec le comportement de Yuka devant la toile de Reiko, je me suis laissée porter par le suspens, grand bien m’en a pris.
 
J’ai aimé que l’art serve de focaliseur d’attention. Le fait d’explorer une toile dans sa composition pour en découvrir les mystères m’a captivée.
 
Comme Asam, j’ai ressenti une certaine empathie pour ces enfants... différents, incompris de leur mère, maltraités aussi. Les deux sont attachants, chacun dans leur genre.
 
L’intrigue est parfaitement maîtrisée. L’autrice consacrera quelques pages en fin de roman pour détricoter l’ensemble du stratagème, c’est dire si le scénario tenait la route.
 
Je ne vous en dis pas plus, juste que ce second polar japonais vient confirmer ce que je pensais déjà, il y a du talent au pays du soleil levant !

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2020-12-08T07:00:00+01:00

Le poison du doute de Julien MESSEMACKERS

Publié par Tlivres
Le poison du doute de Julien MESSEMACKERS

Éditions Le Passage

Il y a des romans qui s’imposent à vous. A peine découvert dans ma boîte aux lettres, j'ai ouvert "Le poison du doute", ai lu les premières lignes et me suis retrouvée totalement happée.

Il est passé devant tous les autres de ma PAL, pleurant leur instant de gloire... grand bien lui fasse !

Margaux a 42 ans. Elle est mariée avec Philippe Novak, lui en a 52. Ils ont un garçon de 7 ans, Romain. Ils habitent un pavillon et vivent dans un petit paradis naturel, la Baie de Somme. Elle est infirmière et associée avec une autre professionnelle, Virginie, une amie. Si le relevé du courrier est une activité négligée, une enveloppe retient pourtant l’attention de Margaux. Elle vient des services de police. Elle est adressée à Philippe qui y découvre une convocation. Lors de l’entretien avec les fonctionnaires, il subit un interrogatoire un brin insistant, sous l’oeil de Judith Balmain, Capitaine du SRPJ de Versailles, en charge de l’instruction d’une affaire non élucidée de familicide commise il y a 17 ans maintenant. Plus que cet entretien, une perquisition de la maison est rapidement faite. Tous les effets personnels se retrouvent sens dessus, sens dessous. Il ne faudra pas plus d’un article de presse avec les initiales de Monsieur et le métier de Madame pour que le solide édifice familial ne soit mis à mal, mais là commence toute l’histoire.

Ce thriller psychologique est tout à fait redoutable.

Julien MESSEMACKERS ne s’y trompe pas. Avec des personnages qui pourraient être vous, qui pourraient être moi, le lecteur tombe inévitablement dans le piège de l’identification. Derrière les apparences d’une vie familiale réussie, à en croire le portrait rapidement brossé, pourrait bien se cacher le plus noir des hommes, ou pas. Le titre est parfaitement choisi, c’est bien le doute qui vient s’immiscer dans la routine familiale parfaitement huilée. L’article de presse met le feu aux poudres. Il n’en faut pas plus pour que certaines âmes sensibles succombent au charme de la rumeur et ne choisissent leur camp, peu importe le sacro-saint principe de la présomption d’innocence. Ce roman n’est pas sans rappeler « Est-ce ainsi que les hommes jugent ? » de Mathieu MENEGAUX, l’occasion d’un petit clin d’oeil à un auteur dans les startings-block de la parution de son 5ème roman.

Tout au long du livre, le lecteur est suspendu au-dessus du vide, le vide d’une famille sans histoire et le vide d’une affaire judiciaire non éclaircie.

Vous l’avez compris, ce roman est aussi policier. J’avoue que le personnage de Judith Balmain est mijoté aux petits oignons, une femme qui ne lâche rien d’une affaire qui aurait pu être classée depuis longtemps, une femme qui a des convictions et qui a toujours obtenu de sa hiérarchie de poursuivre les investigations, une femme obsédée par chaque détail, une femme, aussi, qui n’hésite pas à jouer avec le feu.

Outre la psychologie des personnages minutieusement ciselée et l’intrigue diaboliquement orchestrée, ce roman choral est aussi remarquable pour sa construction narrative. Tour à tour, Julien MESSEMACKERS donne la parole à chacune des trois femmes autour desquelles tout se joue. Il y a Margaux, il y a Judith, il y a aussi Marianne, l’épouse assassinée avec ses enfants il y a 17 ans maintenant. Le scénario est construit dans l’alternance des temporalités, c’est audacieux et très réussi.

Bref, ce roman est une pépite de cette fin d’année 2020. Ne passez pas à côté !

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2020-11-24T12:35:00+01:00

La race des orphelins de Oscar LALO

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La race des orphelins de Oscar LALO

Belfond

 Oscar LALO, je l’ai rencontré il y a quelques années aux Journées Nationales du Livre et du Vin de Saumur. J’avais alors découvert son premier roman, « Les contes défaits » que j’avais beaucoup apprécié.

Je me suis lancée avec plaisir dans la découverte de son second, j’ai pourtant dû le laisser reposer quelques semaines avant de trouver les mots.

Hildegard Müller a 76 ans. Elle est née dans un « Lebensborn », une maternité créée par le régime nazi en faveur de l’eugénisme. Si le premier étage de la solution finale est bien connu, l’extermination du peuple juif, la seconde l’est moins, celle d’assurer un renouvellement de la race germanique, pure celle-là. Hildegard Müller est vraisemblablement le fruit d’une union entre une femme, Norvégienne, et un S.S.. Vraisemblablement, parce qu’elle n’en est pas sûre. Quelques heures avant l’arrivée des G.I.s américains, le 30 avril 1945, au siège de l’organisation en Bavière, le Steinhöring, les Allemands avaient réduit en cendres tous les registres d’Etat civil des enfants nés dans les 34 « Lebensborn » installés en Europe. Hildegard Müller recourt aux services d’un scribe avec un objectif :


Je veux que mon scribe me traduise en vous. Qu’à un moment donné, vous vous disiez : j’aurais pu être elle. P. 21

Objectif atteint !

Ce roman est très original, tant dans la forme que dans le contenu.

Sur chaque page, seules quelques lignes, du blanc, beaucoup de blanc, à l’image du vide sur lequel repose l’existence de Hildegard Müller, un vide abyssal laissé par des parents inconnus. A travers ce roman, Oscar LALO relate la quête des origines de cette femme.


Notre élimination administrative a fait de nous des orphelins pour l’éternité. P. 230

Pour combler le vide, elle fait appel à un scribe, un homme qui lui suggère des mots pour coucher sur le papier ce qu’elle a vécu. Dans la fiction imaginée par Oscar LALO, l’homme convoque des ouvrages sur des parcours qui peuvent évoquer des similitudes à Hildegard Müller. Il lit ainsi à la vieille dame « Le procès » de KAFKA, « Retour indésirable » de Charles LEWINSKY.


Il tatoue sur le papier de façon durable mes souvenirs diaphanes. Il relie ma dispersion mémorielle et affective. Il la relie, puis me la relit, afin que quand vous la lirez à votre tour, je puisse entendre ma voix sur vos lèvres. P. 173

Dans la réalité, Oscar LALO prête sa plume à toutes ces femmes et tous ces hommes conçus par des aryens.

Simone DE BEAUVOIR disait : « Nommer c’est dévoiler, dévoiler c’est agir ».

Oscar LALO avec « La race des orphelins » nomme des faits, il concourt ainsi à leur mémoire. Dans cette perspective, il s’est largement documenté pour le faire avec la plus grande fiabilité. Il s’inspire notamment des écrits de 

Le Ghetto intérieur de Santiago H. AMIGORENA

Né d'aucune femme de Franck BOUYSSE

Toute la lumière que nous ne pouvons voir de Anthony DOERR

Lignes de faille de Nancy HUSTON

N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures de Paola PIGANI...

Il y a les faits, il y a aussi le ressenti, éminemment subjectif. Par la voix imaginaire de Hildegard Müller, il évoque le fardeau de la culpabilité. Impossible pour cette femme de ne pas se sentir responsable de ce qu’ont commis les nazis, dont son père faisait partie.



Le problème pour nous, c’est que naître coupable et n’être coupable, ça sonne pareil. P. 135

Hildegard Müller est une enfant de la honte. Oscar LALO décrit avec beaucoup de sensibilité cette double peine imposée par le simple fait d’une procréation instrumentalisée :


La banalité du mal de mon père SS, c’est de m’avoir conçue. P. 111

Elie WIESEL disait :« Ceux qui ne connaissent pas leur histoire s’exposent à ce qu’elle recommence. »

Avec « La race des orphelins », Oscar LALO lutte contre l’oubli.

 

Dans une narration à la première personne du singulier, le propos fait mouche. 

Souhaitons que ce roman soit lu par le plus grand nombre pour permettre à chacun de s’approprier cette page terrifiante de l’Histoire et qu’il écrive les suivantes de manière éclairée. C’est aussi ce que l’on attend de la littérature, non ?

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2020-11-13T08:23:04+01:00

La désobéissance d’Andreas Kuppler de Michel GOUJON

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La désobéissance d’Andreas Kuppler de Michel GOUJON

Héloïse d’Ormesson éditions

Nous sommes en février 1936. Andreas et Magdalena vivent à Berlin. Ils sont mariés depuis cinq ans. Elle a démissionné d’un poste de laborantine en centre d’analyses médicales pour se consacrer à sa famille qu’elle veut nombreuse. Elle, la presque parfaite aryenne, est torturée par l’infertilité de son couple et traite ses névroses à coup d’anxiolytiques. Lui est journaliste sportif. Il couvre les quatrièmes Jeux Olympiques d’hiver à Garmisch-Partenkirchen. Si, fidèle à sa famille de militaires, elle vénère le Troisième Reich, lui s’autorise à ne pas manifester de quelconques sentiments d’adoration pour le régime fasciste au pouvoir. Plus encore, il continue de faire ses emplettes chez des Juifs dont le commerce est interdit par les nazis. Il écoute du jazz, cette « musique nègre » considérée comme de l’art dégénéré. Il ne faudra pas plus d’une soirée à s’enivrer avec des confrères américains et à se languir sur la piste de danse avec une journaliste juive pour s’attirer les foudres du régime. Mais là, commence une autre histoire.

Ce roman revient sur une période qui fait aujourd’hui couler beaucoup d’encre, je vous l’accorde. Et pourtant, il sait être original.

J’ai aimé prendre la voie des J.O. pour décrypter les rouages d’une dictature en gestation. Nous sommes en 1936, quelques années après les premières décisions prises par le régime nazi (boycott des commerces juifs, autodafé des livres Place de l’Opéra...), le pouvoir s’enorgueillit d’une reprise économique. Il fait de cet événement sportif international un objet de propagande. Et même si les photographes non allemands ne sont pas autorisés à y faire leur métier, les jeux deviennent la vitrine de celui qui dit réussir à relever le pays.

Et puis, après « Erika Sattler », « Magdalena Kuppler » est très intéressante à appréhender. Le personnage de fiction de Michel GOUJON nourrit ce canon aryen d’une quête immuable d’une certaine forme de dignité. Il y a de l’orgueil à assouvir. Il y a aussi cette volonté de s’engager aux côtés du Führer. Les femmes, confinées par le régime aux tâches domestiques et à l’éducation des enfants, ont à coeur d’être à la hauteur. Si d’aventure, certaines s’éloignent du chemin, la société se charge elle-même de prendre la relève de l’Etat pour les presser de rejoindre le troupeau.

Outre le simple fait d’être mère et d’aspirer au modèle donné par Magda Goebbels en personne, il y a, pour une femme, le nec plus ultra, celui de contribuer à restaurer la pureté du sang allemand en se faisant engrosser par de purs aryens, ces SS triés sur le volet alimentant les « Lebensborn » créés par la dictature pour assurer des descendants parfaits en tous points.

J’ai beaucoup aimé le rapport à la musique incarné par Andreas Kuppler et ces moments de liberté qu’il s’octroie, un brin subversifs.


La musique exprimait l’indicible. Et en ces temps, elle pouvait aussi être une forme de résistance. P. 61

Tout se joue, là, en 48 heures. Michel GOUJON, dans son quatrième roman, met à l’épreuve du pouvoir et de la peur deux êtres que l’on pourrait qualifier d’ordinaires. Il précipite les événements pour livrer un roman rythmé et haletant dans une plume qui sait être poétique :

 


Un songe était si volatil, un peu comme un parfum. Il fallait l’enfermer très vite dans un flacon si on voulait en conserver l’essence. P. 39

Je l’ai commencé, je n’ai pas pu le lâcher !

 

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2020-11-10T11:39:06+01:00

Histoires de la nuit de Laurent MAUVIGNIER

Publié par Tlivres
Histoires de la nuit de Laurent MAUVIGNIER
 
Tout commence avec un passage à la gendarmerie. Patrice a emmené sa voisine faire une déposition. Depuis quelques jours, elle reçoit des lettres anonymes, la dernière avec menace. Christine, d’origine parisienne, peintre à la retraite, a choisi de quitter la ville pour la campagne. Elle vit dans le hameau de La Brassée. Il y a trois maisons. Celle de Patrice, fermier, qui vit avec sa femme Marion et leur fille Ida. Celle de Christine. Elle y vit seule avec son chien Radjah. La troisième est vide, elle est en vente. C’est d’ailleurs la brèche qu’utilise un visiteur un peu trop curieux pour être honnête quand il se présente dans la cour du hameau. Comme fait exprès, l’homme choisit le jour de l’anniversaire de Marion. Alors que Patrice passe tout son temps à la ferme, aujourd’hui, il n’est pas là. Il est parti en ville acheter son cadeau. Avant de partir, il a pris le temps de servir la table et décorer la maison. Christine est chargée de réaliser les gâteaux. Mais rien ne va finalement se passer comme prévu.
 
J’avais lu « Continuer » de Laurent MAUVIGNIER, un roman d’une très grande puissance. La relation d’une force inouïe entre une mère et son fils était sublimée par les grands espaces du Kirghizistan.
 
Là, l’espace y est contraint. Tout va se jouer entre quelques maisons isolées en rase campagne.
 
Le temps y est aussi compté. Vous ne vivrez à La Brassée que 24 heures.
 
La tension exercée est pourtant terrifiante. Âmes sensibles, s’abstenir.
 
J’ai pris beaucoup de plaisir dans les premières pages évoquant avec subtilité la peinture, la relation de l’artiste avec sa toile (je croyais entendre Nathalie-Audrey DUBOIS parler de son art !).


Elle sait ça, elle cherche le moment où c’est la peinture qui la voit, ce moment où la rencontre a lieu entre elle et ce qu’elle peint, entre ce qu’elle peint et elle, et, bien sûr, c’est une chose qu’elle ne partage pas. P. 30

La solitude et le bien-être de Christine vont pourtant être entachés par une visite, et puis, très vite, le tableau va se noircir !
 
Le scénario imaginé par l’écrivain est absolument irrésistible. Il va se focaliser sur des secrets savamment gardés ces dernières années, des secrets qu’il ne mettra qu’une seconde à dévoiler, de fil en aiguille...


Car ce qui compte, ce n’est pas tant ce qu’ils disent que ce qu’ils suggèrent : ces images, ils les inoculent dans le cerveau du mari et des amies comme un poison qui s’épanouira en eux et prendra bientôt la même place que leurs propres souvenirs. P. 551

L’intrigue est parfaitement menée dans un rythme irrégulier. Il y a des temps longs pendant lesquels Laurent MAUVIGNIER excelle dans la description du rien, du vide, des silences, et puis, surgissent des événements. Il y a maintenant urgence à vivre, chaque seconde pourrait être la dernière.


Alors ce qui se passe va très vite, et c’est comme si seulement un très long ralenti pouvait le rendre visible. P. 495

Vous l’aurez compris, le coup de maître repose dans la peur que l’écrivain va réussir à transmettre au lecteur. Une fois, la graine semée, à l’image d’un fervent jardinier, il va l’arroser. Petit à petit, le plant va grandir jusqu’à envahir vos jours, et puis, vos nuits.
 
Dans des phrases étirées à l’envi, l’auteur exerce une tension haletante. Le talent de Laurent MAUVIGNIER est terriblement sensationnel.

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2020-11-03T21:47:44+01:00

Nature humaine de Serge JONCOUR

Publié par Tlivres
Nature humaine de Serge JONCOUR

Le roman de Serge JONCOUR, « Nature humaine », marque des retrouvailles avec une plume que j'apprécie tout particulièrement. Vous vous souvenez peut-être de "Chien-loup", un énorme coup de coeur, ou bien de "Repose-toi sur moi" et "L'amour sans le faire".

Ce roman est lauréat du Prix Femina 2020, toutes mes félicitations vont à l’écrivain et sa maison d’édition, Flammarion.

Direction le Lot dans le Sud-Ouest de la France. Bienvenue à la ferme des Fabrier. Nous sommes en 1976, en pleine sécheresse. Alexandre, le jeune homme de la maison, s’inscrit dans la succession de ses parents. Ses trois soeurs, elles, sont attirées par la ville. Caroline fait des études à Toulouse où elle vit en colocation. Alexandre ne manque jamais une occasion de faire le taxi. Il en profite pour vivre des soirées entre jeunes. C’est là qu’il rencontre Constanze, une jeune Allemande de l’Est, dont il va tomber amoureux. C’est là aussi qu’il va côtoyer des activistes mobilisés contre l’installation de centrales nucléaires. Mais rien n’y fait, Alexandre est un rural, c’est un agriculteur, assailli par l’essor de la grande distribution. Un hypermarché Mammouth vient de s’installer à proximité. Les normes sanitaires évoluent. Alexandre doit faire face, coûte que coûte.

« Nature humaine » de Serge JONCOUR est le roman des mutations.

On commence avec la mutation climatique. L’écrivain tape fort, il commence le roman avec cet été mémorable de 1976. A l’époque, on appelait ça une sécheresse et c’était exceptionnel, aujourd’hui le terme a changé, nous vivons des canicules. Elles se suivent et se ressemblent, malheureusement. Serge JONCOUR achève le propos avec l’année 1979, l’année de la tempête.

Ce roman, c’est celui de la mutation économique aussi.

Avec l’exemple de la marque Mammouth, que l’on peut prendre au premier comme au second degré, la métaphore est très bien trouvée pour illustrer la grande distribution émergente, anéantissant le système de production agricole ancestral. La consommation de masse exige des agriculteurs de s’adapter pour produire toujours plus. Le rouleau compresseur est lancé, plus rien ne pourra l’arrêter.

Ce roman, c’est encore celui de la mutation sociale, en particulier des femmes, qui fuient leur confinement aux tâches domestiques auxquelles les hommes les avaient dédiées, en particulier dans un monde rural loin des activités professionnelles extra-agricoles. Avec les trois filles de la famille Fabrier, Serge JONCOUR illustre parfaitement l’appât de la ville sur les filles et leur souhait de poursuivre des études supérieures pour se faire une place dans un univers encore réservé aux hommes. Elles sont prêtes à repousser les limites.

Ce roman, c’est également celui de la mutation entre les générations. La fresque historique sur trente années montre le passage de relais par la voie des garçons assurant, bon gré mal gré, la succession des parents. Il y a une affaire de déterminisme là-dedans. Alexandre n’y échappe pas, comme ses parents précédemment. Chez les agriculteurs, il y a un attachement fort à la terre. D’ailleurs, quand les anciens partent à la retraite, ils font construire une maison non loin des bâtiments agricoles, histoire d’y garder leur ancrage. Avec cette construction, les grands parents d’Alexandre s’offrent un brin de modernité et s’approprient de nouveaux modes d’existence, ainsi va la vie.

Ce roman, c’est enfin celui de la mutation politique. L’année 1981 verra la gauche arriver au pouvoir. Là commencent les années dites Mitterrand. L’écrivain relate la soirée de fête suite aux élections présidentielles qui marquent un tournant dans l’Histoire de France.

Avec « Nature humaine », Serge JONCOUR explore les racines d’un mariage malheureux, voire impossible, entre Dame Nature, havre de paix et écrin de verdure, et l’activité humaine, génératrice de modifications environnementales. Les agriculteurs incarnent parfaitement la responsabilité des hommes à l’origine des changements climatiques et les plus concernés par les effets dévastateurs des éléments.


La nature est un équilibre qui ne se décide pas, qui s’offre ou se refuse, en fonction des années. P. 75

Ils sont tour à tour responsables et victimes de leurs faits. Avec ce roman, et pour celles et ceux qui ne sont pas du milieu, l’écrivain nous permet, le temps d’une lecture, de regarder dans le rétroviseur et revisiter l’histoire pour mieux comprendre d’où l’on vient et qui nous sommes aujourd’hui.


L’Histoire se fait au plus près des êtres, elle influence les vies comme les mains modèlent l’argile. P. 130

Si Serge JONCOUR ne l’avait pas lui-même affirmé dans une interview donnée au journal Le Monde :


Écrire, c’est faire vivre des personnages, des intrigues mais aussi dire des choses du monde.

je l’aurais bien sûr martelé.

Outre cette relation amoureuse qui vient brouiller les cartes et permet de dénoncer les codes inhérents à chaque univers, à moins d’être impossible, ce que j’ai aimé dans ce roman, comme dans tous ceux de Serge JONCOUR je dois bien l’avouer, c’est le rythme. Avec l’affaire des activistes et le doigt mis par Alexandre dans l’engrenage, l’écrivain réussit à créer du suspens et à précipiter les événements alors que tout porte à s’inscrire dans la durée, un temps long d'une trentaine d'années, juste avant que le cap des années 2000 ne soit franchi.

Chapeau !

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2020-10-27T07:00:00+01:00

Whiteout de Yuichi SHIMPO

Publié par Tlivres
Whiteout de Yuichi SHIMPO

Traduit du japonais par Annick LAURENT et Maiko FUJIMOTO

Les éditions d’Est en Ouest

Une fois n’est pas coutume, je vous propose aujourd’hui un polar. Nous partons pour le Japon, près de Fukushima. Nous sommes en 1995. 

Chiaki Hirakawa part se recueillir sur le lieu de la mort de Kazushi qu’elle devait épouser 6 mois après un mystérieux accident qui lui coûta la vie dans la montagne d'Okutowa. Elle est accueillie par le Chef de Kazushi, Yoshimitsu, le seul à avoir accepté de recevoir la veuve au barrage. La retenue d'eau de quelques six-cents-millions de mètres cubes  est sous haute surveillance. Pourtant, alors qu'ils sont dans la camionnette en chemin vers le site protégé, Yoshimitsu est interpellé par une chaîne coupée. Elle est censée interdire le passage à tout véhicule dans cette zone. Il relaie l’information au poste de contrôle et poursuit sa conduite. Peu après, dans un tunnel, ils découvrent un 4X4 stationné là. Yoshimitsu s'arrête, il va à la rencontre de l’occupant qui l'abat d'une arme à feu. Deux hommes montent alors dans la camionnette de Chiaki, elle devient l’otage de terroristes qui menacent de faire sauter le barrage. Ils demandent sous 24 heures le versement de cinq millions de yens en billets aux numéros d’ordre irréguliers. Teruo Togashi, qui n'avait rien pu faire pour sauver son collègue Kazushi lors de la mortelle expédition, réussit à échapper aux terroristes de la Lune Rouge. Nous voilà embarqués dans une incroyable course contre la montre en pleine tempête de neige, de quoi vous donner quelques sueurs froides.

Je ne vais bien évidemment pas vous raconter l'histoire de ce roman tout à fait haletant de près de 500 pages, juste vous dire toutefois que la neige y occupe un rôle particulier. Sous la plume de Yuichi SHIMPO, elle devient un personnage à part entière. Vous l'avez compris, nous sommes en milieu hostile. 

Parallèlement, grâce à ce roman, vous allez entrer dans les salles des machines, celles qui sont en souterrain d'une installation hydroélectrique tout à fait fascinante. Si je ne suis pas une adepte du génie civil, je me suis toutefois laissée porter par la course effrénée de Togashi à travers ses méandres.

Ce qui m'a captivée plus que tout dans ce polar, ce sont ces sursauts de vie que les hommes, comme les femmes, peuvent éprouver alors même que la mort semble imminente. Dans un contexte d'urgence, chaque instant semble devenir une éternité.


Un homme qui n’a plus de volonté n’est plus un homme. P. 257

Avec ce roman, j'ai découvert l'écrivain Yuichi SHIMPO dont c'est le cinquième roman pour lequel je salue la qualité de la traduction assurée par Annick LAURENT et Maiko FUJIMOTO.

J'ai aussi découvert une maison, les éditions d'Est en Ouest qui assurent la publication exclusive d'oeuvres japonaises contemporaines, l'occasion de s'initier à cette littérature d'un nouveau genre.

Ce roman, j'ai choisi de l'accompagner de l'ouvrage de Marion LE PENNEC et Patrick GILLET, "Arbres". J'y ai choisi une encre et un haïku qui me paraissent tout à fait à propos !


Face à la montagne
La silhouette lointaine
D'un homme debout

Whiteout de Yuichi SHIMPO

Enfin, pour que tout soit dit, ce roman a été porté au cinéma et lauréat du Prix Eiji Yoshikawa en 1996.

 
 

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2020-10-13T06:00:00+02:00

Erika Sattler de Hervé BEL

Publié par Tlivres
Erika Sattler de Hervé BEL

Editions Stock

Tout commence avec "L'évasion" d'un juif d'un camp de la mort. Nous sommes en mars 1944. Dans la journée, il est au travail avec son commando. Il n'aura fallu qu'un instant pour se soulager et tomber dans un trou, se retrouver seul, en plein silence, en Forêt Noire. Nicolas Berger sait quelle fin lui est promise. Les SS n'ont aucune pitié pour ceux qui sortent du rang. Mais c'est sans compter sur le lieutenant Paul Sattler, et ce geste d'une profonde humanité, qui scellera leur destin à jamais, à la vie, à la mort. Pendant ce temps-là, Erika Sattler, l'épouse de Paul, cette Allemande de 24 ans, encartée au NSDAP, se gorge d'une nuit d'amour, qu'elle sait être la dernière, avec son amant, Gerd Halter, commandant SS. Erika est une fille de fermiers misérables de Bavière, des opposants au Führer. En 1936, elle assiste avec son amie Liselotte et sa mère, à son premier défilé. C'est à Munich. Elle part ensuite l'été avec les Jeunesses hitlériennes, de quoi nourrir sa soif d'émancipation d'un univers familial, qu'elle juge étriqué, et sa révolte contre son père. Erika est une inconditionnelle du Führer. Elle travaille dans une entreprise d'armement, allemande, implantée en Pologne. Si elle pensait être du côté des dominants et ne rien devoir craindre de l'avenir, c'est un tout autre scénario qui se joue alors. Les Russes font reculer l'assaillant. C'est la marche de Warthegau. 

Si la littérature d'aujourd'hui offre une multitude de livres en tous genres, quatre-vingt ans après la seconde guerre mondiale, Hervé BEL propose avec "Erika Sattler" un angle d'approche tout à fait singulier.

Fasciné par les régimes totalitaires en général, et le nazisme en particulier, il choisit un personnage féminin pour incarner le peuple acquis à la cause d'Hitler. Vous ne trouverez rien sur Erika Sattler dans les livres d'histoire. Ce personnage est sorti tout droit de l'imaginaire de l'écrivain sur la base des nombreuses recherches qu'il a réalisées. Les femmes nazies se sont révélées être, pendant la guerre, les plus fidèles alliées d'Hitler. Avec ce roman, il nous offre la possibilité de décrypter les rouages d'un culte que rien ne saurait affaiblir.

Erika Sattler est une grande femme, blonde, aux yeux bleus. Sa morphologie incarne le modèle allemand de cette race supérieure qu'Hitler revendiquait à cor et à cri. J'ai été profondément touchée par le côté solaire du personnage. Alors qu'elle fait partie de cette marche de miséreux, sales, pouilleux, puants, Hervé BEL décrit son corps, altier,  faisant d'elle l'exception de tous ces décharnés voués à la mort. 


Le panel des émotions humaines est limité : tout est question d’intensité. P. 42

Mais Erika Sattler est un personnage encore plus noir que ne le laisseraient à penser ces simples caractéristiques physiques honorées par le régime nazi. 

Non, Erika Sattler est aussi une femme d'esprit. Elle est intelligente et machiavélique. 

Si elle sait qu'aucun conflit n'épargne les femmes, ces premières armes de guerre, et sait aussi que les soldats russes ne relèvent pas de l'exception, Erika conçoit qu'elle encourt le risque d'être bafouée par les siens, la peine suprême. 

Le mensonge qu'elle va construire de toutes pièces montre la puissance de son ignominie.

Je suis sortie de ce roman totalement abasourdie devant de  telles infamies. J'aime, à mon corps défendant, que la littérature me pousse dans mes plus profonds retranchements. "Erika Sattler", c'est la lecture coup de poing par excellence, de celles qui vous laissent sur le carreau, incapables de mettre des mots sur son propre sentiment. Il aura fallu quelques jours, quelques nuits aussi, pour me remettre de ce tour de force.

Chapeau Hervé BEL pour la qualité de l'exercice, chapeau aussi à sa talentueuse éditrice, Caroline LAURENT, pour la signature d'une narration effroyablement réussie. 

Le récit est captivant. 

Merci à l’équipe de la Librairie Richer de les avoir invités.

Erika Sattler de Hervé BEL

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2020-09-18T17:00:00+02:00

Ce qu’il faut de nuit de Laurent PETITMANGIN

Publié par Tlivres
Ce qu’il faut de nuit de Laurent PETITMANGIN

La Manufacture de livres

Ma #Vendredilecture, c'est un premier roman, couronné tout récemment du Prix Stanislas.

Les années passées, ce prix littéraire avait été décerné à Sébastien SPITZER pour "Ces rêves qu'on piétine", un immense coup de coeur, et puis Victoria Mas pour "Le bal des folles", deux romans repérés par les fées des 68 Premières fois.

"Ce qu’il faut de nuit" de Laurent PETITMANGIN, c'est une lecture coup de poing, j'en suis sortie K.O. !

Fus est un jeune garçon passionné de football et reconnu pour ses qualités sportives dans le club du village. Son père l'accompagne aux matches le dimanche matin. C'est le rendez-vous, un lieu de rencontre des copains, comme un rituel qui tient toute sa place dans une journée de collégien qui se poursuit avec la visite de la moman à l'hôpital. Elle est malade d'un cancer. Trois années durant, Fus et son père seront au chevet d'une femme battue par la maladie. Quand elle s'éteint, Fus s'occupe de son jeune frère, Gillou, pendant que leur père travaille de nuit à la SNCF. Le premier été suivant la mort de la moman, les trois garçons partent en vacances en camping. Il n'y aura qu'une année tous ensemble. Fus grandit, il a de nouveaux copains, d'autres plans. Et puis rapidement, c'est l'engrenage, la distance prise avec Jérémy, son pote d’enfance,  un retour à la maison avec un bandana affichant une croix celtique, et puis, l’impossibilité à communiquer d'homme à homme, et puis, l’extrême, l’irréparable... 

La narration de ce roman est à la première personne du singulier.

Derrière le je, il y a un homme, un Français du 54, un employé de la SNCF, un supporter du FC Metz, qui s'exprime dans une langue un brin populaire, qui dévoile ses états d'âme comme une confession. Le texte est au présent, un peu comme si le narrateur nous dévoilait son journal intime au fil des années.

Derrière le je, il y a un veuf. Sa femme est décédée. Elle l'a laissé seul. Il n'y a pas eu d'élan de tendresse, de complicité amoureuse, de gestes passionnés. Elle est partie comme elle a enduré la maladie, avec fatalisme. Il s'évertue pourtant à penser qu'elle serait fière de lui...


La moman m’habitait dans ces moments, je pense qu’elle était contente de la façon dont je gérais l’affaire. P. 95


Derrière le je, il y a un père, un être qui se sent responsable, en charge de deux garçons. C'est quelqu'un qui gère le quotidien avec ses armes. Les mots et les grands discours, c'est pas son truc, mais quelle preuve d'amour ! Bien sûr, s'il n'avait pas été directement concerné par l'affaire, il aurait pris de la distance, il se serait peut-être même exprimé, mais là... c'est un peu comme une déferlante qui s'abat sur lui. Il est tétanisé par la gravité des faits et rongé par un sentiment de culpabilité.


Un réflexe de vieux, poussif à ne plus en pouvoir, mais j’avais agi en père dont le fils était en danger. P. 10

A travers cet itinéraire familial, c'est un roman social, celui de la désillusion d'une famille, de la mort d'une industrie, d'une région aussi. 

Laurent PETITMANGIN, à défaut de comprendre, tente d'expliquer, par l'exemple, la montée du populisme, l'adhésion à une idéologie de haine, l'expression par les poings.

A la naissance, tous les bébés se ressemblent, leurs destins seront pourtant fondamentalement différents. C'est aussi la paternité qui est explorée dans une famille monoparentale, la jeunesse d'un enfant bafouée, le deuil, l'adolescence, cette période de toutes les prises de risques, de vulnérabilité aussi.


Que toutes nos vie, malgré leur incroyable linéarité de façade, n’étaient qu’accidents, hasards, croisements et rendez-vous manqués. Nos vies étaient remplies de cette foultitude de riens, qui selon leur agencement nous feraient rois du monde ou taulards. P. 171

Ce roman, si j'en ai commencé la lecture avec un certain détachement, je me suis rapidement retrouvée piégée par le jeu d'écriture de l'auteur. La pression a monté, mon indignation aussi. J'ai senti mon coeur se serrer et puis la digue a lâché.

Je me suis retrouvée à fondre en larmes sur les toutes dernières pages, la chute est magistrale.

La plume, je l'ai dit, elle est un brin populaire, ça ne l'empêche pas d'être empreinte d'une tendresse profonde et d'une force inouïe.

Chapeau Monsieur PETITMANGIN pour le contenu de l'histoire, la qualité du scénario.

Chapeau aussi à La Manufacture des livres, il fallait oser.

"Ce qu'il faut de nuit" me rappelle d'autres premiers romans qui, ces dernières années, m'ont fait sortir de ma zone de confort pour me laisser sur le carreau, je pense à

"La nuit nous serons semblables à nous-mêmes" d’Alain GIORGETTI, janvier 2020

"La chaleur" de Victor JESTIN, août 2019, Prix Femina des Lycéens 

"Une fille sans histoire" de Constance DEBRE, août 2019

"La vraie vie" d’Adeline DIEUDONNE, août 2018, Prix du roman FNAC 2018, Grand Prix des Lectrices Elle 2019

"Fugitive parce que reine" de Violaine HUISMAN, janvier 2018

"Ta vie ou la mienne" de Guillaume PARA, janvier 2018

"Encore vivant" de Pierre SOUCHON, août 2017

"La téméraire" de Marine WESTPHAL, janvier 2017

"Ne parle pas aux inconnus" de Sandra REINFLET, janvier 2017

"Principe de suspension" de Vanessa BAMBERGER, janvier 2017

"Jupe et pantalon" de Julie MOULIN, février 2016

"Branques" d’Alexandra FRITZ, mars 2016

"Je me suis tue" de Mathieu MENEGAUX, avril 2015

Même si le dernier date un peu maintenant, ces romans n'ont pris aucune ride avec le temps.

Je m'en souviens comme à la première heure comme les témoins d'un véritable tour de force, une prouesse littéraire, quoi !

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