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2016-01-03T12:40:11+01:00

Jeanne HEON-CANONNE

Publié par Tlivres
Jeanne HEON-CANONNE

Pour commencer l'année 2016 comme il se doit, je dédie ce 1er billet à une femme d'exception : Jeanne HEON-CANONNE.


J'ai fait sa découverte au gré d'un roman, un coup de coeur de la fin de l'année 2015 : "L'importun" de Aude LE CORFF.


L'écrivaine cite cette femme. Elle fait référence à la prison d'Angers, à l'emprisonnement et la torture des Résistants de la région avant leur déportation. Je me suis rapidement fait la réflexion que je ne connais, en réalité, rien de cette page de l'Histoire alors que je suis née dans cette ville, que j'y vis toujours, et qu'elle fait un peu partie de ma vie, mes parents sont nés en 1944, au moment même où une nouvelle page de la 2de guerre mondiale était écrite, une page oubliée. Aude LE CORFF a fait un magnifique travail en la retraçant.


Et ma curiosité a encore grandi quand j'ai découvert que Jeanne HEON-CANONNE avait laissé une trace de son itinéraire dans un témoignage intitulé "Les hommes blessés à mort crient" dans lequel figure une Lettre-préface d'Albert Camus. Il ne m'en fallait pas plus pour me connecter à la Librairie en ligne de La Griffe Noire, et là, surprise, il est disponible !


Livré quelques jours plus tard, il m'a accompagné dans le passage à la nouvelle année. Je vous livre quelques éléments de sa vie :


Tout commence le 20 juin 1944, le jour de leur arrestation, celle de son mari et de Jeanne HEON-CANONNE, tous deux médecins installés près de la Gare. Ils ont récemment transféré leur cabinet à leur domicile, Rue Paul Bert à Angers. Ils ont 3 enfants, elle est enceinte de 3 mois. Ils sont emprisonnés par la Police Allemande. Ils sont séparés et plongés dans un univers de torture. Alors qu'ils découvrent les messages écrits sur les murs de la Prison d'Angers par leurs précédents occupants, qu'ils entendent les cris de ceux qui subissent les pires châtiments, Jeanne HEON-CANONNE écrit :


Il faudra jusqu'à la mort protéger les camarades en liberté pour leur permettre de continuer le travail, même si je dois perdre Michel... P. 27


Pour moi, une seule ligne de conduite : tenir tête, résister à la terreur, résister à l'intimidation, résister à la panique, résister au désespoir, surtout résister au règlement. Veiller chaque jour à accomplir un acte positif de résistance, pour convaincre l'ennemi qu'il peut asservir nos corps, mais que nos esprits demeurent libres. P. 46

Son mari est soupçonné de participer au réseau des Cheminots Résistants, d'avoir fait évader des officiers des Hôpitaux d'Angers, des centaines de familles juives, de rédiger de faux certificats pour empêcher les transferts vers l'Allemagne...


Elle puise sa force dans la foi religieuse :


Celui qui pense que la prière est une vaine redite, celui-là n'a pas prié, torturé dans son corps et dans son âme, il n'a pas prié avec sa faiblesse, avec ses péchés. P. 44

Elle craint plus que tout que la Gestapo s'en prenne à ses enfants. La Libération approche, elle craint que les Allemands ne se vengent sur leurs familles, celles


des terroristes, c'est ainsi qu'on nous appelle...P. 88

Jeanne HEON-CANONNE

Je vais toutefois vous inciter à le lire...


Parce que, d'abord, c'est un très beau témoignage, intime dédié à ses enfants (Danielle, François, Annette), qui a trouvé la voie de la publication qui permet aujourd'hui de rendre hommage à tous ces hommes et toutes ces femmes qui ont lutté, se sont battus contre l'occupant, au péril parfois de leur vie et de celle de leurs proches.


Quelle abnégation ! Quand je lis ce type de témoignage, je ne peux m'empêcher de penser à la chanson de Jean-Jacques GOLDMAN : "Né en 17 à Leidenstadt". Moi qui est mariée, moi qui est 2 enfants, qu'aurais-je fais si j'avais été à sa place ?

Parce ce que, outre la présentation de ces hommes et de ces femmes, ce témoignage brosse le portrait de toute une région sous l'occupation. Découvrir l'Histoire qui s'est passée dans les rues d'Angers, de Saumur, sur les bords de Loire... me touchent profondément. Ce sont des lieux où j'aime me promener et je découvre, au gré de cette lecture, une page insoupçonnée.


Parce ce qu'enfin, nous ne savons malheureusement pas de quoi sera fait notre avenir... l'année 2015 s'est achevée avec les attentats du 13 novembre à Paris. Les Français sont meurtris par ce nouvel épisode d'actes barbares. Cette femme avec un grand F pourrait bien nous montrer le chemin de la liberté...


Je vous propose de terminer avec une citation d'Albert CAMUS, la 1ère phrase de sa Lettre-préface : "


Je n'ai pas besoin de vous dire que la vérité, quand elle a malheureusement ce visage-là, ne peut s'aborder ni se quitter sans la plus sincère des compassions. P. 7

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