S'engager dans la lecture d'un roman de Laurent MAUVIGNIER c'est assurément embarquer pour quelques heures (que dis-je, quelques dizaines d'heures), s'immerger dans la vie quotidienne de personnages dont les sentiments et les émotions sont savamment détaillés, se laisser porter par des phrases fleuves, se faire percuter par des événements dont la portée rayonne au-delà de ce que l'on est prêt à lire.
Tout commence avec cette commode située dans la maison familiale dont un angle est brisé. Étrange cette marque d'un passé inconnu ! Le narrateur, qui n'est rien d'autre que Laurent MAUVIGNIER lui-même, ne peut toutefois pas interroger son père. Il s'est suicidé d'une balle dans la tête quand son fils avait 16 ans. Il n'en faut pas plus pour un auteur de cette dimension pour se lancer dans l'écriture d'un pavé, 750 pages s'il vous plaît, pour rétracer l'histoire de quatre générations.
Tout est axé autour des femmes. Il y a Ernestine dont une partie de l'enfance se passe au couvent. Il s'agit de bien l'éduquer pour lui assurer un bon mariage avec un riche notable ! C'est là qu'elle va apprendre à jouer du piano et poursuivre ses apprentissages auprès de Florentin dont elle va tomber éperdument amoureuse. Sa passion relève pourtant de l'interdit, il est déjà marié. La vie de Marie-Ernestine sera marquée à jamais par cette déception amoureuse, la sienne ainsi que celle de sa descendante : Marguerite, la grand-mère de l'auteur.
Ce roman aurait pu en être quatre, un pour décrire chacune des quatre générations dont l'histoire devient à elle-seule un roman social. Laurent MAUVIGNIER sait, comme personne d'autre, décrire une époque dans un foisonnement de détails tout en mettant du rythme pour ne pas ennuyer son lecteur.
Avec, en toile de fond la grande Histoire, notamment deux guerres mondiales, l'auteur confronte les destins de gens ordinaires aux conditions de vie du moment, les us et coutumes, le contexte économique, politique....
La condition des femmes est minutieusement traitée dans cette saga familiale pour donner à voir son évolution au fil du XXe siècle et en mesurer les impacts sur les enfants, petits-enfants, arrières petits-enfants... dont lui-même, Laurent MAUVIGNIER, cherche à libérer la parole, dévoiler des secrets dans ce qu'il y a de plus intime.
Comme j'ai aimé ces personnages grandissant dans l'univers de cette maison. J'ai entendu le silence, j'ai respiré la poussière des vieilleries. J'étais dedans, prise au collet par une plume éminemment brillante. Rien de compliqué ou d'élitiste, non, juste des mots qui vous vont droit au cœur, des mots qui nourrissent un récit, des mots qui resteront gravés à jamais dans ma mémoire.
Bravo Monsieur MAUVIGNIER pour le #PrixGoncourt qui vient honorer la qualité de votre écriture, ce roman et les autres. C'est aussi l'occasion d'un petit clin d'oeil à La Cohue et l'association Les Bouillons de Cube.