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Articles avec #rl_septembre 2024 catégorie

2025-09-03T06:00:00+02:00

Et nos routes toujours se croisent de Marie VILLEQUIER

Publié par Tlivres
Et nos routes toujours se croisent de Marie VILLEQUIER
 
Je poursuis le bal 2025 des 68 Premières fois avec "Et nos routes toujours se croisent de Marie VILLEQUIER.
 
Avec ce premier roman, vous allez plonger dans le monde médical, celui du service d'onco-hématologie pédiatrique d'un centre hospitalier de recherche universitaire. Tous les 6 mois, les internes changent. Pour devenir médecin, ils doivent réaliser un certain nombre de stages. En fonction de leur classement, ils ont plus ou moins de choix sur la spécialité. Étienne fait partie des meilleurs de sa promo, le tapis rouge lui est déroulé pour accéder à un stage en réanimation qui le conduira à terme à un emploi de chef de clinique. Mais c'est sans compter sur un étudiant, un rival bien décidé à lui savonner la planche. Le stage lui échappe, il se retrouve auprès d'enfants souffrant d'un cancer. Les six mois à venir promettent d'être terribles, le mot est faible. Avec sa co-interne Gabrielle, ils se lancent dans cette expérience professionnelle... vertigineuse !
 
Ce roman est captivant. J'ai dévoré ses 390 pages en trois soirées qui ont, je ne vous le cache pas, largement empiété sur le temps de la nuit 🤓 
 
Il y a l'environnement médical dans lequel je me suis immergée, moi qui perd connaissance à la simple vue d'une plaie écorchée. J'ai beaucoup appris des codes et rouages d'un service hospitalier, des réformes qui le réorganisent pour un soi-disant meilleur, à moins que ça ne soit pour le pire. Marie VILLEQUIER puise dans son expérience professionnelle, elle-même médecin ayant pratiqué en onco-hématologie et soins palliatifs pédiatriques.
 
Le décor est planté mais le service ne serait rien sans les soignants. Tour à tour, les personnages vont prendre corps dans et en-dehors des heures de travail, même si, il faut bien l'avouer, elles sont réduites à peau de chagrin. Là, les 35 heures semblent ne jamais être entrées.
 
Et puis, il y a les patients et leurs familles.
 
Sous la plume de Marie VILLEQUIER, tous sont profondément touchants. On aurait envie de les serrer dans nos bras.
 
Ce que j'ai trouvé particulièrement intéressant c'est la confrontation des deux univers, personnel et professionnel, cette agitation permanente avec une vie vécue quasiment à huis-clos.
 
Mais plus encore, c'est l'approche de la maladie qui est au coeur de ce livre, depuis l'annonce du diagnostic...


Le diagnostic est parfois si choquant que les parents ne retiennent qu'une partie des informatisé qui leur sont transmises. Il faut alors répéter, préciser, éclaircir. Avec bienveillance, patiemment. P. 86

en passant par les traitements jusqu'aux soins palliatifs. Quelle leçon de vie, quelle générosité, quelle sagesse !!!
 
Le rapport à la vie est revisité pour faire de chaque instant vécu un moment de bonheur et quand la douleur fait rage, l'équipe médicale reste présente pour accompagner l'enfant.
 
Ce roman est profondément émouvant. Il est aussi tellement lumineux. Pari réussi pour ce premier roman, un page-tuner que vous n'êtes pas près d'oublier.
 
Si on dansait maintenant sur la musique de "L'hymne de la vie" des Kids United Nouvelle Génération...

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2025-05-09T13:17:20+02:00

L'Appelé de Guillaume VIRY

Publié par Tlivres
L'Appelé de Guillaume VIRY
 
Et de 3... dans ce bal des 68 Premières fois. Je vous propose quelques notes d'Edwin STARR pour l'occasion, c'est vrai, "War (What is it good for)."
 
La sélection est éclectique. Place à un roman historique, "L'Appelé" de Guillaume Viry, un court roman dont les mots résonnent comme les balles tirées en Algérie. C'est là que Jean sera appelé en 1962, la dernière année de la guerre d'indépendance d'un territoire colonisé par la France en 1830. Nous sommes en 1969 quand commence le roman avec une scène d'hôpital, d'un asile en réalité, de ceux qui pratiquaient à l'époque les électrochocs. De cette première scène émergent les traumatismes de la grande Histoire...
 
Parce que lire sur la guerre d'Algérie n'a jamais été aussi nécessaire. Il suffit pour s'en convaincre de lire dans les actualités de ce début d'année 2025 les tensions entre la France et l'Algérie, le colonisateur et la colonisée-décolonisée, des statuts qui laissent des traces à jamais et qui se transmettent de génération en génération. Quelle ingénieuse idée d'ailleurs de l'auteur de déclencher les recherches avec une erreur de prénom pour remonter le fil d'une histoire comme tant d'autres sont tombées dans l'oubli, à moins d'un déni encore plus abject.
 
Guillaume VIRY nous livre un long poème, en prose. Dès la première page vous serez happés par la forme du texte, la rhétorique. C'est à la fois troublant et fascinant, troublant parce qu'exigeant, fascinant par l'onde de choc.
 
Ce qui m'a profondément touchée, une nouvelle fois j'oserai dire, c'est l'absence de connaissances des faits de guerre et de leurs conséquences sur les êtres, des hommes qui n'en ont pas encore assez souffert et se retrouveront sous la main mise d'autres tyrans. Je sors lessivée de cette lecture, ma #VendrediLecture.

Retrouvez toutes les références de ce bal 2025 des 68 Premières fois, édition 2025 : 

Je suis fait de leur absence de Tim DUP

Ecouter les sirènes de Fabrice MELQUIOT

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2025-04-25T07:56:37+02:00

L'œil de la perdrix de Christian ASTOLFI

Publié par Tlivres
L'œil de la perdrix de Christian ASTOLFI
 
Nouvelle bonne pioche du Book club, le dernier roman de Christian ASTOLFI, L'œil de la perdrix, un roman historique à plus d'un titre.
 
Rose est une femme née au début du XXe siècle en Haute Corse, mariée à 16 ans à un berger de l'île, Paul-Dominique. Avec cet homme, elle aura trois enfants, deux garçons et une fille. Quand la petite dernière aura 6 mois, la famille quittera Bastia pour s'installer à Toulon, c'est à l'arsenal que son mari travaillera une trentaine d'années. En frontière de leur quartier, est installé un bidonville. Les deux communautés sont voisines mais ne se fréquentent pas. Rose fera pourtant connaissance avec Farida. À partir de cet instant, elles ne se quitteront plus ou presque. Avec cette relation d'amitié, affaire de sororité, de nouveaux horizons s'offriront aux deux femmes. Il souffle sur leur destinée un brin d'émancipation !
 
Ce roman historique, foisonnant, à l'échelle de 80 ans environ, invite le lecteur à regarder le monde à travers le filtre des invisibles.
 
Il y a d'abord la condition féminine du début du siècle dernier, une premier exemple de soumission, des femmes au foyer qui s'occupent de préparer les repas de leur mari et de leurs enfants, qui s'évertuent à servir les autres sans jamais demander la moindre reconnaissance. Le modèle semble se perpétuer à l'envi...


Paul-Dominique n'était pas si différent. Indulgent envers lui-même tout autant qu'à l'égard de nos fils. Incapable d'écrire une autre histoire familiale que celle que les maris et les pères du village lui avaient transmise. P. 96

Il y a encore celui des exilés d'Algérie, des hommes, des femmes, des enfants, tous français, nés sur une terre colonisée, dont la guerre d'indépendance les poussera à quitter leur terre, celle de leurs origines, pour vivre entre des planches, abrités par quelques tôles. Si beaucoup de romans abordent désormais cette période, Christian ASTOLFI décide, lui, de prendre le parti de relater ce qui se passe en métropole histoire de ne pas oublier les conditions dans lesquelles ils furent parqués. 
 
Entre invisibles, une certaine forme de solidarité peut se développer à l'image de ce parcours de vie mené en commun par Rose et Farida. Toutes deux se retrouveront autour des mots...


Puis, j ai levé les yeux vers elle. Découvert son regard baigné de confiance. Si différent de ceux qui m'avaient toujours avilie. Ce froid qu'il y avait sous leur larme. Ce froid qui m'avait tant de fois traversée par le passé. Ce froid que j'avais appris à supporter. P. 104

Comme j'ai aimé lire les mots posés par Christian ASTOLFI sur des récits de vie, un regard porté par un homme pour incarner une femme avec une extrême sensibilité.
 
Et puis, ce roman est rythmé, il y a cette ascension dans le propos jusqu'à la première révélation, d'autres suivront, toutes plus puissantes les unes que les autres, me prenant à la gorge au point de laisser couler les larmes. Je peux l'avouer, cette histoire m'a rappelé certaines expériences de la vie, des moments de fraternité que je n'oublierai jamais.
 
Enfin, il est aujourd'hui en lice pour le Prix des Libraires, je lui souhaite le meilleur. C'est ma #Vendredilecture.

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2025-04-04T07:34:00+02:00

Écouter les sirènes de Fabrice MELQUIOT

Publié par Tlivres
Écouter les sirènes de Fabrice MELQUIOT

Et de 2... dans ce bal 2025 des 68 Premières fois.

Vous prendriez bien quelques notes de rock... country comme vous y invite la première de couverture du roman de Fabrice MELQUIOT "Écouter les sirènes".

Le premier roman de Fabrice MELQUIOT chez Actes Sud nous emmène aux États-Unis.

Jodie Casterman habite Portland. Elle a la trentaine. Elle vit de petits boulots (dog-sitter, serveuse dans un bar...) et pratique le théâtre. Son père se sait condamné par un cancer. La maladie ne devait lui laisser que 4 mois à vivre, ça fait 12 mois qu'il attend la mort dans un refuge, une cabane en forêt. John va se confier à Jodie, sa fille adoptive, il va lui dévoiler le secret de son existence. Dès lors, Jodie n'aura plus qu'une idée en tête !

Ce roman, c'est une revue complète des références musicales, cinématographiques, artistiques des années 1960 à aujourd'hui, au risque de me lasser, j'avoue. Il y en a beaucoup, beaucoup... même un peu trop.

Mais dans ce roman, librement inspiré du personnage de Suzanne VERDAL à qui Leonard COHEN a dédié l'une de ses chansons, "Écouter les sirènes", titre éponyme du roman, il y a l'histoire d'une jeune femme, l'histoire d'une enfance revisitée au moment du grand départ de son père adoptif.

La littérature se prête parfaitement à l'exercice de ce genre de révélations au crépuscule d'une vie, un peu comme si l'être humain avait besoin de se délester des secrets pour mieux tourner la page de sa vie sur terre.

De cette lecture il me restera quelques fulgurances, des passages profondément émouvants, des phrases qui vous rappellent ô combien l'humain peut être complexe.

Et puis, il y a l'approche de la mort. Comment l'aborder quand elle rôde autour d'êtres chers, comment l'apprivoiser ? Fabrice MELQUIOT, par la voix de Jodie, nous propose une formule empreinte de silence, comme si, être là était déjà beaucoup.


Sous sa couverture de laine épaisse, le silence fait son poids, ni plus, ni moins. Je continue de le chérir, il est une autre parole entre nous, un autre espace entre John et moi, un refuge après la pluie. P. 68

J'ai beaucoup aimé ce père choisissant un abri, en cœur de forêt, se retirant de ses concitoyens pour mieux savourer le plaisir de faire corps avec la nature.
 
La qualité de ce premier roman est irrégulière mais je lui garde une petite place dans mon cœur. C'est ma #VendrediLecture.
 
Prix Transfuge du meilleur premier roman 2024
 
Retrouvez la sélection 2025 des 68 Premières fois
 

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2024-12-20T07:00:00+01:00

Smoothie de Stéphanie GLASSEY

Publié par Tlivres
Smoothie de Stéphanie GLASSEY

OKA'poche Uppercut

 

Ce roman, offert par la maison d'édition, que je remercie, est une belle découverte.

 

Découverte d'une plume d'abord. Je ne connaissais pas l'écriture de Stéphanie GLASSEY, c'est chose faite avec un roman court, savoureux... comme un "Smoothie" mais ne vous y trompez pas, derrière le breuvage sirupeux se cachent quelques gouttes d'acidité.

 

La narratrice vivait depuis 8 ans avec Adrian. Il vient de la quitter. Comme un instinct de survie, elle se connecte sur Tinder, le site de rencontre à la mode. Premier rendez-vous organisé dans un bar à smoothie. Rien ne va se passer comme prévu, enfin, la rencontre si, mais elle sera de courte durée et sans lendemain. Lui voue à son corps un culte sans faille, tout est paramétré, orchestré, performé, alors qu'elle souhaite se laisser aller. Sa vie va prendre un tout autre chemin...

 

Ce roman c'est d'abord un portrait de notre société du XXIème siècle. C'est amusant, caustique aussi. Vous allez rire... jaune !

 

C'est encore la quête d'une jeune femme du bien-être, d'un épanouissement personnel. Comme j'ai aimé l'accompagner dans cette découverte du yoga, d'une certaine forme de yoga, celle qui lui convient.

 

On pourrait presque parler d'un roman d'apprentissage. Si la narratrice est à l'âge adulte, il n'en demeure pas moins qu'il s'agit d'un cheminement vers quelque chose de spirituel. 

 

Découverte d'une nouvelle collection aussi. Ma rencontre avec les éditions Okawa remontent au roman de Catherine ROLLAND, "La dormeuse", un bijou.

 

Là il s'agit du nouveau format poche avec une charte graphique distincte sur fond blanc. Je souhaite que de bonnes fées se penchent sur son berceau. Ce premier roman est prometteur !

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2024-11-19T20:56:30+01:00

L'art de l'esprit joyeux d'Alexandre JOLIEN et Laurent JOUVET

Publié par Tlivres
L'art de l'esprit joyeux d'Alexandre JOLIEN et Laurent JOUVET

Almora éditions

Ce livre a sa petite histoire. Je m'en suis saisie dans le labyrinthe de la Librairie LHERIAU menant à la dédicace d'Alice ZENITER pour son dernier roman, "Frapper l'épopée". Quelle belle idée !

J'aurais pu choisir un roman de la rentrée littéraire mais Alexandre JOLLIEN me fascine.

J'ai lu de lui "Eloge de la faiblesse" et puis chaque fois que je pense à lui, c'est dans la première et la dernière scènes du film dans lequel il joue avec Bernard CAMPAN, "Presque", elles donnent à voir une telle liberté, une telle insouciance et un tel lâcher prise. Pour autant, ne croyez pas que ça soit plus facile pour lui que pour les autres !

D'ailleurs, c'est après avoir traversé l'une des périodes les plus noires, hanté par ses peurs, qu'Alexandre JOLLIEN s'est mis à converser avec Laurent JOUVET. Il faut dire que ces derniers temps, sa femme Corinne avait choisi de lui lire les sermons de maître ECKHART, un moine dominicain allemand, ceux-là mêmes traduits par Laurent JOUVET.

S'ils ont été pour lui une sorte de bouée de sauvetage pour ce qu'ils recouvraient de spiritualité, il n'en demeurait pas moins que certains de leurs contours demeuraient pour lui encore mystérieux.

C'est l'objet même de ce livre, le croisement du regard d'un philosophe avec celui d'un mystique sur ces textes rédigés au XIIIème siècle.

Structuré comme une conversation, le livre donne lieu à des échanges sur les différences entre la spiritualité et la religion par exemple, ou encore la pitié et la compassion...


...] mais il y a Spinoza qui distingue deux trucs : la pitié et la compassion. Dans la pitié, ce qui est premier, c'est la tristesse. On a de la tristesse de voir l'autre souffrir et on tombe dans la pitié. La compassion, au contraire, ce qui est premier, c'est l'amour, l'amour comme moteur. P. 178

À travers de nombreuses références et citations littéraires, les deux hommes nous donnent les clés de compréhension de ce qu'est cet art de l'esprit joyeux.

Si la spiritualité est universelle et accessible à tous d'après Laurent JOUVET, elle relève toutefois d'un effort individuel pour se désidentifier, se débarrasser de tout ce qui nous conditionne, tout ce qui nous détermine. Au panier la mauvaise conscience, la honte et la culpabilité, il s'agit s'obstacles à surmonter pour atteindre le fond du fond.

Ce livre est passionnant. Le ton est fin et délicat, bienveillant et attentionné, plein d'humour et lumineux, de quoi vous mettre en joie !

Ce #mardiconseil, c'est l'occasion d'un petit clin d'oeil à l'un des followers assidus du blog, il suffit parfois d'une rencontre pour se (re)connecter !

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2024-10-08T20:08:43+02:00

Frapper l'épopée d'Alice ZENITER

Publié par Tlivres
Frapper l'épopée d'Alice ZENITER

Flammarion

Il y a parfois des envies irréprescibles de lire un livre. C'est exactement ce que j'ai ressenti après avoir écouté l'interview d'Alice ZENITER au micro de Mathilde SERRELL sur France Inter le 5 septembre.

À peine sortie du travail, je filais en librairie (l'occasion d'un petit clin d'oeil à Sonia chez Contact) acheter l'objet tant convoité : "Frapper l'épopée", roman publié chez Flammarion dans le cadre de cette rentrée littéraire de septembre.

Je le résume en quelques mots.

Tass vit à Paris avec Thomas depuis une dizaine d'années. Ils s'étaient rencontrés à l'Université, tous deux suivaient des études de journalisme. Leur relation amoureuse périclite. L'un attendant que l'autre quitte sa terre d'origine pour adopter la sienne mais avouons qu'entre la métropole et la Nouvelle Calédonie, le choix relève du déchirement. Tass décide de quitter Thomas pour retourner s'installer à Nouméa où elle va enseigner le français dans un lycée technologique. Là s'écrit une nouvelle page de la vie de Tass, imprégnée de tout ce que ses ancêtres ont pu lui léguer à travers les générations.

Ce roman, c'est d'abord celui écrit par une autrice de talent. D'Alice ZENITER j'avais lu "L'art de perdre", Prix Goncourt des Lycéens 2017, Prix Littéraire du Monde 2017, Prix Landerneau 2017... Je me faisais un plaisir de retrouver sa plume.

Et puis, il y a la grande Histoire. J'étais loin d'imaginer que cette terre fut un jour destinée, comme Cayenne en Guyane, à recevoir les bagnards pour qu'ils mettent en pratique une économie agricole auto-suffisante, voire rentable pour l'État français. Nous devons cette initiative à Louis-Napoléon Bonaparte. Nous sommes alors à la fin du XIXème siècle, la colonisation bat son plein. C'est comme ça que des citoyens d'Algérie vont s'y retrouver... à l'image d'Areski. Alice ZENITER concourt à la mémoire de ces hommes, et ces femmes (l'occasion d'un petit clin d'oeil à Louise MICHEL, anarchiste, emprisonnée sur cette terre), arrivés sur le Caillou, condamnés à y demeurer, pour certains, à perpétuité.


Devant la tombe, c'est elle qui se fait happer par 1944, elle qui se tient dans le temps de l'autre. C'est la même chose devant la carcasse de l'avion un peu plus loin. 1942, 1944, ce ne sont pas des années perdues dans le passé. Elles sont là, mêlées à la terre et aux plantes. P. 165

Il y a encore ce regard porté sur le présent.

Si Alice ZENITER écrit ce roman quelques années avant les émeutes du printemps 2024, il fait pourtant écho aux atermoiements d'une jeunesse portant le fardeau de ses origines.

À travers le regard du mouvement indépendantiste en faveur d'une "empathie violente" sont évoqués les chefs d'accusation des colonisateurs, la spoliation de leurs biens, la discrimination du peuple autochtone au profit du blanc, de l'occidental, du sachant, du violent... avec cette revanche à prendre !

Moins révolutionnaire mais tout autant déchirée, il y a aussi cette jeunesse qui quitte sa terre natale pour aller étudier en Métropole, un voyage de 20 000 km, un véritable déracinement. Ni la cuisine, ni la nature (les oiseaux, les plantes...), ni les parfums n'ont de commune mesure. Avec le personnage de Tass, Alice ZENITER révèle ce mal-être, cette incapacité à s'adapter, à se sentir parfaitement chez soi.


[...] chez elle, c'est le Pacifique, c'est le Sud. Elle n'a jamais eu l'impression d'être à sa place de l'autre côté. P. 13

Il y a enfin l'itinéraire de jumeaux, disparus mystérieusement. Ils incarnent peut-être encore une autre frange de cette jeunesse d'aujourd'hui, mais là, pas un mot. C'est là que l'écrivaine puise le ressort du roman et en fait un véritable page-turner.

Alice ZENITER a ce talent de semer des petits cailloux au fil de la narration, abordant une foule de sujets comme celui de la maternité. Là aussi, il y aurait tant à dire... de ces femmes kanaks qui résistèrent à leur manière à donner une descendance aux colons. Mesdames, que vous soyez honorées de vos actes.

Ce roman est fascinant, parfaitement orchestré, navigant en eau claires... et troubles (un brin onirique et fantastique...). C'est une pépite, c'est mon #Mardiconseil !

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2024-08-23T08:25:17+02:00

Pages volées d'Alexandra KOSZELIK

Publié par Tlivres
Photo du livre d'Alexandra KOSZELIK, en toile de fond mon tee-shirt, un cadeau offert par ma fille elle aussi passionnée de littérature, il y est écrit : "L'écriture c'est le coeur".

Photo du livre d'Alexandra KOSZELIK, en toile de fond mon tee-shirt, un cadeau offert par ma fille elle aussi passionnée de littérature, il y est écrit : "L'écriture c'est le coeur".

Alexandra KOSZELYK, je crois que tout ce qu'elle écrit me fait vibrer !

Il y a eu "À crier dans les ruines", "La dixième muse" et "L'Archiviste", tous des romans adultes Aux Forges de Vulcain que j'ai adorés, et puis "Le sanctuaire d'Emona", un roman jeunesse de la Collection R de Robert Laffont, un coup de ❤️

Si je connais depuis longtemps Alexandra, je l'avais interviewée pour T Livres ? T Arts ? à la sortie de son 3ème roman, et plus récemment au 122 dans le cadre des soirées littéraires de l'association Les Bouillons, jamais, non jamais je ne serai allée sur un terrain intime que je soupçonnais douloureux.

Mais là, c'est Alexandra KOSZELYK qui prend la plume pour nous livrer un texte très personnel. Elle nous apprend le décès de sa mère dans un accident de voiture duquel elle a survécu avec son frère. Leur père mourra de ses blessures quelques jours plus tard. Elle n'avait alors que 8 ans. Si tous se sont évertués pendant son enfance à lui cacher la vérité, c'était pour mieux lui donner à la quarantaine l'opportunité de se délivrer d'un texte profondément émouvant, un texte qui s'est subitement imposé à elle, lors d'une résidence d'écriture sur sa terre natale. Elle a ressenti un irrépressible besoin d'écrire sur son histoire.

À l'image de "L'Archiviste", roman écrit d'une traite les jours qui ont suivi l'invasion de l'Ukraine en février 2022, "Pages volées" a mûri au fond d'elle pour surgir tel un souffle, une respiration après une phase d'apnée.


[...] déposer mes mots est une manière de reprendre la barre de ma navigation, de faire avec la houle de mes souffrances d'enfant, non contre elle. P. 33

Tour à tour roman (d'autofiction), recueil de poèmes, ce texte construit comme un journal intime, devient au fil des pages un essai autour de la littérature, la lecture


Le lecteur est celui qui se dénude au moment d'entrer dans un sanctuaire. Il est avide de découvertes. En refermant le livre, il portera de nouveaux habits, sera allé à la rencontre d'autres vies, d'autres histoires, et portera vers l'autre le regard d'un ami. P. 85

et l'écriture.


Travailler, effacer, raturer, s'étendre, se restreindre, couper, remettre. Arriver à la phrase qu'on trouve juste, passer sur d'autres en pensant qu'elles le sont, sans être certain qu'elles le soient, avoir l'oeil de l'éditeur, mais aussi de ses proches, amis, lecteurs, en discuter avec d'autres... P. 178

Elle creuse le sillon de ce qui forge sa plume. Ce texte protéiforme transcende les limites des registres littéraires (ce qui prouve bien qu'elle peut exceller dans tous !) pour tisser les fils de son existence et révéler la femme qu'elle est devenue aujourd'hui, l'écrivaine, une oeuvre se constituant progressivement...


Survivre, c'est vivre deux fois. Pour moi. Et pour eux qui ne le pouvaient plus. P. 41

Parce que tout mérite d'être expliqué (les avides de synchronicités vont être servis !), Alexandra KOSZELYK dévoile ce qui l'a construit à travers les richesses de la langue, qu'elle soit orale, écrite, celle des livres et celle des éléments (la mer, la forêt, la nature quoi !)... elle fait feu de tout bois pour nous offrir un livre lumineux (n'est-elle pas solaire !), empreint d'espoir, avec cette quête de laisser une trace de ses sentiments, ses doutes, ses convictions aussi.


Chaque mot est un barreau d'échelle qui m'élève, là où la réalité fait de moi une orpheline. P. 91

Il y est question d'origines, d'identité, de transmission intergénérationnelle, Alexandra KOSZELYK écrit sur la vie. David MEULEMAN sont éditeur ne s'y est pas trompé, ce texte (il a décidé de ne publier que celui-là à la rentrée littéraire), il est fort, il est poignant tout en étant puissant, c'est un inclassable, un livre qui vous marque "À la vie à l'amor" (aphorisme emprunté à Miss. Tic). C'est ma #vendredilecture !

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