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Articles avec #rl2026_janvier catégorie

2026-02-24T17:35:00+01:00

Aqua de Gaspard KOENIG

Publié par Tlivres
Aqua de Gaspard KOENIG
La rentrée littéraire de janvier 2026 est excellente. Je sors de la lecture du dernier roman de Gaspard KOENIG, "Aqua" aux Éditions de L'Observatoire, trouvé à La Cohue bien sûr.
 
Si vous avez aimé "Humus", le premier opus d'une série de quatre, précipitez-vous chez votre libraire préféré, ce roman est pour vous.
 
Dans le petit village de Saint-Firmin, les élections municipales s'annoncent. Jobard y est maire depuis de longues années et il entend bien faire élire son dauphin, son neveu, Martin, qui travaille à Paris dans un service de l'eau. C'est d'ailleurs cet élément qui va venir perturber les plans du maire sortant. Elle s'invite dans le débat comme un sujet clivant. Il y a ceux qui pensent que transférer la compétence à la com com est une bonne idée, l'autre qui souhaite garder "son" eau. les cartes sont rebattues et une étrangère est finalement élue, Maria, arrivée de Roumanie, gérante depuis 5 ans de La Lanterne, l'épicerie du village. Un peu malgré elle, Maria se retrouve aux commandes du village pour le meilleur, mais aussi le pire.
 
Ce roman, c'est 446 pages d'un roman social, un roman qui en dit long sur notre époque, sur la guerre des chapelles qui existe encore, des villages qui s'opposent depuis des décennies, voire plus, alors, venir leur parler d'intérêt général, c'est trop pour eux. Quant aux institutions, elles ne font pas mieux. Avec des représentants aux égos surdimensionnés, chacun se jette dans la bataille avec ses armes. Défaite pou tous assurée, en particulier pour Dame Nature qui, elle, en paie les frais. Elle est pourtant tellement vivante : 


Ce que Maria traverse à présent, c'est à la fois un dehors et un dedans, un chemin qui relie deux fermes et une haie qui sépare deux parcelles. C'est aussi un univers entier, avec ses histoires, ses habitudes, ses codes, ses drames, quand un arbre déraciné par le vent tombe en travers du chemin, ses joies, quand la mésange boréales, si boudeuse de nos jours, vient nicher dans le tronc mort. Il abrite davantage d'êtres vivants que l'on compte d'humains sur terre. À bien y réfléchir, ce n'est pas le chemin qui est creux. Ce sont les champs autour qui forment de pauvres bosses nues et infertiles. P. 200

Avec Gaspard KOENIG, les personnages sont taillés au couteau et puis, au fil des pages, les liens se dénouent pour laisser place à des personnalités éprouvées par le passé, à moins que ça ne soit par le présent. La vie en société érode les êtres qui finissent par s'affronter : femmes/hommes, ruraux/citadins, anciens/nouveaux, locaux/étrangers... C'est là où l'auteur est fascinant. À travers des personnages de tous bords, il assure de brosser un portrait complet des réalités de vie quotidienne. Le mot est juste, il fait rire... jaune et grincer les dents.
 
Ce roman est politique aussi. Ironie du sort, si je puis dire, je lis ce roman qui traite d'une sécheresse caniculaire alors même qu'autour de nous sévissent les inondations. Il y a de l'eau jusqu'à ne plus pouvoir l'absorber, elle ruisselle à gros débit, s'invite dans les logements et les commerces, impacte les transports et l'activité économique, mais aussi et surtout, menace l'espèce humaine. Même là, l'écologie, dont l'origine du mot relève du grec et veut dire "étude de notre maison" (entendez par là la planète), est à cent mille lieues du débat. Il y a bien quelques scientifiques et hydrologues qui essaient de prendre la parole mais ils sont inaudibles dans ce capharnaüm d'intérêts particuliers. Des décisions sont pourtant à prendre pendant qu'il en est encore temps. L'auteur monte un scénario inspirant, à bon entendeur !
 
La narration de cette satire est fluide, foisonnante, haletante même. Je n'ai pas vu les 446 pages filer !
 
Si je me souviens bien, le proverbe dit "jamais deux sans trois". J'ai déjà hâte de découvrir le suivant. Alors, Monsieur KOENIG, à quand le prochain ?

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2026-01-27T22:06:06+01:00

La disparition des choses d'Olivia ELKAIM

Publié par Tlivres
La disparition des choses d'Olivia ELKAIM

Éditions Stock

Nous sommes le 27 janvier. C'est aujourd'hui la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste, l'opportunité de vous présenter le roman que je viens tout juste de terminer : "La disparition des choses" d'Olivia ELKAIM.

Tout a commencé avec une rencontre à la Librairie Lhériau d'Angers. Je ne connaissais pas Olivia ELKAIM, j'ai été séduite. Je n'avais jamais lu Georges PEREC, j'en ai maintenant une irrépressible envie !

Tout commence avec cette scène effroyable. Nous sommes gare de Lyon à Paris à l'automne 1941. Cécile, une jeune mère, est avec son fils de 5 ans sur le quai numéro 11. Elle s'apprête à le laisser monter dans le train, le dernier convoi de la Croix-Rouge à destination de Grenoble en zone libre. Elle lui donne quelques conseils, l'embrasse et regarde le train partir avec ce qu'elle a de plus cher. Elle ne sait pas encore qu'elle sauvera Georges des griffes du régime nazi et qu'il deviendra un grand écrivain.

A l'image de Léonor DE RECONDO dans "Marcher dans tes pas", Olivia ELKAIM explique sa démarche : 


Je lui invente des manières, un phrasé, des sentiments dont je ne sais rien. Je comble de romanesque là où il n'y a que du vide. P. 100

L'écrivaine se nourrit d'éléments historiques, factuels, pour tisser le fil de l'existence de cette femme née Cyrla en 1913 à Varsovie en Pologne. Elle est arrivée en France avec son mari, un communiste, un homme qui s'est engagé dans la Légion étrangère pour obtenir la nationalité française et ainsi assurer l'avenir de sa famille. Il décèdera en juin 1940 en combattant, faisant de son épouse une veuve de guerre et assurant à son fils une place dans le dernier train de la Croix-Rouge.

A celles et ceux qui s'interrogent sur le pourquoi de ce livre, pourquoi écrire sur la mère de Georges PEREC, comme Léonor DE RECONDO, elle le crie haut et fort à celles et ceux qui veulent l'entendre :


Pour lui... Mais moi, je veux le faire pour elle, d'abord pour elle, pour lui rendre hommage, à elle comme à toutes les femmes qui sont parties sur les routes, seules, avec leurs enfants, celles qui ont eu peur et ont dissimulé leur effroi sous leur masque de mère, celles qui ont recueilli les petits des tuées comme s'ils étaient les leurs, posé une main sur leurs yeux pour qu'ils ne voient rien du massacre, celles qui ont grimacé et ri pour faire croire que ce bazar des hommes, bruit de bombes, explosions des shrapbels, défunts ensanglantés dans des flaques, ce bazar n'est en fait qu'un odieux carnaval. Rien de sérieux, rien de vrai. P. 136

Olivia ELKAIM assure la postérité à toutes celles qui ont connu l'extermination parce que juives. Il faut dire que l'écrivaine partage beaucoup de points communs avec Cécile. Sa famille à elle aussi a connu l'exil, la francisation d'un état civil pour préserver l'ordre public, et le fait d'avoir un enfant de 5 ans également quand elle se lance de l'écriture de ce roman.

Et puis, il y a son intérêt également pour Georges PEREC, l'écrivain, dont elle a lu de nombreux ouvrages pour se nourrir de sa vie, de sa construction personnelle, et pour repérer les traces du vide laissé par l'absence de sa mère.


Nul ne devine l'empreinte laissée par la disparition de sa mère. Mais plus le temps passe, plus l'absence se creuse indéfiniment et l'aspire. P. 38

Petit clin d'oeil à l'auteur avec le titre du roman "La disparition des choses", la fusion du titre de deux romans de Georges PEREC, "La disparition" et "Les choses". C'est avec ce dernier qu'il sera lauréat du Prix Renaudot en 1966.

J'ai été touchée par l'écriture d'Olivier ELKAIM, une plume tendre et généreuse, un propos fluide qui résonne tout particulièrement aujourd'hui. C'est mon #Mardiconseil.

J'ai une pensée aussi toute particulière pour ces auteurs qui ont assuré, par la voie de la littérature, le souvenir de victimes de la barbarie nazie : 

Robert BADINTER avec "Idis"

Carole ZALBERG avec "Où vivre"

Isabelle STIBBE avec "Bérénice 34-44"

Oscar LALO avec "La race des orphelins"

Diane DUCRET avec "Les Indésirables"

Lola LAFON avec "Quand tu écouteras cette chanson"

et bien d'autres encore...

 

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