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Articles avec #meslectures catégorie

2026-01-27T22:06:06+01:00

La disparition des choses d'Olivia ELKAIM

Publié par Tlivres
La disparition des choses d'Olivia ELKAIM

Éditions Stock

Nous sommes le 27 janvier. C'est aujourd'hui la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste, l'opportunité de vous présenter le roman que je viens tout juste de terminer : "La disparition des choses" d'Olivia ELKAIM.

Tout a commencé avec une rencontre à la Librairie Lhériau d'Angers. Je ne connaissais pas Olivia ELKAIM, j'ai été séduite. Je n'avais jamais lu Georges PEREC, j'en ai maintenant une irrépressible envie !

Tout commence avec cette scène effroyable. Nous sommes gare de Lyon à Paris à l'automne 1941. Cécile, une jeune mère, est avec son fils de 5 ans sur le quai numéro 11. Elle s'apprête à le laisser monter dans le train, le dernier convoi de la Croix-Rouge à destination de Grenoble en zone libre. Elle lui donne quelques conseils, l'embrasse et regarde le train partir avec ce qu'elle a de plus cher. Elle ne sait pas encore qu'elle sauvera Georges des griffes du régime nazi et qu'il deviendra un grand écrivain.

A l'image de Léonor DE RECONDO dans "Marcher dans tes pas", Olivia ELKAIM explique sa démarche : 


Je lui invente des manières, un phrasé, des sentiments dont je ne sais rien. Je comble de romanesque là où il n'y a que du vide. P. 100

L'écrivaine se nourrit d'éléments historiques, factuels, pour tisser le fil de l'existence de cette femme née Cyrla en 1913 à Varsovie en Pologne. Elle est arrivée en France avec son mari, un communiste, un homme qui s'est engagé dans la Légion étrangère pour obtenir la nationalité française et ainsi assurer l'avenir de sa famille. Il décèdera en juin 1940 en combattant, faisant de son épouse une veuve de guerre et assurant à son fils une place dans le dernier train de la Croix-Rouge.

A celles et ceux qui s'interrogent sur le pourquoi de ce livre, pourquoi écrire sur la mère de Georges PEREC, comme Léonor DE RECONDO, elle le crie haut et fort à celles et ceux qui veulent l'entendre :


Pour lui... Mais moi, je veux le faire pour elle, d'abord pour elle, pour lui rendre hommage, à elle comme à toutes les femmes qui sont parties sur les routes, seules, avec leurs enfants, celles qui ont eu peur et ont dissimulé leur effroi sous leur masque de mère, celles qui ont recueilli les petits des tuées comme s'ils étaient les leurs, posé une main sur leurs yeux pour qu'ils ne voient rien du massacre, celles qui ont grimacé et ri pour faire croire que ce bazar des hommes, bruit de bombes, explosions des shrapbels, défunts ensanglantés dans des flaques, ce bazar n'est en fait qu'un odieux carnaval. Rien de sérieux, rien de vrai. P. 136

Olivia ELKAIM assure la postérité à toutes celles qui ont connu l'extermination parce que juives. Il faut dire que l'écrivaine partage beaucoup de points communs avec Cécile. Sa famille à elle aussi a connu l'exil, la francisation d'un état civil pour préserver l'ordre public, et le fait d'avoir un enfant de 5 ans également quand elle se lance de l'écriture de ce roman.

Et puis, il y a son intérêt également pour Georges PEREC, l'écrivain, dont elle a lu de nombreux ouvrages pour se nourrir de sa vie, de sa construction personnelle, et pour repérer les traces du vide laissé par l'absence de sa mère.


Nul ne devine l'empreinte laissée par la disparition de sa mère. Mais plus le temps passe, plus l'absence se creuse indéfiniment et l'aspire. P. 38

Petit clin d'oeil à l'auteur avec le titre du roman "La disparition des choses", la fusion du titre de deux romans de Georges PEREC, "La disparition" et "Les choses". C'est avec ce dernier qu'il sera lauréat du Prix Renaudot en 1966.

J'ai été touchée par l'écriture d'Olivier ELKAIM, une plume tendre et généreuse, un propos fluide qui résonne tout particulièrement aujourd'hui. C'est mon #Mardiconseil.

J'ai une pensée aussi toute particulière pour ces auteurs qui ont assuré, par la voie de la littérature, le souvenir de victimes de la barbarie nazie : 

Robert BADINTER avec "Idis"

Carole ZALBERG avec "Où vivre"

Isabelle STIBBE avec "Bérénice 34-44"

Oscar LALO avec "La race des orphelins"

Diane DUCRET avec "Les Indésirables"

Lola LAFON avec "Quand tu écouteras cette chanson"

et bien d'autres encore...

 

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2026-01-21T08:44:12+01:00

Bébé croco de Yu-Hsuan HUANG

Publié par Tlivres
Bébé croco de Yu-Hsuan HUANG
 
Après "Le lion et l'oiseau" de Marianne DUBUC et "Mammouth" d'Alex WILLMORE, place à "Bébé croco" de Yu-Hsuan HUANG.
 
Nous accompagnons "Bébé croco" dans le marais. Il côtoie les animaux et insectes (😉 à Petite Libellule) à la recherche de sa Maman.
 
Il s'agit d'un livre marionnette que l'on peut lire aux enfants, les tout petits, et animer en glissant un doigt dans la tête de "Bébé croco" faite d'un tissu tout doux. La 3D donne du mouvement et attire les yeux des bébés.
 
Devenus plus grands, ils restent fidèles à ce petit format (10 x 10 cm) avec des pages cartonnées de grosse épaisseur. La preuve, mon petit-fils en a choisi un avant de quitter la Bibliothèque Saint-Eloi, l'occasion de l'un petit clin d'œil à l'équipe.
 
Avec ces illustrations en pleine page et son nuancier de couleur distinct par double page, ce livre est attractif.
 
Il traite aussi d'un sujet particulier, celui de la peur d'avoir perdu sa Maman, une émotion qu'un enfant a déjà pu ressentir malgré son tout jeune âge. La fin tout en tendresse vient le rassurer avant de lâcher prise pour s'endormir.
 
Je vous conseille la collection toute entière !

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2026-01-16T07:00:00+01:00

Marcher dans tes pas de Léonor DE RECONDO

Publié par Tlivres
Marcher dans tes pas de Léonor DE RECONDO

Éditons L'Iconoclaste

Je vous ai récemment présenté "Idiss" de Robert BADINTER, voilà une nouvelle voix, féminine celle-ci, celle de Léonor DE RECONDO qui rend également un vibrant hommage à sa grand-mère dans son tout dernier roman : "Marcher dans tes pas".

Tout commence avec la préparation du gâteau de riz au lait pour l'anniversaire de Jean. Il va avoir 7 ans. C'est le moment que choisit quelqu'un pour frapper à la porte et annoncer qu'il faut partir, franchir la frontière, et rejoindre Hendaye. Nous sommes en 1936, à Irun, en Espagne. Cette femme, en cuisine, est alors mère de 3 garçons. Son mari est parti à Aranjuez près de Madrid pour lutter contre le franquisme. Elle va quitter son pays avec ses parents, ses trois frères et ses trois enfants. Dès lors, leur vie va basculer, rien ne sera plus comme avant.

Léonor DE RECONDO s'inspire, vous l'avez compris, de son histoire familiale pour nous livrer un roman profondément émouvant.


Chaque génération s'empare du passé à bras-le-corps. Je le fais par mon engagement artistique. La beauté est le lieu imprenable des possibles, du partage, de dépassement de soi, indispensable à une société plus juste. À une société qui s'élève. P. 164

En l'absence de récit familial, et en qualité d'écrivaine, elle va en imaginer un, dédié en particulier à sa grand-mère, une résistante. C'est avec la seconde personne du singulier, le "tu" qu'elle s'adresse à Enriqueta, âgée de 77 ans de plus qu'elle, un peu comme si les deux femmes pouvaient converser ensemble aujourd'hui.


C'est la première femme que tu embrasses depuis ton arrivée ici. Il y a une reconnaissance de peine entre vous deux. Il y a ce que tu sais de son mari fusillé, quelques jours auparavant. Il y a les décombres de maisons, il y a le noeud de Dolores entre vous. Et cette condition féminine qui ne se dit pas, qui ne se plaint pas, qui porte enfants et valises, parfois les parents, et qui tient toute la maisonnée, malgré les ruines. Vous êtes des femmes seules, responsables d'enfants et d'avenirs. P. 151-152

Derrière la trajectoire de cette famille, c'est la grande Histoire qui est relatée. Léonor DE RECONDO place les femmes au cœur des événements. Il y a celles qui sont fortes, puissantes, à l'image de Felicia Mary BROWN qui faisait partie des Brigades Internationales, et Lola ITURBE, anarchiste, féministe, l'une des fondatrices de Mujeres libres, une organisation antifasciste à l'initiative d'une revue écrite exclusivement par des femmes. Et puis il y a celles qui, sous leur cornette, réalisent des actes ignobles. Elle dénonce les religieuses à la tête des prisons de femmes. Jusqu'en 1978, elles continueront de commettre l'impensable pendant les grossesses des prisonnières.

Ce livre assure avec brio la postérité de gens "ordinaires" morts sur leur terre ou exilés.

Et puis il y a une autre histoire dans l'Histoire contemporaine, celle de Léonor DE RECONDO elle-même pour qui une loi d'octobre 2022, dite loi de Mémoire démocratique, permet aux enfants et petits-enfants de ceux qui ont perdu la nationalité espagnole lors de l'exil de la guerre civile de la demander. Dès lors, c'est le parcours administratif que nous raconte l'écrivaine, une démarche personnelle qui met en lumière l'itinéraire de toute une population dont les racines pourraient être officiellement restaurées.

Dans la prose du roman, Léonor DE RECONDO nous livre un recueil de poèmes. Si ce genre me paraît souvent opaque, là comme dans "La Petite Nonne" de Bérénice PICHAT, je me suis laissée porter par des textes longs, des textes qui disent plus encore la souffrance de ceux qui ne savent pas d'où ils viennent.

Léonor DE RECONDO y parle merveilleusement bien de la langue, maternelle en particulier.


Mais on n'oublie pas sa langue maternelle, aussi complexe soit-elle. Elle est la terre, le lien, le chant, le réconfort, la rigueur avec laquelle on se construit. P. 203

Cette nouvelle référence du #bookclub est excellente. Je vous la conseille absolument.

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2026-01-14T13:09:38+01:00

Mammouth d'Alex WILLMORE

Publié par Tlivres
Mammouth d'Alex WILLMORE
 
Cet album jeunesse est le premier coup de cœur de mon petit-fils emprunté à la Bibliothèque Saint-Éloi, l'occasion d'un petit clin d'œil à l'équipe.
 
Avec "Mammouth" d'Alex WILLMORE, nous partons en expédition au pôle sud avec une équipe d'explorateurs en quête de pingouins dont un petit homme qui, lui, affiche clairement sa préférence pour le mammouth. Il se retrouve seul dans ses recherches. Il a la surprise de rencontrer un spécimen des plus burlesques, il porte des lunettes de soleil et fait du skate !
 
Cet album, mon petit-fils l'adore. Nous en sommes à la énième lecture !
 
Peut-être pour la couleur du mammouth, orange, qu'il est facile de repérer même quand il est dessiné en toute petite taille.
 
Peut-être pour ses accessoires aussi, imaginez un mammouth portant un tutu de danse, des palmes et un masque quand il troque son skate pour s'offrir une baignade. Il a même un chapeau sous l'eau.
 
Peut-être aussi parce que nous accompagnons le petit homme criant "Mammouth" chaque fois que l'animal apparaît.
 
Peut-être encore pour toutes les ritournelles du scénario. L'enfant se prend au jeu et attend la lecture en connaissant, chaque fois, la première partie du texte.
 
Peut-être pour la fin de l'histoire, tellement fantaisiste et mignonne à la fois.
 
À moins que ça ne soit pour les illustrations, pleine page. On en prend plein les yeux. Leur découpage en saynètes contribue à donner du rythme.
 
Vous l'aurez compris, c'est une excellente référence.

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2026-01-09T07:00:00+01:00

Idiss de Robert BADINTER

Publié par Tlivres
Idiss de Robert BADINTER

Éditions Fayard

Robert BADINTER, décédé le 9 février 2024, panthéonisé le 9 octobre 2025, repose au cimetière de Bagneux dans la banlieue sud de Paris avec notamment sa grand-mère maternelle, à qui il a rendu un vibrant hommage avec un roman qui se veut pour partie une biographie et pour partie le fruit de ses rêves.

Idiss est née en Bessarabie en 1863. Elle a épousé son mari, Schulim, parti à l'armée alors qu'ils avaient deux jeunes enfants à nourrir, Avroum et Naftoul. Accueillie par ses beaux-parents, de pauvres gens, elle contribue aux ressources du foyer en vendant des articles de broderie et quelques activités de contrebande. Au retour de Schulim, femme et enfants retrouvent leur maison, une petite fille naîtra un an plus tard, Chifra, la mère de Robert BADINTER. Devant la persécution des juifs et les problèmes financiers liés aux jeux d'argent de Schulim, la decision est prise de quitter le pays pour rejoindre les deux garçons partis à leur majorité à Paris. Là, pour tous, une nouvelle vie commence.

Le portrait de cette grand-mère est très attendrissant. Robert BADINTER, son petit-fils, lui voue une profonde estime et lui témoigne d'une très belle preuve d'amour. Il est sensible à sa force, sa personnalité, et aux instants de douceur aussi qu'elle lui a procurés. Comme j'ai aimé ce passage autour de son parfum...

 


J'ai conservé le souvenir du parfum d'eau de Cologne dont elle se versait deux gouttes derrière les oreilles avant de "sortir", comme elle disait. Ce parfum-là, quand il m'arrive d'en percevoir l'odeur des décennies plus tard, évoque son visage penché vers moi pour me donner un dernier baiser. Je ferme les yeux. C'est mon enfance revisitée. P. 145

Mais rien ne saurait effacer de la douleur endurée chaque jour depuis la mort de son mari d'un cancer à l'âge de 54 ans. Robert BADINTER emploie une expression que je n'avais encore jamais lue je crois. Sa grand-mère vivait en "mutilée de l'amour".

Et plus encore, le spectre de la menace pesant sur le peuple juif. Une nouvelle fois, j'ai été frappée par la persécution de la communauté depuis la nuit des temps.


Si l'on tolérait individuellement les juifs qu'on connaissait, les communautés juives étaient rejetées collectivement. P. 24

Alors que la famille est arrivée en France et que la naturalisation de la famille de Chifra-Charlotte est officialisée, le gouvernement de Vichy décide en 1940 de les annuler. Ils deviennent apatrides, un terme si souvent associé au peuple juif, où qu'il vive sur la terre.

Robert BADINTER, élevé avec son frère Claude, par une mère soucieuse de leur intégration dans la société française et leur réussite scolaire, vouera toute sa vie et toutes ses forces à la défense des droits humains. Il semble bien qu'il ait moins tiré de l'autorité maternelle que de l'inspiration grand-maternelle pour construire ses ambitions et mener ses conbats.

Magnifique livre écrit dans une plume fluide et émouvante.

Il me reste maintenant à découvrir la BD inspirée de ce récit de Fred BERNARD et Richard MALKA, Richard MALKA dont vous vous souvenez peut-être de sa nuit passée au Panthéon. Le monde est petit, non ?

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2026-01-07T18:00:00+01:00

Le lion et l'oiseau de Marianne DUBUC

Publié par Tlivres
Le lion et l'oiseau de Marianne DUBUC
 
Ce livre, c'est mon petit-fils qui l'a choisi. Il a un peu plus de 2,5 ans et il l'a beaucoup aimé.
 
Tout commence avec l'activité de jardinage du lion (mi homme-mi lion). Il ramasse les feuilles tombées. Nous sommes en l'automne. Et là, que découvre-t-il, un oiseau blessé piaillant. Le lion commence par lui poser un bandage. C'est à ce moment que la colonie des oiseaux migrateurs s'envole vers d'autres horizons, l'oiseau reste seul avec le lion qui l'invite à entrer dans sa maison. Une relation d'amitié va bientôt s'établir entre le lion et l'oiseau. L'hiver venu, ils profitent tous deux du confort et de la chaleur du foyer. Avec le printemps, les premières fleurs sont annonciatrices du retour de la colonie des oiseaux migrateurs. L'oiseau guéri part retrouver ses amis, laissant le lion seul tout l'été. La vie est toutefois pleine de surprise !
 
J'ai beaucoup aimé découvrir ce livre avec mon petit-fils.
 
D'abord, les illustrations sont très belles, en alternance sur des doubles pages entièrement colorées alors que d'autres figurent dans des bulles sur fond blanc. Avec très peu de texte, toute l'histoire repose sur les dessins, quel talent !
 
Le rythme des saisons vient ponctuer cette histoire, des repères bien ancrés chez les petits. Il n'y a plus alors qu'à tourner les pages !
 
Et puis, il y a la beauté des messages : la relation d'amitié malgré les différences entre un lion et un oiseau, le soin porté à un oiseau blessé, l'hospitalité du lion accueillant son nouvel ami dans son intimité, le sens de la vie...
 
Il y a encore l'expression des émotions : l'inquiétude du lion devant l'état de santé de l'oiseau blessé, la confiance dans le bandage réalisé pour guérir l'oiseau, la joie de se retrouver tous les deux sous un même toit, bien au chaud, et de faire des activités ensemble, la tristesse de voir l'oiseau guéri retrouver ses compagnons de vol...
 
Il y a, pour terminer, la fin de l'histoire, une fin pleine de douceur et de tendresse.
 
Bref, très bon premier choix !
 
J'en profite pour saluer l'équipe de la bibliothèque municipale Saint-Eloi 😉

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