Nous sommes le 27 janvier. C'est aujourd'hui la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste, l'opportunité de vous présenter le roman que je viens tout juste de terminer : "La disparition des choses" d'Olivia ELKAIM.
Tout a commencé avec une rencontre à la Librairie Lhériau d'Angers. Je ne connaissais pas Olivia ELKAIM, j'ai été séduite. Je n'avais jamais lu Georges PEREC, j'en ai maintenant une irrépressible envie !
Tout commence avec cette scène effroyable. Nous sommes gare de Lyon à Paris à l'automne 1941. Cécile, une jeune mère, est avec son fils de 5 ans sur le quai numéro 11. Elle s'apprête à le laisser monter dans le train, le dernier convoi de la Croix-Rouge à destination de Grenoble en zone libre. Elle lui donne quelques conseils, l'embrasse et regarde le train partir avec ce qu'elle a de plus cher. Elle ne sait pas encore qu'elle sauvera Georges des griffes du régime nazi et qu'il deviendra un grand écrivain.
A l'image de Léonor DE RECONDO dans "Marcher dans tes pas", Olivia ELKAIM explique sa démarche :
Je lui invente des manières, un phrasé, des sentiments dont je ne sais rien. Je comble de romanesque là où il n'y a que du vide. P. 100
L'écrivaine se nourrit d'éléments historiques, factuels, pour tisser le fil de l'existence de cette femme née Cyrla en 1913 à Varsovie en Pologne. Elle est arrivée en France avec son mari, un communiste, un homme qui s'est engagé dans la Légion étrangère pour obtenir la nationalité française et ainsi assurer l'avenir de sa famille. Il décèdera en juin 1940 en combattant, faisant de son épouse une veuve de guerre et assurant à son fils une place dans le dernier train de la Croix-Rouge.
A celles et ceux qui s'interrogent sur le pourquoi de ce livre, pourquoi écrire sur la mère de Georges PEREC, comme Léonor DE RECONDO, elle le crie haut et fort à celles et ceux qui veulent l'entendre :
Pour lui... Mais moi, je veux le faire pour elle, d'abord pour elle, pour lui rendre hommage, à elle comme à toutes les femmes qui sont parties sur les routes, seules, avec leurs enfants, celles qui ont eu peur et ont dissimulé leur effroi sous leur masque de mère, celles qui ont recueilli les petits des tuées comme s'ils étaient les leurs, posé une main sur leurs yeux pour qu'ils ne voient rien du massacre, celles qui ont grimacé et ri pour faire croire que ce bazar des hommes, bruit de bombes, explosions des shrapbels, défunts ensanglantés dans des flaques, ce bazar n'est en fait qu'un odieux carnaval. Rien de sérieux, rien de vrai. P. 136
Olivia ELKAIM assure la postérité à toutes celles qui ont connu l'extermination parce que juives. Il faut dire que l'écrivaine partage beaucoup de points communs avec Cécile. Sa famille à elle aussi a connu l'exil, la francisation d'un état civil pour préserver l'ordre public, et le fait d'avoir un enfant de 5 ans également quand elle se lance de l'écriture de ce roman.
Et puis, il y a son intérêt également pour Georges PEREC, l'écrivain, dont elle a lu de nombreux ouvrages pour se nourrir de sa vie, de sa construction personnelle, et pour repérer les traces du vide laissé par l'absence de sa mère.
Nul ne devine l'empreinte laissée par la disparition de sa mère. Mais plus le temps passe, plus l'absence se creuse indéfiniment et l'aspire. P. 38
Petit clin d'oeil à l'auteur avec le titre du roman "La disparition des choses", la fusion du titre de deux romans de Georges PEREC, "La disparition" et "Les choses". C'est avec ce dernier qu'il sera lauréat du Prix Renaudot en 1966.
J'ai été touchée par l'écriture d'Olivier ELKAIM, une plume tendre et généreuse, un propos fluide qui résonne tout particulièrement aujourd'hui. C'est mon #Mardiconseil.
J'ai une pensée aussi toute particulière pour ces auteurs qui ont assuré, par la voie de la littérature, le souvenir de victimes de la barbarie nazie :
Robert BADINTER avec "Idis"
Carole ZALBERG avec "Où vivre"
Isabelle STIBBE avec "Bérénice 34-44"
Oscar LALO avec "La race des orphelins"
Diane DUCRET avec "Les Indésirables"
Lola LAFON avec "Quand tu écouteras cette chanson"
et bien d'autres encore...

/image%2F1400564%2F20260127%2Fob_4df97e_unnamed.jpg)
/image%2F1400564%2F20260121%2Fob_8c9b75_image0-23.jpeg)
à Petite Libellule) à la recherche de sa Maman./image%2F1400564%2F20260114%2Fob_3847c6_image0-22.jpeg)
/image%2F1400564%2F20260114%2Fob_e3b54a_image0-21.jpeg)
/image%2F1400564%2F20260108%2Fob_45103b_img-8133.jpeg)
/image%2F1400564%2F20260107%2Fob_efa034_le-lion-et-l-oiseau.jpg)