L'artiste côtoyait alors les cercles d'intellectuels et d'artistes parisiens.
Il avait choisi de travailler le laiton considérant que « [...] ce matériau donne au portrait un côté étincelant correspondant à la personnalité « haute en couleur » du célèbre modèle [...]. »
J'aime beaucoup sa composition, les vides venant compléter les pleins. Cette création est tout à fait originale et permet pourtant de représenter la femme des années folles avec beaucoup de subtilité.
Ce roman autobiographique, c’est ma grande fille qui me l’a conseillé, comme autant d’instants de complicité autour d’un livre. Je ne connaissais pas la plume de Anne PAULY, et pour cause, il s’agit d’un premier roman ! Mais de cette écrivaine, je crois qu’il va falloir mémoriser son nom, elle a un formidable talent.
Autour d’un sujet dramatique, la mort d’un père, elle relate avec beaucoup d’humour l’existence d’un unijambiste, alcoolique, qui en a bien fait baver à tous, à ses enfants, à sa femme aussi. A l’époque, les termes de violences conjugales n’étaient pas encore prononcés, nous en étions bien là pourtant.
Partagée entre le ton de la dérision et la gravité des événements, je me suis pourtant surprise à rire. J’ai adoré la scène de l’entrée dans l’église, bras-dessus bras-dessous avec son amoureuse, Félicie !
Il y a de la distance quand elle prépare les funérailles.
Heureusement, je m’étais préparée : l’enfant en moi, je l’avais envoyé dans sa chambre avec interdiction de sortir jusqu’au soir, quant à la pleureuse, j’avais dilué un Lexomil dans son café. Elle flottait là, près de moi, comme un fantôme, avec une certaine indifférence. P. 76
Il y a de la colère quand elle évoque son dernier souffle.
Malgré le fait que Anne PAULY ait souffert d’une enfance sacrifiée, c’est bien elle qui, ces dernières années, a toujours couru au chevet de cet homme, veuf, devenu fragile et vulnérable.
Elle parle de la vieillesse, de la maladie, du corps douloureux.
Elle montre la face cachée, l’intimité, ces petits riens qui composaient le tout de son existence, à lui.
Et puis, il y a l’immense chagrin d’une fille devenue orpheline. Sa mère, dont tout le monde louait sa générosité, était partie la première. Avec le décès de son père, il se joue autre chose dans le coeur, et le corps, de Anne PAULY.
L’esprit et le corps rejetaient les nouvelles données. P. 31
Il y a des moments d’une immense tristesse, vécus dans la plus grande solitude. Là, le coeur se serre.
Et puis, il y a d’immenses bouffées de tendresse. J’ai adoré ces passages avec une certaine Juliette. Son père, Jean-Pierre, était un peu son « Roméo », à elle.
Enfin, il y a cette scène délicieuse autour de la calligraphie chinoise du mot amour, un petit bijou.
Si l’exercice de l’écriture a offert à Anne PAULY une certaine forme de catharsis, c’est là tout le bien que je lui souhaite, ce roman n’en revêt pas moins un caractère universel. Nul doute qu’il saura vous émouvoir.
Les jurés du Prix du Livre Inter 2020 ne s’y sont pas trompés. Ils ont succombé au charme de cette formidable preuve d’amour d’une fille à son père. C’est un livre original, sans langue de bois, il a tout pour plaire.
Nous sommes en février 1936. Andreas et Magdalena vivent à Berlin. Ils sont mariés depuis cinq ans. Elle a démissionné d’un poste de laborantine en centre d’analyses médicales pour se consacrer à sa famille qu’elle veut nombreuse. Elle, la presque parfaite aryenne, est torturée par l’infertilité de son couple et traite ses névroses à coup d’anxiolytiques. Lui est journaliste sportif. Il couvre les quatrièmes Jeux Olympiques d’hiver à Garmisch-Partenkirchen. Si, fidèle à sa famille de militaires, elle vénère le Troisième Reich, lui s’autorise à ne pas manifester de quelconques sentiments d’adoration pour le régime fasciste au pouvoir. Plus encore, il continue de faire ses emplettes chez des Juifs dont le commerce est interdit par les nazis. Il écoute du jazz, cette « musique nègre » considérée comme de l’art dégénéré. Il ne faudra pas plus d’une soirée à s’enivrer avec des confrères américains et à se languir sur la piste de danse avec une journaliste juive pour s’attirer les foudres du régime. Mais là, commence une autre histoire.
Ce roman revient sur une période qui fait aujourd’hui couler beaucoup d’encre, je vous l’accorde. Et pourtant, il sait être original.
J’ai aimé prendre la voie des J.O. pour décrypter les rouages d’une dictature en gestation. Nous sommes en 1936, quelques années après les premières décisions prises par le régime nazi (boycott des commerces juifs, autodafé des livres Place de l’Opéra...), le pouvoir s’enorgueillit d’une reprise économique. Il fait de cet événement sportif international un objet de propagande. Et même si les photographes non allemands ne sont pas autorisés à y faire leur métier, les jeux deviennent la vitrine de celui qui dit réussir à relever le pays.
Et puis, après « Erika Sattler », « Magdalena Kuppler » est très intéressante à appréhender. Le personnage de fiction de Michel GOUJON nourrit ce canon aryen d’une quête immuable d’une certaine forme de dignité. Il y a de l’orgueil à assouvir. Il y a aussi cette volonté de s’engager aux côtés du Führer. Les femmes, confinées par le régime aux tâches domestiques et à l’éducation des enfants, ont à coeur d’être à la hauteur. Si d’aventure, certaines s’éloignent du chemin, la société se charge elle-même de prendre la relève de l’Etat pour les presser de rejoindre le troupeau.
Outre le simple fait d’être mère et d’aspirer au modèle donné par Magda Goebbels en personne, il y a, pour une femme, le nec plus ultra, celui de contribuer à restaurer la pureté du sang allemand en se faisant engrosser par de purs aryens, ces SS triés sur le volet alimentant les « Lebensborn » créés par la dictature pour assurer des descendants parfaits en tous points.
J’ai beaucoup aimé le rapport à la musique incarné par Andreas Kuppler et ces moments de liberté qu’il s’octroie, un brin subversifs.
La musique exprimait l’indicible. Et en ces temps, elle pouvait aussi être une forme de résistance. P. 61
Tout se joue, là, en 48 heures. Michel GOUJON, dans son quatrième roman, met à l’épreuve du pouvoir et de la peur deux êtres que l’on pourrait qualifier d’ordinaires. Il précipite les événements pour livrer un roman rythmé et haletant dans une plume qui sait être poétique :
Un songe était si volatil, un peu comme un parfum. Il fallait l’enfermer très vite dans un flacon si on voulait en conserver l’essence. P. 39
Ma #citationdujeudi est extraite d’un roman de la #RL2019, "Où bat le cœur du monde" de Philippe HAYAT, une épopée romanesque tout à fait remarquable publiée chezCalmann Levy, et plus récemment chez Le livre de poche.
Avec "Où bat le cœur du monde", j’ai découvert la plume de Philippe HAYAT, sensible, fabuleuse, chaloupée, énergique.
La narration y est parfaitement orchestrée dans un rythme haletant, je ne me suis pas ennuyée une seule minute !
L'écrivain a réalisé d'importantes recherches historiques qui viennent étayer un roman empreint d'une multitude de faits, réels, eux.
Quant aux personnages, ils sont très attachants. J'ai un petit faible, je l'avoue, pour les portraits des femmes qui ont compté dans la vie de Darius, des personnes lunaires qui vont de l'avant, repoussent les limites, et lui offrent, chacune à leur manière, la force de l'amour.
Nous ne sommes plus à l'ère des déplacements libres dans des rues commerçantes aux vitrines toutes plus attractives les unes que les autres. Non !
Pourtant, nous restons à quelques mois des traditionnels cadeaux,
Alors, bienvenue "Click and Collect",
sans oublier, puisque nous sommes en version poche, la possibilité de concourir à l'opération
Lors d’un week-end d’escapade sur Paris, il y a eu cette première rencontre au Musée d’Art Moderne avec Kiki DE MONTPARNASSE, une sculpture réalisée par Pablo GARGALLO en 1928. « [...] il choisit le laiton : ce matériau donne au portrait un côté étincelant correspondant à la personnalité « haute en couleur » du célèbre modèle [...]. »
Et puis, il y a eu cette visite de l’exposition dédiée à Man REY au Musée du Luxembourg, et ce cliché de Kiki DE MONTPARNASSE.
En rentrant sur Angers, lors d’un déjeuner aux Casse-croûte de Suzie, 3 rue de l’Espine, dans la bibliothèque récemment installée, que vois-je ? Un roman graphique intitulé Kiki DE MONTPARNASSE. Les planètes étaient alignées, impossible de résister !
C’est dans un scénario de José-Louis BOCQUET et sous le crayon de CATEL que j’ai découvert la biographie de Kiki, née Alice PRIN, le 2 octobre 1901.
L’enfant est élevée par sa grand-mère. A 12 ans, elle quitte Châtillon-sur-Seine pour retrouver sa mère sur Paris. A l’époque, nous sommes dans les années 1920, les enfants peuvent travailler dès 13 ans. Kiki est employée dans une boulangerie jusqu’au jour où une remarque sur son maquillage la fait sortir de ses gonds. Kiki met un poing dans la figure à sa patronne qui la licencie sur le champ. Kiki cherche un nouvel emploi. Elle est recrutée comme modèle par un sculpteur. Lorsque sa mère la découvre à poser, nue, elle la met à la porte. Kiki doit désormais trouver un toit en plus de trouver de quoi se nourrir. Une vie de bohème commence alors. Elle va rencontrer SOUTINE, MODIGLIANI, UTRILLO, et puis, Maurice MENDJISKY avec qui elle va vivre quelques années. C’est lui qui la surnomme Kiki. Elle va poser pour FOUJITA rendu célèbre avec cette toile : « Nu couché à la toile de Jouy » en 1922. Elle découvre Man REY qui la photographie et avec qui elle va mener une relation amoureuse aussi passionnante que sulfureuse. Après une expédition à Villefranche sur Mer qui tourne mal en 1925 et lui vaudra quelques mois d’emprisonnement, Kiki se lance elle-même dans la création artistique. Ses oeuvres sont exposées au Sacre du Printemps. Elle côtoie les intellectuels et artistes du tout Paris comme Robert DESNOS. Elle publie ses mémoires. Man REY se fatigue de cet amour avec Kiki qui commence à sombrer dans le chagrin. Il y aura bien André LAROQUE, cet accordéoniste avec qui elle se produire en spectacle. Kiki chante aussi. Elle enregistre deux disques chez Polydor et s’offre son propre cabaret, peut-être les prémisses d’une fin assurée pour Kiki. L’alcool et la drogue auront raison de cette femme hors norme.
Kiki DE MONTPARNASSE a joui de la vie dans tous les sens du terme. Elle a multiplié les conquêtes. Elle a passé une partie de sa vie à poser nue pour des hommes qui l’ont sublimée. Elle a côtoyé celles et ceux qui faisaient vibrer le tout Paris, nous sommes dans les années folles.
J’ai beaucoup aimé découvrir une biographie illustrée de Kiki DE MONTPARNASSE, de surcroît dans la collection de CATEL et BOCQUET. En version monochrome, le graphisme est très réaliste. Un détail qui n’en est pas un en réalité, la police de caractères est régulière et très accessible.
Dans la même collection, j’avais découvert Joséphine BAKER, un roman graphique coup de coeur.
Tout commence avec un passage à la gendarmerie. Patrice a emmené sa voisine faire une déposition. Depuis quelques jours, elle reçoit des lettres anonymes, la dernière avec menace. Christine, d’origine parisienne, peintre à la retraite, a choisi de quitter la ville pour la campagne. Elle vit dans le hameau de La Brassée. Il y a trois maisons. Celle de Patrice, fermier, qui vit avec sa femme Marion et leur fille Ida. Celle de Christine. Elle y vit seule avec son chien Radjah. La troisième est vide, elle est en vente. C’est d’ailleurs la brèche qu’utilise un visiteur un peu trop curieux pour être honnête quand il se présente dans la cour du hameau. Comme fait exprès, l’homme choisit le jour de l’anniversaire de Marion. Alors que Patrice passe tout son temps à la ferme, aujourd’hui, il n’est pas là. Il est parti en ville acheter son cadeau. Avant de partir, il a pris le temps de servir la table et décorer la maison. Christine est chargée de réaliser les gâteaux. Mais rien ne va finalement se passer comme prévu.
J’avais lu « Continuer » de Laurent MAUVIGNIER, un roman d’une très grande puissance. La relation d’une force inouïe entre une mère et son fils était sublimée par les grands espaces du Kirghizistan.
Là, l’espace y est contraint. Tout va se jouer entre quelques maisons isolées en rase campagne.
Le temps y est aussi compté. Vous ne vivrez à La Brassée que 24 heures.
La tension exercée est pourtant terrifiante. Âmes sensibles, s’abstenir.
J’ai pris beaucoup de plaisir dans les premières pages évoquant avec subtilité la peinture, la relation de l’artiste avec sa toile (je croyais entendre Nathalie-Audrey DUBOIS parler de son art !).
Elle sait ça, elle cherche le moment où c’est la peinture qui la voit, ce moment où la rencontre a lieu entre elle et ce qu’elle peint, entre ce qu’elle peint et elle, et, bien sûr, c’est une chose qu’elle ne partage pas. P. 30
La solitude et le bien-être de Christine vont pourtant être entachés par une visite, et puis, très vite, le tableau va se noircir !
Le scénario imaginé par l’écrivain est absolument irrésistible. Il va se focaliser sur des secrets savamment gardés ces dernières années, des secrets qu’il ne mettra qu’une seconde à dévoiler, de fil en aiguille...
Car ce qui compte, ce n’est pas tant ce qu’ils disent que ce qu’ils suggèrent : ces images, ils les inoculent dans le cerveau du mari et des amies comme un poison qui s’épanouira en eux et prendra bientôt la même place que leurs propres souvenirs. P. 551
L’intrigue est parfaitement menée dans un rythme irrégulier. Il y a des temps longs pendant lesquels Laurent MAUVIGNIER excelle dans la description du rien, du vide, des silences, et puis, surgissent des événements. Il y a maintenant urgence à vivre, chaque seconde pourrait être la dernière.
Alors ce qui se passe va très vite, et c’est comme si seulement un très long ralenti pouvait le rendre visible. P. 495
Vous l’aurez compris, le coup de maître repose dans la peur que l’écrivain va réussir à transmettre au lecteur. Une fois, la graine semée, à l’image d’un fervent jardinier, il va l’arroser. Petit à petit, le plant va grandir jusqu’à envahir vos jours, et puis, vos nuits.
Dans des phrases étirées à l’envi, l’auteur exerce une tension haletante. Le talent de Laurent MAUVIGNIER est terriblement sensationnel.
Ma #lundioeuvredart est une photographie de 2008, un tronçon du Mur de Berlin que nous avions immortalisé lors d'un séjour en famille.
Cette colombe avec cette chaîne en son bec, nous nous en souvenons tous.
Aujourd'hui, c'est le 31ème anniversaire de sa chute.
Peut-être n'étiez-vous pas né(e)s le 9 novembre 1989 mais je suis persuadée que vous, aussi, avez en tête les images largement médiatisées de ces hommes et ces femmes, armés de marteaux, pour le détruire à jamais.
Ce jour-là, soufflait un formidable élan de liberté pour les citoyens allemands, plus largement l'Europe et le monde entier.
Impossible de ne pas lier cette publication à la chronique de mon coup de coeur de cette rentrée littéraire de septembre 2020.
Vous vous souvenez bien sûr de "La femme qui reste" de Anne DE ROCHAS aux éditions Les Escales. Il s'achève justement avec la chute de ce mur construit la nuit des 12 et 13 août 1961, le "Berliner Mauer", comme le symbole de la Guerre Froide érigé entre le capitalisme et le communisme. A travers l'histoire du Bauhaus, c'est une page de la grande Histoire que vous découvrirez au bras de Clara Ottenburg, personnage de fiction autour duquel l'écrivaine tisse une toile dans laquelle se côtoient une cinquantaine d'artistes, d'architectes, d'urbanismes... choisis parmi toutes celles et tous ceux qui, de passage ou en résidence, ont vécu l'aventure du mouvement avant-gardiste avant, bien souvent, l'exil vers d'autres territoires.
La littérature offre cette possibilité de revisiter la grande Histoire, une manière de nourrir le souvenir d'une époque que l'on voudrait révolue et avouons que, Anne de ROCHAS, dans ce premier roman, l'assure tout en beauté. Je me suis délectée de ce livre foisonnant dans une plume d'une éblouissante poésie.
Tout commence avec cette citation de Théophile GAUTIER :
S’il me fallait faire la géographie de Paris, je diviserais la grande ville en plusieurs pays : Paris ancien et nouveau, Paris passé et futur, Paris qui dort et Paris qui veille ; il y aurait aussi le Paris infernal et le Paris élyséen, le Paris qui travaille et le Paris qui s’amuse, le Paris qui pleure et le Paris qui chante.
Avouons que le programme a tout pour plaire, d’autant que l’écrivaine est connue pour réaliser des reportages notamment pour l’émission « Des racines et des ailes ».
Vous êtes prêt(e)s et prêt(s) ? Un, deux, trois, partez !
Sous la plume merveilleuse de Katia CHAPOUTIER, vous allez découvrir :
L’appartement de la Grande Demoiselle
Le Musée Carnavalet
Le Musée d’Orsay
Le Musée Rodin
La Tour Eiffel
Le Musée Maxim’s, son Art Nouveau
La maison Guerlain
Le Crazy Horse, ce temple de la féminité
Le salon de thé Ladurée de la rue Royale
La Pagode, cette enclave chinoise dans l'Ouest parisien
La phonogalerie
L'opéra Garnier
Les Galeries Lafayette
Une gare miniature sous la gare de l'Est
Le Musée Edith-Piaf
La Cité internationale universitaire
Le Musée des Compagnons charpentiers
L'appartement de Boris VIAN
Le Grand Trianon à Versailles
en passant par
Les toits de Paris
Tous ces sites sont (relativement) bien connus du grand public mais la cerise sur le gâteau, c’est que l’écrivaine nous dévoile tout un tas de secrets. Le propos est croustillant mais... chut !
Comme je vous le disais en introduction, nous ne sommes plus à l'ère des déplacements libres dans des rues commerçantes aux vitrines toutes plus attractives les unes que les autres. Non !
Pourtant, nous restons à quelques mois des traditionnels cadeaux,
Alors, bienvenue "Click and Collect",
sans oublier, puisque nous sommes en version poche, la possibilité de concourir à l'opération
aux éditions Grasset, découvert dans le cadre du #GrandPrixdesLectricesElle 2019. C'était mon coup de coeur dans la catégorie "Roman".
En période de confinement, version 2, cette citation prend une dimension toute particulière.
Je profite de cette publication pour vous dire quelques mots de l'histoire :
Nous sommes dans les années 1950 à Reykjavik en Islande. Helga a 19 ans, Sigvaldi 30. Ils vivent le parfait amour. Ils ont une enfant de 7 mois. Une nouvelle grossesse se profile. Ils cherchent un prénom pour le bébé à venir, une autre fille. En mémoire d'une lecture qu'ils avaient partagée, « Gens indépendants » de Halldór LAXNESS (Prix Nobel de littérature), et qui les avait beaucoup émus, ils choisissent Ásta. A une lettre près, le prénom de la fillette aurait signifié "amour", mais voilà, cette lettre va faire toute la différence ! La grossesse d'Helga est marquée par ses crises de nerfs, un peu comme si la maternité faisait resurgir le passé et tourmentait les âmes par des souvenirs douloureux. Avec la naissance, les sentiments s'apaisent malgré une vie de famille chahutée par une économie en perte de vitesse. Sigvaldi est contraint d'exercer deux métiers pour permettre à sa femme et ses enfants de vivre. Il est marin. Il est peintre en bâtiment aussi, il a monté son entreprise avec un associé. Un jour, il tombe d'une échelle. Un peu sonné, il se remémore les bons moments de son existence. Il culpabilise aussi. S'il n'avait pas été un bon père pour sa fille...
Ce roman d'apprentissage est absolument EXTRAordinaire.
Il est aujourd'hui publié en format poche chez Folio.
Le roman de Serge JONCOUR, « Nature humaine », marque des retrouvailles avec une plume que j'apprécie tout particulièrement. Vous vous souvenez peut-être de "Chien-loup", un énorme coup de coeur, ou bien de "Repose-toi sur moi" et "L'amour sans le faire".
Ce roman est lauréat du Prix Femina 2020, toutes mes félicitations vont à l’écrivain et sa maison d’édition, Flammarion.
Direction le Lot dans le Sud-Ouest de la France. Bienvenue à la ferme des Fabrier. Nous sommes en 1976, en pleine sécheresse. Alexandre, le jeune homme de la maison, s’inscrit dans la succession de ses parents. Ses trois soeurs, elles, sont attirées par la ville. Caroline fait des études à Toulouse où elle vit en colocation. Alexandre ne manque jamais une occasion de faire le taxi. Il en profite pour vivre des soirées entre jeunes. C’est là qu’il rencontre Constanze, une jeune Allemande de l’Est, dont il va tomber amoureux. C’est là aussi qu’il va côtoyer des activistes mobilisés contre l’installation de centrales nucléaires. Mais rien n’y fait, Alexandre est un rural, c’est un agriculteur, assailli par l’essor de la grande distribution. Un hypermarché Mammouth vient de s’installer à proximité. Les normes sanitaires évoluent. Alexandre doit faire face, coûte que coûte.
« Nature humaine » de Serge JONCOUR est le roman des mutations.
On commence avec la mutation climatique. L’écrivain tape fort, il commence le roman avec cet été mémorable de 1976. A l’époque, on appelait ça une sécheresse et c’était exceptionnel, aujourd’hui le terme a changé, nous vivons des canicules. Elles se suivent et se ressemblent, malheureusement. Serge JONCOUR achève le propos avec l’année 1979, l’année de la tempête.
Ce roman, c’est celui de la mutation économique aussi.
Avec l’exemple de la marque Mammouth, que l’on peut prendre au premier comme au second degré, la métaphore est très bien trouvée pour illustrer la grande distribution émergente, anéantissant le système de production agricole ancestral. La consommation de masse exige des agriculteurs de s’adapter pour produire toujours plus. Le rouleau compresseur est lancé, plus rien ne pourra l’arrêter.
Ce roman, c’est encore celui de la mutation sociale, en particulier des femmes, qui fuient leur confinement aux tâches domestiques auxquelles les hommes les avaient dédiées, en particulier dans un monde rural loin des activités professionnelles extra-agricoles. Avec les trois filles de la famille Fabrier, Serge JONCOUR illustre parfaitement l’appât de la ville sur les filles et leur souhait de poursuivre des études supérieures pour se faire une place dans un univers encore réservé aux hommes. Elles sont prêtes à repousser les limites.
Ce roman, c’est également celui de la mutation entre les générations. La fresque historique sur trente années montre le passage de relais par la voie des garçons assurant, bon gré mal gré, la succession des parents. Il y a une affaire de déterminisme là-dedans. Alexandre n’y échappe pas, comme ses parents précédemment. Chez les agriculteurs, il y a un attachement fort à la terre. D’ailleurs, quand les anciens partent à la retraite, ils font construire une maison non loin des bâtiments agricoles, histoire d’y garder leur ancrage. Avec cette construction, les grands parents d’Alexandre s’offrent un brin de modernité et s’approprient de nouveaux modes d’existence, ainsi va la vie.
Ce roman, c’est enfin celui de la mutation politique. L’année 1981 verra la gauche arriver au pouvoir. Là commencent les années dites Mitterrand. L’écrivain relate la soirée de fête suite aux élections présidentielles qui marquent un tournant dans l’Histoire de France.
Avec « Nature humaine », Serge JONCOUR explore les racines d’un mariage malheureux, voire impossible, entre Dame Nature, havre de paix et écrin de verdure, et l’activité humaine, génératrice de modifications environnementales. Les agriculteurs incarnent parfaitement la responsabilité des hommes à l’origine des changements climatiques et les plus concernés par les effets dévastateurs des éléments.
La nature est un équilibre qui ne se décide pas, qui s’offre ou se refuse, en fonction des années. P. 75
Ils sont tour à tour responsables et victimes de leurs faits. Avec ce roman, et pour celles et ceux qui ne sont pas du milieu, l’écrivain nous permet, le temps d’une lecture, de regarder dans le rétroviseur et revisiter l’histoire pour mieux comprendre d’où l’on vient et qui nous sommes aujourd’hui.
L’Histoire se fait au plus près des êtres, elle influence les vies comme les mains modèlent l’argile. P. 130
Si Serge JONCOUR ne l’avait pas lui-même affirmé dans une interview donnée au journal Le Monde :
Écrire, c’est faire vivre des personnages, des intrigues mais aussi dire des choses du monde.
je l’aurais bien sûr martelé.
Outre cette relation amoureuse qui vient brouiller les cartes et permet de dénoncer les codes inhérents à chaque univers, à moins d’être impossible, ce que j’ai aimé dans ce roman, comme dans tous ceux de Serge JONCOUR je dois bien l’avouer, c’est le rythme. Avec l’affaire des activistes et le doigt mis par Alexandre dans l’engrenage, l’écrivain réussit à créer du suspens et à précipiter les événements alors que tout porte à s’inscrire dans la durée, un temps long d'une trentaine d'années, juste avant que le cap des années 2000 ne soit franchi.
Ma #lundioeuvredart est une création de l’Angevin, AL1, un street-artiste désormais connu pour ses portraits collés.
Nous sommes le 2 novembre 2020. Les vacances de la Toussaint s’achèvent. Les élèves font leur rentrée et leur programme scolaire est adapté pour assurer un hommage à Samuel PATY, ce professeur d’histoire géographie décapité le vendredi 16 octobre dernier à Conflant-Saint-Honorine pour avoir montré les caricatures de Mahomet à des collégiens.
Ce portrait aux couleurs de la République est affiché Place François Mitterrand à Angers, non loin de l’Université d’Angers, un message fort.
J’oserai dire que AL1 est régulièrement au rendez-vous pour servir des causes d’intérêt général. Il s’était notamment distingué avec ce collage aux abords de la Place La Rochefoucauld, un immense MERCI adressé à toutes ces femmes et tous ces hommes qui ont poursuivi leur activité professionnelle lors du premier confinement pour assurer la continuité de services qualifiés de première nécessité.
Si le portrait de Samuel PATY est affiché depuis le 21 octobre dernier, c’est aujourd’hui que j’ai choisi de le relayer, une modeste contribution pour que cette journée reste à jamais gravée dans nos mémoires.
En octobre, j’ai fait de belles découvertes, il y a eu des premiers romans avec « Ce qu’il faut de nuit » de Laurent PETITMANGIN et « Whiteout » de Huichi SHIMPO.
Il y a eu « Erika SATTLER » de Hervé BEL, l’occasion d’une rencontre à la librairie Richer avec Caroline LAURENT, son éditrice. Ça, c’était avant le confinement bien sûr, un excellent souvenir.
Il y a eu des retrouvailles avec Alain JASPARD et Sébastien SPITZER, Amélie ANTOINE aussi.
Il y a eu ce flashback sur « J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi » de Yoan SMADJA, lauréat du Prix littéraire Lucien CAROUBI, l’occasion d’un petit clin d’œil à l’équipe des 68 Premières fois. Ce prix honore des ouvrages en faveur de la paix et de la tolérance entre les hommes, il tombe à point nommé, non ?
Il y a eu une séance de ciné tout à fait extraordinaire, « Adieu les cons » de Albert DUPONTEL, un film totalement dingue.
Il y a eu de la musique avec le titre « N’attendons pas », de Vianney, cette chanson prend une dimension toute particulière aujourd’hui.
Et puis, il y a eu toutes ces œuvres partagées avec Eliane, Christine, Florence, Dina et Alexandra, pour soutenir l’opération #Octobrerose, une collection de toute beauté 💓
Il est tout juste lauréat du Prix littéraire Lucien CAROUBI, un prix qui honore les ouvrages en faveur de la paix et de la tolérance entre les hommes, avouons qu'on en a bien besoin, non ?
Sacha Alona est grand reporter. Elle, qui depuis sa plus tendre enfance, croque la vie à pleines dents, avide de découvertes à réaliser, d'expériences à faire et de défis à relever, elle prend l'avion au printemps 1994 à destination du Cap en Afrique du Sud, missionnée qu'elle est pour relater les premières élections démocratiques post-apartheid. Très vite, avec Benjamin, photographe, Sacha flaire une filière d'armes. Elle découvre des machettes en quantités effroyables et qui, coupantes des deux côtés, ne peuvent répondre aux besoins de seuls agriculteurs africains. Elles sont faites pour tuer. Sans l'accord de son employeur, elle s'envole pour le Rwanda où la guident ses pas... elle ne sait pas encore qu'en quelques mois sa vie basculera. Elle croisera effectivement sur son chemin, un homme, Daniel Kobeysi, chirurgien obstétrique, originaire de Kigali, qui partage sa vie entre sa famille de Butare et les patientes des montagnes des Virunga. Sacha et Benjamin lui demanderont de les mener jusqu'à Paul Kagamé, alors vice-président, pour l'interviewer. Mais très vite, leur destin est percuté par les événements, l'attentat perpétré contre l’avion du Président Habyarimana, l'assassinat du Premier Ministre du Rwanda avec 10 casques bleus belges chargés de sa protection. Daniel est torturé par l'angoisse de ne pas retrouver sa femme, Rose, et son fils, Joseph, menacés du génocide Tutsi qui sévit dans tout le pays. Tous trois vont partager des moments d'intimité alors même que l'humanité sombre dans l'ignominie.
Ce premier roman est un hymne à l'écriture. Yoan SMADJA va, dans un procédé ingénieux, se faire côtoyer deux plumes, celle de Sacha qui relate les faits pour son métier et celle de Rose, cette femme qui, tout au long des événements, va écrire à son mari, Daniel, pour lui conter sa vie et celle de son fils au cas où... Le jeu de l'alternance entre chapitres et correspondances vont rythmer un brillant roman.
Yoan SMADJA signe assurément un premier roman bouleversant, de ceux qui vous font mesurer la fragilité de l'humanité, dans ce qu'elle a de plus noir, et de plus lumineux aussi. Je ne saurais dire si les larmes qui ont coulé de mes yeux étaient de chagrin, ou de plaisir.