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2025-10-03T09:49:01+02:00

L'incendiaire de Constance RIVIÈRE

Publié par Tlivres
L'incendiaire de Constance RIVIÈRE
 
Il y a eu "Une fille sans histoire", et puis "La maison des solitudes". Je n'avais pas vu passer "La Vie des ombres" mais cette rentrée littéraire m'offre l'opportunité d'un nouveau rendez-vous avec la plume de Constance RIVIÈRE. C'est de la bombe !
 
Alexandra Ligérie se voit proposer un poste de responsable administrative. Elle avait quitté Trouvise depuis une dizaine d'années. C'est la fille du maire qui règne sur la commune depuis 30 ans. Mais l'édifice se fragilise. Au travail, Paul Loxias, son directeur, désire cette femme qui l'alerte sur les recherches qu'elle mène pour protéger les salariés et l'environnement d'un risque majeur. Elle l'excite. Les relations entre eux deviennent dangereuses. Côté politique, le camp adverse pourrait bien gagner les élections municipales. Le frère aîné court au secours de son père, au risque de faire chavirer la famille toute entière.
 
Construit autour du mythe de Cassandre, le dernier roman de Constance RIVIÈRE est militant. Il est féministe (on peut le dire puisque ce sont plus souvent les femmes qui sont lanceuses d'alerte) au péril de leur travail, leur famille, et aussi leur vie.
 
Constance RIVIERE, par la voie de la fiction et de regards croisés, s'interroge sur celles pour qui dire devient irrépressible. Quels sont les mécanismes à l'œuvre, dans un camp comme dans l'autre, à ceci près que la lanceuse d'alerte se retrouve rapidement exclue par l'ensemble des cercles, y compris des plus proches.


Cette mère dont on aurait pu attendre une écoute, un mot, puisqu'on pense qu'une mère sait, que les corps ne sont jamais complètement détachés, puisque nous aimerions tant croire que l'amour d'une mère jamais ne se négocie, jamais ne se trahit. P. 151

Devenus parias, persona non grata, les lanceurs d'alerte sont condamnés par la société à la solitude,


Une vérité universelle que j'ai échoué à lui enseigner : le premier à crier est la véritable cause du malheur. P. 156

celle-là même qui les rend impuissant, les stigmatise au point de les faire croire fous, obsédés... De là à ce que la justice elle-même les condamne d'avoir dénoncé, il n'y a qu'un pas !
 
Avec le personnage d'Alexandra, Constance RIVIERE promeut des femmes ordinaires au statut d'héroïnes. Elle puise, comme dans son roman "Une fille sans histoire", dans son expérience professionnelle pour nourrir un récit et honorer des femmes comme Irène FRACHON, Maureen KEARNEY... qui prennent la parole, occupent l'espace public, pour ALERTER le commun des mortels à qui elle oppose le mythe de Cassandre, cette femme (justement) bien connue dans la mythologie grecque pour avoir bénéficié du don de prédire l'avenir, bafoué par Apollon, cet amoureux enragé devant une femme qui se refuse à lui.
 
J'ai personnellement été bouleversée par la spirale infernale entraînant la lanceuse d'alerte à sa perte. Dans ce roman dont la forme est hybride, Constance RIVIÈRE dévoile l'incapacité de chacun à écouter.
 
Ce roman, c'est une bombe pour l'opinion publique, à la hauteur de la scène d'introduction, explosive !

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2025-10-01T06:00:00+02:00

Le reste du monde d'Alexandra KOSZELYK

Publié par Tlivres
Le reste du monde d'Alexandra KOSZELYK

Coup de ❤️ pour ce roman jeunesse, "Le reste du monde", signé Alexandra KOSZELYK aux Editions La Doux.

De cette écrivaine, vous connaissez déjà, dans la collection adultes : "À crier dans les ruines", "La dixième muse", "L'Archiviste" et "Pages volées", tous Aux Forges de Vulcain que j'ai adorés, et puis "Le sanctuaire d'Emona", un roman jeunesse de la Collection R de Robert Laffont.

Vous savez aussi que j'admire tout particulièrement cette plume. Vous ne serez donc pas étonnés de découvrir que mon coeur a, une nouvelle fois, fait boum !

Nous sommes en Ukraine, dans la région de Kharkiv. En pleine nuit, lors d'une alerte à la bombe, Alya, 17 ans, décide de désobéir à sa mère. Plutôt que de descendre à la cave se protéger, elle préfère partir en courant retrouver Babcia, sa grand-mère qui vit seule dans sa maison. Elle la découvre en état de choc. La jeune fille gardera le souvenir de cette nuit comme l'une de ses dernières passées dans son pays. Son père est militaire. Elle ne l'a quasiment pas vu depuis 8 ans qu'il est en mission pour protéger les frontières d'un territoire menacé par la Russie. Avec l'invasion, les cartes sont rebattues. C'est au tour de sa mère d'être appelée. Le fils aîné, Mykola, lui est attendu au front. Dès lors, sa mère décide de faire quitter le pays à ses deux filles, Alya s'occupera de sa petite soeur Oksana. Toutes les deux prennent la direction de la France. Là commence leur nouvelle vie.

Ce roman jeunesse, c'est d'abord une immersion dans le pays d'origine de l'écrivaine qui, depuis le 24 février 2022, s'oppose à l'oppression russe. C'est une manière pour Alexandra KOSZELYK de contribuer à l'effort de guerre. Ecrire sur son pays est un moyen de RESISTER.

Si les adultes usent de leurs armes, les enfants, eux, se retrouvent parfois condamnés à quitter le territoire. Dès le 16 mars 2022, les ministres de l'éducation européens ont lancé une opération de coordination de l'accueil des élèves ukrainiens et de leur scolarisation. À travers des personnages de fiction, Alexandra KOSZELYK rend compte de réalités, les difficultés pour les associations de répondre aux besoins de chacun, celles des jeunes de réaliser leurs apprentissages en terre étrangère.

Pour Alya et Oksana, c'est une toute nouvelle vie qui commence. Séparées de leur famille, elles sont confrontées aux souffrances de l'exil. Elles doivent, encore, affronter la pression de l'humain, là, des élèves de leur âge qui font de leurs différences un objet de harcèlement à l'école.

Mais Alya, comme ses parents, incarne la résistance. Elle va puiser dans ses ressources la force de se battre pour avancer, à commencer par la langue, un sujet cher à l'écrivaine. Comme j'ai aimé la voir évoquer l'ukrainien à travers Babcia : 


Elle nous a transmis l'amour de cette langue : c'est celle de notre famille, la voix de l'affection et des caresses. P. 20

Et puis Alya va faire connaissance avec Otavio. Une même passion les unit : la photographie, cette discipline artistique qui lie Alaa à sa grand-mère restée au pays. Alexandra KOSZELYK choisit de perpétuer les pratiques argentiques. Quelles plus belles descriptions que de voir deux jeunes lycéens passer leur temps libre à développer leurs tirages dans des bains dont eux seuls connaissent la subtilité des mélanges.


L'unicité d'une photo tient aussi aux gestes du développement, au temps du bain, au toucher. Si babcia les avait tirées, elles auraient eu un tout autre grain que celles d'Otavio ou les miennes. C'est sous les doigts de l'artiste que le négatif se révèle, devient positif et visible. Il y a tout un travail avec l'argentique que le numérique ne permet pas, toute une créativité que le progrès technologique ne permet plus. P. 187

Si la photographie permet d'immortaliser un certain regard, encore faut-il lui trouver un objet. Là, je ne vous dirais rien, juste qu'Alexandra KOSZELYK revient à ses tendres amours... pour faire de ce livre un roman d'aventure.

Pari une nouvelle fois réussi, j'ai lâché prise et retrouvé mon âme d'adolescente pour me délecter de cette plume. Elle est pleine d'énergie, de chaleur humaine et d'espoir.

Enfin, la prose est précieusement mise en valeur par son écrin, des coquelicots dessinés sur le rabat d'une quatrième de couverture venant recouvrir la tranche de gouttière, l'occasion de saluer le travail de Camille GAUTRON, graphiste. Merci aux éditions La Doux pour ce très joli cadeau.


L'abandon de ces lieux a livré les clés à une nature folâtre, revenue sans appel, libre de toute main humaine. P. 220

pour faire de ce livre un roman d'aventure.

Quant à la fin, elle est juste... sublime.

Pari une nouvelle fois réussi, j'ai lâché prise et retrouvé mon âme d'adolescente pour me délecter de cette plume. Elle est pleine d'énergie, de chaleur humaine et d'espoir.

Enfin, la prose est précieusement mise en valeur par son écrin, des coquelicots (tiens tiens !) dessinés sur le rabat d'une quatrième de couverture venant recouvrir la tranche de gouttière, l'occasion de saluer le travail de Camille GAUTRON, graphiste.

Merci aux éditions La Doux pour ce très joli cadeau.

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2025-09-23T18:04:34+02:00

Mon vrai nom est Elisabeth d'Adèle YON

Publié par Tlivres
Mon vrai nom est Elisabeth d'Adèle YON
 
Nouvelle bonne pioche du Book club, que dis-je, coup de cœur ! C'est mon #Mardiconseil Merci ma chère Hélène de m'avoir mise sur sa voie.
 
Tout commence avec ce mail adressé à 3 personnes qui sonne comme un au revoir. L'expéditeur est sur le point de se jeter du balcon du 7e étage de son appartement parisien. Le geste est prémédité, il est organisé depuis des mois, depuis la vente de sa maison. Objectif : mourir quand il en est encore temps. Nous sommes le 4 janvier 2023. Derrière l'histoire de Jean-Louis se cache celle d'Elisabeth, sa mère. Leur point commun, un pied dans le vide !
 
Ce livre qui transcende les genres (thèse, récit, correspondances, fiction...), je ne pouvais que l'aimer.
 
Il faut dire que des fées se sont penchées sur son berceau, à commencer par Laurence TARDIEU, l'autrice des romans : 
dans lequel elle disait :


Les choses que tout le monde ignore et qui ne laissent pas de trace n'existent pas.

ainsi que
"Nous aurons été vivants", l'un de mes coups de coeur de l'anée 2019,

et Adrien BOSC, l'éditeur (peut-être vous souvenez-vous de "Capitaine" duquel j'avais extrait une citation :


Car ce n’est pas ce qu’est l’archive qui importe, mais ce qu’elle désigne : un passé.

Mais ça, je ne le découvrirais que dans les remerciements. C'est la cerise sur le gâteau, la sensibilité qu'il faut pour rendre le livre aussi fascinant que bouleversant. Je sors de cette lecture sous le choc, en pleurs sur l'itinéraire de cette femme, en colère sur les méthodes psychiatriques de la 2e partie du XXe siècle.
 
Parce que ce livre, c'est tout ça et beaucoup plus encore.
 
C'est une histoire familiale d'abord, aux origines bourgeoises, dans laquelle les femmes doivent se conformer aux injonctions d'un ordre social, être de bonnes épouses et de bonnes mères. Celles qui comme Élisabeth aspirent à s'en émanciper tomberont sous le joug de la médecine.
 
C'est là que de l'individuel on passe au collectif. Adèle YON, en enquêtant sur l'itinéraire de cette aïeule, relate les méthodes employées et déconstruit les modèles de la psychiatrie. Elle va notamment se focaliser sur la lobotomie, cette opération chirurgicale qui vise à extraire le lobe frontal du cerveau pour supprimer ce que ces femmes auraient en trop !
 
Le mot "femme" est prononcé. Ce livre se veut aussi le témoin de ce que les hommes, les pères, les maris, les frères, les médecins, imposaient au "sexe faible". En lisant Adèle YON, vous verrez à quel point cette expression prend tout son sens dans les pratiques d'une époque et explique les violences faites aux femmes, l'incarnation de la domination masculine, patriarcale, à commencer par la maternité.
 
Ce qui est terrifiant, c'est de voir à quel point la jeune génération est encore imprégnée du passé. Adèle YON révèle qu'elle-même a été élevée avec la crainte d'être fragile comme Elisabeth. C'est parce qu'elle risque de devenir folle qu'elle se lance dans les recherches qui lui permettront d'écrire cette thèse. La filiation, la transmission de génération en génération, est terrifiante. Son livre n'en est que plus puissant.
 
Je pourrais en écrire des pages, tellement il regorge de détails, il est foisonnant et captivant. Il est déjà lauréat de nombreux prix littéraires : Le Grand Prix des Lectrices Elle, le Prix Régine Deforges, le Prix Littéraire du Nouvel Obs, le Prix Essai France Télévisions...
 
Lire un livre, c'est planter un décor, poser des images sur des personnages, parfois inspirées du cinéma. Vous comprendrez que le visage de Virginie EFIRA se soit imposé à moi. Dans "En attendant Bojangles" de Régis ROINSARD, elle interprète divinement bien comment pouvait être traitée la maladie mentale dans les années 1960. 
 
Ce livre fait partie de ceux que je n'oublierai jamais. C'est à ça que je reconnais les coups de coeur !
 
Retrouvez ceux de l'année 2025 :
"Les braises de Patagonie" de Delphine GROUES.

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2025-09-12T06:00:00+02:00

Où les étoiles tombent de Cédric SAPIN-DEFOUR

Publié par Tlivres
Où les étoiles tombent de Cédric SAPIN-DEFOUR
 
La rentrée littéraire, ce ne sont pas que des romans, il y a des essais aussi à l'image de cette lecture #coupdepoing : "Où les étoiles tombent" de Cédric SAPIN-DEFOUR. Elle figure dans la première sélection du Prix Renaudot 2025.
 
"Où les étoiles tombent" est l'histoire bien réelle d'un couple, passionné de montagne, d'ascension, et de parapente. Habituellemt, Mathilde, s'envole la première, Cédric la suit. Là, il part le premier. Quand il se retourne, il ne voit plus de voile, elle est écrasée au sol. C'est le 12 août 2022 que l'accident s'est produit dans la région de Bolzano en Italie, laissant Mathilde entre la vie et la mort.
 
Longtemps Cédric SAPIN-DEFOUR pensera que Mathilde est morte. À tellement l'anticiper, le cerveau a mémorisé l'information au point d'avoir des difficultés à l'effacer.
 
Le jour du 12 août 2022 rayonne à l'image du faisceau lumineux d'un phare. C'est un repère dans le temps à partir duquel est balisée l'existence de Mathilde, depuis sa naissance jusqu'à sa réparation. Le temps est un élément majeur de la prose de Cédric SAPIN-DEFOUR. Il peut être un allié comme un ennemi.


À la fois j'entreprends tout vite pour accélérer vers toi, à la fois il me fait occuper chaque interminable minute, quoi que je choisisse je me trompe d'allure. P. 34

Cédric SAPIN-DEFOUR restitue, comme dans un journal intime, de façon chronologique, les différentes phases de la reconstruction de son épouse. Il y a des faits rapportés de façon presque clinique, il y a aussi des ressentis, des sentiments que seuls ceux qui sont passés tout près de la mort peuvent éprouver. Sans pathos, il y a bien sûr des questions existentielles. Là, l'écrivain prend de la distance par rapport aux réalités qui l'assaillent pour s'interroger sur ce qui faisait, fait, et pourrait faire sens dans sa vie aux côtés ou sans Mathilde. Le propos prend alors une dimension philosophique. 
 
Cet essai va vous faire vivre un véritable ascenseur émotionnel... vous allez évoluer au rythme des réflexions de l'auteur.


Avant de t'endormir, tu m'as dit deux phrases, la première m'a fait quitter le sol de bonheur, la seconde m'y a rabattu violemment.
"On va y arriver."
"Je voudrais que tu restes." P. 182

L'écriture permet d'entretenir la mémoire. L'écrivain dresse un formidable portrait de son épouse, une battante, de ces femmes que rien ne saurait arrêter.
 
L'écriture exorcise aussi les angoisses. Au service de Cédric SAPIN-DEFOUR, l'exercice permet de résister, un verbe dont la dimension impacte le quotidien d'un homme, pétri de douleur, de culpabilité et de souffrance devant l'état de santé de son épouse.
 
L'écriture permet encore de panser les plaies de Cédric SAPIN-DEFOUR. Au fil de l'essai, l'écrivain chemine dans l'appropriation des faits et de leurs impacts sur leur vie à tous les deux.
 
La narration propose d'ailleurs un chassé-croisé de deux temporalités, celle de la reconstruction de Mathilde bien sûr mais celle aussi du fil de cette journée du 12 août 2022 que Cédric SAPIN-DEFOUR s'attache à redérouler. Ce n'est qu'à la fin du récit que vous retrouverez l'analyse de ce qui s'est passé aux environs de 22 heures de cette journée vertigineuse. Ingénieux et parfaitement mené. 
 
Ce livre est lumineux, c'est un hymne à la vie, à la beauté, notamment des montagnes. C'est un essai qui va vous donner envie de croquer votre vie à pleine dents.
 
C'est aussi un livre hérisson, un livre dans lequel j'ai relevé une multitude de citations. J'aurais pu, en réalité, noter chacune des phrases de l'auteur, c'est vous dire si j'ai vibré.
 
Ça sera, en plus des prix littéraires, l'opportunité pour moi de venir régulièrement vous en parler !
 
Aujourd'hui, c'est ma #VendrediLecture.

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2025-09-09T18:02:58+02:00

Au crépuscule de Jaap ROBBEN

Publié par Tlivres
Au crépuscule de Jaap ROBBEN
 
Traduit du néerlandais par Guillaume DENEUFBOURG
 
Nouvelle bonne pioche du Book club !
 
Avec le décès de Louis, Elfrieda se retrouve seule. Elle ne peut rester dans sa maison. Il faut dire que c'était Louis qui s'occupait de son épouse âgée. Il avait refusé l'assistance à domicile. Là, elle ne peut échapper à l'accueil en structure adaptée et la perte de tout ce qui faisait le sel de sa vie. Parallèlement, elle souhaite retrouver Otto, un amour de jeunesse, un amour illégitime (lui était marié et ne voulait pas quitter sa femme). Là commence une toute nouvelle histoire !
 
Ce roman est construit sur la base des deux pages de la vie d'Elfrieda, une femme éminemment romanesque, tiraillée entre deux hommes avec lesquels elle a, toute son existence, composé. 
 
Si l'itinéraire d'une jeune femme enceinte avant le mariage a déjà donné lieu à beaucoup de littérature, ce roman se distingue des autres par sa forme.
 
La narration à la première personne du singulier est toujours émouvante. C'est un peu comme si nous étions installés dans le salon du personnage principal et qu'il nous livrait ses confidences lors d'une conversation entre amis.
 
Elfrieda relate le rapport au corps des femmes. Elle lève le voile sur toute son intimité et fait des révélations tout à fait émouvantes.
 
Et puis, il y avait l'originalité de cet homme, la passion pour les papillons, un monde à part entière que je me suis plu à découvrir. Outre le simple fait que cet homme offrait à Elfrieda un autre regard sur le monde, d'autres plaisirs, d'autres jouissances, il lui donnait accès à un champ de l'entomologie, celui des papillons, tellement séduisant par sa diversité, ses couleurs, son esthétisme.


Des frétillements surgirent de toute part, comme si les papillons se réjouissaient de revoir Otto. Tels des affamés, ils se jetèrent sur la lumière qu'il avait préparée pour eux. C'était une sorte de cabinet de curiosités, uniquement composée de voltigeurs ailés qui, de honte, se cachaient la journée, mais qui se révélaient désormais sans retenue. Certains semblaient avoir été catapultés, d'autres zigzaguaient de façon incontrôlée ou virevoltaient en spirale en direction des lunes rectangulaires. P. 158

Le sujet mérite déjà un roman !
 
Il y a encore le deuil d'un conjoint âgé avec toutes les conséquences sur une vie déjà fragilisée par la vieillesse. Avec la douleur de la disparition vient s'accumuler le chagrin de voir toute sa vie s'envoler, ses effets personnels, ses meubles... Tout ce qui lui était précieux devient futile, aux yeux d'un fils pourtant attaché à faire de son mieux. J'ai été profondément touchée par l'incompréhension mère-fils à ce moment particulier de l'existence, les non-dits, les effrois. 
 
Il y a enfin ces dernières pages, inattendues, qui, à elles-seules, rendent le roman de Jaap ROBBEN unique. Publié aux éditions Gallmeister, vous comprendrez que l'histoire s'étire au fil des 400 pages, pour notre plus grand plaisir !

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2025-09-08T07:08:38+02:00

Danseur 2 de Frederik ODENIUS

Publié par Tlivres
Danseur 2 de Frederik ODENIUS

Ma #lundieoeuvredart est une création de Frederik ODENIUS.

Lauréat de la 5e bourse arts visuels de la ville d'Angers, l'artiste suédois a été accueilli en résidence deux mois, l'opportunité pour lui de s'imprégner de la douceur angevine, son patrimoine... et de laisser libre cours à son imagination, expérimenter, créer...

Au Repaire Urbain, j'ai cheminé au fil des créations dans le cadre d'une visite guidée. Quelle belle idée !

"Billy" m'a beaucoup intéressée pour ce qu'elle oppose : le jetable du mélaminé bois avec la durabilité du chêne, les coupes aléatoires avec l'industrialisation du mobilier Ikea... mais celle que je retiens le plus pour sa beauté, son esthétique, la performance dans la représentation du corps, de sa musculature, c'est "Danseur 2".

Cette sculpture, verticale, rend compte du mouvement de sa jambe droite en trois dimensions, non pas seulement en hauteur, en largeur et en profondeur, mais aussi en trois exemplaires associés.

Taillées dans des poutres de bois, les trois postures de sa jambe droite donnent du mouvement à la création.

J'ai été frappée par la beauté du travail réalisé à la gouge pour représenter la musculature de l'artiste. Frederik ODENIUS s'inspire de son propre corps, il l'explore et le restitue pour notre plus grand plaisir.

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2025-09-06T06:00:00+02:00

Les promesses orphelines de Gilles MARCHAND

Publié par Tlivres
Les promesses orphelines de Gilles MARCHAND
 
Le dernier roman de Gilles MARCHAND "Les promesses orphelines" vient de sortir en librairie.
 
Ce roman, c'est d'abord une première de couverture aux couleurs chatoyantes comme une invitation à danser, entrer dans le bal que nous offre l'auteur. C'est la création d'Elena VIEILLARD. Vous noterez d'ailleurs l'évolution par rapport aux précédentes. Aux Forges de Vulcain change de style 😉
 
Et puis, ce roman, c'est les retrouvailles avec une plume au charme fou. Vous vous souvenez peut-être des précédents : "Une bouche sans personne", "Un funambule sur le sable", "Des mirages plein les poches", Le soldat désaccordé"...
Et bien, si vous aimez la tendresse et la fantaisie de Gilles MARCHAND, vous risquez fort de sombrer !
 
Nous sommes dans les années 1950. Gino est un jeune garçon, appelé "le petit rêveur", déjà tout un programme. Il est passionné par les machines, les progrès technologiques. Sa Vieille Tante, qui vient passer les week-ends dans sa famille, lui découpe tous les articles de presse que Gino conserve précieusement. Gino s'émerveille du travail de son père, cet exilé italien embauché pour la construction du téléphérique du Mont Blanc, "le plus grand de tout l'univers", de quoi faire rêver un jeune garçon. Sa mère est photographe, elle travaille pour un imprimeur de cartes postales, elle représente tout en beauté les richesses des villages de France. Gino grandit. Il n'aime pas bien l'école, à moins que ça ne soit l'inverse. Il va se passionner pour l'Aérotrain, cette prouesse, en plus de Roxane ! Mais là commence de nouvelles histoires !
 
Gino est un personnage profondément attachant. C'est un rêveur, c'est un garçon qui donne de la hauteur, même dans la gravité.


Je n'osais pas lui expliquer que je n'étais pas dans la lune mais plutôt dans les nuages. Et que papa l'embrassait. P. 105

De fiction, Gino risque bien de faire chavirer les cœurs. Le sien n'a d'yeux que pour Roxane, une jeune fille qui vient en vacances dans une résidence secondaire près de chez lui. Place au roman d'apprentissage, l'amour, toujours l'amour !
 
Et Gino véhicule cette merveilleuse idée du bonheur...


Il a sorti une bouteille de champagne qu'il gardait depuis des années pour fêter ça. Je n'ai pas pu m'empêcher de rire : Gino avait une fête en réserve. C'est peut-être cela la clé du bonheur : garder une bouteille au frais parce que l'on sait que la fête viendra. P. 271

À côté de lui évolue un personnage à part entière, l'Aérotrain, cette invention livrée en 1969 en pleine Beauce, un train circulant sur coussin d'air. Souvenez-vous, nous sommes dans les Trente Glorieuses, cette période d'innovation, d'effervescence technologique. Là, le roman revêt un caractère social en décrivant une époque, l'émergence de la société de consommation dont nous mesurons tous les effets aujourd'hui. Gilles MARCHAND ponctue joyeusement son propos de "réclames", ces publicités pour l'électroménager et autres trouvailles. Ingénieux !
 
Avec l'Aérotrain, il y a des personnages bien réels, eux, ses créateur et pilote. Gilles MARCHAND assure la postérité à des hommes qui auraient pu tomber dans l'oubli, respectivement Jean BERTIN et Daniel ERMISSE.
 
Quant à l'ambiance du bar de Jean-Georges, on a juste envie d'y foncer 😉 J'avais un si bon souvenir du café du coin réunissant les quatre amis du roman "Une bouche sans personne".
 
Ce roman est une pépite de cette rentrée littéraire, un roman qui vous fera vibrer. Vous sortirez de cette lecture des étoiles plein les yeux, à moins que ça ne soit des larmes coulant sur vos joues. Comme l'Aérotrain, les émotions sont promises à grande vitesse !

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2025-09-05T06:00:00+02:00

L'Albatros de Raphaël ENTHOVEN

Publié par Tlivres
L'Albatros de Raphaël ENTHOVEN

Et de 3 pour cette rentrée littéraire aux éditions de l'Observatoire, une maison que j'affectionne tout particulièrement.

Après "L'âme de fond" de Julia CLAVEL et "Nous n'avons rien à envier au reste du monde" de Nicolas GAUDEMET, place à "L'Albatros" de Raphaël ENTHOVEN.

Changement de registre avec un récit, celui de la maladie de Parkinson d'abord, d'Alzheimer ensuite, qui frappent sa mère, Catherine DAVID, une femme, une épouse, une amante, la mère de deux enfants, une journaliste, une écrivaine, une pianiste à ses heures. Ni ses connaissances, ni son courage, ni sa ténacité, ne feront barrage devant la puissance des maladies qui vont s'en donner à cœur joie sur son corps, tout particulièrement sur sa main gauche. Elle en écrira d'ailleurs elle-même un livre ("Lettre ouverte à ma main gauche et autres essais sur la musique"). La pianiste, qui marchait dans les pas de son père, ne saurait accepter cette fragilité. Elle avait l'habitude de surmonter la fausse note.


D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours entendu ma mère buter sur une note, s'arrêter, soupirer, repartir à l'assaut jusqu'à la victoire qui l'emmenait à l'obstacle suivant. P. 112

Oui, mais là, le mal était plus grand.
 
Ce récit, c'est aussi l'accompagnement d'une mère par son fils, lui qui a sa vie aussi, des enfants, et qui ne peut accourir chaque fois que sa mère le lui demande. Comme j'ai aimé ce passage où Raphaël ENTHOVEN explique le choix qui lui est donné d'aller dans le sens de la folie pour converser tendrement avec sa mère ou bien de se tuer à lui faire entendre raison alors qu'elle l'a perdue. C'est tellement frappant.
 
Ce récit, c'est celui d'un immense amour mère-fils. C'est l'expression de toutes les attentions, d'une délicatesse émouvante, d'une complicité touchante. C'est celui d'une présence, d'un regard...
 
C'est aussi un récit sur la musique, cette discipline artistique qui exige un investissement sans fin pour créer, expérimenter, vibrer... devant la beauté d'une interprétation. unique en son genre.
 
J'ai beaucoup aimé le passage sur les arts vivants et le fait qu'une "répétition" n'en soit finalement pas une puisqu'il est impossible de répéter exactement le morceau joué précédemment..
 
Ce qui m'a captivée, c'est la puissance de la musique pour ceux qui la pratiquent. Chez Catherine DAVID, elle représente quelque chose de l'ordre du frisson.


Ce qu'on dit du frisson quand on l'explique n'a rien à voir avec la simplicité de ce qu'on éprouve quand il nous traverse l'échine. P. 164

Pour celui qui l'écoute, à l'image de ce que vit Raphaël ENTHOVEN, il n'aura fallu que quelques notes pour le faire passer d'un immense chagrin à une certaine forme de gaieté. Quelle plus belle manière de quitter sa mère, avec cette citation.


C'est alors que, quand vint le moment de jeter une cuillère de terre sur le cercueil, le haut-parleur se mit à diffuser, à notre demande, un air de jazz, Benny GOODMAN, et, sans prévenir, une gaieté étrange, inopportune, impérieuse, s'empara de moi, comme un éclat de rire qui couvait, un sourire profond, une puissante envie de danser à la barbe des tombes. P. 226

Ce récit, j'ai crains un instant de ne me faire au style, une écriture érudite, des références mythologiques... Mais après quelques pages, j'ai finalement rendu les armes et me suis plu à vivre ce parcours de vie. Raphaël ENTHOVEN n'est devant la maladie, et la mort de sa mère, qu'un homme. C'est là que le propos prend une dimension universelle.
 
Je remercie la maison d'édition pour ce cadeau, aussi intimidant que saisissant. C'est ma #VendrediLecture.

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2025-09-03T06:00:00+02:00

Et nos routes toujours se croisent de Marie VILLEQUIER

Publié par Tlivres
Et nos routes toujours se croisent de Marie VILLEQUIER
 
Je poursuis le bal 2025 des 68 Premières fois avec "Et nos routes toujours se croisent de Marie VILLEQUIER.
 
Avec ce premier roman, vous allez plonger dans le monde médical, celui du service d'onco-hématologie pédiatrique d'un centre hospitalier de recherche universitaire. Tous les 6 mois, les internes changent. Pour devenir médecin, ils doivent réaliser un certain nombre de stages. En fonction de leur classement, ils ont plus ou moins de choix sur la spécialité. Étienne fait partie des meilleurs de sa promo, le tapis rouge lui est déroulé pour accéder à un stage en réanimation qui le conduira à terme à un emploi de chef de clinique. Mais c'est sans compter sur un étudiant, un rival bien décidé à lui savonner la planche. Le stage lui échappe, il se retrouve auprès d'enfants souffrant d'un cancer. Les six mois à venir promettent d'être terribles, le mot est faible. Avec sa co-interne Gabrielle, ils se lancent dans cette expérience professionnelle... vertigineuse !
 
Ce roman est captivant. J'ai dévoré ses 390 pages en trois soirées qui ont, je ne vous le cache pas, largement empiété sur le temps de la nuit 🤓 
 
Il y a l'environnement médical dans lequel je me suis immergée, moi qui perd connaissance à la simple vue d'une plaie écorchée. J'ai beaucoup appris des codes et rouages d'un service hospitalier, des réformes qui le réorganisent pour un soi-disant meilleur, à moins que ça ne soit pour le pire. Marie VILLEQUIER puise dans son expérience professionnelle, elle-même médecin ayant pratiqué en onco-hématologie et soins palliatifs pédiatriques.
 
Le décor est planté mais le service ne serait rien sans les soignants. Tour à tour, les personnages vont prendre corps dans et en-dehors des heures de travail, même si, il faut bien l'avouer, elles sont réduites à peau de chagrin. Là, les 35 heures semblent ne jamais être entrées.
 
Et puis, il y a les patients et leurs familles.
 
Sous la plume de Marie VILLEQUIER, tous sont profondément touchants. On aurait envie de les serrer dans nos bras.
 
Ce que j'ai trouvé particulièrement intéressant c'est la confrontation des deux univers, personnel et professionnel, cette agitation permanente avec une vie vécue quasiment à huis-clos.
 
Mais plus encore, c'est l'approche de la maladie qui est au coeur de ce livre, depuis l'annonce du diagnostic...


Le diagnostic est parfois si choquant que les parents ne retiennent qu'une partie des informatisé qui leur sont transmises. Il faut alors répéter, préciser, éclaircir. Avec bienveillance, patiemment. P. 86

en passant par les traitements jusqu'aux soins palliatifs. Quelle leçon de vie, quelle générosité, quelle sagesse !!!
 
Le rapport à la vie est revisité pour faire de chaque instant vécu un moment de bonheur et quand la douleur fait rage, l'équipe médicale reste présente pour accompagner l'enfant.
 
Ce roman est profondément émouvant. Il est aussi tellement lumineux. Pari réussi pour ce premier roman, un page-tuner que vous n'êtes pas près d'oublier.
 
Si on dansait maintenant sur la musique de "L'hymne de la vie" des Kids United Nouvelle Génération...

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2025-09-02T06:00:00+02:00

Nous n'avons rien à envier au reste du monde de Nicolas GAUDEMET

Publié par Tlivres
Nous n'avons rien à envier au reste du monde de Nicolas GAUDEMET

Éditons de L'Observatoire

La rentrée littéraire promet d'être riche. Après "L'âme de fond" de Julia CLAVEL, un premier roman très réussi qui m'a profondément touchée, place à une histoire d'amour avec "Nous n'avons rien à envier au reste du monde" de Nicolas GAUDEMET.

Vous connaissez la chanson de Rita MITSOUKO, "Les histoires d'amour finissent mal", n'est-ce pas ?

Quand vous savez que Yoon Gi et Mi Ran vivent en Corée du Nord, régime totalitaire, et qu'ils n'appartiennent pas aux mêmes rangs d'estime du Parti, vous pouvez imaginer que leur histoire d'amour, née d'un regard échangé lors d'une exécution dans le stade Victoire, ne va pas être un long fleuve tranquille. Mais rien ne saurait arrêter deux amoureux, à la vie, à la mort.

Nicolas GAUDEMET, dont je ne connaissais pas encore la plume, nous propose un roman d'apprentissage avec cette relation amoureuse entretenue par deux adolescents, relation interdite sous peine de mort. La prose est soignée. Je me suis laissée embarquer. 

Il nous propose aussi un roman social avec la description de la Corée du Nord, du travail des enfants, de la presse au service de la propagande, des hauts parleurs installés dans les rues pour prêcher le Cher Général, de la sécurité du peuple assurée par une sorte de milice du parti, l'entraînement militaire des jeunes filles (8 ans) et des garçons (10 ans), des mariages arrangés... Je me suis laissée dire qu'il s'était rendu lui-même en Corée du Nord pour s'imprégner de la vie quotidienne, prendre la mesure des impacts du régime sur la vie de chacun, s'insinuant jusque dans l'intimité des couples.


Se marier, c'est servir le pays. P. 53

Je me suis laissée dire qu'il s'était rendu lui-même en Corée du Nord pour s'imprégner de la vie quotidienne, prendre la mesure des impacts du régime sur la vie de chacun, s'insinuant jusque dans l'intimité des couples.

C'est le choc des culture quand Yoon Gi découvre un autre territoire, d'autres mœurs.


T'as du mal à y croire parce que ton esprit est malade, t'as été baladé depuis ta naissance, la vérité c'est qu'on doit tout réapprendre. P. 135

L'auteur nous livre aussi un roman historique retraçant l'Histoire de ce territoire explorant les relations politiques entretenues avec la Chine, le Japon...
 
C'est une très belle référence des éditions de L'Observatoire que je remercie pour ce joli cadeau de la rentrée littéraire, une histoire d'amour éminemment romanesque avec des personnages d'un autre monde. C'est mon #Mardiconseil.

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2025-09-01T07:17:53+02:00

Billy de Frederik ODENIUS

Publié par Tlivres
Billy de Frederik ODENIUS

Quelle belle idée que d'assister à une visite commentée de l'exposition "L'architecte et le danseur" de Frederik ODENIUS au Repaire Urbain d'Angers.

Lauréat de la 5e bourse arts visuels de la ville d'Angers, l'artiste suédois a été accueilli en résidence deux mois, l'opportunité pour lui de s'imprégner de la douceur angevine, son patrimoine... et de laisser libre cours à son imagination, expérimenter, créer...

De l'exposition, je retiens l'importance de son corps comme source d'inspiration pour la création. Il y a d'abord ce parquet dont il a extrait des copeaux de bois pour y laisser la trace de ses pieds, ceux-là même qui lui permettront de mesurer la distance entre différentes zones de sculptures. Il procède ainsi au retrait de matière, à plat, pour offrir des creux plus ou moins prononcés, à l'image de notre corps humain.

Et puis, il y a ce que je renomme le pas de danse. Cette sculpture, verticale, rend compte du mouvement de sa jambe droite. Taillées dans des poutres de bois, ces trois postures de sa jambe droite donnent du mouvement à la création. J'ai été frappée par la beauté du travail réalisé à la gouge pour représenter la musculature de l'artiste.

Il y a encore "Billy", une sculpture qui met en scène une bibliothèque Ikea, objet populaire (je découvre d'ailleurs sur le site du fournisseur "[...] qu’à travers le monde une bibliothèque BILLY est vendue toutes les cinq secondes.".

Là, elle est revisitée, "déconformée" grâce au travail de Frederik ODENIUS.

Coupée en deux morceaux, en biais, la partie haute est posée dans un sens, l'autre dans l'autre, donnant à voir le côté pile et le côté face. Les deux morceaux sont reliés par 4 sculptures, 4 personnages, tous en position de yoga Padangusthasana, soutenant la partie haute du meuble. Si la position inspire un temps de relaxation, le chêne dans lequel sont travaillés les personnages leur donne de la force, de quoi tenir en équilibre l'édifice. J'aime beaucoup cette création qui revisite un symbole de l'industrialisation du mobilier du XXIe siècle et lie des planches en particules de bois avec du chêne, symbole de la durée, la pérennité.

Frederik ODENIUS marie tout en beauté l'architecture en utilisant des matériaux de construction et la danse en représentant des postures (originales) du corps humain. Pari réussi.

J'évoquais les 2 côté pile et face. Si vous passez au Repaire Urbain, cerise sur le gâteau, vous pourrez aussi découvrir une vidéo d'une performance de l'artiste avec une représentation aussi ingénieuse qu'esthétique de l'envers du décor !

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2025-08-20T10:59:40+02:00

L'âme de fond de Julia CLAVEL

Publié par Tlivres
L'âme de fond de Julia CLAVEL
J'aime les éditions de l'Observatoire, vous le savez, j'apprécie aussi les premiers romans. Vous comprendrez que je ne puisse résister devant "L'âme de fond" de Julia CLAVEL dont la sortie est annoncée aujourd'hui en librairie.
 
Ce roman, c'est d'abord une première de couverture, la photo d'une personne debout, habillée d'une robe, pieds nus, en surplomb de l'océan sur un promontoire dont la pérennité semble largement compromise. Quelle meilleure image pour illustrer ce que vous allez lire. Elle est l'œuvre de Sylvain COLLET assisté d'outils d'intelligence artificielle.
 
Caroline est mariée. Avec Lucas, ils ont un jeune enfant, Valentin. Ils vivent à Paris. Elle est psychologue. Elle est associée avec Daniel, un psychiatre qui a assuré toute sa formation. Dans son cabinet, elle reçoit Hadrien, Sophie, Michel. Tous sont des patients qu'elle accompagne. Parallèlement, Caroline est interpellée par un nombre plus élevé que la moyenne de crises cardiaques entraînant des décès inexpliqués. Au fil de ses recherches, elle découvre ce qui pourrait bien devenir une épidémie. Et si la société toute entière était malade...
 
Dès lors, le décor est planté.
 
Sous la plume prodigieuse de Julia CLAVEL, vous allez explorer des histoires éminemment singulières, celles de trois personnes, deux hommes et une femme, dont le mal-être est prégnant. Comme j'ai aimé découvrir au fil des consultations les discours tenus par les patients et l'analyse de la professionnelle. J'ai été littéralement embarquée par les vies de chacun, touchée par leurs émotions. La forme, des chapitres dédiés successivement à chacun des personnages, renforce cette notion d'approfondissement de chaque parcours donnant un rythme à la prose, le tout étendu sur une période de 14 mois, avant et après un certain 21 décembre. Reflet de notre société, le roman devient social et laissera une trace pour les générations à venir. Un jour nous nous souviendrons de l'après Covid19.
 
Et puis il y a le personnage de Caroline, une femme elle-même fragile au regard des événements traumatisants auxquels elle a été confrontée dans sa tendre enfance. Là, l'écrivaine touche du doigt la distance requise sur le principe par des professionnels pour mener à bien leurs missions mais la compassion portée à chacun ne risque-t-elle pas un jour de faire chuter les thérapeutes ? Qui leur porte attention ? Auprès de qui peuvent-ils se délester du fardeau des autres devenant progressivement le leur ?
 
Il y a enfin l'enquête. De l'individuel au collectif, la santé mentale de la société française toute entière se retrouve sous les projecteurs de Julia CLAVEL. La fiction prend ses racines dans la vie d'aujourd'hui pour imaginer demain. La tension monte, la nervosité se fait sentir, la menace est là. Dès lors, le roman d'anticipation devient un page turner que vous ne pourrez plus lâcher. J'ai lu les 345 pages en quelques soirées, happée par ce qui pourrait devenir notre grande histoire.
 
Je ne vais pas vous en dire beaucoup plus, juste que Julia CLAVEL a puisé dans ses expériences professionnelles pour nourrir un roman d'exception. Il m'a rappelé d'ailleurs celui, il y a quelques années, de Constance RIVIÈRE, "Une fille sans histoire". Une fille sans histoire de Constance RIVIERE - T Livres ? T Arts ?
 
L'écriture est soignée, l'effet garanti. C'est une pépite de cette rentrée littéraire. Je remercie la maison d'édition de ce joli cadeau.


[...] il lui avait beaucoup appris sur le métier qu'elle voulait exercer, notamment qu'il ne fallait pas attendre de la thérapie qu'elle fasse disparaître vos problèmes - seulement de les comprendre et d'apprendre à vivre avec. P. 170

Il y a enfin l'enquête. De l'individuel au collectif, la santé mentale de la société française toute entière se retrouve sous les projecteurs de Julia CLAVEL. La fiction prend ses racines dans la vie d'aujourd'hui pour imaginer demain. La tension monte, la nervosité se fait sentir, la menace est là. Dès lors, le roman d'anticipation devient un page turner que vous ne pourrez plus lâcher. J'ai lu les 345 pages en quelques soirées, happée par ce qui pourrait devenir notre grande histoire.
 
Je ne vais pas vous en dire beaucoup plus, juste que Julia CLAVEL a puisé dans ses expériences professionnelles pour nourrir un roman d'exception. Il m'a rappelé d'ailleurs celui, il y a quelques années, de Constance RIVIÈRE, "Une fille sans histoire". Une fille sans histoire de Constance RIVIERE - T Livres ? T Arts ?
 
L'écriture est soignée, l'effet garanti. C'est une pépite de cette rentrée littéraire. Je remercie la maison d'édition de ce joli cadeau.

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2025-08-07T06:56:44+02:00

La fleur d'oranger, dix façons de la préparer d'Alessandra PIERINI

Publié par Tlivres
La fleur d'oranger, dix façons de la préparer d'Alessandra PIERINI
C'est à La Cohue (l'occasion de saluer nos vacanciers) que j'ai découvert l'existence de ces petits cahiers publiés par les éditions de L'Épure, notamment spécialisées dans le registre culinaire.
 
J'ai choisi la fleur d'oranger que je mêle à toutes mes recettes de cuisine ou presque.
 
J'adore le parfum délicat de la fleur d'oranger dans un entremet ou un gâteau.
 
Avec ce petit cahier, signé Alessandra PIERINI, qui nous rappelle ceux de l'école, cousu de fil blanc, j'ai découvert de nouvelles recettes que je suis tentée d'expérimenter.
 
Sur la forme, c'est bien la première fois qu'un éditeur m'invite à m'équiper d'un coupe papier pour lire un livre !
 
Là, vous y êtes autorisés.
 
Personnellement, j'ai préféré couper le fil de lin et ouvrir le grand poster imprimé pour m'en inspirer.. Le montage est ingénieux.
 
Peut-être serez-vous tentés par un sauté d'agneau aux carottes et fruits secs, ou bien une ricotta au miel de dattes et noisette, à moins que ça ne soit par un café blanc...
 
Je vous invite à vous en délecter.
 
Si la fleur d'oranger ne vous tente pas, peut-être apprécierez-vous la reine des prés 😉

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2025-08-05T19:14:14+02:00

La vie secrète des abeilles de Jean et Catherine MEURISSE

Publié par Tlivres
La vie secrète des abeilles de Jean et Catherine MEURISSE

Editions Delachaud et Niestlé

Pour celles et ceux qui sont fascinés par le monde des abeilles et qui se posent mille et une questions à leur sujet, Jean et Catherine MEURISSE nous offrent une bien belle manière de se documenter.
 
C'est le fruit du travail d'un père et sa fille. Lui, je ne le connaissais pas. Il est apiculteur depuis plusieurs dizaines d'années. Elle, on ne la présente plus. Elle est illustratrice, académicienne des Beaux Arts. Peut-être vous souvenez vous de "La jeune femme et la mer", "Drôles de femmes" et bien d'autres encore.
 
Jean MEURISSE puise dans son expérience personnelle et des données scientifiques, notamment dans "La vie des abeilles" de MAETERLINCK, pour nous ouvrir la voie de ces pollinisatrices.
 
Vous apprendrez que dans la communauté d'une ruche, il n'y a qu'une reine.
 
Vous apprendrez aussi que les abeilles ont durant leur vie, qui n'est pas la même en hiver et en été, plusieurs missions confiées, depuis celle de nettoyer les alvéoles dans lesquelles sont pondus les œufs qui donneront naissance à la nouvelle génération, jusqu'à celle de repérer dans les environs de la ruche des fleurs mellifères, voire nectarifères, pour produire le miel, en passant par la fabrication de cire...
 
A l'heure où la pétition contre la loi DUPLOMB affiche plus de 2 millions de signatures en France, il est important, je crois, de savoir pourquoi il faut sauver les abeilles.
 
Ce livre vous accompagnera tout en beauté sur cette voie. C'est mon #Mardiconseil.

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2025-08-01T17:00:00+02:00

Atalante de Laurence BURGER

Publié par Tlivres
Atalante de Laurence BURGER
 
Atalante. Touché. Coulé.
 
Le navire Atalante s'est retrouvé dans l'œil d'un cyclone et a sombré au large de l'Autralie. Deux des trois occupants ont été retrouvés sur le bateau de sauvetage, dérivant depuis plusieurs jours. Le procès est en cours. Les audiences commencent devant une douzaine de jurés. Tous attendent de savoir ce qui s'est réellement passé et ce qu'est devenu Parker, porté disparu. Dès lors, tout peut arriver !
 
Ce roman, court (une soixantaine de pages), est un véritable tour de force. Je sors scotchée par la prouesse de Laurence BURGER. Avouons qu'elle est elle-même avocate et voileuse, la double casquette. Nul doute qu'elle a puisé son inspiration dans ces deux registres pour nous offrir une chute d'une efficacité redoutable.
 
Mais au final, peu importe, le défi d'embarquer (excusez le jeu de mots) le lecteur avec un aussi court propos est relevé haut la main.
 
Et quel rythme ! Vous assisterez aux audiences orchestrées par la narratrice, c'est trépidant. Il ne lui faudra pas plus de 8 jours pour boucler l'affaire.
 
C'est un page turner dont vous ne ferez qu'une bouchée mais attention, le haut le cœur n'est pas loin ! C'est ma #VendrediLecture.
 
Je remercie les éditions Okama pour ce cadeau, une excellente découverte.
 
Retrouvez mes références de cette maison d'édition :
 
La dormeuse de Catherine ROLLAND, un roman inoubliable
 

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2025-07-29T07:35:39+02:00

Ce que Frida m'a donné de Rosa Maria UNDA SOUKI

Publié par Tlivres
Ce que Frida m'a donné de Rosa Maria UNDA SOUKI

Éditions Zulma

L'été, qui inspire langueur et farniente, a cet avantage de nous permettre de regarder nos PAL et d'y débusquer des pépites conservées précieusement depuis quelques mois, voire quelques années.
 
De passage dans la Baie de Somme, nous avions visité le charmant village de Veules-Les-Roses et découvert tout à fait par hasard la formidable librairie des éditions Zulma.
 
J'avais alors craqué sur un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié). Je viens de le lire, je confirme, celui-là est une pépite !
 
Qui ne connaît pas Frida KAHLO, ne serait-ce qu'à travers tout le business fait autour de l'artiste et ses œuvres ces dix dernières années ? Tantôt sur des mugs, tantôt sur des boîtes à gâteaux, elle est un véritable produit de marketing. Plus noblement, elle a aussi inspiré nombre d'artistes à l'image de Rosa Maria UNDA SOUKI .

Rosa Maria UNDA SOUKI est vénézuélienne. Elle a été élevée dans la culture mexicaine, culture au sens des arts mexicains. Dans cette maison de famille qu'elle nous décrit avec tant d'amour, y étaient exposées des œuvres d'artistes mexicains.

Autant vous dire que lorsqu'elle est entrée dans celle de Frida KAHLO, elle n'a pas été dépaysée.
 
Ce livre, composé de textes, de croquis en monochrome, d'oeuvres réalisées pour composer une exposition " "Angle Londres et Allende", 50 tableaux, flamboyants de couleurs, encadrés avec soin.
 
Bien sûr il s'agit de partir à la (re)découverte de l'itinéraire de Frida
KAHLO et ses œuvres, mais plus que ça, le livre donne à voir les résonnances entre deux femmes, toutes les deux sud-américaines entretenant une relation particulière avec leur père, deux registres artistiques, deux signatures.
 
C'est aussi et surtout le parcours de création de Rosa Maria UNDA SOUKI , ses sources d'inspiration, les leviers de sa créativité.


Il y a des œuvres que l'on crée d'un seul coup et qui nous surprennent, d'autres qui se concrétisent avec le temps. P. 139

Cet OLNI, qui assure une forme de médiation culturelle des créations de Rosa Maria UNDA SOUKI , est une pépite. Si vous croisez son chemin, n'hésitez pas à le découvrir, il est de toute beauté et donne à voir l'immense talent de l'artiste.

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2025-07-28T06:00:00+02:00

Le testament de Taras CHEVTCHENKO

Publié par Tlivres
Le testament de Taras CHEVTCHENKO

Ma #poesiedulundi, je l'ai extraite de la culture ukrainienne.

Souvenez-vous, Emmanuel RUBEN et Alexandra KOSZELYK étaient les invités de l'association Bouillon-cube au 122 rue de la Chalouère.

La soirée était organisée en soutien au peuple ukrainien

en partenariat avec Bibliothèques sans frontières.

Taras CHEVTCHENKO, je l'ai découvert dans "L'Archiviste" publié aux éditions Aux Forges de Vulcain, un coup de coeur, un roman assurant notamment la postérité d'artistes de ce territoire convoité par la Russie.

Taras CHEVTCHENKO est né en 1814 et décédé en 1861.

Mais c'est dans le roman d'Emmanuel RUBEN, "Nouvelles ukrainiennes", sur lequel je reviendrais prochainement, que j'ai mis le doigt sur cet extrait du poème "Le testament". 

Il s'agit pour le poète de prononcer ses dernières volontés. Il sublime Dame Nature et rend vivants les éléments. Emmanuel RUBEN s'y est frotté avec son ami Vlad avec lequel il parcourt des kilomètres à vélo.

Vous n'étiez pas à l'événement ? Vous pouvez toutefois vous imprégner de la puissance du propos...

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2025-07-25T06:00:00+02:00

Camera obscura de Gwenaëlle LENOIR

Publié par Tlivres
Camera obscura de Gwenaëlle LENOIR

Editions Julliard

Et de 4 dans le bal 2025 des 68 Premières fois avec "Camera obscura" de Gwenaëlle LENOIR, un premier roman.

En littérature, il y a mille et une façons d'aborder la guerre. Gwenaëlle LENOIR, journaliste, spécialiste de l'Afrique Subsaharienne, le Moyen et le Proche Orient, choisit de partir de faits réels de l'Histoire contemporaine pour dévoiler les actes de torture commis sur le peuple d'un pays vivant sous régime dictatorial. Vous connaîtrez ce pays en vous documentant, l'écrivaine dévoilant quelques indices. 
 
Le narrateur est marié et père de deux enfants. L'emploi qu'il occupe, c'est celui que lui a trouvé son beau-père ayant fait carrière dans un ministère du pays. Il est photographe à l'hôpital militaire, enfin plus précisément à la morgue de l'hôpital militaire. C'est là qu'arrivent dans des "fourgons rouillés" les corps de ceux tombés sous les coups de la répression. Le motif : ils seraient des terroristes.
 
Cette mission, c'est l'Etat qui la lui confie.


Tu prends les terroristes en photo. Tu es le gardien des preuves. P. 151

Il s'agit pour le président de conserver des preuves de ce que les terroristes commettent pour faire tomber son régime, un moyen de se justifier des exactions réalisées par sa milice.

Mais la mission d'un photographe dans un pays en guerre relève d'autres ambitions, notamment celle de partager au monde entier des faits, témoigner de réalités, en laisser une trace pour les générations à venir.

Si ce dessein n'est pas apparu immédiatement comme un besoin irrépressible chez le narrateur, il l'est devenu. Gwenaëlle LENOIR retrace l'itinéraire d'un homme ordinaire devenu, au fil de ses journées de travail, un résistant.


Le président pouvait tuer la moitié de son peuple, il n'empêcherait pas l'autre moitié de faire semblant de lui obéir pour mieux tromper ses sbires. P. 160

Alors, chaque matin, le narrateur part travailler, incarner son "rôle de composition" avec le risque de tomber sous le joug des "pantalons de tergal et cheveux gominés", les miliciens du régime.

J'ai été profondément touchée par les descriptions des corps bien sûr, on le serait à moins, mais aussi par le cheminement psychologique du narrateur.

Avec ce roman, je comprends mieux aujourd'hui ce que l'on entend, à qui veut bien prêter l'oreille, des iraniens privés de cette capacité à faire tomber le régime par l'opération américaine « Midnight Hammer » en Iran dans la nuit du 21 au 22 juin 2025. Si l'objectif de tous reste le même, les moyens sont différents. Les insurgés ont un besoin irrépressible de se libérer de leurs bourreaux à la force de leurs armes, là la photographie. Le propos prend un caractère universel et intemporel.

Ce roman rend hommage à celui dont le nom de code est César. Peut-être serait-il tombé dans l'oubli, ou pire encore, n'aurait jamais été cité. Avec ce roman, Gwenaëlle LENOIR assure sa postérité.

C'est une lecture coup de poing, une lecture nécessaire, saluée par le Prix Relay des voyageurs 2024 qui vient notamment honorer les qualités de la plume de Gwenaëlle LENOIR. Il est sorti en poche aux éditions Pocket.

Bien sûr j'aurais pu trouver dans le hard rock une chanson associée pour poursuivre le bal 2025 mais j'ai choisi celle de France GALL, sortie en 1981, "Résiste". Vous pourrez danser sur ses notes de musique, vous pourrez aussi lever un poing serré ✊

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2025-05-09T13:17:20+02:00

L'Appelé de Guillaume VIRY

Publié par Tlivres
L'Appelé de Guillaume VIRY
 
Et de 3... dans ce bal des 68 Premières fois. Je vous propose quelques notes d'Edwin STARR pour l'occasion, c'est vrai, "War (What is it good for)."
 
La sélection est éclectique. Place à un roman historique, "L'Appelé" de Guillaume Viry, un court roman dont les mots résonnent comme les balles tirées en Algérie. C'est là que Jean sera appelé en 1962, la dernière année de la guerre d'indépendance d'un territoire colonisé par la France en 1830. Nous sommes en 1969 quand commence le roman avec une scène d'hôpital, d'un asile en réalité, de ceux qui pratiquaient à l'époque les électrochocs. De cette première scène émergent les traumatismes de la grande Histoire...
 
Parce que lire sur la guerre d'Algérie n'a jamais été aussi nécessaire. Il suffit pour s'en convaincre de lire dans les actualités de ce début d'année 2025 les tensions entre la France et l'Algérie, le colonisateur et la colonisée-décolonisée, des statuts qui laissent des traces à jamais et qui se transmettent de génération en génération. Quelle ingénieuse idée d'ailleurs de l'auteur de déclencher les recherches avec une erreur de prénom pour remonter le fil d'une histoire comme tant d'autres sont tombées dans l'oubli, à moins d'un déni encore plus abject.
 
Guillaume VIRY nous livre un long poème, en prose. Dès la première page vous serez happés par la forme du texte, la rhétorique. C'est à la fois troublant et fascinant, troublant parce qu'exigeant, fascinant par l'onde de choc.
 
Ce qui m'a profondément touchée, une nouvelle fois j'oserai dire, c'est l'absence de connaissances des faits de guerre et de leurs conséquences sur les êtres, des hommes qui n'en ont pas encore assez souffert et se retrouveront sous la main mise d'autres tyrans. Je sors lessivée de cette lecture, ma #VendrediLecture.

Retrouvez toutes les références de ce bal 2025 des 68 Premières fois, édition 2025 : 

Je suis fait de leur absence de Tim DUP

Ecouter les sirènes de Fabrice MELQUIOT

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2025-04-25T07:56:37+02:00

L'œil de la perdrix de Christian ASTOLFI

Publié par Tlivres
L'œil de la perdrix de Christian ASTOLFI
 
Nouvelle bonne pioche du Book club, le dernier roman de Christian ASTOLFI, L'œil de la perdrix, un roman historique à plus d'un titre.
 
Rose est une femme née au début du XXe siècle en Haute Corse, mariée à 16 ans à un berger de l'île, Paul-Dominique. Avec cet homme, elle aura trois enfants, deux garçons et une fille. Quand la petite dernière aura 6 mois, la famille quittera Bastia pour s'installer à Toulon, c'est à l'arsenal que son mari travaillera une trentaine d'années. En frontière de leur quartier, est installé un bidonville. Les deux communautés sont voisines mais ne se fréquentent pas. Rose fera pourtant connaissance avec Farida. À partir de cet instant, elles ne se quitteront plus ou presque. Avec cette relation d'amitié, affaire de sororité, de nouveaux horizons s'offriront aux deux femmes. Il souffle sur leur destinée un brin d'émancipation !
 
Ce roman historique, foisonnant, à l'échelle de 80 ans environ, invite le lecteur à regarder le monde à travers le filtre des invisibles.
 
Il y a d'abord la condition féminine du début du siècle dernier, une premier exemple de soumission, des femmes au foyer qui s'occupent de préparer les repas de leur mari et de leurs enfants, qui s'évertuent à servir les autres sans jamais demander la moindre reconnaissance. Le modèle semble se perpétuer à l'envi...


Paul-Dominique n'était pas si différent. Indulgent envers lui-même tout autant qu'à l'égard de nos fils. Incapable d'écrire une autre histoire familiale que celle que les maris et les pères du village lui avaient transmise. P. 96

Il y a encore celui des exilés d'Algérie, des hommes, des femmes, des enfants, tous français, nés sur une terre colonisée, dont la guerre d'indépendance les poussera à quitter leur terre, celle de leurs origines, pour vivre entre des planches, abrités par quelques tôles. Si beaucoup de romans abordent désormais cette période, Christian ASTOLFI décide, lui, de prendre le parti de relater ce qui se passe en métropole histoire de ne pas oublier les conditions dans lesquelles ils furent parqués. 
 
Entre invisibles, une certaine forme de solidarité peut se développer à l'image de ce parcours de vie mené en commun par Rose et Farida. Toutes deux se retrouveront autour des mots...


Puis, j ai levé les yeux vers elle. Découvert son regard baigné de confiance. Si différent de ceux qui m'avaient toujours avilie. Ce froid qu'il y avait sous leur larme. Ce froid qui m'avait tant de fois traversée par le passé. Ce froid que j'avais appris à supporter. P. 104

Comme j'ai aimé lire les mots posés par Christian ASTOLFI sur des récits de vie, un regard porté par un homme pour incarner une femme avec une extrême sensibilité.
 
Et puis, ce roman est rythmé, il y a cette ascension dans le propos jusqu'à la première révélation, d'autres suivront, toutes plus puissantes les unes que les autres, me prenant à la gorge au point de laisser couler les larmes. Je peux l'avouer, cette histoire m'a rappelé certaines expériences de la vie, des moments de fraternité que je n'oublierai jamais.
 
Enfin, il est aujourd'hui en lice pour le Prix des Libraires, je lui souhaite le meilleur. C'est ma #Vendredilecture.

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