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2025-09-23T18:04:34+02:00

Mon vrai nom est Elisabeth d'Adèle YON

Publié par Tlivres
Mon vrai nom est Elisabeth d'Adèle YON
 
Nouvelle bonne pioche du Book club, que dis-je, coup de cœur ! C'est mon #Mardiconseil Merci ma chère Hélène de m'avoir mise sur sa voie.
 
Tout commence avec ce mail adressé à 3 personnes qui sonne comme un au revoir. L'expéditeur est sur le point de se jeter du balcon du 7e étage de son appartement parisien. Le geste est prémédité, il est organisé depuis des mois, depuis la vente de sa maison. Objectif : mourir quand il en est encore temps. Nous sommes le 4 janvier 2023. Derrière l'histoire de Jean-Louis se cache celle d'Elisabeth, sa mère. Leur point commun, un pied dans le vide !
 
Ce livre qui transcende les genres (thèse, récit, correspondances, fiction...), je ne pouvais que l'aimer.
 
Il faut dire que des fées se sont penchées sur son berceau, à commencer par Laurence TARDIEU, l'autrice des romans : 
dans lequel elle disait :


Les choses que tout le monde ignore et qui ne laissent pas de trace n'existent pas.

ainsi que
"Nous aurons été vivants", l'un de mes coups de coeur de l'anée 2019,

et Adrien BOSC, l'éditeur (peut-être vous souvenez-vous de "Capitaine" duquel j'avais extrait une citation :


Car ce n’est pas ce qu’est l’archive qui importe, mais ce qu’elle désigne : un passé.

Mais ça, je ne le découvrirais que dans les remerciements. C'est la cerise sur le gâteau, la sensibilité qu'il faut pour rendre le livre aussi fascinant que bouleversant. Je sors de cette lecture sous le choc, en pleurs sur l'itinéraire de cette femme, en colère sur les méthodes psychiatriques de la 2e partie du XXe siècle.
 
Parce que ce livre, c'est tout ça et beaucoup plus encore.
 
C'est une histoire familiale d'abord, aux origines bourgeoises, dans laquelle les femmes doivent se conformer aux injonctions d'un ordre social, être de bonnes épouses et de bonnes mères. Celles qui comme Élisabeth aspirent à s'en émanciper tomberont sous le joug de la médecine.
 
C'est là que de l'individuel on passe au collectif. Adèle YON, en enquêtant sur l'itinéraire de cette aïeule, relate les méthodes employées et déconstruit les modèles de la psychiatrie. Elle va notamment se focaliser sur la lobotomie, cette opération chirurgicale qui vise à extraire le lobe frontal du cerveau pour supprimer ce que ces femmes auraient en trop !
 
Le mot "femme" est prononcé. Ce livre se veut aussi le témoin de ce que les hommes, les pères, les maris, les frères, les médecins, imposaient au "sexe faible". En lisant Adèle YON, vous verrez à quel point cette expression prend tout son sens dans les pratiques d'une époque et explique les violences faites aux femmes, l'incarnation de la domination masculine, patriarcale, à commencer par la maternité.
 
Ce qui est terrifiant, c'est de voir à quel point la jeune génération est encore imprégnée du passé. Adèle YON révèle qu'elle-même a été élevée avec la crainte d'être fragile comme Elisabeth. C'est parce qu'elle risque de devenir folle qu'elle se lance dans les recherches qui lui permettront d'écrire cette thèse. La filiation, la transmission de génération en génération, est terrifiante. Son livre n'en est que plus puissant.
 
Je pourrais en écrire des pages, tellement il regorge de détails, il est foisonnant et captivant. Il est déjà lauréat de nombreux prix littéraires : Le Grand Prix des Lectrices Elle, le Prix Régine Deforges, le Prix Littéraire du Nouvel Obs, le Prix Essai France Télévisions...
 
Lire un livre, c'est planter un décor, poser des images sur des personnages, parfois inspirées du cinéma. Vous comprendrez que le visage de Virginie EFIRA se soit imposé à moi. Dans "En attendant Bojangles" de Régis ROINSARD, elle interprète divinement bien comment pouvait être traitée la maladie mentale dans les années 1960. 
 
Ce livre fait partie de ceux que je n'oublierai jamais. C'est à ça que je reconnais les coups de coeur !
 
Retrouvez ceux de l'année 2025 :
"Les braises de Patagonie" de Delphine GROUES.

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2025-09-12T06:00:00+02:00

Où les étoiles tombent de Cédric SAPIN-DEFOUR

Publié par Tlivres
Où les étoiles tombent de Cédric SAPIN-DEFOUR
 
La rentrée littéraire, ce ne sont pas que des romans, il y a des essais aussi à l'image de cette lecture #coupdepoing : "Où les étoiles tombent" de Cédric SAPIN-DEFOUR. Elle figure dans la première sélection du Prix Renaudot 2025.
 
"Où les étoiles tombent" est l'histoire bien réelle d'un couple, passionné de montagne, d'ascension, et de parapente. Habituellemt, Mathilde, s'envole la première, Cédric la suit. Là, il part le premier. Quand il se retourne, il ne voit plus de voile, elle est écrasée au sol. C'est le 12 août 2022 que l'accident s'est produit dans la région de Bolzano en Italie, laissant Mathilde entre la vie et la mort.
 
Longtemps Cédric SAPIN-DEFOUR pensera que Mathilde est morte. À tellement l'anticiper, le cerveau a mémorisé l'information au point d'avoir des difficultés à l'effacer.
 
Le jour du 12 août 2022 rayonne à l'image du faisceau lumineux d'un phare. C'est un repère dans le temps à partir duquel est balisée l'existence de Mathilde, depuis sa naissance jusqu'à sa réparation. Le temps est un élément majeur de la prose de Cédric SAPIN-DEFOUR. Il peut être un allié comme un ennemi.


À la fois j'entreprends tout vite pour accélérer vers toi, à la fois il me fait occuper chaque interminable minute, quoi que je choisisse je me trompe d'allure. P. 34

Cédric SAPIN-DEFOUR restitue, comme dans un journal intime, de façon chronologique, les différentes phases de la reconstruction de son épouse. Il y a des faits rapportés de façon presque clinique, il y a aussi des ressentis, des sentiments que seuls ceux qui sont passés tout près de la mort peuvent éprouver. Sans pathos, il y a bien sûr des questions existentielles. Là, l'écrivain prend de la distance par rapport aux réalités qui l'assaillent pour s'interroger sur ce qui faisait, fait, et pourrait faire sens dans sa vie aux côtés ou sans Mathilde. Le propos prend alors une dimension philosophique. 
 
Cet essai va vous faire vivre un véritable ascenseur émotionnel... vous allez évoluer au rythme des réflexions de l'auteur.


Avant de t'endormir, tu m'as dit deux phrases, la première m'a fait quitter le sol de bonheur, la seconde m'y a rabattu violemment.
"On va y arriver."
"Je voudrais que tu restes." P. 182

L'écriture permet d'entretenir la mémoire. L'écrivain dresse un formidable portrait de son épouse, une battante, de ces femmes que rien ne saurait arrêter.
 
L'écriture exorcise aussi les angoisses. Au service de Cédric SAPIN-DEFOUR, l'exercice permet de résister, un verbe dont la dimension impacte le quotidien d'un homme, pétri de douleur, de culpabilité et de souffrance devant l'état de santé de son épouse.
 
L'écriture permet encore de panser les plaies de Cédric SAPIN-DEFOUR. Au fil de l'essai, l'écrivain chemine dans l'appropriation des faits et de leurs impacts sur leur vie à tous les deux.
 
La narration propose d'ailleurs un chassé-croisé de deux temporalités, celle de la reconstruction de Mathilde bien sûr mais celle aussi du fil de cette journée du 12 août 2022 que Cédric SAPIN-DEFOUR s'attache à redérouler. Ce n'est qu'à la fin du récit que vous retrouverez l'analyse de ce qui s'est passé aux environs de 22 heures de cette journée vertigineuse. Ingénieux et parfaitement mené. 
 
Ce livre est lumineux, c'est un hymne à la vie, à la beauté, notamment des montagnes. C'est un essai qui va vous donner envie de croquer votre vie à pleine dents.
 
C'est aussi un livre hérisson, un livre dans lequel j'ai relevé une multitude de citations. J'aurais pu, en réalité, noter chacune des phrases de l'auteur, c'est vous dire si j'ai vibré.
 
Ça sera, en plus des prix littéraires, l'opportunité pour moi de venir régulièrement vous en parler !
 
Aujourd'hui, c'est ma #VendrediLecture.

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2025-09-09T18:02:58+02:00

Au crépuscule de Jaap ROBBEN

Publié par Tlivres
Au crépuscule de Jaap ROBBEN
 
Traduit du néerlandais par Guillaume DENEUFBOURG
 
Nouvelle bonne pioche du Book club !
 
Avec le décès de Louis, Elfrieda se retrouve seule. Elle ne peut rester dans sa maison. Il faut dire que c'était Louis qui s'occupait de son épouse âgée. Il avait refusé l'assistance à domicile. Là, elle ne peut échapper à l'accueil en structure adaptée et la perte de tout ce qui faisait le sel de sa vie. Parallèlement, elle souhaite retrouver Otto, un amour de jeunesse, un amour illégitime (lui était marié et ne voulait pas quitter sa femme). Là commence une toute nouvelle histoire !
 
Ce roman est construit sur la base des deux pages de la vie d'Elfrieda, une femme éminemment romanesque, tiraillée entre deux hommes avec lesquels elle a, toute son existence, composé. 
 
Si l'itinéraire d'une jeune femme enceinte avant le mariage a déjà donné lieu à beaucoup de littérature, ce roman se distingue des autres par sa forme.
 
La narration à la première personne du singulier est toujours émouvante. C'est un peu comme si nous étions installés dans le salon du personnage principal et qu'il nous livrait ses confidences lors d'une conversation entre amis.
 
Elfrieda relate le rapport au corps des femmes. Elle lève le voile sur toute son intimité et fait des révélations tout à fait émouvantes.
 
Et puis, il y avait l'originalité de cet homme, la passion pour les papillons, un monde à part entière que je me suis plu à découvrir. Outre le simple fait que cet homme offrait à Elfrieda un autre regard sur le monde, d'autres plaisirs, d'autres jouissances, il lui donnait accès à un champ de l'entomologie, celui des papillons, tellement séduisant par sa diversité, ses couleurs, son esthétisme.


Des frétillements surgirent de toute part, comme si les papillons se réjouissaient de revoir Otto. Tels des affamés, ils se jetèrent sur la lumière qu'il avait préparée pour eux. C'était une sorte de cabinet de curiosités, uniquement composée de voltigeurs ailés qui, de honte, se cachaient la journée, mais qui se révélaient désormais sans retenue. Certains semblaient avoir été catapultés, d'autres zigzaguaient de façon incontrôlée ou virevoltaient en spirale en direction des lunes rectangulaires. P. 158

Le sujet mérite déjà un roman !
 
Il y a encore le deuil d'un conjoint âgé avec toutes les conséquences sur une vie déjà fragilisée par la vieillesse. Avec la douleur de la disparition vient s'accumuler le chagrin de voir toute sa vie s'envoler, ses effets personnels, ses meubles... Tout ce qui lui était précieux devient futile, aux yeux d'un fils pourtant attaché à faire de son mieux. J'ai été profondément touchée par l'incompréhension mère-fils à ce moment particulier de l'existence, les non-dits, les effrois. 
 
Il y a enfin ces dernières pages, inattendues, qui, à elles-seules, rendent le roman de Jaap ROBBEN unique. Publié aux éditions Gallmeister, vous comprendrez que l'histoire s'étire au fil des 400 pages, pour notre plus grand plaisir !

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2025-09-08T07:08:38+02:00

Danseur 2 de Frederik ODENIUS

Publié par Tlivres
Danseur 2 de Frederik ODENIUS

Ma #lundieoeuvredart est une création de Frederik ODENIUS.

Lauréat de la 5e bourse arts visuels de la ville d'Angers, l'artiste suédois a été accueilli en résidence deux mois, l'opportunité pour lui de s'imprégner de la douceur angevine, son patrimoine... et de laisser libre cours à son imagination, expérimenter, créer...

Au Repaire Urbain, j'ai cheminé au fil des créations dans le cadre d'une visite guidée. Quelle belle idée !

"Billy" m'a beaucoup intéressée pour ce qu'elle oppose : le jetable du mélaminé bois avec la durabilité du chêne, les coupes aléatoires avec l'industrialisation du mobilier Ikea... mais celle que je retiens le plus pour sa beauté, son esthétique, la performance dans la représentation du corps, de sa musculature, c'est "Danseur 2".

Cette sculpture, verticale, rend compte du mouvement de sa jambe droite en trois dimensions, non pas seulement en hauteur, en largeur et en profondeur, mais aussi en trois exemplaires associés.

Taillées dans des poutres de bois, les trois postures de sa jambe droite donnent du mouvement à la création.

J'ai été frappée par la beauté du travail réalisé à la gouge pour représenter la musculature de l'artiste. Frederik ODENIUS s'inspire de son propre corps, il l'explore et le restitue pour notre plus grand plaisir.

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2025-09-06T06:00:00+02:00

Les promesses orphelines de Gilles MARCHAND

Publié par Tlivres
Les promesses orphelines de Gilles MARCHAND
 
Le dernier roman de Gilles MARCHAND "Les promesses orphelines" vient de sortir en librairie.
 
Ce roman, c'est d'abord une première de couverture aux couleurs chatoyantes comme une invitation à danser, entrer dans le bal que nous offre l'auteur. C'est la création d'Elena VIEILLARD. Vous noterez d'ailleurs l'évolution par rapport aux précédentes. Aux Forges de Vulcain change de style 😉
 
Et puis, ce roman, c'est les retrouvailles avec une plume au charme fou. Vous vous souvenez peut-être des précédents : "Une bouche sans personne", "Un funambule sur le sable", "Des mirages plein les poches", Le soldat désaccordé"...
Et bien, si vous aimez la tendresse et la fantaisie de Gilles MARCHAND, vous risquez fort de sombrer !
 
Nous sommes dans les années 1950. Gino est un jeune garçon, appelé "le petit rêveur", déjà tout un programme. Il est passionné par les machines, les progrès technologiques. Sa Vieille Tante, qui vient passer les week-ends dans sa famille, lui découpe tous les articles de presse que Gino conserve précieusement. Gino s'émerveille du travail de son père, cet exilé italien embauché pour la construction du téléphérique du Mont Blanc, "le plus grand de tout l'univers", de quoi faire rêver un jeune garçon. Sa mère est photographe, elle travaille pour un imprimeur de cartes postales, elle représente tout en beauté les richesses des villages de France. Gino grandit. Il n'aime pas bien l'école, à moins que ça ne soit l'inverse. Il va se passionner pour l'Aérotrain, cette prouesse, en plus de Roxane ! Mais là commence de nouvelles histoires !
 
Gino est un personnage profondément attachant. C'est un rêveur, c'est un garçon qui donne de la hauteur, même dans la gravité.


Je n'osais pas lui expliquer que je n'étais pas dans la lune mais plutôt dans les nuages. Et que papa l'embrassait. P. 105

De fiction, Gino risque bien de faire chavirer les cœurs. Le sien n'a d'yeux que pour Roxane, une jeune fille qui vient en vacances dans une résidence secondaire près de chez lui. Place au roman d'apprentissage, l'amour, toujours l'amour !
 
Et Gino véhicule cette merveilleuse idée du bonheur...


Il a sorti une bouteille de champagne qu'il gardait depuis des années pour fêter ça. Je n'ai pas pu m'empêcher de rire : Gino avait une fête en réserve. C'est peut-être cela la clé du bonheur : garder une bouteille au frais parce que l'on sait que la fête viendra. P. 271

À côté de lui évolue un personnage à part entière, l'Aérotrain, cette invention livrée en 1969 en pleine Beauce, un train circulant sur coussin d'air. Souvenez-vous, nous sommes dans les Trente Glorieuses, cette période d'innovation, d'effervescence technologique. Là, le roman revêt un caractère social en décrivant une époque, l'émergence de la société de consommation dont nous mesurons tous les effets aujourd'hui. Gilles MARCHAND ponctue joyeusement son propos de "réclames", ces publicités pour l'électroménager et autres trouvailles. Ingénieux !
 
Avec l'Aérotrain, il y a des personnages bien réels, eux, ses créateur et pilote. Gilles MARCHAND assure la postérité à des hommes qui auraient pu tomber dans l'oubli, respectivement Jean BERTIN et Daniel ERMISSE.
 
Quant à l'ambiance du bar de Jean-Georges, on a juste envie d'y foncer 😉 J'avais un si bon souvenir du café du coin réunissant les quatre amis du roman "Une bouche sans personne".
 
Ce roman est une pépite de cette rentrée littéraire, un roman qui vous fera vibrer. Vous sortirez de cette lecture des étoiles plein les yeux, à moins que ça ne soit des larmes coulant sur vos joues. Comme l'Aérotrain, les émotions sont promises à grande vitesse !

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2025-09-05T06:00:00+02:00

L'Albatros de Raphaël ENTHOVEN

Publié par Tlivres
L'Albatros de Raphaël ENTHOVEN

Et de 3 pour cette rentrée littéraire aux éditions de l'Observatoire, une maison que j'affectionne tout particulièrement.

Après "L'âme de fond" de Julia CLAVEL et "Nous n'avons rien à envier au reste du monde" de Nicolas GAUDEMET, place à "L'Albatros" de Raphaël ENTHOVEN.

Changement de registre avec un récit, celui de la maladie de Parkinson d'abord, d'Alzheimer ensuite, qui frappent sa mère, Catherine DAVID, une femme, une épouse, une amante, la mère de deux enfants, une journaliste, une écrivaine, une pianiste à ses heures. Ni ses connaissances, ni son courage, ni sa ténacité, ne feront barrage devant la puissance des maladies qui vont s'en donner à cœur joie sur son corps, tout particulièrement sur sa main gauche. Elle en écrira d'ailleurs elle-même un livre ("Lettre ouverte à ma main gauche et autres essais sur la musique"). La pianiste, qui marchait dans les pas de son père, ne saurait accepter cette fragilité. Elle avait l'habitude de surmonter la fausse note.


D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours entendu ma mère buter sur une note, s'arrêter, soupirer, repartir à l'assaut jusqu'à la victoire qui l'emmenait à l'obstacle suivant. P. 112

Oui, mais là, le mal était plus grand.
 
Ce récit, c'est aussi l'accompagnement d'une mère par son fils, lui qui a sa vie aussi, des enfants, et qui ne peut accourir chaque fois que sa mère le lui demande. Comme j'ai aimé ce passage où Raphaël ENTHOVEN explique le choix qui lui est donné d'aller dans le sens de la folie pour converser tendrement avec sa mère ou bien de se tuer à lui faire entendre raison alors qu'elle l'a perdue. C'est tellement frappant.
 
Ce récit, c'est celui d'un immense amour mère-fils. C'est l'expression de toutes les attentions, d'une délicatesse émouvante, d'une complicité touchante. C'est celui d'une présence, d'un regard...
 
C'est aussi un récit sur la musique, cette discipline artistique qui exige un investissement sans fin pour créer, expérimenter, vibrer... devant la beauté d'une interprétation. unique en son genre.
 
J'ai beaucoup aimé le passage sur les arts vivants et le fait qu'une "répétition" n'en soit finalement pas une puisqu'il est impossible de répéter exactement le morceau joué précédemment..
 
Ce qui m'a captivée, c'est la puissance de la musique pour ceux qui la pratiquent. Chez Catherine DAVID, elle représente quelque chose de l'ordre du frisson.


Ce qu'on dit du frisson quand on l'explique n'a rien à voir avec la simplicité de ce qu'on éprouve quand il nous traverse l'échine. P. 164

Pour celui qui l'écoute, à l'image de ce que vit Raphaël ENTHOVEN, il n'aura fallu que quelques notes pour le faire passer d'un immense chagrin à une certaine forme de gaieté. Quelle plus belle manière de quitter sa mère, avec cette citation.


C'est alors que, quand vint le moment de jeter une cuillère de terre sur le cercueil, le haut-parleur se mit à diffuser, à notre demande, un air de jazz, Benny GOODMAN, et, sans prévenir, une gaieté étrange, inopportune, impérieuse, s'empara de moi, comme un éclat de rire qui couvait, un sourire profond, une puissante envie de danser à la barbe des tombes. P. 226

Ce récit, j'ai crains un instant de ne me faire au style, une écriture érudite, des références mythologiques... Mais après quelques pages, j'ai finalement rendu les armes et me suis plu à vivre ce parcours de vie. Raphaël ENTHOVEN n'est devant la maladie, et la mort de sa mère, qu'un homme. C'est là que le propos prend une dimension universelle.
 
Je remercie la maison d'édition pour ce cadeau, aussi intimidant que saisissant. C'est ma #VendrediLecture.

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2025-09-03T06:00:00+02:00

Et nos routes toujours se croisent de Marie VILLEQUIER

Publié par Tlivres
Et nos routes toujours se croisent de Marie VILLEQUIER
 
Je poursuis le bal 2025 des 68 Premières fois avec "Et nos routes toujours se croisent de Marie VILLEQUIER.
 
Avec ce premier roman, vous allez plonger dans le monde médical, celui du service d'onco-hématologie pédiatrique d'un centre hospitalier de recherche universitaire. Tous les 6 mois, les internes changent. Pour devenir médecin, ils doivent réaliser un certain nombre de stages. En fonction de leur classement, ils ont plus ou moins de choix sur la spécialité. Étienne fait partie des meilleurs de sa promo, le tapis rouge lui est déroulé pour accéder à un stage en réanimation qui le conduira à terme à un emploi de chef de clinique. Mais c'est sans compter sur un étudiant, un rival bien décidé à lui savonner la planche. Le stage lui échappe, il se retrouve auprès d'enfants souffrant d'un cancer. Les six mois à venir promettent d'être terribles, le mot est faible. Avec sa co-interne Gabrielle, ils se lancent dans cette expérience professionnelle... vertigineuse !
 
Ce roman est captivant. J'ai dévoré ses 390 pages en trois soirées qui ont, je ne vous le cache pas, largement empiété sur le temps de la nuit 🤓 
 
Il y a l'environnement médical dans lequel je me suis immergée, moi qui perd connaissance à la simple vue d'une plaie écorchée. J'ai beaucoup appris des codes et rouages d'un service hospitalier, des réformes qui le réorganisent pour un soi-disant meilleur, à moins que ça ne soit pour le pire. Marie VILLEQUIER puise dans son expérience professionnelle, elle-même médecin ayant pratiqué en onco-hématologie et soins palliatifs pédiatriques.
 
Le décor est planté mais le service ne serait rien sans les soignants. Tour à tour, les personnages vont prendre corps dans et en-dehors des heures de travail, même si, il faut bien l'avouer, elles sont réduites à peau de chagrin. Là, les 35 heures semblent ne jamais être entrées.
 
Et puis, il y a les patients et leurs familles.
 
Sous la plume de Marie VILLEQUIER, tous sont profondément touchants. On aurait envie de les serrer dans nos bras.
 
Ce que j'ai trouvé particulièrement intéressant c'est la confrontation des deux univers, personnel et professionnel, cette agitation permanente avec une vie vécue quasiment à huis-clos.
 
Mais plus encore, c'est l'approche de la maladie qui est au coeur de ce livre, depuis l'annonce du diagnostic...


Le diagnostic est parfois si choquant que les parents ne retiennent qu'une partie des informatisé qui leur sont transmises. Il faut alors répéter, préciser, éclaircir. Avec bienveillance, patiemment. P. 86

en passant par les traitements jusqu'aux soins palliatifs. Quelle leçon de vie, quelle générosité, quelle sagesse !!!
 
Le rapport à la vie est revisité pour faire de chaque instant vécu un moment de bonheur et quand la douleur fait rage, l'équipe médicale reste présente pour accompagner l'enfant.
 
Ce roman est profondément émouvant. Il est aussi tellement lumineux. Pari réussi pour ce premier roman, un page-tuner que vous n'êtes pas près d'oublier.
 
Si on dansait maintenant sur la musique de "L'hymne de la vie" des Kids United Nouvelle Génération...

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2025-09-02T06:00:00+02:00

Nous n'avons rien à envier au reste du monde de Nicolas GAUDEMET

Publié par Tlivres
Nous n'avons rien à envier au reste du monde de Nicolas GAUDEMET

Éditons de L'Observatoire

La rentrée littéraire promet d'être riche. Après "L'âme de fond" de Julia CLAVEL, un premier roman très réussi qui m'a profondément touchée, place à une histoire d'amour avec "Nous n'avons rien à envier au reste du monde" de Nicolas GAUDEMET.

Vous connaissez la chanson de Rita MITSOUKO, "Les histoires d'amour finissent mal", n'est-ce pas ?

Quand vous savez que Yoon Gi et Mi Ran vivent en Corée du Nord, régime totalitaire, et qu'ils n'appartiennent pas aux mêmes rangs d'estime du Parti, vous pouvez imaginer que leur histoire d'amour, née d'un regard échangé lors d'une exécution dans le stade Victoire, ne va pas être un long fleuve tranquille. Mais rien ne saurait arrêter deux amoureux, à la vie, à la mort.

Nicolas GAUDEMET, dont je ne connaissais pas encore la plume, nous propose un roman d'apprentissage avec cette relation amoureuse entretenue par deux adolescents, relation interdite sous peine de mort. La prose est soignée. Je me suis laissée embarquer. 

Il nous propose aussi un roman social avec la description de la Corée du Nord, du travail des enfants, de la presse au service de la propagande, des hauts parleurs installés dans les rues pour prêcher le Cher Général, de la sécurité du peuple assurée par une sorte de milice du parti, l'entraînement militaire des jeunes filles (8 ans) et des garçons (10 ans), des mariages arrangés... Je me suis laissée dire qu'il s'était rendu lui-même en Corée du Nord pour s'imprégner de la vie quotidienne, prendre la mesure des impacts du régime sur la vie de chacun, s'insinuant jusque dans l'intimité des couples.


Se marier, c'est servir le pays. P. 53

Je me suis laissée dire qu'il s'était rendu lui-même en Corée du Nord pour s'imprégner de la vie quotidienne, prendre la mesure des impacts du régime sur la vie de chacun, s'insinuant jusque dans l'intimité des couples.

C'est le choc des culture quand Yoon Gi découvre un autre territoire, d'autres mœurs.


T'as du mal à y croire parce que ton esprit est malade, t'as été baladé depuis ta naissance, la vérité c'est qu'on doit tout réapprendre. P. 135

L'auteur nous livre aussi un roman historique retraçant l'Histoire de ce territoire explorant les relations politiques entretenues avec la Chine, le Japon...
 
C'est une très belle référence des éditions de L'Observatoire que je remercie pour ce joli cadeau de la rentrée littéraire, une histoire d'amour éminemment romanesque avec des personnages d'un autre monde. C'est mon #Mardiconseil.

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2025-09-01T07:17:53+02:00

Billy de Frederik ODENIUS

Publié par Tlivres
Billy de Frederik ODENIUS

Quelle belle idée que d'assister à une visite commentée de l'exposition "L'architecte et le danseur" de Frederik ODENIUS au Repaire Urbain d'Angers.

Lauréat de la 5e bourse arts visuels de la ville d'Angers, l'artiste suédois a été accueilli en résidence deux mois, l'opportunité pour lui de s'imprégner de la douceur angevine, son patrimoine... et de laisser libre cours à son imagination, expérimenter, créer...

De l'exposition, je retiens l'importance de son corps comme source d'inspiration pour la création. Il y a d'abord ce parquet dont il a extrait des copeaux de bois pour y laisser la trace de ses pieds, ceux-là même qui lui permettront de mesurer la distance entre différentes zones de sculptures. Il procède ainsi au retrait de matière, à plat, pour offrir des creux plus ou moins prononcés, à l'image de notre corps humain.

Et puis, il y a ce que je renomme le pas de danse. Cette sculpture, verticale, rend compte du mouvement de sa jambe droite. Taillées dans des poutres de bois, ces trois postures de sa jambe droite donnent du mouvement à la création. J'ai été frappée par la beauté du travail réalisé à la gouge pour représenter la musculature de l'artiste.

Il y a encore "Billy", une sculpture qui met en scène une bibliothèque Ikea, objet populaire (je découvre d'ailleurs sur le site du fournisseur "[...] qu’à travers le monde une bibliothèque BILLY est vendue toutes les cinq secondes.".

Là, elle est revisitée, "déconformée" grâce au travail de Frederik ODENIUS.

Coupée en deux morceaux, en biais, la partie haute est posée dans un sens, l'autre dans l'autre, donnant à voir le côté pile et le côté face. Les deux morceaux sont reliés par 4 sculptures, 4 personnages, tous en position de yoga Padangusthasana, soutenant la partie haute du meuble. Si la position inspire un temps de relaxation, le chêne dans lequel sont travaillés les personnages leur donne de la force, de quoi tenir en équilibre l'édifice. J'aime beaucoup cette création qui revisite un symbole de l'industrialisation du mobilier du XXIe siècle et lie des planches en particules de bois avec du chêne, symbole de la durée, la pérennité.

Frederik ODENIUS marie tout en beauté l'architecture en utilisant des matériaux de construction et la danse en représentant des postures (originales) du corps humain. Pari réussi.

J'évoquais les 2 côté pile et face. Si vous passez au Repaire Urbain, cerise sur le gâteau, vous pourrez aussi découvrir une vidéo d'une performance de l'artiste avec une représentation aussi ingénieuse qu'esthétique de l'envers du décor !

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