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2025-09-05T06:00:00+02:00

L'Albatros de Raphaël ENTHOVEN

Publié par Tlivres
L'Albatros de Raphaël ENTHOVEN

Et de 3 pour cette rentrée littéraire aux éditions de l'Observatoire, une maison que j'affectionne tout particulièrement.

Après "L'âme de fond" de Julia CLAVEL et "Nous n'avons rien à envier au reste du monde" de Nicolas GAUDEMET, place à "L'Albatros" de Raphaël ENTHOVEN.

Changement de registre avec un récit, celui de la maladie de Parkinson d'abord, d'Alzheimer ensuite, qui frappent sa mère, Catherine DAVID, une femme, une épouse, une amante, la mère de deux enfants, une journaliste, une écrivaine, une pianiste à ses heures. Ni ses connaissances, ni son courage, ni sa ténacité, ne feront barrage devant la puissance des maladies qui vont s'en donner à cœur joie sur son corps, tout particulièrement sur sa main gauche. Elle en écrira d'ailleurs elle-même un livre ("Lettre ouverte à ma main gauche et autres essais sur la musique"). La pianiste, qui marchait dans les pas de son père, ne saurait accepter cette fragilité. Elle avait l'habitude de surmonter la fausse note.


D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours entendu ma mère buter sur une note, s'arrêter, soupirer, repartir à l'assaut jusqu'à la victoire qui l'emmenait à l'obstacle suivant. P. 112

Oui, mais là, le mal était plus grand.
 
Ce récit, c'est aussi l'accompagnement d'une mère par son fils, lui qui a sa vie aussi, des enfants, et qui ne peut accourir chaque fois que sa mère le lui demande. Comme j'ai aimé ce passage où Raphaël ENTHOVEN explique le choix qui lui est donné d'aller dans le sens de la folie pour converser tendrement avec sa mère ou bien de se tuer à lui faire entendre raison alors qu'elle l'a perdue. C'est tellement frappant.
 
Ce récit, c'est celui d'un immense amour mère-fils. C'est l'expression de toutes les attentions, d'une délicatesse émouvante, d'une complicité touchante. C'est celui d'une présence, d'un regard...
 
C'est aussi un récit sur la musique, cette discipline artistique qui exige un investissement sans fin pour créer, expérimenter, vibrer... devant la beauté d'une interprétation. unique en son genre.
 
J'ai beaucoup aimé le passage sur les arts vivants et le fait qu'une "répétition" n'en soit finalement pas une puisqu'il est impossible de répéter exactement le morceau joué précédemment..
 
Ce qui m'a captivée, c'est la puissance de la musique pour ceux qui la pratiquent. Chez Catherine DAVID, elle représente quelque chose de l'ordre du frisson.


Ce qu'on dit du frisson quand on l'explique n'a rien à voir avec la simplicité de ce qu'on éprouve quand il nous traverse l'échine. P. 164

Pour celui qui l'écoute, à l'image de ce que vit Raphaël ENTHOVEN, il n'aura fallu que quelques notes pour le faire passer d'un immense chagrin à une certaine forme de gaieté. Quelle plus belle manière de quitter sa mère, avec cette citation.


C'est alors que, quand vint le moment de jeter une cuillère de terre sur le cercueil, le haut-parleur se mit à diffuser, à notre demande, un air de jazz, Benny GOODMAN, et, sans prévenir, une gaieté étrange, inopportune, impérieuse, s'empara de moi, comme un éclat de rire qui couvait, un sourire profond, une puissante envie de danser à la barbe des tombes. P. 226

Ce récit, j'ai crains un instant de ne me faire au style, une écriture érudite, des références mythologiques... Mais après quelques pages, j'ai finalement rendu les armes et me suis plu à vivre ce parcours de vie. Raphaël ENTHOVEN n'est devant la maladie, et la mort de sa mère, qu'un homme. C'est là que le propos prend une dimension universelle.
 
Je remercie la maison d'édition pour ce cadeau, aussi intimidant que saisissant. C'est ma #VendrediLecture.

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