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Articles avec #second roman catégorie

2022-08-03T06:59:50+02:00

Les enfants véritables de Thibault BERARD

Publié par Tlivres
Les enfants véritables de Thibault BERARD

Parce que je ne lis plus les quatrièmes de couverture des livres depuis belle lurette, dans le cadre de l'édition estivale #jamaissansmon68, je vous propose de découvrir les premières lignes d'un roman de la #selection2022 des 68 Premières fois : "Les enfants véritables" de Thibault BERARD chez Les éditions de L’Observatoire, un coup de coeur.  

 

 
Théo élève seul ses enfants, Simon et Camille, de 7 et 4,5 ans, depuis le récent décès de sa compagne Sarah. Cléo fait son entrée, tout en délicatesse, dans ce cocon familial meurtri. Elle est douce, Cléo, elle est gentille, et puis, c'est l'amoureuse de papa, alors chacun lui fait une petite place mais les démons ne cessent de hanter tout ce petit monde. Derrière les sourires se cachent la douleur de l'absence et du manque, la peur de la mort aussi. S'il est difficile d'accepter cette nouvelle présence et le petit pas de côté fait avec les habitudes, ce n'est pas plus simple pour Cléo, qui, elle-même, a connu une famille loin des standards. Elle a été élevée par son père, Paul, dans la vallée de l’Ubaye. Quand elle n'avait que 7 ans, elle a dû faire une place à César dont le père, alcoolique, était décédé. Il habitait juste à côté et Paul avait un grand coeur, alors, il l'avait adopté. Quant à Solène, c'était le fruit d'une relation extraconjugale. Diane Chastain n'a jamais assumé son rôle de mère. Cette « mère-herbe-folle » avait besoin d'air et disparaissait régulièrement. Après 15 mois d'absence, elle est rentrée à la maison. Elle était enceinte. Là aussi, Paul a fait amende honorable. Il aimait trop sa femme pour ne pas accepter ce bébé à naître. Alors pour Cléo, cette entrée en matière, c'est un peu comme un plongeon vers l'inconnu !
Quelle plus belle parole prononcée par sa fille...


- Mais Papa, on est d'accord, c'est moi ton enfant véritable ?

C'est comme ça que l'idée a germé dans l'esprit de Thibault BERARD d'écrire un second roman et de traiter le sujet. Je ne remercie jamais assez "sa Cléo".
Dès les premières pages, je me suis prise à penser que mon hamac allait rapidement devenir une piscine ! A la page 54, les premières larmes coulaient sur mes joues, des larmes de chagrin mais aussi, des larmes de bonheur, le bonheur de lire des mots aussi forts, aussi beaux.
Thibault BERARD n'en était pas à son coup d'essai. J'avais lu son premier roman, "Il est juste que les forts soient frappés", un coup de maître.
Ce roman, une nouvelle fois, est largement inspiré de la vie personnelle de l'auteur, mais pas que. Il y a aussi toute une part de son livre suggérée par son imaginaire. Et ce qui est merveilleux chez Thibault BERARD, c'est le jeu de la narration. Si dans les premières pages, il prête sa plume à Diane Chastain, un personnage féminin, il trouve un équilibre ensuite avec le "je" de Paul, son compagnon. Et puis, un peu comme quand vous montez dans un manège de chevaux de bois, passée l'installation, il y a la mise en mouvement dans un rythme lent, s'accélérant progressivement pour terminer dans un tourbillon étourdissant. Là, les voix se multiplient, résonnent entre elles, se lient, se croisent, s'entrecroisent... dans une ivresse totale.
Ce second roman, c'est un bijou !

Si vous aussi prônez un été #jamaissansmon68, vous pouvez aussi opter pour...

"Faire corps" de Charlotte PONS

"Aux amours" de Loïc DEMEY,

 "Les nuits bleues" de Anne-Fleur MURTON,

"Furies" de Julie RIOCCO,

"Ubasute" d’Isabel GUTIERREZ,

"Les envolés" d'Etienne KERN,

"Blizzard" de Marie VINGTRAS,

"Saint Jacques" de Bénédicte BELPOIS,

 "Les confluents" de Anne-Lise AVRIL,

"Le parfum des cendres" de Marie MANGEZ,

"Jour bleu" de Aurélia RINGARD

"Debout dans l'eau" de Zoé DERLEYN,

"La fille que ma mère imaginait" de Isabelle BOISSARD...

#68premieresfois #68premieresfoisetplussiaffinité #68premieresfois2022 #litteraturefrancaise #premiersromans #68unjour68toujours
#bookstagram #selection2022 #secondroman #7anscasefete #onnarretepasles68 #un68sinonrien #touchepasamon68 #jepensedoncje68  #lesenfantsveritables #thibaultberard

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2022-07-30T06:27:03+02:00

Faire corps de Charlotte PONS

Publié par Tlivres
Faire corps de Charlotte PONS
 
Le bal des 68 Premières fois se poursuit avec un second roman, "Faire corps" de Charlotte PONS.
 
Sandra, la narratrice, a la quarantaine. Depuis le drame de son petit frère, elle a pris la décision de ne jamais être mère. De fait, ses aventures avec les hommes n’ont été que de courte durée, des soirées sans lendemain. Quand son ami d’enfance, Romain, homosexuel, lui fait part de son désir d’un enfant et des nombreuses tentatives de GPA (Gestation Pour Autrui) aux Etats-Unis, sans succès, Sandra se retrouve malgré elle au cœur d’une sombre histoire de prêt de son corps.
 
La narration à la première personne de ce roman vous prend à la gorge dès les premières pages, et ce n’est pas le contexte actuel de retrait du droit à l’avortement de la Constitution américaine qui viendra désamorcer la bombe.
 
Avec ce roman, Charlotte PONS explore les différentes dimensions d’une mère…


Celle qui porte, celle qui met au monde, celle qui garde au monde, celle qui transmet, celle qui aime, celle qui nourrit, celle qui éduque. Qu’est-ce qui fait la mère ? P. 44

et pose la question de l’identité d’une femme à travers le filtre de la maternité.


J’avais dès l’enfance éprouvé ma nature périssable, devenue femme je comprenais que j’avais aussi une date de péremption. P. 121

L’itinéraire de Sandra illustre bien toutes les phases de la grossesse. Sous les projecteurs de la GPA, elle prend une dimension toute particulière, celle des doutes, ce qui rend le roman captivant. Imaginez, neuf mois à porter un enfant, neuf mois à perdre la totale maîtrise de son corps, et pas une seule seconde vous n’auriez de doute sur l’avenir de l’embryon qui deviendra fœtus, et puis un corps de chair et d’os, voué à d'autres que soi.
 
J’ai été profondément troublée par la distance à mettre avec ce bébé alors même que la société évolue et que tout invite à la fusion des corps, « faire corps », et que, voulue ou non, cette grossesse engendrera une microchimère, ce transfert de cellules fœtales vers le corps de la mère, modifiant à jamais son ADN. De cette grossesse, la mère porteuse en gardera l’empreinte jusqu'à la fin de sa vie. Tellement fascinant.
 
Et puis, dans ce roman, il y a des moments d’ivresse, des moments d’une intime beauté que rien d’autre dans la vie ne peut offrir que la maternité.
 
Ce second roman de Charlotte PONS est d’une force incroyable.
 
Ce roman aurait pu être militant, il ne l’est pas, il met toutefois le doigt sur les enjeux éthiques, sociaux, économiques, sanitaires, politiques… que revêt la GPA. L’écrivaine nourrit notre position personnelle sur le sujet. Par le biais d'une fiction, la situation des mères porteuses ukrainiennes au tout début de la guerre, sur lesquelles j'avais beaucoup lu dans les médias, résonne d'une toute nouvelle manière.
 
La plume de Charlotte PONS est directe et les mots puissants. Frappée en plein cœur.

Et parce qu'il ne peut y avoir de bal des 68 Premières fois sans musique, je vous propose "Summertime" de Ella FITZGERALD, la grande Dame du Jazz noir américain. Ce titre faisait partie de la playlist de Charlotte PONS !

http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/07/summertime-d-ella-fitzgerald.html

http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/07/summertime-d-ella-fitzgerald.html

Retrouvez les autres références de la #selection2022 :

"Les enfants véritables" de Thibault BERARD

"Aux amours" de Loïc DEMEY,

 "Les nuits bleues" de Anne-Fleur MURTON,

"Furies" de Julie RIOCCO,

"Ubasute" d’Isabel GUTIERREZ,

"Les envolés" d'Etienne KERN,

"Blizzard" de Marie VINGTRAS,

"Saint Jacques" de Bénédicte BELPOIS,

 "Les confluents" de Anne-Lise AVRIL,

"Le parfum des cendres" de Marie MANGEZ,

"Jour bleu" de Aurélia RINGARD

"Debout dans l'eau" de Zoé DERLEYN,

"La fille que ma mère imaginait" de Isabelle BOISSARD...

#68premieresfois #68premieresfoisetplussiaffinité #68premieresfois2022 #litteraturefrancaise #premiersromans #68unjour68toujours
#bookstagram #selection2022 #secondroman #7anscasefete #onnarretepasles68 #un68sinonrien #touchepasamon68 #jepensedoncje68  #fairecorps #charlottepons

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2022-07-02T06:00:00+02:00

Les enfants véritables de Thibault BERARD

Publié par Tlivres
Les enfants véritables de Thibault BERARD

Le bal des 68 Premières fois se poursuit. 

Après :

"Aux amours" de Loïc DEMEY,

 

 "Les nuits bleues" de Anne-Fleur MURTON,

"Les maisons vides" de Laurine THIZY,

"Furies" de Julie RIOCCO,

"Ubasute" d’Isabel GUTIERREZ,

"Les envolés" d'Etienne KERN,

"Blizzard" de Marie VINGTRAS,

 

"Saint Jacques" de Bénédicte BELPOIS,

 "Les confluents" de Anne-Lise AVRIL,

"Le parfum des cendres" de Marie MANGEZ,

"Jour bleu" de Aurélia RINGARD

"Debout dans l'eau" de Zoé DERLEYN,

"La fille que ma mère imaginait" de Isabelle BOISSARD,

place au second roman de Thibault BERARD, "Les enfants véritables" chez Les éditions de L’Observatoire, un coup de coeur.
Théo élève seul ses enfants, Simon et Camille, de 7 et 4,5 ans, depuis le récent décès de sa compagne Sarah. Cléo fait son entrée, tout en délicatesse, dans ce cocon familial meurtri. Elle est douce, Cléo, elle est gentille, et puis, c'est l'amoureuse de papa, alors chacun lui fait une petite place mais les démons ne cessent de hanter tout ce petit monde. Derrière les sourires se cachent la douleur de l'absence et du manque, la peur de la mort aussi. S'il est difficile d'accepter cette nouvelle présence et le petit pas de côté fait avec les habitudes, ce n'est pas plus simple pour Cléo, qui, elle-même, a connu une famille loin des standards. Elle a été élevée par son père, Paul, dans la vallée de l’Ubaye. Quand elle n'avait que 7 ans, elle a dû faire une place à César dont le père, alcoolique, était décédé. Il habitait juste à côté et Paul avait un grand coeur, alors, il l'avait adopté. Quant à Solène, c'était le fruit d'une relation extraconjugale. Diane Chastain n'a jamais assumé son rôle de mère. Cette « mère-herbe-folle » avait besoin d'air et disparaissait régulièrement. Après 15 mois d'absence, elle est rentrée à la maison. Elle était enceinte. Là aussi, Paul a fait amende honorable. Il aimait trop sa femme pour ne pas accepter ce bébé à naître. Alors pour Cléo, cette entrée en matière, c'est un peu comme un plongeon vers l'inconnu !
Dès les premières pages, je me suis prise à penser que mon hamac allait rapidement devenir une piscine ! A la page 54, les premières larmes coulaient sur mes joues, des larmes de chagrin mais aussi, des larmes de bonheur, le bonheur de lire des mots aussi forts, aussi beaux.

Thibault BERARD explore avec gourmandise et tout en délicatesse l'entrée de Cléo, le personnage principal de cet opus, dans la famille de Théo. Il s'agit d'un lent apprivoisement, de l'un, de l'autre, des uns, de l'autre, parce que oui, il y a une communauté initiale... à trois, et un individu de plus qui va progressivement chercher sa place, un peu comme un corps étranger à greffer dont on attend l'acceptation ou le rejet. Au gré, des opportunités, festives les premières, courantes de la vie pour les suivantes, les choses lentement s'organisent sous l'autorité d'un chef d'orchestre, Théo, le dénominateur commun de tous. Théo c'est le père, Théo c'est l'homme fou amoureux de Cléo, Théo c'est l'amant de Cléo.

Les fondations de cette nouvelle famille reposent sur ses épaules, à lui. C'est un sacré pari pris sur l'harmonie d'un groupe, l'alliance entre ses membres, la solidarité, la fraternité, l'équilibre, tout ce qui a besoin, pour se construire, de beaucoup d'amour, mais aussi, de mots. Avec Thibault BERARD, je suis toujours impressionnée l'exploration des maux. A chaque sujet, l'expression et le partage de sentiments, d'états d'âme, d'émotions que l'auteur sait allégrement transmettre à ses lecteurs.

Thibault BERARD traite ici magnifiquement de la mère, légitime et d'adoption, de son rôle, de sa place. A travers deux personnages qu'il fait se croiser, celui de Diane Chastain, la mère de Cléo, cette actrice qui a préféré se consacrer à sa vie professionnelle, et celui de Cléo qui consacre ses jours et ses nuits à tisser du lien. Ce que j'aime chez Thibault BERARD, c'est qu'il n'y a pas de jugement, chacun mène sa vie comme il croit bon de la mener, faisant des choix, les assumant... ce qui n'empêche pas d'avoir des prises de conscience et de vouloir changer du tout au tout.

L'écrivain restitue magnifiquement les sensations des femmes et leur rôle dans l'approche des enfants, ces trésors de candeur, qu'elles vont accompagner, au fil du temps, dans leur construction d'adulte. Il est question de transmission dans la relation et de confiance pour permettre à chacun de trouver sa voie, s'émanciper et passer à l'expression de soi... Ainsi se construit une constellation avec toutes ces étoiles qui ne demandent qu'à scintiller.

 

Ce roman, une nouvelle fois, est largement inspiré de la vie personnelle de l'auteur, mais pas que. Il y a aussi toute une part de son livre suggérée par son imaginaire. Et ce qui est merveilleux chez Thibault BERARD, c'est le jeu de la narration. Si dans les premières pages, il prête sa plume à Diane Chastain, un personnage féminin, il trouve un équilibre ensuite avec le "je" de Paul, son compagnon. Et puis, un peu comme quand vous montez dans un manège de chevaux de bois, passée l'installation, il y a la mise en mouvement dans un rythme lent, s'accélérant progressivement pour terminer dans un tourbillon enivrant. Là, les voix se multiplient, résonnent entre elles, se lient, se croisent, s'entrecroisent... dans une ivresse totale.

L'écrivain, qui a le souci du détail, pousse la fantaisie jusque dans les titres de chapitres qui, pour certains, prendront la forme d'une ritournelle.

Impossible de vous quitter sans la playlist de Thibault BERARD, j'y ai choisi "Ready to start" de Arcade Fire. Cette chanson colle à merveille au propos, je vous assure, parce que... je ne vous ai pas tout dit !

https://youtu.be/9oI27uSzxNQ

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2022-06-18T06:00:00+02:00

Aux amours de Loïc DEMEY

Publié par Tlivres
Aux amours de Loïc DEMEY
Le bal des 68 Premières fois se poursuit.
 
Après :

 "Les nuits bleues" de Anne-Fleur MURTON

"Les maisons vides" de Laurine THIZY,

"Furies" de Julie RIOCCO,

"Ubasute" d’Isabel GUTIERREZ,

"Les envolés" d'Etienne KERN,

"Blizzard" de Marie VINGTRAS,

"Saint Jacques" de Bénédicte BELPOIS

 "Les confluents" de Anne-Lise AVRIL

"Le parfum des cendres" de Marie MANGEZ

"Jour bleu" de Aurélia RINGARD

"Debout dans l'eau" de Zoé DERLEYN

place à un roman aux allures de manège poétique, un tourbillon chimérique, une lente divagation...

Loïc DEMEY et les Éditions Buchet Chastel nous proposent un texte hors norme : « Aux Amours », une douce rêverie.
 
Le texte s’étire sur une centaine de pages, en une seule phrase, c’est là toute l’originalité, une tendre et délicate attention portée à une femme que le narrateur attend, espère, convoite, désire, fantasme… jusqu’à son dernier souffle.
 
On aurait pu imaginer que je m'y ennuie. En fait, cette lecture, je l’ai savourée.
 
Comme quoi, c'est bon de se laisser surprendre par la littérature, et dans le genre, les fées des 68 Premières fois savent y faire !
 
La plume est délicieuse, c’est une succulente friandise, un bonbon tendre, une gourmandise exquise.
 
Vous connaissiez peut-être "Je, d'un accident ou d'amour". Je me prends à penser que l'auteur fait de l'amour son sujet de prédilection, non ?
 
Pour l'accompagner, j'ai choisi le titre "Manège" de November Ultra, histoire de poursuivre l'enchantement...
http://tlivrestarts.over-blog.com/ 2022/06/manege-de-november-ultra.html

http://tlivrestarts.over-blog.com/ 2022/06/manege-de-november-ultra.html

#68premieresfois #68premieresfoisetplussiaffinité #68premieresfois2022 #litteraturefrancaise #secondroman #68unjour68toujours #bookstagram #jamaissansmon68 #selection2022 #premierroman #7anscasefete #onnarretepasles68 #un68sinonrien #touchepasamon68 #jepensedoncje68 #auxamours #loicdemey

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2022-06-02T05:27:13+02:00

Les rêves échoués de Carine JOAQUIM

Publié par Tlivres
Les rêves échoués de Carine JOAQUIM
Le premier roman de Carine JOAQUIM, "Nos corps étrangers", c’était un coup de maître, je m’en souviens comme à sa première heure, c’était une lecture coup de poing, un roman que l’on n’oublie pas, un de ces premiers romans que les fées des 68 Premières fois avaient sélectionné.
 
Et puis il y a eu cette rencontre à La Collégiale Saint-Martin avec Laurent PETITMANGIN et leur maison d’édition, La Manufacture de livres.
 
Inutile de vous dire que j’attendais avec impatience le second roman. Je l’ai lu. Il sort aujourd’hui en librairie. Carine JOAQUIM confirme son immense talent. Avec le premier, j’avais terminé avec un mal au cœur déchirant, là j’ai fini en larmes… j’aime que la littérature me bouleverse.
 
Tout commence avec une commission éducative qui réunit parents et professeurs sous l’autorité de Madame Salignes et son adjointe pour juger du cas de Clarisse, la jeune adolescente de 13 ans, diagnostiquée élève à haut potentiel. Ses parents sont séparés. Clarisse vit une semaine chez sa mère, une semaine chez son père. Au collège, Clarisse répond aux interpellations par l’agression, elle use d’un vocabulaire vulgaire, insupportable pour le corps enseignant. Tout va de mal en pis. Heureusement, elle entretient sur internet une relation avec un certain Sergio, au scooter rouge, un garçon à qui elle se confie, qui la comprend et avec qui elle a rendez-vous. Elle ne sait pas encore que c’est précisément à ce moment là que sa vie va basculer.
 
Dès les premières lignes, Carine JOAQUIM plante le décor, la commission éducative permet de tendre l’arc pour lequel les flèches ne vont pas manquer. Si l’écrivaine évolue elle-même dans ce cadre professionnel dans lequel elle puise son inspiration, elle sait ô combien une jeune adolescente ne saurait être réduite au statut d’élève et à ce qu’elle donne à voir par ses comportements dans l’établissement dans lequel elle est scolarisée. C’est ainsi qu’elle va, dans une narration ingénieuse, glisser des passages en écriture italique, un livre dans un livre, pour expliquer son histoire, les événements qui font aujourd’hui ce qu’elle est, en tant qu’être humain.
 
Clarisse est mal dans sa peau, tout l’agresse, alors elle répond :


J’entends rugir les mots depuis les profondeurs de ma rage, et c’est par des hurlements qu’ils quittent ce corps trop petit pour de si grandes émotions. P. 41

Comme dans "Nos corps étrangers", le rapport au corps est un fil rouge de ce roman. Il y a des descriptions presque cliniques de ce que Clarisse vit, traverse, exulte. J’ai vibré dès les premières évocations, ressenti moi dans mes tripes de femme, d’épouse, de mère aussi, ce que Carine JOAQUIM décrit. J’ai senti bien sûr la menace poindre, la tension s’établir pour ne plus se relâcher que dans les toutes dernières lignes. Si on a l’habitude de parler de thriller psychologique, là, je parlerai plutôt de thriller charnel, un registre littéraire dans lequel ce qui nous incarne physiquement en tant qu’individu, nos membres, nos organes, nos tissus… dit tout des traces laissées, des blessures, des douleurs.
 
Et puis, dans ce roman, il y a l’évasion, cette sortie de soi, sortie de la maison, sortie des frontières, au sens propre comme au figuré. Clarisse va vivre un périple initiatique, des moments de gloire, une véritable renaissance. Carine JOAQUIM choisit le Portugal comme lieu de pérégrinations. Vous allez visiter Sesimbra, Lisbonne, Alcobaça, Nazaré… comme jamais un guide touristique n’aurait pu vous l’offrir. Portée par la complicité d’un homme, sa bienveillance, sa maturité, sa capacité à la comprendre, Clarisse va s’ouvrir au monde avec des moments… de grâce ! Comme j’ai aimé les passages avec la vieille femme, Dona Capitolina, des moments d’apprivoisement empreints d'une profonde humanité.


Ses mots sont pour moi dénués de sens, mais la musique de sa voix enrouée me porte, moi si légère face à ce chant qui dit le poids des ans. P. 105

Mais comme le chantait les Rita MITSOUKO, « Les histoires d’amour finissent mal », les rêves ne peuvent durer une éternité… c'est d'ailleurs ce qu'annonce le titre du roman !


Sans doute, la grâce de ce qui vient d’éclore ne peut finir, tôt ou tard, autrement que piétinée et salie. P. 180

de quoi relancer le rythme du roman, se remettre à haleter !
 
Ce roman, je l’ai lu d’une traite, j’avais envie de savoir ce qui torturait Clarisse et puis, les vannes ont lâché. J’ai terminé ma lecture en pleurs, les larmes ont coulé. Carine JOAQUIM a ce talent fou de vous prendre aux tripes, de vous faire vivre des émotions fortes par le biais d’une fiction, de vous révéler, à vous-même, votre propre part de sensibilité.
 
Du grand art… littéraire ! Pari réussi avec ce second roman, bravo.

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2022-04-23T06:00:00+02:00

Saint Jacques de Bénédicte BELPOIS

Publié par Tlivres
Saint Jacques de Bénédicte BELPOIS
Le bal des 68 Premières fois se poursuit.

Après :

 "Les nuits bleues" de Anne-Fleur MURTON

"Les maisons vides" de Laurine THIZY,

"Furies" de Julie RIOCCO,

"Ubasute" d’Isabel GUTIERREZ,

"Les envolés" d'Etienne KERN,

"Blizzard" de Marie VINGTRAS,

place à "Saint Jacques", le second roman de Bénédicte BELPOIS aux éditions Gallimard.

Tout commence avec cet appel téléphonique. Françoise, la sœur cadette, ne pouvait être que porteuse d’une mauvaise nouvelle. « Maman est morte ». Il y a eu les funérailles et puis le passage chez le notaire. Là, un testament avec les dernières volontés, la répartition des biens. Françoise gardera l’appartement de Sète dans lequel elle vivait avec sa mère, Paloma, elle, aura la maison des Cévennes de Camille où elle pourra lire un cahier laissé à son attention.
 
Quel plaisir de retrouver la plume de Bénédicte BELPOIS découverte avec les 68 Premières fois il y a quelques années.
 
Le roman entretient le mystère tout au long de l’histoire. Cette maison de montagne regorge de secrets si bien gardés. Une nouvelle fois, j’ai été marquée par le souvenir des murs


Je pourrais dire que la maison a pris la parole en premier, qu’elle m’a raconté, ce matin-là, sa solitude insupportable, ses petits maux et ses grandes douleurs. Je l’ai écoutée gémir, subjuguée, interdite. P. 29

Bénédicte BELPOIS nous immerge dans une famille fracassée dès l’adolescence des filles. Il y a cette prédisposition à se voir confrontée aux blessures, à la douleur, à l’absence, un peu comme si la malédiction se transmettait de génération en génération, comme si les mères n’avaient que ce modeste baluchon à offrir à leurs filles. Le propos est foudroyant. Il y est question de sexualité, de maternité, de déni, d’abandon… mais aussi de fraternité, d’amour. Il y est évoqué la condition de femme, sa place aux côtés, avec et pour l’homme, l’être décliné au masculin.


Ce sont les hommes qui nous font femmes Paloma. Nous avons besoin d’amour pour croître, pour nous sentir merveilleuses, pour exister. P. 105

Il y a les interactions entretenues, l’équilibre et l’évolution des règles du jeu dans une société en mutation.
 
Ce roman c’est aussi une ode à la montagne, la beauté de la nature, sa capacité à reconstruire celles et ceux qui ont eu à vivre des tragédies. Il y a des descriptions sublimes du lever du soleil dans les Cévennes.


Ce n’était plus la grande conversation de la nuit, celle qu’elle s’autorise quand les hommes dorment, c’était le murmure sibyllin du matin, fait de mille chuchotements : feuilles qui frémissent, becs qui chantent, herbes qui dansent. P. 127

Il y a bien sûr les rats des villes et les rats des champs. Dans une prose parfaitement orchestrée, le roman présente une alternative à la vie à la mode citadine. Il y est question de la vraie vie, non pas que l’autre soit fausse, mais il s’agit d’une vie empreinte d’authenticité, une vie faite de tous ces petits gestes solidaires et bienveillants, de l'altruisme à l'état pur.


En silence c’était celui des gens de la terre où l’on sent mieux qu’on ne parle. P. 115

La plume est belle, les messages denses et puissants. J’ai aimé la force des sentiments qui porte des personnages à la vie complexe. C’est un beau plaidoyer en faveur de l’acceptation de l’autre, de ses différences comme autant de richesses à découvrir.

Je ne peux décemment pas vous laisser sans quelques notes de musiques, choisies par l'autrice s'il vous plaît...

http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/04/cucurrucucu-paloma-de-caetano-veloso.html

http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/04/cucurrucucu-paloma-de-caetano-veloso.html

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