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Articles avec #rl2021_septembre catégorie

2022-05-07T12:20:45+02:00

Le parfum des cendres de Marie MANGEZ

Publié par Tlivres
Le parfum des cendres de Marie MANGEZ

Éditions Finitude

Le bal des 68 Premières fois se poursuit.

Après :

 "Les nuits bleues" de Anne-Fleur MURTON

"Les maisons vides" de Laurine THIZY,

"Furies" de Julie RIOCCO,

"Ubasute" d’Isabel GUTIERREZ,

"Les envolés" d'Etienne KERN,

"Blizzard" de Marie VINGTRAS,

"Saint Jacques" de Bénédicte BELPOIS

 "Les confluents" de Anne-Lise AVRIL

place au premier roman de Marie MANGEZ « Le parfum des cendres », une immersion dans les profondeurs de l’âme.

Tout commence avec une scène aussi éblouissante que saisissante. Bernadette est sur son lit de mort. Sylvain, 37 ans, thanatopracteur depuis 9 ans, lui apporte les derniers soins, sous les yeux d’Alice, anthropologue, observatrice, qui prépare une thèse sur le sujet. La Grande Faucheuse est passée par là. Sylvain réalise les dernières volontés des défunts. Il donne la touche finale, éminemment gracieuse, à des corps apaisés sur qui le rideau du théâtre est tombé. Mais lui, Sylvain, comment en est-il arrivé là… un choix ou une pure foudroyante tragédie ?

 

Il y a des métiers plus que d’autres qui suscitent la curiosité, à moins que ça ne soit de la répugnance. La pratique de la thanatopraxie nécessite une expertise technique, la profession d’embaumeur depuis la nuit des temps requiert de la précision, de la minutie, dans les soins apportés aux défunts, de ceux qui redonnent au corps un semblant de vie. 
 

Ce premier roman de Marie MANGEZ, « Le parfum des cendres », c’est une lecture coup de poing.

 

Dès les premières lignes, avec les soins apportés au corps de Bernadette, j’ai été happée par le caractère solennel de la cérémonie à laquelle Sylvain se prête, comme un rituel ponctué par l’évocation d’arômes subtiles. Là :


Groseille, oui. C’était bien ça. Cette fragrance piquante et fruitée. Une ville écarlate qui éclate en jus acide, très acide sous ses dehors pimpants, pas du genre à enrober le palais de douceur sucrée, la groseille, plutôt du genre à le picoter délicatement - avec, de temps à autre, l’éclair d’amertume des minuscules grains qui cèdent sous la dent… P. 8

Il y a dans la scène le paradoxe de la mort, froide, blafarde, le corps sans vie, et les tableaux brossés de couleurs vives nourris par une vive gourmandise suscitant l’évocation des sens, tout ce qui fait le sel de la vie comme le disait si bien Françoise HÉRITIER.

 

Comme elle, Alice est anthropologue. Elle explore ce champ d’activités avec curiosité. 

 

Comme j’ai aimé le contraste des personnalités. Alice est aussi pétulante et dynamique que Sylvain est calme et abattu.

 

Et puis, derrière les corps dans vie, il y a des familles meurtries, le deuil, la douleur qui ne réduit pas le temps, les tripes qui vrillent, le cœur qui s’emballe, l’air qui manque jusqu’à l’asphyxie. J’ai tressailli avec Sylvain, suis sortie KO de ses combats.

 

Et puis, les parenthèses offertes par la musique, une playlist de folie, aussi éclectique que les corps à embaumer sont divers et variés. Comme j’ai aimé saisir l’opportunité de morceaux proposés par Alice comme autant d’opportunités de se ressourcer, se ressaisir pour se reconstruire, au bout du tunnel peut-être la voie de la résilience…

 

Ce roman est éminemment sensoriel, du tactile, en passant par le visuel et l’olfactif, jusqu’au gustatif, comme autant d’opportunités de vibrer. Je ne suis pas prête d’oublier l’uppercut. La plume est glaçante comme les macchabés, éminemment poétique comme peut l’être un dernier souffle de vie, profondément lumineuse aussi.

 

Impossible de ne pas terminer en musique 🎶 je vous propose «  Gone with the wind » 

http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/05/gone-with-the-wind-de-axel-rudi-pell.html

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2022-04-30T06:00:00+02:00

Les confluents de Anne-Lise AVRIL

Publié par Tlivres
Le bal des 68 Premières fois se poursuit.

Après :

 "Les nuits bleues" de Anne-Fleur MURTON

"Les maisons vides" de Laurine THIZY,

"Furies" de Julie RIOCCO,

"Ubasute" d’Isabel GUTIERREZ,

"Les envolés" d'Etienne KERN,

"Blizzard" de Marie VINGTRAS,

"Saint Jacques" de Bénédicte BELPOIS

place au premier roman de Anne-Lise AVRIL "Les confluents" aux éditions Julliard, une invitation au voyage.

Jaya quitte son île indonésienne. Nous sommes en 2040. Il souffle un air d’apocalypse sur ce petit coin de paradis. Les tortues qui nageaient au pied des pilotis des maisons ont disparu. L’océan continue d’envahir les terres. La température est caniculaire. Jaya quitte aussi son frère, Aslam, qui, lui, continue d’avoir la foi en son territoire, sa planète. Il plante incessamment des palétuviers dans la mangrove. Liouba et Talal, eux, embarquaient, s’envolaient, quittaient leur terre pour le travail. Nous sommes en 2009. Elle est née à Moscou d’un père français, botaniste, et d’une mère de Sibérie, journaliste, tous deux récemment disparus. Elle, dans les pas de sa mère, se destine à l’écriture. Elle a choisi de parler d’un homme qui plante des arbres pour reconstituer une forêt native dans le désert. Elle voudrait faire rayonner la technique zaï venue du Sahel et qui permet aux végétaux de pousser grâce à l’action des termites. Lui vit à Berlin et parcourt le monde. Il est photographe. Un jour, ils se croisent, se parlent, c’est là que leur histoire commence… et que tous les destins vont se croiser !
 
Ce roman, c’est celui du mouvement, celui de la terre qui tourne sur elle-même, celui de la terre qui tourne autour du soleil. A l'image de cette forme de révolution, des êtres sont sur le départ. Ils quittent leur pays, par la voie de l’eau ou des airs, en quête d'une terre d'asile.


L’être humain a toujours été une espèce migratrice, mais ce mouvement s’accentue aujourd’hui au fil des changements climatiques, de la montée des eaux, des conflits croissants. P. 43

Il y a la menace des grands mouvements de populations, ceux guidés par le besoin irrépressible de sauver sa vie contre vents et marées, ce proverbe n'a jamais été aussi vrai. Il y a là un réflexe presque animal, un instinct de survie qui poussent les réfugiés climatiques à partir.

Si Anne-Lise AVRIL porte un regard désenchanté sur cette réalité, le compte à rebours de la destruction de l'environnement définitivement lancé, il n'en demeure pas moins qu'elle donne à voir le sursaut de certains hommes. Il y a urgence à agir, là contre la fin des espèces, là contre la disparition de la biodiversité. Quel plus bel acte de rébellion que celui d'Aslam. Avec ce personnage de fiction, l'autrice donne de l'espoir, celui de croire en un possible renouveau, une résurrection.

Ce roman, c’est aussi celui de rencontres, d’une certaine forme de fraternité…


Ils souriaient, liés par cette intimité qui ne peut se créer qu’en voyage, cette communion de deux êtres éloignés de chez eux, liés par l’illusion d’un présent éternel. P. 80

qui naît quand les êtres sont un brin vulnérables, fragilisés par une certaine forme de solitude, et qui trouvent là comme une évidence de se lier.
 
Outre les relations d'amitié qui peuvent trouver naissance là où on les imaginait perdues, il y a aussi d'autres sentiments qui peuvent voir le jour, des sentiments plus forts, des sentiments qui pourraient faire changer la trajectoire du monde.
 
Ce roman c’est celui du désir ardent, celui d’une passion amoureuse, celui de l’attirance des corps, celui des pulsions charnelles. 


A distance, ils avaient continué à s’envoyer des messages qui ne contenaient que des chansons. C’était leur façon de faire l’amour, au sens littéral de le créer, de le bâtir, de le consumer. P. 114

Il y a cette relation entretenue par des instants éphémères, aussi précieux qu’ils sont rares. Quelle plus belle image que celle de la retenue, à moins que ça ne soit simplement de la tenue !

Anne-Lise AVRIL nous livre un premier roman envoûtant dans un climat de fin du monde. Elle laisse une trace dans la littérature contemporaine de la jeune génération, celle qui a 20 ans en 2020, qui ne se fait plus aucune illusion sur l’avenir de l’humanité mais elle ne saurait se résigner pour autant à mourir. Il y a ici ou là des hommes et des femmes assez fous pour rêver encore, RESISTER.

Anne-Lise AVRIL nous livre un premier roman d'une très grande maîtrise où les métaphores riment avec la couleur des sentiments. Les mots sont tendres et déchirants, la plume rythmée par les événements, le propos militant.

Impossible de vous abandonner sans quelques notes de musique. Calogero, lui aussi, parle de "La Fin de la fin du monde".

http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/04/la-fin-de-la-fin-du-monde-de-calogero.html

http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/04/la-fin-de-la-fin-du-monde-de-calogero.html

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2022-04-19T06:58:08+02:00

Sidérations de Richard POWERS

Publié par Tlivres
Sidérations de Richard POWERS
 
Traduit de l’anglais par Serge CHAUVIN
 
Un roman fascinant, un énorme coup de coeur. Vous avez effectivement bien reconnu "Love" de Botero Pop, l'oeuvre d'art qui accompagne chacun de mes coups de coeur de l'année 2022. 
 
Tout commence avec cette escapade dans Les Appalaches, un séjour dans les Smoky Mountains d’un père, Théodore Byrne, astrobiologiste, avec son fils, Robin de 9 ans, dont on devine une hypersensibilité et des troubles du comportement qui lui valent des exclusions scolaires. Après une nuit à dormir à la belle étoile et s’émerveiller de la beauté de la Voie lactée, ils partent randonner, franchissent un col installent leur campement tout prêt d’un torrent. Ils se baignent et savourent l’extase des bains bouillonnants naturels, cette même expérience que lors du voyage de noces de Théo et Alyssa. Elle est décédée il y a 2 ans et hante leurs vies, jours et nuits. A leur retour, la situation de Robin s’aggrave encore à l’école, l’Etat risque de prendre de sanctionner le père qu’il soupçonne d’incompétence dans l’éducation de son enfant. C’est là qu’une nouvelle expérience commence.
 
Ce roman, c’est 398 pages d’une intensité foudroyante.
 
Il y a la monoparentalité déclinée au masculin, l’immense amour d’un père porté à son fils, l’attention de tous les jours avec cette éternelle question qui traverse l’ensemble du roman. Qu’est-ce qu’être un bon parent ? Il y a mes moments de doute, les prises de décision, et le sentiment de culpabilité devant l’échec.


Elles ont beaucoup en commun, l’astronomie et l’enfance. Toutes deux sont des odyssées à travers des immensités. Toutes deux en quête de faits hors de portée. P. 96

Et puis il y a le deuil, décliné en deux dimensions, celle d’un mari et celle d’un enfant. Tous deux entretiennent le souvenir d’une femme et d’une mère éblouissante, militante, aimée de tous. Ils sont en admiration devant cet être… parti trop tôt.
 
Il y a encore le rapport à la nature, des plus exaltants. Il y a des pages entières de descriptions sublimes.


Dans une clairière en forme de cuvette aux abords du chemin, surgissant du tapis de feuilles mortes, se dressait le champignon le plus ouvragé que j’aie jamais vu. Il se déployait en un hémisphère couleur crème plus gros que mes deux mains réunies. Un ruban cannelé et fongique ondoyait sur lui-même pour former une surface aussi alambiquée qu’une collerette élisabéthaine. P. 33

Mais rien ne saurait être d’actualité sans la mise en danger de l’environnement et de l’humanité condamnée à trouver une autre planète où s’installer. Il en va de sa survie. Mais encore faudrait-il que l’Homme s’assagisse…


Des morceaux de banquise se détachaient de l’Antarctique. Des chefs d’Etat éprouvaient les limites ultimes de la crédulité collective. Des petites guerres éclataient un peu partout. P. 39

Il y a aussi et surtout l’approche de la pathologie de Robin, la quête d’un traitement qui ne soit pas médicamenteux pour lui apporter la sérénité et le bien-être.


[…] il n’y avait pas un « Robin », pas de pèlerin unique dans cette procession de visages pour qu’il reste jamais le même que toute cette farandole kaléidoscopique, qui paradait dans l’espace et le temps, était en elle-même un chantier permanent. P. 159

Comme j’ai aimé l’apprentissage des neurosciences à travers le filtre de la typologie de Plutchik et les 8 émotions de base, un décryptage fascinant de la terreur, le chagrin, l’aversion, l’étonnement, la rage, la vigilance, l’admiration, et l’extase. Il y a encore le prometteur feedback décodé et tout ce qu’il permet d’espérer.
 
Ce roman est servi par une plume profondément émouvante. Richard POWERS nous livre un roman d’une richesse éblouissante sur les objets de « Sidérations ». Je salue la qualité de la traduction de Serge CHAUVIN.
 
Impossible de vous quitter sans cette citation dans laquelle vous vous reconnaîtrez toutes et tous, j’en suis persuadée :


Mon fils adorait la bibliothèque. […] Il adorait la bienveillance des rayonnages, leur cartographie du monde connu. Il adorait le buffet à volonté d’emprunt. Il adorait la chronique des prêts tamponnée sur la page de garde, ce registre des inconnus qui avaient emprunté le même livre avant lui. P. 114

Énorme coup de cœur, une nouvelle référence du Book club (merci Ingrid) dont je vous rappelle quelques lectures précédentes :

"Hamnet" de Maggie O'FARRELL

"Les enfants sont rois" de Delphine DE VIGAN

"Au-delà de la mer" de David LYNCH

"Le messager" de Andrée CHEDID

"L’ami" de Tiffany TAVERNIER

"Il n’est pire aveugle" de John BOYNE,

"Les mouches bleues"» de Jean-Michel RIOU,

"Il fallait que je vous le dise" de Aude MERMILLIOD, une BD,

"Le roi disait que j'étais diable" et "La révolte" de Clara DUPONT-MONOD, 

"Un jour ce sera vide" de Hugo LINDENBERG

"Viendra le temps du feu" de Wendy DELORME,

"Il n'est pire aveugle" de John BOYNE...

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2022-04-16T06:00:00+02:00

Blizzard de Marie VINGTRAS

Publié par Tlivres

Le bal des 68 Premières fois se poursuit.

Après :

 

"Les nuits bleues" de Anne-Fleur MURTON

"Les maisons vides" de Laurine THIZY,

"Furies" de Julie RIOCCO,

"Ubasute" d’Isabel GUTIERREZ,

"Les envolés" d'Etienne KERN,

 

place à "Blizzard" de Marie VINGTRAS, un roman choral poignant.

 

Les premières lignes sont saisissantes...

 

 

Blizzard de Marie VINGTRAS


Je l'ai perdu. J'ai lâché sa main pour refaire mes lacets et je l'ai perdu.

Dès lors, tout peut arriver. Dans un climat hostile, deux êtres, dont on ne sait rien, qui, il y a encore une seconde, étaient solidaires dans leur destinée, se retrouvent seuls. Bess, une femme raconte son effroi, la culpabilité qui la tenaille déjà. Et puis, vient Benedict, un homme. Quand il découvre la maison ouverte et personne à l'intérieur, il s'inquiète, il peste. Lui sait que dans son pays, le simple fait de lâcher une main se fait au péril de la vie. Il est né là, en Alaska. Et encore, Freeman, un retraité noir. Et enfin, Cole. Dans la situation présente, il y a urgence à agir, à la vie à la mort.

Marie VINGTRAS nous livre un thriller psychologique haletant. Je peux bien l'avouer, une fois commencé, je n'ai pas pu le lâcher, moi !

Il y a d'abord les personnages qui un à un se saisissent d'une réalité et improvisent dans la prise de décision. L'autrice nous livre une galerie aussi mystérieuse qu'hétéroclite. Tous, dans leurs conditions, ne sont pas armés à égalité. Quand un homme ou une femme est exposé.e à des conditions climatiques extrêmes, il y a des choses à faire (ou ne pas faire), il y a des réflexes à adopter, mais encore faut-il les avoir appris, les maîtriser aussi.


C’est quelque chose qui ne s’invente pas, savoir survivre. P. 16

En parlant de personnages, il en est qui n'a pas de chapitres à son nom mais tout le titre du roman. Le "blizzard" transcende le roman. Il est celui qui confronte, celui qui épuise, celui qui rend fragile et vulnérable, celui qui donne du sens à la vie, celui qui teste les capacités à résister. Le phénomène météorologique joue avec la ténacité des êtres, il se lie aux paysages et les rend hostiles. 

Dans l'adversité, il y a des moments de désolation, de ceux que l'on redoute pour leur gravité, des moments que l'on sait fragiles, une seule seconde et tout peut basculer.


Il vaudrait mieux rester à cet instant précis, juste avant de savoir, lorsque l’on est encore dans l’ignorance, même si tout cela n’est qu’une illusion. P. 82

Comme j'ai aimé ce roman pour ce qu'il véhicule de puissance, pour ce qu'il génère chez les êtres humains qui imaginent la fin de leur vie imminente et ont cette envie irrésistible d'en dérouler le fil.

Comme j'ai aimé passer des moments d'intimité avec des personnages en introspection, seuls avec eux-mêmes, seuls confrontés à leur propre sort.

Comme j'ai aimé la narration, arriver à chaque fin de chapitre, court pour donner encore plus de vitalité au propos, et découvrir la petite phrase qui va encore faire monter d'un cran l'intensité.

Comme j'ai aimé la chute, prodigieuse. 

Comme j'ai aimé ce premier roman exceptionnel dans une plume presque cinématographique. Je crois que je vais garder très longtemps en mémoire les images que Marie VINGTRAS a fait naître dans mon esprit.

Pour rester dans le ton, je vous propose de danser maintenant...

http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/04/blizzard-de-fauve.html

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2022-04-09T06:00:00+02:00

Les envolés de Étienne KERN

Publié par Tlivres
Les envolés de Étienne KERN

Editions Gallimard

Nouvelle lecture des 68 Premières fois, un roman historique éblouissant
 
Franz REICHELT est originaire de Prague. Son père le destinait à la relève de l’entreprise de cordonnier familiale, il choisira pourtant la mode. Ce destin le guidera jusqu’à Paris où, après quelques expériences professionnelles, il créera son atelier. Nous sommes dans les toutes premières années du XXeme siècle, les années folles, celles des inventions, des pionniers de l’aviation. L’homme rêve alors de voler… à ses risques et périls.
 
Dès les premières pages, je me suis laisser envoûter par la plume d’Etienne KERN, une plume éminemment romanesque qui décrit à l’envi le Paris de la création. Quelles plus jolies pages que celles dédiées à la Tour Eiffel ! Et puis, on y parle de couture, de mode, de tissus, de broderies, de chapeaux, rien n’est trop beau pour briller dans les salons.
 
Et puis, il y a le mystère de cette robe exposée dont l’origine sera progressivement dévoilée, de quoi aiguiser la curiosité et donner le ton de la prose.
 
Le roman historique devient roman d’aventure quand il relate le destin d’hommes portés par la fougue de l’invention, celui des femmes souvent moins séduisant, veuves prématurément. Comme j’ai aimé découvrir la quête de Franz REICHELT, l’histoire vraie de cet homme à la démarche si humaniste de sauver ses compatriotes lors d’un vol hasardeux, ou totalement fou.


Cette vérité si troublante : l’expérience du vertige n’est pas la peur de tomber mais le désir de sauter. P. 59

Les instants de vol, de lâcher prise, deviennent à s’y méprendre les affres folle de la passion amoureuse, des moments d'ivresse.


Et en pensant à elle, il revivait l’instant, cet abandon total, ce moment à nul autre pareil durant lequel il s’était senti à mi-chemin du ciel et de la terre. P. 92

Et puis, il y a la narration, l’alternance de chapitres, ceux en lettres romaines pour relater l’histoire des pionniers de l’aviation, ceux en lettres italiques pour évoquer le destin d’une disparue de 33 ans, Muriel BASSOU. Le roman « Les envolés » lui rend hommage. Muriel BASSOU était écrivaine. Elle était l’autrice du livre « Devenir Stendhal, Amitié et formation littéraire » aux éditions Classiques Garnier.

La plume est belle, éminemment romantique, jubilatoire et euphorique. "Les envolés", c'est un magnifique roman. D'ailleurs, l'Académie ne s'y est pas trompée, il est en lice pour le Goncourt du Premier Roman. Souhaitons lui bonne chance !

Je ne peux décemment pas vous quitter sans quelques notes de musique sans quoi le bal ne serait pas un bal. Vous prendrez bien quelques notes de pop rock...

http://tlivrestarts.over-blog.com/voler-de-nuit.html

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2022-04-02T06:00:00+02:00

Ubasute de Isabel GUTIERREZ

Publié par Tlivres
Ubasute de Isabel GUTIERREZ

La fosse aux ours

Le bal des 68 se poursuit. Isabel GUTIERREZ nous livre un premier roman éblouissant, "Ubasute".

Marie s’apprête à réaliser son dernier voyage. Elle est malade. Elle va mourir, elle le sait. Sa dernière volonté, que son fils la porte jusqu'au Grand Rocher. D’ici là, lui va fabriquer la chaise dans laquelle elle s'installera, elle va préparer les quelques effets personnels qu'elle emmènera, un bol qu'elle a tourné elle-même, une natte, une couverture. Seule la date reste à fixer. Un jour, Marie téléphone à son fils. C’est le moment de partir.

Il y a tout un tas de manières d’imaginer sa fin de vie.

Aux Etats-Unis, les gens font appel à une doula, cette personne qui va tout prendre en charge, se substituant aux enfants souvent occupés à vivre leur vie, loin, comme l'évoque si tendrement Jodi PICOULT dans son dernier roman, "Le Livre des deux chemins". Cette pratique arrive depuis peu en France.

Au Japon, il y aurait une tradition, l'ubasute, qui consisterait à demander à quelqu’un de nous porter sur son dos pour l'ascension d’une montagne, là où l’on rendrait notre dernier souffle.

C'est dans cette pratique, ou légende, qu'Isabel GUTIERREZ puise l'inspiration de son premier roman, un coup de coeur de cette #selection2022 des 68 Premières fois.

S’il est question de faire de la mort son alliée, ce roman n’en est pas moins profondément lumineux. Le portrait de femme de Marie est fascinant. En attendant le grand jour, Marie revisite sa vie et, dans une narration qui alterne la première et la troisième personnes du singulier, elle nous livre ses confidences. Outre cette décision, tellement courageuse, du choix du moment et des modalités de sa fin de vie, elle est en quête d’une paix intérieure, une libération, une certaine forme de pardon


Se réconcilier avec eux et accueillir leur absence qui l’a finalement sauvée, voilà ce qu’elle décide, avant d’entreprendre la longue marche à dos de fils. P. 24/25

Ce roman, c’est une ode à la vie.

Et puis, il y a cette relation mère/fils, ce dernier moment de complicité, ce sursaut de vie intense avant l’abandon, l’abandon d’un être cher, l’abandon du corps, l’abandon de la vie.


Il reste un moment figé dans la solitude de cet instant et laisse les larmes monter. Il n’a pas froid, il n’a pas peur, il n’est même pas malheureux. Une joie immense le fait pleurer, la joie d’être le dernier présent dans ce monde, le bonheur d’être l’unique passeur vers l’autre monde. P. 98

Il y a encore le rapport au corps et à sa mémoire. J’ai été bouleversée par l’empreinte laissée dans le corps de cette femme des traumatismes comme des jours heureux. Notre corps, c’est le témoin de notre vie, notre plus fidèle compagnon, celui qui sait tout de nous, celui qui décidera aussi du moment du lâcher prise.


Les notes silencieuses se mettent à sonner sur la même partition, corps de femme ou foetus, je n’ai donc rien oublié. P. 55

Il y a enfin cette place laissée au silence. Il est à lui seul un personnage du roman. J’ai adoré son intensité. Si tout au long de la vie, les mots permettent l’expression de nos émotions, dans les derniers instants, les regards, le peau à peau, le corps à corps, le simple fait d’être là, suffisent à combler le vide, donner de la profondeur aux sentiments.

La prose est tendre et délicate, les mots sont beaux. « Ubasute », c’est un voyage intérieur, une quête spirituelle, une expérience humaine portée par l’espoir. Ce roman je l'ai aimé, passionnément, à la folie !

Et pour que ce moment s'achève tout en beauté, vous prendrez bien quelques notes de musique... aussi ! "Sublime et silence" de Julien DORE.

http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/03/sublime-et-silence-de-julien-dore.html

http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/03/sublime-et-silence-de-julien-dore.html

#68premieresfois #68premieresfoisetplussiaffinité #68premieresfois2022 #litteraturefrancaise #premiersromans #68unjour68toujours
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2022-03-31T17:30:00+02:00

Furies de Julie RUOCCO

Publié par Tlivres
Furies de Julie RUOCCO

Nouvelle lecture coup de poing, un premier roman époustouflant de la #selection2022 des fées des 68 Premières fois, "Furies" de Julie RUOCCO chez Actes Sud.

Bérénice est archéologue de formation. Elle part en mission. Elle a pris l’habitude de faire l’aller-retour. Elle recèle des antiquités. Mais arrivée à Kilis, une ville turque à la frontière avec la Syrie, au moment où elle doit choisir les bijoux qu’elle rapportera en France, une voiture explose. C’est un attentat suicide. Sonnée, elle s’enfuie avec le sac ensanglanté. Elle trouve refuge chez sa logeuse. Lors d’une sortie, près du grillage de la frontière, une mère lui confie son enfant. Une petite fille. Bérénice dont la vie est en danger assume cette nouvelle responsabilité. Elle doit rentrer en France avec elle mais pour ça, un passeport est nécessaire. Elle s’adresse à un homme qui fait de faux papiers. Il fait revivre tous ceux de son village, assassinés, en transmettant leurs noms à ceux qui cherchent encore à sauver leur vie. Avec lui et l’enfant, Bérénice va laisser s’étirer le temps, à la vie, à la mort.

Ce roman, c’est une claque, un roman puissant qui parle de la guerre. Julie RUOCCO revisite les événements à travers des personnages de fiction.

Il y a cette femme, Bérénice, cette française, une occidentale, qui se retrouve étrangère, en terre inconnue, au Moyen-Orient, en Syrie, dans un pays en guerre.

Et puis, il y a Asim, un homme né en Syrie. Il y avait sa famille, connaissait ses voisins, il les a tous vus mourir... ou presque, et tente de faire revivre leurs âmes.

Il y a encore Taym, la sœur d’Asim, une « Furie » en référence aux Erinyes, les filles de Gaïa et Ouranos, qui, dans la mythologie grecque, poursuivaient les criminels. Taym alerte l’opinion internationale. Un temps dans la rue à manifester, maintenant recluse, elle résiste en publiant tout ce qu’elle découvre, un jour justice sera rendue.

Julie RUOCCO fait de la guerre un objet littéraire, une tragédie. Dans un récit rythmé par les explosions, elle a cette capacité à faire émerger de la torpeur et l’hébétude des instants de grâce, des moments aussi précieux que fulgurants comme autant de ponts dressés entre les hommes que plus rien ne retient...

Julie RUOCCO nous livre un roman percutant, c'est de la bombe.

Cette publication est l'occasion d'un petit clin d'oeil à Julien LECLERC qui a eu la chance de s'entretenir avec l'écrivaine dans le cadre de ses "Balades artistiques", un podcast à écouter... absolument !

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2022-03-26T07:00:00+01:00

Furies de Julie RUOCCO

Publié par Tlivres
Furies de Julie RUOCCO

Nouvelle lecture coup de poing, un premier roman époustouflant de la #selection2022 des fées des 68 Premières fois, "Furies" de Julie RUOCCO chez Actes Sud.

Bérénice est archéologue de formation. Elle part en mission. Elle a pris l’habitude de faire l’aller-retour. Elle recèle des antiquités. Mais arrivée à Kilis, une ville turque à la frontière avec la Syrie, au moment où elle doit choisir les bijoux qu’elle rapportera en France, une voiture explose. C’est un attentat suicide. Sonnée, elle s’enfuie avec le sac ensanglanté. Elle trouve refuge chez sa logeuse. Lors d’une sortie, près du grillage de la frontière, une mère lui confie son enfant. Une petite fille. Bérénice dont la vie est en danger assume cette nouvelle responsabilité. Elle doit rentrer en France avec elle mais pour ça, un passeport est nécessaire. Elle s’adresse à un homme qui fait de faux papiers. Il fait revivre tous ceux de son village, assassinés, en transmettant leurs noms à ceux qui cherchent encore à sauver leur vie. Avec lui et l’enfant, Bérénice va laisser s’étirer le temps, à la vie, à la mort.

Ce roman, c’est une claque, un roman puissant qui parle de la guerre. Alors que celle de l’Ukraine a envahi depuis un mois les médias, qu’elle détruit tout sur son passage, qu’elle pousse les femmes et les enfants hors des frontières, qu’elle garde en son sein des hommes condamnés à mourir… au nom de la démocratie, comment rester indifférent à la guerre en Syrie, une guerre civile engagée depuis 2011. Souvenez-vous, soufflait alors l’élan du Printemps arabe !

Julie RUOCCO revisite les événements à travers des personnages de fiction.

Il y a cette femme, Bérénice, cette étrangère qui se retrouve en terre inconnue, en guerre.

Et puis, il y a Asim, un homme né en Syrie. Il y avait sa famille, connaissait ses voisins, il les a tous vus mourir. Dans les ruines des bâtiments et la fosse commune, il continue à chercher ce qu’il y a encore de vivant. Mais autour de lui, tout n’est que décombre et désolation.


La chaîne des générations avait été brisée, sa mémoire s’évaporait par toutes les fenêtres, par tous les pores du pays. À ce rythme, il n’y aurait bientôt plus de vivants sur la terre, à peine des vestiges. P. 125

Il consacre ses journées à donner à chacun un semblant de dignité.

Il y a encore Taym, la sœur d’Asim, une « Furie » en référence aux Erinyes, les filles de Gaïa et Ouranos, qui, dans la mythologie grecque, poursuivaient les criminels. Taym alerte l’opinion internationale. Un temps dans la rue à manifester, maintenant recluse, elle résiste en publiant tout ce qu’elle découvre, un jour justice sera rendue.


Même devant le constat de la défaite imminente, sa détermination restait intacte, comme si son courage s’était mué en quelque chose d’autre, une forme de devoir, une nécessité impérieuse de tirer du sens de toute cette folie pour qu’elle ne se reproduise plus jamais. P. 52

Il en est d’autres, des « Furies », ces femmes qui résistent au joug des hommes, ces femmes guerrières peshmergas.

Julie RUOCCO fait de la guerre un objet littéraire, une tragédie. Dans un récit rythmé par les explosions, elle a cette capacité à faire émerger de la torpeur et l’hébétude des instants de grâce, des moments aussi précieux que fulgurants comme autant de ponts dressés entre les hommes que plus rien ne retient...


À son contact, Bérénice découvrait l’orgueil fou d’être une femme au bord du précipice, la surprise perpétuelle de se relever au-delà du silence et des entraves, même si c’était la dernière chose qu’elle faisait, surtout si c’était la dernière chose qu’elle faisait. P. 225

Julie RUOCCO nous livre un roman percutant, une bombe… à retardement.

 »Furies », c’est aussi l’occasion d’un petit clin d’œil au Book Club, merci Gwen de ce prêt 😉

Parce qu'il n'y a pas de livre sans musique au bal des 68, après 

"Jolene" de Dolly PARTON pour "Les nuits bleues" de Anne-Fleur MURTON

"Fear of the dark" d'Iron Maiden pour "Les maisons vides" de Laurine THIZY,

j'ai choisi un nouveau morceau de hard rock, je vous propose de rester dans le dur, le fort, le puissant avec "Civil War" des Guns N'Roses, le groupe de hard rock américain. Allez, maintenant, musique !

http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/03/civil-war-de-slash.html

http://tlivrestarts.over-blog.com/2022/03/civil-war-de-slash.html

#68premieresfois #68premieresfoisetplussiaffinité #68premieresfois2022 #litteraturefrancaise #premiersromans #68unjour68toujours
#bookstagram #jamaissansmon68 #selection2022 #premierroman #7anscasefete #onnarretepasles68 #un68sinonrien #touchepasamon68 #jepensedoncje68  #furies #julieruocco

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2022-03-15T20:56:04+01:00

Comme un ciel en nous de Jakuta ALIKAVAZOVIC

Publié par Tlivres
Comme un ciel en nous de Jakuta ALIKAVAZOVIC

Il y a des livres qui sont d'abord des rencontres.

L'Association Bouillon de Cube nous avait concocté une très belle soirée le 24 février dernier, au Musée des Beaux Arts d'Angers s'il vous plaît.

En première partie, immersion dans une salle de l'édifice pour se confronter à l'exercice de l'écriture, la description d'une oeuvre choisie. Petite mise en bouche de ce qui nous attendait un peu plus tard.

En deuxième partie était invitée Jakuta ALIKAVAZOVIC pour son essai aux éditions Stock, "Comme un ciel en nous", Prix Médicis 2021. 

Vous connaissez peut-être cette collection : « Ma nuit au musée », de petits livres noirs. C’est dans ce cadre que Jakuta ALIKAVAZOVIC nous relate sa nuit passée au Louvre, juste avant le confinement de 2020, en mars, dans la section des Antiques, dans la salle des Cariatides.

Quelques pas de danse et puis, la nuit venue, l’installation du matelas au pied de la Vénus de Milo, un petit clin d’œil à sa mère.

Mais cet essai est en réalité une formidable preuve d’amour d’une fille qui à son père, cet immigré arrivé du Monténégro en France à l’âge de 20 ans. Ses études d’économie ont très vite été abandonnées pour laisser place à celles de l’histoire de l’art. Il s’enivrait de la beauté. Homme de fantaisie, il posait régulièrement cette question à sa fille :


Et toi, comment t’y prendrais-tu, pour voler la Joconde ?

Il n’est pas très étonnant que Jakuta ALIKAVAZOVIC ait entretenu un rapport particulier avec ce musée et qu’elle veuille y passer une nuit pour retrouver son père, honorer l’immense amour qu’elle lui voue…


L’amour de mon père était un ciel en moi, sa réalité aussi évidente que celle du ciel au-dessus de ma tête, que je le voie ou pas. P. 83

De l’histoire de son père, son arrivée en France, l’apprentissage des codes… elle n’en a rien su. Quand il y faisait référence, tout n’était qu’un conte, mais elle sait aujourd’hui qu’il mentait.


Lorsqu’on quitte tout, lorsqu’on trouve la force en soi de se lever et de partir, de quitter son pays, sa langue, sa famille, comme l’a fait mon père, pour se réinventer […], lorsqu’on quitte tout, l’histoire qu’on se raconte et qu’on raconte à ses enfants est celle d’une table rase. Mais cette renaissance aussi est un mensonge. P. 138

La question de la transmission des traumatismes aux générations suivantes me captive. Comment ne pas mettre cet essai aujourd’hui en relation avec ce que vivent les réfugiés ukrainiens qui fuient leur pays, menacés de mort par Vladimir POUTINE ? Comment vont-ils se construire après ces événements ?

J’ai été profondément émue par cette dimension de l’essai.

Et puis, il y a eu aussi le rapport à l’art, l’appréciation des détails grâce à un regard initié porté aux œuvres. Fascinant !

Enfin, et c’est là le sel de ce livre, c’est le sujet de la transgression, le fait de pourvoir repousser les limites et accéder à un interdit. Impossible de ne pas penser à cette sculpture de Philippe RAMETTE exposée à Nantes, installée Cours Cambronne. L’autrice est un peu cette petite fille portée par l’élan de la liberté.

Je ne connaissais pas encore Jakuta ALIKAVAZOVIC, pourtant lauréate du Prix Goncourt du premier roman pour « Corps volatils » en 2008. J’ai découvert une plume aux multiples couleurs, j’ai découvert une voix profondément attentionnée. 

Quelle soirée !

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2022-03-08T21:23:50+01:00

Les grandes oubliées de Titiou LECOQ

Publié par Tlivres
Les grandes oubliées de Titiou LECOQ

Le 8 mars, journée internationale en faveur des droits des femmes, il y a le choix entre les grandes figures du féminisme du XXème siècle comme Gisèle HALIMI, Benoîte GROULT, sans oublier Simone VEIL, Françoise HERITIER, et puis, il y a des nouvelles, celles du XXIème siècle comme Adeline FLEURY ou encore Titiou LECOQ.

En vacances, j'ai passé ma journée à lire l'essai de Titiou LECOQ, "Les grandes oubliées", publié aux éditions de l'Iconoclaste, un bijou à offrir sans modération.

La préface est rédigée par Michèle PERROT, historienne, je vous conseille d'ailleurs de l'écouter, ou la réécouter, sur France Culture. Une série d'une dizaine de podcasts sont disponibles. 

Au fond, la démarche de Michèle PERROT lancée en 2005 et cet essai de Titiou LECOQ ont la même finalité, écrire l'histoire des femmes, prendre la plume pour revisiter l'Histoire écrite par des hommes, l'Histoire dans laquelle elles sont, a minima oubliées, pire encore effacées.

Avec Titiou LECOQ, on repart de la Préhistoire et on déroule jusqu'à l'histoire contemporaine, en relisant les textes, en réinterprétant les mythes, mais mon Dieu, mais c'est bien sûr !!!

Tout depuis notre plus jeune âge est orienté, tout prête à conférer aux hommes le rôle de leader, d'acteur, de décideur, bref, seuls les hommes présents dans la sphère publique laissèrent une trace dans les livres d'histoires, y compris dans les manuels scolaires encore entre les mains de nos chères têtes blondes.

J'ai profondément aimé la manière très singulière qu'a Titiou LECOQ de déconstruire ce qui nous paraissait comme des évidences, à force de nous l'avoir rabâché.

C'est aussi, avec cet essai, une manière intelligente d'aborder des concepts tels que l'alloparentalité, l'agentivité...

C'est encore l'opportunité de se rendre compte que même dans notre langue les mots de vocabulaire afférents aux femmes ont été progressivement et purement supprimés, le sexe faible balayé d'un revers de main.

C'est enfin le moyen de se remémorer des temps pas si anciens au cours desquels le corps des femmes faisait l'objet de maltraitances, des ablations d'ovaires ou de clitoris pour calmer ou soigner les hystériques, quand il ne devenait tout simplement pas une arme de guerre.

Ce livre à diffuser sans modération est à exposer sur la table du salon pour permettre à chacun, chacune, de s'en saisir pour quelques minutes, une heure...

Si l'on parle de quotas encore aujourd'hui pour faire une place aux femmes, souvenons-nous que l'Académie royale de peinture et de sculpture au début du XVIIIème siècle en avait fixé pour réserver aux hommes une place confortable face aux femmes artistes qui arrivaient en nombre. Ce n'était nullement parce que les femmes étaient absentes de ces disciplines !

Parce que le féminisme évolue avec les années et c'est bien normal, Titiou LECOQ fait partie de ces femmes qui assurent la relève, déconstruisent le passé pour imaginer l'avenir. "Les grandes oubliées", c'est mon #mardiconseil du jour !

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2022-01-11T07:00:00+01:00

La révolte de Clara DUPONT-MONOD

Publié par Tlivres
La révolte de Clara DUPONT-MONOD

C'est fou, il y a des autrices à côté desquelles j'étais passée toutes ces années et puis, il aura suffit d'une référence lors d'une rencontre du Book club pour que je fasse connaissance avec la plume de Clara DUPONT-MONOD et que je ne m'en lasse plus.

Vous vous souvenez de cette première lecture : "Le roi disait que j'étais diable" qui relatait la vie d'Aliénor D'AQUITAINE depuis l'âge de 13 ans jusqu'à 25, feu son premier mariage.

J'ai enchaîné grâce à Gwen avec "La révolte".

Richard Coeur de Lion, Geoffroy et Henri voient leur mère arriver. Ils se figent. L'heure est grave. Aliénor d'Aquitaine donne l'ordre à ses fils de renverser leur père, son mari, le roi d'Angleterre, Henri DE PLANTAGENET. Dès lors, les enfants deviennent les "jouets" de deux personnalités bien trempées, de celles qui vont à la conquête du monde.

Dans ce nouveau roman, c'est par la voix de Richard Coeur de Lion, le narrateur, qu'est brossé le portrait de la reine de France devenue reine d'Angleterre.

Elle va vivre la période la plus sombre de sa vie, outre le fait que Le Plantagenêt comme elle l'aime à l'appeler, la trompe avec Rosemonde DE CLIFFORT, elle est emprisonnée par son propre mari, hors de portée de nuire. Quel plus grand châtiment que l'impuissance pour une personnalité haute en couleur, de celles dont l'action, le pouvoir et la guerre sont les moteurs en puissance.

Dans ce roman, j'ai retrouvé le côté aventurier de la plume de Clara DUPONT-MONOD. Les conquêtes des territoires au Moyen-Âge relevaient de pures épopées. L'écrivaine nous livre des scènes presque cinématographiques des déplacements et des combats. Et puis, entre loyauté et trahison, il n'y a parfois qu'un pas, rendant un brin haletante la destinée de ces têtes couronnées.

Mais ce que j'ai aimé, c'est une nouvelle fois, côtoyer le personnage d'Aliénor D'AQUITAINE, une résistante s'il en est. Si elle savait que ses filles seraient comme elle, mariées à des hommes dès leur plus jeune âge au service de stratégies royales, elle s'était attachée à leur donner une éducation qui leur permette de s'affirmer, et quelle plus belle voie que celle de la lecture. 


Mon armée, ma vraie, celle qui passe les siècles et ne plie devant personne, c’est la littérature. P. 118

Et puis, avouez que parader à l'Abbaye de Fontevraud à du charme. C'est là que sont exposés les gisants notamment d'Aliénor D'AQUITAINE et son fils, Richard Coeur de Lion.

La révolte de Clara DUPONT-MONOD

Bien sûr, l'effet de surprise est passé, mais la plume de Clara DUPONT-MONOD reste talentueuse.

Vous aimerez peut-être aussi : "S'adapter" couronné en 2021 des Prix du Goncourt des Lycéens, Femina Landerneau.

Retrouvez toutes les références du Book club :

 

« Hamnet » de Maggie O'FARRELL

« Les enfants sont rois » de Delphine DE VIGAN

« Le roi disait que j'étais diable » de Clara DUPONT-MONOD

« Au-delà de la mer » de Paul LYNCH

« Le messager » de Andrée CHEDID

« L’ami » de Tiffany TAVERNIER

« Il n’est pire aveugle » de John BOYNE,

« Les mouches bleues » de Jean-Michel RIOU,

« Il fallait que je vous le dise » de Aude MERMILLIOD, une BD.

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2022-01-07T18:00:00+01:00

La maison des solitudes de Constance RIVIÈRE

Publié par Tlivres
La maison des solitudes de Constance RIVIÈRE

Éditions Stock

 

Elisabeth, la narratrice, est la fille de Anne, comédienne, en rupture avec ses parents. Sa grand-mère maternelle est accueillie à l’hôpital dans un état critique, son mari est décédé 9 mois plus tôt. En plein confinement, Elisabeth réussit à rester en salle d’attente. En 1995, les grands-parents s’étaient installés dans une maison familiale. C’est là qu’Elisabeth a passé de nombreuses vacances. Des souvenirs, elle en a plein la tête, y compris ses tentatives d’en découdre avec des secrets trop bien gardés.

 

Constance RIVIÈRE. Vous vous souvenez peut-être de son premier roman « Une fille sans histoire », l’occasion d’un petit clin d’œil à l’équipe des 68 Premières fois.

 

L’écrivaine creuse le sillon de l’exploration des traumatismes psychologiques. Si je ne peux pas vous en dire beaucoup plus sans déflorer l’histoire, je peux toutefois évoquer le fait que Constance RIVIÈRE prenne, une nouvelle fois, appui sur un fait de société pour s’élancer. Hier les attentats du Bataclan, aujourd’hui le confinement lié au Covid avec les drames humains générés chez les proches dans l’incapacité de se porter au chevet des malades hospitalisés. C’est un peu comme si chacun avait besoin d’un événement, un uppercut, pour ouvrir les vannes et libérer la pression qui l’assaille.

 

Il y a les petits maux et les grands bouleversements. Si chacun réussit à avancer en surmontant ses fragilités...


Mon père appliquait de l’or sur ses plaies, il connaissait sans l’avoir appris l’art japonais du kintsugi, regardant ses brisures et ses cicatrices comme des imperfections sans lesquelles il ne saurait y avoir de grande beauté. P. 69

Il est d’autres épreuves quand il s’agit de cataclysme ! Mais si en réalité il s'agissait d'un mal pour un bien...

 

Ce roman pourrait être terne, il est au contraire profondément lumineux dans la possibilité qu’il offre à chacun de mettre sens dessus dessous les fondations de sa vie pour accéder à une certaine forme de sérénité :


Rendre les armes et m’incliner. Je ne connaîtrai pas la paix de l’oubli tant que je ne saurai pas ce que je dois oublier. P. 99

Constance RIVIÈRE entretient un rapport singulier au temps. Quand Augustin TRAPENARD fait l'éloge de "La lenteur" en citant Milan KUNDERA, là, chaque seconde compte !


Deux jours de pure attente angoisse panique. 48 heures, 2 880 minutes, 172 800 secondes. Vous sentez le poids de la seconde quand vous faites la planche ou que vous essayez de faire le poirier, cette seconde qui s’éternise […]. P. 14

Quand il est question de SURvie, il y a urgence à agir !

 

Cette lecture est profondément troublante. Constance RIVIÈRE réussit une nouvelle fois un tour de force dans une plume acérée où chaque mot est terriblement pesé. Lecture coup de poing de ce début d’année.

 

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2021-12-24T12:45:00+01:00

Emma Paddington tome 1 de Catherine ROLLAND

Publié par Tlivres
Emma Paddington tome 1 de Catherine ROLLAND

Nous sommes le 24 décembre. Vous êtes à court d'idée pour des adolescents (ou des adultes curieux en littérature), je crois que j'ai quelque chose pour vous !

Je termine tout juste le premier tome des aventures d'Emma Paddington : "Le manoir de Dark Road end". Je suis "emballée" !

Emma Paddington habite San Francisco aux Etats-Unis. Elle a suivi une formation de psychologue et travaille aujourd'hui dans la savonnerie tenue par sa copine Ann. Elle vit le parfait amour avec Will, enfin parfait, pas tant que ça. Alors qu'Emma tient la boutique pour rendre service à Ann, retenue par un rendez-vous médical, elle reçoit un appel téléphonique de la comptable exigeant une pièce administrative, laquelle est restée chez Ann. Ni une, ni deux, Emma ferme la boutique et court chez Ann, elle n'en a que pour quelques minutes. Mais quelle surprise ! A son arrivée, elle se rend compte que le logement est occupé. Ann semble batifoler dans sa chambre avec... Will. C'en est trop pour Emma, elle décide de tout abandonner, activité professionnelle, compagnon, pour se rendre au Manoir de Dark Road End dont elle a hérité. Dans le village, le Manoir a mauvaise réputation. Un agent immobilier lui conseille de le vendre, d'ailleurs il a un investisseur à lui présenter. Là aussi, le scénario ne tiendra pas une seconde. Ainsi commence pour Emma Paddington une nouvelle page de sa vie.

Vous l'avez compris, l'histoire est tout à fait jubilatoire, l'itinéraire d'Emma Paddington semé d'embûches, pour le meilleur... comme pour le pire !

Entre ombre et lumière, rêve et réalité, magie et vie quotidienne, hallucinations et faits, son coeur ne va pas manquer de balancer, de quoi vous assurer une lecture hors du commun. 

Personnellement, si je ne suis pas une grande lectrice du genre "fantastique", là, j'ai plongé et me suis laissée porter par les chimères.

Il faut dire que je ne taris pas d'éloge sur la plume de Catherine ROLLAND. D'ailleurs, si vous ne la connaissez pas encore, c'est le moment de vous y intéresser.

Il y a eu :

« Le cas singulier de Benjamin T. », un énorme coup de coeur

et puis,

« La Dormeuse », un roman d'une profonde intensité.

La femme est d'humeur gaie et polissonne, enthousiaste et dynamique, pleine d'énergie... et de talent, ses livres aussi ! Quand vous y aurez goûté, il est fort à parier que vous ne pourrez plus vous en passer...

Un peu comme pour les romans policiers, avec les romans "fantaisie", il convient de ne pas en dire trop (même si vous me voyez terriblement frustrée !). Alors, plus que jamais, je reste sur le teasing (l'occasion de faire sourire une nouvelle fois mes comparses du Book club !).

Emma Paddington, précipitez-vous sur le tome 1 !

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2021-11-16T07:00:00+01:00

S'adapter de Clara DUPONT-MONOD

Publié par Tlivres
S'adapter de Clara DUPONT-MONOD

Stock éditions

La plume de Clara DUPONT-MONOD, je l'ai découverte très récemment avec un roman historique, "Le roi disait que j'étais diable" qui relate une partie de la vie d'Aliénor d'Aquitaine.

Là, changement de registre, son tout dernier roman couronné des Prix Landerneau et Fémina 2021, est autobiographique.

Il était une fois... c'est avec cette formule que commencent habituellement les contes de fées. Si la phrase n'est jamais prononcée dans le roman de Clara DUPONT-MONOD, c'est pourtant bien dans ce registre littéraire que l'autrice va nous plonger le temps d'une lecture.

Prêtant sa voix à des pierres cévenoles, l'occasion de personnifier Dame Nature qui occupe là une très grande place, Clara DUPONT-MONOD nous livre l'histoire d'une famille qui, après l'aîné et la cadette, voit naître un enfant différent, un enfant condamné à rester allongé et dont l'espérance de vie est comptée. Dans un cocon familial protégé, sous le regard attendri d'un grand frère attentionné et à distance d'une grande soeur révoltée, il se laisse porter. 

Cette fratrie, elle se bat avec ses armes. Dans une narration en trois parties, chacune dédiée à l'un des autres enfants de la famille, il y a cette manière d'aborder le handicap, de le vivre au quotidien, de "S'adapter" toujours, tous les jours. Clara DUPONT-MONOD nous offre un regard croisé.

J'ai beaucoup aimé ce roman pour l'éveil des sens. Il y a de magnifiques passages sur la fusion de l'aîné avec son frère handicapé, tout accaparé à le faire vibrer...


« Il ouvrait doucement les petites mains toujours fermées pour les poser sur une matière. Du collège, il rapporta de la feutrine. De la montagne, des petites branches de chêne vert. » P. 33

Tout est en réalité affaire de communication. Il y a celle des hommes avec la nature, la fusion avec les éléments, tout particulièrement en montagne. Il y a celle établie entre les enfants, il y a celle des religieuses de la structure qui accueillent l’enfant différent…


Des années plus tard, il comprendrait que ces femmes, elles aussi, étaient arrivées à un niveau inouï d’infralangage, capables d’échanger sans mots ni gestes. P. 51

Mais là où la littérature fait son oeuvre, c'est quand elle magnifie la relation du petit dernier avec un être, un brin fantomatique. Je ne vous en dis pas plus, juste que cette partie est écrite tout en beauté et montre le talent de l'écrivaine.

Au fil de ma lecture, je me suis interrogée sur l'usage de noms communs pour désigner les personnages du livre. Il y a l'aîné, la cadette, le dernier. Cette question me taraude d'autant plus que je sors de la lecture du roman de Jean-Baptiste DEL AMO "Le fils de l'homme", salué par le Prix Fnac 2021, qui lui aussi emprunte ce vocabulaire pour désigner les membres de la famille, un peu comme si leur statut les enfermait dans un rôle singulier.

Pour ce roman qui relève d'une promesse faite par Clara DUPONT-MONOD, je me prends à penser qu'il s'agit là d'un moyen offert par le jeu de l'écriture pour se détacher d'une certaine forme de réalité trop lourde à porter, l'opportunité d'un pas de côté pour mieux... se « réparer ». Engagement tenu, qu'elle en soit félicitée.

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2021-10-22T06:00:00+02:00

La carte postale de Anne BEREST

Publié par Tlivres
La carte postale de Anne BEREST

80ème coup de coeur

de T Livres ? T Arts ?

 

 

La plume de Anne BEREST, je l'ai découverte avec "Gabriële", un roman co-signé avec sa soeur, Claire, j'étais tombée sous le charme. J'avais hâte de la retrouver dans "La carte postale" aux éditions Grasset. La magie a de nouveau opéré, vous avez reconnu le "Coeur gros" de Marie MONRIBOT !
 
Tout commence au petit matin. La neige a tombé dans la nuit. La mère de Anne BEREST, Lélia, va, en chaussons, cigarette à la bouche, faire le relevé du courrier. L'année 2003 commence tout juste. Au pied de la boîte aux lettres toute disloquée, parmi les cartes de voeux, gît une carte postale avec, au recto, une photographie de l'Opéra Garnier, au verso, quatre prénoms : 
Ephraïm
Emma
Noémie
Jacques
Aussi obscure et impénétrable soit-elle avec ces seuls prénoms comme repères, ceux des grands-parents, oncle et tante de Lélia, "La carte postale" a été rangée au fond d'un tiroir après avoir suscité quelques brefs échanges lors du repas familial. Une bonne dizaine d'années plus tard, alors que Anne BEREST est enceinte et doit se reposer pour sa fin de grossesse, elle prend le chemin de la maison familiale et demande à Lélia de lui raconter la vie de ses ancêtres. Là commence toute l'histoire... ou presque. Si Lélia a fait beaucoup de recherches pour remonter le fil de l'existence des Rabinovitch, "La carte postale", elle, reste une énigme. Quelques années plus tard, elle deviendra une obsession. 
 
"La carte postale", c'est une enquête menée par Anne BEREST, elle-même, écrivaine, réalisatrice. De bout en bout, j’ai été captivée par la recomposition du puzzle familial. Ce roman est empreint d’un mystère jamais résolu qui, sous le feu de son action, prend un nouveau tournant. Vous le savez, je pèse chaque mot. Quand je dis « feu de l’action », c’est vraiment ça. L’événement qui va susciter dans un premier temps un blocage psychologique chez Anne BEREST puis un besoin irrépressible d'en découdre, va en réalité être l’étincelle qui va mettre le feu aux poudres. Anne BEREST est totalement habitée par l'histoire des Rabinovitch, une vie mouvementée, tout autant que troublée. Il y a quelque chose d'incandescent dans sa démarche qui se retrouve dans le rythme effréné de la quête. J’ai vibré avec elle, j’ai eu peur, j’ai pleuré aussi parce qu'elle le fait avec une profonde humilité. La langue est délicate, elle se veut lumineuse.


Pendant les vacances, Myriam se met à peindre de petites natures mortes, des corbeilles de fruits, des verres de vin et autres vanités. Elle préfère le mot anglais pour parler de ses tableaux : still life. Toujours en vie. P. 92

Sous la plume de Anne BEREST, la petite histoire, celle de ses ascendants, résonne cruellement avec la grande, celle qui porte un H majuscule, si douloureuse. Elle concourt ainsi non seulement à la mémoire de sa famille, mais aussi à celle de tous les juifs exterminés dans les camps de la mort.
 
Vous pourriez vous dire, c’est un énième roman sur la seconde guerre mondiale. Mais celui-là est singulier bien sûr. C’est un roman d’aventure. Les membres de la famille de l’autrice deviennent, le temps d'une lecture, des personnages de roman, profondément inspirants. Anne BEREST brosse des portraits de résistants tout à fait exceptionnels. Des hommes, des femmes, d’une force inébranlable… face à l’ennemi, des héros à part entière. J'avoue être tombée dans une admiration totale devant l'audace et la témérité de "Gabriële" et Jeannine PICABIA, mais aussi Myriam...


Elle est majeure, elle est mariée, elle est femme, elle veut sentir sur sa peau la morsure de la liberté. P. 127

Ce qui m’a profondément touchée aussi dans cette lecture, c’est la relation établie par Anne BEREST avec sa mère, Lélia, sans qui rien n'aurait été possible. Elle restitue leurs conversations et dévoile une forte complicité entre les deux femmes. Bien sûr, il y a des moments éprouvants, des moments où regarder la vérité en face fait souffrir, mais elles cheminent ensemble tout au long des trois années de l'enquête, une expérience mère/fille unique, un véritable parcours initiatique.
 
"La carte postale", c’est la révélation de moult secrets de familles, parfois sciemment cachés, parfois totalement subis par une génération qui va pouvoir, désormais, s’émanciper de ce poids trop lourd à porter. Mais c'est aussi une démarche intellectuelle autour du sens du mot "juif". Le régime nazi du IIIème Reich a procédé à l'extermination de plusieurs millions d'êtres humains dans les camps de la mort pendant la seconde guerre mondiale. C'était il y a 80 ans. En quoi le terme "juif" aujourd'hui a à voir avec ce (ou ceux !) qu'il désignait à cette époque. Que veut-il dire ? Que traduit-il de notre société ? Qu'engendre-t-il aussi pour les jeunes générations, celles à qui il colle à la peau, à défaut d'y être tatoué ? L'exercice est complexe, l'autrice réussit toutefois à nous éclairer sur ce sujet.
 
A l’image du livre "Enfant de salaud" de Sorj CHALANDON en lice également pour le Prix Goncourt 2021, "La carte postale" de Anne BEREST navigue entre deux registres littéraires, celui du récit de vie et celui du roman. L'écrivaine nous offre un grand moment de littérature, une lecture empreinte d'humanité servie par une plume absolument fascinante. C'est un coup de coeur. J’ai vibré, j’ai frissonné, j'ai encaissé, j’ai chuté aussi, mais j'ai aimé, passionnément !
La carte postale de Anne BEREST

Anne BEREST sera interviewée par l'équipe de VLEEL (Varions les éditions en live)

jeudi 28 octobre 2021 à 19h

Pour vous y inscrire, un seul clic suffit !

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2021-10-21T06:00:00+02:00

Un tesson d'éternité de Valérie TONG CUONG

Publié par Tlivres
Un tesson d'éternité de Valérie TONG CUONG

Ma #citationdujeudi est l'occasion de revenir sur un roman de la rentrée littéraire, une lecture sous tension, c'est le roman de  Valérie TONG CUONG "Un tesson d'éternité" aux éditions Lattès.

Anna et Hugues habitent une villa surplombant la mer, ils font partie de ces gens privilégiés, à l'abri de tous soucis financiers, bien intégrés dans les sphères de pouvoir des CSP+. Ils ont un fils, Téo, de 18 ans, qui vient d'être accepté dans une école de commerce prestigieuse. Il s'apprête à passer son bac quand il est interpellé et mis sous les verrous pour agression et coups portés à un agent de police lors d'une manifestation. Les réseaux sociaux s'emballent. Ils médiatisent l'événement qui se retrouve sur les grandes chaînes de télévision. Léo devient le héros d'un mouvement de rébellion contre les forces de l'ordre dont les parents se seraient bien passés. Anna est pharmacienne dans le Village. Hugues est sur un nouveau poste, à la culture, à la mairie. Dès lors, c'est, pour tous les trois, une nouvelle page de leur histoire qui s'écrit...

Par la voie d'une alternance des chapitres, tantôt au présent, tantôt au passé, Valérie TONG CUONG réussit à tisser un fil ténu mais terriblement solide entre le destin de la mère et son fils. Anna va jouer la libération de son fils, à moins que ça ne soit la sienne…

J'ai été totalement fascinée par son rôle de mère et l'évolution de sa psychologie au fil des actualités qui l'assaillent. Valérie TONG CUONG avait déjà montré son talent dans ce registre avec "Les guerres intérieures", mais là, croyez moi, c'est de la haute volée, un coup de maître, une lecture coup de poing, quoi !

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2021-10-10T06:00:00+02:00

#Octobrerose, Saint Phalle Monter en enfance de Gwenaëlle AUBRY

Publié par Tlivres
#Octobrerose, Saint Phalle Monter en enfance de Gwenaëlle AUBRY

Aujourd'hui, nous sommes dimanche. Petit pas de côté avec un passage dans ma bibliothèque. Là aussi, il y a du rose !

Et puis, on y parle d'art...

J'ai choisi de revenir sur "Saint Phalle Monter en enfance", un essai de Gwenaëlle AUBRY qui figure dans la deuxième sélection du Prix Renaudot, croisons les doigts.

Au fil de XII chapitres, dont les titres sont choisis parmi les vingt-deux cartes du jeu, les Arcanes majeurs, Gwenaëlle AUBRY propose une forme de médiation artistique singulière autour de l’œuvre de Niki de SAINT PHALLE, le Jardin des Tarots réalisé sur la colline de Garavicchio en Toscane.

Elle déroule le fil de l’existence d’une artiste hors norme. La vie avait bien mal commencé pour elle avec ce viol incestueux à l’âge de 11 ans, l’été des serpents. A l’instar de sa mère qui voulait tout cacher, Niki de SAINT PHALLE montre tout, elle se joue de tout pour mieux se venger. Elle se marie avec Harry MATHEWS comme les règles de la bourgeoisie l’y obligent. C’est avec lui qu’elle a deux enfants mais ils ne sauraient la retenir au foyer familial. L’appel de l’art est trop fort. Elle rencontre Jean TINGUELY avec qui elle va jouir de l’existence. Lui est un passionné de Formule 1. Tous deux me font penser au couple formé par « Gabriële » BUFFET et PICABIA. Ils sont fougueux, ils croquent la vie à pleines dents, enivrés par la vitesse de leur bolide comme des événements.

Niki de SAINT PHALLE et Jean TINGUELY ont ce point commun d’être des victimes de violence de leur père, à eux deux, ils en feront une force, un élan de création. Il y a, à partir de 1961, les tirs de carabine. Dans un contexte géopolitique des plus explosifs, elle tire sur les hommes, son père, sa mère, les institutions, l’Eglise… donnant naissance à des coulées de couleurs primaires, puis noires, sur des tableaux blancs faits de plâtre et mille et un objets collés, souvent coupants, tranchants… Il y aura ensuite les mariées, et puis, naîtra Hon, en 1966 à Stockholm.

Dès lors, plus rien ne peut les arrêter. En référence au roman de Ralph ELLISON « L’Homme invisible » sorti en 1952, Niki de SAINT PHALLE créera sa première Nana en 1966, Black Rosy en hommage à Rosa Parks.

De là à imaginer la création du Jardin des Tarots, il n’y a qu’un pas que les artistes franchiront main dans la main.

Dans une narration à la première personne du singulier, Gwenaëlle AUBRY prête sa plume tantôt à la voix de Niki de SAINT PHALLE, tantôt à sa démarche personnelle. J’ai beaucoup aimé le croisement des trajectoires et le concept de « Monter en enfance ».

Toute la vie de Niki de SAINT PHALLE aura été un combat…


Mers du Sud, neiges éternelles ou brasier sacrificiel : elle cherche l’élément où disparaître, où se dissoudre pour mieux renaître. […] C’est comme si elle avait besoin de réunir en un seul geste ce qui la tue et ce qui la sauve. D’embrasser de très près ce qui la menace pour forcer son salut. De plonger dans le noir pour en faire surgir la couleur. P. 244/245

Je suis totalement fascinée par le personnage, la femme, la féministe, l’artiste. Merci infiniment, Gwenaëlle AUBRY, de nous offrir, avec ce merveilleux opus, l’opportunité de renouer avec cette grande femme de l’Art. Je sors enivrée de l'avoir accompagnée tout au long de ces 278 pages.

Cette publique s'inscrit dans le cadre de mon soutien à l'opération #Octobrerose.

Retrouvez mes précédentes publications :

« Portrait de femme » par SITOU

« Jupiter » de Jean-Honoré FRAGONARD

 « Paysanne de Frascati au confessionnal » de Guillaume BODINIER,

 « Le rhinocéros » de SITOU

« Impact » de Jean-Luc MANIOULOUX

« L'Allégorie de la Simulation » de Lorenzo LIPPI

« Le gisant d'Aliénor d'Aquitaine »

« Fleurs et fruits » de Jean-Louis PREVOST

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2021-10-08T06:00:00+02:00

Ainsi Berlin de Laurent PETITMANGIN

Publié par Tlivres
Ainsi Berlin de Laurent PETITMANGIN

Éditions de La Manufacture de livres

Laurent PETITMANGIN nous revient avec un second roman après « Ce qu’il faut de nuit », couronné de succès, une vingtaine de prix littéraires, rien de moins.

L’histoire commence lors de l’après-guerre dans la ville de Berlin, tout juste bombardée par les alliés. Les bâtiments tombent les uns après les autres, ils ne sont que ruines. Mais comme la vie continue, les Allemands survivants se mobilisent pour la reconstruction. Il y a celles et ceux qui prêtent leurs bras, il y a aussi des visionnaires, ceux qui voient loin, ceux qui misent sur la postérité du peuple germanique. Une guerre qui ne dit pas son nom commence alors. Le parti ne saurait accepter aucune faute, les faibles paieront le prix de leur vie. Si Gerd fut un résistant allemand pendant la seconde guerre mondiale, il semble dépassé par les rouages à l'oeuvre de l'espionnage. Entre Käthe, l'Allemande, et Liz, l'Américaine, saura-t-il choisir son camp ? A la vie, à l’amour, à la mort !

Laurent PETITMANGIN est assurément l'auteur des pas de côté.

Si la littérature offre aujourd'hui un large panel de romans sur la seconde guerre mondiale, ils sont moins nombreux à explorer la période de l'après-guerre. Ceux qui prennent Berlin comme terrain de jeu le sont encore moins. 

Personnellement, je me souviens d'une lecture troublante, celle de "La chambre noire" de Rachel SEIFFERT, un recueil de nouvelles qui a gravé dans ma mémoire des images de Berlin en ruines et instillé aussi dans mon esprit le fait que tous les Allemands ne pouvaient être du côté du Führer. Dans "Ainsi Berlin", dans les toutes premières pages, leur sort à eux est rapidement jeté :


Certains ne l’avaient peut-être pas voulu, c’est ce qu’ils prétendaient, ils pouvaient se débattre autant qu’ils le voulaient et essayer de retrouver une conscience, ils n’avaient pas agi quand il était temps, et l’heure n’était plus à ces subtilités, eux aussi étaient condamnés. P. 37/38

Gerd, lui, ce digne émissaire de la seconde guerre mondiale, avait su choisir mais aujourd'hui, plus rien n'est comme avant. Laurent PETITMANGIN va, à travers le portrait de deux femmes, fortes, puissantes, déterminées, brosser le portrait d'un homme, faible, que le doute assaille.

Il a le choix entre Käthe, cette femme du Parti qui, après avoir organisé le réseau des Trümmerfrauen, les femmes chargées d'extraire des ruines des bâtiments les matériaux de la reconstruction, va lancer dans l'Allemagne de l'Est le programme Spitzweiler réunissant les élites, des mathématiciens, des scientifiques, pour s'émanciper du joug soviétique. Et puis, il y a Liz, une américaine, une architecte de formation, une jeune veuve, son mari décède juste avant son arrivée. 

A travers ces deux femmes, Laurent PETITMANGIN relate la quête de pouvoir de deux idéologies politiques qui s'affrontent en Allemagne et iront jusqu'à la construction du mur en 1961.


Berlin se reconstruisait de façon si différente, deux lobes contrastés. P. 83

Plus largement, l'auteur traite des deux camps de la guerre froide.

Tout le roman repose sur l'ambiguïté, y compris chez ces femmes qui, sur la place publique, use d'un immense pouvoir, et dans l'intimité, se laissent aller à des instants de fragilité.


Un bref moment, elle redevenait une femme, elle faisait de petites mimiques de satisfaction, ou râlait parce que les bas étaient filés ou dépareillés, cet instant de grâce ne durait jamais longtemps. P. 178

Le roman ne saurait être complet sans une histoire d'amour dans laquelle Laurent PETITMANGIN va tisser, là encore, le fil du doute à l'image de l'araignée sa toile. Tous deux ont le même objectif, capturer leur proie !

Comme j'ai aimé retrouver la plume de Laurent PETITMANGIN, glaçante, rude et tranchante. Une nouvelle fois, la chute est grandiose, presque théâtrale. 

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2021-10-07T16:11:28+02:00

Le Monde qui reste de Pierre VERGELY

Publié par Tlivres
Le Monde qui reste de Pierre VERGELY

Ma #citationdujeudi est l'occasion de revenir sur premier coup de coeur de cette rentrée littéraire de septembre 2021 : "Le Monde qui reste" de Pierre VERGELY aux éditions Héloïse d'Ormesson.

Nous sommes au début de la seconde guerre mondiale, le 10 mars 1941. Tout commence avec cette arrestation. Charles Vergely, surnommé « Finch », a 18 ans. Il se rend pour épargner ses parents. Suivront des interrogatoires musclés. Il est transféré au Cherche Midi, puis au Fresne. Son quotidien est rythmé par les actes de torture mais il ne lâchera rien. Non, l'ennemi n'obtiendra pas le nom de celui qui a commandité cette lettre à partir pour Londres. Ni Charles VERGELY ne cèdera, pas même les autres prisonniers de son réseau. Les 17 accusés pour espionnage, aide à l’ennemi, opinions gaullistes… seront condamnés à mort par le tribunal militaire installé à proximité du Crillon à Paris. Dès lors, la vie prend une toute nouvelle dimension.

Dans ce premier roman, fort, troublant, j'ai profondément aimé le ton tendre et délicat, poétique, éminemment humain, en opposition aux mauvais traitements que subi Charles VERGELY, un homme que l'on pourrait qualifier d'ordinaire, devenu sous la plume de son fils, un personnage de roman.

Et puis, vous connaissez mon goût pour l'Histoire, celle que l'on n'apprend pas sur les bancs de l'école, non, celle que l'on découvre grâce à la littérature. Pierre VERGELY dresse le portrait d’un résistant et assure la mémoire de celles et ceux qui ont donné leur vie pour leur pays. A 18 ans, il fait preuve d'une maturité assez incroyable.

Pierre VERGELY fait ses premiers pas en littérature avec "Le Monde qui reste" en lice pour le Prix des Talents Cultura 2021. Je croise les doigts pour lui !

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2021-10-05T17:26:13+02:00

Le jeune homme au bras fantôme de Hélène BONAFOUS-MURAT

Publié par Tlivres
Le jeune homme au bras fantôme de Hélène BONAFOUS-MURAT

Editions Le Passage

Vous cherchez un roman historique, une épopée fabuleuse ? Je crois que j'ai quelque chose pour vous !
Le dernier roman de Hélène BONAFOUS-MURAT vient de sortir.

Tout commence avec une scène terrible, rue Transnonain en 1834 à Paris. C'est là que le petit Charles, âgé de 6 ans, voit son père tomber sous les balles des soldats du régime de Louis-Philippe. Lui est touché, il perdra son bras. Manchot il vivra. Retiré de l'école, il se construira avec les imprimés de l'époque, le Charivari et autres journaux. Devenu adulte, il retrouvera son ami d'enfance, Francisque Bruneaux,  tourneur sur bronze de formation, devenu horloger, qui aura la très belle idée de lui réaliser une prothèse de bras. Fort de cette forme de réparation, Charles cherchera un emploi. C'est au Comptoir des annonces qu'il sera recruté. Là s'écrit une nouvelle page de sa vie.

Ce livre, c'est un véritable roman d'aventure dans le tout Paris de la première moitié du XIXème siècle dont les descriptions relèvent de la plus pure poésie.


Charles découvrit alors la vie sous les toits. Après deux pas dans le logement exigu, il pouvait ouvrir la lucarne et, dressé sur la pointe des pieds, contempler la mer de zinc émaillée de chapeaux de cheminées, de terrasses et de pots de fleurs. P. 45

Sous la plume de Hélène BONAFOUS-MURAT, les événements s'enchaînent dans l'euphorie du capitalisme naissant. Le commerce va bon train, le marché devient le terreau d'affaires en tous genres. 

Avec le Comptoir des annonces, l'écrivaine revisite l'histoire de la presse déjà financée en son temps par les petites annonces. Les bourgeois y publiaient leurs réclames pour tout ce qui se vendait, les pâtisseries, l'orfèvrerie et bien d'autres articles encore. C'est l'avènement des panneaux publicitaires et de la fameuse colonne Morris.

C'est aussi dans la presse que Charles, le personnage principal, y puisera ses connaissances. Quel plus beau parcours initiatique ?


Aujourd’hui où il renouait avec l’ambiance feutrée du cabinet de lecture, parmi les volumes aux couvertures craquantes, les pages de journaux qui se déployaient sur les tables comme des ailes d’oiseaux tenues par les lecteurs du bout des doigts, dans l’odeur de l’encre porteuse de savoir et de vérités infinies, il avait conscience de s’être départi de toute sa naïveté. P. 243

A travers le personnage de Norbert Estibal, qui a vraiment existé comme bon nombre de personnages, l'autrice montre ô combien le monde des affaires regorgeait d'hommes aventureux, appâtés par le gain, qui s'affranchissaient de la morale et la loyauté.

A côté des puissants, il y avait les gens populaires, ceux qui animaient les rues de la cité à l'image de Lisette, la femme de Charles, qui passe ses journées à tirer sa carriole et vendre légumes et fleurs.  Pour être reconnus à leur juste valeur, ceux-là se rapprochaient des républicains qui entretenaient, à l'abri des regards, le feu de la révolution. C'est au Café Momus qu'ils débattaient et trouvaient les moyens de refaire le monde.

Si l'écrivaine puise dans les archives son inspiration, elle ne se cache pas de jouer d'arrangements pour faire de cette histoire une épopée profondément romanesque. Les deux couples de Charles et Lisette comme Francisque et Pauline incarnent des personnages de labeur, d'artisans commerçants hauts en couleur.

J'ai beaucoup aimé ce roman pour ce qu'il relate de l'époque. Il m'a rappelé ceux que j'aimais lire adolescente, bercée par le romantisme d'histoires éblouissantes. J'y ai retrouvé le pouvoir de ces récits fascinants dont la richesse des détails en font des romans sociaux, culturels et politiques.  

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