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Articles avec #rl2021_septembre catégorie

2021-11-16T07:00:00+01:00

S'adapter de Clara DUPONT-MONOD

Publié par Tlivres
S'adapter de Clara DUPONT-MONOD

Stock éditions

La plume de Clara DUPONT-MONOD, je l'ai découverte très récemment avec un roman historique, "Le roi disait que j'étais diable" qui relate une partie de la vie d'Aliénor d'Aquitaine.

Là, changement de registre, son tout dernier roman couronné des Prix Landerneau et Fémina 2021, est autobiographique.

Il était une fois... c'est avec cette formule que commencent habituellement les contes de fées. Si la phrase n'est jamais prononcée dans le roman de Clara DUPONT-MONOD, c'est pourtant bien dans ce registre littéraire que l'autrice va nous plonger le temps d'une lecture.

Prêtant sa voix à des pierres cévenoles, l'occasion de personnifier Dame Nature qui occupe là une très grande place, Clara DUPONT-MONOD nous livre l'histoire d'une famille qui, après l'aîné et la cadette, voit naître un enfant différent, un enfant condamné à rester allongé et dont l'espérance de vie est comptée. Dans un cocon familial protégé, sous le regard attendri d'un grand frère attentionné et à distance d'une grande soeur révoltée, il se laisse porter. 

Cette fratrie, elle se bat avec ses armes. Dans une narration en trois parties, chacune dédiée à l'un des autres enfants de la famille, il y a cette manière d'aborder le handicap, de le vivre au quotidien, de "S'adapter" toujours, tous les jours. Clara DUPONT-MONOD nous offre un regard croisé.

J'ai beaucoup aimé ce roman pour l'éveil des sens. Il y a de magnifiques passages sur la fusion de l'aîné avec son frère handicapé, tout accaparé à le faire vibrer...


« Il ouvrait doucement les petites mains toujours fermées pour les poser sur une matière. Du collège, il rapporta de la feutrine. De la montagne, des petites branches de chêne vert. » P. 33

Tout est en réalité affaire de communication. Il y a celle des hommes avec la nature, la fusion avec les éléments, tout particulièrement en montagne. Il y a celle établie entre les enfants, il y a celle des religieuses de la structure qui accueillent l’enfant différent…


Des années plus tard, il comprendrait que ces femmes, elles aussi, étaient arrivées à un niveau inouï d’infralangage, capables d’échanger sans mots ni gestes. P. 51

Mais là où la littérature fait son oeuvre, c'est quand elle magnifie la relation du petit dernier avec un être, un brin fantomatique. Je ne vous en dis pas plus, juste que cette partie est écrite tout en beauté et montre le talent de l'écrivaine.

Au fil de ma lecture, je me suis interrogée sur l'usage de noms communs pour désigner les personnages du livre. Il y a l'aîné, la cadette, le dernier. Cette question me taraude d'autant plus que je sors de la lecture du roman de Jean-Baptiste DEL AMO "Le fils de l'homme", salué par le Prix Fnac 2021, qui lui aussi emprunte ce vocabulaire pour désigner les membres de la famille, un peu comme si leur statut les enfermait dans un rôle singulier.

Pour ce roman qui relève d'une promesse faite par Clara DUPONT-MONOD, je me prends à penser qu'il s'agit là d'un moyen offert par le jeu de l'écriture pour se détacher d'une certaine forme de réalité trop lourde à porter, l'opportunité d'un pas de côté pour mieux... se « réparer ». Engagement tenu, qu'elle en soit félicitée.

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2021-10-22T06:00:00+02:00

La carte postale de Anne BEREST

Publié par Tlivres
La carte postale de Anne BEREST

80ème coup de coeur

de T Livres ? T Arts ?

 

 

La plume de Anne BEREST, je l'ai découverte avec "Gabriële", un roman co-signé avec sa soeur, Claire, j'étais tombée sous le charme. J'avais hâte de la retrouver dans "La carte postale" aux éditions Grasset. La magie a de nouveau opéré, vous avez reconnu le "Coeur gros" de Marie MONRIBOT !
 
Tout commence au petit matin. La neige a tombé dans la nuit. La mère de Anne BEREST, Lélia, va, en chaussons, cigarette à la bouche, faire le relevé du courrier. L'année 2003 commence tout juste. Au pied de la boîte aux lettres toute disloquée, parmi les cartes de voeux, gît une carte postale avec, au recto, une photographie de l'Opéra Garnier, au verso, quatre prénoms : 
Ephraïm
Emma
Noémie
Jacques
Aussi obscure et impénétrable soit-elle avec ces seuls prénoms comme repères, ceux des grands-parents, oncle et tante de Lélia, "La carte postale" a été rangée au fond d'un tiroir après avoir suscité quelques brefs échanges lors du repas familial. Une bonne dizaine d'années plus tard, alors que Anne BEREST est enceinte et doit se reposer pour sa fin de grossesse, elle prend le chemin de la maison familiale et demande à Lélia de lui raconter la vie de ses ancêtres. Là commence toute l'histoire... ou presque. Si Lélia a fait beaucoup de recherches pour remonter le fil de l'existence des Rabinovitch, "La carte postale", elle, reste une énigme. Quelques années plus tard, elle deviendra une obsession. 
 
"La carte postale", c'est une enquête menée par Anne BEREST, elle-même, écrivaine, réalisatrice. De bout en bout, j’ai été captivée par la recomposition du puzzle familial. Ce roman est empreint d’un mystère jamais résolu qui, sous le feu de son action, prend un nouveau tournant. Vous le savez, je pèse chaque mot. Quand je dis « feu de l’action », c’est vraiment ça. L’événement qui va susciter dans un premier temps un blocage psychologique chez Anne BEREST puis un besoin irrépressible d'en découdre, va en réalité être l’étincelle qui va mettre le feu aux poudres. Anne BEREST est totalement habitée par l'histoire des Rabinovitch, une vie mouvementée, tout autant que troublée. Il y a quelque chose d'incandescent dans sa démarche qui se retrouve dans le rythme effréné de la quête. J’ai vibré avec elle, j’ai eu peur, j’ai pleuré aussi parce qu'elle le fait avec une profonde humilité. La langue est délicate, elle se veut lumineuse.


Pendant les vacances, Myriam se met à peindre de petites natures mortes, des corbeilles de fruits, des verres de vin et autres vanités. Elle préfère le mot anglais pour parler de ses tableaux : still life. Toujours en vie. P. 92

Sous la plume de Anne BEREST, la petite histoire, celle de ses ascendants, résonne cruellement avec la grande, celle qui porte un H majuscule, si douloureuse. Elle concourt ainsi non seulement à la mémoire de sa famille, mais aussi à celle de tous les juifs exterminés dans les camps de la mort.
 
Vous pourriez vous dire, c’est un énième roman sur la seconde guerre mondiale. Mais celui-là est singulier bien sûr. C’est un roman d’aventure. Les membres de la famille de l’autrice deviennent, le temps d'une lecture, des personnages de roman, profondément inspirants. Anne BEREST brosse des portraits de résistants tout à fait exceptionnels. Des hommes, des femmes, d’une force inébranlable… face à l’ennemi, des héros à part entière. J'avoue être tombée dans une admiration totale devant l'audace et la témérité de "Gabriële" et Jeannine PICABIA, mais aussi Myriam...


Elle est majeure, elle est mariée, elle est femme, elle veut sentir sur sa peau la morsure de la liberté. P. 127

Ce qui m’a profondément touchée aussi dans cette lecture, c’est la relation établie par Anne BEREST avec sa mère, Lélia, sans qui rien n'aurait été possible. Elle restitue leurs conversations et dévoile une forte complicité entre les deux femmes. Bien sûr, il y a des moments éprouvants, des moments où regarder la vérité en face fait souffrir, mais elles cheminent ensemble tout au long des trois années de l'enquête, une expérience mère/fille unique, un véritable parcours initiatique.
 
"La carte postale", c’est la révélation de moult secrets de familles, parfois sciemment cachés, parfois totalement subis par une génération qui va pouvoir, désormais, s’émanciper de ce poids trop lourd à porter. Mais c'est aussi une démarche intellectuelle autour du sens du mot "juif". Le régime nazi du IIIème Reich a procédé à l'extermination de plusieurs millions d'êtres humains dans les camps de la mort pendant la seconde guerre mondiale. C'était il y a 80 ans. En quoi le terme "juif" aujourd'hui a à voir avec ce (ou ceux !) qu'il désignait à cette époque. Que veut-il dire ? Que traduit-il de notre société ? Qu'engendre-t-il aussi pour les jeunes générations, celles à qui il colle à la peau, à défaut d'y être tatoué ? L'exercice est complexe, l'autrice réussit toutefois à nous éclairer sur ce sujet.
 
A l’image du livre "Enfant de salaud" de Sorj CHALANDON en lice également pour le Prix Goncourt 2021, "La carte postale" de Anne BEREST navigue entre deux registres littéraires, celui du récit de vie et celui du roman. L'écrivaine nous offre un grand moment de littérature, une lecture empreinte d'humanité servie par une plume absolument fascinante. C'est un coup de coeur. J’ai vibré, j’ai frissonné, j'ai encaissé, j’ai chuté aussi, mais j'ai aimé, passionnément !
La carte postale de Anne BEREST

Anne BEREST sera interviewée par l'équipe de VLEEL (Varions les éditions en live)

jeudi 28 octobre 2021 à 19h

Pour vous y inscrire, un seul clic suffit !

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2021-10-21T06:00:00+02:00

Un tesson d'éternité de Valérie TONG CUONG

Publié par Tlivres
Un tesson d'éternité de Valérie TONG CUONG

Ma #citationdujeudi est l'occasion de revenir sur un roman de la rentrée littéraire, une lecture sous tension, c'est le roman de  Valérie TONG CUONG "Un tesson d'éternité" aux éditions Lattès.

Anna et Hugues habitent une villa surplombant la mer, ils font partie de ces gens privilégiés, à l'abri de tous soucis financiers, bien intégrés dans les sphères de pouvoir des CSP+. Ils ont un fils, Téo, de 18 ans, qui vient d'être accepté dans une école de commerce prestigieuse. Il s'apprête à passer son bac quand il est interpellé et mis sous les verrous pour agression et coups portés à un agent de police lors d'une manifestation. Les réseaux sociaux s'emballent. Ils médiatisent l'événement qui se retrouve sur les grandes chaînes de télévision. Léo devient le héros d'un mouvement de rébellion contre les forces de l'ordre dont les parents se seraient bien passés. Anna est pharmacienne dans le Village. Hugues est sur un nouveau poste, à la culture, à la mairie. Dès lors, c'est, pour tous les trois, une nouvelle page de leur histoire qui s'écrit...

Par la voie d'une alternance des chapitres, tantôt au présent, tantôt au passé, Valérie TONG CUONG réussit à tisser un fil ténu mais terriblement solide entre le destin de la mère et son fils. Anna va jouer la libération de son fils, à moins que ça ne soit la sienne…

J'ai été totalement fascinée par son rôle de mère et l'évolution de sa psychologie au fil des actualités qui l'assaillent. Valérie TONG CUONG avait déjà montré son talent dans ce registre avec "Les guerres intérieures", mais là, croyez moi, c'est de la haute volée, un coup de maître, une lecture coup de poing, quoi !

Vous aimerez peut-être aussi... 

 

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2021-10-10T06:00:00+02:00

#Octobrerose, Saint Phalle Monter en enfance de Gwenaëlle AUBRY

Publié par Tlivres
#Octobrerose, Saint Phalle Monter en enfance de Gwenaëlle AUBRY

Aujourd'hui, nous sommes dimanche. Petit pas de côté avec un passage dans ma bibliothèque. Là aussi, il y a du rose !

Et puis, on y parle d'art...

J'ai choisi de revenir sur "Saint Phalle Monter en enfance", un essai de Gwenaëlle AUBRY qui figure dans la deuxième sélection du Prix Renaudot, croisons les doigts.

Au fil de XII chapitres, dont les titres sont choisis parmi les vingt-deux cartes du jeu, les Arcanes majeurs, Gwenaëlle AUBRY propose une forme de médiation artistique singulière autour de l’œuvre de Niki de SAINT PHALLE, le Jardin des Tarots réalisé sur la colline de Garavicchio en Toscane.

Elle déroule le fil de l’existence d’une artiste hors norme. La vie avait bien mal commencé pour elle avec ce viol incestueux à l’âge de 11 ans, l’été des serpents. A l’instar de sa mère qui voulait tout cacher, Niki de SAINT PHALLE montre tout, elle se joue de tout pour mieux se venger. Elle se marie avec Harry MATHEWS comme les règles de la bourgeoisie l’y obligent. C’est avec lui qu’elle a deux enfants mais ils ne sauraient la retenir au foyer familial. L’appel de l’art est trop fort. Elle rencontre Jean TINGUELY avec qui elle va jouir de l’existence. Lui est un passionné de Formule 1. Tous deux me font penser au couple formé par « Gabriële » BUFFET et PICABIA. Ils sont fougueux, ils croquent la vie à pleines dents, enivrés par la vitesse de leur bolide comme des événements.

Niki de SAINT PHALLE et Jean TINGUELY ont ce point commun d’être des victimes de violence de leur père, à eux deux, ils en feront une force, un élan de création. Il y a, à partir de 1961, les tirs de carabine. Dans un contexte géopolitique des plus explosifs, elle tire sur les hommes, son père, sa mère, les institutions, l’Eglise… donnant naissance à des coulées de couleurs primaires, puis noires, sur des tableaux blancs faits de plâtre et mille et un objets collés, souvent coupants, tranchants… Il y aura ensuite les mariées, et puis, naîtra Hon, en 1966 à Stockholm.

Dès lors, plus rien ne peut les arrêter. En référence au roman de Ralph ELLISON « L’Homme invisible » sorti en 1952, Niki de SAINT PHALLE créera sa première Nana en 1966, Black Rosy en hommage à Rosa Parks.

De là à imaginer la création du Jardin des Tarots, il n’y a qu’un pas que les artistes franchiront main dans la main.

Dans une narration à la première personne du singulier, Gwenaëlle AUBRY prête sa plume tantôt à la voix de Niki de SAINT PHALLE, tantôt à sa démarche personnelle. J’ai beaucoup aimé le croisement des trajectoires et le concept de « Monter en enfance ».

Toute la vie de Niki de SAINT PHALLE aura été un combat…


Mers du Sud, neiges éternelles ou brasier sacrificiel : elle cherche l’élément où disparaître, où se dissoudre pour mieux renaître. […] C’est comme si elle avait besoin de réunir en un seul geste ce qui la tue et ce qui la sauve. D’embrasser de très près ce qui la menace pour forcer son salut. De plonger dans le noir pour en faire surgir la couleur. P. 244/245

Je suis totalement fascinée par le personnage, la femme, la féministe, l’artiste. Merci infiniment, Gwenaëlle AUBRY, de nous offrir, avec ce merveilleux opus, l’opportunité de renouer avec cette grande femme de l’Art. Je sors enivrée de l'avoir accompagnée tout au long de ces 278 pages.

Cette publique s'inscrit dans le cadre de mon soutien à l'opération #Octobrerose.

Retrouvez mes précédentes publications :

« Portrait de femme » par SITOU

« Jupiter » de Jean-Honoré FRAGONARD

 « Paysanne de Frascati au confessionnal » de Guillaume BODINIER,

 « Le rhinocéros » de SITOU

« Impact » de Jean-Luc MANIOULOUX

« L'Allégorie de la Simulation » de Lorenzo LIPPI

« Le gisant d'Aliénor d'Aquitaine »

« Fleurs et fruits » de Jean-Louis PREVOST

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2021-10-08T06:00:00+02:00

Ainsi Berlin de Laurent PETITMANGIN

Publié par Tlivres
Ainsi Berlin de Laurent PETITMANGIN

Éditions de La Manufacture de livres

Laurent PETITMANGIN nous revient avec un second roman après « Ce qu’il faut de nuit », couronné de succès, une vingtaine de prix littéraires, rien de moins.

L’histoire commence lors de l’après-guerre dans la ville de Berlin, tout juste bombardée par les alliés. Les bâtiments tombent les uns après les autres, ils ne sont que ruines. Mais comme la vie continue, les Allemands survivants se mobilisent pour la reconstruction. Il y a celles et ceux qui prêtent leurs bras, il y a aussi des visionnaires, ceux qui voient loin, ceux qui misent sur la postérité du peuple germanique. Une guerre qui ne dit pas son nom commence alors. Le parti ne saurait accepter aucune faute, les faibles paieront le prix de leur vie. Si Gerd fut un résistant allemand pendant la seconde guerre mondiale, il semble dépassé par les rouages à l'oeuvre de l'espionnage. Entre Käthe, l'Allemande, et Liz, l'Américaine, saura-t-il choisir son camp ? A la vie, à l’amour, à la mort !

Laurent PETITMANGIN est assurément l'auteur des pas de côté.

Si la littérature offre aujourd'hui un large panel de romans sur la seconde guerre mondiale, ils sont moins nombreux à explorer la période de l'après-guerre. Ceux qui prennent Berlin comme terrain de jeu le sont encore moins. 

Personnellement, je me souviens d'une lecture troublante, celle de "La chambre noire" de Rachel SEIFFERT, un recueil de nouvelles qui a gravé dans ma mémoire des images de Berlin en ruines et instillé aussi dans mon esprit le fait que tous les Allemands ne pouvaient être du côté du Führer. Dans "Ainsi Berlin", dans les toutes premières pages, leur sort à eux est rapidement jeté :


Certains ne l’avaient peut-être pas voulu, c’est ce qu’ils prétendaient, ils pouvaient se débattre autant qu’ils le voulaient et essayer de retrouver une conscience, ils n’avaient pas agi quand il était temps, et l’heure n’était plus à ces subtilités, eux aussi étaient condamnés. P. 37/38

Gerd, lui, ce digne émissaire de la seconde guerre mondiale, avait su choisir mais aujourd'hui, plus rien n'est comme avant. Laurent PETITMANGIN va, à travers le portrait de deux femmes, fortes, puissantes, déterminées, brosser le portrait d'un homme, faible, que le doute assaille.

Il a le choix entre Käthe, cette femme du Parti qui, après avoir organisé le réseau des Trümmerfrauen, les femmes chargées d'extraire des ruines des bâtiments les matériaux de la reconstruction, va lancer dans l'Allemagne de l'Est le programme Spitzweiler réunissant les élites, des mathématiciens, des scientifiques, pour s'émanciper du joug soviétique. Et puis, il y a Liz, une américaine, une architecte de formation, une jeune veuve, son mari décède juste avant son arrivée. 

A travers ces deux femmes, Laurent PETITMANGIN relate la quête de pouvoir de deux idéologies politiques qui s'affrontent en Allemagne et iront jusqu'à la construction du mur en 1961.


Berlin se reconstruisait de façon si différente, deux lobes contrastés. P. 83

Plus largement, l'auteur traite des deux camps de la guerre froide.

Tout le roman repose sur l'ambiguïté, y compris chez ces femmes qui, sur la place publique, use d'un immense pouvoir, et dans l'intimité, se laissent aller à des instants de fragilité.


Un bref moment, elle redevenait une femme, elle faisait de petites mimiques de satisfaction, ou râlait parce que les bas étaient filés ou dépareillés, cet instant de grâce ne durait jamais longtemps. P. 178

Le roman ne saurait être complet sans une histoire d'amour dans laquelle Laurent PETITMANGIN va tisser, là encore, le fil du doute à l'image de l'araignée sa toile. Tous deux ont le même objectif, capturer leur proie !

Comme j'ai aimé retrouver la plume de Laurent PETITMANGIN, glaçante, rude et tranchante. Une nouvelle fois, la chute est grandiose, presque théâtrale. 

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2021-10-07T16:11:28+02:00

Le Monde qui reste de Pierre VERGELY

Publié par Tlivres
Le Monde qui reste de Pierre VERGELY

Ma #citationdujeudi est l'occasion de revenir sur premier coup de coeur de cette rentrée littéraire de septembre 2021 : "Le Monde qui reste" de Pierre VERGELY aux éditions Héloïse d'Ormesson.

Nous sommes au début de la seconde guerre mondiale, le 10 mars 1941. Tout commence avec cette arrestation. Charles Vergely, surnommé « Finch », a 18 ans. Il se rend pour épargner ses parents. Suivront des interrogatoires musclés. Il est transféré au Cherche Midi, puis au Fresne. Son quotidien est rythmé par les actes de torture mais il ne lâchera rien. Non, l'ennemi n'obtiendra pas le nom de celui qui a commandité cette lettre à partir pour Londres. Ni Charles VERGELY ne cèdera, pas même les autres prisonniers de son réseau. Les 17 accusés pour espionnage, aide à l’ennemi, opinions gaullistes… seront condamnés à mort par le tribunal militaire installé à proximité du Crillon à Paris. Dès lors, la vie prend une toute nouvelle dimension.

Dans ce premier roman, fort, troublant, j'ai profondément aimé le ton tendre et délicat, poétique, éminemment humain, en opposition aux mauvais traitements que subi Charles VERGELY, un homme que l'on pourrait qualifier d'ordinaire, devenu sous la plume de son fils, un personnage de roman.

Et puis, vous connaissez mon goût pour l'Histoire, celle que l'on n'apprend pas sur les bancs de l'école, non, celle que l'on découvre grâce à la littérature. Pierre VERGELY dresse le portrait d’un résistant et assure la mémoire de celles et ceux qui ont donné leur vie pour leur pays. A 18 ans, il fait preuve d'une maturité assez incroyable.

Pierre VERGELY fait ses premiers pas en littérature avec "Le Monde qui reste" en lice pour le Prix des Talents Cultura 2021. Je croise les doigts pour lui !

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2021-10-05T17:26:13+02:00

Le jeune homme au bras fantôme de Hélène BONAFOUS-MURAT

Publié par Tlivres
Le jeune homme au bras fantôme de Hélène BONAFOUS-MURAT

Editions Le Passage

Vous cherchez un roman historique, une épopée fabuleuse ? Je crois que j'ai quelque chose pour vous !
Le dernier roman de Hélène BONAFOUS-MURAT vient de sortir.

Tout commence avec une scène terrible, rue Transnonain en 1834 à Paris. C'est là que le petit Charles, âgé de 6 ans, voit son père tomber sous les balles des soldats du régime de Louis-Philippe. Lui est touché, il perdra son bras. Manchot il vivra. Retiré de l'école, il se construira avec les imprimés de l'époque, le Charivari et autres journaux. Devenu adulte, il retrouvera son ami d'enfance, Francisque Bruneaux,  tourneur sur bronze de formation, devenu horloger, qui aura la très belle idée de lui réaliser une prothèse de bras. Fort de cette forme de réparation, Charles cherchera un emploi. C'est au Comptoir des annonces qu'il sera recruté. Là s'écrit une nouvelle page de sa vie.

Ce livre, c'est un véritable roman d'aventure dans le tout Paris de la première moitié du XIXème siècle dont les descriptions relèvent de la plus pure poésie.


Charles découvrit alors la vie sous les toits. Après deux pas dans le logement exigu, il pouvait ouvrir la lucarne et, dressé sur la pointe des pieds, contempler la mer de zinc émaillée de chapeaux de cheminées, de terrasses et de pots de fleurs. P. 45

Sous la plume de Hélène BONAFOUS-MURAT, les événements s'enchaînent dans l'euphorie du capitalisme naissant. Le commerce va bon train, le marché devient le terreau d'affaires en tous genres. 

Avec le Comptoir des annonces, l'écrivaine revisite l'histoire de la presse déjà financée en son temps par les petites annonces. Les bourgeois y publiaient leurs réclames pour tout ce qui se vendait, les pâtisseries, l'orfèvrerie et bien d'autres articles encore. C'est l'avènement des panneaux publicitaires et de la fameuse colonne Morris.

C'est aussi dans la presse que Charles, le personnage principal, y puisera ses connaissances. Quel plus beau parcours initiatique ?


Aujourd’hui où il renouait avec l’ambiance feutrée du cabinet de lecture, parmi les volumes aux couvertures craquantes, les pages de journaux qui se déployaient sur les tables comme des ailes d’oiseaux tenues par les lecteurs du bout des doigts, dans l’odeur de l’encre porteuse de savoir et de vérités infinies, il avait conscience de s’être départi de toute sa naïveté. P. 243

A travers le personnage de Norbert Estibal, qui a vraiment existé comme bon nombre de personnages, l'autrice montre ô combien le monde des affaires regorgeait d'hommes aventureux, appâtés par le gain, qui s'affranchissaient de la morale et la loyauté.

A côté des puissants, il y avait les gens populaires, ceux qui animaient les rues de la cité à l'image de Lisette, la femme de Charles, qui passe ses journées à tirer sa carriole et vendre légumes et fleurs.  Pour être reconnus à leur juste valeur, ceux-là se rapprochaient des républicains qui entretenaient, à l'abri des regards, le feu de la révolution. C'est au Café Momus qu'ils débattaient et trouvaient les moyens de refaire le monde.

Si l'écrivaine puise dans les archives son inspiration, elle ne se cache pas de jouer d'arrangements pour faire de cette histoire une épopée profondément romanesque. Les deux couples de Charles et Lisette comme Francisque et Pauline incarnent des personnages de labeur, d'artisans commerçants hauts en couleur.

J'ai beaucoup aimé ce roman pour ce qu'il relate de l'époque. Il m'a rappelé ceux que j'aimais lire adolescente, bercée par le romantisme d'histoires éblouissantes. J'y ai retrouvé le pouvoir de ces récits fascinants dont la richesse des détails en font des romans sociaux, culturels et politiques.  

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2021-09-28T06:00:00+02:00

Artifices de Claire BEREST

Publié par Tlivres
Artifices de Claire BEREST

Stock éditions

Retrouver la plume de Claire BEREST après "Rien n'est noir" et "Gabriële" est un petit bonheur. Là, changement de registre, l'écrivaine investit dans le champ du roman noir avec "Artifices".
Tout commence avec une scène de chaos, un bal du 14 juillet qui devient un bain de sang. Abel Bac voit ses nuits régulièrement perturbées par le même cauchemar. Quatre nuits par semaines, il donne libre cours à ses insomnies, se lève, s'habille et part déambuler dans les rues de Paris jusqu’à se perdre, jubile, et rentre. Abel Bac est flic, enfin, était. Il a été suspendu de ses fonctions il y a 8 jours. Il était lieutenant de police à la 1ère DPJ de Paris. Ses journées, il les passe seul, il s'occupe de ses quatre-vingt treize orchidées qu’il soigne avec une attention toute particulière. Et puis, comme personne ne le visite jamais... enfin, visitait, parce que la nuit dernière, la voisine du dessus, ivre morte, s'est trompée d'appartement. Cette intrusion dans son intimité le fait vaciller. Et puis, il y a ce journal, trouvé sur son paillasson, chaque jour, relatant la découverte d'un cheval blanc dans une bibliothèque de Beaubourg. Etrange, non ?

Dans le titre, "Artifices", il y a "Art". Une nouvelle fois, il est au coeur de l'histoire contée par Claire BEREST. Après le Centre Pompidou, d'autres établissements culturels verront en leur sein des mises en scènes pour le moins surprenantes. La partenaire d'Abel Bac, Camille, est chargée d'enquêter pour trouver qui se cache derrière ces performances artistiques. Au fil des rencontres du policier suspendu avec sa voisine, Elsa, étudiante en histoire de l'art, l'écrivaine nous éclaire sur l'acte de création artistique et la vie de l'oeuvre :


Donc, l’œuvre existe par son regard et même plus, son action subséquente. Rejet, destruction, sublimation, préservation, etc. P. 127

Claire BEREST ne saurait se contenter d'une toile ou d'une sculpture, non, elle emprunte la voie de la performance, en référence à l'artiste Marina ABRAMOVIC, pour explorer les formes d’expressions artistiques contemporaines.

Et puis, il y  a des personnages construits avec une incroyable minutie. L'autrice imagine des êtres torturés par des drames familiaux, hantés par les fantômes des disparus, des êtres poussés à changer d'identité. Si chacun avait imaginé être à l'abri de la résurgence du passé, il s'était trompé, au péril de tout ce qu'il avait construit depuis... et peu importent les "Artifices". Le roman endosse, alors, le costume du thriller psychologique. 


Il n’avait aucun goût pour l’analyse, mais les pensées sont des chauves-souris qui tournent, sifflent et se cognent dans le clocher de la tête. P. 59

Dans une plume énergique et haletante, Claire BEREST dévoile des liens restés dans l'ombre et gardés secrets. Si la vie ressemble parfois à un jeu, il n'y a que l'écrivaine qui en connaisse toutes les cartes. Suspense assuré !

Ce que j'aime avec Claire BEREST, c'est que rien n'est jamais laissé au hasard, pas même les prénoms des personnages, savamment choisis. Si les titres des chapitres de "Rien n'est noir" étaient extraits d'un nuancier de peinture, une bien jolie manière de ponctuer l'itinéraire de Frida KAHLO, là, c'est une fable de La Fontaine, "Le Renard, le Loup et le Cheval", qui structure cet excellent roman policier. 

L'écrivaine montre son talent dans un registre littéraire très codifié. Elle nous livre un véritable page-turner.

Je crois que rien ne peut décemment l'arrêter. Au fil d’une trainée de poudre, Claire BEREST fait des étincelles, les détonations ne tardent pas à se faire entendre. Elle nous offre dans les toutes dernières pages un puissant feu d'artifice. 

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2021-09-21T06:00:00+02:00

La femme et l’oiseau de Isabelle SORENTE

Publié par Tlivres
La femme et l’oiseau de Isabelle SORENTE
Après « Un tesson d’éternité » de Valérie TONG CUONG, une lecture coup de poing, les éditons Lattès font une rentrée littéraire remarquée avec le roman de Isabelle SORENTE, « La femme et l’oiseau », la découverte pour moi d’une très belle plume.
 
Thomas a 91 ans. Il vit dans les Vosges dont le quotidien s’organise autour de sa randonnée matinale, là haut dans la colline, son rendez-vous avec les oiseaux. Il leur parlerait, depuis son retour du camp de Tambov en Russie où il a été emprisonné pendant 2 ans après avoir été enrôlé de force dans l’armée allemande. Il était là bas avec son frère, Alex, lui n’en reviendra pas. Le vieil homme est hanté par ces fantômes et lutte contre ses démons par des voies mystérieuses. Mona lui fait ses courses, entretient la maison et lui prépare les repas. C’est alors qu’il reçoit un appel téléphonique de sa petite nièce, Elisabeth, Directrice d’une société cinématographique. Elle lui demande de l’accueillir avec sa fille, Vina, qui a agressé un jeune homme et qui est exclu de son établissement scolaire. Là commence une toute nouvelle histoire…
 
Je suis littéralement tombée sous le charme de l’écriture envoûtante de l’autrice, puissante, un brin mystique. Isabelle SORENTE plante lentement le décor et brosse minutieusement les portraits de ses trois personnages. Il y a l’effet de rupture bien sûr avec l’événement qui touche directement Vina mais qui va rayonner et venir fragiliser les châteaux de cartes de chacun. Les passés sont douloureux, les secrets lourds à porter.
 
La gestation pour autrui dont Vina est le fruit n’est, elle, pas un secret. Isabelle SORENTE relate une histoire, méconnue qui a pourtant permis à de nombreuses familles d’enfanter, grâce à des mères porteuses en Inde. Georges et Elisabeth sont restés dans ce pays pendant 9 mois. Ils sont rentrés à San Francisco avec leur bébé de quelques jours. Mais cette histoire de maternité n’est pas sans laisser de trace… et nous amène à réfléchir. Cette pratique n'est interdite en Inde que depuis 2019.
 
Je me suis retrouvée subjuguée par la complicité du vieil homme avec son arrière-petite-nièce. Ce séjour va être l’occasion pour l’un et l’autre d’apprendre à se connaître et s’apprivoiser. Tous deux partagent quelques points en commun qui ne vont pas manquer de nourrir leur relation. J’ai particulièrement aimé la mutation des hommes au gré des événements, des rencontres, des confessions, et du pardon.


Parce qu’on est si vulnérable quand on n’est pas celui qu’on était, mais pas encore celui qu’on va devenir. P. 256

Et puis, il y a ce lien aux arbres et aux oiseaux tout à fait singulier comme un baume pour soigner ses plaies. L’écrivaine explique le parcours méditatif depuis sa source jusqu’à sa maîtrise. Je me souviens très bien du roman de Frédérique DEGHELT, « Sankhara » publié chez Actes Sud, qui fait l’éloge du silence pour se REconstruire et avancer. Là, il y a le silence aussi, mais il y a aussi et surtout le partage,


Il avait lu un jour que toutes les espèces vivantes cherchent à communiquer. Mais que signifie communiquer, si ce n’est partager un secret ? P. 386

une transmission entre deux générations, de quoi mettre le pied à l’étrier de Vina qui va vivre un parcours initiatique en version accélérée auprès de Thomas.


Quand tu commences à changer de point de vue, c’est un peu comme si… comme si tu apprenais à marcher. Tu commences à voir le monde de plus haut, alors forcément tu vois des choses que tu ne voyais pas avant. P. 262

Lui a appris l’exercice d’une femme, il y a longtemps maintenant. Elle lui a ouvert les portes de la liberté, intérieure et spirituelle. Thomas est un rescapé du camp de Tambov. Personnage de fiction, il est largement inspiré des Malgré-Nous. Le livre prend, de fait, une dimension historique, celle que j’aime tant côtoyer avec la littérature.

Je sors de cette lecture totalement fascinée.

Ce roman, lumineux, est captivant ! Il est tout juste lauréat du Prix de la Feuille d'Or 2021 décerné par France Bleu, France 3 et L’Est Républicain. Souvenez-vous, l'année dernière, le lauréat était "Ce qu'il faut de nuit" de Laurent PETITMANGIN chez La Manufacture du livre. Souhaitons que le roman de Isabelle SORENTE vive le même succès !

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2021-09-14T20:14:37+02:00

Le Monde qui reste de Pierre VERGELY

Publié par Tlivres
Le Monde qui reste de Pierre VERGELY

Éditions Héloïse D’ORMESSON 

 

Le premier roman de Pierre VERGELY, c'est un coup de coeur, l'occasion d'un nouveau clin d'oeil à Marie MONRIBOT et son "Coeur gros".

 

Nous sommes au début de la seconde guerre mondiale, le 10 mars 1941. Tout commence avec cette arrestation. Charles Vergely, surnommé « Finch », a 18 ans. Il se rend pour épargner ses parents. Suivront des interrogatoires musclés. Il est transféré au Cherche Midi, puis au Fresne. Son quotidien est rythmé par les actes de torture mais il ne lâchera rien. Non, l'ennemi n'obtiendra pas le nom de celui qui a commandité cette lettre à partir pour Londres. Ni Charles VERGELY ne cèdera, pas même par les autres prisonniers de son réseau. Les 17 accusés pour espionnage, aide à l’ennemi, opinions gaullistes… seront condamnés à mort par le tribunal militaire installé à proximité du Crillon à Paris. Dès lors, la vie prend une toute nouvelle dimension.

 

Avec ce roman historique, Pierre VERGELY rend hommage à son père, un soldat, un résistant, un jeune homme dont la maturité est redoutable.


Hier, avec mes camarades, nous avons gagné le plus grand des procès : nous avons acquis le pouvoir d’être tués pour nos idées. P. 74

Il n’a que 18 ans et pourtant, quel amour pour la patrie, quel sens du devoir ! Loin de ses parents, confronté à la haine de ses bourreaux, il garde la tête haute. Il est absolument incroyable de courage. S'il est abattu par l'ennemi, il veut pouvoir le regarder en face. Le pire des châtiments serait pour lui de mourir les yeux bandés.

 

Et puis, il y a la place du beau. Alors que tout n’est que misère, déchéance et insalubrité… Charles VERGELY mène une quête insatiable.


En caressant la beauté, l’imaginaire m’offre d’échapper à la laideur du temps présent. P. 121

C’est assez incroyable et pourtant… il a cette volonté et cette témérité qui font de lui quelqu'un d'exceptionnel. Pour surmonter la torture dont il était victime chaque jour, il avait choisi sa voie. Comme j'ai aimé ce passage sur les objets qu'il s'amuse à détourner de leurs usages. Ils ne sont pas nombreux dans la cellule mais à chacun, il porte une attention toute particulière et fait fonctionner son imagination pour lui trouver une nouvelle vocation, belle ou drôle bien sûr. Tout cela n'est qu'un jeu, n'est-ce pas !

 

Enfin, il y a la place des livres. Je n'ai bien sûr pas pu m'empêcher de noter toutes ces références distribuées à l'envi. Quelle émotion devant l'ouverture d'un colis reçu de sa mère dans lequel il trouvera savon, chaussettes tricotées et... "Jérôme 60°" de Maurice BEDEL. Si là n'est pas l'essentiel...

 

Chez les VERGELY, il y avait de l'amour, c'est certain. La relation de couple entre père et mère est nourrie de cette force que rien ne pourrait détruire, et puis, il y a celle de Charles entretenue alternativement avec son père et sa mère. Là, juste vous dire que j'ai été bouleversée par la lecture de quelques moments de complicité. Impossibilité de se toucher, de s'étreindre au parloir, il n'y a que les regards, mais quelle puissance ! 

 

Dans une plume tendre et délicate, le fils fait de son père un personnage de roman. Il dresse un portrait éminemment honorable d’un résistant et assure la mémoire de celles et ceux qui ont donné leur vie pour leur pays. Pierre VERGELY réussit à traiter un sujet grave avec humour, c'est la preuve de son immense talent.

 

Ce roman, c’est une prouesse littéraire, un premier roman EXTRAordinaire. Il fait partie de la présélection des Talents Cultura 2021 !

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2021-09-10T10:14:45+02:00

Au-delà de la mer de Paul LYNCH

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Au-delà de la mer de Paul LYNCH

Albin Michel

 

Bolivar commence sa journée. Il est prêt à partir pêcher en mer. Rien ne saurait l’arrêter, ni son chef, Arturo, qui l’intime de rester à terre, ni la tempête annoncée par les services de météo, ni l’absence d’Angel, son binôme habituel, ni même Hector, l’adolescent recruté par défaut. Il est fou mais le voilà à bord de son panga. Son objectif, s’éloigner de la côte d’une centaine de milles pour accéder à sa zone de pêche favorite, les autres, les « gosses », ne s’y aventurent pas, c’est « le bout du monde ». Bientôt le vent se lève, les déferlantes aussi, l’eau envahit le bateau, il faut l’écoper… au péril de sa vie. Là commence une toute nouvelle histoire !

 

Dans un environnement de fiction et dans le huis clos du bateau de pêche, les deux hommes de deux générations différentes soumis à la furie des éléments, au rythme des levers et couchers de soleil, à l’action du sel sur les corps et les âmes…


Il commence à se dire que tous ses souvenirs vont disparaître, comme si le sel était en train de ronger l’espace où les images sont encloses. P. 127

ils vont progressivement tisser le fil d’une certaine forme d’amitié, contraint par les éléments à la solidarité. 

 

Au rythme de la réminiscence des souvenirs et des introspections de chacun…


Il se tait pour se plonger dans une vision intérieure qui le ramène vers les lieux d’autrefois. P. 96

les hommes improvisent la confession à haute voix de leurs maux, leurs fautes, leurs regrets. Et si leur dessein devenait maintenant la quête du pardon ?

 

Entre les phases de sommeil et d’éveil, rêve et réalité, hallucination et matérialité, les mots posés sur les émotions sont profondément touchants. J’ai senti mon coeur se serrer et s’étreindre.

 

Et puis, j’ai succombé devant les philosophies de vie, ou de mort, des deux personnages. À chacun son parti pris (sans aucun jugement de l’auteur), tout est affaire de volonté, de « force vitale », un concept que Paul LYNCH se plaît à explore, pour notre plus grand plaisir.


[…] celui qui choisit de mourir plutôt que de vivre est le seul à comprendre ce qu’est la liberté. P. 182

Dans une plume onirique que je découvre, Paul  LYNCH nous transporte au fil de l’eau et nous offre un formidable voyage. J’ai noté des dizaines de citations, de quoi alimenter quelques chroniques à venir 😉

 

Merci Sandra pour cette très belle nouvelle référence du Book club.

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2021-09-08T06:00:00+02:00

SAINT PHALLE Monter en enfance de Gwenaëlle AUBRY

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SAINT PHALLE Monter en enfance de Gwenaëlle AUBRY

Éditions Stock

Il y a plusieurs manières d’aborder l’œuvre monumentale de Niki de SAINT PHALLE, aller dans un musée, naviguer sur la toile, lire le roman « Trencadis » de Caroline DEYNS ou bien « SAINT PHALLE Monter en enfance » qui sort aujourd’hui en libraire, un livre de Gwenaëlle AUBRY.

Au fil de XII chapitres, dont les titres sont choisis parmi les vingt-deux cartes du jeu, les Arcanes majeurs, Gwenaëlle AUBRY propose une forme de médiation artistique singulière autour de l’œuvre de Niki de SAINT PHALLE, le Jardin des Tarots réalisé sur la colline de Garavicchio en Toscane.

Elle déroule le fil de l’existence d’une artiste hors norme. La vie avait bien mal commencé pour elle avec ce viol incestueux à l’âge de 11 ans, l’été des serpents. A l’instar de sa mère qui voulait tout cacher, Niki de SAINT PHALLE montre tout, elle se joue de tout pour mieux se venger. Elle se marie avec Harry MATHEWS comme les règles de la bourgeoisie l’y obligent. C’est avec lui qu’elle a deux enfants mais ils ne sauraient la retenir au foyer familial. L’appel de l’art est trop fort. Elle rencontre Jean TINGUELY avec qui elle va jouir de l’existence. Lui est un passionné de Formule 1. Tous deux me font penser au couple formé par « Gabriële » BUFFET et PICABIA. Ils sont fougueux, ils croquent la vie à pleines dents, enivrés par la vitesse de leur bolide comme des événements.

Leur amour, Niki de SAINT PHALLE le qualifie d’une

amplification l’un de l’autre P. 111

Niki de SAINT PHALLE et Jean TINGUELY ont ce point commun d’être des victimes de violence de leur père, à eux deux, ils en feront une force, un élan de création. Il y a, à partir de 1961, les tirs de carabine. Dans un contexte géopolitique des plus explosifs, elle tire sur les hommes, son père, sa mère, les institutions, l’Eglise… donnant naissance à des coulées de couleurs primaires, puis noires, sur des tableaux blancs faits de plâtre et mille et un objets collés, souvent coupants, tranchants… Il y aura ensuite les mariées, et puis, naîtra Hon, en 1966 à Stockholm,


La plus grande putain du monde

Dès lors, plus rien ne peut les arrêter. En référence au roman de Ralph ELLISON « L’Homme invisible » sorti en 1952, Niki de SAINT PHALLE créera sa première Nana en 1966, Black Rosy en hommage à Rosa Parks.

De là à imaginer la création du Jardin des Tarots, il n’y a qu’un pas que les artistes franchiront main dans la main.

Dans une narration à la première personne du singulier, Gwenaëlle AUBRY prête sa plume tantôt à la voix de Niki de SAINT PHALLE, tantôt à sa démarche personnelle. J’ai beaucoup aimé le croisement des trajectoires et le concept de « Monter en enfance ».


Sans doute sait-elle que ce ne sont pas les monstres qui pourchassent les enfants, mais que l’enfance est elle-même le monstre auquel on tente, sa vie entière, d’échapper. P. 29

Toute la vie de Niki de SAINT PHALLE aura été un combat…


Mers du Sud, neiges éternelles ou brasier sacrificiel : elle cherche l’élément où disparaître, où se dissoudre pour mieux renaître. […] C’est comme si elle avait besoin de réunir en un seul geste ce qui la tue et ce qui la sauve. D’embrasser de très près ce qui la menace pour forcer son salut. De plonger dans le noir pour en faire surgir la couleur. P. 244/245

pour notre plus grand plaisir aujourd’hui.

Je suis totalement fascinée par le personnage, la femme, la féministe, l’artiste. Merci infiniment, Gwenaëlle AUBRY, de nous offrir, avec ce merveilleux opus, l’opportunité de renouer avec cette grande femme de l’Art. Je sors enivrée de l'avoir accompagnée tout au long de ces 278 pages.

Cet essai fait partie de la première sélection du Prix Renaudot. Bravo !

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2021-09-07T21:47:38+02:00

Enfant de salaud de Sorj CHALANDON

Publié par Tlivres
Enfant de salaud de Sorj CHALANDON

Éditions Grasset

Je referme « Enfant de salaud », le 10ème roman de Sorj CHALANDON, et suis sous le choc d’une telle prose, d’une telle mise en abîme de deux trajectoires.

Tout commence avec la visite de la Maison d’Izieu dans l’Ain, celle qui a accueilli une colonie d’enfants, celle qui les as vus raflés le 6 avril 1944 par la Gestapo. 44 enfants ont été déportés avec les adultes qui s’occupaient d’eux. Le narrateur, journaliste, ressent au plus profond de son corps les vibrations de cette maison. Il repart avec plus de mystères à élucider que de réponses aux questions qu’il se posait à son arrivée. Peut-être que le procès de Klaus BARBIE lèvera le voile sur son lot ignoble de la grande Histoire, à moins que ça ne soit les confrontations avec son propre père qui finissent par l’éclairer…

Sorj CHALANDON fait de son histoire familiale, une nouvelle fois, le sujet d’un roman. La littérature lui permet de jouer avec les temporalités et d’orchestrer la synchronisation de deux formes de procès. Il y a celui qui est grand public, en 1987, devant la Cour d’Assises de Lyon. Il y a celui qui se passe au sein d’un microcosme familial. Dans les deux cas, l’auteur est en quête de vérité, qu’il s’agisse de son cadre professionnel comme de l’intime.

Les premières pages sont absolument glaçantes. Elles permettent à l’auteur d’honorer la mémoire des déportés d’Izieu, de laisser une trace pour les générations à venir. Qu’on se le dise. Tous ont été transférés vers les camps de la mort parce qu’ils portaient une étoile jaune.

Mais très vite, le roman se focalise sur le père de l’auteur, un mythomane, un affabulateur, un usurpateur. Le journaliste professionnel mandaté pour couvrir le procès de Klaus BARBIE découvre un être porté par un dessein abject.


Être anonyme, ta vie entière s’est construite autour de cette menace. P. 144

J’ai été frappée tout au long de cette lecture, coup de poing, par l'omniprésence de la fuite.

La fuite du père qui s’est toujours sorti d’affaire, changeant de camp comme de chemise, portant indifféremment la Croix de Lorraine et la croix gammée. Il n’a ni honte, ni honneur, c’est le salaud tel que Sorj CHALANDON le définit :


Le salaud, c’est l’homme qui a jeté son fils dans la boue. Sans traces, sans repères, sans lumière, sans la moindre vérité.

L’auteur se dit trahi par son père. Depuis sa plus tendre enfance, depuis la révélation de son grand-père :


Ton père pendant la guerre, il était du mauvais côté. P. 32

il n’a eu d’objectif que de découvrir les activités de son père pendant la seconde guerre mondiale. 

La fuite, c’est aussi la voie empruntée par celui qui sera condamné à perpétuité. Klaus BARBIE a usé du droit français pour échapper lors de son procès au regard de ses victimes, aux témoignages des actes de tortures qu'il avait ordonnés.

La narration à la seconde personne du singulier est d'une force redoutable, les mots tranchants, les silences assourdissants, la fin magistrale.

Les jurés du Prix Goncourt ne s’y sont pas trompés. Il s’agit là d’un nouveau coup de maître de l’auteur, il figure dans la première sélection. Haut les cœurs pour ce grand homme de la littérature !

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2021-08-31T18:21:15+02:00

Simone de Léa CHAUVEL-LEVY

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Photo de Simone copyright de Man RAY 1927

Photo de Simone copyright de Man RAY 1927

 
J’aime profondément découvrir le Paris des années 1920-1930. Mais si des romans font aujourd’hui la part belle aux hommes et femmes célèbres, j’aime aussi sortir des sentiers battus. C’est précisément ce que nous offre Léa CHAUVEL-LEVY avec son premier roman, « Simone ».
 
Simone Rachel KAHN vient de subir un avortement clandestin. Nous sommes en 1920. Elle a 23 ans, 10 de plus que ce terrible jour où elle a été violée sur le chemin de la boulangerie. Ces deux faits resteront cachés des siens. La haute bourgeoisie ne saurait accepter ces mésaventures. Et puis, l’histoire d’amour avec Voldemar est sans lendemain. Il part six mois aux Amériques. Enfin, Simone, jeune femme cultivée, passionnée de littérature, est promise à un fils de bonne famille. C’est pourtant pour André qu’elle va vibrer, André BRETON, l’un des « trois mousquetaires » comme ils sont appelés à l’époque. BRETON, SOUPAULT et ARAGON sont les fondateurs de la revue Littérature dans laquelle des toiles de Jean BRAQUE, PICASSO… sont publiées, comme des textes de Jacques RIGAUT, l’ami de Simone. Il n’en faudra pas plus pour que ce petit monde se croise, s’apprécie, se séduise… et s’énamoure.
 
Dans un roman construit en trois parties, Léa CHAUVEL-LEVY retrace cette année de l’existence de Simone qui la prédisposera à un mariage SURREALISTE. L’acceptation de cet homme, sans argent, par la haute société, n’a pas été sans heurt mais Simone fera preuve de persévérance et de conviction.
 
Ce roman, c’est une ode à la complicité de femmes. Il y a l’amitié avec Bianca MAKLES, il y a aussi tous ces moments passés par Simone avec Janine, sa soeur, Denise, sa cousine, dans la région strasbourgeoise, sous l’oeil attendri d’une tante, plus moderne et plus ouverte d'esprit que sa mère avec qui les relations sont particulièrement tendues.
 
Et puis, il y a cette histoire d’amour avec André, enfin, une histoire… dont Simone ne soupçonne pas l’issue., une histoire différente de ce qu’elle a pu vivre par le passé. Peut-être est-ce ça, l’amour ?
 


L’amour possède une emprise stupéfiante sur le temps, qui semble, parfois, le faire reculer. P. 136

Vous ne vivrez pas la fougue de Gabriële BUFFET et PICABIA avec leurs départs en trombe en voiture décapotable. Non, avec Léa CHAUVEL-LEVY, vous allez vivre au rythme lent de l'apprivoisement entre deux êtres que tout oppose. Avouons le, c’est un peu le choc des cultures entre Simone et André, ça méritait bien que leur relation démarre tout en douceur... 
 
L’amour que partagent Simone et André est singulière, c’est d’abord l’amour des mots, l’amour de la langue, l’amour de la littérature…


C’était pour ces moments d’osmose avec un texte qu’elle aimait tant la littérature : lorsque les mots se posent si parfaitement sur un état. P. 107

Léa CHAUVEL-LEVY fait de Simone un personnage de roman dont le portrait est brossé dans une plume raffinée. Les mots sont tendres, les phrases délicates, c’est assurément un beau roman historique, un roman original qui rend à Simone ce que BRETON lui doit !

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2021-08-18T06:00:00+02:00

Un tesson d'éternité de Valérie TONG CUONG

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Un tesson d'éternité de Valérie TONG CUONG
Lattès
 
Valérie TONG CUONG nous revient avec un nouveau roman, un thriller psychologique de haute volée : "Un tesson d'éternité", sa rentrée littéraire promet d'être fracassante !
 
Anna et Hugues habitent une villa surplombant la mer, ils font partie de ces gens privilégiés, à l'abri de tous soucis financiers, bien intégrés dans les sphères de pouvoir des CSP+. Ils ont un fils, Téo, de 18 ans, qui vient d'être accepté dans une école de commerce prestigieuse. Il s'apprête à passer son bac quand il est interpellé et mis sous les verrous pour agression et coups portés à un agent de police lors d'une manifestation. Les réseaux sociaux s'emballent. Ils médiatisent l'événement qui se retrouve sur les grandes chaînes de télévision. Léo devient le héros d'un mouvement de rébellion contre les forces de l'ordre dont les parents se seraient bien passés. Anna est pharmacienne dans le Village. Hugues est sur un nouveau poste, à la culture, à la mairie. Dès lors, c'est, pour tous les trois, une nouvelle page de leur histoire qui s'écrit...
 
Avec les années, et les différents romans déjà publiés, je me suis quelque peu habituée à la force de frappe de Valérie TONG CUONG mais là, croyez-moi, elle bat tous les records.
 
D'abord, l'écrivaine a un talent fou pour planter le décor en quelques mots et vous prendre à la gorge dès les premières lignes.


La voici au sommet d’une pente vertigineuse, du savon sous les semelles. À cet instant, elle pense encore pouvoir en contrôler la descente. P. 50

Je le sais, et pourtant, je me suis retrouvée piégée par les événements et l'ambiance incandescente. Valérie TONG CUONG ne desserrera l'étau qu'à la toute dernière ligne du livre, vous voilà prévenu.e.s.

Ensuite, il y a la focale posée par l'autrice sur Anna, le personnage principal de ce roman, une femme dont les origines et la vie d'adolescente ressurgissent dans ce qu'elles ont de plus misérables. Par la voie d'une alternance des chapitres, tantôt au présent, tantôt au passé, Valérie TONG CUONG réussit à tisser un fil ténu mais terriblement solide entre le destin de la mère et son fils. Anna va jouer la libération de son fils, à moins que ça ne soit la sienne…


D’où Anna venait, le monde n’était pas régi par des règles mais par la loi du plus fort, et le plus fort contrôlait par la peur. P. 189

Et puis, il y a la relation de couple qui va être explorée minutieusement par l'écrivaine, une relation mise à mal bien sûr par l'incarcération de leur fils et la pression sociale exercée.


Mais cette distance, cette absence de corps, de mots, ce vide en somme, c’est une gangrène qui les grignote une seconde après l’autre. P. 102

Avec ce roman, Valérie TONG CUONG explore des sujets d'actualité comme les manifestations des gilets jaunes et autres mouvements de foule contre tout ce qui représente l'autorité, le racket et le harcèlement scolaire… Mais elle ne saurait s'en contenter, non, ce qu'elle va scruter, c'est la hiérarchie, la colonne vertébrale de notre société, le déterminisme de nos origines dans ce qu'ils disent de nos comportements d'adulte... Par la voie d'Anna mais aussi d'une autre femme qu'elle va régulièrement croiser dans sa « nouvelle » vie, quand les masques tombent, les réalités vont éclabousser les persoen pleine figure.

Celle qui m'a captivée tout au long du roman, c'est Anna, une femme qui, derrière les apparences, s'attache à colmater les brèches. Quand elle se rend compte que l'édifice se fissure, elle se lance corps et âme dans le combat, elle n'a rien à perdre, ou presque.

J'ai été totalement fascinée par son rôle de mère et l'évolution de sa psychologie au fil des actualités qui l'assaillent. Valérie TONG CUONG avait déjà montré son talent dans ce registre avec "Les guerres intérieures", mais là, croyez moi, c'est de la haute volée, un coup de maître, une lecture coup de poing, quoi !

Le roman est haletant, le rythme soutenu, la fin vertigineuse, un thriller psychologique dans toute sa splendeur.

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