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Articles avec #coup de poing catégorie

2020-05-22T16:34:08+02:00

La deuxième femme de Louise MEY

Publié par Tlivres
La deuxième femme de Louise MEY

Editions du Masque

 

Ce roman, je l’ai acheté à la Librairie Contact d'Angers (l'occasion d'un petit clin d'oeil à l'équipe) suite aux recommandations d’Antoine BONNET de la Librairie Michel de Fontainebleau dans #unendroitoualler et Bernard POIRETTE sur Europe 1.

 

Assurément un très bon choix !

 

Sandrine tombe sous le charme de « l’homme qui pleure », celui dont la première femme est portée disparue et qu’elle découvre sur son écran de télévision. Elle décide de participer à une marche blanche, c’est là qu’elle va le rencontrer, en chair et en os. Une histoire d’amour commence, pour le meilleur et pour le pire !

 

Je ne vais pas vous en dire beaucoup plus sauf que le scénario machiavélique est parfaitement orchestré par une écrivaine talentueuse.

 

Dans le rôle de la victime, il y a Sandrine, une jeune femme que personne n’a jamais aimé. Elle mène avec son corps une guerre sans merci et se maltraite à coups de propos injurieux. Il n’en fallait pas plus pour que « l’homme qui pleure » tisse sa toile de prédateur, exploite les fragilités de celle qu’il va progressivement museler.

 

J’ai beaucoup aimé les relations établies entre l’enfant de « l’homme qui pleure », Mathias, et Sandrine, « La deuxième femme ». Il y a, dans la complicité établie entre ces deux êtres fragiles, maltraités, quelque chose de profondément intime et émouvant.


Et eux sont là, dans la cuisine, à attendre la guerre, sans savoir s’il faut lever le pont-levis, affûter les armes, sans savoir quoi faire. P. 63

Mais plus que tout, ce qui m’a touchée dans ce roman noir, c’est le mécanisme de l’emprise que « l’homme qui pleure » déploie sur une, puis deux, femmes. A l’intérieur de la maison, un huis clos à l’abri des regards, « l’homme qui pleure » s’octroie tous les droits. Il conditionne la vie familiale à ses émotions, ses états d’âmes, ses actes :


Il faut lire les petits signes. C’est comme un livre très important qu’il faut observer lettre par lettre pour connaître la fin de la journée. P. 188/189

Ce roman, je l’ai lu comme un acte militant. Louise MEY s’est beaucoup documentée sur les violences faites aux femmes et prouve ici ô combien ce qui se passe avant le premier acte physique est lourd de conséquence. L’humiliation, les propos, les comportements qui permettent d’instaurer un climat de peur, d’angoisse, sont autant de violences qu’il convient de repérer et de caractériser. L’écrivaine décrit avec précision cette échelle de violences. Elle évoque des petits détails qui pourraient paraître insignifiants s’ils n’étaient accumulés au quotidien dans le seul but de nuire par l’asservissement.

 

C’est un roman (Louise MEY aurait pu choisir la forme du récit de vie) qui, par son registre littéraire même, rend universel le scénario du prédateur.

 

Dans une plume fluide, Louise MEY varie les rythmes, plutôt lent dans la première partie du livre avec une accélération nette et fulgurante dans le dernier quart.

 

C’est une lecture coup de poing, haletante, que je ne suis pas prête d’oublier, comme tous les autres romans que j’ai lus et qui sont eux aussi en lice pour le Prix Maison de la Presse 2020 :

 

« Rivage de la Colère » de Caroline LAURENT,

« Et toujours les forêts » de Sandrine COLLETTE,

« Il est juste que les forts soient frappés » de Thibault BERARD.

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2020-05-15T17:34:21+02:00

Encore vivant de Pierre SOUCHON

Publié par Tlivres
Encore vivant de Pierre SOUCHON
 
Ce livre, comme beaucoup, a sa propre histoire. Un jour, j’ai découvert la chronique de L’ivresse littéraire. J’avais été frappée par ce que ma chère Amandine en disait. Je l’avais immédiatement acheté en librairie et puis, arrivé à la maison, il s’était fait devancer.
 
Avec le confinement, il m’a fait de l’œil, un peu plus que de raison.
 
La raison, parlons-en de la raison. Chichi, lui, l’a perdue. Le voilà en HP, hôpital psychiatrique. Il avait tout pour être heureux comme le disent souvent les gens. Il venait de se marier en grandes pompes dans ses Cévennes qu’il aime plus que de raison. Mais dans les jours qui ont suivi la cérémonie avec plus de 300 invités, il a tout quitté. Il est parti. À son réveil, il découvre qu’il est de nouveau (mal)traité par le corps médical. Il a la haine de tout, de tous. Il est en guerre !


C’était la guerre sociale, la pire, celle qui ne dit jamais son nom, celle qui s’égrène en éclats de rire en mots d’esprit dans les salons. P. 64

Dans une narration à la 1ere personne du singulier, Chichi crache son venin sur l’univers psychiatrique qui le met K.O. pour le soigner.
 
Au fil des visites et des pages écrites par un écorché vif, se dévoile progressivement la vie de Chichi.
 
Il y a l’univers dans lequel il évoluait ces dernières années, étudiant en prépa entouré de jeunes bourgeois. C’est dans ce milieu social qu’il fait connaissance avec Garance, il en est fou amoureux. Au début, tout nouveau tout beau, il s’approprie les codes des grands de la société, des penseurs, des investisseurs, de ceux qui surfent sur la vague du profit et bénéficient du système capitaliste pour préserver leur richesse et la faire fructifier, au mépris des petits.
 
C’est là que le bas blesse. Chichi, lui, il a été élevé par des hommes de la terre, de ceux qui parlaient l’occitan quand il était enfant et qui peu à peu se sont retrouvés dépossédés, y compris de leur outil de travail, à coup de réglementation européenne et de mondialisation. Les terres sont maintenant en friches, les hommes et les femmes exilés pour survivre.


J’achète tout, j’emprunte s’il le faut, je crédite, je revolve, je me ruine. Parce que toi, et vous tous, ici les déchirés, vous la tenez serrée entre vos mains brisées, vous la portez l’humanité. P. 95

Cette passion pour la terre et les hommes qui l’entretiennent, plus quelques autres histoires personnelles, auront raison de l’équilibre mental de Pierre SOUCHON.
 
L’écrivain est un primo-romancier. Il est journaliste et habitué à écrire mais là, l’exercice était périlleux. D’abord, il s’agit de sa propre vie, nous sommes dans l'autofiction. Mais aussi, parce que le sujet est grave et les êtres torturés. Le défi est relevé avec brio, chapeau.
 
Une nouvelle fois, ma chère Amandine, tu avais raison.
 
C’est, pour moi, une lecture coup de poing, de celles que l’on n’oublie pas pour tous un tas de... RAISON(s) !

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2020-04-24T06:00:00+02:00

Petit frère d’Alexandre SEURAT

Publié par Tlivres
Petit frère d’Alexandre SEURAT

Après "La maladroite", "Un funambule", je rechute avec la plume de cet auteur que j'ai eu la chance d'interviewer. Retrouvez son portrait brossé le 18 avril dernier !

Alexandre SEURAT, sa "marque de fabrique", c'est le roman noir. Et là, j'avoue que "Petit frère" relève du coup de poing le plus féroce. J'en suis sortie K.O..

La découverte macabre, c'est sa petite amie qui a lancé l'alerte. Il ne répondait pas mais elle savait. Elle savait qu'il était mort, dans l'appartement dans lequel il serait mieux, c'est ce qu'avaient prétexté les parents pour qu'il quitte la maison familiale devenue invivable à cause de sa présence et/ou son absence, ce qui était à peu près la même chose. Cet enfant, le petit frère, il a toujours suscité des tensions dans le foyer. Dans sa plus tendre enfance, il était au coeur de toutes les conversations, charmant, séduisant à l'envi, et puis, avec le temps, ses comportements, son incapacité à lui, mais à tous en réalité, à communiquer, en ont fait le petit canard tout noir de la fratrie. Ce n 'est pas faute de lui avoir lancé des perches, d'avoir essayé de le sortir de là, mais de là où ?

Ce roman d'Alexandre SEURAT, c'est l'histoire d'un décrochage, d’une chute vertigineuse, d’une descente aux enfers... du "Petit frère" du narrateur, enfin, du narrateur ça n'est pas tout à fait exact, du grand frère posé en spectateur dans une narration à la 3ème personne du singulier. Largement éclairé par "Un funambule", avec "Petit frère, cette fois, l'écrivain donne à voir les choses de l'extérieur. Il y a ce pas de côté, ce surplomb, qui fait toute la différence. 

Le coup de poing, avec cette lecture, il est pluriel.

Il y a le direct, avec cette mort, découverte par le père. La mort d'un homme que l'on suppose jeune, incapable de s'épanouir dans l'environnement dans lequel il évolue. "Petit frère" est trop sensible. Alors, devant des faits, face à des comportements, en confrontation avec les autres, il surréagit. Tout l'agresse, l'étouffe, le met hors de lui. Trop beau, trop grand, trop lumineux, en réalité, trop tout ! "Petit frère", c'est l'image même d'un garçon que l'on qualifierait aujourd'hui de différent, mais à cette époque-là, il y a peut-être une vingtaine d'années, ce mot-là n'existait pas, ou bien il n'était pas utilisé avec ce sens-là, et puis, il vivait dans une famille bourgeoise où chaque geste était convenu, alors, forcément, lui n'était pas à sa place. 

Plutôt que différent, certains l'ont dit malade. L'était-il ? N'était-il pas question, plutôt, de normalité ? Mais qu'est-ce que la normalité ?

Il y a ensuite le crochet avec ces carnets dans lesquels "Petit frère" écrivait, dessinait. Comme dans la "vraie vie", il s'agit de petites phrases, qui, jamais, ne s'inscrivent dans le dialogue, l'échange, la conversation. Ce sont autant de petites phrases, assassines, qui, toujours, renforcent la tension déjà palpable, le malaise grandissant. Dans ses carnets, "Petit frère" y décrit ses états d'âme, quelques mots qui donnent à voir l'état de sa détresse, son désarroi et sa tristesse, sa solitude... des dessins aussi, ils m'ont touchée en plein coeur.

Il y a enfin l'uppercut, celui que vous n'avez pas vu venir, celui qui vous prend par en-dessous et qui vous fait lâcher prise. A force de décrire, tantôt la vie de ces dernières semaines, de ces derniers mois, tantôt les souvenirs de l'enfance et l'adolescence, l'écrivain dévoile un fait, un secret de famille très bien gardé, qui, peut-être, pourrait expliquer quelque chose, mais quoi ?

Ce roman m'a mise K.O.. Le ton y est si juste, j'en ai ressenti les vibrations jusque dans mes tripes. Dans un texte composé de phrases courtes, percutantes, chaque mot vous coupe la respiration. Alexandre SEURAT joue le rôle d'équilibriste entre les vides et les pleins, l'absence et la présence. Il inscrit l'histoire dans les murs (moi qui suis passionnée par l'urbanisme et ses effets sur l'individu, j'y suis particulièrement sensible). Il y a ceux de la maison familiale dans laquelle la tension est à son paroxysme et puis il y a ceux de l'appartement, ce refuge d'adoption. "Petit frère" est littéralement habité !


Si je tâtais les murs, mes doigts heurtaient des angles. P. 89

Dès lors, la machine destructrice était lancée, la chute devenait irréversible. Il ne restait plus qu'à en connaître le moment.


Les coutures du monde craquaient les unes après les autres. P 79

Dans ce roman intimiste, Alexandre SEURAT pose des mots sur des maux. Largement inspiré de son histoire personnelle (une confidence faite lors de notre entretien), ce roman décrit la vie de "Petit frère", assailli par un poids trop lourd à porter dans une  famille où chacun cherche sa place mais où tous sont liés. L'auteur nous livre "une approche clinique en s'arrêtant au seuil de l'analyse des responsabilités". 


Je serrais la rambarde du lit : je me disais que peut-être il y avait des mots qu’il aurait suffit de dire, pour l’atteindre, mais je ne les trouvais pas. P. 66

Loin de lui l'idée d'un livre d'accusation mais plus d'une réhabilitation. 

S'il ne croît pas personnellement en l'écriture thérapie, il me l'a dit, il est un mot qui, pour moi, dévoile la démarche, peut-être inconsciente, d'Alexandre SEURAT. C'est le tout dernier mot du roman : "m'apaise", comme un point final à une histoire familiale et littéraire arrivée à son terme.   

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2020-03-03T17:45:00+01:00

Le Ghetto intérieur de Santiago H. AMIGORENA

Publié par Tlivres
Le Ghetto intérieur de Santiago H. AMIGORENA

Editions P.O.L.

 

Ce roman, c'est ma fille qui me l'a conseillé. Elle a sacrément bien fait et je l'en remercie très chaleureusement !

 

Je vous dis quelques mots de l'histoire.

 

Vicente a quitté Varsovie en 1928. Après un long parcours, il s’installe finalement à Buenos Aires. Il rencontre Rosita avec qui il a trois enfants. Il succède à son beau-père dans la gestion du magasin de meubles, héritage familial. Tous habitent un appartement à quelques centaines de mètres de l'entreprise. La vie pourrait être un long fleuve tranquille, et pourtant... Si Vicente, en quittant sa mère, lui a fait la promesse de lui écrire régulièrement, il n’a en réalité pas tenu son engagement. Il n'a pas nourri l’échange épistolaire alimenté exclusivement par elle pendant toutes ces années. Et puis, en 1938, les lettres se font plus rares, elles lui dévoilent à demi-mots la condition des juifs enfermés dans le Ghetto de Varsovie. C’est alors que les origines de Vicente resurgissent cruellement et le conduisent progressivement à se murer dans le silence. Là commence une toute nouvelle histoire...

 

Ce roman de Santiago H. AMIGORENA, dont je ne connaissais pas la plume, est inspiré de la vie familiale de l'écrivain. Vicente n'est autre que son grand-père. Il aurait pu en faire un récit, il a choisi la fiction, la littérature permet de donner à des personnes dites ordinaires l'étoffe de héros éminemment romanesques. Je me suis plongée avec grand plaisir dans cette histoire singulière au rythme soutenu et au suspens intense. 

 

Des livres qui racontent la persécution du peuple juif pendant la seconde guerre mondiale, il y en a beaucoup, et pourtant, celui là est EXTRA-ordinaire.

 

Son originalité repose, je crois, dans la métaphore du ghetto. Si Vicente, lui, a quitté suffisamment tôt son pays pour s'assurer une existence à l'abri de l'oppression nazie, si Vicente, lui, n'a pas été encerclé par les murs du Ghetto de Varsovie, il s'emmure, seul, dans un Ghetto intérieur. A force de nourrir son sentiment de culpabilité à l'égard de sa mère, de ses frère et soeur aussi, son impuissance à les aider d'une quelconque manière qu'elle soit, Vicente se referme sur lui-même, il se réfugie dans le mutisme. Il prend progressivement de la distance vis-à-vis de ses proches, hanté par ses démons. Il laisse choir l'amour que tente désespérément sa femme de lui prouver, il ne répond pas interpellations de ses enfants, Martha, Ercillia et Juan José, comme autant de bouées de sauvetage lancées à un homme en train de se noyer. Il RESISTE au naufrage et c'est ce que Santiago H. AMIGORENA explore avec minutie dans ce roman. 


Les mots se précipitaient les uns contre les autres, et si parfois ils composaient des phrases qu’il arrivait à comprendre, des pensées qu’il arrivait à suivre, le plus souvent ils se battaient et tombaient défaits sur le trottoir, formant de petites tâches sombres comme des cafards qui se mêlaient aux déjections claires ou verdâtres des pigeons. P. 92

User des mots, jouer avec eux, c'est l'apanage des écrivains. Dans la démarche de Santiago H. AMIGORENA, peut-être y a-t-il quelque chose de l'ordre de la résilience. Ecrire ce roman n'est-il pas la voie qu'il s'est choisi, lui, le petit-fils, homme des mots justement, pour RESISTER aux drames vécus par la génération de ses grands-parents et qui continuent de l'affecter. Nul doute que Caroline CAUGANT aimerait profondément réfléchir à la question !

 

Outre les événements qui, malheureusement, relèvent de l'ignominie humaine et qui pourraient être universalisés, il y un sujet qui m'a beaucoup frappée dans ce roman, c'est la puissance de la condition juive.


Être juif, pour lui, n’avait jamais été si important. Et pourtant, être juif, soudain était devenu la seule chose qui importait. P. 70

Avec le personnage de Vicente, une nouvelle fois, il nous est prouvé que nous sommes empreints, que nous le voulions ou non, que nous l'acceptions ou non, de nos origines. Mais "Etre juif", c'est encore plus fort que la simple réminiscence d'une éducation religieuse, c'est aussi et surtout tout ce qui va avec. Dans "Où vivre", Carole ZALBERG décrit parfaitement l'indéfectible lien qui unit une communauté. Peu importe aujourd'hui sa diversité, son interculturalité, peu importe aujourd'hui son pays d'adoption, "Etre juif" se perpétue à travers les générations. Il en est une qui portait dans sa chair le numéro de sa déportation, il y a toutes les autres qui porteront comme un inlassable fardeau les marques laissées à jamais dans leur esprit.

 

Vous l'aurez compris, Santiago H. AMIGORENA, auteur contemporain, fait se croiser subtilement la trajectoire d'une famille avec celle de la grande Histoire et nous livre un roman tout à fait saisissant. Quant à sa plume, elle est tout en sensibilité, profondément bienveillante, comme un baume pour panser des plaies ouvertes à jamais.

 

Une nouvelle lecture coup de poing de ce début d'année !

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2020-02-28T08:00:00+01:00

La nuit nous serons semblables à nous-mêmes d’Alain GIORGETTI

Publié par Tlivres
Photo prise "Au coeur des soins"

Photo prise "Au coeur des soins"

Alma éditeur

La rentrée littéraire de janvier 2020 nous réserve de très belles surprises comme ce premier roman d’Alain GIORGETTI dont la plume est absolument remarquable.

Adèm est allongé, dans le noir, au bord de la mer. Il nous parle d'espoir, d’attente aussi, du jour, de la nuit, de la vie, de la mort. On soupçonne dès les premières lignes qu’il n’est pas là, en vacances, et qu’il ne sort pas d’un bain de minuit, non, sa situation est tragique et effroyable mais là commence toute l’histoire.

Alain GIORGETTI s’est largement inspiré de la photographie du petit Aylan, 3 ans, kurde, découvert mort sur une plage de Turquie, le 2 septembre 2015, largement médiatisée. 

Porté par cette photographie, l'écrivain nous plonge au coeur d'un homme, il nous en livre une véritable introspection. Au fil de la vie du garçon, le narrateur, qui, avec sa soeur, sont tous deux écorchés par la vie dès l'enfance, élevés par leurs grands-parents, en partance pour un avenir meilleur, Alain GIORGETTI va égrainer les sentiments comme autant de perles venant composer un collier. Tour à tour, il va décrire les moments de joie, d'intense bonheur, de complicité, de chaleur humaine, et puis ceux d'une profonde tristesse, du désarroi, de la peur, de l'ignominie humaine.  


La mémoire est un paradoxe vivant. Elle entasse les joies et les peines comme des bibelots sur des étagères. Impossible de faire correctement la poussière sans tout déplacer, sans rompre les liens invisibles dont elle est tissée. P. 15

Ces sentiments, ce sont ceux d'un jeune homme au parcours initiatique chahuté, ils pourraient être ceux de tous ces mineurs isolés qui font notre actualité.

L'écrivain évoque un pays d'origine en guerre, un pays où le droit de manifester contre le régime est réprimé, un pays où la dictature oblige les hommes à se taire. Il parle de la guerre, celle-là même qui réduit plus encore la condition des femmes :


Même lorsque la guerre n’est pas exactement la guerre, la violence pas exactement la violence, les femmes demeurent les premières victimes du pouvoir, quel qu’il soit nous avait dit un jour notre instituteur. P. 41

Si Alain GIORGETTI m'a profondément émue avec le destin de cette famille, il m'a aussi beaucoup touchée avec la vie du camp, organisée et hiérarchisée comme la vie en société. Cette lecture m’a profondément rappelée celle de "L'île des oubliés" de Victoria HISLOP. C’est un peu comme si l’humain, quel qu’il soit, où qu’il soit, incarnait naturellement la notion du pouvoir. Inlassablement, il y a les dominants et les dominés, les passeurs et les migrants, les manipulateurs et les victimes. Etre pieds et mains liés relève juste de l’indicible, et pourtant, Alain GIORGETTI trouve les mots, signe d’un immense talent.

L'auteur nous livre une odyssée, éminemment romanesque. Il fait du narrateur un personnage hors du commun, un héros, peu importe de quoi sera fait son avenir. Le roman est mené tambour battant, le rythme est soutenu, l'émotion à fleur de peau. La qualité de la plume est profondément belle, attendrissante et poétique à l'envi : 


Ma mémoire est comme neuve. Et je suis capable d’attraper le moindre souvenir au collet, que ce soit à l’aide d’une corde de piano ou d’une brindille, disait-elle. P. 247

Alain GIORGETTI honore le travail d’un photographe turc, Ozan KÖSE.

Mais je dois bien l'avouer, j'ai vu aussi dans ce roman un propos militant. Alain GIORGETTI a une bonne cinquantaine d'années, ma génération, il dénonce avec vigueur la société internationale du XXIème siècle, celle-là même qui continue d'oppresser les hommes, les oblige à affronter vents et marées, à la vie à la mort. J'ai été profondément touchée par ce plaidoyer, le cri du coeur d'un homme que l'actualité révulse et qui pourtant, porte un propos attendrissant sur l'humanité, éveillé qu'il est personnellement par le propos naïf d'une enfant, sa propre fille de 4 ans qui, au retour de l'école, lui raconte ce qui pourrait relever de l'anecdote... C'est une lecture coup de poing !

Une nouvelle fois, un immense bravo à cette maison, Alma éditeur, que je remercie pour ce très beau cadeau. Elle a du flair pour repérer de jeunes talents et permettre à des primo-romanciers de mettre en lumière leur écriture. Je souhaite à Alain GIORGETTI une très belle carrière d'écrivain, regardez ce que vit Lenka HORNAKOVA-CIVADE !

Cette chronique est l'opportunité d'un petit clin d'oeil à Amélie de l'Institut "Au coeur de soins", c'est dans son univers qu'a été prise la photo !

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2020-01-24T17:40:00+01:00

Et toujours les Forêts de Sandrine COLLETTE

Publié par Tlivres
Et toujours les Forêts de Sandrine COLLETTE

Lattès

L'univers littéraire de Sandrine COLLETTE est reconnaissable entre tous. J'ai, de mon côté, lu "Juste après la vague", "Six fourmis blanches" et "Un vent de cendres", et tout récemment "Et toujours les Forêts". 

Corentin est né d'une mère séquestrée, une mère qui était condamnée à porter l'enfant de la honte. Elle ne sera libérée au grand jour que lorsque son bébé sera prêt à naître. Mais ce bébé, Marie n'en voulait pas. Alors, après sa naissance, elle a pris l'habitude de le confier à d'autres, et puis un jour, elle l'abandonne dans la forêt, à deux pas de la maison d'Augustine. C'est elle qui va l'élever. Les études supérieures le guident vers la ville. Dans la cité urbaine, il va se lier d'amitié avec des étudiants de son âge qui fréquentent les galeries souterraines. Un jour, la "catastrophe" se produit. Lorsqu'il sort de la galerie, le monde est dévasté. Là commence une nouvelle histoire, à la vie, à la mort.

Comme pour "Juste après la vague", Sandrine COLLETTE puise son inspiration dans l'actualité environnementale, le réchauffement climatique. Elle nous livre un scénario apocalyptique. Les couleurs ont disparu, les sons aussi, il ne reste plus qu'une nature dévastée, noire, brûlée, avec seulement quelques survivants, condamnés à l'isolement. 


Arracher au sol de quoi survivre chaque jour leur prenait tout leur temps, toute leur énergie. Pour l’avenir, pour les rêves, il n’y avait plus de force. P. 37

Comme dans chaque roman, l'écrivaine se focalise sur un petit noyau d'individus dont elle va explorer les tréfonds jusqu'à faire émerger la sauvagerie. Réduits à satisfaire leurs besoins vitaux, les hommes, affamés, perdent la raison ! La psychologie de Corentin, Augustine et les autres, est sondée, scrutée, fouillée à l'envi. Sous la plume de Sandrine COLLETTE, ils deviennent effroyables devant des choix qui ne le sont pas moins.


Les hommes étaient intrinsèquement des meurtriers. Ils puaient la mort. P. 169

Dans ce roman, comme dans beaucoup d'autres de Sandrine COLLETTE, il est question de survie. Elle démontre ô combien nous ne sommes pas tous égaux dans la façon, instinctive, de fixer nos priorités. L'écrivaine illumine par le jeu de l'écriture la philosophie de chacun, le petit brin d'espoir qui donne à l'un, à l'autre, la force de faire un nouveau pas. Elle cerne les contours de la maternité, la relation du père aux enfants aussi. À chacun sa manière de RÉSISTER devant une nature impitoyable pour l’Homme qui s’est acharné à la détruire et de croire en un éventuel renouveau. Assurément, c'est une lecture coup de poing !

Si d'aventure vous pensiez que Sandrine COLLETTE risque, avec le temps, de manquer d'imagination pour renouveler son genre, il n'en est absolument rien, je tiens à vous en convaincre. 

Si personnellement, je suis progressivement devenue une lectrice inconditionnelle de ses histoires, j'avoue être toujours totalement scotchée par l'intrigue, que dis-je, les intrigues. Parce que, lorsqu'on a le talent de Sandrine COLLETTE, on ne recule devant rien. L'écrivaine livre une histoire rythmée par les pièges qu'elle ne manque pas de tendre à ses personnages. A peine l'un évité qu'un nouveau apparaît, donnant ainsi au roman une cadence infernale.

Quant à la chute, elle est magistrale, bien sûr !

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2019-11-23T07:00:00+01:00

Le bal des folles de Victoria MAS

Publié par Tlivres
Le bal des folles de Victoria MAS

Albin Michel

Nous sommes en mars 1885. Louise se réveille, enfin, comme chaque jour, c'est la dernière à ouvrir l'oeil et à daigner mettre le pied à terre. Toutes les autres femmes s'agitent déjà, se coiffent, s'habillent. Ses voisines de chambre, des "folles", répondent déjà aux ordres de Geneviève. Fille  de médecin, elle est infirmière depuis une vingtaine d'années à La Salpêtrière, le haut lieu d'exercice du Professeur Charcot, neurologue. Pour rythmer la vie de l'établissement psychiatrique, il y a bien les expérimentations menées par Charcot sur Louise pour nourrir ses cours, mais il y a aussi un événement annuel qui met toutes ces femmes en ébullition, le bal de la mi-carême. C'est le moment où le tout Paris, entendez ces bourgeois bien sûr, vont assister au grotesque carnaval organisé pour mettre en scène des êtres privés de liberté. On vient à La Salpêtrière un peu comme si on allait au zoo. Alors, il faut qu'elles soient belles, ces femmes, et puis, les chiffons les occupent si bien, les émerveillent même, une véritable bouffée d'air dans un quotidien triste à mourir. Certaines s'en arrangent comme Thérèse, la plus ancienne de l'établissement, d'autres ne décolèrent pas comme Eugénie, enfermée par son père avec la complicité de son frère, pour ses propos troublant l'ordre moral. Et si le château de cartes si minutieusement construit venait à se fragiliser avec la révélation d'un terrible secret... là commencerait une toute nouvelle histoire, non ? 

Victoria MAS, dans ce premier roman sélectionné par les fées des 68 Premières fois, lauréat du Prix Stanislas et du Prix Renaudot des Lycéens 2019, nous offre une galerie de portraits de femmes comme un miroir de la société française du XIXème siècle. Il y a Louise bien sûr, personnage largement inspiré d'une femme qui a réellement existé, Augustine, celle dont le corps a servi le Professeur Charcot pendant de longues années. Il y a Thérèse aussi que La Salpêtrière protège de l'environnement extérieur, au point de ne plus vouloir la quitter. Il y a encore Eugénie, une représentante de toutes ces femmes que l'on muselait à l'époque et que l'on internait pour les faire taire. Toutes ces femmes sont éminemment romanesques et donnent à voir la condition féminine de l'époque, des êtres sous le joug de la domination masculine !


Mais la folie des hommes n’est pas comparable à celle des femmes : les hommes l’exercent sur les autres ; les femmes sur elles-mêmes. P. 113

Ce roman a été une réelle lecture coup de poing pour moi, une lecture douloureuse pendant laquelle je n'ai pas décoléré je dois bien le dire.

Outre l'inégalité hommes/femmes qui me révulse dans tout ce qu'elle représente de soumission, il y a le traitement de la maladie mentale. Bien sûr, il faut replacer les choses dans leur contexte historique et mesurer toutes les avancées réalisées dans le champ de la psychiatrie pour arriver aux pratiques d'aujourd'hui. Si l'on peut imaginer que les traitements lourds assommaient les malades plus qu'ils ne leur offraient d'échappatoire :


Dormir permet de ne plus se préoccuper de ce qu’il s’est passé, et de ne pas s’inquiéter de ce qui est à venir. P 8

ce qui m'a le plus indignée, et de loin, c'est le fait que les expériences menées par le Professeur Charcot, sur le corps humain entendons-nous bien, soient mises au service de ses cours, et non de l'amélioration de l'état de santé de ses patientes, à la vie à la mort. J'ai été profondément touchée par cette finalité et suis très curieuse maintenant de savoir s'il s'agit d'une liberté que s'est offerte Victoria MAS avec la réalité. D'ailleurs, en lisant cette phrase, j'avoue que je m'autorise à le penser...


Oui, il ne faut pas avoir de convictions : il faut pouvoir douter, de tout, des choses, de soi-même. Douter. P. 249

Plus grotesque encore est l'organisation de ce carnaval. Mettre des internées, quand on connaît leur parcours, en scène comme des animaux, m'est juste insupportable. Vous comprendrez que ce livre, je m'en souviendrais longtemps pour tout ce qu'il éveille en moi et anime comme vent de colère. Si j'avais vécu à cette époque, peut-être m'y serais-je retrouvée enfermée ?

Chapeau à la toute jeune écrivaine, Victoria MAS, qui a réussit à me retenir jusqu'à la dernière page. 

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2019-11-02T07:00:00+01:00

La chaleur de Victor JESTIN

Publié par Tlivres
La chaleur de Victor JESTIN

Il y a des romans qui s'imposent à vous ! 

Celui-là, je l'avais reçu dans le cadre des 68 Premières fois, il était sur la chaise qui me sert de chevet, là où un extrait de ma PAL siège, il attendait son heure. Il s'est en réalité fait une place, très tôt. Réveil difficile à 4h30, 1/2 heure à tourner sans espoir de me rendormir. Je m'en suis saisie, je l'ai lâché après avoir parcouru la chute, et quelle chute, à 7h30 !

Tout commence avec une scène funèbre, le suicide d'Oscar, un jeune garçon, avec les cordes d'une balançoire pour enfants. Nous sommes sur un terrain de camping des Landes, en plein été. Léonard a 17 ans, il y passe sa dernière nuit, le lendemain sera le jour du départ de la famille. Il n'arrive pas à dormir, quitte sa toile de tente et se met à déambuler de nuit. C'est là qu'il assiste au spectacle macabre. Tétanisé par le regard hagard de l'adolescent, incapable d'agir, il reste là à attendre le dernier souffle d'Oscar. Pris de panique, il l'enterre dans le sable de la dune en espérant que le cadavre ne soit jamais découvert. A partir du lever du soleil, implacable, une nouvelle histoire commence !

Ce roman, je l'ai pris en pleine figure dès les premières lignes, happée par la scène, questionnée par les motivations des adolescents, l'un de mettre fin à ses jours, l'autre de monter un scénario imprévisible. Je ne l'ai plus lâché parce qu'il faut bien le dire, le tout jeune écrivain, Victor JESTIN, sait tenir en haleine son lecteur.

Si l’alternative du corps enseveli ne tient pas, ce qui est fascinant c'est la force de caractère dont fait preuve Léonard face à celles et ceux qui l'entourent la journée suivante. Il y a ses parents bien sûr, il y a la mère d'Oscar, il y a aussi une jeune fille, celle dont il a rêvé pendant toutes les vacances. Saura-t-il la séduire au moment où sa vie paraît la plus fragile, lui, le jeune homme timide, qui n'aime pas les fêtes, se plaît seul, loin de tous, ne supportant pas le simple principe de devoir afficher le bonheur d'être en vacances alors même qu'il est malheureux comme les pierres, ne trouve pas sa place, ne sait comment approcher les filles ? Quant à passer à l'acte... sexuel, ça reste encore un sujet difficile pour lui.

Avec "La chaleur", on ressent jusque dans les pores de la peau les tribulations d'un corps pubère qui se cherche dans ses dimensions d'adulte, la testostérone débordante, le désir jubilatoire de la première fois, l'ivresse...

Avec cette journée EXTRAordinaire, il y a quelque chose qui relève de la transition, du corps bien sûr mais aussi de la vie plus  généralement, le passage de l’adolescence à l’adulte, de l’avant et de l’après première fois...

A l’image des « Vingt-quatre heures de la vie d’une femme » de Stefan ZWEIG, il y a maintenant les vingt-quatre heures de la vie de Léonard, celles qui vont tout changer, taraudées par un sentiment de culpabilité, assaillies par une température caniculaire, empreintes d’une faille qui ouvre la voie de tous les possibles... 

Ce roman, je l'ai lu d'une traite, en apnée totale. Je n'ai pas pris le temps de noter une citation, c'est dire !

En fait, Victor JESTIN a beaucoup de talent, une plume à suivre, c'est certain.

Retrouvez d'autres primo-romanciers :

A crier dans les ruines d'Alexandra KOSZELYK

L'homme qui n'aimait plus les chats d'Isabelle AUPY

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Une fille sans histoire de Constance RIVIERE

J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi de Yoan SMADJA

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2019-10-26T06:00:00+02:00

J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi de Yoan SMADJA

Publié par Tlivres
J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi de Yoan SMADJA

Belfond

Parce que je ne lis plus les quatrièmes de couverture, 
Parce que je résiste aux chroniques avant d'avoir découvert par moi-même un roman,
et parce que j'adore voir la magie des choix très éclectiques des fées des 68 Premières fois opérer,
je ne savais absolument pas à quoi m'attendre avec le premier roman de Yoan SMADJA et puis vous assurer, maintenant, que c'était mieux ainsi !

Sacha Alona est grand reporter. Elle, qui depuis sa plus tendre enfance, croque la vie à pleines dents, avide de découvertes à réaliser, d'expériences à faire et de défis à relever, elle prend l'avion au printemps 1994 à destination du Cap en Afrique du Sud, missionnée qu'elle est pour relater les premières élections démocratiques post-apartheid. Très vite, avec Benjamin, photographe, Sacha flaire une filière d'armes. Elle découvre des machettes en quantités effroyables et qui, coupantes des deux côtés, ne peuvent répondre aux besoins de seuls agriculteurs africains. Elles sont faites pour tuer. Sans l'accord de son employeur, elle s'envole pour le Rwanda où la guident ses pas... elle ne sait pas encore qu'en quelques mois sa vie basculera. Elle croisera effectivement sur son chemin, un homme, Daniel Kobeysi, chirurgien obstétrique, originaire de Kigali, qui partage sa vie entre sa famille de Butare et les patientes des montagnes des Virunga. Sacha et Benjamin lui demanderont de les mener jusqu'à Paul Kagamé, alors vice-président, pour l'interviewer. Mais très vite, leur destin est percuté par les événements, l'attentat perpétré contre l’avion du Président Habyarimana, l'assassinat du Premier Ministre du Rwanda  avec 10 casques bleus belges chargés de sa protection. Daniel est torturé par l'angoisse de ne pas retrouver sa femme, Rose, et son fils, Joseph, menacés du génocide Tutsi qui sévit dans tout le pays. Tous trois vont partager des moments d'intimité alors même que l'humanité sombre dans l'ignominie.

Ce premier roman est absolument bouleversant.

Il l'est d'abord par le sujet même du livre. Si le génocide du Rwanda apparaît aujourd'hui, plus de 20 après, en littérature, chaque auteur a sa manière de le traiter en lien, souvent, avec sa propre histoire. Dans "Tous tes enfants dispersés" de Beata UMUBYEYI MAIRESSE, l'écrivaine, originaire de Butare, relate le retour au pays aujourd'hui d'une expatriée en France dès les premiers jours des massacres et évoque de façon suggestive la destruction d'une ethnie à travers les souvenirs égrenés par sa mère. Là, avec Yoan SMADJA, vous allez vivre les faits de l'intérieur, lui qui s'est rendu sur place 12 ans après le génocide.

Il l'est encore parce que vous allez, aux côtés de Sacha et Benjamin, participer à l'action de grands reporters dans des pays en guerre. Vous allez monter dans des véhicules improbables, vivre des embuscades et des montées d'adrénaline aux check-points, réagir instinctivement dans des moments d'extrême urgence, vous allez VOIR aussi ! Voir l'histoire se dérouler sous vos yeux, la capturer avec un appareil photo et les voir diffusés au monde entier ou bien l'écrire alors même que les mots vous manquent pour relater l'indicible.


Ceux qui ne savent qu’écrire n’ont pas d’issue, car il n’y a pas de mots. P. 200

Yoan SMADJA rend un vibrant hommage à une profession qui, chaque jour, met en danger la vie d'hommes et de femmes pour permettre à l'information d'être ce qu'elle est, pour permettre à une forme de liberté de perdurer, coûte que coûte. Il y a un très beau moment d'émotion partagé entre Sacha et Benjamin :


Ils esquissèrent un sourire, finirent même par rire, tels des enfants qui se seraient déguisés pour jouer, tels des adultes qui savaient apprécier le bonheur d’un instant, avant que le sol ne se dérobe sous leurs pieds. P. 184

ll l'est aussi parce que vous allez vous interroger sur le pourquoi des faits ? Comment l'Homme peut-il devenir aussi sauvage ? Comment peut-il un jour arriver à tuer ses voisins, ses amis, voire sa propre famille. Yoan SMADJA revient sur les années qui ont précédé le génocide, il explique comment des faits, mis les uns à la suite des autres, ont réussi à instrumentaliser des hommes.


La peur est un mécanisme efficace pour installer l’idée d’un « eux contre nous » obsessionnel. P. 102

L'écrivain concourt au devoir de mémoire. 1994, c'était hier, et nous alerte sur ce que pourrait devenir demain.

Il l'est enfin dans la forme narrative, un hymne à l'écriture. Yoan SMADJA va, dans un procédé ingénieux, se faire côtoyer deux plumes, celle de Sacha qui relate les faits pour son métier et celle de Rose, cette femme qui, tout au long des événements, va écrire à son mari, Daniel, pour lui conter sa vie et celle de son fils au cas où... Le jeu de l'alternance entre chapitres et correspondances vont rythmer un brillant roman.

Quant à la chute, et puisque, moi, je n'ai pas pris comme Sacha d'engagement, je me suis autorisée à pleurer toutes les larmes de mon corps. 

Yoan SMADJA signe assurément un premier roman bouleversant, de ceux qui vous font mesurer la fragilité de l'humanité, dans ce qu'elle a de plus noir, et de plus lumineux aussi. Je ne saurais dire si mes larmes étaient de chagrin ou  de plaisir... 

Retrouvez mes précédentes chroniques :

A crier dans les ruines d'Alexandra KOSZELYK

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Une fille sans histoire de Constance RIVIERE

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2019-10-19T05:41:12+02:00

Une fille sans histoire de Constance RIVIERE

Publié par Tlivres
Une fille sans histoire de Constance RIVIERE

Editions Stock

Tout commence avec une scène de tribunal, le jugement est sur le point de tomber. Adèle est prisonnière de son corps qui ne réussit pas à expulser le mot qui ferait toute la différence, celui qui lui offrirait la voie de la résilience, à elle et aux personnes qu'elle a trompées, abusées, manipulées. Les premiers faits remontent au 13 novembre 2015, le jour des attentats du Bataclan à Paris. Adèle habite au-dessus de la salle de spectacles. Adèle dort le jour, vit la nuit. Du bord de sa fenêtre, elle observe les hommes, les femmes, ceux qui sont à l'extérieur. Elle s'imagine une vie à travers eux. Alors, quand elle allume son poste de télévision pour comprendre le pourquoi des voitures de police, d'ambulances au bas de chez elle, qu'elle découvre le portrait d'une femme brandissant une photo de son fils, disparu, Matteo, le jeune homme qu'Adèle connaît, elle sort de chez elle et se rend à l'Ecole militaire, là où des équipes s'affairent à accueillir les proches des victimes dans l'attente de nouvelles. C'est à cet endroit qu'Adèle commence à semer les premières graines de ce qui sera bien plus qu'une affaire d'usurpation d'identité !

Dans chaque sélection des 68 Premières fois, il y a une lecture coup de poing. Je n'en suis qu'à la moitié mais je crois que ce premier roman de Constance RIVIERE va allègrement pouvoir endosser ce costume parfaitement ajusté.

Dès les premières pages, le ton est donné, cinglant, percutant. Chaque mot est terriblement pesé. Tel un uppercut, ce livre va vous couper le souffle et vous tenir en haleine tout au long des 183 pages. Vous ne retrouverez un rythme cardiaque normal qu'une fois la lecture achevée.

A travers Adèle, l'écrivaine décrypte le phénomène absolument incroyable et pourtant bien réel d'une terrible imposture, celle du statut de victime d'un attentat. Le scénario, imaginé par Constance RIVIERE, est implacable. Chaque carte est  délicatement posée sur un château qui aurait pu ne pas s'écrouler, mais... le lecteur le sait dès le début, le jugement est tombé.


[...] une fausse victime ne valait pas mieux qu’un terroriste, sacrifiant sa part d’humanité au besoin d’exister, prêt à tout écraser pour un quart d’heure de gloire [...]. P. 132

J'ai été littéralement happée par le personnage d'Adèle, subjuguée par une construction qui, dès la naissance, tournait autour du sujet de l'identité. Et puis, avec l'âge, les conséquences des traumatismes n'ont fait que s'accentuer jusqu'à autoriser une jeune femme à se mettre dans la peu d'une autre pour EXISTER.


Elle était devenue quelqu’un, toute seule, en quelques semaines, avec une identité qui lui serait bientôt propre. P. 128

Dans ce roman choral où tour à tour, Saïd, le bénévole de La Croix Rouge, Francesca, la mère de Matteo, vont prendre la parole pour exprimer leur perception des choses, ces petits détails qui ont induit, peu à peu, le doute, la confusion. Le lecteur mesure les moments effroyables auxquels chacun a été confronté. J'ai personnellement été très touchée par le rapport au corps, il y a une approche d'une hypersensibilité des impacts des événements. Là, pas de balles, mais des mots,  des paroles, des postures qui dévoilent à l'extérieur le chambardement dans lequel sombre chacun à l'intérieur.


Mais dedans, c’était fini, le chaos imposé par une douleur innommable, une douleur qui n’a pas de nom, dans aucune langue. P. 73-74

La plume, j'en ai déjà parlé, l'histoire, je ne vous en dirai pas plus, mais un seul conseil, lisez ce premier roman, une prouesse littéraire. 

Merci les fées des 68 Premières fois pour cette nouvelle très belle découverte.

Retrouvez mes chroniques :

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Ceux que je suis d'Olivier DORCHAMPS

 

 

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2019-08-14T06:00:00+02:00

Une joie féroce de Sorj CHALANDON

Publié par Tlivres
Une joie féroce de Sorj CHALANDON

Grasset

Sorj CHALANDON est homme de coups de maîtres. Je me souviens de la lecture de ses derniers romans : "Le quatrième mur", "Le jour d'avant".

Dans "Une joie féroce", son style n'a pas pris une ride. Quelle claque !

Quatre femmes sont à bord d'une voiture et s'apprêtent à commettre un acte... irréparable. Jeanne fait partie du complot, c'est la narratrice. Avec Brigitte, Mélody et Assia, elles forment une sorte de communauté. Malgré leur différence d'âge, leurs origines, un point commun les rassemblent : le cancer. C'est dans la salle d'attente de l'hôpital qu'elles ont fait connaissance. Jeanne n'était pas accompagnée, Matt disait ne pas pouvoir le supporter. Elles se sont caressées du regard, se sont effleurées des mains, ainsi est née une forme de complicité, de ces relations qui deviennent avec le temps plus fortes que tout. Alors de là à imaginer réaliser un braquage toutes ensembles, il n'y a qu'un pas, non ? 

Ce roman est l'un des premiers de cette rentrée littéraire à sortir en librairie et sur celui-là, je ne vous en dirais pas beaucoup plus, si ce n'est qu'il s'agit d'une tragédie, d'une histoire de femmes dont les jours sont comptés mais qui relèvent le défi de RESISTER avec héroïsme, à la vie, à la mort.

J'ai beaucoup aimé tous ces passages sur la puissance de leur connivence, une relation établie entre des femmes à un moment de leur vie où elles cumulent les fragilités. Il y a quelque chose de très beau dans l'amitié, voire l'amour, qui les unit. Il y a aussi cette formidable bouffée d'espoir qui les anime dans l'urgence à VIVRE.


Deux femmes frappées par le cancer qui chantaient à la vie. Elles n’avaient plus de temps à perdre. P. 120

Il y a les effets des traitements aussi, les chimiothérapies qui réduisent leurs forces à néant, leur font perdre leurs repères, physiques, psychologiques, les relations d'avant qui se distandent les plongeant dans l'immense tristesse de la solitude. Sur tous ces maux, Sorj CHALANDON pose des mots d'une profonde sensibilité, décrit les réalités du quotidien de ces femmes condamnées à affronter seules leur condition, les séjours à l'hôpital comme autant d'événements rythmant désormais leur vie. A travers leurs échanges , l'auteur met le doigt sur ce qui fait mal, ces petites phrases qui habituellement sont sans conséquence mais qui, là, trouvent un écho insupportable. Au début, elles répondent avec simplicité


Je n’étais pas courageuse, je résistais. P. 145

mais c'est dans le terreau du regard des autres, de tout un tas de maladresses de l'environnement familial, amical... qu'une certaine forme de violence va naître, lentement se développer, croître, pour un jour s'exprimer, se lâcher ! A quatre, les forces seront décuplées, ces femmes, on ne les arrêtera plus.

Sorj CHALANDON est un formidable conteur. Ses histoires sont rocambolesques à l'envi. Si les personnages ont l'apparence de Monsieur et Madame tout le monde, c'est pour mieux tromper "l'ennemi", nous prendre par surprise, dérouler le fil d'itinéraires hypothétiques au service d'un scénario savamment orchestré. Une nouvelle fois, chapeau !

Vous voulez connaître les premières lignes ? Un simple clic suffit !

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2019-07-06T09:27:50+02:00

Je me suis tue de Mathieu MENEGAUX

Publié par Tlivres
Je me suis tue de Mathieu MENEGAUX

En réponse à l'invitation de Dis_moi_10_phrases de lancer un Cycle de l’été autour des Premiers romans et pour faire suite aux

 "Giboulées de soleilde Lenka HORNAKOVA-CIVADE,

"Une bouche sans personne" de Gilles MARCHAND,

"Fugitive parce que reine" de Violaine HUISMAN,

"Fils du feu" de Guy BOLEY,

"Piano Ostinato" de Ségolène DARGNIES

je vous propose aujourd'hui "Je me suis tue" de Mathieu MENEGAUX. Ce premier roman date un peu maintenant puisqu'il est sorti chez Grasset en  2015. Depuis, l'auteur a confirmé son talent avec "Un fils parfait" et plus récemment "Est-ce ainsi que les hommes jugent ?".

Personnellement, c'est son premier roman que je préfère, alors bonne pioche, flash-back sur une thriller psychologique tout à fait remarquable dont je suis sortie totalement K.O..

Ce roman m'a prise à la gorge dès les premières pages avec l'enfermement de Claire dans une cellule qui l'oppresse. Mathieu MENEGAUX a ce pouvoir singulier de planter un décor angoissant et puis de serrer, serrer, serrer l'étau qui se referme sur sa victime.

La narratrice, emprisonnée, déroule le fil de son existence un peu comme si c'était sa dernière chance d'être entendue... 


L'écriture est la dernière étape de mon chemin de croix. P. 6

Mais pourquoi cette démarche ? Et bien, parce que là aussi, dès les premières pages, elle nous dit à quel point elle savait qu'elle ne serait pas écoutée :


Tout ce beau monde, face à moi, m'a condamnée dès que je me suis installée dans le box, avant même la lecture de l'acte d'accusation. Je suis entrée dans ce procès sans aucune chance d'en sortir libre. P. 4

Les premières pierres de l'édifice sont posées, il ne reste plus qu'à se laisser porter.

Bien sûr, il s'agit d'une affaire de femme, là, pas de suspense. Elle est incarcérée et parle à la 1ère personne. Mais plus encore, le sujet va tourner autour de la féminité, de la maternité aussi. Elle évoque la pression sociale qui pèse sur les femmes françaises aujourd'hui. Par choix ou par défaut, celles qui n'ont pas d'enfant à 40 ans sont regardées de façon particulière.

Le féminisme est un combat qui commence à dater et qui a encore de beaux jours devant lui. Impossible de rester insensible devant l'affaire de Claire et se dire que tout est acquis, que le droit français a déjà fait beaucoup et qu'il ne peut pas encore évoluer. Le combat ne cible pas les mêmes objets mais il tourne toujours autour de ce que la femme a de plus que les hommes, le pouvoir de donner la vie. 

Vous l'aurez compris, l'atmosphère est lourde, l'ambiance oppressante, mais c'est sans compter sur le talent de Mathieu MENEGAUX pour offrir quelques ponctuations source de légèreté. Il égrène effectivement tout au long du récit de cette femme des titres et extraits de chansons. Claire s'en souvient, ils lui permettent de pallier la solitude dans laquelle elle est plongée, et là, une prise de conscience, Claire est humaine, elle pourrait être moi, ou bien une copine, une voisine, une relation, bref, cette affaire, nous aurions chacune pu la vivre aussi !

Ce roman, un seul conseil, ne passez pas à côté. Il est écrit par un homme qui a tout compris des femmes, voire plus encore... Il est sorti en version poche aux éditions Points.

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2019-07-03T06:00:00+02:00

Fugitive parce reine de Violaine HUISMAN

Publié par Tlivres
Fugitive parce reine de Violaine HUISMAN

A l'invitation de Dis_moi_10_phrases de lancer un Cycle de l’été autour des Premiers romans j'ai dit oui, je poursuis donc mon petit bonhomme de chemin.

Après les « Giboulées de soleil » de Lenka HORNAKOVA-CIVADE et "Une bouche sans personne" de Gilles MARCHAND, voici "Fugitive parce que reine" de Violaine HUISMAN chez Gallimard.

Il était en lice, en 2018, pour le Prix France bleu_Page des libraires pour lequel j'ai eu la chance d'être jurée. Il n'a pas gagné mais il faut dire que la concurrence était terrible avec :

"La chambre des merveilles" de Julien SANDREL
"Le théâtre de Slávek" de Anne DELAFLOTTE MEHDEVI
"Kisanga" de Emmanuel GRAND

et

"Un océan, deux mers et trois continents" de Wilfried N'SONDE, le lauréat.

Il a ensuite fait partie de la sélection des 68 Premières fois, les fées ne pouvaient passer à côté  de ce petit bijou !

Ce roman, autobiographique, je m’y suis plongée, tête la première, je suis tombée en empathie pour l’écrivaine dès les premières lignes du récit. L’enfant qu’est Violaine HUISMAN porte un regard sur la grande Histoire comme la petite, les deux lui échappent littéralement. Alors, comme un instinct de survie, elle et sa soeur vont développer une relation fusionnelle. Elles apprendront à garder leur maman en secret quand elles seront chez leurs grands-parents. Là-bas, tout n'est que bonheur à la condition de ne pas citer son nom. Elles affronteront ensemble aussi les sursauts de colère de leur mère proclamant haut et fort ses limites :


Je suis un être humain et je fais ce que je peux, je fais comme je peux. P. 41

Le modèle patriarcal avec une autorité parentale concentrée dans les seules mains du père assigné au rôle de chef de famille a explosé en plein vol en 1968. Cette année marque de son empreinte cette famille tout particulièrement. Elsa a un an, Violaine naîtra l’année suivante. L'environnement est en pleine mutation, il devient interdit d'interdire, c'est aussi la période de l'émancipation du corps. Violaine HUISMAN brosse le portrait d'une femme en quête de liberté, portée par un mouvement sociétal, d'une mère aussi qui cherche ses repères, qui navigue entre l’éducation qu’elle a reçu de sa propre mère, voire de sa grand-mère, et celle qu'elle aimerait donner à ses filles mais que la maladie mentale vient incessamment perturber. J'ai été bouleversée devant l'acharnement de cette mère à vouloir tenir le cap, coûte que coûte :


Il fallait à tout prix qu’elle reste mère, qu’elle ne perde pas ça. P. 25

J'ai été profondément attendrie par la manière de chacune des deux filles à SURvivre dans cette famille chahutée par une vie quotidienne perturbée. Violaine HUISMAN montre la dimension plurielle de la relation fille/mère. La fratrie est composée d’êtres singuliers qui inter-réagissent avec les comportements de l’adulte. Violaine, elle, est animée par un souffle de générosité, de bienveillance et de sérénité. Ses actes sont dictés par cette volonté de toujours faire plaisir, rendre sa mère heureuse. Sa soeur, elle, se nourrit de ses débordements et lui répond avec fougue et violence. 


Maman et ma sœur s’aimaient comme des sauvages, elles se seraient entretuées pour se le prouver. P. 40

Ce roman aurait pu être sombre, triste, mélancolique, il est au contraire profondément lumineux. 

La plume de Violaine HUISMAN y est pour beaucoup. Elle est éblouissante, poétique, pleine d'innocence et de candeur, ainsi quand elle décrit sa représentation de la maladie mentale de sa mère :


Le foyer de maman était un âtre, elle y faisait feu de tout bois pourvu qu’y règnent l’ardeur des sentiments, la chaleur brûlante de sa foi en l’âme humaine. P. 82

Aussi parce que ce roman est une fabuleuse leçon de vie. Il y a dans le combat de cette mère quelque chose d'une force inouïe qui nous invite, tout simplement, à vivre passionnément.

Il y a des coups de coeur, il y a aussi des lectures coup de poing, celle-ci en fait partie. Ce premier roman m'a émue intensément, il m'a fait vibrer, c'est peut-être ça, EXISTER !

J'attends avec beaucoup d'impatience la sortie de son second roman annoncée le 22 août prochain, chez Gallimard toujours : "Rose désert".

En attendant, vous pouvez toujours opter pour la version poche des éditions Folio.

 

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