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2019-03-16T07:00:00+01:00

Anatomie d'un scandale de Sarah VAUGHAN

Publié par Tlivres
Anatomie d'un scandale de Sarah VAUGHAN

Préludes

Traduit de l'anglais par Alice DELARBRE

Le dernier roman de Sarah VAUGHAN fait partie des romans en lice pour le #GrandPrixdesLectricesElle2019 dans la catégorie des policiers. J'avoue que je n'avais rien lu d'elle avant, je remercie donc tout particulièrement le jury des lectrices Elle d'avoir retenu "Anatomie d'un scandale".

La première scène du livre surprend Kate en pleine décompression. Nous sommes en décembre 2016. L'avocate pénaliste depuis 19 ans sort d'une plaidoirie difficile, elle a échoué dans la défense d'une femme violée par son mari. Elle s'est spécialisée depuis plusieurs années dans ce genre d'affaires. La perruque enlevée, les pieds déchaussés, elle reprend ses esprits dans son bureau en sirotant un whisky. Elle se laisse bercer par des pensées qu'elle ne peut avoir que dans l'intimité de son bureau. C'est le moment que choisit son clerc pour lui proposer le dossier de sa vie. Il n'en faut pas plus pour que la professionnelle, carriériste, passionnée, se remette au travail. Elle ne sait pas encore que l'affaire qui oppose Olivia Lytton, assistante parlementaire, à James Whitehouse, sous-secrétaire d'Etat, son patron, va lui donner du fil à retordre et faire resurgir du passé de douloureux souvenirs.

Avec ce roman, Sarah VAUGHAN nous immerge dans des décors britanniques d'aujourd'hui et des années 1990. J'ai pris beaucoup de plaisir à lire toutes les descriptions de ces colleges. J'ai retrouvé l'ambiance de celui de Benjamin WOOD : "Le complexe d'Eden Bellwether", un coup de coeur, l'occasion de faire un petit clin d'oeil aux éditions Zulma.

L'auteure ne manque pas de brosser le portrait d'une génération d'étudiants portés par l'invincibilité de la jeunesse qui, éloignés de leurs parents, profitent de leur liberté tout juste acquise pour repousser indéfiniment les limites. C'est aussi à ce moment-là que nombre d'étudiantes trouvent leur prince charmant. Sophie n'est pas très intéressée par les études, elle se repose sur le travail de Holly, une jeune fille d'origine modeste un peu perdue dans cet univers social richissime. Elle préfère se consacrer à la quête du chevalier qui lui assurera une vie de princesse. James Whitehouse semble le candidat tout trouvé. Les années ont passé, il a gravi les échelons de la société jusqu'à devenir un homme hautement convoité à qui rien ni personne ne résiste à moins que...

Ce roman, c'est l'histoire du procès d'une femme contre un homme, de la maîtresse bafouée par son amant et qui, avec l'aide d'une amie, pose le mot viol sur leur dernière relation sexuelle menée à la hâte dans un ascenseur minuscule de Westminster. Pour couronner le tout, l'affaire est dévoilée dans la presse, le scandale éclabousse James Whitehouse mais aussi sa famille, sa femme, ses enfants. Il menace aussi le Premier Ministre, un ami avec qui il a fait les 400 coups.

Sarah VAUGHAN sème autant de petites graines dans l'esprit du lecteur qu'il est nécessaire pour le happer et le tenir en haleine jusqu'à la toute dernière page. Véritable thriller psychologique, ce livre se lit quasiment d'une traite. J'ai été personnellement captivée par le destin de ces femmes blessées par des hommes peu scrupuleux de leurs désirs. L'écrivaine décrit un monde politique hanté par la presse, instrumentalisé par le pouvoir. Il n'en est que plus humain et se risque à jouer avec le feu !

La plume est fluide et dense, elle fait de ce roman un très bon livre.

Et si, comme moi, vous ne connaissiez pas encore Sarah VAUGHAN, nul doute que vous aviez déjà lu une traduction d'Alice DELARBRE. Elle a notamment traduit l'intégralité de l'oeuvre de Victoria HISLOP, ça vous donne une petite idée de son talent.

Maintenant, à vous de jouer !

Je participe au 

orchestrée de jolie manière par notre amie Joëlle, retrouvez mes lectures

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D'origine italienne de Anne PLANTAGENET

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2019-03-19T07:00:00+01:00

D'origine italienne de Anne PLANTAGENET

Publié par Tlivres
D'origine italienne de Anne PLANTAGENET

Editions Stock

La plume de Anne PLANTAGENET, je l'aime beaucoup. Il y a eu "Nation Pigalle", "Appelez-moi Lorca Horowitz", et puis "Trois jours à Oran". 

Le titre du tout dernier roman de l'écrivaine annonce le sujet. Une nouvelle fois, nous allons partir à la découverte de ses origines, celles-là sont maternelles.

C'est en 1923 que la famille Moreselli du Frioul-Vénétie julienne à une cinquantaine de kilomètres de Trieste franchit les Alpes. Son grand-père, Alfredo Placido, n'a alors que 12 ans quand ses parents décident de quitter leur terre pour s'établir en France comme beaucoup d'autres compatriotes. Les Italiens sont nombreux à tenter l'aventure. Très vite, les procédures administratives sont engagées, quatre ans plus tard, ils obtiennent la naturalisation. Avec elle, de nouveaux prénoms, une nouvelle identité, une nouvelle vie aussi !

J'avais été profondément touchée par le voyage de l'auteure avec son père comme un retour aux sources dans son Algérie natale. L'Histoire de ce territoire, comme celle des hommes, me fascine, une Histoire pourtant largement méconnue alors qu'elle est une partie de notre propre Histoire à nous aussi, une Histoire que beaucoup aimeraient oublier mais qui nécessite d'être transmise aux jeunes générations pour savoir d'où elles viennent.

Là, la migration est organisée dans un tout autre contexte, économique celui-là. Anne PLANTAGENET le précise dès les premières pages, elle ne laissera pas les mêmes traces dans les esprits des descendants.

J'ai été profondément attendrie par les relations qui l'unissent à sa mère. Une grande partie du roman est dédiée à cette femme, largement occupée par les tâches ménagères, un moyen peut-être de fuir la réalité. Laver les légumes, cuisiner... permet de tourner le dos à sa propre fille si curieuse de connaître son passé.

Mais cette femme, qu'on le veuille ou non, est impactée par l'histoire familiale, un cocon exilé, déraciné, qui a fait sienne la culture française. Les Italiens, à leur arrivée, avaient tous décidé d'apprendre la langue, reniant de fait la leur, tirant un trait sur l'italien maternel, une volonté affichée jusque dans leurs prénoms francisés.


La France les aspire, les absorbe, les avale. P. 51

Ce roman est aussi l'occasion de parler des souvenirs, ceux-là mêmes qui s'inscrivent dans notre mémoire, formatés par un inconscient qui travaille à leur redimensionnement.


Les lieux qu'on a connus enfant semblent toujours sacrément rétrécis le jour où, des années plus tard, on décide de les revoir. P. 179

Une nouvelle fois, je suis tombée sous le charme de la plume de Anne PLANTAGENET, empreinte de tendresse, de bienveillance et d'amour à l'égard de ses parents. Elle sait mettre les mots sur une relation qui malheureusement s'éteindra avec leur génération et qui rend précieux chaque instant partagé.

Sa voix résonne en moi. J'éprouve toujours une profonde sensibilité à lire l'histoire de sa famille et découvrir la sienne comme autant de parenthèses qui donnent au propos un caractère universel. C'est mon #mardiconseil.

Je participe au 

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2019-03-22T07:00:00+01:00

Edmonde de Dominique de SAINT PERN

Publié par Tlivres
Edmonde de Dominique de SAINT PERN

Stock

 

Ce roman est consacré à Edmonde CHARLES-ROUX, écrivaine lauréate du Prix Goncourt en 1966 pour « Oublier Palerme ». Il commence par une scène absolument remarquable. La femme de 93 ans a chuté, elle se retrouve le visage collé sur le tapis, en lutte avec une croûte de pain, incapable de se relever. Elle passera une partie de la nuit à s’assoir et se mettre dans une posture convenable pour l’arrivée de son homme de compagnie. Cette femme, si elle ressemble à Madame tout le monde arrivée dans le grand âge, n’en demeure pas moins une femme de personnalité à qui personne ne saurait dicter ses faits et gestes.

 

Avec cette chute, Edmonde prend la mesure de sa vulnérabilité et décide de faire remonter de la cave des cartons qui renferment l’histoire familiale. Ainsi commence le premier tome...

 

Edmonde est la fille de François et Sabine CHARLES-ROUX, lui était ambassadeur. Sa famille changeait de pays au gré des mutations diplomatiques. Sabine, elle, se délectait des festivités organisées pour les femmes de son rang. 

 

La guerre touche de plein fouet le destin familial. Edmonde qui était promise à un avenir de duchesse voit son fiancé mourir sur le front albanais. Sa sœur Cyprienne, elle, épouse Marcello del Drago qui évolue dans le cercle rapproché de Mussolini. Quant à Jean, il est interpellé avec des faux-papiers. Il prendra la voie de l’Afrique du Nord. Au lendemain de l’accolade de Hitler et Pétain, leur père décide de démissionner de ses fonctions.

 

Dominique de SAINT-PERN fait d’Edmonde un personnage de roman. Femme sensuelle, amoureuse, elle est aussi foncièrement rebelle, libre, affranchie.


Le mariage lui apparaissait comme un lieu de confinement. P. 311

Elle s’engage, comme sa mère plus tôt, en tant qu’infirmière pour la Croix-Rouge. Elle est affectée à Verdun. 

 

Plus tard, elle rend visite à sa sœur alors qu’elle est prise en otage et menacée des camps de concentration.

 

Edmonde est assurément une femme au caractère bien trempé, de celles qui agissent pour sauver leur pays de l’occupant. Elle se partage entre Marseille et Paris.

 

J’ai beaucoup aimé le passage sur ses activités artistiques, le chant qu’elle n’abandonnerait pour rien au monde, pas même en temps de guerre, les défilés de mode aussi auxquels elle emmène son amie Nadia, des fantaisies qui sont autant de parenthèses dans un quotidien douloureux et un avenir incertain.

 

Dominique de SAINT PERN nous livre un roman historique foisonnant au rythme haletant. Si le roman fait d’Edmonde le personnage principal, c’est bien le fil de la vie de toute la famille qui est déroulé. L’auteure en fait une véritable épopée qui croise la grande Histoire à ses risques et périls, elle incarne à elle seule les deux camps et nous éclaire sur des destins profondément humains. La plume est belle, dynamique, énergique... à l'image d'Edmonde quoi !

 

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Edmonde de Dominique DE SAINT PERN

D'origine italienne de Anne PLANTAGENET

Anatomie d'un scandale de Sarah VAUGHAN

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Le rituel des dunes de Jean Marie BLAS DE ROBLES

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2019-04-06T07:40:13+02:00

La mer monte de Aude LE CORFF

Publié par Tlivres
La mer monte de Aude LE CORFF

Stock

 

 

Le tout dernier roman de Aude LE CORFF, vous l'avez lu ?

 

Non, pas encore ! Et bien, si vous cherchez une bonne action à réaliser aujourd'hui, je crois qu'un passage dans votre librairie préférée s'impose.

 

Vous ne sauverez pas la planète, ça non, les générations qui vous ont précédées ont lancé un mouvement tel que ses effets sont maintenant inéluctables, mais vous soutiendrez la création littéraire et plus généralement les métiers du livre, chapeau ! Je suis prête à lancer aussi les paris que vous succomberez au charme de la plume de Aude LE CORFF et lirez comme un page-turner l’histoire de Lisa ! Alors, vous êtes convaincu(e) ? Non, pas encore ! Je vous en dis plus.

 

Lisa vit seule. C'est l'apanage de nombre d'hommes et de femmes qui, aujourd'hui - nous sommes en 2042, préfèrent la solitude aux concessions imposées par la vie commune. Sa santé est suivie à la loupe par toutes les applications et autres microprocesseurs qui ont envahi sa vie, totalement instrumentalisée par les objets qui l'entourent et qui se chargent, pour son bien, de prendre les choses en main. Les drones et autres robots font partie de son quotidien et réalisent à sa place des tâches qui ne méritent pas que l'on s'y attarde. Et puis, elle est jeune, elle n'a rien connu d'autre. Les générations d'avant peuvent déplorer la fonte des glaciers, la montée des eaux, mais tout ça fait désormais partie de la mémoire collective. Lisa a quand même un ami, en chair et en os, avec qui elle partage quelques soirées. C'est un peu comme une parenthèse  dans ses relations de tous les jours, à croire que côtoyer ses congénères a encore du bon ! Elle en profite pour lui confier ses états d'âme. Lisa, qui semble vivre une vie tout à fait ordinaire, est obsédée par un mal qu'elle traîne depuis sa plus tendre enfance, quelque chose qui lui vrille les tripes, qui la torture dans sa chair. Mais d'où vient ce mal ? Et s'il était perpétué par sa mère, Laure ? Mais là commence une toute autre histoire...

 

Il y a des destins qui vous happent dès les premières pages d'un roman, celui de l'humanité tel qu'elle pourrait exister en 2042 (non vous ne rêvez pas, c'est dans une vingtaine  d'année) fait partie de ceux-là. Pourquoi me direz-vous ? Et bien parce que son portrait est saisissant.

 

Je me souviens de la lecture (au siècle dernier !) de Globalia de Jean-Christophe RUFIN mais d'aucun ne s'aventurerait aujourd'hui à partager la perspective de l'an 2000 telle que certains d'entre nous ont pu la vivre, au risque de passer pour un vieux démodé sentant la naphtaline.

Non, avec Aude LE CORFF, le scénario est tout autre. Il est tellement plausible qu'on se demande même pourquoi il n'est pas encore là. Imaginez ! Tous ses écrans qui envahissent notre vie, pourquoi ne pas intégrer directement sur notre rétine une petite cellule qui ferait oublier cet accessoire si décrié ? Vous vous attendiez à autre chose ? Les discours sur la réduction du temps hebdomadaire de consultation des écrans auront volé en éclats et seront purement et simplement oubliés pour laisser place à d’autres, plus actuels !

 

Le propos est ironique, vous l'aurez compris, mais tellement réaliste qu'il réussit à nous faire froid dans le dos. Ce roman est porteur d'un propos militant, assurément, mais pas de ceux largement médiatisés aujourd'hui. Non ! Aude LE CORFF a une longueur d'avance, elle dénonce, elle, l'hypocrisie de tout ce que l'on nous vend pour notre bien-être, assurément ! 

 

Elle nous alerte aussi sur l'infantilisation de l'être humain avec tous ces objets qui se substituent aux souhaits de l'homme, cet être faible, qui ne saurait de lui-même utiliser les escaliers plutôt que les ascenseurs pour assurer le nombre de pas quotidiens nécessaires pour lutter contre l’obésité et les accidents cardiovasculaires. Dans le monde tel qu'il est projeté par l'écrivaine, l'ascenseur refusera tout simplement de vous transporter dans les étages !

 

Et puis, comme une prédisposition à ce qui m’attendait dans ce roman, mon téléphone portable sur lequel je prends désormais toutes mes notes (quand je vous dis que le monde décrit par Aude LE CORFF est déjà là !) avait crû bon de modifier « mer » par « mère », il était dans le vrai ! Là, vous pouvez rire, jaune !

 

Dans ce roman, l’auteure, habituée à raconter des histoires rocambolesques (souvenez- vous de « L’importun » et de « Les arbres voyagent la nuit ») nous dévoile la vie de Lisa dans ce qu’elle a de plus intime. Les destins de mère et fille s’entremêlent pour laisser se dévoiler lentement failles et blessures.


La cicatrice est encore visible, me rappelant que je ne peux pénétrer l’esprit de ma mère sans en payer le prix. P. 72

Chacune a les siennes mais la mémoire transgénérationnelle fait qu’elles se retrouvent liées, chacune empoisonnée par la toxicité de la relation à l’autre.


Mon corps déjà émettait des signaux douloureux, une oppression qui le quittait rarement au creux de la poitrine et de la gorge, et alors tout me revenait. P. 72

J’ai ressenti jusque dans mes tripes les soubresauts des corps, la douleur des souffrances perpétuées à travers les âges.

 

Je ne vous en dirai pas plus. Ah, si ! Ne lisez surtout pas la 4ème de couverture, laissez-vous porter par ces quelques lignes, faites moi confiance !

 

Tous ces destins se côtoient dans un roman où l’alternance des chapitres donne du rythme, tantôt la grande Histoire, l’intérêt général, tantôt la petite, l’intérêt particulier, pour nous livrer une sage philosophie de vie.


Pour continuer à vivre, il faut accepter de ne pas tout comprendre. P. 147

La plume de Aude LE CORFF est juste sublime, elle vous séduira par sa sensibilité et sa puissance. Elle parle de secrets de famille, de tragédies, de souffrances, tout en beauté, et la chute est juste magistrale.

 

C’est un coup de cœur. Trois romans, trois coups de coeur, je crois que vous pouvez juste l’acheter !

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La mer monte de Aude LE CORFF

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2019-04-12T12:42:05+02:00

Né d'aucune femme de Franck BOUYSSE

Publié par Tlivres
Né d'aucune femme de Franck BOUYSSE
 
Ce roman fait partie de la dernière sélection du #GrandPrixdesLectricesElle2019. Il est classé dans la catégorie des policiers.
 
Ce roman, il vous captive d'abord par la beauté de la première de couverture. De couleur sépia, elle fait apparaître une femme qui donne le sein à son bébé, ce portrait de la maternité est juste magnifique. Quand vous y regardez de plus près, vous réalisez que la photographie est en réalité un montage, qu'un découpage est intervenu et qu'une pièce du "puzzle" est décalée, à l'image de ce que faisait Picasso avec ses croquis. Ce qui peut paraître une ombre dans le tableau n'est rien à côté de ce qui vous attend, ce roman est une lecture coup de poing, un roman noir... mais aussi tellement lumineux, je vous explique !
 
Rose a 14 ans, c'est l'aînée d'une fratrie de 4 filles. Ses parents sont des paysans. Un jour, son père, Onésime, l'emmène avec lui. Rose fait l'objet d'un contrat diabolique. Elle est vendue à un homme moyennant une petite somme d'argent, de quoi assurer pour quelques temps la survie du reste de la famille. Les remords n'y feront rien, le sort de Rose est ainsi jeté. Elle devient l'employée d'une maison qui renferme de nombreux secrets, à commencer par l'existence de l'épouse de "l'acheteur" qui serait gravement malade. Rose ne l'a jamais vue. Le médecin du village vient régulièrement lui rendre visite, de quoi susciter la curiosité de l'adolescente. Elle sera bien malgré elle entraînée dans un scénario des plus machiavéliques.
 
Ce roman est noir, je vous l'ai dit. Il m'a beaucoup rappelé mes lectures d'il y a une trentaine d'années, ces livres qui brossent le portrait de la maltraitance, que dis-je, la torture en milieu rural. Rose est accueillie par des rustres dans une campagne profonde, là où le rapport dominant/dominé relève plus de l'esclavage que de la relation humaine, là où les hommes se comportent comme des bourreaux, se gaussant de martyriser plus faible que soi, là où le maître des lieux décide de la vie ou de la mort de ceux qu'il emploie, là où les sévices corporels condamnent au silence.
 
Franck BOUYSSE imagine une histoire absolument démoniaque, un scénario morbide dont je n'ose pas imaginer les images portées au cinéma.
 
Si la première partie est empreinte de sauvagerie, j'ai beaucoup aimé la seconde dans ce qu'elle a de plus fort. Rose incarne le personnage d'une jeune femme révoltée, pleine de courage, que rien ne saurait abattre, pas même l'indicible, impossible à vous dévoiler. Rose va trouver le moyen de s'extraire de toute cette violence, elle va puiser la force dans son âme pour surmonter tout ce qu'elle endure physiquement, elle va trouver la voie des mots :


Les mots, ils me font sentir autrement, même enfermée dans cette chambre. Ils représentent la seule liberté à laquelle j'ai droit, une liberté qu'on peut pas me retirer, puisque personne, à part Génie, sait qu'ils existent. P. 233

Ce roman est un hymne à l'écriture. Nul besoin de vouloir être écrivain pour se plier à l'exercie, le seul fait de coucher les mots sur le papier peut délivrer du poids qui vous assaille. Franck BOUYSSE fait preuve d'énormément de poésie à leur égard : 


C’est toujours ce qui se passe avec les mots nouveaux, il faut les apprivoiser avant de s’en servir, faut les faire grandir, comme on sème une graine, et faut bien s’en occuper encore après, pas les abandonner au bord d’un chemin en se disant qu’ils se débrouilleront tout seuls, si on veut récolter ce qu’ils ont en germe. P. 268

Franck BOUYSSE, je la découvre. Marie de la librairie "Le Renard qui lit" l'encense, c'est évidemment un très bon conseil de lecture.

Parfaitement structuré dans un roman choral, le propos est servi par une plume éminemment belle. La chute est juste magistrale.

Ce policier est en lice avec : 

Sirènes de Joseph KNOX

Anatomie d'un scandale de Sarah VAUGHAN

Rituels d'Ellison COOPER

Dura Lex de Bruce DESILVA
 
Rivière tremblante de Andrée A. MICHAUD
 
La disparition d'Adèle Bedeau de Graeme MACRAE BURNET
 
Présumée disparue de Susie Steiner 

Il fait aussi partie du

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Etat de nature de Jean-Baptiste de FROMENT

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2019-01-11T12:00:00+01:00

Etat de nature de Jean-Baptiste de FROMENT

Publié par Tlivres
Etat de nature de Jean-Baptiste de FROMENT

Il y a une maison d'édition qui se fixe comme objectifs de "plaire et instruire, changer la figure du monde".

Vous avez deviné de qui je parle ? Aux Forges de Vulcain bien sûr.

Elle vient de publier le premier roman de Jean-Baptiste de FROMENT "Etat de nature", qui incarne tout à fait ces dimensions. Il faut dire qu'elle n'en est pas à son coup d'essai, j'avais déjà eu la chance de découvrir le propos d'Alexis DAVID-MARIE avec #Martyrs français tenu sur fond de campagne présidentielle, un roman tout à fait éclairant notamment sur les partis d'extrême droite.

Là, nous voilà plongés au coeur de la Douvre inérieure, un département français, rural. La Préfète, Barbara Vauvert, la trentaine, est démise de ses fonctions sans nouvelle affectation. Le Ministre Kavasch lui communique sa révocation par téléphone alors même qu'elle s'apprête à accueillir un californien, un capital-risqueur de la Silicon Valley. Le projet Gaïapolis, entendez par-là, la première cité agricole numérique connectée, ne peut être lancé sans l'installation d'une connexion à haut débit, une véritable révolution que les vieux soldats de la politique voient d'un mauvais oeil. Ce n'est pas tant l'évolution technologique qu'ils réfutent que cette femme qui, avec son habitude d'aller à la rencontre des habitants du département, agace terriblement. Elle en connaît tous les recoins et séduit les foules avec son projet en faveur du territoire. C'en est trop, il faut la mettre hors d'état de nuire. Qui la remplacera ? Pour faire quoi ? Et si les enjeux étaient à une autre échelle, à celle de la présidentielle ?

Avec ce roman, Jean-Baptiste de FROMENT brosse le portrait d'un système politique archaïque, désuet, misogyne, dans lequel les hommes partagent, dans des cercles très fermés, leurs privilèges autour de repas bien arrosés. Le territoire, eux, ça leur parle. Ils en connaissent tous les produits et finissent par les incarner physiquement, tout rond qu'ils sont et rouges comme la bonne chair. Pour se détendre les jambes, quoi de mieux qu'une partie de chasse en forêt, histoire de faire de leurs ennemis politiques un vulnérable gibier.  

Le titre suffit à évoquer l'interférence entre la politique et le règne animal. Dans "Etat de nature", il y a Etat bien sûr que l'on pourrait lire avec un M majuscule en référence à l'organe constitutif disposant du pouvoir d'autorité sur les citoyens dans un but d'intérêt général. Toutefois, accompagné du mot nature, il perd de sa superbe et, de la cour du roi, on se surprend à se retrouver au coeur d'une basse-cour de ferme. Là, nous ne sommes plus en société mais dans des temps reculés où l'homme agissait dans le simple but de satisfaire ses besoins vitaux. Les comportements sont instinctifs et dictés par la loi du plus fort. Avouons que la première de couverture représente divinement bien les combats de coqs intestins. Vous l'aurez compris, dans ce roman, c'est à la nature que Jean-Baptiste de FROMENT nous renvoie inlassablement...


La politique, comme la nature, a ses exubérances : ses herbes folles, ses excroissances dangereuses, ses plantes délirantes. p. 15

Si vous voulez faire carrière en politique, ne faites pas de vague, n'allez pas trop vite en besogne. La jeune femme, fraîche émoulue, n'avait que faire des remarques des hommes de pouvoir, ceux qui suçaient l'os de l'organisation jusqu'à la moelle. Pour elle, un seul objectif pouvait dicter son action, la défense du territoire, son développement, sa modernisation. Une fois Barbara Vauvert disparue des radars, il ne reste plus qu'aux amis de Claude, alors second à l'échelle nationale, à l'aider à sortir du bois pour montrer les résultats de son action, en faire un outil de communication, une machine de guerre pour lui assurer d'accéder au poste de Président de la République.

Si Jean-Baptiste de FROMENT dénonce les arcanes d'un pouvoir rétrograde, il met aussi habilement le doigt sur la dualité de son organisation avec la dimension politique, la plus haute fonction, et celle administrative, dite de l'expertise, réduite à l'état de second rang.

Le système tel qu'il est décrit est à s'y méprendre celui qui régit notre société d'aujourd'hui. Il y est question notamment de ces hauts fonctionnaires, ceux-là même qui soufflent à l'oreille des hommes politiques et qui se prennent à rêver, un jour, de prendre leur place. Tous sont formés dans l'unique école, laissant à vie l'empreinte d'approches standardisées. Dans le roman, ils se font même tatouer le S de l'Ecole de la Sapience sur le corps, histoire de montrer ô combien ils lui doivent fidélité.

Outre le côté narcissique du personnage de Claude, ce qui m'a intéressée, c'est son inaptitude à comprendre les citoyens dans ce qu'ils sont en mesure d'exprimer. Quand on voit le mouvement des Gilets jaunes se développer en France depuis ces dernières semaines et la révolte qui gronde, on se dit que Jean-Baptiste de FROMENT a été particulièrement visionnaire avec "Etat de nature". Il a imaginé le soulèvement de la population quelques mois avant son expression. Peut-être est-ce le fait qu'il ait, lui-même, quitté les plus hautes instances de l'Etat et pris subitement conscience de la véritable réalité des choses...

L'écrivain porte un regard satirique sur les conséquences de notre système politique. Ce roman nous parle d'inégalités, de territoire entre les villes et la campagne, d'inégalités entre les hommes et les femmes, entre les cols blancs et les métiers manuels... 

S'il m'a été parfois difficile de faire la distinction entre sa lecture et celle des médias du moment, compte tenu des innombrables ressemblances, je me dis qu'il est parfois utile d'appréhender la philosophie politique par la voie des romans. "Etat de nature" tient un propos grinçant dans une plume caustique et sarcastique. Par la fiction, il permet cette prise de distance qui aide à construire des esprits éclairés et à se préserver d'un état de droit baignant dans la sauvagerie, enfin, je crois !

Je participe au 

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La mer monte de Aude LE CORFF

Les miroirs de Suzanne de Sophie LEMP

Edmonde de Dominique DE SAINT PERN

D'origine italienne de Anne PLANTAGENET

Anatomie d'un scandale de Sarah VAUGHAN

Vigile de Haym ZAYTOUN

Nous aurons été vivants de Laurence TARDIEU

Médée chérie de Yasmine CHAMI

Personne n'a peur des gens qui sourient de Véronique OVALDE

Le rituel des dunes de Jean Marie BLAS DE ROBLES

Celle qui marche la nuit de Delphine BERTHOLON

La nuit se lève d'Elisabeth QUIN

Ce qui nous revient de Corinne ROYER

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2019-01-22T07:00:00+01:00

Les heures solaires de Caroline CAUGANT

Publié par Tlivres
Les heures solaires de Caroline CAUGANT

Stock - Arpège

Dans la toute nouvelle collection Arpège aux éditions Stock, Caroline LAURENT a offert une place de choix aux premiers romans qui le lui rendent bien. Il suffit d'ouvrir "Les heures solaires" de Caroline CAUGANT pour s'en convaincre. 

Dès les premières lignes, j'ai senti la pression m'envahir, l'étau se fermer sur moi, avec cet appel téléphonique venu perturber le quotidien de Billie. La trentaine, elle habite Paris. De son appartement, elle surplombe le cimetière du Père-Lachaise. Elle est artiste, elle dessine. Elle prépare une exposition et travaille avec acharnement, le calendrier est serré. Dans son univers, la portée des vues, l'intensité de la lumière, la présence des ombres sont autant d'éléments qui la font vibrer. Mais là, subitement, son tremblement  trouve sa cause ailleurs que dans sa passion. La Directrice de la résidence des Oliviers vient de lui apprendre la mort de sa mère, Louise, cette femme qu'elle n'a pas vue depuis des années. Avec ce décès, le passé, qu'elle s'était efforcée d'oublier, resurgit. Billie ne peut plus reculer, elle va retrouver V., le village de son enfance. Elle sait déjà que son château de cartes risque de s'écrouler, plus rien ne sera comme avant.

Ce première roman est un immense coup de coeur, je sors de cette lecture totalement habitée par le personnage de Billie. 

Je vous dis en quelques mots.

J'ai été captivée par ce roman et son côté foisonnant. Il déroule lentement le fil de la vie de trois femmes. Il y a Billie bien sûr. Elle fut longtemps appelée Bill par sa mère. Elle avait horreur de ce prénom, à moins que ça ne soit tout ce que sa mère représentait qui l'assaillait. Bill, c'était pour sa vie d'avant, celle menée jusqu'à ses 17 ans, jusqu'au jour où elle a quitté V. avec, pour seul bagage, un vulgaire sac à dos. Et puis, il y a Louise, la mère de Billie. Elle est morte noyée la veille de son anniversaire. Leur relation était faite de silences. Et avant elles, il y avait Adèle, la mère de Louise, la grand-mère de Billie. Dans les brumes de la seconde guerre mondiale, il y a l'amour, des enfants, la vie. A l'image de poupées russes, les destins de ces trois femmes s'entremêlent les uns les autres. Il y a la filiation qui les unit, il y une terrible malédiction aussi.


N’y a-t-il donc aucun refuge où enterrer les actes passés ? P. 125

J'ai été intimement touchée par l'effet des secrets de famille sur les différentes générations. A l'image de la première de couverture, ils agissent comme les ronds dans l'eau. Au plus près du lieu d'impact, il y a ce léger frémissement à la surface. Et puis, au fur et à mesure que la distance s'accroît, la vaguelette prend de la force et devient aussi violente qu'une déferlante, emportant tout sur son passage, le corps et l'âme. Billie, hantée par ses fantômes, se retrouve confrontée à la réalité de ses origines. 


Comme l’eau de la rivière, les secrets enfouis se faufilent, même dans les creux les plus infimes. P. 235

Caroline CAUGANT est passionnée par la mémoire transgénérationnelle, par ce qui se transmet des parents aux enfants jusque dans leur inconscient. Elle en fait le sujet de son roman et l'explore avec talent.

Et puis, il y a cette relation d'amitié entre Bill et Lila. J'ai été profondément émue par les plaisirs d'enfant, l'espièglerie des deux petites filles, les jeux innocents, les journées passées sous le soleil de V. à s'amuser, à se baigner. L'écrivaine brosse minutieusement le portrait d'un paysage du sud de la France, d'un arrière-pays, qui lui aussi laisse une trace, infiniment charnelle, dans la mémoire de Billie, un peu comme si le territoire qui nous a vu naître nous marquait à jamais du sceau de son empreinte.


Le passé et le présent se mêlant dans un étrange ballet. P. 24

Mais le tableau n'aurait pas été complet sans l'invitation de la grande Histoire dans l'itinéraire de ces femmes, meurtries à jamais.

Et puis, j'ai été littéralement transportée par l'expression artistique, ce que les oeuvres disent des états d'âme de l'artiste au moment de leur création. L'approche technique de la discipline comme celle de la psychologie de la dessinatrice relèvent de l'expertise. La quête de liberté de Billie, son irrépressible besoin de connaître ses racines pour mieux s'en émanciper, sont autant d'éléments sur lesquels Caroline CAUGANT construit une puissante alchimie. 

Enfin, et c'est là toute la beauté de ce roman, il y a l'écriture, une plume prodigieuse, parfaitement maîtrisée dans une construction ô combien structurée. La narration fait alterner les personnages et les temporalités, sème le doute, entretient le mystère jusqu'à la chute, juste éblouissante. 

"Les heures solaires", c'est un roman initiatique qui dévoile l'immense talent de Caroline CAUGANT.

Quelle plus jolie pierre Caroline LAURENT aurait pu trouver pour la construction de sa fabuleuse collection ? Avec ce brillant premier roman, elle va prendre de la hauteur, se laisser pousser des ailes et rêver, un jour, de délicatement gratter le ciel ! 

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2019-02-01T07:00:00+01:00

Ce qui nous revient de Corinne ROYER

Publié par Tlivres
Ce qui nous revient de Corinne ROYER

Actes Sud

La plume de Corinne ROYER, je ne la connaissais pas. Je me suis laissée guider par le conseil de Gaëlle NOHANT, auteure de la "Légende d'un dormeur éveillé" et j'ai très bien fait.

Ce roman, c'est l'histoire de deux femmes. Il y a Louisa. Son père, Nicolas Gorki est peintre. Il a épousé une soprano, Elena Paredes, partie un jour sans retour. Louisa prépare une thèse de doctorat sur la génétique. Elle étudie le syndrome de Down. Elle entretient une relation singulière avec son maître de thèse, un professeur en fauteuil roulant qui porte sur ses épaules un lourd fardeau. C'est lui qui la met sur la voie d'une autre femme, Marthe GAUTIER. En 2016, elle a 92 ans. Elle est surnommée la Découvreuse oubliée. Cette femme a mis en évidence le chromosome surnuméraire de la trisomie 21 en 1958. Elle a été élevée à Ocquerre dans la vallée de l’Ourcq. Elle habitait la Maison des trois cheminées. Sa soeur aînée, Paulette, suivait des études de médecine. Elle l'a aidée à tracer sa voie malheureusement, son mentor décède jeune d'une balle perdue. Elle passe l'année 1955 à Harvard dans le cadre d'une bourse d’étude. A son retour d’Amérique, elle est recrutée par le Professeur TURPIN de l’hôpital Trousseau. Elle est la première à créer un laboratoire de cultures cellulaires en  France. Sur le point de diffuser les résultats de ses recherches, elle se fait spolier sa découverte par un membre de l'équipe. 

Ce roman résonne comme une réparation. Corinne ROYER rend hommage à une chercheure bafouée par l'un de ses proches collègues. Nous étions en 1958, les femmes peinaient à se faire une place dans le monde scientifique. Quoi de plus naturel que de s'approprier le fruit du travail de celle qui sera, toute sa vie durant, considérée comme une contributrice. Marthe GAUTIER est victime de l'effet Matilda, ce déni ou cette minimisation du travail des femmes scientifiques. Inutile de vous dire que je n'ai pas décoléré de toute cette lecture. Comment supporter qu'une femme se voit ainsi dépossédée ? J'ai été profondément touchée par les textes écrits de Marthe GAUTIER elle-même dans son petit cahier gris et qui en dit long sur son amertume.


Autrefois je l’ai ressentie, cette mécanique implacable qui fait que l’on se sent dépossédé. P. 77

Je me suis laissée attendrir par l'itinéraire de Marthe GAUTIER, j'ai beaucoup aimé découvrir cette femme, passionnée de botanique, aquarelliste, qui se plaît à citer George SAND écrivant à Flaubert :


Je prends des bains de botanique, je me porte comme un charme. P. 37

Si la littérature d'aujourd'hui évoque souvent un retour difficile dans son village d'enfance, je pense notamment au roman de Caroline CAUGANT "Les heures solaires" ou encore celui de Gautier BATTISTELA "Ce que l'homme a cru voir", Marthe GAUTIER, elle, choisit, à la retraite, un retour aux sources pour soigner ses plaies.


Et ce qui m'importe à présent, et ce qui surtout me conforte dans la décision de retourner à Ocquerre, n'est rien d'autre qu'une manière de rendre la dépossession habitable, de conjoindre sous mes pas ses fragments épars, de marcher calmement dans la nuit, une horde de fantômes en haie d'honneur. P. 79

J'ai beaucoup aimé ce roman. Il y a les confessions de la vieille dame bien sûr, infiniment émouvantes, mais il y a aussi la qualité de la plume. Dès les premières lignes, j'ai été séduite par le côté poétique de l'écriture. Les métaphores sont autant de manières de sublimer le propos. 


Tout, des murs aux planchers, exsude ses humeurs tel un joyeux salpêtre aux efflorescences blanchâtres, un sel de pierres qui gagne chaque jour sa part de luminescence sur la noirceur du monde. P. 86

Corinne ROYER nous offre un roman intimiste qui mêle subtilement deux registres, la fiction incarnée par le personnage de Louisa, la réalité avec celui de Marthe GAUTIER. Il y a une certaine ingéniosité à enchevêtrer deux parcours de femmes, toutes les deux intervenant dans le domaine de la médecine, toutes les deux investies dans la recherche, mais vivant leur carrière à une cinquantaine d'années d'écart. Avec le portrait de Louisa, Corinne ROYER réussit à donner une touche de modernité à un livre qui pourrait presque être qualifié d'historique.

Elle assure la mémoire d'une Découvreuse tout en beauté, qu'elle en soit remerciée !

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2019-02-02T07:00:00+01:00

La nuit se lève d’Elisabeth QUIN

Publié par Tlivres
La nuit se lève d’Elisabeth QUIN

Grasset
 

Elisabeth QUIN, vous la connaissez peut-être, il s'agit de la présentatrice de l'émission "28 minutes" sur Arte.

Cette femme joyeuse, drôle, règne en chef d'orchestre sur une équipe décomplexée aux manières atypiques d'interviewer les invités. S'ils sont réunis autour d'une table, rien de plus banal, il y a une singularité de ton, empreint d'humour, de bienveillance, mais aussi d'espièglerie dans l'approche de l'humain. Alors, quoi de plus naturel que de s'intéresser, à notre tour, au destin d'Elisabeth QUIN ? Elle souffre depuis 2008 d’un glaucome, une hypertonie oculaire qui détruit lentement mais irréversiblement son nerf optique. C'est un legs de son père comme elle aime à le dire. Dans ce récit de vie, elle nous relate son combat de tous les jours, sa terreur du diagnostic, son besoin de simuler l'aveugle pour se préparer à sa cécité parce que "La nuit se lève", ses tentatives tous azimuts pour stopper l'évolution de la maladie (sa consommation boulimique de confiture de myrtille en référence à la légende des pilotes de la Royal Air Force qui auraient ainsi amélioré leur vision nocturne, ses pèlerinages à Notre Dame de Lisieux bien que non-croyante, ses consultations de l'ethnopsychiatre Tobie NATHAN...). Elle égratigne le monde médical, inhumain, froid, elle remercie les professionnels qui lui ont manifesté une attention particulière, chaleureuse, rassurante. Elle parle de sa  relation aux autres, ses proches, son compagnon, sa fille adoptive. Si elle nous confie l'objectif de son livre dans les toutes dernières pages, ironie du sort,  elle nous pose aussi cette question, à nous les personnes qui voyons encore : "Assumes-tu d’être un peu voyeur ?"

Je vais répondre tout de suite à la question de l'auteure. Ce récit de vie, de prime abord, a attiré mon attention parce que j'apprécie profondément la personnalité d'Elisabeth QUIN, ce qu'elle dégage dans ses émissions de bonne humeur et de chaleur humaine. Mais je ne suis pas une adepte de la presse people et ce qui m'intéressait beaucoup c'était sa façon à elle d'aborder la maladie, une certaine philosophie de vie, et là, j'avoue être pleinement conquise.

D'abord, Elisabeth QUIN n'a pas écrit ce récit pour que l'on s'apitoie sur son sort, ce n'est pas le genre. Elle profite au contraire de "La nuit se lève" pour donner quelques éléments statistiques méconnus du grand public. 1,7 million de personnes en France sont aujourd'hui atteintes d’un trouble de la vision, la proportion grandissant inlassablement au fur et à mesure de l'allongement de notre espérance de vie. Loin d'être un cas isolé, elle met au contraire le doigt sur un mal qui ronge notre société.
Elisabeth QUIN est érudite, c'est une intellectuelle, une femme cultivée qui va puiser dans ses connaissances historiques, littéraires, artistiques... pour traiter le sujet de sa maladie. Elle cite à l'infini des artistes, des auteurs, souffrant de la même pathologie, mais qui suscitent le beau comme la voie de l'épanouissement personnel.

Ce que j'ai beaucoup aimé dans ce récit de vie c'est l'humour implacable d'Elisabeth QUIN à l'image de cette citation :


Un arbitrage s’opère à la bourse des valeurs sensorielles : l’audition est en hausse, future valeur refuge, tandis que la vue plonge dans le rouge. P. 47

Vous vous surprendrez peut-être à rire en lisant les premières pages du livre où elle explique la guerre qu'elle mène contre une pilosité incroyablement développée, effet secondaire des traitements médicamenteux. Elle se présente comme une femme à barbe, une Mère Noël. 

C'est aussi sa manière de poser des questions éminemment philosophiques sur le sens de l'existence. La cécité à venir peut-elle le faire évoluer. Elle parle aussi du désir, sexuel. Est-ce que la vue suscite le désir ? Qu'en sera-t-il une fois la nuit levée ?

Et si nous devions faire nôtre du brin de sagesse qui guide les pas d'Elisabeth QUIN, je retiendrai personnellement cette phrase : 


Et se battre avec amour, un authentique amour de soi et de la vie. P. 42

Ce que j'aime plus que tout dans la littérature, c'est ce qu'elle offre comme champ des possibles, les romans par la fiction qu'ils entretiennent, les récits de vie par la réalité qu'ils véhiculent aussi. Je me dis que si un jour, moi ou mes proches, étions atteints d'une maladie semblable, j'aurais le réflexe de (re)lire ou faire lire "La nuit se lève" parce que le parcours d'Elisabeth QUIN est lumineux, il est plein d'espoir et montre à quel point, prendre de la distance peut permettre de conserver son insouciance. Le plume est fluide, émouvante, ponctuée de mille et une anecdotes donnant à voir la richesse de la vie.

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2019-02-16T08:56:24+01:00

Médée chérie de Yasmine CHAMI

Publié par Tlivres
Médée chérie de Yasmine CHAMI

Actes Sud

Je vous livre quelques mots de l'histoire :

Médée et son mari Ismaïl sont en escale dans un aéroport parisien. Ils s'apprêtent à s'envoler pour Sydney. Il est chirurgien, elle l'accompagne à un séminaire, bien malgré elle. Il lui dit de patienter quelques minutes près du kiosque à journaux, il va aux toilettes. Mais en réalité, il ne reviendra pas. Cette femme, ce sont deux de ses enfants, Aya et Adam qui la retrouveront pour lui annoncer qu'Ismaïl est parti à jamais. Elle s'est trompée sur les sentiments de son mari avec qui est vit depuis une trentaine d'année. Sculptrice, elle avait préféré le toit de la maison au jardin pour y créer son atelier. Elle y travaillait la pierre, des créations exigeantes physiquement qu'elle s'évertuait, une fois réalisées, à emmailloter avec du fil, des câbles, des morceaux de tissu, tout ce qu'elle pouvait trouver, un peu comme si elle voulait assurer leur protection. Alors que tout s'écroule autour d'elle, saura-t-elle se protéger, elle ? Retrouvera-t-elle un jour la voie de l'art ?

Yasmine CHAMI dresse un portrait de femme d'une infinie patience auprès de ses trois enfants, deux filles et un garçon, leur prodiguant tout son amour, une femme qui a toujours vécu dans l'ombre de son mari, aussi. Lui répare les vies, elle ne fait que modeler la pierre. Cultivant elle-même son infériorité, elle s'est construit un refuge à l'abri des regards et a dédié toute son existence au sacro-saint chef de famille.

Elle a fait de sa vie une dévotion. Alors, se retrouver là, au milieu de nulle part, dans une zone de  transit où les passagers sont à destination de... Médée, où en est-elle, elle ? Vers où va-t-elle ? Il faudrait déjà qu'elle puisse comprendre ce qui lui arrive. Paralysée par la violence foudroyante de la séparation, torturée par la déchirure fulgurante de la trahison, Médée choisit, dans l'urgence, de se retirer dans une chambre d'hôtel, tout ce qu'il y a de plus neutre et aseptisé. Alors qu'elle s'apprêtait à s'envoler, elle choisit de se terrer et d'explorer le vide abyssal qui l'habite maintenant. 

Yasmine CHAMI est audacieuse dans son projet littéraire. Elle procède à une mise à nu complète de Médée, cette femme anéantie par le sentiment d'abandon. Elle fait le choix de l'isoler, du monde dans quelques mètres carrés totalement insignifiants, des siens aussi. Malgré la douleur qui l'assaille, elle pousse ses enfants à la laisser là, choir, seule, pour écouter son corps, le laisser guider ses pas.


Médée, son corps sait ce que sa pensée ne conçoit pas encore, elle est comme ces personnages arrêtés, piégés dans une matière plus lourde que le mouvement qu’ils tentent. P. 15

L'écrivaine explore le destin de cette femme par la voie de la chair. Elle évoque la maternité et ce lien indéfectible qui lit une mère à ses enfants, le fruit de ses entrailles. C'est avec son corps aussi qu'elle sculpte :


[…] ses mains aux ongles coupés très courts, calleuses par endroits malgré l'usage répété de la pierre ponce pour attendrir la chair durcie par le maniement des outils : marteaux, burins, gradines, pointes, gouges, ciseaux, scies, mais aussi râpes, limes... P. 18

Médée est à la croisée des chemins, elle réalise sa mue, se libère progressivement des peaux mortes laissées par l'infidélité. Yasmine CHAMI décrit la métamorphose d'une femme forte, puissante, courageuse, en quête de nouveaux repères, d'un nouvel ancrage. Outre cette rencontre fabuleuse avec Tanya qui va panser ses plaies, lui donner du baume au coeur, c'est dans l'art aussi qu'elle imagine pouvoir lui donner une nouvelle vie, lui offrir la voie de la résilience. 

Les premières pages relatent une scène fracassante, le moment fugace où le château de cartes s'écroule. L'écrivaine va dédier son roman, "Médée chérie", à la (re)construction, lente, apathique, d'une femme. Dans une plume charnelle, médicale, presque chirurgicale, elle nous offre un condensé de sensibilité, de délicatesse et de générosité, elle nous livre un propos profondément humain, éclatant, plein d'espoir.

Ce roman, c'est un hymne à la vie, la consécration du pouvoir des femmes aussi. A la lâcheté d'un homme, elle oppose l'ardeur, l'énergie, la volonté, le ressort... des femmes. Sublime !

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Nous aurons été vivants de Laurence TARDIEU

Médée chérie de Yasmine CHAMI

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2019-02-19T12:40:00+01:00

Nous aurons été vivants de Laurence TARDIEU

Publié par Tlivres
Nous aurons été vivants de Laurence TARDIEU

Editions Stock

Sur les conseils d'Antigone, j'avais découvert en 2016 la plume de Laurence TARDIEU avec "A la fin le silence", un roman que j'avais découvert avec beaucoup de plaisir mais qui avait laissé en moi, une empreinte indélébile, je m'en rends compte aujourd'hui !  En ouvrant "Nous aurons été vivants", le tout dernier roman de l'écrivaine, c'est comme une déflagration, une bombe, un coup de coeur.

Il n'aura suffit que d'un flash, une vision fugace, de l'autre côté de la rue, sur le trottoir, avant le passage en décalé de deux bus, pour qu'Hannah soit de nouveau déchirée par l'absence de sa fille, Lorette, partie il y a 7 ans sans laisser la moindre adresse, le moindre petit mot. Cette femme en "imperméable beige, sac vert en bandoulière, bottes noires" était-elle sa fille ? L'a-t-elle réellement vue ? S'agit-il d'une chimère ? Hantée par le fantôme de sa fille, Hannah ploie sous le choc de l'image. Tous les souvenirs resurgissent alors. Le fil de sa vie se déroule lentement. Elle vivait le grand amour avec Philippe, elle était artiste peintre. Hannah a 60 ans maintenant. Tout ceci est à conjuguer au passé, le château de cartes de sa vie s'est écroulé le jour où Lorette a tout quitté. Mettre des mots sur ses souffrances est si difficile, elle qui depuis sa tendre enfance vit dans la peur, de qui ? de quoi ? Mais sur ce banc, là, avec la rencontre d'un jeune homme, musicien, les choses se dénouent. Il n'aura suffit que de quelques paroles pour...
Laurence TARDIEU a cet immense talent de planter un décor, créer une ambiance, dès les premières lignes de ses romans. Je me suis vue, moi, à côté d'Hannah, dans ce petit matin parisien, brumeux, envahi par les bruits de la ville. Mais elle a aussi et surtout, cette capacité à passer du dehors, l'environnement, le cadre de vie, au dedans, l'intimité, le corps, la chair. Parce qu'il s'agit bien de cela, l'absence de Lorette mortifie sa mère, la meurtrit dans ses viscères, ce ventre qui l'a nourri pendant 9 mois, ses entrailles qui se sont ouvertes pour lui donner naissance, ce corps qui a ressenti au plus profond de lui toutes les joies mais aussi les peines de sa fille. Il y a cet indicible lien entre une mère et son enfant, la plénitude, la force de la maternité dans ce qu'elle a de plus physique et naturel. J'avais adoré "Une longue impatience", cette manière qu'avait Gaëlle JOSSE de décrire les soubresauts du corps torturé par l'absence d'un fils, je suis littéralement tombée sous le charme de ce qu'écrit Laurence TARDIEU. Ces deux auteures, des femmes, tiennent un propos prodigieux marqué par la minutie et la justesse des mots. Chacun résonne avec un effet décuplé, c'est une explosion d'émotions.


[...] la disparition de Lorette agit sur nous tel un fantôme qui nous poursuit tous, Lorette absente vit encore parmi nous par les questions sans réponse qu’elle nous a laissées et nous sommes tous, depuis sa fuite dans une forme d’errance à laquelle nous ne pouvons pas mettre un terme. P. 99

Mais le roman ne saurait se contenter d'explorer cette relation mère-fille. Laurence TARDIEU aborde aussi le sujet de l'amitié, des liens qui se nouent avec d'autres qui ne font pas partie de la famille et pourtant ! Hannah a rencontré Lydie lors du vernissage de l'une de ses expositions, la simple présence de la femme à ses côtés sans qu'elle sache qui elle était, ce qu'elle représentait, ce qui la faisait vibrer, a suffit à l'électriser. Il y a quelque chose de presque surnaturel à ressentir l'énergie d'une présence, l'intensité d'un regard, d'un corps, d'une posture. 


Depuis, Lydie et elle avaient partagé d’innombrables moments, et ces moments constituaient une sorte de palette de toutes les nuances du sentiment humain, une variation de tout ce qui peut exister entre la joie et le désespoir. P. 250

Cette relation établie entre les deux femmes est foncièrement bonne et généreuse. Elle donne la capacité à Hannah d'affronter chaque jour, elle qui souffre à en mourir et qui pourtant, trouve la force de (sur)vivre. Dans "Nous aurons été vivants", il y a la richesse, le contentement, la plénitude des sentiments. 

Et puis, il y a la présence de l'art comme un fil conducteur dans toute cette oeuvre. Hannah est peintre, c'est une artiste. Dans son rapport à la création, il y a l'exaltation, l'enivrement, l'étourdissement. Il y a la solitude aussi. Elle se souvient de ce tiraillement qui s'exerçait sur elle, partagée qu'elle était entre l'amour porté à sa fille, enfant, et la nécessité absolue d'assouvir le plaisir de peintre pour être elle-même, affirmer sa propre personnalité, son identité.  


Elle avait besoin de beaucoup de solitude pour peindre, et se disait parfois qu’elle ne parvenait plus à trouver la joie autrement que dans la solitude - les moments passés à peindre, ou à contempler les arbres de sa fenêtre, ou le ciel, ou juste être là, sans rien faire, à se sentir simplement exister. P. 205

Enfin (et je vais m'arrêter là parce que moi aussi je pourrais en faire tout un roman !!!), il y a l'Histoire. Présente dans la famille, une page sombre, tapie dans le silence, un secret qui avec les générations devient de plus en plus lourd à porter. Les hommes sont mortels, je ne vous apprend rien, et avec l'âge le risque de ne jamais savoir prend une toute autre dimension. Il y a un autre volet de la grande Histoire, celle qui a envahi les écrans de télévision en novembre 1989, la chute du mur de Berlin. Avec elle, c'était l'euphorie, le rêve enfin d'une Europe libre. Qu'est-elle devenue aujourd'hui ? Les capitales ne sont-elles par parcourues par ces militaires armés pour assurer la sécurité ? Ne sombrent-elles pas dans la peur des attentats ? Ne sont-elles par envahies par la montée des populismes ? Ce ne sont pas les événements de ces derniers jours à Paris qui viendront malheureusement démontrer le contraire. Laurence TARDIEU embrasse ces trente dernières années d'une Europe qui vieillit, elle aussi !

Ce roman, vous l'aurez compris, il m'a littéralement subjuguée, il a résonné dans ce que j'ai de plus intime. Mais je crois qu'il convient de le partager à l'envi. Vous aussi pourriez bien tomber sous le charme de la plume de Laurence TARDIEU, profondément sensuelle. Quant à la philosophie qu'elle nous livre, je vous laisse la méditer, tout simplement !

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Vigile de Haym ZAYTOUN

Nous aurons été vivants de Laurence TARDIEU

Médée chérie de Yasmine CHAMI

Personne n'a peur des gens qui sourient de Véronique OVALDE

Le rituel des dunes de Jean Marie BLAS DE ROBLES

Celle qui marche la nuit de Delphine BERTHOLON

La nuit se lève d'Elisabeth QUIN

Ce qui nous revient de Corinne ROYER

Les heures solaires de Caroline CAUGANT Coup de coeur

Etat de nature de Jean-Baptiste de FROMENT

Piano ostinato de Ségolène DARGNIES

et plein d'autres encore !

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