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2022-04-26T12:29:06+02:00

Une bête au Paradis de Céline COULON

Publié par Tlivres
Une bête au Paradis de Céline COULON
Cécile COULON, je l’ai découverte il y a très longtemps maintenant avec "Le roi n'a pas sommeil".
 
Et puis, il y a eu toutes ces années, sans, honte sur moi. Heureusement, le Bon club est là et Gwen me l’a tendu, tout droit, elle a très bien fait.
 
Le Paradis, c’est la ferme où vit la famille Émard. Il y a Émilienne, cette personne âgée de 80 ans, la patronne. Et puis, il y a Blanche, sa petite fille qui vit sa première expérience amoureuse avec Alexandre, un jeune garçon. Il y a Gabriel, le frère de Blanche. Il y a Louis aussi, lui, il est maltraité par son père. Émilienne l’a accueilli sur ses terres. Il est commis. Cette ferme porterait bien son nom s’il n’y avait eu le décès accidentel d’Etienne et Marianne, les parents de Blanche et Gabriel. Et puis aussi, le départ d’Alexandre pour aller faire ses études, abandonnant Blanche à son triste sort. Et Gabriel, dont le corps frêle ploie sous le poids de la douleur de l’absence de ses parents. Que d’être meurtris qui, bon an, mal an, se tuent aux tâches agricoles, les poules, les canards, les pintades, les cochons. Ils vouent leur vie à la terre, du lever au coucher du soleil. Mais cet équilibre ne saurait durer sans quelques bouleversements, là commence une nouvelle histoire.
 
Il y a le rapport à la terre qu’entretiennent les paysans et la valeur travail. Dans le genre, il y a bien sûr Serge JONCOUR qui excelle dans l'approche du monde agricole, ses valeurs, ses codes, ses rouages. Plus récemment, j'ai été happée par le destin de "La fille de la grêle" de Delphine SAUBABER
Ce qui m'a frappée dans la prose de Céline COULON, c'est le rapport aux animaux, de ceux qui sont élevés pour nourrir les hommes dans un circuit court, depuis la production jusqu'à la consommation. Elle met ainsi le doigt sur le modèle économique mis en place avec une certaine autarcie dans la satisfaction des besoins physiologiques de la pyramide de Maslow, les besoins primaires des hommes et des femmes, manger, boire, dormir.
 
Dans les toutes premières lignes, l'autrice décrit le rituel de tuer le cochon, cet événement qui vient rythmer la vie des agriculteurs. Dans cette scène, j'ai été frappée par la présence du sang qui irrigue le corps et répond lui aussi aux besoins vitaux des êtres. Mais il y a aussi l'image des liens du sang. J'ai lu personnellement dans le propos de Céline COULON la filiation, le lien établi entre les générations dans la succession des exploitations. Pérenniser l'outil de travail devient une responsabilité qui incombe, presque naturellement, aux descendants. Là, Emilienne montre à quel point certains s'inscrivent dans une abnégation totale au profit de la ferme, la pierre et les terres.


Émilienne avait toujours été une vieille femme. Pas une vieille dame, une vieille femme. De celles qui continuent, sans relâche, à consolider leur petit empire, à la seule force de leur âme, qui est si grande, habitée de miracles et d’horreurs, si grande. P. 43

Comme une prédisposition des femmes au Paradis, c'est Blanche qui s'inscrit dans ses pas.
 
Et puis, il y a le parcours initiatique d’une jeune femme dont la transmission est assurée par la voie de la grand-maternité, deux portraits de femmes complexes, oscillant entre le courage, la force, et les fragilités.
 
Il y a encore la narration. Des verbes à l’infinitif pour marquer l’action et le rythme effréné du roman. Une tension exercée dès les premières pages. Un mystère incroyable est entretenu tout au long du livre avec la bombe qui explose, une déflagration aux milles éclats, le tout servi par une plume éminemment poétique.


Elle l’avait laissé dehors pour qu’il se vide de ses larmes, de sa colère, de ses coups, oubliant que larmes, colères et coups sont des fleurs qui poussent en toute saison, même dans des yeux secs, même dans des corps aimés, même dans des cœurs réparés. P. 83

L'écart si savamment entretenu tout au long du roman entre l'approche un brin rustique de la vie agricole et la délicatesse des mots employés ne fait que décupler les effets. Ce roman, je ne l’oublierais pas tellement le sujet est puissant, d’ordre sociétal mais impossible de vous en dire plus.

Ce roman, quelle claque ! Encore une puissante référence du Book club... vous vous souvenez des autres lectures bien sûr !

"Hamnet" de Maggie O'FARRELL

"Les enfants sont rois" de Delphine DE VIGAN

"Au-delà de la mer" de Paul LYNCH

"Le messager" de Andrée CHEDID

"L’ami" de Tiffany TAVERNIER

"Il n’est pire aveugle" de John BOYNE,

"Les mouches bleues"» de Jean-Michel RIOU,

"Il fallait que je vous le dise" de Aude MERMILLIOD, une BD,

"Le roi disait que j'étais diable" et "La révolte" de Clara DUPONT-MONOD, 

"Un jour ce sera vide" de Hugo LINDENBERG

"Viendra le temps du feu" de Wendy DELORME,

"Il n'est pire aveugle" de John BOYNE...

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commentaires

M
J'ai particulièrement apprécié moi aussi la lecture de ce roman-choc et c'est un auteur que j'avais découvert lors de cette lecture...sinon dans ta liste je crois que c'est Paul Lynch...pas David, non ?? Bonne journée et merci pour tes chroniques que je lis toujours avec grand plaisir même si je ne laisse pas toujours une trace de mon passage
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T
Merci Manou de ton passage sur le blog et cette trace laissée. Je rectifie, heureusement que tu as l'oeil.

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