Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

2021-02-02T07:00:00+01:00

Rescapée du goulag chinois de Gulbahar HAITIWAJI et Rozenn MORGAT

Publié par Tlivres
Rescapée du goulag chinois de Gulbahar HAITIWAJI et Rozenn MORGAT
 
Je l’ai entendue à la radio, le 11 janvier dernier, sur France Inter, au micro de Léa SALAMÉ, dans le 7 - 9, j’ai été captivée par son récit, celui de son emprisonnement.
 
Gulbahar HAITIWAJI a une cinquantaine d’année. Elle est née au Xinjiang, un territoire qui fait trois fois la France, sous régime chinois. Elle est mariée avec Kerim HAITIWAJI. Elle est mère de deux filles. Mari et femme travaillent pour la Compagnie du pétrole et puis un jour, en 2002, Kerim décide de quitter le pays. Il ne supporte plus les humiliations. Il part seul à destination de Paris. Il y découvre la misère des exilés, la vie des sans papier, les petits boulots, et puis un jour, il obtient le statut de réfugié. Gulbahar et ses filles quittent le pays à leur tour. Nous sommes en 2006. Ils habitent dans un appartement de Boulogne. Lui est taxi chez Über, elle travaille dans une cantine. Un jour, en 2016, elle reçoit un appel téléphonique. Elle doit retourner au Xinjiang pour régler des démarches administratives en lien avec sa retraite. Méfiante, elle redoute d’y retourner. Kerim la rassure, elle fera l’aller-retour, elle en profitera pour voir sa mère, ses soeurs. Quand elle met les pieds sur le tarmac, c’est un tout autre scénario qui se joue. Elle est conduite au commissariat, interrogée, emprisonnée.
 
Je ne lis pas régulièrement des récits de vie et pourtant. Celui de Gulbahar HAITIWAJI coécrit avec Rozenn MORGAm’a fait prendre conscience d’une situation tout à fait effroyable. Le régime chinois procède au vu et au su des autorités internationales au génocide des Ouïghours. Pourquoi ? Ils sont d’origine turque, musulmans, et le régime chinois a décidé de lutter contre l’islam radical et le séparatisme... à sa manière !


En Chine, vous ne pouvez pas vivre là où vous voulez. P. 99

Ce récit, c’est celui d’une femme, et comme on le sait tous, les femmes sont, dans les conflits, les premières armes de guerre. Les chinois ne bombardent pas les terres du Xinjiang dont le sous-sol représente une grande richesse, non, leur combat est beaucoup plus pernicieux. Ils s’attaquent à celles qui assurent le renouvellement des populations et l’avenir des peuples. Alors, quoi de mieux que leur mentir avec un soi-disant vaccin contre la grippe pour les stériliser quand elles sont dans les geôles chinoises. Gulbahar a bien essayé de résister mais ce n’était que peine perdue. A l’extérieur, de très jeunes femmes sont mariées de force à des Hans, l’autre ethnie du Xinjiang, d’origine asiatique.
 
Contre le néon blafard, rien à faire non plus. Première arme de torture, la lumière permanente dans une cellule fermée entre quatre murs empêche les femmes regroupées par trentaine de dormir et de vivre au rythme du jour et de la nuit. Elles perdent la notion du temps et le sommeil. Elles sont soumises à la vidéosurveillance permanente. Impossible pour elles de se parler, d’échanger autre chose que ce que leur impose le régime.
 
Ces âmes sont à rééduquer bien sûr, elles doivent être remises dans le droit chemin, et c’est le régime chinois qui s’en charge, lui qui se targue d’assurer leur protection contre les mauvais esprits.


Dans sa grande clémence, le parti nous offre une chance de racheter nos péchés par la rééducation. Nous lui devons bien ça. P. 103

Alors, avec une recette largement expérimentée à l’époque de Mao TSÉ-TOUNG, les autorités leur assènent à longueur de temps l’hymne national, les valeurs chinoises, du mandarin...


Ça a été mon premier acte de résistance. Tout apprendre par cœur. Ne pas leur laisser le loisir ou le plaisir de m’humilier en me punissant. P. 60

Dans les prisons, comme les écoles de redressement, les femmes sont privées de liberté, soumises à d’interminables interrogatoires, dépendantes de l’humeur des gardiens. Gulbahar va être transférée indéfiniment entre les sites, tondue, humiliée, giflée. Mais, finalement, que lui reproche-t-il, le régime chinois ? Une simple photo de sa fille lors d’une manifestation d’une association de Ouïghours sur les Champs Élysées avec, dans sa main, le drapeau Turkestan oriental. Elle est emprisonnée pour « troubles à l’ordre public en réunion ».
 
Si le titre dévoile l’issue, il n’en demeure pas moins que le récit est rythmé et saisissant. Je me suis retrouvée happée par l’autobiographie de cette femme, de cette page de sa vie absolument ahurissante, inimaginable pour un occidental qui jouit des droits de l’Homme reconnus par l’Organisation dés Nations Unies, celle-là même qui a condamné en 2018 les camps de redressement des Ouïghours du Xinjiang.
 
Je suis sortie indignée par le destin des Ouïghours. Nous ne naissons pas tous égaux, c’est certain.
 
Avec « Rivage de la colère » de Caroline LAURENT, plus jamais je n’oublierais les Chagossiens. Avec Gulbahar HAITIWAJI, plus jamais je n’oublierais les Ouïghours.
 
J’aime quand la littérature révèle au monde les droits bafoués, quand elle dénonce les injustices perpétrées, quand elle assure la mémoire des humains torturés. Là, c’est de l’histoire contemporaine, de celle qui se conjugue au présent. Aucune information ponctuant un journal comme des milliers d’autres actualités ne saurait remplacer un livre qu’une dizaine d’heures permettra  d’explorer. L’acculturation à un sujet mérite que l’on s’y attarde. L’image ne saurait ajouter de plus profond effroi aux mots couchés sur le papier. La littérature se suffit à elle-même, c’est là toute sa force dans laquelle j’aime aller puiser.
 
Je voue un très grand respect à Gulbahar HAITIWAJI, et toutes ces anonymes qui font preuve d’un immense courage et d’une force de caractère insoupçonnée pour RÉSISTER !
 
Ce livre est à diffuser sans modération pour que la communauté internationale s’empare du sujet et qu’un jour justice soit faite aux Ouïghours, que leur langue, leurs traditions, leur culture... puissent être protégées et revendiquées pour leur singularité, que ces hommes et ces femmes puissent accéder aux droits fondamentaux, tout simplement !

Voir les commentaires

commentaires

Girl Gift Template by Ipietoon Blogger Template | Gift Idea - Hébergé par Overblog