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2020-11-13T08:23:04+01:00

La désobéissance d’Andreas Kuppler de Michel GOUJON

Publié par Tlivres
La désobéissance d’Andreas Kuppler de Michel GOUJON

Héloïse d’Ormesson éditions

Nous sommes en février 1936. Andreas et Magdalena vivent à Berlin. Ils sont mariés depuis cinq ans. Elle a démissionné d’un poste de laborantine en centre d’analyses médicales pour se consacrer à sa famille qu’elle veut nombreuse. Elle, la presque parfaite aryenne, est torturée par l’infertilité de son couple et traite ses névroses à coup d’anxiolytiques. Lui est journaliste sportif. Il couvre les quatrièmes Jeux Olympiques d’hiver à Garmisch-Partenkirchen. Si, fidèle à sa famille de militaires, elle vénère le Troisième Reich, lui s’autorise à ne pas manifester de quelconques sentiments d’adoration pour le régime fasciste au pouvoir. Plus encore, il continue de faire ses emplettes chez des Juifs dont le commerce est interdit par les nazis. Il écoute du jazz, cette « musique nègre » considérée comme de l’art dégénéré. Il ne faudra pas plus d’une soirée à s’enivrer avec des confrères américains et à se languir sur la piste de danse avec une journaliste juive pour s’attirer les foudres du régime. Mais là, commence une autre histoire.

Ce roman revient sur une période qui fait aujourd’hui couler beaucoup d’encre, je vous l’accorde. Et pourtant, il sait être original.

J’ai aimé prendre la voie des J.O. pour décrypter les rouages d’une dictature en gestation. Nous sommes en 1936, quelques années après les premières décisions prises par le régime nazi (boycott des commerces juifs, autodafé des livres Place de l’Opéra...), le pouvoir s’enorgueillit d’une reprise économique. Il fait de cet événement sportif international un objet de propagande. Et même si les photographes non allemands ne sont pas autorisés à y faire leur métier, les jeux deviennent la vitrine de celui qui dit réussir à relever le pays.

Et puis, après « Erika Sattler », « Magdalena Kuppler » est très intéressante à appréhender. Le personnage de fiction de Michel GOUJON nourrit ce canon aryen d’une quête immuable d’une certaine forme de dignité. Il y a de l’orgueil à assouvir. Il y a aussi cette volonté de s’engager aux côtés du Führer. Les femmes, confinées par le régime aux tâches domestiques et à l’éducation des enfants, ont à coeur d’être à la hauteur. Si d’aventure, certaines s’éloignent du chemin, la société se charge elle-même de prendre la relève de l’Etat pour les presser de rejoindre le troupeau.

Outre le simple fait d’être mère et d’aspirer au modèle donné par Magda Goebbels en personne, il y a, pour une femme, le nec plus ultra, celui de contribuer à restaurer la pureté du sang allemand en se faisant engrosser par de purs aryens, ces SS triés sur le volet alimentant les « Lebensborn » créés par la dictature pour assurer des descendants parfaits en tous points.

J’ai beaucoup aimé le rapport à la musique incarné par Andreas Kuppler et ces moments de liberté qu’il s’octroie, un brin subversifs.


La musique exprimait l’indicible. Et en ces temps, elle pouvait aussi être une forme de résistance. P. 61

Tout se joue, là, en 48 heures. Michel GOUJON, dans son quatrième roman, met à l’épreuve du pouvoir et de la peur deux êtres que l’on pourrait qualifier d’ordinaires. Il précipite les événements pour livrer un roman rythmé et haletant dans une plume qui sait être poétique :

 


Un songe était si volatil, un peu comme un parfum. Il fallait l’enfermer très vite dans un flacon si on voulait en conserver l’essence. P. 39

Je l’ai commencé, je n’ai pas pu le lâcher !

 

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commentaires

Z
Oui, en ce moment, c'est une époque que l'on voit souvent dans les livres
Répondre
T
Mais Michel GOUJON nous offre un roman très original.

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