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2019-05-17T06:00:00+02:00

Cent voyages de Saïdeh PAKRAVAN

Publié par Tlivres
Cent voyages de Saïdeh PAKRAVAN

Belfond collection Pointillés

C'est avec ce roman que j'ai découvert la plume de Saïdeh PAKRAVAN, que l'écrivaine soit remerciée de ce très beau cadeau qu'elle m'a fait.

Si je m'étais contentée de lire le titre et fiée au bandeau qui orne le bas du livre, je me serai imaginée partir survoler les cinq continents,  visiter le monde, la réalité est toute autre, Saïdeh PAKRAVAN nous invite à un voyage intérieur.

Garance est une jeune femme que tout différencie de sa soeur Coralie. Ses parents sont divorcés. Le bac en poche, sa mère décide que c'est Garance qui ira vivre trois années à Téhéran chez son père. Quand elle rentre à Paris, elle assiste malheureusement au décès de son grand-père maternel. La relation amoureuse établie avec Henri devient une bouffée d'air dans sa vie triste, elle devient mère et porte à sa fille, Myriam,  un amour incommensurable. Une nouvelle vie commence pour elle, pour le meilleur, et pour le pire.

J'ai lu ce roman le coeur serré, l'histoire de Garance m'a profondément troublée dans ce qu'elle revêt d'épreuves dramatiques, son destin est cruel. Alors qu'elle pourrait jouir des plaisirs de la vie, son existence est marquée par des tribulations toutes plus catastrophiques les unes que les autres. 


Finalement, les nouveaux rivages où nous abordons ne sont jamais faits que de sable sous nos pieds. P. 55

Pour ne pas déflorer l'histoire de cette femme meurtrie, je ne vous en dévoilerai pas les objets mais juste les émotions qui la torturent. Ce roman déroule lentement le fil et met des mots sur le cheminement d'une femme en quête de résilience. Comment mettre du baume sur ses plaies ? 

Avec l'itinéraire de Garance, ce sont toutes les formes de l'amour qui sont explorées, celui porté à un mari, celui voué à un enfant, celui fraternel aussi qui peut tisser des liens, ou pas, entre les enfants d'une même famille. Saïdeh PAKRAVAN met le doigt subtilement sur tout ce panel de relations entretenues, bon gré mal gré. Après l'amour démesuré vécu avec Myriam, il ne pouvait y avoir que des déceptions. Le propos est mélancolique, foncièrement sombre. C'est un portrait de femme désenchanté que l'écrivaine nous livre. 

Saïdeh PAKRAVAN aborde de la même manière le sujet du deuil. La vie de Garance est régulièrement affectée par des décès d'êtres chers. 


Cette blessure ne cicatrisera jamais, le sang en continuera à couler en moi tant que je vivrai [...]. P.144

Là aussi, et même s'il n'y a pas de hiérarchie dans la douleur, l'écrivaine porte, à travers un filtre de lecture à plusieurs dimensions, un éclairage sur ce que l'on peut vivre au quotidien, mieux comprendre aussi.

Dans un contexte amoureux, familial, amical particulièrement douloureux, Saïdeh PAKRAVAN donne à voir un être profondément déçu par la nature humaine qui va chercher sa voie. Garance ne s'attache pas. Au fil de son existence, elle s'est faite une philosophie de vie, totalement épurée, aseptisée, tant du point de vue matériel qu'humain. Et puis, Garance se réserve le droit, ponctuellement, quand il n'est vraiment plus possible pour elle d'affronter, de couper définitivement avec tout ce qui pourrait l'ancrer, elle prend alors un billet d'avion et s'envole pour d'autres lieux. 


Les voyages sont le seul antidote réel au lent poison que je distille dans ma propre vie, à cette attitude indifférente, sinon franchement négative, que je me donne [...]. P. 122

Quand elle revient, elle s'installe dans un nouveau logement pour repartir, toujours, à zéro. J'ai été particulièrement sensible à son arrivée en Iran alors qu'elle était une jeune adulte. Né de parents étrangers, Garance cherche dans le territoire celui qui lui est sien. Saïdeh PAKRAVAN évoque ainsi le rapport des enfants d'immigrés à leurs origines, à ces terres dans lesquelles ils espèrent s'enraciner mais la réalité est plus complexe qu'il n'en paraît.


Me rappelant que j’étais dans « mon » pays comme si seul celui de mon père pouvait être ainsi qualifié et que celui de ma mère ne comptait pas [...]. P. 127

Ce roman je l'ai lu comme une fiction et pourtant, s'il n'est autobiographique, j'image tout à fait que Saïdeh PAKRAVAN ait mis dans ce livre beaucoup plus que le fruit de sa seule imagination. Si tel est le cas, souhaitons qu'elle puisse un jour trouver le repos, une paix intérieure qui lui apporte le plaisir d'EXISTER. Peut-être est-ce déjà le cas avec l'écriture...

La plume est belle, ciselée, psychologiquement élaborée. Après cette invitation dans l'univers de l'intime, j'aimerais beaucoup partir à la découverte de son roman "Azadi", lauréat du Prix de la Closerie des Lilas 2015. Vous l'avez lu ?

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commentaires

M
J'avais beaucoup aimé Azadi et ta chronique me donne envie de découvrir celui-ci. Merci pour ton ressenti
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T
Excellent, je vais m’y intéresser encore de plus près !
Merci Manon pour ce gentil compliment.

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