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2018-03-20T07:00:00+01:00

Eparse de Lisa BALAVOINE

Publié par Tlivres

 

Editions Lattès
 

Il est souvent difficile de rebondir après une lecture qui n’a pas été à la hauteur de vos attentes. Il est encore plus difficile de renouer avec la rédaction d'une chronique quand la suivante a fait vibrer votre cœur de façon totalement désordonnée. J'en connais une qui dirait "Boum boum".


Avec "Éparse" de Lisa BALAVOINE, vous embarquez tout simplement pour un ascenseur émotionnel hors du commun. 


La narratrice, l'écrivaine elle-même, aborde la quarantaine. Elle est divorcée et mère de 3 enfants. Elle déroule le fil de son existence au gré de beaux et de terribles souvenirs. Elle convoque simultanément 3 générations. Il y a d'abord les relations avec ses parents, son père, sa mère. Là, le terrain est miné, la filiation est douloureuse, largement teintée d'amertume. Et puis, il y a sa génération à elle, celle construite autour d'un mariage pour le meilleur et pour le pire. Il y a eu de l'amour, beaucoup  d'amour, et puis avec le temps, ce qui relevait de l'exceptionnel s'est progressivement banalisé, chacun s'est désintéressé de l'autre au point de rendre les liens insupportables. La rupture était devenue inéluctable. Elle s'est mise en quête de nouveaux repères, au gré de rencontres, d'aventures aussi, sans lendemain. Et puis, il y a la génération des enfants. A son tour à elle d'être mère, un rôle particulièrement ingrat à tenir, d'autant que les enfants peuvent être parfois bien cruels. Mais la vie est ainsi faite et mérite largement d'être vécue quand elle offre la voie de la liberté et du bonheur !  


Ce roman, je l'ai découvert avec les 68 Premières fois, encore une bien jolie révélation. Nos fées ont décidément une aptitude toute particulière à débusquer le talent là où il est.
La narratrice explique sa quête dès les premières pages, en poésie s'il vous plaît :


Je voudrais pouvoir décoller les différentes couches de papier peint de ma vie pour retrouver le lé d’origine. P.10

Ce roman m'a beaucoup émue d'abord dans les liens qui unissaient la narratrice à ses grands-parents. Elle cultive la mémoire de beaux moments de bonheur glanés alors qu'elle n'était encore qu'une enfant. Ses parents étaient divorcés, eux aussi, elle trouvait son équilibre dans cette maison où la tendresse semblait être l'invitée de chaque jour. Nul doute que nous aimerions tous en vivre de cette profondeur.


"Eparse" fait de la relation à l'autre son sujet de prédilection. Il l'explore, la dissèque, la scrute... Il y a des passages d'une très grande sensualité quand la narratrice parle d'amour et du cycle de la passion avec ses moments de fulgurance, ses côtés volcaniques et sulfureux, et puis, sa dimension plus apaisée, amoindrie, voire éteinte, absente. 


Il y a les sentiments bien sûr, mais il y a aussi la dimension charnelle, le rapport au corps, depuis les frémissements jusqu'au prodigieux plaisir, de celui qui est généralement indéfinissable mais qui, sous la plume de Lisa BALAVOINE, trouve sa plus belle expression.


Et puis, il y a aussi des moments de profonde solitude, ce sentiment d'abandon qui déchire l'âme, vous percute, vous fait sombrer dans le chagrin et violemment souffrir. Chaque fois, la narratrice rebondit, elle fait du temps un baume pour panser ses plaies :
 


La douleur peut bien nous clouer au sol et nous mettre à genoux, le temps fait son travail. C’est un bon petit soldat. Il parfait l’érosion des peines, il encense les vertus de l’attente. P. 240

Ce roman familial, intime, donne à voir une réalité sociétale avec des familles divorcées, les gardes alternées des enfants et les conséquences de ces ruptures sur les êtres. Il aurait pu être triste et larmoyant. Il est au contraire profondément lumineux. Il évoque la vie d'une femme qui va jusqu'au bout de ses convictions et qui, avec beaucoup de ténacité, va trouver la voie rêvée. 


Après le rapport aux autres, Lisa BALAVOINE va effectivement serpenter sur le chemin de la découverte de soi, un long chemin qui permet après une quarantaine d'années d'être en phase avec soi même, d'atteindre une certaine mâturité, de pouvoir faire ses propres choix et de les assumer, bref, d'accéder à la plénitude.


L'auteure ponctue son roman d'extraits de sa playslist, impossible de ne pas avoir avec elle une chanson en commun, voire plus ! Les notes de musique résonnent profondément. 
J'ai découvert avec "Eparse" la plume de Lisa BALAVOINE, je ne suis pas prête de l'oublier. D'abord, parce qu'elle est aussi fragmentée que la vie de la narratrice, tantôt étalée sur 2 ou 3 pages, tantôt concentrée en quelques mots. Les paragraphes se suivent et ne se ressemblent pas. Il y a un rythme haletant imposé par une narration alternée, mouvementée, cadencée. Le récit se prête tout à fait à l'image de la vie des familles d'aujourd'hui, bercées par des moments d'intense amour, bousculées par des "accidents" aussi ! Et l'écrivaine a une bien jolie manière de nous interpeller.

 

Un premier roman percutant, assurément !
 

Ce roman fait partie de la sélection des 68 Premières fois pour la rentrée littéraire de janvier/février 2018 avec :


L'Attrape-souci de Catherine FAYE


Les déraisons d'Odile d'OULTREMONT


Pays provisoire de Fanny TONNELIER


L'homme de Grand Soleil de Jacques GAUBIL


Les rêveurs d'Isabelle CARRE

 

Ce roman concourt au Challenge de la Rentrée Littéraire organisé par le blog "Aux bouquins garnis" :

comme :

- Les guerres de mon père de Colombe SCHNECK

- Une vie minuscule de Philippe KRHAJAC

- Une longue impatience de Gaëlle JOSSE Coup de coeur

- Tristan de Clarence BOULAY

- Un funambule d'Alexandre SEURAT

- Juste une orangeade de Caroline PASCAL

- Les déraisons d'Odile d'OULTREMONT

- Pays provisoire de Fanny TONNELIER

- Une verrière sous le ciel de Lenka HORNAKOVA CIVADE

- Le cas singulier de Benjamin T. de Catherine ROLLAND

- L'Attrape-souci. de Catherine FAYE

- Bénédict.de Cécile LADJALI

- L'atelier des souvenirs.d'Anne IDOUX-THIVET

- La nuit je vole de Michèle ASTRUD

- La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose de Diane DUCRET

- L'homme de Grand Soleil de Jacques GAUBIL

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commentaires

U
Excellent billet hyper tentateur !
Répondre
T
ooooooooohhhhhhhhhh merci
J
J'adore votre chronique sur ce livre que j'ai adoré, vous avez une plume superbe pour en parler. Je fais partie également des 68 et je suis ravie du choix des fées qui savent nous révéler des petites perles. Bonne journée
.
Répondre
T
Merci infiniment, c'est très gentil, j'en rougis. C'est vrai qu'elles font un travail extraordinaire pour notre plus grand plaisir !

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