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2017-07-11T21:15:07+02:00

Le coeur à l'aiguille de Claire GONDOR

Publié par Tlivres
Le coeur à l'aiguille de Claire GONDOR

Editions Buchet et Chastel


Ce roman-là, j'aurais bien pu passer à côté, moi qui avais remercié les fées des 68 Premières fois en croyant que l'édition hiver 2017 était achevée, sacrilège !


Les premières pages s'ouvrent avec une prise de vue sur une femme, une mariée. Le photographe cherche l'angle parfait, la  qualité de la lumière et l'harmonie des couleurs dans un décor choisi avec goût pour donner au cliché la dimension de l'exceptionnel. Et puis, subitement, ses yeux, rivés sur lui dans l'attente de son assentiment, donnent à son regard une puissance incommensurable, une scène d'une profonde intensité, d'une très grande sensualité. "La photo serait belle, assurément." Qu'en est-il du fiancé ? Invisible à cet instant, et plus encore... Leïla, c'est le prénom de la femme photographiée, elle va se lancer dans la réalisation d'une création, elle cout, non pas du tissu, mais  une cinquantaine de morceux de papier sur lesquels sont écrits des mots, signés de lui, comme autant de preuves de l'amour qu'il lui voue. Ce chantier, c'est un peu comme une thérapie pour panser ses plaies.


Dans la sélection des 68 Premières fois cette année, je dois bien avouer que les portraits de femmes sont hauts en couleur. Il y eu Sali au chevet de Lo Meo dans "La téméraire" de Marine WESTPHAL, , il y a désormais Leïla sous l'emprise de l'absence de Dan dont elle est profondément amoureuse.


Toutes les deux m'impressionnent par leur abnégation et la fantaisie de leurs projets pour s'offrir un moment de répit alors même qu'elles sombrent dans une profonde douleur. Quel courage, je suis ébahie. Là, la jeune femme, couturière, prend appui sur la technique qu'elle maîtrise depuis sa tendre enfance pour sortir la tête de l'eau et bénéficier d'une respiration. Elle se lance dans une formidable aventure, tout en beauté, un chantier qu'elle a mûri, pensé avant de le réaliser, impossible pour elle de se mettre en échec. La création, véritable instinct de survie !


Le grand projet de sa vie de femme, passé au filtre de ces heures, de ces jours, de ces mois en suspens, avait longtemps infusé en elle, avait poussé comme l'ancolie au milieu de la friche. En pareilles circonstances, elle n'avait pas le droit à l'erreur. On ne se lance pas à l'improviste dans un tel projet, c'était le chef-d'oeuvre de sa vie, le parachèvement de ses talents de couturière. P. 15

Alors qu'elle s'attache à localiser avec soin chaque petit morceau de papier qui la lie encore à son amoureux, Leïla se souvient de tous ces moments de passion partagés avec Dan. Tous les sens sont convoqués, le regard, le toucher, l'odorat aussi avec une intensité décuplée la faisant tressaillir jusque dans son intimité la plus profonde :
 


Elle n'avait jamais imaginé qu'un parfum pût l'émouvoir à ce point, qu'il pût l'appeler tout entière, la mettre en mouvement, faire tressaillir son ventre. Son odeur comme un coup de sifflet la convoquant sur-le-champ. P. 48

J'ai été très sensible à la qualité des silences et leur pouvoir fusionnel entre les êtres. Il y a bien sûr ceux venant ponctuer la relation de Leïla et Dan, mais il y a aussi et surtout ceux entretenus par Fawzia avec sa nièce.


Mais plus encore, ce qui m'a beaucoup émue, c'est l'expression de l'exil et de tout ce qu'il peut recouvrir comme douleur liée au déracinement. Celles et ceux qui me connaissent de près savent à quel point je suis sensible à l'itinéraire des hommes et des femmes contraints de quitter leur pays pour sauver leur peau. Alors, quand le prénom de Fawzia apparaît simultanément dans le livre et sur mon téléphone avec le même pays d'origine, l'Afghanistan, l'émotion est à son comble. Touchée je le suis par leur force mais aussi par l'amour qu'ils portent à un territoire, celui qui les a vus naître et qui gardera toujours dans leur coeur la première place :


Ces fêtes improvisées étaient surtout l'occasion pour la petite communauté d'exilés de renouer avec le fil de leur histoire interrompue. Tous avaient fui, les familles s'étaient dispersées en Allemagne, au Danemark, aux Etats-Unis, les parents et les tantes de Leïla avaient atterri en France, mais tous gardaient au coeur la nostalgie de ce bleu éternel. [...] qu'il vente ou qu'il neige, il faisait toujours beau, disaient-ils. Le ciel bleu éclairait les vergers, illuminaient les avenues. Dans les jardins, dans les cours sombres, pas un recoin qui n'échappe à ce bleu. L'été, ciel d'azur. Par -20°C, bleu encore. P. 59

La qualité de cette écriture, je ne suis pas prête de l'oublier. Elle me rappelle beaucoup celle de Cécile BALAVOINE dans "Maestro", une plume délicate d'un charme envoûtant que l'on ne voudrait jamais quitter. Je suis tombée sous le charme de la prose de Claire GONDOR, son écriture est d'une telle poésie, gracieuse à l'envi et ô combien artistique, de la très grande littérature je vous l'assure, qui plus est dans un roman très court, moins de 95 pages auront suffi à me conquérir.


Vous l'aurez compris, ce roman relève du coup de coeur, quelque chose d'indéfinissable mais qui fait de lui l'un des meilleurs de ces derniers temps. 

 

Merci encore une fois les fées pour cette très belle sélection 2017 !

 

Le coeur à l'aiguille de Claire GONDOR

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