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2017-04-01T15:11:37+02:00

Principe de suspension de Vanessa BAMBERGER

Publié par Tlivres
Principe de suspension de Vanessa BAMBERGER

Liana Levi éditions, c'est la maison qui a révélé Négar Djavadi avec Désorientale en 2016.

Ce roman fait partie de la sélection des 68 premières fois pour son édition 2017.

Tout commence le 4 mars : 


Dans la chambre de réanimation du Centre hospitalier de Cambregy, l'air est rare et poisseux. Le soleil de printemps, anormalement fort, s'infiltre en fines rayures à travers les stores baissés. Il dépose ses particules de lumière cuivrée sur les murs, où les couches successives de peinture blanche rappellent à Olivia que cette même chambre, cet espace clos et carré a scellé la fin d'autres vies.

Je ne sais pas ce que ces premières lignes provoquent en vous, mais chez moi, elles résonnent, elles me happent, elles me prennent dans leur nasse, elles me subjuguent par la qualité de l'écriture, elles me laissent entrevoir le destin d'une femme, la menace de la mort... je sais que ce roman va me faire vibrer, je me lance dans sa lecture et ne peux plus lâcher, je vais le lire en apnée totale.


En réalité, sur ce lit d'hôpital, il y a un homme, Thomas, le mari d'Olivia. Il est dans le coma depuis 4 jours. Sa vie est aujourd'hui conditionnée par le bon fonctionnement d'une machine qui a pris le relais de ses poumons. Avant qu'une détresse respiratoire ne le réduise à cet état végétatif, Thomas était chef d'entreprise. Lui et ses 37 salariés travaillaient comme prestataire d'un grand groupe pharmaceutique, son seul commanditaire.


Le corps de Thomas avait récemment cessé de se battre, comme de nombreuses usines laissées à l'abandon de la zone industrielle environnante. Chaque jour, pour se rendre sur son lieu de travail, Thomas passait à côté d'entrepôts dont l'activité avait été délocalisée dans des pays où le coût du travail y était moins élevé. Vanessa BAMBERGER nous brosse le portrait désolant d'une économie exsangue.


Le parallèle est judicieusement construit par Vanessa BAMBERGER  entre le destin de Thomas, un patron seul à se battre pour assurer la survie de son entreprise et l'avenir de ses salariés inquiets devant les effets de la mondialisation, et celui de son entreprise, la seule restant encore en activité dans un environnement dévasté.


Mais ce n'est pas tout, ce roman donne à voir ô combien la vie peut être fragile. Bien sûr, il y a le coma de Thomas, mais il y a aussi tous ces décès prématurés dans les familles respectives du couple. Olivia et son mari sont des êtres égratignés par des parcours de vie stoppés en plein vol. La mort les hante tous les deux depuis leur plus petite enfance. Ils ont tenté de construire quelques chose ensemble et après une quinzaine d'années de mariage, leur vie est comme "en suspension". J'ai été bouleversée par cette vulnérabilité.


Mais plus encore, ce qui m'a séduit dans ce roman, c'est l'itinéraire de cette femme, Olivia, qui toute sa vie s'est laissée porter par les autres, leur laissant la responsabilité des choix. Peu importait alors qu'elle doive en assumer les conséquences, ça, c'était une autre affaire. Artiste peintre, et en manque de notoriété, cette femme était dépendante économiquement de son mari. Elle vivait au quotidien ses humiliations, il jugeait avec condescendance son travail, mais qu'en savait-il, lui,  des qualités artistiques de son épouse ? Avec les douloureux événements, cette femme va devoir se construire une nouvelle vie, elle va se focaliser sur sa propre personnalité, ses ressorts à elle, ses envies... En fait, il va y avoir un avant et un après comme cette citation le laisse pressentir :

 


Depuis sa crise de larmes, elle a l'impression qu'on l'a brisée puis recollée et qu'il manque des morceaux. P. 79

J'ai beaucoup aimé la qualité de l'écriture de Vanessa BAMBERGER qui, avec ce roman, m'a profondément émue. Ce roman c'est une nouvelle lecture coup de poing, je ressens encore le coup porté au niveau du plexus. J'en sors avec le souffle coupé, mes poumons, à moi aussi, sont touchés !


Le jeu avec les éléments de temporalité est très réussi, tantôt le.a lecteur.rice vit les quelques semaines qui ont précédé l'événement, tantôt il.elle est projeté.e dans un avenir incertain. Le système est méticuleusement orchestré, bravo !


Enfin, démarrer chaque chapitre avec une définition tantôt du mot "principe" et tantôt de celui de "suspension" pour, au tout dernier, les associer, est juste une opération de haut vol.

 

Les parapluies d'Erik Satie de Stéphanie Kalfon ****

Presque ensemble de Marjorie Philibert ***

Ne parle pas aux inconnus de Sandra Reinflet *****

La téméraire de Marine Westphal *****

La sonate oubliée de Christiana Moreau ****

 

Cette lecture participe au Challenge de

la Rentrée Littéraire MicMelo de janvier 2017 ! 

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