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2017-04-17T11:51:50+02:00

#MARTYRSFRANÇAIS de Alexis DAVID-MARIE

Publié par Tlivres

Dans 7 jours, le 1er tour des élections présidentielles sera passé, nous en serons à un nouvel épisode de l'histoire démocratique de la France. Si vous ne savez pas encore pour qui voter, il est urgent de choisir avec minutie vos lectures pour avoir un regard de citoyen éclairé lors du vote.


Bien sûr, il y a les médias... mais il y a aussi d'autres supports qui peuvent contribuer à votre culture sur le sujet. Des professionnels de l'édition oeuvrent en ce sens au quotidien. Certains se sont même fixés les objectifs de vous "instruire" et "changer la figure du monde". "Aux Forges de Vulcain", je crois que vous êtes à la bonne adresse.


Reste à choisir ensuite le type d'ouvrage, et là, je crois bien que le roman a un rôle à jouer. Il en est un sorti des presses en décembre 2016 qui pourrait bien vous intéresser... #Martyrs français, le 2ème roman de Alexis DAVID-MARIE.


Je vous raconte en quelques mots :


Le narrateur reçoit un appel téléphonique de son frère, Jérôme. Leur père, André, âgé de 56 ans, "a été poignardé dans les locaux de l'Assistance Catholique à Créteil pour laquelle il était bénévole. Le suspect, ressortissant du Bangladesh, a été interpellé. Les policiers font état d'une éventuelle histoire de jalousie conjugale. Une enquête a été ouverte." La famille est plongée dans le deuil, les deux garçons aident leur mère à préparer les funérailles mais bientôt, ils se font rattraper par un acte porté par une nièce du défunt, Louise, qui lance sur les réseaux sociaux un "Tombeau virtuel" pour honorer la mémoire de son oncle et le canoniser, rien que ça ! C'est un saint et elle a bien l'intention de le faire savoir au monde entier. Louise est une militante de la fachosphère. Commence alors une toute nouvelle histoire...


Nous voilà plongé.e.s au coeur d'un roman policier pensez-vous. Et bien, c'est beaucoup plus compliqué que ça. Ce roman, il fait partie des inclassables, de ces livres déroutants ! C'est d'ailleurs, sans doute, la première réussite de son auteur, déstabiliser le.a lecteur.rice pour qu'il.elle tire sa propre interprétation du propos.


Et le défi à relever est grand, le risque élevé, il suffit de lire l'incipit pour s'en convaincre :


A mesure que les citoyens deviennent plus égaux et plus semblables, le penchant de chacun à croire aveuglément un certain homme ou une certaine classe diminue. La disposition à en croire la masse augmente, et c'est de plus en plus l'opinion qui mène le monde.

A mesure que les citoyens deviennent plus égaux et plus semblables, le penchant de chacun à croire aveuglément un certain homme ou une certaine classe diminue. La disposition à en croire la masse augmente, et c'est de plus en plus l'opinion qui mène le monde.


C'est une citation de Alexis de TOCQUEVILLE extrait de son essai : "De la démocratie en Amérique". Il date de 1840 et semble prendre toute sa dimension aujourd'hui, quelques jours avant le scrutin présidentiel français.


Nous deviendrions donc des moutons au fur et à mesure de la croissance du sentiment d'égalité entre les citoyens. La couverture y fait largement allusion, mais c'est sans compter sur la déflagration qui va résonner dans votre esprit avec la lecture de ce roman. Impossible de ne pas choisir votre camp, vous êtes piégé.e.s !


Justement, "revenons à nos moutons" !


Le narrateur est enseignant en maternelle, en grande section plus précisément, cet emploi est temporaire, il préparer une thèse sur le roman du XVIIème siècle. Avec ce meurtre, il va se retrouver projeter dans des réalités inconnues.


D'abord, celle qui relève de l'émotion. Son père vient d'être tué. Il est bien malgré lui plongé dans un immense chagrin ponctué par les funérailles catholiques. L'auteur décrit avec beaucoup de justesse les sentiments éprouvés au gré des différents rites religieux. Il sème aussi les premières graines de ce qui pourrait bien relever d'un conflit culturel.


Le travail de deuil ne fait que commencer. Il y a un très beau passage sur la relation père-fils et ce que peut révéler l'absence :


Il avait fallu que mon père disparaisse pour que je réalise qu'il était pour moi comme un pont reliant le passé au futur. P. 28

La prise de conscience est douloureuse, déchirante, mais heureusement, le narrateur peut se reposer sur une grand-mère bienveillante, ouverte d'esprit. Il y a cette complicité et une affaire de transmission entre les générations, quelque chose de très important pour commencer à trouver de nouveaux repères dans la perspective d'une nouvelle vie qui commence.
Les carnets d'André, ses journaux intimes, permettront au narrateur de découvrir une autre facette de la personnalité de son père et ne manqueront pas de le nourrir dans son parcours initiatique. 


Ensuite, il y a celle de la religion. En réalité, il ne connaissait effectivement rien de la vie de son père au sein de cette organisation catholique, il savait juste qu'il portait assistance à des migrants et qu'il assistait à la messe dominicale. Il va partir à la découverte du Père Sanjali, un prêtre venu du Pondichéry en Inde. Il va apprendre à connaître les rouages d'une organisation parfaitement maîtrisée. 


Il ne vous aura pas échappé que le titre fait référence à un terme aujourd'hui associé à l'envi à la religion musulmane, celui de "martyr" et pourtant... le Larousse définit le "martyr" comme une "personne qui a souffert la mort pour sa foi religieuse" et le terme était initialement utilisé pour décrire les chrétiens, une bien belle manière de renvoyer les religions dos à dos et de montrer à quel point l'opinion peut être instrumentalisée. 


Enfin, il y a celle de la politique qui s'invite dans la vie d'une famille ordinaire. Nous sommes au XXIème siècle, les armes sont virtuelles, les organisations se cachent derrière des pages internet à coup de croisillons, hasthags pour les anglophones ! Ce signe typographique est bien connu et de longue date des milieux informatiques, mais il a pris ces toutes dernières années une dimension particulière dans notre environnement quotidien. Il permet, lorsqu'il est associé à un mot judicieusement choisi, de créer des communautés, de permettre à des hommes et des femmes du monde entier d'être fédérés autour d'une cause. Certaines sont louables, d'autres un peu moins. Le risque d'une instrumentalisation des esprits est grand, et quand il s'agit de politique, il pourrait bien devenir haut ! L'auteur n'a bien sûr pas choisi par hasard le fait que le meurtrier soit un migrant.Venu du Bangladesh, il emmène avec lui les étrangers et autres immigrés, ceux qui constituent aujourd'hui le fonds de commerce des partis politiques de l'extrême droite.


Ce roman est particulièrement intéressant pour l'exploration qu'il mène des questions d'origine, d'identité, de culture, de frontières... Alexis DAVID-MARIE use d'une plume un brin poétique pour l'aborder : 


La question politique de l'identité est une falaise abrupte que la pluie acide de l'agressivité et de la haine rend toujours plus glissante. [...] Les lectures et les auteurs seraient les piolets qui me ramèneraient en haut, prêt à affronter la tempête qui nous avons jetés en bas. P. 129

Mais plus encore, il porte un regard croisé, celui de Louise et celui du narrateur, il permet ainsi à chacun de se faire sa propre idée des causes des mouvements migratoires d'aujourd'hui, de la subjectivité des discours tenus et des conséquences pour l'avenir de notre société. Il faut bien l'avouer, le procédé est ingénieux et très réussi, alors même que le sujet est régulièrement galvaudé et se prête à de nombreuses polémiques. Quant à la chute, elle est vertigineuse !

C'est un excellent roman qui donne à méditer, bienvenu dans ce contexte d'actualité où la citoyenneté prend un sens tout particulier.

Je vous le conseille, urgemment !

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