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2017-02-12T16:25:47+01:00

La téméraire de Marine WESTPHAL

Publié par Tlivres
La téméraire de Marine WESTPHAL

Il est des livres comme ça, qui s'imposent totalement à vous.


J'avais lu une excellente chronique qui avait attisé mes convoitises sur ce premier roman de Marine WESTPHAL, celle de L'ivresse littéraire. Et puis il y a eu la Masse Critique de Babelio, et puis encore, Netgalley
et enfin Les 68 premières fois édition 2017 !

Impossible de passer à côté et au final, une lecture coup de poing, de celles qui vous marquent à jamais.


Je vous explique :


Bartolomeo, dit Lo Meo, a 58 ans. Il est victime d'un accident vasculaire cérébral. C'est lui qui occupe désormais le lit médicalisé installé dans le salon. Sali, sa femme, veille sur lui, nuit et jour. Elle se fait assister d'une infirmière pour la toilette quotidienne, la toilette de Lo Meo. La sienne, elle l'oublie. Cette femme, mariée depuis 36 ans, s'oublie. Elle n'a qu'un seul but, accompagner son mari jusque dans les derniers instants. Non, en fait, elle en a un autre, lumineux, mais c'est une toute autre histoire. 


Cette situation, n'importe qui peut la vivre, aujourd'hui, demain. Un AVC a cette caractéristique d'être brutal, imprévisible, et de réduire parfois à néant les facultés encore disponibles l'instant d'avant. En une minute, que dis-je, en une seconde, le caillot de sang bouche une artère et c'est fini, ou presque. Certains comme Lo Meo sont maintenus en vie, coûte que coûte. Avec ce roman, Marine WESTPHAL, infirmière, donne à voir les conséquences d'un AVC sur toute une famille, l'épouse, et les enfants aussi.


Marine WESTPHAL évoque la mort bien sûr, mais pas n'importe laquelle, celle prévisible qui tarde à venir.

 


Car il est une chose plus pénible encore que d'apprendre la mort d'un être aimé, c'est de l'attendre. P. 51

J'ai été profondément touchée par le chaos mis dans cette maison, un peu comme si la mort dévastait tout sur son chemin, réorganisait physiquement cette intimité en déplaçant le mobilier et laissant apparaître les plus grandes fragilités à qui pénètre dans cet antre familial. Il y a une affaire de territoire et d'appropriation jusqu'à en dévoyer les usages ordinaires.


Le sujet est grave, le contexte glauque, la famille en perte de repères, oui, mais il y a aussi ce projet fou d'une femme "téméraire", et là, rien ne saurait l'arrêter :

 


Car elle avait un but, un incroyable objectif qui mobilisait toutes ses pensées et des forces : ne pas le laisser crever là, lui qui aimait tant l'impolitesse du vent et les grands espaces. P. 73

Et puis, il y a aussi l'éloge de la contemplation, cette posture qui nécessite du temps pour s'imprégner de ce qui nous entoure, source de plaisir. Nous vivons dans un monde où tout va vite, les messages électroniques suscitent l'urgence y compris pour de banales affaires. Et là, il y a un arrêt sur image, une pause !


L'immobilité est perçue comme une perte de temps, ceux qui se pressent ont peur et ratent tout de la beauté du monde. Sous nos yeux, en permanence des chefs-d'oeuvre animés, des ballets de feuilles mortes, rouquines sylphides, des nuages qui se déploient en éventail. P. 89

Le corps occupe une dimension toute particulière dans ce roman de Marine WESTPHAL. J'ai été particulièrement sensible au passage relatif à son apaisement, au lâcher prise, au moment de répit enfin accordé, comme un soulagement, une accalmie, le calme après la tornade :


Le sommeil, l'abandon total, est venu cette nuit, il a répondu à l'appel de la maison des Gravielle et retrouvé le chemin. Il s'est emparé de Sali, sans prévenir, comme d'un sac de jouets préférés. Ils ont déambulé un moment ensemble, ça faisait longtemps, elle en avait oublié la tiédeur de son souffle et son ventre tout mou. Au lever du jour, il l'a flanquée sur le matelas et elle a atterri comme ça, il n'a pas eu le temps de la remettre en place : les bras ouverts, un corps déplié qui se découvre, un coeur qui s'étire. P. 135/136.

Ce roman est pour moi une lecture coup de poing. J'ai toujours du mal à parler de coup de coeur quand je sors sonnée d'une lecture. J'ai pris un uppercut qui m'a laissée chaos. La respiration coupée ne m'a pas permis de m'émouvoir, dans quelques jours peut-être, ou bien quelques semaines, ou encore quelques mois... Cette lecture nécessite de maturer. Je sais déjà qu'elle ne va pas manquer de me hanter !


La plume de Marine WESTPHAL, vous l'aurez compris, est sans concession. Les phrases sont courtes, cinglantes, les mots sont acérés, tranchants.

 

Cette jeune écrivaine a du talent, c'est certain. Sa sélection dans le cadre des 68 premières fois en atteste, non ?

 

La téméraire de Marine WESTPHAL

Cette lecture participe au Challenge de

la Rentrée Littéraire MicMelo de janvier 2017 ! 

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commentaires

Joelle 15/02/2017 13:18

Magnifique chronique, aussi magnifique que ce roman !
C'est amusant, on a choisi les mêmes citations...

Tlivres 15/02/2017 20:36

Merci Joëlle, tu es trop gentille ! C'est vrai, outre le fait que l'on partage les mêmes coups de coeur, on note les mêmes citations. Définitivement, je crois que nous vibrons pour les mêmes choses... Bises et belles lectures à toi.

hedwige 13/02/2017 12:29

Comment résister à ton article qui annonce avec tant d'émotion la douleur d'un drame humain tout en ne dévoilant pas sa part de mystère ?
Merci .

Tlivres 13/02/2017 21:28

Je suis très émue par ton message Hedwige, merci mille fois. Bonne soirée à toi, belles lectures !

Framboise 12/02/2017 18:45

Oh, ça me plait ....
Pas de 68 pour ce 1er semestre, pour moi, mais je note précieusement vos pépites !
Belle fin de we

Tlivres 13/02/2017 08:25

Merci Framboise de ton empreinte laissée sur le blog. Pas de participation pour cette édition mais maintenant la relation est établie bien sûr, nous restons connectées ! Bon début de semaine à toi.

L'ivresse littéraire 12/02/2017 18:21

Très jolie chronique :-) je suis ravie de voir qu'à toi aussi il t'a fait cet effet coup de poing. En lisant ce roman on se sent petit(e) tout(e) petit(e) face à un tel drame.
Sa place dans les 68 premières fois est amplement méritée

Tlivres 13/02/2017 08:26

Je n'ai fait que me glisser dans tes pas !!! Merci de ton passage sur le blog et de ce message. On se retrouve bien sûr sur la toile pour les autres romans sélectionnés par nos fées. Bon début de semaine à toi.

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