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2017-01-28T14:17:12+01:00

La rentrée n'aura pas lieu de Stéphane BENHAMOU

Publié par Tlivres

Editions Don Quichotte


Roman sélectionné par les 68 premières fois dans l'édition 2016.


Voilà un roman loufoque comme je les aime.


Vous pensiez qu'il n'était pas possible de réduire un message à moins de 144 caractères, et bien l'Etat l'a fait ! Les messages des panneaux lumineux d'autoroute n'en font que 64 ! Michel Chabon, employé du Ministère des Transports et de l'Aménagement du Territoire, est le fonctionnaire qui a la lourde charge de leur rédaction. Il est dans les starting blocks.  Nous sommes le 27 août, la rentrée des Aoûtiens est imminente avec son lot d'embouteillages. 11 millions de voyageurs attendus sur les routes de France, de quoi donner quelques sueurs froide à l'Etat. Mais voilà, les jours passent et aucune surchauffe n'est constatée. Personne sur les routes. Où sont les Aoûtiens ? Que font ils ? Pourquoi ne rentrent-ils pas ? Et bien, tout simplement parce que les Aoûtiens refusent de retomber dans le rythme infernal de leur univers professionnel qui les oppresse. Là commence alors une toute nouvelle histoire !


Qui n'a pas rêvé, au mois d'août, de ne pas rentrer ? de faire durer encore ses vacances ? de ne pas succomber, tout simplement, aux désagréments de la nouvelle année à venir, scolaire sous-entendue ? Construire un roman sur cette base, voilà une idée ingénieuse de Stéphane BENHAMOU ! Et plus encore, il en a fait une oeuvre truculente, voire désopilante.


Ce roman est une satire de l'organisation de l'Etat de ses services. Sur la base d'un événement prévisible, tout est orchestré comme il se doit, les congés des salariés de l'Institution ont été adaptés pour pallier des comportements de masse dont les effets sont décuplés.  Mais voilà, un aléa et tous les rouages s'enrayent. L'imprévisible déstabilise l'Etat et ses services qui se retrouvent totalement démunis. On n'a jamais imaginé que Aoûtiens et Septembristes puissent se cotoyer, c'est pourtant là une réalité. Au programme : surpopulation dans les campings, amoncellement de déchets en l'absence de collecte des ordures ménagères... 
Une fiction qui pourrait trouver sa place dans l'actualité. D'ailleurs, entre nous soit dit, je pense que ce roman pourrait être bien utile aux futurs candidats aux élections présidentielles pour proposer d'éventuelles évolutions dans les services ! 


Mais, attention, ce roman n'est pas seulement dédié à l'incapacité de l'Etat à s'adapter à des événements imprévisibles. Comment alors le distinguer des médias qui font de ce type de sujet leur choux gras. 


Dans ce 1er roman de Stéphane BENHAMOU se cache un tout autre sujet : le mal être des Français au travail. Après avoir adopté un léger rictus au coin des lèves, voire s'être livré à un bel éclat de rire, une toute autre émotion vous envahit. 


Très vite, se pose la question de la réelle motivation de ce non-retour des Aoûtiens ?

 


Les Aoûtiens ne cherchaient pas un rab de vacances. Ils avaient voulu suspendre ce temps qui les dépassait. P. 156

Le temps, cette valeur qui semble glisser des doigts de chacun dans son organisation professionnelle au point de générer stress, voire burn-out. Stéphane BENHAMOU nous livre d'ailleurs une très belle définition de cet état de rupture :


Sous la tension produite par la vie dans notre monde complexe, disait l'expert, les ressources de chacun en venaient à se consumer comme sous l'action des flammes, ne laissant qu'un vide immense, à l'intérieur, même si l'enveloppe externe pouvait sembler intacte. P. 39-40

Une nouvelle question émerge bien sûr :


Finalement, le burn-out n'était-il pas le symptôme d'une crise de foi d'un autre genre, la manifestation contemporaine du désespoir et de l'épuisement de ceux qui avaient espéré s'épanouir aux heures de bureau ? P. 115

Et quand le monde s'immobilise, que la foule devient lymphatique, il convient de s'organiser. Toute société a besoin de repères. Il en est un qui m'a particulièrement touché. Vous qui êtes des passionné.e.s de littérature, je pense qu'il va aussi résonner auprès de vous :


Ils revinrent sur leurs pas et Martine proposa de se rendre à la veillée. Chacun y faisait la lecture de son choix. Un homme d'une cinquantaine d'années disait qu'il parlait pour la première fois en public autrement que pour lire un rapport d'activité où il y avait plus de chiffres que de lettres. P. 120

Et puis, enfin, Stéphane BENHAMOU imagine un remède pour soigner ce mal sociétal : la CNV, la communication non violente, quelque chose qui ressemblerait à de la bienveillance : 


Authenticité, respect, interdépendance, coopération au service d'une société plus juste. P. 167

Un très beau programme, non ?

Je ressorts de ce livre, un peu comme de "Jupe et pantalon" de Julie MOULIN, totalement chaos. Cette lecture fait partie de ma catégorie "Coup de poing", de celles qui démarrent sur un fond de fantaisie et qui rapidement sombrent dans la gravité.

Les quelques chroniques que j'avais pu lire n'étaient pas pour me mettre en confiance, et pourtant, mission accomplie, je me suis laissée portée au point d'en ressortir scotchée.

Voilà ce que j'aime dans la littérature, et vous ?

La rentrée n'aura pas lieu de Stéphane BENHAMOU

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commentaires

krol 28/01/2017 14:49

Et bien quel enthousiasme !

Tlivres 28/01/2017 15:13

Merci Krol, oui, transportée... sur les routes des vacances !!! Bel après midi à toi !

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