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2016-11-02T21:12:40+01:00

Le carré des Allemands de Jacques RICHARD

Publié par Tlivres

Ce roman fait partie de la sélection des 68 premières fois

C’est un roman relativement court mais qui sait se faire une place dans la cour des grands !

Un homme part sur les traces de son père, sur fond de 2de guerre mondiale mais pas que. Il cherche à comprendre sa fuite, son histoire...

Il est emprisonné par un secret de famille très bien gardé...

 

Le carré des Allemands de Jacques RICHARD


Nous sommes dans un jeu de miroirs, de fragments où personne ne se voit tout entier. Mais à tenir les autres à distance, c’est moi-même que j’enferme. Les autres sont mes barreaux. P 15

Il joue en permanence avec le « je », le « moi », « l’autre », les « autres », à chaque fois c’est tout un univers qu’il mobilise. Il aborde l’interculturalité dans toutes ses dimensions...


Etre un autre. Tous ceux que j’ai été, que je ne serai pas et tous ceux que je suis. Etre un autre. Etre Noir comme un roi, être Arabe par amour, Juif six millions de fois. Etre une femme qu’on aime ou une qu’on lapide, être un autre et connaître chacun de tous les autres à l’intérieur de moi, chacun de tous les moi à l’intérieur de l’autre. P 30

Dans cette prose, il y a le poids de l’absence, l’incommensurable vide laissé par celui qui n’est plus là !


On ne sait pas ce que font ceux qui ne sont pas là. Moins encore ce qu’ils sont. Ceux qui vivent sous nos yeux, déjà, nous sont si mystérieux, tellement indéchiffrables. C’est sans doute cela qui nous les rend précieux. P 57

Et puis, il y a le pourquoi de la fuite, le fait que l’histoire de chacun contribue à la grande Histoire :


Le crime était collectif, mais chacun l’a commis seul. Chacun s’est trouvé tout seul avant, pendant et après. Tout seul avec ce qui s’est passé, tout seul devant l’horreur. On est aussi seul quand on la commet que quand on la subit. Histoire d’un criminel de guerre. P 89

Enfin, ce sentiment de culpabilité, de responsabilité des ascendants pour les actes commis par les générations passées...


On se tait moins de n’avoir rien à dire que de n’avoir pas les mots. Pas d’issue là non plus. Chaque jour un peu plus les mots nous font défaut. Je cherche les miens. Je n’en trouve pas pour dire que même si je n’ai rien fait je ne suis pas innocent. Un sentiment permanent d’être en tort sans savoir de quoi. Né dans une prison dont je suis le détenu et le gardien. Tous les autres sont les barreaux. Interdit de vie. P 103

Il faut dire que tout avait commencé avec cette citation de Madeleine NATANSON : « La souillure d’une génération atteint les survivants d’une marque de malheur et d’indicible culpabilité. »

La boucle est bouclée et en beauté s’il vous plaît !

L’écriture, je dois bien l’avouer, est au début surprenante. Je pourrais même la qualifier d’exigeante ! Elle nécessite de se laisser lentement apprivoiser mais quand le lâcher-prise fait son oeuvre, ce roman devient un petit bijou de la littérature.

Assurément, le nom de cet auteur est à conserver précieusement dans nos tablettes !

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commentaires

hedwige 30/11/2016 10:34

Votre commentaire me touche parce que cette culpabilité est, à mon sens, universelle et fait de nous des êtres humains capables de devenir responsables, empathiques et animés d'idéaux

Tlivres 30/11/2016 20:33

Merci Hedwige de votre trace laissée sur le blog. A mon tour d'être touchée par votre formulation à laquelle j'adhère totalement. Je crois bien d'ailleurs que c'est pour ça que j'aime autant la littérature ! Au plaisir de vous retrouver sur la toile pour d'autres échanges...

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