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2016-08-21T11:50:11+02:00

Quand le diable sortit de la salle de bain de Sophie DIVRY

Publié par Tlivres
Quand le diable sortit de la salle de bain de Sophie DIVRY

Là, pas de 1er roman mais le 4ème d’une écrivaine que je n’avais pas encore repérée, Sophie DIVRY.

C’est en fait la couverture rouge qui a capté mon regard. Comme quoi, il n’y a pas de petit détail pour convoiter l’attention du lecteur qui sommeille en nous !

J’ai feuilleté les premières pages et j’y ai découvert une petite annotation : « Roman improvisé, interruptif et pas sérieux. » Je crois que c’est le « pas sérieux » qui m’a convaincue de le prendre. Je ne pouvais résister à une parenthèse un peu déjantée après quelques lectures récentes d’une profonde tristesse et d’une grande gravité. J’ai bien fait, ce roman est truculent !

Sophie est une jeune femme, elle habite Lyon. Elle cherche un emploi et parallèlement écrit un roman.


Pendant une certaine période de ma vie, j’ai vu mon revenu divisé par trois et mon appartement passer de quatre-vingt à douze mètres carrés. P. 15

Sophie va nous faire découvrir (pour celles et ceux qui ont la chance de ne pas l’avoir vécu) les préoccupations d’une demandeuse d’emploi qui se bat avec les quelques euros qui restent encore disponibles sur son compte en banque. Son allocation Pôle Emploi est bloquée dans l’attente de la production d’un bulletin de salaire pour une pige de misère et là, tout s’enchaîne, le rappel d’EDF…

Le sujet est sensible, il aurait pu être plombant !

Mais là, pas du tout. Sophie DIVRY (tient, elle a le même prénom que la narratrice !) a choisi de le traiter avec ironie, dérision et humour.

Le ton est donné et transpire tant dans la prose que dans la forme du roman, des pictogrammes lancés à la volée, des dessins composés de texte, un texte à découper ( je me suis retenue , il s’agit d’un livre de la Bibliothèque, et par ailleurs, son contenu n’est pas à mettre dans toutes les mains, rendez-vous pages 254 à 256 pour les curieux !), et puis, un bonus, comme dans les DVD. Cette pratique est peu courante en littérature et pourtant, c’est un vrai plus, imprimé sur feuillets rouges s’il vous plaît. Tout commence avec les références littéraires employées, très bonne idée. Ensuite, l’auteure nous dévoile quelques passages coupés et termine avec sa lettre de candidature à la responsable de la résidence De Pure Fiction où elle y dévoile sa « note d’intention », le pourquoi du livre. Franchement, c’est à ne pas manquer !

Mais revenons au sujet !

Sophie nous décrit les tribulations d’une chômeuse.

Elle nous parle de cette obsession de manger. Alors qu’il ne lui reste plus que quelques euros pour survivre les 10 prochains jours, elle se concentre sur ce besoin vital. Et alors que lorsque nous pouvons subvenir à nos besoins, manger n’est plus une priorité, pour la narratrice, et comme certainement pour de nombreuses personnes vivant dans la misère, la faim devient permanente et donc la principale ennemie. Sophie ne pense plus qu’à ça au risque de laisser son estomac s’exprimer chaque heure, chaque minute, chaque seconde, et de sauter sur le premier plat qui se présente comme une affamée !


Je n’ai plus faim de toute façon, dis-je hypocritement en vidant un bon tiers du saladier […]. P. 67

Quant à respecter les conseils de santé publique : « manger 5 fruits et légumes par jour », on en est bien loin. D’ailleurs, c’est une citation de George ORWELL qui figure en introduction de ce roman et qui est largement illustrée avec le propos de Sophie DIVRY, assurément de quoi méditer…


Quand vous êtes chômeur, c’est-à-dire mal nourri, ennuyé, assailli de tracas et de misères de toutes sortes, vous n’avez aucune envie de manger sainement. Ce qu’il vous faut, c’est quelque chose qui ait « un peu de goût ».

Lorsque vous êtes pauvre, la vie quotidienne devient un combat. Et pour l’affronter, il est parfois des personnages qui vous aident à garder la tête haute.

C’est le cas par exemple de Fernande, cette femme investie dans les associations, qui ouvre sa porte, sert un repas, dépanne, et offre un moment de complicité qui donne un peu de baume au cœur, histoire de garder un peu de dignité humaine.

C’est aussi la relation à la mère. J’ai été très émue de lire le passage sur les retrouvailles de Sophie avec sa mère, les moments de complicité, de bien-être ensemble tout simplement. Et puis, il y a les échanges avec des paroles chaleureuses, réconfortantes, mais aussi celles plus crues, plus réalistes, pas toujours faciles à entendre. Une mère reste une mère !


J’avais un refuge où mon cœur se restaurait ; la vraie misère, c’est de n’avoir nulle part nulle mère, nul endroit où reposer sa tête. P. 182

J’ai beaucoup aimé aussi bien sûr ce passage sur l’évolution de la mère, sa capacité à faire évoluer son point de vue…

Etre pauvre engendre des conditions de vie singulières, là où les risques sont grands, c’est quand elle dure dans le temps :


Etre pauvre un an, c’est difficile mais on s’adapte. On est même fier de montrer qu’on peut s’en sortir. Etre pauvre deux ans, c’est être assigné à résidence, mais le pli est pris, on se trouve plutôt bien dans son petit réduit. Etre pauvre trois ans et toutes les années qui suivent, c’est voir sa garde-robe tomber en ruine, perdre ses amis, ne plus savoir ce qu’est s’amuser, ne plus aller voter, ne plus distinguer ce qui pourrait vous aider. P. 88

Ce roman, c’est une prise de conscience sur certains sujets, c’est un roman qui fait avancer, mais avec beaucoup de tact. On peut sans doute rire de tout, nul doute que notre mémoire saura enregistrer ce qui lui semble préférable.

Découvrez-le, on en reparle sur la toile !

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