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2016-08-17T06:31:18+02:00

Moro-sphinx de Julie ESTEVE

Publié par Tlivres
Moro-sphinx de Julie ESTEVE

Lola est une jeune femme. Sa mère est morte dans un accident de la circulation, elle a fini sa vie sous une voiture. Depuis, son père sombre dans l’alcool. Elle, elle a choisi sa voie. Le sexe. Le sexe avec n’importe qui, n’importe où et n’importe comment. Elle joue avec les hommes. Il y a ceux avec qui il n'y aura pas de lendemain, et puis il y a ceux qui s’inscrivent dans la durée, des réguliers, mais elle n'a jamais plus que quelques minutes à leur accorder. Nombreux sont ceux qui se succèdent sur une même journée. Elle trouve que ce n’est ni bien ni mal, elle ne juge pas, elle fait, c’est tout. Avant de se séparer d’un homme toutefois, elle se voue à un petit rituel, celui de lui couper un ongle, elle en fait la collection. Le bocal dans lequel elle les conserve n’est pas encore plein !

C’est un roman d’une profonde tristesse.

Lola est malheureuse, elle souffre terriblement de l’absence de sa mère depuis sa plus tendre enfance. Sa mère lui manque.


Il lit derrière le visage encombré de Lola le deuil qui se cache. Le personnage qu’elle a créé pour lui échapper. P. 66

Dans le chagrin, certains mettent fin à leurs jours, d’autres boivent, d’autres encore se droguent. Elle, elle consomme les hommes. Elle s’habille de jupes courtes et autres robes fendues, de fourrure et bas résille, elle se maquille à outrance pour attirer leur regard.

A l’image du moro-sphinx, cet insecte qui a donné son nom au roman et qui possède une très longue trompe pour butiner les fleurs.

Lola, elle, ce sont les hommes qu’elle butine. Elle use et abuse de son corps comme d’une arme. Pas de plaisir, pas de sentiment, pas d’argent non plus, les 2 parties sont consentantes.

Bien sûr, il ne s’agit là que d’une comédie. Derrière ce personnage sommeille une petite fille qui s’attendrit sur son serpent en peluche dès qu’elle retrouve l’intimité de son appartement.

Et quand un homme s’attache à elle et envisage la vie à deux, c’est une toute autre histoire.

Le personnage de Lola me rappelle celui de Clémence dans « Les corps inutiles » de Delphine BERTHOLON. Les deux jeunes femmes choisissent de cracher sur la société, et sur les hommes en particulier, en jouant avec leur corps.

Certes, il y a le personnage de cette jeune femme, mais il y a aussi tous les autres, tous ceux qu’elle côtoie, dans les bars, dans la rue, partout où des êtres seuls, désoeuvrés, peuvent se croiser. Il y a une phrase d’une très grande poésie mais ô combien dramatique :


Patron de bar, c’est prenant. Ses voyages, c’est des bouches, des yeux, des mains, des rides, des poils, des cheveux, des jambes, des bras. C’est de grands espaces de détresse, des terrains vagues, des marécages. C’est beaucoup de bruit pour rire, hurler, se plaindre. C’est des horizons qui s’envoient en l’air et puis soudain qui s’effondrent. P. 65

Ce roman, c’est en fait le portrait d’une certaine société d’aujourd’hui, celle qui sombre dans l’isolement, celle qui vit dans la misère sociale, humaine, physique… celle qui perd toute sa dignité.

Pas un brin d’humanité dans ce 1er roman de Julie ESTEVE mais d’une profondeur terrifiante.

Encore une découverte grâce aux 68 premières fois, celle-ci laisse un goût amer !

Moro-sphinx de Julie ESTEVE

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